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L’art de la tauromachie

artpress 2 n° 33

D 16 mai 2014     A par A.G. - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Voyons. Qu’y-a-t-il sur les murs qui m’entourent au quotidien ? Trois grandes photographies : l’une de Pasolini sur le tournage de L’évangile selon saint Mathieu (le cinéaste devant un Christ en croix renversé [1]), l’autre de Georges Bataille (regard absent — lors de son soixantième anniversaire en 1957) récupérée chez un libraire de Toulon [2] ; la troisième représente des joueurs de cartes chinois de toutes générations (et qui fument) dans un quartier populaire de Shanghai (une photo prise en octobre 2012 par mon ami Alain Hatat [3]) ; deux petites photos de Mao écrivant dans son bureau, pointe à la verticale du papier (ne le répétez pas [4]) ; deux petites photos de Jean Paul II avec Andy Warhol en 1980 et Sollers en 2000 [5] ; la main de Godard tenant une cigarette [6], un portrait de Samuel Fuller fumant le cigare (à Reims, en 1986, par Gérard Rondeau) et deux grandes reproductions de Picasso. L’une représente « Raphaël et la Fornarina,— Seuls, s’étreignant sur le sol » (8-9-68 III), l’autre une « corrida » (3-4-59). Bref, le « bien » et le « mal », côte à côte ou se faisant face, délibérément.


« A las cinco de la tarde.
Eran las cinco en punto de la tarde.
 » Lorca.

Picasso, Corridas

Picasso, Corrida, 3 avril 1959.
La deuxième phase du combat, le « Tercio de Banderilles ». Photo A.G. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Vous n’êtes pas obligés de me croire : dans mon « atelier », ces personnages et ces « thèmes », illustres ou pas, s’entendent très bien et « dialoguent » sans problème, sans souci de l’espace et du temps, ni des contradictions. « Impossible ! » direz-vous. La preuve que « l’impossible » est possible nous est pourtant donnée par Picasso lui-même qui, un mois avant d’avoir réalisé cette fameuse corrida, imaginait d’autres corridas, plus insolites.

En effet, les 2 et 3 mars 1959, Picasso alternait et mêlait de manière significative dessins de corridas et crucifixions. Exemples :

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Picasso. Corrida (2-03-1959, IX).
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Picasso. Christ en croix (2-03-1959, XIV).
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Picasso. Corrida (2-03-1959, XV).
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Picasso. Christ en croix (2-03-1959, XVI).
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Picasso. Corrida (2-03-1959, XVII).
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Picasso, Corrida VI, 3 mars 1959.

S’agit-il du même « sujet » ? Mais de quel « sujet » est-il question ? Relisez Crucifixions :

«  il s’agit ici d’une expérience personnelle obligée d’inventer le code où elle se déroule. [...] Nous sommes cette fois le 3 mars 1959. C’est la crucifixion corrida. Le picador Picasso, nouveau saint Paul, a eu son chemin de Damas, il gît sur le sol de l’arène sous son cheval renversé. Le taureau fonce de droite à gauche. Le Christ, bras gauche cloué à sa croix, bras droit libre, se sert de son pagne comme d’une cape ou d’une muleta. Il est devenu le torero impossible. Il est à la fois crucifié et ressuscité en action, son linge enlevé suffit à aveugler et à faire tourner l’Animal. »

Picasso à Luis Miguel Dominguin, le célèbre toréador : « Si je n’avais été peintre, j’aurais aimé être picador. » Le picador Picasso... Oui, mais le peintre est aussi, tour à tour, le Christ, ce « toréro impossible », et le taureau (le Minotaure).

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L’art de la tauromachie

Le dernier numéro d’artpress2 est consacré à « l’art de la tauromachie ». C’est un numéro splendide, aux interventions et à l’iconographie remarquables. La conception en a été confiée à Jacques Durand, dont la chronique « Tauromachie » fut écartée de Libération il y a deux ans.

Voici l’éditorial de Jacques Henric.

Nous avions annoncé, il y a plusieurs mois, notre décision de consacrer à la corrida un de nos artpress 2. Nous en avions donné, dans un édito du mensuel, et les circonstances et les raisons. Nous y revenons pour les lecteurs à qui ce numéro d’alors aurait échappé.

Les circonstances  : la proposition que nous a faite Georges Didi-Huberman — dont on sait le vif intérêt qu’il porte à l’Espagne, à la danse et au chant flamenco, et à la corrida (cf. son texte dans ce numéro) — de donner la possibilité à Jacques Durand, écrivain et grand chroniqueur taurin, de poursuivre dans artpress ses chroniques taurines dont Libération venait de le priver.

Nos raisons  : réagir à ce que nous considérions comme un cas de censure et, répondant à un vieux réflexe libertaire, qui semblait faire désormais défaut à ce quotidien né de Mai 68, accepter d’emblée la proposition de Georges. artpress étant un mensuel, plutôt que des chroniques régulières, nous avons lancé l’idée d’un numéro entier sur l’art taurin que dirigerait Jacques Durand.

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Photo : André Hampartzoumian, José Tomas, Nîmes, 16 septembre 2012.

Nos lecteurs doivent savoir que cette grande passion de notre temps — la première, la plus partagée de nos états dits démocratiques, la plus fiévreuse, la plus profonde, la plus viscérale, la plus agressive, la plus jouissive, qui consiste à interdire  ! interdire  ! interdire tout et n’importe quoi mais interdire (pas une journée sans une nouvelle loi liberticide) — cette passion s’est furieusement déchaînée ces dernières années contre les courses de taureaux. Pas seulement les courses elles-mêmes, mais, et ce qui a renforcé notre décision de consacrer un numéro à celles-ci, les écrits les prenant pour objet. Il faut savoir que les directions de plusieurs grands journaux ont donné pour consigne à leur rédaction de refuser tout compte rendu de livres consacrés à la corrida. Cherchez dans la presse la moindre ligne sur le beau récit du torero José Tomás, Dialogue avec Navegante, publié récemment Au Diable Vauvert [7]... Et que sont devenues dans le Monde les excellentes chroniques taurines de Francis Marmande  ? Les associations anti-corrida n’ont pas exercé en vain leur pression sur les médias. Ces groupes d’agités, minoritaires en France, relèvent de cette configuration d’humains pour qui tous les moyens sont bons, y compris, paradoxalement, les plus violents, pour faire advenir ce que Philippe Muray avait appelé l’Empire du Bien, à savoir un monde sans contradictions, sans conflits, sans guerres, sans prostitution, un monde délié du mal, d’où le négatif a été banni, l’impureté vaincue, la mort déniée, un monde baignant enfin dans une paix étale. C’est ainsi qu’on a vu, aux États-Unis, des opposants aux interruptions de grossesse, soucieux du respect «  sacré  » de la vie, assassiner froidement des médecins pratiquant l’IVG ; qu’on a pu voir, ici, les grands amis des bêtes, pour appuyer leurs coups de force dans les arènes ou dans des librairies diffusant des ouvrages sur la corrida, n’éprouver aucun scrupule à avoir recours à des bandes de gros bras, aux crânes rasés, style skinheads.

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Nimeno II © Lucien Clergue.

Aux imbéciles et infâmes anti-corrida qui ont, comme le rappelle Philippe Caubère dans ce numéro, tracé la nuit des croix gammées sur les affiches annonçant sa lecture du livre consacré au jeune torero français, Christian Montcouquiol, dit Nimeño II qui, ne pouvant plus toréer à la suite de sa blessure dans les arènes d’Arles en 1989, s’était suicidé, rappelons, ne leur en déplaise, que c’est précisément avec les nazis, violents opposants aux courses de taureaux, qu’ils sont en phase. Sollers, toujours dans ce numéro, évoque, en passant, le nom d’Himmler, à l’occasion de la correspondance débile du dirigeant nazi avec sa femme publiée récemment. Or Jacques Durand nous apprend que le dit Himmler avait assisté en 1940 à une corrida en Espagne, et qu’il avait quitté l’arène, écoeuré, scandalisé par le répugnant spectacle du sang. Probable que cette âme sensible s’en est purifié en retrouvant au plus vite la paisible atmosphère d’Auschwitz où il aimait à se rendre.

Un monde sans négatif, serait tout simplement un monde où ne pourrait exister ni littérature ni art. Pourquoi la première figuration humaine, à Lascaux, est-elle un homme affrontant un taureau  [8] ? Pourquoi ces dessins et peintures de corridas, chez Vélasquez, Goya, Picasso, Masson, Saura, Meurice, Barceló...  ? Pourquoi la tauromachie, depuis des siècles, voire des millénaires, a-t-elle été objet de poésie et de romans — de Homère à Lorca [9], Rilke, Conrad, Hemingway, Leiris, Montherlant, Bataille, Char, en passant par Du Bellay et Rousseau...? C’est à ces questions, entre autres, que tente de répondre ce numéro d’artpress.

Jacques Henric , artpress2, juin, juillet, août 2014.

Je vous laisse découvrir le sommaire du numéro et le commander si vous n’êtes pas abonnés.

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Qui est Jacques Durand ? France Culture lui accordait une émission en juillet 2013.

Entretien avec Jacques Durand

Jacques Durand © André Hampartzoumian. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Musiques et chant extraits de la bande orignale de Blancanieves de Pablo Berger, signée Alfonso Vilallonga (Milan records, 2013). — Ça rime à quoi par Sophie Nauleau.

Jacques Durand vit en Camargue et connaît les arènes romaines autant que l’art éphémère et fragile du « duende » cher à Federico Garcia Lorca. Sa plume alerte, lumineuse, franche comme une poignée de main ou un sourire d’enfance et souvent nietzschéenne, est celle d’un grand écrivain qui ne cesse de recourir aux pouvoirs de la poésie : « il faut avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse »...

Avec lui les poètes croisent le destin des toros et leurs mots sans commune mesure celui des toreros. À sa manière, Jacques Durand parle de poésie et de corrida comme José Tomás, le Maestro Majuscule, torée : « du fond du coeur et les pieds bien à plat ».

José Tomas & Jacques Durand Nîmes 16 septembre 2012 © Callejon. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Jacques Durand a été responsable de la chronique « Tauromachie » de Libération de 1987 à 2012.

Il a été rédacteur en chef des émissions Corrida sur Canal +, a collaboré au magazine taurin de France 3 Sud Face au Toril et est co-fondateur de l’association Horchata de chufa.

Il a reçu le premier prix international de journalisme à Pampelune en 87. Plusieurs de ses livres ont été édités en Espagne, au Mexique, en Allemagne. Il est également co-auteur de documentaires consacrés à la corrida.

Il publie désormais La page taurine aux éditions Atelier Baie.

Sur facebook : Chroniques taurines de Jacques Durand.

Luis Francisco Espla & Jacques Durand © Agnès Peronnet. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

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Meyer, José Tomás aux arènes de Nîmes, le 16 septembre 2012, de la série l’Abyme et le vent. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Six contre un, la "corrida historique" de José Tomas

par Francis Marmande


José Tomas à Nîmes le 16 septembre 2012.

Féria des Vendanges à Nîmes, du 12 au 16 septembre : Simon Casas, le directeur des arènes, joue gros. Affiches de luxe, duos aussi inespérés qu’acrobatiques à monter (mano a mano Morante-Manzanares, El Juli-Castella), rumeurs diverses, et, grappe de raisin sur la paella, le torero mythique José Tomas en solo. Seul contre six. Un exploit pour toreros exceptionnels et en pleine forme. Un défi pour José Tomas, 37 ans, trente-sept fois grièvement blessé. José Tomas, "le samouraï", l’icône de la quiétude devant les fauves, dit, un soir de 2000, "quand je vais toréer, je laisse mon corps à l’hôtel".

Dans un étrange état de grâce et de sérénité, un sourire inhabituel aux lèvres, José Tomas a donc affronté six toros d’élevages différents, le dimanche 16, de 11 h 30 à 14 h 02. Autour ? Flotte de jets privés à l’aérodrome de Garons loué depuis des mois. Marché noir stratosphérique. Arènes archi-combles. Quelques retardataires installés à la hâte sur les premiers cumulus. Pipoles peuplant les étagères (d’Alain Finkielkraut à Edouard Baer en passant par Jean Nouvel et Denis Podalydès).

PIPOLES

Ciel couleur des yeux de Jean d’Ormesson. Costume anthracite et or avec motifs mexicains pour le maestro. Pluie de récompenses. Sortie en triomphe par la Porte des consuls. Public en lévitation. Conversations de bar pour sept siècles. Internet en surchauffe. Relance d’un intérêt vacillant. Le torero déjà légendaire n’a pas, c’est le moins qu’on puisse dire, raté son rendez-vous avec Nîmes. Onze oreilles et une queue symbolique, plus un toro gracié. Peu avare de superlatifs par temps ordinaires, la critique taurine parle déjà de "corrida historique", de "corrida du siècle".

Le 24 avril 2010, à Aguascalientes (Mexique), José Tomas fut laissé pour mort par un toro nommé Valeroso. On le pense, on le sait perdu pour la tauromachie. Lente, lourde, très pénible convalescence. Un an plus tard, Simon Casas, magicien métaphysique, est le seul à le convaincre de revenir en piste. C’est à Valence, le 24 juillet 2011. Codirecteur désormais des arènes de Madrid, Casas récidive et persuade Tomas d’affronter six toros de différents élevages à Nîmes. L’impossible même. En 2012, Tomas n’aura toréé qu’en deux ou trois arènes mineures.

IMPERTURBABLE

Adage connu : "Corrida d’énorme illusion, corrida de déception." Or, ce dimanche, faenas brèves, répertoire fondamental, cape maniée d’une seule main, "doblones" genou en terre, coups d’épée réduits à l’essentiel, ambiance de feu, le prodige s’est produit. Quand on connaît la lenteur, la douceur de poignet, le calme imperturbable de José Tomas, l’enthousiasme qu’il déchaîne prend tout son sens.

En plein débat sur la tauromachie — le Conseil constitutionnel rendra son avis le 21 septembre sur la constitutionnalité de la loi qui régit la corrida en France [10] —, ce coup de poker de Casas s’était transformé en coup médiatique. Puis en potlatch. Le voici désormais pièce incontestable d’un mystère sans doute (la corrida), mais d’un mystère bien partagé. Puisque le monde taurin vit d’illusions et d’adages : "La meilleure corrida, c’est toujours celle où l’on n’est pas." Nous n’y étions pas.

Francis Marmande, Le Monde du 17-09-12.

Lire aussi : "Pourquoi la corrida ? J’ai à faire avec la vie, l’amour, la mort".

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Philippe Sollers : intervention

Huit jours après la corrida historique de José Tomas, Sollers mettait en ligne cette vidéo.

« Tous les jours sont pour moi dimanche », disait l’artiste anarchiste Marcel Duchamp. Que dirait-il aujourd’hui, en pleine bêtise fanatique ? Peut-être ceci, via internet, envoyé à Picasso et Hemingway : « Assez de préjugés archaïques ! Revenons vite à l’ancien savoir-vivre espagnol : messe catholique le matin, corrida l’après-midi, bordel le soir. »

Philippe Sollers
Dimanche, 23 septembre 2012, Venise, 20h00.

Musique : La Niña de los Peines, La Maja Aristocrática.

Voir sur Pileface : Tous les jours sont pour moi dimanche.

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Alternativa de Victoriano Valencia, siendo su padrino Antonio Bienvenida en la Plaza de Toros de “Las Arenas” de Barcelona (España), el 27 de julio de 1958 y brindando un toro al maestro Pablo Picasso (Foto : Pepillo). Crédit : LaMontera.net

ROUGE

PHILIPPE SOLLERS

En réponse à une question de Jacques Henric, Philippe Sollers se souvient de ses années passée à Barcelone. Marqué par le caractère rituel des corridas auxquelles il assista alors, il s’interroge aujourd’hui sur les raisons et la signification de leur interdiction en Catalogne.

Des courses de taureaux, j’en ai vu très tôt à Bordeaux. J’avais vingt ans, je vivais alors une histoire espagnole qui a fait un certain bruit à l’époque [11]. J’ai été tout de suite saisi par le rituel, de plus en plus par le rituel, et par la question qu’il posait : qu’est-ce que ça veut dire, et d’où ça vient ? J’ai, ensuite, beaucoup vécu à Barcelone où je fréquentais très souvent la Monumental, ces arènes qui sont désormais abandonnées depuis que la Catalogne a interdit les corridas. Donc, autre question : pourquoi la corrida est-elle victime d’un refoulement aussi violent ? Les grands spécialistes de la course de taureaux sont évidemment Hemingway, avec Mort dans l’après-midi, Bataille, avec Histoire de l’oeil, et avec ce dernier, on se retrouve à Barcelone, sans parler de celui qui est visé, et directement, dans son essence même, par ce refoulement, à savoir Picasso.

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Picasso en toréador, Vallauris. © André Villers.

Car si on supprime la corrida, tous les tableaux de Picasso, pas seulement les tableaux de corridas mais toute l’oeuvre de Picasso doivent disparaître, ce qui est d’ailleurs une possibilité que l’art dit contemporain a pour fonction d’opérer. Comment faire disparaître Picasso ? Picasso lui-même, mais aussi toutes les stratifications philosophiques et existentielles qui sont derrière lui.
J’étais à Barcelone entre 1957 et 1960, j’ai pu voir, ainsi, et ce sont des souvenirs inoubliables, toréer les grands de l’époque, Dominguin, Ordonez. Je me souviens d’une fin d’après-midi, le jour tombait peu à peu, où j’ai vu Dominguin dans un état divin. C’est allé si loin qu’à la fin il a offert un taureau au public qui, après un état de recueillement, a manifesté un enthousiasme délirant.
Les moments qui m’ont toujours le plus impressionné dans la corrida, c’est quand le torero passe de la véronique à la muleta et où le sang commence à couler après l’intervention des picadors. Le sang... Qui peut encore regarder en face du sang d’animal ? Ou est-ce de plus en plus interdit ? Ce qui, si c’est le cas, prouverait qu’on peut massacrer tout ce qu’on veut si les images de ces massacres sont garanties sans sang. On montre des cadavres, on en voit tous les soirs sur les écrans de télévision, recouverts de draps, de linceuls, mais presque jamais de sang. C’est une chose qui m’avait frappé dans l’attentat du 11 Septembre à New York. Et ce ne sont pas les minables petites galeries d’art du Ground Zero qui exposent des œuvres censées représenter l’événement ayant changé le calendrier, qui nous en donnent à voir la réalité sanglante. L’interdiction de la corrida à Barcelone, ça vise directement, politiquement, métaphysiquement, à éliminer la signification du rituel sacré dont l’élaboration vient de très loin dans le temps. Les seules images bien filmées de corrida sont celles qu’on trouve dans le film Méditerranée, de Jean-Daniel Pollet.

La corrida de « Méditerranée »

Voici la séquence dans laquelle est insérée la corrida. Le texte est de Sollers.


(durée : 5’56")
Voir : Méditerranée - Jean-Daniel Pollet, tel quel et Plus encore.

J’en ai repris un certain nombre pour un film que je viens de faire [12], évidemment en éliminant la musique trop convenue qui accompagnait les images. À la place de cette musique, genre concerto d’Aranjuez, j’ai introduit la magnifique chanteuse de flamenco qui s’appelle la Nina de los Peines. Parce que la course, du début à la fin, c’est de la musique, avec, à son terme, le grand silence de la mise à mort. En tout cas personne, avant Pollet, n’avait posé de cette façon une caméra face à une course de taureaux, c’est admirable, et le film n’a pas pris une ride bien qu’il date de 1963. Je l’ai projeté, il y a quelques jours, à Bordeaux et j’ai vu des femmes mettre leurs mains devant les yeux pour ne pas voir. C’est comme si j’avais projeté des images pornographiques, lesquelles auraient beaucoup mieux passé.

TUER MAIS NE PAS VOIR DE SANG

Je reviens à la vie à Barcelone en ce temps-là, c’était extraordinaire. Voilà une ville qui ne dormait jamais, sauf entre cinq heures-et-demie et six heures du matin. Il y avait un café qui s’appelait le Cosmos où, l’été, les prostituées en robes légères avaient quelque chose d’absolument génial dans leur façon de pratiquer leurs activités. J’ai vécu là des amitiés furtives mais profondes. Je rends aussi hommage à l’extraordinaire Barrio Chino où j’ai obtenu, très jeune, comme Picasso, mon diplôme érotique sur le terrain. C’est vous dire que la rue d’Avinyo, car il n’y a jamais eu, bien sûr, de demoiselles d’Avignon, est à l’origine d’une révolution fondamentale. Évidemment le cliché, c’est la messe le matin, la corrida l’après-midi, le bordel le soir, mais est-ce que ça aurait pu exister dans un autre pays que l’Espagne profondément catholique ? Il est exclu qu’un torero ne prie pas et ne fasse pas ses dévotions avant de risquer sa vie.


Mithra sacrifiant le taureau, 100-200 après J.-C. Le Louvre. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Me demandant d’où vient tout cela, une citation de Freud me revient en mémoire : « Le visage inondé de lumière du jeune dieu perse nous est resté incompréhensible. » Vous allez en Iran, vous grattez l’islam, vous trouvez qui ? Un dieu extraordinaire qui n’est autre que Mithra. Un dieu coiffé d’un bonnet phrygien et qui a l’habitude de chevaucher un taureau, qu’il poignarde par la même occasion. Le culte de Mithra a des traits communs avec le manichéisme, il a connu une très grande diffusion pendant près de quatre siècles avant d’être condamné et évacué par le christianisme, et, à travers le christianisme, par tout ce qui est biblique. Il fallait que cela n’ait pas eu lieu. À cause des sacrifices, à cause du sang. Nous y sommes encore aujourd’hui : tuer mais ne pas voir de sang. C’est la victoire définitive du Nord sur le Sud, Sud arrogant, Sud bestial, Sud de la prostitution, Sud du sacrifice d’animaux, Sud sanglant. Sud atroce, et comme vous voyez, je me dévoue une fois encore pour défendre ce Sud et ses rituels. Le rituel de la corrida doit être réglé dans ses moindres détails. Si c’est raté, c’est horrible, c’est de la boucherie. Si c’est réussi, comme cette corrida de Dominguin que je n’oublierai jamais, ou ce que furent celles d’un Manolete, c’est admirable. Notamment cet instant solennel où le torero prend la muleta et l’épée.

Et puis il faut parler des femmes, ah ! les femmes... Je les ai vues, et je les ai entendues, elles étaient dans un état... Je les entends encore crier, jeunes et vieilles, sorcières de Goya : « Ahora, vamos a ver si sabes matar ! » (Maintenant on va savoir si tu sais tuer !) Les hommes étaient plus réservés. Ne plus vouloir de corridas, c’est aussi ne plus souhaiter voir l’hystérie en action, ne plus rien savoir de la joie éprouvée à voir tuer. Rappelons-nous que la guillotine avait ses tricoteuses, avides de voir le sang couler sous les planches, place de la Concorde, avec les chiens qui venaient laper le sang, et les sans-culottes qui trempaient leurs piques dans les flaques du sang de Louis XVI. Ça a eu lieu, c’était épouvantable, mais quelle culpabilité il y a derrière ça. Alors, plutôt le massacre discret, plutôt publier de gentilles lettres, inédites, de Himmler à la Une du Monde [13]. Trois pages avec l’écriture de ce bon père de famille, pour démontrer quoi ? Comment ce bon papa peut à la fois écrire des lettres aussi kitsch, aussi désolantes de banalité et de connerie et glisser en passant : Tiens, demain je vais faire un tour à Auschwitz. Un gouffre, quelque chose d’incompréhensible, nous explique Élisabeth de Fontenay [14]. Vraiment ? On a tout simplement affaire à un couple petit-bourgeois, et c’est toujours la petite bourgeoisie qu’il faut craindre. On a là le type même de l’affreux petit-bourgeois. Le peuple n’a pas ce goût hypocrite, quant à l’aristocratie, elle a disparu, et la bourgeoisie aussi. Nous avons maintenant la promotion petite-bourgeoise universelle, ou appelons-la classe moyenne, si vous voulez. Je pourrais décider, moi aussi, qu’en revenant de Bordeaux, j’ai découvert une lettre inédite de Goering. Je peux l’écrire, comme j’ai écrit une fausse lettre de Sade pour le bicentenaire de 1789 [15]. Je peux vous l’écrire, la lettre du gros Goering, une saloperie celle-là, et la proposer au Monde, pour sa Une.
Pour en revenir au sang, et à la faculté de danser avec la mort, car c’est ça le sujet, la corrida est bien un art, un art considérable qui implique pour celui qui le pratique, un système nerveux d’une grande finesse, d’une formidable acuité. La moindre erreur de placement, et vous comprenez ce qui se joue dans cette musique intense de la mort avec le Joueur. J’ai toujours trouvé ça grandiose. J’ai, le plus souvent, essayé de vivre intérieurement cette pointe du temps.

Philippe Sollers, artpress2 n° 33.

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Salut, Manet ! Salut, Picasso !

Édouard Manet, Le Toréador mort, 1862. Eau-forte. 15,5 x 22,5cm [16]. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Faut-il citer les romans de Sollers où tout est corrida ? Relisons L’Éclaircie, véritable hymne à Manet (2012) :

Le gouvernement de la Catalogne, pour d’obscures raisons politiques habillées en déclarations « humanitaires », vient d’interdire la corrida sur son territoire. À l’époque des infanticides et des néonaticides intensifs, c’est une bonne mesure, il faut sauver les taureaux. Il faut aussi interdire, par la même occasion, des centaines de toiles de Picasso, et aussi les courses de taureaux de Manet, son torero mort, son matador saluant, sa charmante Victorine « à l’espada », tout le travesti trouble des choses. Des travelos déguisés en femmes, oui, des femmes raffinées en habits d’hommes, non. Les fleurs du mal n’ont plus rien à proposer à l’amateur. Proust, habile, a caché son jeu. Plus de corridas ? Mais bien sûr, et c’est normal. Un moine bouddhiste français, en robe safran, approuve cette sanction sensible.


Édouard Manet, L’Espada, 1862. Eau-forte. 30 x 23,2cm [17]. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Mais que serais je, moi, minuscule peintre amateur, sans les grandes séances de 17 heures, autrefois, à la Monumental de Barcelone ? Sans les capes, les picadors, les banderilleros, les lentes et mortelles valses des muletas ? Sans le souvenir de Dominguin, royal, offrant, quand la nuit tombe, un taureau à la foule ? Sans l’excitation obscène des femmes au moment de la mise à mort ? « Ahora bien, chico, vamos a ver si sabes matar ! » « Nous allons voir si tu sais tuer ! » Des mères, des filles, des soeurs... À quand l’interdiction de Guernica, ce tableau pénible ? Salut, Lola ! (L’Éclaircie, folio, p. 115)

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Photogrammes de Méditerranée

Photogrammes du film de Jean-Daniel Pollet Méditerranée, 1963. Crédit : artpress2. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Voir aussi les Corridas, peintures de Boris Pollet d’après des photogrammes du film réalisé par son père. — Méditerranée sur Pileface.

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La mort du toréro Manuel Granero le 7 mai 1922. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

A sa sortie de l’École des chartes, Bataille est nommé à l’École des Hautes Études Hispaniques en attendant de l’être à la Bibliothèque Nationale. Il se trouve à Madrid le 7 mai 1922 [18]. Il assiste à la corrida et à la mort du toréro Manuel Granero. L’événement le marque suffisamment pour qu’il en fasse le moment-clé —« nécessaire(s) pour rattacher au sol terrestre, à un lieu géographique, à une date précise » écrit Bataille — d’une des scènes les plus saisissantes et les plus érotiques de son premier livre, Histoire de l’oeil, publié sous le pseudonyme de Lord Auch en 1928 [19].

L’oeil de Granero

Georges Bataille, Histoire de l’oeil, X

Le 7 mai 1922 les toreros La Rosa, Lalanda et Granero devaient combattre dans les arènes de Madrid, les deux derniers étant considérés en Espagne comme les meilleurs matadors et en général Granero comme supérieur à Lalanda. Il venait tout juste d’avoir vingt ans, toutefois il était déjà extrêmement populaire, étant d’ailleurs beau, grand et d’une simplicité encore enfantine. Simone s’était vivement intéressée à son histoire et, par exception, avait manifesté un véritable plaisir quand Sir Edmond lui avait annoncé que le célèbre tueur de taureaux avait accepté de dîner avec nous le soir de la course.

Ce qui caractérisait Granero parmi les autres matadors, c’est qu’il n’avait pas du tout l’air d’un garçon boucher, mais d’un prince charmant très viril et aussi parfaitement élancé. Le costume de matador, à ce point de vue, est expressif, parce qu’il sauvegarde la ligne droite toujours érigée très raide et comme un jaillissement chaque fois que le taureau bondit à côté du corps, et parce qu’il adhère étroitement au cul. Une étoffe d’un rouge vif et une épée brillante — en face d’un taureau qui agonise et dont le pelage est fumant à cause de la sueur et du sang — achèvent d’accomplir la métamorphose et de dégager le caractère le plus captivant du jeu. Il faut tenir compte aussi du ciel torride particulier à l’Espagne, qui n’est pas du tout coloré et dur comme on l’imagine : il n’est que parfaitement solaire avec une luminosité éclatante mais molle, chaude et trouble, parfois même irréelle à force de suggérer la liberté des sens par l’intensité de la lumière liée à celle de la chaleur.

En fait cette extrême irréalité de l’éclat solaire est tellement liée à tout ce qui eut lieu autour de moi pendant la corrida du 7 mai que les seuls objets que j’aie jamais conservés avec attention sont un éventail de papier rond, mi-jaune, mi-bleu, que Simone avait ce jour-là et une petite brochure illustrée où se trouvent un récit de toutes les circonstances et quelques photographies. Plus tard, au cours d’un embarquement, la petite valise qui contenait ces deux souvenirs tomba dans la mer d’où elle fut retirée par un Arabe à l’aide d’une longue perche, c’est pourquoi ils sont en très mauvais état, mais ils me sont nécessaires pour rattacher au sol terrestre, à un lieu géographique, à une date précise, ce que mon imagination me représente malgré moi comme une simple vision de la déliquescence solaire.

Le premier taureau, celui dont Simone attendait les couilles crues servies dans une assiette, était une sorte de monstre noir dont le débouché hors du toril fut si rapide qu’en dépit de tous les efforts et de tous les cris, il éventra successivement les trois chevaux avant qu’on eût pu ordonner la course ; une fois, cheval et cavalier furent soulevés ensemble en l’air pour retomber derrière les cornes avec fracas. Mais Granero ayant pris le taureau, le combat commença avec brio et se poursuivit dans un délire d’acclamations. Le jeune homme faisait tourner autour de lui la bête furieuse dans une cape rose ; chaque fois son corps était élevé par une sorte de jet en spirale et il évitait de très peu un choc formidable. A la fin, la mort du monstre solaire s’accomplit avec netteté, la bête aveuglée par le morceau de drap rouge, l’épée plongée profondément dans le corps déjà ensanglanté ; une ovation incroyable eut lieu pendant que le taureau avec des incertitudes d’ivrogne s’agenouillait et se laissait tomber les jambes en l’air en expirant.

Simone qui se trouvait assise entre Sir Edmond et moi et qui avait assisté à la tuerie avec une exaltation au moins égale à la mienne ne voulut pas se rasseoir quand l’interminable acclamation du jeune homme eut pris fin. Elle me prit par la main sans mot dire et me conduisit dans une cour extérieure de l’arène extrêmement sale où il y avait une odeur d’urine chevaline et humaine suffocante étant donné la grande chaleur. Je pris, moi, Simone par le cul et Simone saisit à travers la culotte ma verge en colère. Nous entrâmes ainsi dans des chiottes puantes où des mouches sordides tourbillonnaient dans un rayon de soleil et où, resté debout, je pus mettre à nu le cul de la jeune fille, enfoncer dans sa chair couleur de sang et baveuse, d’abord mes doigts, puis le membre viril lui-même, qui entra dans cette caverne de sang pendant que je branlais son cul en y pénétrant profondément avec le médius osseux. En même temps aussi les révoltes de nos bouches se collaient dans un orage de salive. L’orgasme du taureau n’est pas plus fort que celui qui nous arracha les reins et nous entre-déchira sans que mon gros membre eût reculé d’un seul cran hors de cette vulve emplie jusqu’au fond et gorgée par le foutre.

La force des battements du coeur dans nos poitrines, aussi brûlantes et aussi désireuses l’une que l’autre d’être collées toutes nues à des mains moites, pas du tout apaisées, le cul de Simone aussi avide qu’avant, moi, la verge restée obstinément raide, on revint ensemble au premier rang de l’arène. Mais une fois arrivés à notre place auprès de Sir Edmond, là où devait s’asseoir Simone, en plein soleil, on trouva une assiette blanche sur laquelle deux couilles épluchées, glandes de la grosseur et de la forme d’un œuf et d’une blancheur nacrée, à peine rose de sang, identique à celle du globe oculaire : elles venaient d’être prélevées sur le premier taureau, de pelage noir, dans le corps duquel Granero avait plongé l’épée.
— Ce sont les couilles crues, dit Sir Edmond à Simone avec un léger accent anglais.
Cependant Simone s’était mise à genoux devant cette assiette qu’elle regardait avec un intérêt absorbant, mais aussi avec un embarras extraordinaire. Il semblait qu’elle voulait faire quelque chose et qu’elle ne savait pas comment s’y prendre et que cela la mettait dans un état d’exaspération. Je pris l’assiette pour qu’elle pût s’asseoir, mais elle me la retira avec brusquerie en disant « non » sur un ton catégorique, puis elle la replaça devant elle sur la dalle.

Sir Edmond et moi commencions à être ennuyés d’attirer l’attention de nos voisins juste à un moment où la course languissait. Je me penchai à l’oreille de Simone et lui demandai ce qui la prenait.
— Idiot, répondit-elle, tu ne comprends pas que je voudrais m’asseoir dans l’assiette et tous ces gens qui regardent !
— Mais c’est complètement impossible, répliquai-je, assois-toi.
J’enlevai en même temps l’assiette et l’obligeai à s’asseoir tout en la dévisageant pour qu’elle vît que j’avais compris, que je me rappelais l’assiette de lait et que cette envie renouvelée achevait de me troubler. En effet à partir de ce moment-là, ni elle, ni moi ne pouvions plus tenir en place et cet état de malaise était tel qu’il se communiqua par contagion à Sir Edmond. II est juste de dire que, de plus, la course était devenue ennuyeuse, des taureaux peu combatifs se trouvant en face de matadors qui ne savaient pas comment les prendre et par-dessus tout, comme Simone avait tenu à ce que nous eussions des places au soleil, nous étions pris dans une sorte d’immense buée de lumière et de chaleur moite qui desséchait la gorge et oppressait.

Il était vraiment tout à fait impossible à Simone de relever sa robe et d’asseoir son derrière mis à nu dans l’assiette aux couilles crues. Elle devait se borner à garder cette assiette sur les genoux. Je lui dis que j’aurais voulu la baiser encore une fois avant le retour de Granero qui devait combattre seulement le quatrième taureau, mais elle refusa et resta là, vivement intéressée malgré tout par des éventrements de chevaux suivis, comme elle disait puérilement, de « perte et fracas », c’est-à-dire de la cataracte des boyaux.
Le rayonnement solaire nous absorbait peu à peu dans une irréalité bien conforme à notre malaise, c’est-à-dire à l’envie muette et impuissante d’éclater et de renverser les culs. Nous faisions une grimace causée à la fois par l’aveuglement des yeux, la soif et le trouble des sens, incapables aussi de trouver la désaltération. Nous avions réussi à partager à trois la déliquescence morose dans laquelle il n’y a plus aucune concordance des diverses contractions du corps. A un tel point même que le retour de Granero ne réussit pas à nous tirer de cette absorption abrutissante. D’ailleurs le taureau qui se trouvait devant lui était méfiant et semblait peu nerveux : la course se poursuivait en fait sans plus d’intérêt qu’avant.
Les événements qui suivirent se produisirent sans transition et comme sans lien, non parce qu’ils n’étaient pas liés vraiment, mais parce que mon attention comme absente restait absolument dissociée. En peu d’instants je vis, premièrement, Simone mordre à mon effroi dans une des couilles crues, puis Granero s’avancer vers le taureau en lui présentant le drap écarlate — enfin, à peu près en même temps, Simone, le sang à la tête, avec une impudeur suffocante, découvrir de longues cuisses blanches jusqu’à sa vulve humide où elle fit entrer lentement et sûrement le second globule pâle — Granero renversé par le taureau et coincé contre la balustrade ; sur cette balustrade les cornes frappèrent trois coups à toute volée, au troisième coup une corne défonça l’oeil droit et toute la tête. Un cri d’horreur immense coïncida avec un orgasme bref de Simone qui ne fut soulevée de la dalle de pierre que pour tomber à la renverse en saignant du nez et toujours sous un soleil aveuglant ; on se précipita aussitôt pour transporter à bras d’homme le cadavre de Granero dont l’oeil droit pendait hors de la tête.

Georges Bataille, Oeuvres complètes, tome I, Gallimard, p. 52-56.

Picasso, La Mort de la femme toréro, 1933. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

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Dans le numéro 3 de la revue Documents (deuxième année, 1930), conçu en « Hommage à Picasso », Bataille évoque le culte de Mithra.

Soleil pourri


Zoom : cliquer sur l’image. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Le soleil, humainement parlant (c’est-à-dire en tant qu’il se confond avec la notion de midi) est la conception la plus élevée. C’est aussi la chose la plus abstraite, puisqu’il est impossible de le regarder fixement à cette heure-là. Pour achever de décrire la notion de soleil dans l’esprit de celui qui doit l’émasculer nécessairement par suite de l’incapacité des yeux, il faut dire que ce soleil-là a poétiquement le sens de la sérénité mathématique et de l’élévation d’esprit. Par contre si, en dépit de tout, on le fixe assez obstinément, cela suppose une certaine folie et la notion change de sens parce que, dans la lumière, ce n’est plus la production qui apparaît, mais le déchet, c’est-à-dire la combustion, assez bien exprimée, psychologiquement, par l’horreur qui se dégage d’une lampe à arc en incandescence. Pratiquement le soleil fixé s’identifie à l’éjaculation mentale, à l’écume aux lèvres et à la crise d’épilepsie. De même que le soleil précédent (celui qu’on ne regarde pas) est parfaitement beau, celui qu’on regarde peut être considéré comme horriblement laid. Mythologiquement, le soleil regardé s’identifie avec un homme qui égorge un taureau (Mithra), avec un vautour qui mange le foie (Prométhée) ; celui qui regarde avec le taureau égorgé ou avec le foie mangé. Le culte mithriaque du soleil aboutissait à une pratique religieuse très répandue : on se mettait nu dans une sorte de fosse couverte d’un clayonnage de bois sur lequel un prêtre égorgeait un taureau ; ainsi on recevait tout à coup une belle douche de sang chaud, accompagnée d’un bruit de lutte du taureau et de meuglements : simple moyen de recueillir moralement les bienfaits du soleil aveuglant. Bien entendu le taureau lui-même est aussi pour sa part une image du soleil, mais seulement égorgé. Il en est de même du coq dont l’horrible cri, particulièrement solaire, est toujours voisin d’un cri d’égorgement. On peut ajouter que le soleil a encore été exprimé mythologiquement par un homme s’égorgeant lui-même et enfin par un être anthropomorphe dépourvu de tête. Tout ceci aboutit à dire que le summum de l’élévation se confond pratiquement avec une chute soudaine, d’une violence inouïe. Le mythe d’Icare est particulièrement expressif du point de vue ainsi précisé : il partage clairement le soleil en deux, celui qui luisait au moment de l’élévation d’Icare et celui qui a fondu la cire, déterminant la défection et la chute criarde quand Icare s’est approché trop près.
Cette distinction entre deux soleils d’après l’attitude humaine a une importance particulière du fait que, dans ce cas, les mouvements psychologiques décrits ne sont pas des mouvements détournés et atténués dans leur impulsion par des éléments secondaires. Mais ceci indique d’autre part qu’il serait a priori ridicule de chercher à déterminer des équivalences précises de tels mouvements dans une activité aussi complexe que la peinture. Toutefois, il est possible de dire que la peinture académique correspondait à peu près à une élévation d’esprit sans excès. Dans la peinture actuelle au contraire la recherche d’une rupture de l’élévation portée à son comble, et d’un éclat à prétention aveuglante a une part dans l’élaboration, ou dans la décomposition des formes, mais cela n’est sensible, à la rigueur, que dans la peinture de Picasso.

Georges Bataille, Documents n° 3 « Hommage à Picasso » pdf
Oeuvres complètes, tome I, Gallimard, p. 230-231 [20].

Picasso, Sous le soleil de Mithra. Exposition de la Fondation Pierre Gianadda, 2001. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

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La mort d’Ignacio Sanchez Mejias, 11 août 1934.

Le 11 août 1934, aux arènes de Manzanares, le taureau Granadino, de l’élevage des hermanos Ayala, blesse mortellement, d’un coup de corne à la cuisse, le torero Ignacio Sanchez Mejias assis sur l’estribo (« Ay qué terribles cinco de la tarde ! » — « Aïe, quelles terribles cinq heures du soir ! »). Celui-ci meurt le 13 août. « J’ai tout pressenti à l’instant où Ignacio m’annonça sa décision de torréer à nouveau. Je n’ai pas voulu aller le voir. La mort d’Ignacio est comme ma mort, l’apprentissage de ma propre mort » dira Federico García Lorca. En septembre, il écrit Le coup de corne et la mort, puis, peu après, Le sang répandu.

La mort d’Ignacio Sanchez Mejias, 11 août 1934. Illustrations pour les poèmes de Lorca [21]

La sangre derramada / Le sang répandu

Chant Funèbre pour Ignacio Sanchez Mejias

Federico Garcia Lorca

¡ Que no quiero verla !

Dile a la luna que venga,
que no quiero ver la sangre
de Ignacio sobre la arena.

¡ Que no quiero verla !

La luna de par en par.
Caballo de nubes quietas,
y la plaza gris del sueño
con sauces en la barreras.

¡ Que no quiero verla !

Que mi recuerdo se quema.
¡ Avisad a los jazmines
con su blancura pequeña !

¡ Que no quiero verla !

La vaca del viejo mundo
pasaba su triste lengua
sobre un hocico de sangres
derramadas en la arena,
y los toros de Guisando,
casi muerte y casi piedra,
mugieron como dos siglos
hartos de pisar la tierra.

No.
¡ Que no quiero verla !

Por las gradas sube Ignacio
con toda su muerte a cuestas.
Buscaba el amanecer,
y el amanecer no era.
Busca su perfil seguro,
y el sueño lo desorienta.
Buscaba su hermoso cuerpo
y encontró su sangre abierta.
¡ No me digáis que la vea !
No quiero sentir el chorro
cada vez con menos fuerza ;
ese chorro que ilumina
los tendidos y se vuelca
sobre la pana y el cuero
de muchedumbre sedienta.
¡ Quién me grita que me asome !
¡ No me digáis que la vea !

No se cerraron sus ojos
cuando vió los cuernos cerca,
pero las madres terribles
levantaron la cabeza.
Y a través de las ganaderías,
hubo un aire de voces secretas
que gritaban a toros celestes,
mayorales de pálida niebla.

No hubo príncipe en Sevilla
que comparársele pueda,
ni espada como su espada
ni corazón tan de veras.
Como un río de leones
su maravillosa fuerza,
y como un torso de mármol
su dibujada prudencia.
Aire de Roma andaluza
le doraba la cabeza
donde su risa era un nardo
de sal y de inteligencia.
¡ Qué gran torero en la plaza !
¡ Qué gran serrano en la sierra !
¡ Qué blando con las espigas !
¡ Qué duro con las espuelas !
¡ Qué tierno con el rocío !
¡ Qué deslumbrante en la feria !
¡ Qué tremendo con las últimas
branderillas de tiniebla !

Pero ya duerme sin fin
Ya los musgos y la hierba
abren con dedos seguros
la flor de su calavera.
Y su sangre ya viene cantando :
cantando por marismas y praderas,
resbalando por cuernos ateridos,
vacilando sin alma por la niebla,
tropezando con miles de pezuñas
como una larga, oscura, triste lengua,
para formar un charco de agonía
junto al Gualdalquivir de las estrellas.

¡ Oh blanco muro de España !
¡ Oh negro toro de pena !
¡ Oh sangre dura de Ignacio !
¡ Oh ruiseñor de sus venas !

No.
¡ Que no quiero verla !

Que no hay cáliz que la contenga,
que no hay golondrinas que se la beban,
no hay escarcha de luz que la enfríe,
no hay canto ni diluvio de azucenas,
no hay cristal que la cubra de plata.

No.
¡ Yo no quiero verla !

Je ne veux pas le voir !

Dis à la lune qu’elle vienne,
car je ne veux pas voir le sang
D’Ignacio sur le sable.

Je ne veux pas le voir !

La lune grande ouverte.
Cheval de nuages calmes,
et l’arène grise du songe
avec des saules aux barrières.

Je ne veux pas le voir !

Mon souvenir se consume.
Prévenez les jasmins
à la blancheur menue !

Je ne veux pas le voir !

La vache de l’ancien monde
passait sa triste langue
sur un mufle plein de sangs
répandus dans l’arène,
et les taureaux de Guisando,
moitié mort et moitié pierre,
mugirent comme deux siècles
las de fouler le sol.

Non.
Je ne veux pas le voir !

Par les gradins monte Ignacio
toute sa mort sur les épaules.
Il cherchait l’aube,
et ce n’était pas l’aube.
Il cherche la meilleure posture,
et le songe l’égare.
Il cherchait son corps splendide,
et trouva son sang répandu.
Ne me demandez pas de regarder !
Je ne veux pas voir le flot
qui perd peu à peu sa force,
ce flot de sang qui illumine
les gradins et se déverse
sur le velours et le cuir
de la foule assoiffée.
Qui donc crie de me montrer ?
Ne me demandez pas de le voir !

Il ne ferma pas les yeux
quand il vit les cornes toutes proches,
mais les mères terribles
levèrent la tête.
Et à travers les troupeaux,
s’éleva un air de voix secrètes,
cris lancés aux taureaux célestes
par des gardiens de brume pâle.

Il n’y eut de prince à Séville
qu’on puisse lui comparer,
ni d’épée comme son épée,
ni de coeur aussi entier.
Comme un fleuve de lions
sa force merveilleuse,
et comme un torse de marbre
sa prudence mesurée.
Un souffle de Rome andalouse
nimbait d’or son visage,
où son rire était un nard
d’esprit et d’intelligence.
Quel grand torero dans l’arène !
Quel grand montagnard dans la montagne !
Si doux avec les épis !
Si dur avec les éperons !
Si tendre avec la rosée !
Eblouissant à la féria !
Si terrible avec les dernières
banderilles des ténèbres !

Mais voilà qu’il dort sans fin.
Et la mousse et l’herbe
ouvrent de leurs doigts sûrs
la fleur de son crâne.
Et son sang s’écoule en chantant,
chantant à travers prairie et marais,
glissant sur des cornes glacées,
sans âme chancelant dans la brume,
trébuchant sur mille sabots,
comme une longue, obscure et triste langue,
pour former une mare d’agonie
auprès du Guadalquivir des étoiles.

Oh ! Mur blanc d’Espagne !
Oh ! Noir taureau de douleur !
Oh ! Sang dur d’Ignacio !
Oh ! Rossignol de ses veines !

Non.
Je ne veux pas le voir !

Il n’est pas de calice qui le contienne,
ni d’hirondelles qui le boivent,
ni givre de lumière qui le glace,
ni chant, ni déluge de lys,
il n’est de cristal qui le couvre d’argent.

Non.
Je ne veux pas le voir !!

Traduction originale du poème en français : Sylvie Corpas et Nicolas Pewny
(traduction agréée par la Fondation et les héritiers de Garcia Lorca). Source.

Picasso, La Mort du torero, 1933. Huile sur bois, 31x40cm. Coll. Musée Picasso. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

*


Miroir de la tauromachie

par Michel Leiris

Première édition, Acéphale, 1938.

Dans l’art du torero, Leiris trouve l’illustration vertigineuse d’un cérémonial qui se rapproche étrangement de l’érotisme et du sacré, mais surtout de l’écriture : la mort s’y effleure du bout des doigts. Pour le torero, comme pour le poète et l’amant, écrit-il, « toute l’action se fonde sur l’infime mais tragique fêlure par laquelle se trahit ce qu’il y a d’inachevé (littéralement : d’infini) dans notre condition ». Paru en 1938, ce texte, essentiel dans l’oeuvre de Leiris, est devenu le classique de la littérature tauromachique, indispensable pour contrer les détracteurs de la corrida.

« Donc, le matador se tient debout, les pieds impeccablement joints, rivés par sa peur de déchoir au su du public en même temps que par les bandelettes qui enserrent sa cheville, masquées par le bas rose-vomi et le clinquant des escarpins. Roideur d’homme seul, roideur d’épée. La muleta lentement déployée couvre de sa paupière la tige trop clairement évidente, jet jailli chimérique d’une prunelle d’acier. »

Le livre a été republié en 1981, chez Fata Morgana, avec quatre illustrations d’André Masson. Mais c’est surtout la réédition en 1990 avec des illustrations de Francis Bacon qui mérite l’intérêt.

Francis Bacon, Miroir de la tauromachie.
Zoom : cliquer sur l’image. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

En 1946, Leiris écrira aussi dans De la littérature considérée comme une tauromachie :

« Donc, je rêvais corne de taureau. Je me résignais mal à n’être qu’un littérateur. Le matador qui tire du danger couru occasion d’être plus brillant que jamais et montre toute la qualité de son style à l’instant qu’il est le plus menacé : voilà ce qui m’émerveillait, voilà ce que je voulais être. » ... « S’il me semblait, de prime abord, qu’écrire le récit de ma vie vue sous l’angle de l’érotisme (angle privilégié, puisque la sexualité m’apparaissait alors comme la pierre angulaire dans l’édifice de la personnalité), s’il me semblait que pareille confession portant sur ce que le christianisme appelle les "oeuvres de la chair" suffisait à faire de moi, par l’acte que cela représente, une manière de torero, encore faut-il que j’examine si la règle que je m’étais imposée — règle dont je me suis contenté d’affirmer que sa rigueur me mettait en danger — est bien assimilable, rapport avec le danger mis à part, à celle qui régit les mouvements du torero. »

Lors d’entretiens accordés à Paul Chavasse en 1968, Michel Leiris s’expliquait sur les rapports entre la création et la tauromachie.

A propos de L’âge d’homme (2’10") : « la corne du matador ».

Autre extrait : Rêve tauromachique. L’érotisme et la mort. L’Espagne. (4’26")

Lire : Portraits de Michel Leiris.

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Edouard Manet Corrida : la mort du taureau (1865-1867).
Zoom : cliquer sur l’image. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

1. La corrida : pour ou contre, passionnément

France Culture, Concordance des temps, 14 juillet 2012.
Avec l’historien Eric Baratay.

Du sang, de la volupté et de la mort, le titre du livre célèbre de Maurice Barrès paru au tournant du XIXe et du XXe siècle, ouvrage d’un voyageur fasciné en particulier par les rudes paysages espagnols, ce titre pourrait servir d’intitulé pour notre émission de ce matin. Nous allons en effet y parler de la tauromachie et il n’est guère de spectacle qui mêle de si près ces trois composantes propres à susciter toutes les passions. Et Dieu sait que les passions se bousculent autour de la corrida qui voit s’affronter sans répit, de très longue date, les aficionados qui y célèbrent, dans la continuité d’une longue tradition méridionale, une certaine beauté de la violence maîtrisée par des rituels lumineux et d’autre part celle des défenseurs des animaux qu’indignent les souffrances infligées aux taureaux au service de plaisirs dénoncés comme cruels et en somme barbares. Il n’est guère de saison qui ne voit ressurgir ce face à face, et celle que nous traversons ne fait pas exception. (lire la suite)

Programmation sonore :
Dans le générique de début, extrait d’un reportage à Vallauris lors d’une corrida organisée par Pablo Picasso, en 1954.
Chanson Manolete de Henri Tachan, 1979.
Lecture par Luc Ponette de La Corrida du 1er mai de Jean Cocteau (1957), dans le cadre des Samedis de France Culture, le 6 mai 1972.
Interview de Brigitte Bardot, Inter-actualités, le 16 août 1990.
Chanson La fête à Séville par Luis Mariano, extrait de l’opérette Andalousie de Raymond Vincy, André Willemetz et Francis Lopez, 1948.
Lecture par Maria Casarès de La Mort du taureau de José Marcia de Hérédia (publié en 1903), le 11 août 1961.
Extrait de l’émission « Le monde comme il va », du 14 octobre 1953.
Interview du torero Manolo Vasquez, Les Matins de France Culture, le 24 janvier 1989.
Dans le générique de fin, « Le chant du Toréador », extrait de Carmen de Bizet (1875), arrangement Faulkner Brandon, source internet.

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2. Face à la corrida

France Culture, Répliques, 24 novembre 2012.

Alain Finkelkraut était à la corrida de José Tomas du 16 septembre 2012 (voir plus haut). Pris à partie à cette occasion, il décidait de consacrer une émission à la corrida.

Avec Elisabeth de Fontenay, philosophe et Francis Wolff, professeur de philosophie à l’ENS-Ulm.

la transcription de l’émission

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Cayetano Rivera Ordóñez — Juan Pelegrín
© (Creative Commons)

3. Le secret professionnel de la corrida

28.04.2013

En 1853 avait lieu la première corrida en France. Un poète en a fait le compte rendu dans un journal. Ce poète, c’est Théophile Gautier. Je lui prête ma bouche, voici ce qu’il a vu : « Tout le monde doré de la saison des bains se trouvait là. Bagnères, Barrèges, Luchon, les Eaux-Bonnes, Cauterets, Biarritz avaient fourni leur contingent ; les hôtels regorgeaient ; toutes les chambres disponibles étaient prises ; — beaucoup de gens couchèrent dans leurs voitures, — d’autres eurent pour abri des écuries ou des étables. — Un jeune diplomate de nos amis nous donna ainsi son adresse : Première botte de paille, quatrième vache à droite. »
A l’occasion de l’ouverture de la saison des corridas en Espagne, je reçois en pour en parler Florence Delay, écrivain, membre de l’Académie française, auteur, entre autres, de Mon Espagne Or et Ciel, et traductrice de La Solitude sonore du toreo Jose Bergamin. — Charles Dantzig

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Liens divers

Wikipedia : Histoire de la corrida
El Giraldillo, blog taurin
Chroniques de Jacques Durand dans Libération de 1987 à 2012
La page taurine de Jacques Durand
Goya et la tauromachie (40 gravures)
Antonio Saura (site officiel)
Art et tauromachie
Club taurin Saint Maurice

Lire aussi :
La corrida dans la littérature
Michel Leiris, Miroir de la tauromachie
La tauromachie comme expérience dionysiaque chez Georges Bataille et Michel Leiris
Critique n° 723-724 : Éthique et esthétique de la corrida
Tauromachie. Faenas : une collection et une revue
J. Derrida, Les rapports entre hommes et animaux devront changer
Michel Onfray, Le cerveau reptilien de l’aficionado
Corrida : les contresens de Michel Onfray

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La Niña de los Peines (1890-1969)

Alegrías interprétés Pastora Pavón "La Niña de los Peines" avec Manolo de Badajoz à la guitare.

Cantes Gitanos (2005) sur Deezer

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[3Joueurs de cartes à Shanghai.

Shanghai, octobre 2012.

Alain Hatat : Merci de nous montrer cette photo que j’aime beaucoup. Shanghai, dans cette ville sortie de terre en quelques dix années, d’une modernité inouïe, la tradition du jeu demeure, entre amis, dans ces lieux totalement improbables.
Moi : Cette photo est désormais sous mes yeux chaque jour, symbole d’une civilisation pluri-millénaire, si lointaine et pourtant si proche pour qui a, comme moi, très jeune, vu souvent des joueurs de cartes dans tel bistrot de village que tenait un de mes grand-oncles, ou pour qui sait regarder certains tableaux de peintres (Caravage, Cézanne). Il y a là quelque chose d’immémorial et d’intemporel, et pourtant de profondément présent. Le temps gratuit du jeu une fois rompu le temps servile du travail. Ces joueurs sont là, simplement, et la force de cette photo est de nous rendre cet être-là dans la présence d’une commune humanité.

[4Cf. Mao écrivant.

[9Cf. Federico García Lorca, Le coup de corne et la mort.

[10PS : La décision du Conseil constitutionnel en date du vendredi 21 septembre 2012.

Communiqué de presse - 2012-271 QPC

Association Comité radicalement anti-corrida Europe et autre [Immunité pénale en matière de courses de taureaux]

Le Conseil constitutionnel a été saisi le 21 juin 2012 par le Conseil d’État, dans les conditions prévues par l’article 61-1 de la Constitution, d’une question prioritaire de constitutionnalité posée par l’association « Comité radicalement anti-corrida Europe » et l’association « Droits des animaux ». Cette question était relative à la conformité aux droits et libertés que la Constitution garantit de la première phrase du septième alinéa de l’article 521-1 du code pénal.

Le premier alinéa de l’article 521-1 du code pénal réprime notamment les sévices graves et les actes de cruauté envers un animal tenu en captivité. La première phrase du septième alinéa de cet article exclut l’application de ces dispositions aux courses de taureaux. Cette exclusion est toutefois limitée aux cas où une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Les requérants soutenaient que ces dispositions du septième alinéa portaient atteinte au principe d’égalité devant la loi. Le Conseil constitutionnel a rejeté ce grief et jugé les dispositions contestées conformes à la Constitution.

Le Conseil constitutionnel a relevé que l’exclusion de responsabilité pénale instituée par les dispositions contestées du septième alinéa de l’article 521-1 du code pénal n’est applicable que dans les parties du territoire national où l’existence d’une tradition ininterrompue est établie et pour les seuls actes qui relèvent de cette tradition. Le législateur, par ces dispositions, a entendu que le premier alinéa de l’article 521-1 du code pénal ne remette pas en cause des traditions de courses de taureaux. Ainsi, la différence de traitement instaurée par le législateur entre agissements de même nature accomplis dans des zones géographiques différentes est en rapport direct avec l’objet de la loi qui l’établit. Il appartient par ailleurs aux juridictions compétentes d’apprécier les situations de fait répondant à la « tradition locale ininterrompue ». Cette notion n’est pas ambiguë. Conseil constitutionnel.

Évidemment le débat n’est pas clos. Il y aura d’autres recours. A.G.

[14Cf. Himmler, grand criminel et petit mari. Voir aussi l’émission Répliques plus bas.

[16Catalogue de l’exposition « Manet, Ritorno a Venezia », Skira, 2013.

[17Catalogue de l’exposition « Manet, Ritorno a Venezia », Skira, 2013.

[18Cf. Georges Bataille, OC, tome I.

[19Avec huit lithographies d’André Masson.

[20Sur la revue Documents, lire Bataille avant la guerre.

[21Crédit La Fiesta prohibida.

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