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James Joyce, Lettres à Nora

D 5 juillet 2015     A par A.G. - C 7 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Nora, la belle Irlandaise


Nora Barnacle

Elle s’appelait Nora Barnacle, son nom évoquait l’oie sauvage, c’était une belle Irlandaise de vingt ans, cheveux brun-roux, yeux bleus, voix grave et sonore, air androgyne, démarche balancée et fière. Elle était serveuse dans un hôtel de Dublin. Dans la rue, un jour, elle rencontre un homme de vingt-deux ans, mince, raffiné et mal habillé, qui lui déclare aussitôt qu’il a du génie. Ils s’enfuient ensemble vers la Suisse, l’Italie et Paris, ne se marieront que vingt-sept ans plus tard, auront deux enfants à la destinée terne et tragique, vivront constamment en exil dans une solidarité tumultueuse, comme deux anarchistes déterminés et, malgré leurs malheurs, très gais.

Ce curieux compagnon de Nora est écrivain, elle a, seule, le droit de l’appeler Jim. Il l’empêchera le plus souvent de dormir. Pourquoi ?

« Jim est là à écrire son livre. Je me mets au lit et cet homme s’installe dans la pièce à côté et continue à rire de ce qu’il écrit. Alors, je frappe à la porte et je lui dis : " Allons, Jim, arrête d’écrire ou arrête de rire. " »

Comme tous les grands écrivains, Joyce a choisi sa manière d’être incompris de son vivant pour être indéfiniment interprété après sa mort. Sa singularité est d’avoir suscité des dévouements féminins passionnés : des femmes lui donnent de l’argent pour écrire, même si ses livres leur paraissent scandaleux ou obscurs. Nora, dans ce dispositif, est l’actrice essentielle et longtemps négligée. A méconnaître son rôle, et le livre de Brenda Maddox [1] le démontre, on se condamne à ne pas plus deviner Joyce qu’un puritain victorien du début du siècle ou un universitaire de nos jours.

En emmenant sa Pénélope avec lui, ce nouvel Ulysse à l’envers confisque à la fois son pays, l’histoire de ce pays, et les racines de sa langue. Un corps et un accent de femme condenseront le tout jusqu’au mythe universel. Molly Bloom, Anna Livia Plurabelle : Nora se trouve tissée dans ces grandes partitions par rapport auxquelles Madame Bovary ou Louise Colet deviennent des personnages d’opérette provinciale. Nora, qui aimait la musique comme son impossible mari, fera composer pour l’enterrement de celui-ci, en 1941, une couronne de feuillage en forme de harpe. Elle ne l’aura pas lu, mais parfaitement entendu.

La scène la plus extraordinaire de ce roman privé se situe en 1909 : c’est la correspondance obscène entre Nora et James publiée seulement en 1975. Ces lettres vont violemment troubler et choquer les spécialistes, la famille et les amis de la famille, notamment Samuel Beckett. Nous sommes dans le coeur de la centrale nucléaire d’Ulysse : « Mon petit oiseau fouteur »... « Ma douce petite pute »... Et voici :

« Dis-moi les plus petites choses sur toi, pour autant qu’elles sont obscènes et secrètes et dégoûtantes. N’écris rien d’autre. Que chaque phrase soit pleine de sons et de mots sales. Ils sont tous également charmants à entendre et à voir sur le papier, mais les plus sales sont les plus beaux. »

Le plus étonnant n’est pas que Joyce ait écrit ces lettres à Nora, mais qu’elle lui ait répondu sur le même ton, "en pire". Les lettres de Nora sont perdues ou dissimulées. Une bombe. Mais leur reflet permet de saisir sur le vif le projet de Joyce d’inventer un nouvel alliage entre langage ininterrompu trivial (le fameux manque apparent de ponctuation) et l’épopée lyrique. « L’oiseau fouteur » est aussi « ma splendide fleur sauvage des haies, ma fleur bleu nuit inondée de pluie. »

C’est Nora, indubitablement, qui permet à Joyce un renversement du Faust de Goethe (et de toute la tradition démoniaque en théologie). Quand Molly est définie comme « la chair qui dit toujours oui » (au lieu de « l’esprit qui toujours nie »), il s’agit d’une découverte sans prix. Lorsqu’il épousera Nora, en 1931, par convenance juridique, Joyce, pour définir sa profession d’époux, n’écrira pas " écrivain ", mais " rentier ". Sa découverte ? La chair dit toujours oui en surface pour mieux dire non en profondeur. Et en effet Nora pouvait, à la rigueur, accepter le langage d’Ulysse en privé, mais pas en public. Elle ne lira pas le livre, et Joyce le lui reprochera (à tort) : elle sait trop bien d’où il vient.

Un homme n’est qu’un homme. « Nora, écrit Brenda Maddox, était totalement libre de tout sentiment de culpabilité, l’une de ses plus grandes séductions aux yeux de Joyce. » Tous les témoignages concordent : elle gardait son ironie à son égard, un homme n’est qu’un homme, mais elle l’aimait. Ce qui ne l’empêchait pas de dire, de temps en temps : « Je voudrais n’avoir jamais rencontré quelqu’un du nom de James Joyce. » Une autre fois : « Mon mari est un saint. » Les témoins de cette dernière remarque (les Jolas) concluent aussitôt que Nora veut parler de son absence de relation sexuelle avec lui, ou encore que Joyce est devenu impuissant. C’était aller un peu vite dans le sens de leur propre désir (mais il est vrai que, comme d’autres protestants, ils seront scandalisés — que de scandales ! — par le retour de Nora, pour finir, à l’Eglise catholique).

Que sa femme ait été souvent excédée par la vie nomade de Joyce, son ivrognerie impassible, son écriture incessante, sa manie de distribuer des pourboires exagérés, sa mégalomanie (justifiée) qui va coûter la raison à leur fille et sa vie sociale à leur fils, nul doute. Et pourtant elle le suit, s’enchante de son moindre cadeau, l’accompagne à l’Opéra et au Fouquet’s, et, lorsque le cercueil, à Zurich, descend dans la tombe, laissant le visage visible à travers la lucarne, elle s’écrie, à l’étonnement général : « Jim, que tu es beau ! » Après quoi, ce qu’elle a à dire aux visiteurs curieux de l’oeuvre de son partenaire, se résume à ceci :

« Il doit aimer le cimetière où il est. C’est tout près du zoo. On entend rugir les lions. »

Sublime Molly, sublime Anna Livia : il suffit de rouvrir ces pages avec leur accent pour renvoyer sur-le-champ au néant la plupart des balbutiements qui encombrent encore, infantilement, les romans. Comme si, à travers la fureur du siècle, une femme libre avait permis de démontrer que seul l’amour en musique est important, et non pas « la force, la haine, l’histoire et tout ça » (Finnegans Wake).

Dernière image : le banquet de 1939 pour fêter la parution du livre. Joyce a offert à Nora une aigue-marine chargée pour lui de toute la puissance symbolique de ses phrases. Elle se lève et dit :

« Jim, je n’ai lu aucun de tes livres, mais je suppose que je vais être obligée de voir comme ils se vendent bien. »

Brenda Maddox commente :

« Personne ne rit. Chacun sentait le poids des anciennes années de faim, de pauvreté et de maladie que les deux Joyce avaient traversées ensemble... »

Philippe Sollers, La guerre du goût, Gallimard, 1994.
Paru la première fois dans Le Monde des livres du 26-10-90.

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James Joyce, Nora, les enfants, Georgio et Lucia

James Joyce et Nora Barnacle, 1904. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

A gauche : Zurich, 1918. Nora Barnacle avec Giorgio and Lucia.
A droite : Paris, 1924. The Joyce family : James, Nora, Giorgio et Lucia.

Le jour du mariage de James Joyce et Nora Barnacle à Londres le 4 juillet 1931.
Joyce a 49 ans et Nora 47. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

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Philippe Sollers lit des extraits de lettres de Joyce à Nora

Extraits de « M... la maudite »
une vidéo de Jean-Paul Fargier (2007, 52’) [2]


(durée : 2’05". Archives AG.)
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James Joyce. Lettres à Nora

Ces lettres (une douzaine) ont été échangées par Joyce et Nora entre août et décembre 1909, lors de deux brèves périodes de séparation. Joyce a vingt-sept ans, Nora vingt-cinq, Giorgio et Lucia, leurs deux enfants, respectivement quatre et deux ans. Ils vivent, pauvrement, à Trieste. Joyce effectue à deux reprises un voyage à Dublin pour s’occuper de l’ouverture d’un cinéma destinée à lui procurer quelque argent. C’est à l’occasion de ces séjours qu’aura lieu cette correspondance extraordinaire qui ne sera connue qu’en 1957 et ne sera publiée intégralement qu’en 1975 par Richard Ellmann. Il n’y a aucune trace des lettres de Nora à Joyce... Les Lettres à Nora des 8 et 9 décembre 1909 ont été publiées dans Tel Quel 83 (printemps 1980) [3].

1ère lettre.

2 décembre 1909

44 Fontenoy Street, Dublin.

Ma chérie.
Je devrais commencer par te demander pardon, peut-être, pour la lettre extraordinaire que je t’ai écrite hier soir. Tandis que je l’écrivais, ta lettre était devant moi et mes yeux étaient fixés, comme ils le sont maintenant encore, sur un certain mot. Il y a quelque chose d’obscène et de lubrique dans l’aspect même des lettres. Sa sonorité aussi est pareille à l’acte lui-même, bref, brutal, irrésistible et satanique.

Chérie, ne t’offense pas de ce que je t’ai écrit. Tu me remercies du beau nom que je t’ai donné. Oui, ma chérie, c’est un beau nom : "Ma belle fleur sauvage des haies ! Ma fleur bleu-nuit inondée de pluie !" Tu vois que je suis encore un peu poète. Je te donne aussi un très joli livre en cadeau : et c’est le cadeau d’un poète à la femme qu’il aime. Mais , tout à côté et à l’intérieur de cet amour spirituel que j’ai pour toi, existe aussi un désir sauvage, bestial, de chaque pouce de ton corps, de chacune de ses parties secrètes et honteuses, de chacune de ses odeurs et de ses actions. Mon amour pour toi me permet de prier l’esprit de la beauté et de la tendresse éternelles reflété dans tes yeux ou de te jeter sous moi sur ce ventre que tu as si doux et de te baiser par derrière, comme un porc besognant une truie, me faisant gloire de la sueur empuantie qui monte de ton cul, de la honte étalée que proclament ta robe troussée et tes culottes blanches de petite fille, et de la confusion que disent assez tes joues brûlantes et tes cheveux en bataille

Il me permet d’éclater en sanglots de pitié et d’amour pour une parole à peine, de trembler d’amour pour toi en entendant tel accord ou telle cadence musicale, ou bien d’être couché avec toi tête-bêche, sentant tes doigts me caresser et me chatouiller les couilles ou fichés en moi par derrière, et tes lèvres chaudes suçant ma bite, tandis que ma tête est coincée entre tes grosses cuisses, mes mains serrant les coussins ronds de ton cul et ma langue léchant avidement dans ton con rouge et dru. Je t’ai appris à presque te pâmer en écoutant ma voix chanter ou murmurer à ton âme la passion, la peine et le mystère de la vie, et en même temps je t’ai appris à me faire des signes orduriers des lèvres et de la langue, à me provoquer par des attouchements et des bruits obscènes, et même à accomplir en ma présence l’acte corporel le plus honteux et le plus dégoûtant. Tu te souviens du jour où tu as relevé tes vêtements et m’a laissé me coucher au-dessous de toi pour te regarder en pleine action ? Tu eus honte alors de croiser seulement mon regard.

Tu es à moi, ma chérie, à moi ! Je t’aime. Tout ce que je viens d’écrire, c’est quelques instants seulement de folie bestiale. La dernière goutte de semence vient à peine de gicler dans ton con, que cette folie a pris fin, et mon amour sincère pour toi, l’amour de mes poèmes, l’amour de mes yeux pour tes yeux étranges et tentateurs, vient souffler sur mon âme comme un vent d’épices. Ma bite est encore chaude, raide, tremblante de la dernière poussée brutale qu’elle t’a donnée, que l’on entend une hymne légère monter des sombres cloîtres de mon coeur, chantant mon adoration tendre et pitoyable.

Nora ma chérie fidèle, ma petite canaille d’écolière aux yeux doux, sois ma putain, ma maîtresse, autant qu’il te plaira (ma petite maîtresse branleuse ! ma petite putain à baiser !) tu es toujours ma splendide fleur sauvage des haies, ma fleur bleu-nuit inondée de pluie.

Jim.

Arthur H lit la lettre à Nora

(France Inter, 5 mars 2016)

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2ème lettre.

6 décembre 1909

44 Fontenoy Street, Dublin.

Noretta mia ! J’ai reçu ce soir ta lettre pitoyable où tu m’annonces que tu sors sans dessous. Je n’ai pas eu 200 couronnes le 25 mais seulement 50, et à nouveau 50 le 1er. Assez parlé d’argent. Je t’envoie un petit billet, espérant qu’il te permettra de t’acheter au moins une jolie culotte à volants, et je t’en adresserai d’autres lorsqu’on me paiera à nouveau. J’aimerais que tu portes des culottes à trois ou quatre volants superposés aux genoux et sur les cuisses, avec de grands noeuds de ruban cramoisi, j’entends : non pas des culottes d’écolière avec une bordure de dentelle minable, serrant les jambes et si légères qu’on voit la chair à travers, mais des culottes de femme (ou, si tu préfères) de dame, avec un fond grand et large et des jambes dégagées, tout en volants, dentelles et rubans, et si chargées de parfum que lorsque tu les montres, en relevant ta robe vivement pour faire quelque chose ou bien en te caressant gentiment pour que je t’enfile, je ne puisse voir qu’une masse gonflante d’étoffe blanche et de volants, et que, en me penchant sur toi pour les ouvrir et te donner un baiser brûlant et lubrique sur ton cul tout nu de polissonne, je puisse sentir le parfum de ta culotte aussi bien que la chaude odeur de ton con et celle, lourde, de ton derrière.
T’ai-je choquée avec les saletés que je t’ai écrites. Tu penses peut-être que mon amour est chose immonde. Il l’est ma chérie, à certains moments. Je rêve de toi parfois dans des poses obscènes. J’imagine des choses si sales que je ne les écrirai pas avant d’avoir vu comment tu écris toi-même. Les plus petites choses me font terriblement bander - un mouvement putassier de ta bouche, une petite tache marron sur le fond de ta culotte blanche, un mot sale que crachent tout à coup tes lèvres humides, un bruit impudique que tu fais derrière, suivi d’une mauvaise odeur qui monte en volutes de tes fesses. En ces moments-là, je désire comme un fou le faire d’une manière cochonne, sentir tes lèvres brûlantes et lubriques me suçant à n’en plus finir, jouir entre tes nichons aux bouts roses et juter sur ton visage, giclant sur tes joues et tes yeux brûlants, te le flanquer entre tes fesses et t’enculer.
Basta per stasera !
J’espère que tu as eu mon télégramme et que tu l’as compris.
Adieu, ma chérie que j’essaie de dégrader et de dépraver. Comment, au nom du ciel, peux-tu bien aimer un individu de mon espèce ?
Oh, que j’ai hâte d’avoir ta réponse, ma chérie !

Jim

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3ème lettre.

8 décembre 1909
44 Fontenoy Street, Dublin.

Ma douce petite pute Nora

J’ai fait comme tu me disais, ma sale petite fille, et je me suis branlé deux fois en lisant ta lettre. Je suis ravi de voir que tu aimes être foutue par le cul. Oui, maintenant je peux me rappeler cette nuit où je t’ai foutue si longtemps par derrière. Chérie, ça a été la baise la plus dégueulasse que je t’ai jamais faite. Ma pine est restée plantée dans toi pendant des heures, te foutant et te refoutant par en dessous ta croupe redressée. Je sentais tes grosses fesses grasses en sueur sous mon ventre et je voyais ta face enfiévrée et tes yeux fous. A chaque coup de queue que je te donnais ta langue impudique jaillissait d’entre tes lèvres et si je t’en donnais un coup plus fort plus profond que d’habitude des pets bien gras bien sales sortaient en crachotant de ton derrière. Tu avais un cul plein de pets cette nuit-là, chérie, et je te les sortais en te foutant, des bons gros copains bien gras, des longs venteux, des petits craquants gai rapide et tout un tas de petits minuscules polissons de pets qui se terminaient en une coulée jaillissant de ton trou. C’est merveilleux de foutre une femme qui a des pets quand chaque coup de queue les fait sortir un par un. Je crois que je reconnaîtrais n’importe où un pet de Nora. Je crois que je pourrais repérer le sien dans une salle pleine de femmes péteuses. C’est un bruit plutôt fillette pas le pet mouillé lâche que j’imagine chez les femmes grasses. Il est soudain et sec et sale comme celui qu’une petite fille effrontée décocherait la même nuit pour rire dans un dortoir. J’espère que Nora me décochera sans fin ses pets dans la face pour que je puisse aussi connaître leur parfum.

Tu dis que quand je reviendrai tu me suceras et tu veux que je te lèche le con, petite salope dépravée. J’espère qu’une fois tu me surprendras quand je dors et que je suis habillé, que tu t’approcheras furtive avec l’ardeur d’une putain dans tes yeux ensommeillés, et tu me déboutonneras doucement bouton après bouton la braguette de mon pantalon et doucement tu y prendras le gros mickey de ton amant, et que tu l’avaleras de ta bouche humide et que tu le suceras encore et encore jusqu’à ce qu’il devienne plus gros et plus raide et qu’il te décharge dans la bouche. Moi aussi une fois je te surprendrai endormie, je te remonterai les jupes et j’ouvrirai doucement ta culotte brûlante, puis je m’étendrai doucement à côté de toi et je commencerai à lécher paresseusement tout autour de ta fourrure. Tu commenceras à te remuer et à t’agiter alors je lécherai les lèvres du con de ma chérie. Tu commenceras à gémir et grogner et soupirer et péter de joie dans ton sommeil. Alors je lécherai plus vite et plus vite comme un chien vorace jusqu’à ce que ton con soit une masse de bave et que ton corps se torde sauvagement.

Bonne nuit, ma petite Nora péteuse, mon dégoûtant petit oiseau fouteur. Il y a un mot charmant , chérie, que tu as souligné pour que je me branle mieux. Ecris-moi plus sur ça et toi, avec douceur, plus sale , PLUS SALE.

Jim.

Serge Gainsbourg lit Tel Quel et un extrait de la lettre à Nora...


(Ah vous écrivez - 15/08/1980 - durée : 46" — Archives INA)
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4ème lettre.

9 décembre 1909
44 Fontenoy Street, Dublin.

Mon doux vilain petit oiseau fouteur,

Voici un autre billet pour acheter de jolies culottes ou des bas ou des jarretières. Achète des culottes de putain, mon amour, et ne manque pas d’en asperger les jambes avec quelque parfum délicat et aussi de les décolorer juste un petit peu derrière.

Tu sembles anxieuse de savoir comment j’ai accueilli ta lettre que tu dis pire que la mienne. Comment ça pire que la mienne, mon amour ? Oui, elle est pire en un endroit ou deux. Je pense à l’endroit où tu dis ce que tu feras avec ta langue (je ne pense pas au fait que tu suceras) et à ce mot charmant que tu écrit si gros et que tu soulignes, petite salope. C’est excitant d’entendre ce mot (et un ou deux autres que tu n’as pas écrits) sur les lèvres d’une fille. Mais je souhaite que tu parles de toi et non de moi. Ecris-moi une longue longue lettre, pleine de ça et d’autres choses, sur toi, ma chérie. Tu sais maintenant comment me faire bander. Dis-moi les plus petites choses sur toi pour autant qu’elles sont obscènes et secrètes et dégoûtantes. N’écris rien d’autre. Que chaque phrase soit pleine de sons et de mots sales. Ils sont tous également charmants à entendre et à voir sur le papier mais les plus sales sont les plus beaux.

Les deux parties de ton corps qui font des choses sales sont pour moi les plus charmantes. Je préfère ton cul, chérie, à tes nichons parce qu’il fait une chose tellement sale. J’aime ton con non tant parce que c’est la partie que je baise que parce qu’il fait une autre chose sale. Je pourrais rester couché en me paluchant toute la journée rien qu’à regarder le mot divin que tu as écrit et la chose que tu as dit que tu me ferais avec ta langue. Je voudrais pouvoir entendre tes lèvres bredouiller ces mots orduriers divinement excitants, voir ta bouche faire des sons et des bruits sales, sentir ton corps se tordre sous moi, entendre et sentir les gras sales pets fillette qui jaillissent pop pop de ton joli nu popotin fillette et foutre foutre foutre foutre à jamais le con de mon vilain brûlant petit oiseau fouteur.

Je suis heureux maintenant, parce que ma petite putain me dit qu’elle veut que je ramone son cul et qu’elle veut que je foute sa bouche et qu’elle veut me déboutonner et me sortir mon mickey et le sucer comme un téton. Plus et plus sale que ce qu’elle veut me faire, ma petite fouteuse nue, ma vilaine branleuse qui se tortille, ma douce petite péteuse.

Bonne nuit, ma petite connie je vais me coucher et me branler jusqu’à ce que je décharge. Ecris plus et plus sale, chérie. Chatouille-toi ton petit machin pendant que tu écris pour que tu dises pire et pire encore. Ecris les mots sales en gros et souligne-les et baise-les et tiens-les un moment contre ton doux con brûlant, chérie, et remonte aussi ta robe un moment et tiens-les sous ton cher petit popotin péteur. Fais plus si tu veux et envoie-moi alors la lettre, mon oiseau fouteur chéri au cul brun.

Jim.

En anglais : Fuckbird and Jim : James Joyce’s letters to Nora Barnacle.

*


Joyce-Nora, décembre 1909

par Jean-Louis Houdebine

Un corpus de lettres, donc. Entre un homme et une femme. Joyce-Nora, 1909. Qu’est-ce qui est venu jouer, s’inscrire dans cet entre-là, cet entre-deux de la différence sexuelle ? Entre ces deux corps parlants sexués, et sexués d’une différence vraiment de fond ? Au fondement : cunt et bottom, prick et arse, arseways. Une affaire de cul — ô combien... En lettres d’amour. Tendre, luxurieux, passionné.

8 December 1909
44 Fontenoy Street, Dublin

My sweet little whorish Nora I did as you told me, you dirty little girl, and pulled myself off twice when I read your letter, I am delighted to see that you do like being fucked arseways. [...]

9 December 1909
44 Fontenoy Street, Dublin

My sweet naughty little fuckbird. Here is another note to buy pretty drawers or stockings or garters. Buy whorish drawers, love, and be sufe you sprinkle the legs of them with some nice scent and also discoloUf them just a little behind. [...]
Tell me the smallest things about youfself so long they are obscene and secret and filthy. Write nothing else. Let every sentence be full of dirty immodest words and sounds. They are alliovely to hear and to see on paper even but the dirtiest are the most beautiful.
The two parts of your body which do dirty things are the loveliest to me. I prefer youf arse, darling, to your bubbies because it does such a dirty thing. I love your cunt not so much because it is the part I block but because it does anothet dirty thing. I could be frigging all day looking at the divine word you wrote and at the thing you said you would do with your tongue. [...] Good night, my little cuntie [4] [...]
Jim

L’énormité de ces phrases frappe d’entrée de jeu. Par leur impact sexuel, évidemment. Critère de vérification tout trouvé : le scandale de la publication. Celle-ci intervint pourtant très tardivement, longtemps après leur rédaction, et bien après la mort des deux protagonistes. Restées totalement inconnues jusqu’en 1957, ces lettres ne furent publiées intégralement par Richard Ellmann qu’en 1975. Scandale auprès de la famille et des amis de la famille (dont Beckett) ; sans compter nombre de spécialistes éberlués... Quant à Ellmann, il dut modifier (quoique très timidement) en plusieurs points le livre monumental qu’il avait consacré à Joyce. Dernier ouvrage en date : la superbe biographie de Nora publiée par Brenda Maddox [5].
Ces brefs rappels pour en arriver à ceci : l’analyse de telles lettres (mais il en va probablement de même pour toute forme d’écrit épistolaire) fait nécessairement intervenir des considérations de divers ordres, portant non seulement sur la textualité qui leur est propre, mais tout aussi bien sur leurs conditions de production-réception (les circonstances, le rapport destinateur-destinataire, etc.), et en l’occurrence également sur celles de leur publication. Le tout fait scénario d’ensemble ; une sorte de texte général dans lequel s’inscrit le texte particulier des lettres. A cet égard, question quasi méthodologique : que veut dire « épistolaire » ? Où ça commence et où ça s’arrête ? Surtout quand il y a de la littérature qui vient interférer dans l’affaire. Car il est bien clair qu’il s’agit là d’épîtres qu’on ne saurait séparer de l’oeuvre de leur auteur. James Joyce écrivant à Nora, c’est du même coup l’auteur de Gens de Dublin, de Portrait de l’artiste en jeune homme, d’Ulysse, de Finnegans Wake — soit l’auteur de l’une des plus grandes oeuvres romanesques du XXe siècle, dans laquelle le matériau autobiographique n’a cessé d’être abondamment sollicité. Paradoxe : c’est précisément cette notoriété, ce statut de grand auteur unanimement (et à juste titre) révéré, qui a contribué pour l’essentiel à faire le scandale de la publication posthume de cette correspondance. Comme si Joyce avait pu écrire ce qu’il a écrit sans que cela ait entraîné dans sa vie, y compris dans sa vie amoureuse, sexuelle, quelques petites choses curieuses... Les gens (les familles) sont incroyables...
Je commencerai donc par donner quelques points de repère sur le contexte biographique de ces lettres (leurs conditions de production-réception). J’essaierai ensuite de définir quelques-uns de leurs traits épistolaires les plus significatifs (sans m’engager pour autant dans une interprétation psychanalytique, pour laquelle je n’ai pas compétence). Et je terminerai en revenant brièvement sur quelques avatars le de leur publication — avatars au demeurant fort savoureux, qui tiennent du roman, et d’un roman typiquement joycien.

Ce qui (se) passait en 1909 entre papa et maman


James Joyce family. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Les lettres dont il s’agit ici (environ une douzaine) font partie d’une correspondance échangée par Joyce et Nora durant une période très précise, et très brève : d’août à décembre 1909. Rien — du moins de cet ordre — ni avant ni après.
Où en sont-ils l’un et l’autre à cette époque ?
Joyce a vingt-sept ans, Nora vingt-cinq. Ils ont quitté l’Irlande en 1904 (l’année même de leur rencontre). Ils vivent maritalement à Trieste (leur vie commune ne sera légalisée, par un mariage civil, qu’en 1931). Joyce a abandonné l’école Berlitz, où continue d’enseigner son frère Stanislaus venu le rejoindre en 1905, et il donne des leçons particulières. Le couple vit dans une grande gêne matérielle, que les excentricités de Joyce n’arrangent évidemment pas. Leurs deux enfants sont nés : Giorgio a quatre ans, Lucia deux ans. Joyce a déjà écrit Gens de Dublin et a commencé Portrait de l’artiste. Nora s’occupe tant bien que mal du ménage et des enfants.
En août et octobre 1909, Joyce fait à deux reprises le voyage de Dublin. Son premier séjour dure un mois : il a emmené Giorgio avec lui pour le présenter à son père. Il en profite également pour signer le contrat de Gens de Dublin (mais le recueil ne sera publié qu’en 1914, après de multiples difficultés en raison de la censure exercée par ses éditeurs). Il revient à Trieste avec Eva, l’une de ses soeurs, que Nora et lui ont décidé de recueillir chez eux.
Il repart — seul — en octobre à Dublin, pour s’y occuper de l’ouverture d’un cinéma (l’un de ses mirifiques projets théoriquement destinés à lui apporter la fortune...). Cette fois, le voyage dure deux mois et demi : Joyce rentre à Trieste dans les premiers jours de janvier 1910, accompagné d’une autre de ses soeurs, Eileen, qui vient elle aussi s’installer chez lui.
Ainsi : deux périodes (relativement) brèves de séparation. Pratiquement les premières depuis leur départ de Dublin en 1904. Il n’y en aura guère d’autres par la suite, et toujours très brèves. « Je ne te quitterai jamais plus » (13 décembre 1909).
A noter, au début du premier séjour (6 et 7 août 1909), l’affaire bien connue [6] de la crise de jalousie rétrospective à l’égard de Nora (« Georgie est-il mon fils ? », soudaine, violente et semble-t-il injustifiée, dont je ne retiendrai ici que deux traits : que tout s’y soit traité justement par lettres (éclatement et résolution de la crise en quelques jours), et qu’elle inaugure leurs relations épistolaires sur le mode d’une intensité dramatique maximale ; ce n’est sans doute pas un hasard si cette intensité trouve aussitôt à se convertir en réitérations enfiévrées de ferveur amoureuse, pour aboutir finalement à la stupéfiante séquence des lettres de décembre.

Ma belle fleur sauvage des haies ! Ma fleur bleu-nuit inondée de pluie ! [...] J’aimerais entendre tes lèvres cracher ces mots immondes, célestes et excitants, voir ta bouche faire des sons et des bruits sales, sentir ton corps se tortiller sous moi, entendre et sortir ces gros pets sales de jeune fille faire pop pop en sortant de ton joli cul tout nu de petite fille, et puis foutre, foutre, foutre, foutre sans fin le con de ma petite polissonne en chaleur, de mon petit gibier de foutoir [...] Le cinématographe a ouvert aujourd’hui. Je pars pour Trieste le dimanche 2 janvier. J’espère que tu as fait ce que je t’ai dit pour la cuisine, le linoleum et le fauteuil et les rideaux.

D’une lettre à l’autre, ou à l’intérieur d’une même lettre, d’un paragraphe au suivant, se succèdent nouvelles de la journée écoulée, récit des démarches entreprises, notations (rapides !) sur les soucis financiers, les parents rencontrés sur place, comment vont les enfants, etc. — tout cela voisinant avec les déclarations amoureuses et les amples développements « immondes », directement issus de « la folie même du désir ». Lettres d’un homme à 1’« épouse » qu’il aime, d’un père à la mère de ses enfants, et tout pareillement (tout autrement) d’un « amant » à sa « maîtresse ») à sa « putain ». Ulysse, déjà, l’homme complet : « fils de Laërte, mais aussi père de Télémaque, mari de Pénélope, amant de Calypso) compagnon d’armes des Grecs devant Troie) et roi d’Ithaque ».

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Stanislas Joyce

Contexte familial omniprésent) à commencer par la mention, en haut de chaque lettre, du « 44 Fontenoy Street, Dublin » — l’adresse de la maison familiale où Joyce loge durant ses deux séjours) auprès de son père et de ses s ?urs ; et là-bas, à Trieste, à l’arrivée des lettres, il y a Nora et les enfants, Eva la soeur, et Stanislaus le frère [7].
Là est peut-être le plus sidérant : dans cette juxtaposition immédiate des différents registres de la vie, tout à la fois mêlés et délibérément maintenus séparés, comme la nuit l’est du jour. Lettres nocturnes, en effet : écrites et à lire de nuit. (« Lues dans la froide lumière du jour, elles doivent paraître horribles »). Lettres intimes, strictement personnelles (« Garde mes lettres pour toi, ma chérie. C’est pour toi qu’elles sont écrites »), à garder « secrètes ») aussi secrètes que « toutes ces choses de femme » — dessous) culottes à volants, etc.) uniquement réservées à la jouissance des amants ; aussi secrètes que cette « nuit du péché [...] à nouveau descendue sur le monde, et je suis seul à nouveau, en train de t’écrire, et ta lettre est à nouveau pliée devant moi sur la table ». Que le secret ait été si bien gardé, au point que rien, sur le moment comme durant les soixante années qui suivirent, n’en air transpiré, sinon sur le papier pour le seul plaisir nocturne des amants, jusque par-delà leur mort — voilà qui laisse à penser...
Dernière précision, pour compléter ce bref rappel d’un dispositif contextuel très riche — un trait négatif, en creux, qui ajoute encore à son relief, à son mystère romanesque. Le corpus de la correspondance d’août à décembre 1909 est en effet marqué par une dissymétrie centrale, puisqu’il est constitué des seules lettres de Joyce à Nora, aucune trace n’ayant été retrouvée à ce jour de celles de Nora. Or, les lettres de Joyce se réfèrent explicitement à plusieurs reprises aux lettres que Nora lui écrit. Mieux : la séquence des lettres obscènes de décembre, au cours du deuxième voyage, est manifestement déclenchée par une lettre de Nora et l’aveu sexuel qui s’y est inscrit [8], en réponse (très retardée) à une demande formulée par Joyce trois mois auparavant, lors du premier voyage : « Il est une lettre que je n’ose être le premier à écrire et que pourtant, je l’espère chaque jour, tu m’écriras peut-être. Une lettre destinée à être vue de moi seul. [9] » Quant à la séquence elle-même, les lettres conservées attestent à elles seules de la réciprocité de l’échange, et de son intensité.
Pourquoi cette disparition ? Mystère. Joyce gardait tout. Quelques-unes de ses propres lettres manquent également [10]. Faut-il invoquer les innombrables déménagements du couple ? Ou ce témoignage de Maria Jolas rapportant qu’à Paris, en 1939, alors que la guerre menaçait, c’est Nora elle-même qui lui avait confié — devant un Joyce écoutant silencieusement — avoir mis de l’ordre dans divers papiers personnels et notamment « déchiré des lettres que Jim m’avait adressées [11] » ? Ses propres lettres faisaient-elles partie du lot ? Ou attendent-elles encore quelque part, par exemple dans un ultime dépôt confié en son temps à la Bibliothèque nationale d’Irlande [12] ? Pourquoi pas ? Le roman continue, fondé en l’occurrence sur le trait épistolaire central de cette correspondance : l’absence de Nora. Work in progress.

En direct dans le texte, ou quand écrire c’est faire

Toutes ces lettres, et plus encore les lettres obscènes, étant directement motivées par la séparation, l’interprétation courante qui en est faire met logiquement l’accent sur la fantasmatique sexuelle qui s’y exhibe, et qui vient suppléer à des rapports sexuels rendus temporairement impossibles. Une fantasmatique particulièrement abondante et multiple, côté Joyce, mais probablement très créative aussi côté Nora, si on en juge par les commentaires qu’elle inspire à son correspondant.

Pour spectaculaire qu’il soit, le déferlement de la fantasmatique sexuelle ne doit pas conduire, toutefois, à sous-estimer les traits spécifiquement épistolaires, lesquels jouent en l’occurrence un rôle déterminant.

a) l’obscénité joycienne relève en effet intégralement du registre de l’écrit [13]. Comme on l’a vu, il y a au départ une demande d’écriture : écris-moi la lettre que j’attends de toi. Pourquoi ? Parce que sans ce signe de toi, je ne puis moi-même t’écrire « sur cette page ce qui me remplir, la folie même du désir ». Autrement dit : écris-moi la vérité de ton désir, et je te révélerai pleinement ce qu’il en est du mien. L’invite à écrire ne cessera par la suite de se renouveler : écris, écris-moi plus, en pire, en plus sale ; écris les mots sales en gros et souligne-les, etc.
Un contrat d’écriture, donc, qui implique que chacun des deux protagonistes passe lui-même à l’acte, c’est-à-dire à la lettre : le destinataire (lui/elle) ne sera pas en reste, en reste de formulation de ce qu’il en est de son désir (à lui/à elle). Il n’est sans doute guère besoin d’insister longuement sur l’exceptionnelle liberté ainsi mise en jeu, de chaque côté, et qui est d’abord et essentiellement une liberté à dire. Avant d’être un simple échange de fantasmes, les lettres en question engagent d’abord un échange d’écrits, et c’est celui-ci qui constitue de fait, tout à la fois, le mode fondamental de réalisation et de vérification de la fantasmatique sexuelle :
— Oui, tu as bien saisi ce qu’il en est de mon désir à moi (tu sais maintenant « comment me faire bander », et ce que tu m’écris me fait jouir, littéralement [14]).
— Oui, j’ai parfaitement saisi ce qu’il en est de ton désir à toi, et ce que tu m’écris en retour en est la preuve immédiate.

b) Autant dire que nous sommes en présence de textes épistolaires qui tendent à fonctionner le plus possible au performatif. Écrire participe ici directement d’un faire, du faire d’un corps sexué, et dans les deux sens, c’est-à-dire comme écriture-lecture : car la lecture de la lettre de l’autre me fait tout autant jouir que de lui écrire une lettre dont je sais qu’elle la/le fera jouir quand elle/il la lira.

Je me suis branlé deux fois en lisant ta lettre.
Ecris les mots sales en gros, souligne-les et embrasse-les et tiens-les un moment ----- - contre ton gentil con en chaleur, ma chérie, et aussi soulève ta robe un moment et tiens-les sous ton cher petit derrière péteur. Fais-en plus si tu désires, puis envoie-moi la lettre, mon petit gibier de foutoir ; ma chérie au cul brun.

De manière générale, la référence temporelle centrale est celle du présent de l’énonciation — de l’instant même où ça s’écrit. S’y rapportent expressément les mises en scène fantasmatiques, particulièrement abondantes, jusques et y compris sur le mode de la remémoration ou de l’anticipation, explicitement référées en l’occurrence à l’acte d’écriture-lecture : oui, maintenant je me souviens de cette nuit où... : tu dis que quand je reviendrai... ; maintenant je suis heureux parce que ma petite pute me dit qu’elle veut..., etc.
En même temps, cette mise au premier plan de la situation d’énonciation n’est pas sans produire à plusieurs reprises des effets supplémentaires apparemment contradictoires, mais très révélateurs d’une posture typiquement joycienne. Dans quelques lettres en effet (notamment celles du 16 et du 20 décembre 1909), l’énonciation progressive du désir est donnée comme entièrement coextensive à la rédaction effective de la lettre (en temps réel, pour ainsi dire) : celle-ci fait apparaître en clair la montée de l’excitation sexuelle, le moment de l’éjaculation étant noté soit par une série d’exclamations de facture très sadienne (Basta ! Basta per dio !), soit par une soudaine rupture syntaxique qui laisse la phrase en suspens (« [...] et lorsque je retrousserai ta robe [...] Inutile de continuer ! Tu peux deviner pourquoi ! »). On passe alors, sans transition, à des considérations pratiques dont la trivialité froidement informative, intervenant aussitôt après le lyrisme obscène qui a précédé, produit inévitablement un effet comique très significatif.

Basta ! Basta per Dio !
J’ai joui maintenant, et la pitrerie est terminée (The foolery is over). Passons à tes questions.
Nous n’avons pas encore ouvert. Je t’envoie quelques affiches. Nous espérons ouvrir le 20 ou le 21. Etc.

The foolery... L’idée s’en retrouve dans d’autres lettres, lorsque Joyce confie à Nora sa crainte de l’avoir choquée avec ses « mots immondes » : « ce ne sont que des bêtises, chérie [...] C’est seulement la sonorité cochonne du mot que j’aime ». C’est là en effet que tout se noue et se dénoue : vecteurs immédiats de la jouissance, les « mots » joyciens sont à prendre tout à la fois à la lettre (jusque dans leur graphisme) et avec le détachement d’un humour d’autant plus décapant que le jeu sexuel en aura été mené jusqu’au bout. Par là aussi trouve à s’accomplir pleinement la fonction analytique remplie par ces lettres, dont la leçon (une exceptionnelle levée de refoulement) se retrouvera dans Ulysse. Fonction analytique par rapport à soi autant que par rapport à l’autre (à l’autre sexe) : la fantasmatique sadomasochiste développée dans les lettres passera notamment dans l’épisode de « Circé », tandis que Molly, dans « Pénélope », évoquera à plusieurs reprises les « lettres folles de détraqué » que lui envoyait autrefois son sublime Poldy. Mais, comme on sait, c’est tout Ulysse qui est dédié à Nora, à leur rencontre du 16 juin 1904 (Bloomsday), réalisant ainsi la prédiction amoureuse d’octobre 1909, selon laquelle l’ ?uvre future serait écrite « en écoutant aux portes de ton c ?ur ».

Épilogue : 50 000 dollars

Terminons en évoquant un ultime trait venu s’inscrire dans le scénario d’ensemble de cette correspondance. En aval, cette fois : côté publication. Un trait dont l’ironie, par-delà la mort, résonne d’une étonnante joyicity (FW, 414.23).
Dans ces lettres, comme tout au long de la vie de Joyce, il est aussi question d’argent. Non que Joyce s’en soit jamais soucié outre mesure : il finissait toujours par trouver quelqu’un pour lui en prêter. Ou lui en donner. Longue histoire... Toujours est-il que durant ses deux séjours à Dublin, en 1909, il se débrouille tant bien que mal pour envoyer un peu d’argent à Nora : à des fins banalement familiales (encore que sur ce point il en laissât volontiers le soin à Stanislaus, le frère gardien resté sur place, à Trieste !), mais aussi et surtout à des fins érotiques. Pour que Nora s’achète de jolies culottes à volants, des bas, des jarretières, etc.
Or, il se trouve que la publication de nos lettres dublinoises fut au départ l’objet d’une transaction financière qui, à elle seule, fait roman. Stanislaus étant mort en 1955 à Trieste — un 16 juin justement... —, sa femme Nelly, qui n’avait pratiquement pas connu Joyce, se retrouva dans un tel dénuement qu’il ne lui restait guère qu’à tenter de tirer parti d’un certain nombre de papiers personnels ayant appartenu à l’illustre beau-frère, et que son mari avait soigneusement conservés. Dollar oblige, elle s’adressa aux bibliothèques américaines, sans rien connaître apparemment du contenu des documents qu’elle se proposait de vendre, parmi lesquels figurait précisément la correspondance de 1909. Résultat des courses : en 1957, ce fut l’université Cornell, comme par hasard sise à Ithaca (mais dans l’État de New York), qui l’emporta, grâce au concours financier d’un riche donateur, lequel n’était autre que William Mennen — celui de la lotion après rasage, « Pour nous, les hommes » ! Incroyable mais vrai [15]. Environ 50 000 dollars pour l’ensemble de la collection.
Comme le note B. Maddox, c’était là une somme bien supérieure à tout ce que Nora avait reçu en droits d’auteur sur les livres de son mari durant ses dix années de veuvage. Je songe quant à moi au nombre de petites culottes que la Nora de 1909 aurait pu acheter avec 50000 dollars... Et à ce que Joyce aurait tiré de ce drôle d’épilogue, dans Ulysse ou dans Finnegans Wake.

Jean-Louis Houdebine 1991, L’Infini n° 70, Été 2000, p. 92-99.

*


ADDITIFS

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James Joyce avec son petit-fils, Stephen James en 1934. (Bettmann / Corbis)

Lu dans Le point du 3 décembre 2011, cet article dont je ne reprend que les extraits qui ont trait à la publication par Sollers des Lettres de Joyce que vous venez de lire...

Féroce bataille autour de James Joyce

par Violaine de Montclos

Stephen Joyce règne en maître sur l’oeuvre de son grand-père. Plus pour longtemps...

[...]

Sollers banni

[...] depuis vingt ans, chez Gallimard qui a l’exclusivité de l’oeuvre, on est habitué à composer tant bien que mal avec l’imprévisible petit-fils. Certains dans la maison le craignent comme la peste et s’indignent de ses récurrents esclandres. Mais d’autres ont finalement de l’admiration pour le phénomène. "Les chercheurs sont parfois de véritables nécrophages, dit une responsable de Gallimard qui ne souhaite pas être citée. Ils se servent de la réputation d’un auteur pour se faire la leur. Stephen, avec son caractère de cochon, a le courage de leur résister."

Ce qui a probablement décidé le petit-fils à se mettre en guerre, ce sont les incursions répétées dans la vie privée des Joyce. Philippe Sollers, pour avoir osé le premier publier dans la revue Tel Quel les lettres pornographiques — et magnifiques — de James à sa femme Nora, s’est vu à tout jamais voué aux gémonies par Stephen. «  Pour lui, je suis le diable, dit-il. Celui qui a révélé que Joyce n’était pas un homme tout à fait "convenable". Mais le rapport d’un écrivain à la sexualité écrite, surtout dans le cas de Joyce qui fit un scandale mondial avec ses écrits, est primordial. Je n’avais pas de précautions à prendre avec son roman familial. »

Entre autres mesures de rétorsion, Stephen surgit lors d’une conférence de Sollers sur Joyce au Centre Pompidou et monte bruyamment sur scène pour marquer son territoire. Il fait surtout interdire une lecture que l’écrivain doit faire à l’Institut culturel irlandais. Sollers est persona non grata, définitivement, comme tous ceux qui franchissent la ligne jaune de ce que Stephen considère comme la vie privée des siens. [...]

L’extrait dans son contexte.

*


« Le NON définitif » de Stephen Joyce

En mai 2006, Samara O’Shea écrivit à Stephen Joyce pour lui demander l’autorisation de publier certaines des lettres de Joyce à Nora (cf. la lettre de Samara O’Shea). Voici la réponse de Stephen Joyce : « un NON définitif ». Il est amusant de rappeler que James Joyce appelait son petit-fils... « Nonno ».

*


Joyce amoureux et obscène

par Philippe Sollers

Nous sommes en juin 1904 à Dublin, et deux jeunes Irlandais se rencontrent dans la rue. Elle, Nora, 20 ans, est femme de chambre dans un hôtel de la ville (le Finn’s, retenez ce nom). Lui, 22 ans, va bientôt signer ses lettres du diminutif de son prénom, Jim, et est déjà sûr d’obtenir un jour une grande gloire littéraire. Son nom ? James Joyce.

Rencontre étonnante par sa gratuité, son intensité immédiate et sa durée (trente-sept ans). Joyce écrit presque chaque jour à Nora, et elle est tout de suite sa « petite Nora boudeuse », sa « chère petite tête brune ». Plus expressif : « J’embrasse la fossette miraculeuse de ton cou. » Et là, il signe « Ton Frère chrétien en Luxure ». On est au couvent ou au bordel ? Les deux.

Ces deux-là, en tout cas, n’ont pas froid aux mains ni aux yeux. Le mystère, c’est que Joyce est d’emblée un révolté radical et un anarchiste convaincu, ce qui ne devrait pas, a priori, enchanter une jeune femme, prête, pourtant, à le suivre dans toutes ses aventures (ils vont très vite s’exiler ensemble). Voilà le monsieur : « Mon esprit rejette tout l’ordre social actuel et le christianisme, le foyer familial, les vertus reconnues, les classes sociales et les doctrines religieuses. » Comment compte-t-il s’en tirer ? En écrivant, et ce sera « Ulysse ».

On a donc affaire à un « vagabond » séduit par une belle fille très experte qu’il séduit à son tour, même si elle ne lira aucun de ses livres : « Adieu, ma chère naïve, sensible, ensommeillée, impatiente Nora à la voix profonde. » Et aussi : « Aucun nom n’est assez tendre pour être ton nom. »

Experte, Nora ? Elle a fait découvrir le plaisir physique partagé à son compagnon, mais elle produit aussi deux enfants dans la foulée, dont la destinée sera plus ou moins tragique. Jim et Nora ne se marieront qu’en 1931, et une photo nous montre Joyce marchant, ce jour-là, au supplice. Nora est sa femme, soit, mais il la traite comme une maîtresse opaque, comme si elle commettait un adultère avec lui. Quand ils sont séparés, en 1909 (elle à Trieste, lui à Dublin, « ville d’échec, de rancoeur, de malheur »), il lui écrit des lettres très folles mêlant l’adoration à la pornographie la plus crue. Ce génial catholique, en rupture totale avec son Eglise, reste un catholique fiévreux « L’amour est-il une folie ? A certains moments, je te vois comme une vierge ou une madone, et le moment suivant je te vois impudique, insolente, demi-nue et obscène. »

Les pires saletés

Les lettres de Jim sont magnifiques de précision organique, et on ne saurait les citer sans dégoûter les lectrices et faire hurler les féministes du monde entier. Ce Joyce est un monstre répugnant. Non seulement il écrit à sa femme les pires saletés, mais il exige qu’elle lui réponde sur le même ton (elle l’a fait, mais ses lettres sans ponctuation ne sont pas disponibles). « Ce charmant mot que tu écris si gros et que tu soulignes, petite fripouille. » Les mots sont tout dans les choses sexuelles, le son des mots, leur couleur.

« Dis-moi les plus petites choses sur toi, pour autant qu’elles sont obscènes et secrètes et dégoûtantes. N’écris rien d’autre. Que chaque phrase soit pleine de sons et de mots sales. Ils sont tous également charmants à entendre et à voir sur le papier, mais les plus sales sont les plus beaux. » Joyce sait ce qu’il veut : s’identifier au maximum à la substance féminine, la faire parler en dépit d’elle-même, dévoiler en détail ce continent méconnu et noir, et ce sera le scandale triomphal du monologue de Molly Bloom. On demandera beaucoup à Nora si elle est Molly, à quoi elle répondra gentiment : « Oh non, elle était beaucoup plus grosse. »

« Un sale petit oiseau à foutre » est aussi une fleur

« Tous les hommes sont des brutes, ma chérie, mais au moins chez moi il y a aussi quelque chose de plus élevé. » Ruse de Joyce : il rappelle à Nora qu’il n’utilise jamais d’expressions obscènes dans la conversation, et que lorsque les hommes racontent en sa présence des histoires grossières ou graveleuses, il sourit à peine. « Tu sembles me transformer en animal, mais c’est toi-même, vilaine fille sans vergogne, qui m’as la première conduit dans cette direction. » La vraie poésie n’a rien d’idéalisant ni d’éthéré : « Nora, ma chérie fidèle, ma petite écolière polissonne aux doux yeux, sois ma putain, ma maîtresse (ma petite maîtresse branleuse ! ma petite pute salope !), tu es toujours ma belle fleur sauvage des haies, ma fleur bleu sombre trempée de pluie. » Comme quoi « un sale petit oiseau à foutre » est aussi une fleur.

Le 16 décembre 1909, Jim se déchaîne : « Baise-moi, ma chérie, de toutes les nouvelles manières que ton désir te suggérera. Baise-moi habillée en grande tenue de ville avec ton chapeau et ta voilette, le visage rougi par le froid et le vent et la pluie et tes chaussures boueuses, soit à califourchon sur mes jambes alors que je suis assis dans un fauteuil et me chevauchant en tressautant, faisant virevolter les volants de ta culotte, et ma queue raide s’enfonçant dans ton con, soit me chevauchant sur le dossier du sofa. » Appréciez les phrases, leur torsion, leur rythme. Qui, en 1909, pouvait être assez libre pour écrire ça ? Personne.

« Je suis tout cela »

« Certaines pages sont laides, obscènes et bestiales, certaines sont pures et sacrées et spirituelles : je suis tout cela. » Nora aura aimé « tout cela », malgré la pauvreté et l’exil. « Tu vois clair dans mon jeu, rusée polissonne aux yeux bleus, et tu souris en toi-même, sachant que je suis un imposteur, et tu m’aimes malgré tout. » Il fait semblant de croire au sexe, il n’y croit pas plus qu’elle. Il n’arrête pas d’écrire, il rit de ce qu’il écrit, il est sûr de gagner la partie.

En 1912, ce héros incompréhensible écrit à Nora : « J’espère que le jour viendra où je pourrai t’accorder la gloire à mes côtés lorsque je serai entré dans mon Royaume. » Elle sera là, en 1941, quand il meurt, célèbre dans le monde entier, à Zurich. On se souviendra simplement que des astrophysiciens ont tiré le mot « quark » de « Finnegans Wake » pour définir de nouvelles propriétés atomiques. Le langage, chez Joyce, est allé jusque-là.

La dernière lettre de Jim est de 1922, après la publication d’« Ulysse ». « O ma chérie, si tu voulais seulement te tourner vers moi-même maintenant, et lire ce livre terrible qui m’a brisé le coeur dans la poitrine, et m’emmener seul auprès de toi pour faire de moi ce que tu voudras ! » Un peu plus tard, en plus émouvant : « Chère Nora, l’édition que tu as est pleine d’erreurs des typographes. J’ai coupé les pages. Il y a une liste d’erreurs à la fin. » Joyce sourit en précisant qu’il a coupé les pages. Il sait très bien que Nora ne lira rien, mais, en recevant ce cadeau, on peut la voir d’ici avec son sourire bleu sombre.

Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur du 30 mai 2012.

Portfolio

  • La famille Joyce, 1924.
  • Le jour du mariage, le 4 juillet 1931.
  • Nora et les enfants
  • Nora Barnacle
  • La belle irlandaise

[1Brenda Maddox, Nora. La vérité sur les rapports de Nora et James Joyce, Albin Michel,1990.

[2Cf. M... la maudite.

[3Cf. ma présentation du numéro.
Les Lettres à Nora en anglais.

Je remercie D. Brouttelande qui me rappelle que Jean-Louis Houdebine a fait une analyse des Lettres à Nora en 1991, publiée dans L’infini n° 70 de juin 2000, p. 92-99 (voir plus bas).

D.B. me signale également que Sollers a publié en 1987 un texte intitulé La belle irlandaise (L’infini n°20) qui deviendra le début du roman Le lys d’or. En me reportant à ce numéro de L’infini, je découvre que le texte de Sollers était précédé d’une reproduction du tableau de Courbet... La belle irlandaise ("cheveux brun-roux", "yeux bleus" ?), peint en 1866, l’année même où il peignit L’Origine du monde.

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La belle irlandaise
La belle irlandaise, c’est Johanna Hiffernan, elle a 24 ans. Elle a été la maîtresse de l’artiste James McNeill Whistler (1834-1903), avant d’être celle de Courbet.

[4« Ma douce petite pute de Nora, j’ai fait comme tu me l’avais dit, petite salope, et je me suis branlé deux fois en lisant ta lettre. Je suis ravi de voir qu’effectivement tu aimes être foutue du côté du cul » [...] (8 décembre 1909).
« Ma gentille polissonne, mon petit gibier de foutoir, voici un autre billet pour acheter de jolies choses, culottes ou bas ou jarretières. Achète des culottes de pute, mon amour, et pense bien à en asperger les jambes de ton parfum, et aussi à les jaunir un petit peu derrière. [...] Raconte-moi sur toi les choses les plus minimes, tant qu’elles seront obscènes, secrètes, immondes. N’écris rien d’autre. Que chaque phrase soit pleine de mots et de sons sales et impudiques. Ils sont tous merveilleux à entendre et même à voir sur le papier mais les plus sales sont les plus beaux.
« Les deux parties de ton corps qui font des choses sales sont les plus merveilleuses pour moi. Je préfère ton cul, ma chérie, à tes nichons, tant il fait quelque chose de sale. J’aime ton con moins parce que c’est la partie que j’enfile, que parce qu’il fait une autre saleté. Je pourrais rester toute la journée à me branler en regardant le mot divin que tu as écrit et la chose que tu as dit que tu ferais avec ta langue [...]
« Bonne nuit, mon petit connin [...] » (9 décembre 1909).

[5Cf. Richard Ellmann, Selected Letters of James Joyce, Londres, Faber and Faber, 1975. Trad. fr. J. Aubert, dans James Joyce, Oeuvres, Gallimard, coll. « Bibliothèque de La Pléiade », 1982. Cf. également Tel Quel, n° 83,1980, et R. Ellmann, Joyce, Gallimard, coll. « Tel », 1987. Brenda Maddox, Nora, la vérité sur les rapports de Nora et James Joyce, Albin Michel, 1990.

[6Cf. R. Ellmann Joyce, t. I, p. 335 et suiv., et B. Maddox, Nora..., op. cit., p. 124 et suiv.

[7Comme le note B. Maddox, quand le courrier arrivait via Scussa, Eva et Stanie devaient bien s’enquérir : "Lettre de Jim, Nora ? Qu’a-t-il de beau à raconter ?" (op.cit., p. 146). Eh oui !...

[8Cf. Joyce, Oeuvres, op. cit., p. 1274.

[9Ibid., p. 1258.

[10Ibid., p. 1274.

[11R. Ellmann, Joyce, op. cit., t. II, p. 383.

[12Cf. B. Maddox, Nora..., op. cit., p. 485.

[13Là est bien la spécificité de ces lettres, soulignée à plusieurs reprises par Joyce lui-même (voir notamment la lettre du 3 décembre 1909).

[14Voir la lettre du 2 décembre : « Tandis que je l’écrivais, ta lettre était devant moi et mes yeux étaient fixés, comme ils le sont maintenant encore, sur un certain mot. Il y a quelque chose d’obscène et de lubrique dans l’aspect même des lettres. Sa sonorité aussi est pareille à !"acte lui-même, bref, brutal, irrésistible et satanique. »

[15Pour tous ces détails, voir B. Maddox, Nora..., op. cit., p. 447 et suiv.

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7 Messages

  • A.G. | 3 juin 2014 - 21:50 1

    Pour les anglicistes : la lecture des lettres de Joyce à Nora en langue originale (lecture intégrale mais « bip de rigueur » !) ActuaLitté - Les univers du livres.


  • A.G. | 19 octobre 2012 - 01:15 2


  • A.G. | 1er juin 2012 - 14:02 3

    Lire : Philippe Sollers, Joyce amoureux et obscène , Le Nouvel Observateur du 31-05-12.


  • Robín García | 12 mai 2012 - 14:41 4

    Si ces lettres brûlantes et sales ne sont pas des faux -ce qui ne changerait pas trop les choses cependant- on a l’impresion que Jim Joyce se situe constamment en dessous d’elle ; elle qui n’a nul besoin de lire ce qu’ecrit son mari - son mari qui écrit pour pouvoir rire, se détacher- elle qui n’a nul besoin d’ecrire pour ce faire ; lui qui doit tout raconter : l’être qui ne peut que dire avant d’être ; elle, qui est (cela va) sans dire.

    PS : Ne soyons pas comme eux..


  • A.G. | 1er mai 2012 - 17:01 5

    Laure Adler a découvert les Lettres à Nora de James Joyce. Elle en parle, tout feu, tout flamme, le matin du 1er mai sur France Culture (3’52) :


    Pour démarrer l’écoute, cliquez sur la flèche verte

    Lire aussi l’analyse que faisait Jean-Louis Houdebine des Lettres à Nora en 1991 dans Joyce-Nora, décembre 1909 (n° 70 de L’Infini, Été 2000).


  • A.G. | 3 avril 2012 - 20:12 6

    Lettres à Nora | James Joyce

    Traduit de l’anglais par André Topia. Préface de : André Topia
    _ Editions Payot, Collection : Rivages Poche / Petite Bibliothèque | Numéro : 741

    Nora Barnacle, que Joyce rencontra en 1904 et qui deviendrait son épouse en 1931, joua un rôle essentiel dans la création des grandes figures féminines de l’oeuvre joycienne. On la retrouve ainsi derrière Greta Conroy ("Les Morts", Dublinois), Bertah (Les Exilés), Molly Bloom (Ulysse), et Anna Livia Plurabelle (Finnegans Wake), Ces figures renvoient toutes en écho au mystère de la féminité, dont Nora représentait pour Joyce le modèle vivant à travers ses infinis avatars.

    Les lettres à Nora se concentrent sur deux grandes périodes. Il y a d’abord 1904, l’année de leur rencontre, qui prit pour Joyce une telle importance que la grande journée d’Ulysse, le 16 juin 1904, correspondrait à l’un de leurs premiers rendez-vous. C’est une chronique émouvante de la naissance d’une passion amoureuse, avec ses envolées romantiques, ses moments de doute et ses morsures de jalousie. L’autre moment fort va d’août à décembre 1909, Joyce est à Dublin et Nora est restée à Trieste, et cette séparation va donner naissance à une série de lettres qui, par leur franchise sexuelle et parfois leur obscénité, sont un extraordinaire document sur les relations de ce couple, sujet qui obsédait les auteurs de la fin de l’époque victorienne et du début de la période moderniste, de Thomas Hardy à D.H. Lawrence.


  • Oui | 19 juin 2007 - 11:50 7

    J’ai eu une prof à la fac qui nous lut de ces fort joyeuses lettres... qui n’étaient certes pas au programme. Mais devant une femme libre, ou devant un homme libre, la liberté s’étend, s’ouvre et jouit !