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J’ai exécuté un chien de l’enfer. Rapport sur l’assassinat de Samuel Paty

par David Di Nota. Parution : 07/10/2021

D 17 octobre 2021     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


« Ce livre est la nonfiction que j’oppose à tous ceux qui entendent nous raconter des histoires. »

« Que s’est-il passé ? Pourquoi est-ce arrivé ? Comment cela a-t-il été possible ? », s’interrogeait en son temps Hannah Arendt.
Telles sont les trois questions que l’auteur a choisi de se poser afin d’analyser la rumeur infondée qui devait conduire à l’assassinat d’un professeur de collège dans une petite ville paisible des Yvelines.
Contre-enquête fascinante sur une série d’incohérences institutionnelles, récit d’un mensonge orchestré par des islamistes, déconstruction méthodique d’un antiracisme dévoyé qui semble résumer toute une époque, ce livre restitue cet événement politique majeur avec un sens du détail et une clarté redoutables.

FEUILLETER LA VERSION KINDLE DU LIVRE

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David Di Nota : « le premier devoir que nous devons à Samuel Paty, c’est la vérité »

Europe 1, 11/10/2021.

David Di Nota, romancier et auteur de "J’ai exécuté un chien de l’enfer", répond aux questions de Sonia Mabrouk au sujet du premier anniversaire de la mort de Samuel Paty, du rôle de l’Éducation nationale et des hommages rendus à l’enseignant assassiné.

David Di Nota, romancier et auteur de "J’ai exécuté un chien de l’enfer" aux éditions du Cherche-Midi était l’invité de Calvi 3D, ce lundi 11 octobre 2021. Une émission animée par Yves Calvi du lundi au jeudi de 18h45 à 20 heures sur BFMTV.

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Samuel Paty, contre-enquête sur un système qui a condamné l’enseignant

RCF. Simon Marty, le 14/10/2021 à 20:11 — Modifié le 15/10/2021 à 13:02

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David Di Nota

C’est un travail d’enquête inédit sur l’assassinat de Samuel Paty. Dans son ouvrage intitulé "J’ai exécuté un chien de l’enfer - Rapport sur l’assassinat de Samuel Paty" (éd. Le Cherche-Midi), David Di Nota a repris l’ensemble des faits pour dévoiler la position intenable dans laquelle le professeur s’est retrouvé dans les jours précédant sa mort.

Accusée par l’Éducation nationale d’un manque de maîtrise de la laïcité au moment où il subissait une campagne de haine sans précédent, son enquête dévoile une approche à charge de sa hiérarchie, cherchant à lui faire avouer une faute inexistante.

Comment se fait-il que la thèse de l’Éducation nationale reprenne la thèse d’une rumeur et non celle des élèves présents dans la classe et qui disculpait le professeur ? se demande David Di Nota.

Un profond respect des religions

Contrairement à ce qui a pu être dit initialement, on sait aujourd’hui que Samuel Paty avait préparé son cours très en avance, échangeant même sur la question en famille, lisant le Coran ramené par ses parents lors de vacances quelques années en arrière. Pour David Di Nota son acte était un acte de prévenance et de pédagogie.

Une pression constante

David Di Nota pointe différents moments dans la chronologie des faits, l’appel du 6 octobre ou Samuel Paty, à la demande de sa hiérarchie, s’excuse auprès des familles en expliquant qu’il s’agit d’un malentendu.

Plus tard, il sera accusé par son référent laïcité d’avoir mal compris la laïcité. Il expliquera au commissariat de police, suite à une plainte pour présentation d’images pornographiques, qu’il n’a commis aucune faute professionnelle.

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RÉPONSES à IL FOGLIO


IL FOGLIO.
ZOOM : cliquer sur l’image.

L’affaire Samuel Paty n’est pas un problème franco-français mais un défi lancé à toutes les sociétés séculières, c’est pourquoi je suis très heureux d’avoir pu évoquer les points saillants de mon enquête en compagnie de nos amis danois, belges, québécois, et, aujourd’hui, italiens.

Version française :

Pourquoi avez-vous écrit ce rapport sur l’assassinat de Samuel Paty ?

Ce qui m’a immédiatement frappé lors de l’attentat du 16 octobre 2020, ce n’est pas que des islamistes se comportent comme des islamistes en décapitant un homme : il faudrait être d’une extraordinaire naïveté pour s’en étonner. Non, ce qui a immédiatement retenu mon attention, c’est que l’on ait accumulé des couches de commentaires sur des couches de commentaires avant de chercher à savoir, tout simplement, ce qui s’était passé.
J’aimerais vous donner tout de suite un exemple : dans le sillage immédiat de l’assassinat, une polémique a éclaté en France, initiée par le ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, sur l’existence – ou non – de “l’islamo-gauchisme”. Existe-t-il un phénomène comme l’islamo-gauchisme ? Il se trouve que le réel a déjà répondu à cette question. Il suffit d’analyser les arguments de l’islamiste qui a mené la campagne de haine contre Samuel Paty, Abdelhakim Sefrioui, arguments qui reprennent tous les thèmes chers à la gauche dite radicale (comme le racisme d’Etat ou l’idée que la défense de la laïcité française serait une arme tournée contre les musulmans), pour observer cette collusion in situ. Je vous renvoie à la vidéo de Sefrioui sur ce point, vidéo qu’on aurait bien tort de négliger. Non seulement cette collusion objective existe, mais c’est elle qui a précipité, dans les faits, l’assassinat de Samuel Paty. Répondre à cette question dans l’abstrait au lieu de partir de l’assassinat lui-même est une grave erreur – sauf à considérer que le réel n’a rien à nous apprendre, sauf à se réfugier dans le déni.
Il faut donc partir du singulier pour s’élever vers le général, et non l’inverse. J’ai éprouvé la nécessité de remettre tout à plat, de raconter les faits les uns après les autres, en essayant de saisir la dynamique qui nous fait passer d’une rumeur infondée portant sur l’islamophobie supposée de Samuel Paty (rumeur initiée par une élève qui n’était pas dans la classe) à la décapitation d’un homme.

Quel genre d’homme était Paty ?

On s’est beaucoup employé à présenter Samuel Paty comme une sorte de prof un peu naïf. Il est crucial de comprendre pourquoi sa hiérarchie elle-même a défendu cette version.
Reprenons les faits chronologiquement : alors que l’enseignant fait l’objet de menaces physiques orchestrées par un islamiste notoire, l’Education Nationale fait le choix – admirons le timing – de mettre l’enseignant en accusation en lui reprochant d’avoir fait une “erreur”. Quelle erreur ? Celle de “froisser” (c’est le terme utilisé) les “élèves”. C’est une thèse très étrange. D’abord parce qu’elle est fausse – Samuel Paty n’a pas froissé ses élèves : ceux-ci ont témoigné au contraire du caractère bon enfant du cours, de la bonne ambiance générale. Ensuite parce que cette thèse est celle de la menteuse, autrement dit de l’élève qui n’était pas dans la classe. Pourquoi la thèse du “référent laïcité” est-elle la même que celle de la menteuse ? Voilà une anomalie très curieuse, que le rapport officiel de l’Inspection générale s’est bien gardée de relever, et plus encore d’expliquer.
A rebours de cette approche qui consiste à prendre l’enseignant “de haut”, je montre dans mon livre que Samuel Paty était parfaitement lucide, et sur les islamistes qui cherchaient à déstabiliser son cours sur la liberté d’expression, et sur le “soutien” – pour le moins ambigu, pour le moins étrange, pour le moins ambivalent – de son administration. Lorsqu’il déclare au commissariat, trois jours avant son assassinat, “je n’ai commis aucune infraction dans l’exercice de mes fonctions”, il répond, non pas au commissaire, mais à son administration.
Reste une question de fond : pourquoi vouloir que l’enseignant admette à tous prix une “erreur” ? C’est la question qui nous fait entrer au coeur de l’inconfessable – celle qui révèle ce point crucial que l’administration ne reconnaîtra jamais. On a cherché à “recadrer” le professeur pour donner des gages de bonne foi à la cohorte des harceleurs avec l’espoir que, par la grâce de ce recadrage, les choses se calmeraient. Le professeur est devenu le fusible parfait, la variable d’ajustement, le fautif idéal, et c’est d’ailleurs pourquoi, dès le départ (autrement dit le 6 octobre) on demande à Samuel Paty de s’excuser pour un malentendu créé de toutes pièces par une élève qui n’était pas dans la classe. “L’absurdité de la situation touche comme bien souvent au comique”, écrira l’enseignant dans un email.

Dans cette histoire, qui est coupable ?

Je n’attaque jamais des personnes dans mon livre et je n’adopte jamais la position du juge. Ce n’est pas mon travail. Mon travail consiste à dégager aussi nettement que possible la part de cruauté que l’assassinat de Samuel Paty — cet agencement administratif si singulier – dissimule. La cruauté, ce n’est pas l’islamisme. Il est très facile de condamner l’islamisme, mais il est beaucoup plus difficile d’examiner la cruauté systémique qui expose et continue d’exposer les enseignants – les passeurs indispensables de notre culture – au quotidien. L’assassinat de Samuel Paty nous en fournit l’occasion, à condition, comme dirait Althusser, “de ne pas se raconter d’histoires”. C’est tout l’enjeu de ce livre – un enjeu, à vrai dire, profondément littéraire. Pour autant, ce livre n’est pas une fiction. Ce livre est la nonfiction que j’oppose à tous ceux qui entendent nous raconter des histoires.

Quel est l’enjeu de cet assassinat ?

“Pourquoi cherchez vous à semer la discorde ?” : voilà comment les harceleurs de Conflans Saint-Honorine ont fait pression sur Samuel Paty avant de présenter l’enseignant comme un islamophobe sur les réseaux sociaux (jusqu’à ce qu’Abdoullakh Anzorov, l’assassin, ne le prenne en chasse). Les islamistes sont passés maîtres dans l’art de renverser les rôles, mais ils ne sont pas les seuls, tant s’en faut. “Samuel Paty a-t-il été assassiné ? C’est bien la preuve que la laïcité française est coupable”, voilà comment raisonnent certains éditorialistes du New York Times et une partie non négligeable de l’intelligentsia française et internationale. J’aimerais attirer l’attention sur le fait que la même tactique d’intimidation s’est exercée quelques mois plus tard en Angleterre, dans le Yorkshire, à la Batley Grammar School. Une fois encore des prétendus “parents d’élèves” sont venus menacer un enseignant au nom de leurs interdits religieux ; une fois encore les élèves ont pris la défense de leur prof en soulignant le fait qu’ils n’étaient pas du tout “choqués” par la caricature de Charlie Hebdo présentée dans le cadre du cours. Si la colère des croyants s’explique par le caractère insuffisamment ouvert ou tolérant de la laïcité française, pourquoi ce chantage a-t-il lieu en Angleterre, dans un pays de tradition politique aussi différente ? La vérité est que le procès fait à la laïcité française ne tient pas debout. Quelles que soient leurs traditions et leurs singularités, toutes les sociétés séculières sont attaquées de la même manière en Europe, de sorte qu’il n’est pas difficile d’observer le même chantage se répéter partout.
L’enjeu consiste à observer comment nous réagissons quand un individu est pris en chasse par des islamistes. L’enjeu consiste à observer comment les sociétés séculières défendent leurs propres principes lorsqu’elles sont attaquées à la base par des “entrepreneurs de colère” qui confondent religion et violence. Dans une société séculière, chacun est libre de croire ou de ne pas croire, mais personne n’a le droit d’imposer ses interdits religieux à tous les autres : il va sans dire que menacer un professeur au nom d’un interdit religieux trahit une méconnaissance complète de ces principes.

Craignez-vous que l’assassinat de Samuel Paty soit le préambule d’un avenir sombre ?

S’il est une chose que je redoute, c’est que le nouvel impératif de l’Education Nationale en France (“mieux former les enseignants à la laïcité”) ne serve qu’à placer, une fois encore, l’enseignant sur la sellette. On continue de superposer ces deux problématiques, la formation des enseignants à la laïcité et le nom de Samuel Paty, comme si une maladresse pédagogique était à l’origine de l’assassinat. C’est à la fois indécent moralement et malhonnête intellectuellement. Comme dans Le Procès de Franz Kafka, tout part d’une calomnie : c’est de cela dont il nous faut partir pour décrire avec exactitude ce qui s’est passé.

Réponses à Giulio Meotti, Il Foglio, Octobre 2021.

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Assassinat de Samuel Paty : David Di Nota a voulu suivre la logique de ce cauchemar jusqu’au bout

15 octobre 2021 par Marc Sigrist

David Di Nota, romancier et auteur de « J’ai exécuté un chien de l’enfer : rapport sur l’assassinat de Samuel Paty » aux éditions du Cherche-Midi, était l’invité d’André Bercoff sur Sud Radio.

Pour David Di Nota, André Bercoff a « raison sur le fait d’insister que je sois romancier, non pas qu’il y ait quoi que ce soit d’inventé dans ce livre ». «  Mon parti pris était de suivre l’itinéraire singulier d’un homme lors des deux dernières semaines de sa vie  », explique-t-il. Le but du romancier était de « comprendre de l’intérieur le cauchemar dans lequel il avait été placé, dans lequel il a été fait prisonnier en quelques sortes et de suivre la logique de ce cauchemar jusqu’au bout », explique-t-il au micro de Sud Radio.

« Mon point de vue, ce n’est pas le point de vue de l’institution. Mon point de vue, c’est celui de cet homme si singulier qui est passé quand même de cette trajectoire incroyable, qui vous fait passer d’une rumeur infondée par une élève qui n’était pas dans la classe, à la décapitation d’un homme », raconte l’auteur. « C’est cette trajectoire que j’ai voulu restituer  ».

C’est une « chose si simple » de dire que « cette élève n’était pas dans la classe »

Selon le romancier David Di Nota, « Samuel Paty fait l’objet de deux premières accusations ». « D’abord l’élève qui n’est pas dans la classe et qui dit cette chose, alors qu’elle était interviewée par les islamistes. Elle dit que Samuel Paty a désigné les musulmans, parce qu’ils étaient musulmans et il les a exclu de la classe, en quelques sortes, il a organisé un genre de mini-rafle du Vel-d’Hiv », raconte l’auteur. « Elle y tient beaucoup à cette version et cette version, et ce mensonge éhonté sera repris immédiatement par les islamistes, et évidemment ce mensonge sera répercuté sur les réseaux sociaux », explique David Di Nota.

« L’un des mystères sur lequel j’ai buté au départ, c’est pourquoi, au moment où l’enseignant est en but à cette campagne de haine orchestrée par des islamistes, pourquoi l’administration choisit, alors qu’elle en a la possibilité, qu’elle sait très bien que l’élève n’était pas dans la classe, pourquoi elle ne dit pas à la cohorte des offensés : ‘écoutez, cette élève ment’  », explique David Di Nota. Pour lui, il s’agit pourtant d’une «  chose si simple » de dire que « cette élève n’était pas dans la classe » et que « cette élève ment  ». «  Les élèves qui étaient dans la classe ont dit exactement le contraire, que le cours s’est bien déroulé, qu’il n’y a eu aucune stigmatisation, et que l’ambiance était très bonne », explique le romancier.

« J’ai essayé de ne pas les éviter ces vérités très inconfortables »

«  Il s’est passé ces choses très curieuses qui pour moi étaient vraiment un mystère », explique David Di Nota au micro de Sud Radio. Selon l’auteur, il s’agissait «  d’une vérité très inconfortable ». « J’ai essayé de ne pas les éviter ces vérités très inconfortables  », explique-t-il. « L’administration choisit d’adopter, et ça c’est un paradoxe qui est au cœur de mon livre, la version de l’élève qui n’était pas dans la classe, autrement dit la version de la menteuse qui consiste à dire : effectivement vous avez offensé votre classe », raconte le romancier.

Quand André Bercoff explique que l’administration demande donc à Samuel Paty de s’excuser, pour David Di Nota, « on arrive au fin du fin, c’est ça qui est ahurissant », juge-t-il. Pour David Di Nota, il ne s’agit pas de lâcheté. « La lâcheté consiste à s’en prendre à celui qui est agressé par peur de s’en prendre à ceux qui agressent », explique-t-il. « Là, on s’est dit qu’on va recadrer le professeur, on va expliquer qu’il a fait une erreur, qu’il ne maîtrise pas très bien la laïcité dans l’espoir que ça va calmer les excités et les offensés professionnels », raconte le romancier. Pour David Di Nota, « ce calcul  » ne va pas payer. «  Au contraire, il a énormément vulnérabilisé le professeur à tel point qu’on a cru le dossier traité et on connaît la suite », juge David Di Nota.

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RAPPORT À UNE ACADÉMIE...

« L’analyse époustouflante d’Anne-Sophie Chazaud parue dans FRONT POPULAIRE ce matin. » (Di Nota, 16 octobre)

« Samuel Paty est mort à l’angle de la rue de la Haute-Borne et de la rue du Buisseau-Moineau, le vendredi 16 octobre 2020, à 16h57. La route qui mène du collège au domicile de l’enseignant longe une série de jardinets disparates et sans prétention –l’endroit n’est pas abrité des regards, il constitue seulement la première intersection sur le chemin du retour.
Anzorov suivra sa victime — l’homme au jean bleu et à la chemise rouge — sur quelques trois cents mètres. Nul ne sait si le professeur était encore conscient au moment de sa décapitation. La nature des coups au niveau des membres supérieurs et de l’abdomen ouvre deux interprétations possibles : ou bien le professeur s’est battu, ou bien l’assassin s’est employé à charcuter sa victime avant de lui trancher la gorge. »
Nous sommes ici au chapitre 23, intitulé « Le châtiment », du livre que l’écrivain, dramaturge et docteur en science politique David di Nota consacre à l’assassinat de Samuel Paty, J’ai exécuté un chien de l’enfer, selon les termes mêmes du meurtrier.
Cet ouvrage, publié au Cherche midi dont on doit saluer le discernement éditorial mais aussi le courage, alors que l’enseignant d’histoire-géographie est mort dans des conditions atroces il y a précisément un an, est, disons-le d’emblée, absolument incontournable et constitue un objet littéraire rare.
Rare au plan de l’enquête qui y est menée, ou plus exactement de la contre-enquête, précise, implacable et accablante, ou encore, disons, du « contre rapport » qui y est établi avec toute la redoutable (et redoutée) précision du réel, afin de ramener celui-ci sur le devant de la scène, à travers l’examen cruel des faits, lesquels jettent une lumière particulièrement critique, par leur simple description et énonciation, sans outrance, sur la version officielle qui fut notamment portée par le Rapport de l’Inspection générale et par les différentes institutions et établissements concernés. Ce qui apparaît ici c’est tout l’environnement, l’idéologie, les renoncements, la lâcheté, la folie bureaucratique qui ne peut survivre et se légitimer que dans son autocongratulation, son autoglorification, l’autojustification de ses schémas de pensée et de fonctionnement, bref, tous ces accommodements dits raisonnables, qui ont permis l’assassinat, qui l’ont facilité, qui, d’une certaine façon, ont armé l’assassin islamiste quand bien même celui-ci demeure auteur de ses actes, d’une part, et qui, ensuite, lui ont donné une lumière bien particulière en racontant une sorte de fiction idéologique et administrative faisant l’impasse sur les lâchetés, les violences et responsabilités véritables. La figure du procès kafkaïen revient au fil du récit et l’on ne peut qu’être saisi par sa lumineuse pertinence.
Rare ensuite parce que cet ouvrage constitue un paradoxe : c’est le travail ciselé d’un écrivain (cet ouvrage n’est pas un essai) qui vient mettre à bas la version/les versions supposées descriptives et factuelles des propos et du Rapport administratifs établis sur l’affaire. C’est donc par ce détour narratif singulier, étayé sur une solide et minutieuse enquête de terrain, servi par un style qui saisit le lecteur d’un souffle du début à la fin, que la vérité advient. C’est un geste éminemment créatif, culturel et construit qui, par le moyen d’une écriture rigoureuse, ironique parfois, visant toujours juste, sans affèterie mais avec précision et, dirions-nous, élégance dans la force d’impact, permet de démonter la mécanique d’un discours falsifié qui est celui de la lâcheté coupable administrative se présentant mensongèrement comme factuelle. On pourrait penser que l’écrivain divague là où le technocrate/administratif s’en tient aux faits : ce récit démontre l’inverse ainsi que toute la perversité de ce système, comme le fit Kafka dont la filiation ici n’est pas usurpée.
Trente-huit petits chapitres (d’à peine quelques pages chacun), comme autant de « scènes » réparties dans cette tragédie en Trois Actes : I. Histoire de la violence, II. « L’erreur de Samuel Paty », III. « Terrible nouvelle », viennent tous jeter, un par un, dans une disposition où rien n’est laissé au hasard, une lumière crue sur les faits et sur les responsabilités véritables de chacun.
La responsabilité de l’administration de l’Education nationale (accusant Samuel Paty, la victime, de « mal maîtriser la laïcité », dans une sorte d’aberrante inversion accusatoire), son ivresse bureaucratique mais aussi sa porosité idéologique avec les pires abdications et l’esprit munichois (« pas de vague ») voire franchement collaborateur de nombreux acteurs impliqués dans l’affaire, sont ici mis en évidence de manière imparable, factuelle, grâce précisément au détour par le travail exigeant de l’écrivain. La responsabilité de collègues ayant participé à la curée, de parents d’élèves ayant monté en épingle des propos mensongers, sachant que toute l’affaire repose, au départ, sur les incriminations victimaires et délibérément fausses d’une élève qui n’était pas même présente le jour du cours consacré à la liberté d’expression. Et c’est sur la base de ce mensonge que s’appuiera toute l’attitude de l’administration, ce qui en dit long sur son « lieu » d’énonciation, à laquelle peu à peu Samuel Paty sera confronté : « C’est étrange, diront les deux rapporteurs de l’Inspection générale, Samuel Paty a du mal à reconnaître son erreur. » Ne pas reconnaître une erreur que l’on n’a pas commise, en effet, comme c’est étrange pour des esprits tordus…
On lui demandera tout d’abord de s’excuser s’il a pu offenser ou blesser des personnes, pour apaiser la situation, ce qu’il fera bien volontiers, n’étant pas de nature belliqueuse. Mais dès l’instant où il s’est excusé, la machine infernale est enclenchée sans qu’il le sache. Cela vaudra reconnaissance de culpabilité : en l’occurrence, ne pas être prétendument dans la bonne compréhension de la laïcité et s’en vient alors tout naturellement le chapelet habituel des anathèmes, procès en racisme, islamophobie (validant au passage la réhabilitation du délit de blasphème) etc. que beaucoup d’entre nous ont subis avec la complicité au minimum passive de leurs administrations. Peu à peu, il comprend le piège qui est en train de se refermer sur lui et déclare avec force : « Je n’ai commis aucune infraction dans l’exercice de mes fonctions ». Il envisage de faire constater certains des propos tenus par certains de ses lâches collègues à son sujet par voie d’huissier, mais il est déjà trop tard et l’histoire en vérité est déjà écrite. Il n’y aura plus de retour en arrière possible jusqu’à ce que sa tête suppliciée roule sur le sol et apparaisse sur les écrans de nos réseaux sociaux.
La force d’analyse de David di Nota consiste ensuite à corréler le bilan accablant de toutes ces fautes accumulées avec l’idéologie dont est empreinte l’Education nationale qui, rappelons-le, s’est majoritairement indignée en poussant moult cris d’orfraie lorsque la Ministre de l’Enseignement Supérieur a osé parler d’ « islamogauchisme », alors même que le réel en impose l’évidence sanglante et nocive. Ce qui est donc remis en cause ici est le paradigme victimaire — mais aussi suspicieux d’emblée envers les enseignants — qui règne au sein d’une administration très perméable aux thèses décoloniales, indigénistes, antiracistes dévoyées et, surtout, qui, par la glorification de l’offense tend à renvoyer intrinsèquement les élèves et l’enseignant dos à dos puis à faire finalement peser toute charge de toute faute sur ce-dernier. Cette analyse critique s’étend jusqu’à la loi dite « pour une école de la confiance » de juillet 2019. Il faut voir ici le fruit de décennies d’un pédagogisme visant à introduire toujours davantage les parents d’élèves dans l’école, à réduire le magistère de l’enseignant, à niveler les hiérarchies qui, seules, étaient émancipatrices : c’est aussi cette séparation claire entre la famille et l’école qui garantissait l’indispensable laïcité d’un lieu qui, en retour, était sacralisé.
Cet ouvrage est donc bien plus qu’un hommage ou qu’une indignation : c’est un remarquable travail d’écrivain, nous l’avons dit et cet aspect formel est indispensable à la force du propos. Ce contre-rapport mis en récit de manière à la fois délicate et puissante, à l’image de la personnalité de son auteur, est une œuvre de vérité et, en quelque sorte, de justice. Ce 16 octobre, nombreux seront ceux qui, sur injonction ministérielle, verseront des larmes de crocodiles en se recueillant en mémoire de Samuel Paty, en osant parler sans vergogne d’une liberté d’expression qu’ils n’ont cessé d’opprimer, se rangeant toujours du côté de la meute, de la rumeur, de cette « calomnie » kafkaïenne à laquelle il est fait référence ici. Espérons qu’ils liront ce livre qui, en quelques jours à peine, bénéficie déjà d’un immense succès bien mérité. Un an après sa mort, Samuel Paty voit ici une partie importante de la vérité et de son honneur rétablis.

Anne-Sophie Chazaud, FRONT POPULAIRE, octobre 2021.

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Samuel Paty : un an après, ou en sont les enseignants ?

Signes des temps par Marc Weitzmann, 17 octobre 2021.


Collège du Bois-d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, 19 octobre 2020.
Crédits : Anne-Christine Poujoulat - AFP. ZOOM : cliquer sur l’image.

Un an après l’assassinat de Samuel Paty, des millions d’élèves ont célébré vendredi la mémoire du professeur à travers une minute de silence, un chant et un débat sur la liberté d’expression. 98 incidents "de nature variable" ont été relevés d’après le ministre de l’Education nationale qui se prépare par ailleurs à inaugurer une plaque dans l’entrée du ministère, honorant Samuel Paty, je cite, "Assassiné par un terroriste islamiste pour avoir enseigné et défendu les valeurs de la République dont la liberté d’expression".

Samuel Paty, a déclaré par ailleurs Jean-Michel Blanquer, est un emblème, un emblème de la liberté, et donc un emblème de la République et pour cela, il faut montrer une forme de force et de sérénité.

Ces déclarations de principe officielles sont toujours à la fois nécessaires et un peu ridicules. Concrètement, où en est-on dans l’enseignement un an après ce meurtre, alors qu’un livre du romancier David di Nota « J’ai exécuté un chien de l’enfer », revient de manière accablante sur la responsabilité de la hiérarchie dans l’engrenage ayant conduit à la désignation de Paty comme cible, et qu’une enquête de l’IFOP et de la Fondation jean-Jaurès fait le point sur la situation des enseignants ?

Musiques diffusées

Tricky : Somebody’s sin
Madonna : Killers who are Partying
Gnarls Barkley : Who’s gonna save my soul ?

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J’ai exécuté un chien de l’enfer est publié au Cherche midi.

David di NOTA a publié dans la collection L’infini chez Gallimard :

Ta femme me trompe (2013)
Bambipark suivi de Têtes subtiles et têtes coupées (2009)
J’ai épousé un Casque bleu suivi de Sur la guerre (2008)
Projet pour une révolution à Paris (2004)
Traité des élégances, 1 (2001)
Quelque chose de très simple (1995)
Apologie du plaisir absolu (1993)
Festivité locale (1991)

LIRE AUSSI : Sur Marcelin Pleynet

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LIRE AUSSI

L’infamie

Yannick Haenel

Je pense tout le temps à l’assassinat de Samuel Paty. Voilà un an qu’a eu lieu cette abomination et il me semble qu’elle s’est déroulée ce matin  ; il me semble qu’une telle infamie s’accomplit désormais à chaque instant et que ce crime d’iniquité s’est propagé au monde : il se diffuse à travers l’air que nous respirons. Les islamistes radicaux n’ont pas seulement inspiré, organisé et commis le plus immonde des assassinats, mais ils ont été parfaitement aidés dans leur entreprise de mort par ce que notre monde produit de plus lamentable, c’est-à-dire la manipulation (propagée sur les réseaux sociaux) et le lobbying (celui de la haine étant le plus efficace). La mesquinerie de quelques adolescents et la lâcheté de l’Éducation nationale ont fait le reste : tout ce que la France a de merdique et de trouillard s’est ainsi coalisé pour accomplir publiquement un lynchage.

Tout ce que la France a de merdique et de trouillard

En France, en 2020, un professeur de collège, c’est-à-dire l’incarnation même de ce que la République a de plus noble et de plus courageux, s’est fait trancher la tête dans la rue devant son collège parce qu’il avait appliqué en classe, comme l’exige son métier, les principes de la laïcité.

Je pense à la solitude des professeurs, abandonnés de tous, à la connerie ambiante qui rend possible qu’ils soient devenus des cibles, et à l’infamie islamiste qui fait de leur monde un enfer, car désormais il y aura toujours devant eux, en classe, un élève, décervelé par les réseaux sociaux, qui pense que la mort de Samuel Paty était « méritée » car il aurait « offensé l’islam ».

LIRE AUSSI : La solitude des professeurs
Samuel Paty : un an après, les profs abandonnés au front

Alors j’ouvre un petit livre de 90 pages qui me fait du bien. C’est la plaidoirie passionnée, passionnante que Richard Malka, l’avocat de Charlie Hebdo, a prononcée en décembre dernier lors du procès des attentats de janvier 2015. Ça s’appelle Le Droit d’emmerder Dieu (éd. Grasset).

J’en recopie des phrases, il suffit de les lire : « Ce qui souille l’humanité, ce qui insulte Dieu s’il existe, ce ne sont pas nos caricatures, c’est le meurtre d’innocents. »

«  Ce ne sont pas nos dessins qui sont coupables, c’est la ­barbarie. »

« L’islamisme ne peut pas être la seule religion de ce pays à exiger de ne pas être critiquée. »

«  À chaque fois, ce qui est critiqué, c’est le fanatisme religieux, pas la religion en elle-même. »

« Les religions doivent faire l’objet de la satire, et pour ­reprendre les mots de Salman Rushdie, "de notre manque de ­respect ­intrépide". »

Ceci encore, juste pour nous rappeler que rire n’est pas tuer : « Il n’y a jamais eu un crime dans l’histoire de l’humanité commis au nom du droit de rire de Dieu. »

Enfin, à l’intention du président Erdogan, qui donne à la France des leçons de tolérance alors qu’il fait massacrer des musulmans kurdes : « Massacrer des milliers de musulmans, ce n’est pas islamophobe, mais publier des dessins, ce serait islamophobe  ? »

Charlie Hebdo, 14 octobre 2021.

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