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Portraits de Michel Leiris

Dossier (avec des documents radiophoniques rares)

D 21 avril 2015     A par A.G. - C 6 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Leiris & Co. Picasso, Masson, Miró, Giacometti, Lam, Bacon…
Du 3 avril au 14 septembre 2015 au Centre Pompidou-Metz.
« Au croisement de l’art, de la littérature et de l’ethnographie, l’exposition consacrée à Michel Leiris (1901-1990) est la première grande exposition dédiée à cet intellectuel majeur du XXe siècle. Pleinement mobilisé par les questionnements et idéaux de son temps, Leiris fut tout à la fois poète, écrivain autobiographe, ethnographe de métier et ami intime des plus grands artistes et écrivains de son temps. »
Le catalogue de l’exposition est publié chez Gallimard.

Présentation de l’exposition


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Article du 11 juin 2013 enrichi.

Michel Leiris sur un banc avec le canotier, 1922.
ZOOM : cliquer sur l’image. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

A l’occasion de la publication de la Correspondance inédite entre Michel Leiris et Jacques Baron (éditions Joseph K., 190 p., 16,50 euros), Philippe Sollers, dans Le Nouvel Observateur du 30 mai 2013, revient avec une nostalgie non dissimulée sur la « Jeunesse du surréalisme », c’est-à-dire les débuts du mouvement, mais aussi ses contradictions et son éternelle jeunesse...


Jeunesse du surréalisme

Le 2 juillet 1925, un banquet est donné à Paris, à la Closerie des Lilas, en l’honneur du poète Saint-Pol-Roux. Une vieille écrivaine célèbre, Rachilde, clame, de façon patriotique, que jamais une Française ne pourra épouser un Allemand. De jeunes énervés « surréalistes » sont là, notamment un type de 24 ans qui explose, se met à la fenêtre, et crie : « A bas la France ! Vive Abd el-Krim ! » Son nom ? Michel Leiris. Le lendemain, il écrit à son ami Jacques Baron, 20 ans, qui accomplit son service militaire en Algérie :

« Je vous écris, le visage et les jambes tout endoloris des coups que j’ai reçus hier... Il paraît que j’ai mérité la mort pour avoir laissé échapper quelques cris du cœur, et la foule a voulu m’écharper. J’en suis heureusement quitte pour quelques ecchymoses et une forte courbature. »

Crier « A bas la France ! » et « Vive Abd el-Krim ! » en 1925, ce serait hurler la même chose aujourd’hui, à l’Arc de Triomphe, en remplaçant Abd el-Krim (tueur de soldats français à l’époque, pendant la guerre du Maroc) par « Vive Al-Qaida ! ». Ces jeunes gens sont fous, et on appréciera la retenue de Leiris dans sa lettre, quand on sait (notes épatantes de cette Correspondance inédite) qu’il a été rossé par la foule attroupée devant la brasserie, qu’il lui a échappé grâce à des policiers, lesquels l’ont eux-mêmes roué de coups au poste où il a été conduit. Un autre ami, du nom de Louis Aragon, raconte à Baron :

« Tu sais qu’on a failli se faire tuer (mais vraiment), tu as vu ça dans les journaux. Leiris a été abominablement arrangé. Ça a été fantastique, terrible et merveilleux. »

La presse de l’époque réagit violemment. Ces terroristes sont des « aspirants-apaches, métèques du cloaque toléré de Montparnasse, où pullulent les indésirables, les espions, les peintres fous... Ces jeunes bourgeois peints en rouge veulent ouvertement la mort de tout ordre français et crient très haut leur goût pour la trahison. Ils souillent les morts, et s’assemblent pour frapper une femme ».

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André Masson, Michel Leiris,
Roland Tual et Juan Gris.
Nemours-près-Fontainebleau, 1924.

Le spectre de Mai-68 se profilait donc déjà en 1925 ? Heureusement, après tous ces débordements catastrophiques, les principaux agitateurs de ce lointain passé effervescent ont disparu ou ont été mis hors d’état de nuire. L’un d’eux a même été décrété, il y a peu, « trésor national ». Certes, on continue à repérer, ici ou là, des individus réfractaires, que le journal Le Monde, dans son supplément littéraire, ne manque pas de stigmatiser : ce sont les « sentinelles du politiquement incorrect », les « prétendus marginaux qui règnent sur l’époque » (des noms ! des noms !). Décidément, une certaine fureur (c’est le mot préféré de Leiris à l’époque, comme celui d’Antonin Artaud, sans parler de ces fous furieux que sont aussi Breton et Bataille) doit être matée. Périodiquement, la censure y veille, et peut-être, en 2013, plus que jamais. D’où l’importance de ces témoignages historiques (les dates, les clans, les ruptures, les engagements), et l’atmosphère passionnelle qui s’en dégage, parfois de grande amitié.

Leiris et Baron ont beaucoup traîné ensemble, la nuit, dans les bars et les boîtes de Montmartre et de Montparnasse. L’alcool coule à flots, il y a le jazz, le cinéma, les femmes, et, très vite, le tourbillon surréaliste. Leiris sera très actif, Baron, plutôt paresseux, non. Baron dira en 1965 :

« A 17 ans, j’étais un espoir du surréalisme et j’ai dû me complaire dans cette idée. Je le suis resté... Comme si on restait toute sa vie un espoir. »

Ni lui ni Leiris ne sont faits pour la discipline de groupe (d’où la rupture avec Breton, qui leur reproche leur mode de vie).
Curieusement, ces deux-là resteront très proches. Leiris à Baron :

« Sachez que vous êtes le meilleur de tous mes amis, le plus sensible, et que je ne pense jamais à vous sans une grande émotion. »

Baron à Leiris :

« Adieu, Michel, je vous aime beaucoup. Comme la poésie. »

Ils se vouvoient, comme Breton vouvoie tout le monde, sauf Aragon (ça finira mal). Les questions politiques (communisme ou pas) vont diviser les uns et les autres, la référence centrale restant, pour Leiris et Baron, le fantôme de Jacques Vaché. Leiris :

« Je préférerai toujours de beaucoup Vaché, vous le savez, qui se piquait d’être avant toute chose un jeune homme à la mode, à tous les révolutionnaires organisés que nous connaissons. »

Et Baron, en 1933 :

« Moi toujours un peu voyou. Je compte devenir tout à fait gentleman-voyou d’ailleurs. »

En 1931, Aragon, après la publication de son poème Front rouge, est inculpé pour incitation des militaires à la désobéissance et appel au meurtre. On ne voit pas un leader d’extrême gauche réciter aujourd’hui ces vers insurrectionnels : « Dépasse la Madeleine Prolétariat/ Que ta fureur balaye l’Elysée. » On connaît la suite, et le long séjour d’Aragon dans le bunker du Parti communiste. Leiris, à l’époque, est tout de suite très lucide :

« La folie a été selon moi de chercher à identifier la poésie avec la propagande politique. »

On voit bien comment tout bascule dans les années 1930. Baron :

« La haine des milieux mondains s’affirme farouchement contre les surréalistes et sous-produits. C’est naturellement aussi dégueulasse que leur affection imbécile d’avant. »

Leiris, après son aventure chez les Dogons en Afrique (L’Afrique fantôme), et avant de commencer La Règle du jeu, parle, en 1933, d’un « chimérique désir d’on ne sait quelle réhabilitation ».

« Près de quatre années durant lesquelles j’ai changé de milieu n’ont fait que me rapprocher de mes amis et me montrer — en me faisant toucher du doigt le manque complet d’humanité qui sévit dans les autres milieux — combien notre milieu à nous, en dépit de tous nos défauts, faiblesses, bêtises, etc., vaut mieux et à quel point il se révèle, en fin de compte, le seul possible des milieux. »
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Jacques Baron, 1923

Leiris a 32 ans, il est en plein cafard, rien ne va plus pour lui, ni son mariage, ni sa cure psychanalytique, ni ses voyages, ni son activité prétendument révolutionnaire pour masquer le vide (il tentera de se suicider en 1957). Il reste quoi ? La « petite bande » d’autrefois, l’amitié « peu commune ». Cette amitié, on la lit aussi dans une notation de Baron à propos de Georges Bataille. Ils sont dans un bar, l’atmosphère est vulgaire, et Baron écrit :

« Bataille est vraiment très gentil et il a la rareté d’un cœur d’or, il est un peu tapé, moi aussi. »

Qui a jamais parlé du « coeur d’or » de Georges Bataille ? A ma connaissance, personne.

En réalité, ce qui frappe le plus, par rapport à notre époque étriquée et sinistre, c’est l’importance que tous ces nouveaux venus attachaient à la poésie. Pas à la poésie des « poèmes », bien sûr, mais à celle de l’expérience intérieure de vivre, fête ou tragédie. Revendication de liberté chez Leiris :

« Je ne peux vivre que dans l’antithèse et le changement. »

De sensibilité, chez Jacques Baron, cet enfant perdu du surréalisme :

« Il y a quelque chose qui unit les gens, une question de chair, de peau (affinités électives si l’on veut), qui dépasse l’idéologie. »

Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur du 30 mai 2013
(sous le titre : Quand les surréalistes criaient : « A bas la France ! »).

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Portraits de Michel Leiris

André Masson, Portrait de Michel Leiris, 1939. Encre de Chine sur papier, 31,8 x 24 cm.
Georges Bataille confiait à propos de ce portrait : « Son visage aux traits accusés [...], son crâne ras [...] forment peut-être ce que j’ai jamais rencontré de plus contradictoire : une lâcheté évidente (plus évidente que la mienne) mais si empreinte de gravité, si impossible à délivrer que rien n’est plus navrant à voir. »
ZOOM : cliquer sur l’image. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

En relisant toute la collection de la revue Tel Quel et de L’Infini, on serait frappé de constater que le nom de Michel Leiris n’apparaît jamais au premier plan.
Les noms de Leiris, de Barthes et de Sollers seront pourtant associés, en 1970, dans les préfaces à Eden, Eden, Eden de Pierre Guyotat. Leiris jouera alors un rôle déterminant pour la publication du livre, puis contre son interdiction. Guyotat le rappellera encore en 2009 dans un entretien avec Alain Veinstein (cf. Guyotat parle de Michel Leiris).

Dans Un vrai roman, Mémoires, Sollers écrit en 2007 :

« Leiris ? Le scrupule même, l’honnêteté. Fermeté fermée, pas très drôle. Grand appartement sur les quais. Présence dans l’ombre de Raymond Roussel. » (Folio 4874, p. 98)

Leiris lui-même, par timidité, modestie, scrupule, admiration excessive ou exigence fondamentale, n’a d’ailleurs jamais voulu jouer les premiers rôles. Des années 20 à sa mort en 1990, sa présence discrète s’impose pourtant. Ami (ami fidèle) de Bataille, de Picasso, de Bacon, de Sartre, il est de toutes les aventures importantes : le surréalisme, puis, après la rupture avec Breton, la revue Documents dont il est secrétaire de rédaction (Bataille en est le secrétaire général), Acéphale (dont Leiris refusera les rites d’initiation), le Collège de sociologie... En 1955, à l’occasion du 6e anniversaire de la République Populaire, il est en Chine avec une délégation de l’Association des amitiés franco-chinoises (il parle de son voyage dans Fibrilles, lu par moi en février 1966) [1]...

Des peintres, et les plus grands, ont dressé son portrait (Giacometti, Picasso, Bacon). Quel autre écrivain, au XXe siècle, eut cette chance ? Pourquoi ?


Picasso (28 avril 1963)

Picasso, Portraits de Michel Leiris.
ZOOM : cliquer sur l’image. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Recueil factice de dix dessins. Mine graphite, pastel sur papier vergé, 37,2 x 27 cm chaque.
Catalogue de l’exposition « Picasso, Léger, Masson — Daniel-Henry Kahnweiler et ses peintres ».
LaM, Villeneuve d’Ascq, 26 novembre 2013.
ZOOM : cliquer sur l’image. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Dans les Écrits sur l’art, Michel Leiris raconte sa rencontre avec Picasso :

« Je remontais la rue La Boétie, quand j’aperçus Picasso, marchant sur le même trottoir que moi et dans le sens opposé, en sorte que nous nous croiserions d’ici peu de secondes. Que devais-je faire ? Saluer (mais dans ce cas, j’aurais eu l’air de me prévaloir de notre précédente et si fugace entrevue , pour imposer mon souvenir au grand peintre). Marcher les yeux fixés droit devant moi et faire comme si je ne le voyais pas (mais j’eusse risqué alors de paraitre étrangement impoli si, par hasard, j’étais reconnu par l’intéressé). Nulle des deux solutions n’était satisfaisante et je ne trouvais donc dans un cruel embarras. J’en étais encore à peser le pour et le contre sans parvenir à un choix, quand je vis à deux pas de moi, un Picasso qui s’avançait la main tendue et me disait, comme s’il m’avait toujours connu : "Bonjour Leiris ! Alors , vous travaillez ?"... »

Leiris continue :

« si je rapporte cette anecdote... parce qu’elle me semble illustrer l’un des aspects les plus admirables du génie de Picasso : son infinie curiosité de ce que font les autres, cette prodigieuse ouverture d’esprit, grâce à laquelle il peut traiter de pair à compagnon avec quiconque, et l’espèce de doute méthodique qui, l’empêchant de se mettre sur un piédestal, lui a permis de garder intacte — travers les années — sa passion de recherche. » [2]

On peut voir aussi, à travers l’anecdote, la différence de caractère entre Picasso et Leiris... et, sans doute, une conception différente de la tauromachie (à laquelle Leiris comparera le littérature. Cf Miroir de la tauromachie et De la littérature considérée comme une tauromachie).

Brassaï, Michel Leiris, octobre 1962. Au mur : Picasso, L’Atelier, 23-10-55.
ZOOM : cliquer sur l’image. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

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Giacometti (pour Michel Leiris, Vivantes cendres, innommées, 1961)

31 mars 1961. Achevé d’imprimer de Vivantes cendres, innommées, livre illustré par Giacometti et publié chez Jean Hugues à 100 exemplaires, qui sera considéré comme un des plus beaux livres illustrés français du XXe siècle.

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Et, bien entendu, Francis Bacon

Dans Les passions de Francis Bacon, Sollers écrit :

Leiris écrit des œuvres de Francis Bacon « qu’elles aident puissamment à sentir ce que pour un homme sans illusions est le fait d’exister ». Ce désillusionnement est, en effet, la question centrale : elle est absolument singulière, mais elle est aussi historique, comme si l’individu qui la pose revenait de très loin dans le temps. Pour décrire la personnalité de son ami, Leiris doit d’ailleurs recourir à des identités multiples : Oreste, Don Juan, Hamlet, Falstaff, Maldoror, un « flambeur » à une table de jeu (dés, cartes, roulette), un empiriste anglais du XVe siècle « philosophant devant un verre de brandy ou de jerez ». Beaucoup de libertés, donc. (Éloge de l’infini, Folio 3806, p. 76)

et aussi (parmi les hommes qui ont compté pour Bacon) :

« Mention spéciale pour l’ami écrivain Michel Leiris, qui a eu droit à son portrait (où l’on s’aperçoit, ce qui n’était pas évident dans la réalité, qu’il était très beau). » (Éloge de l’infini, Folio 3806, p. 103)

Portrait de Michel Leiris [3], que David Sylvester considérera « comme le portrait de petit format le plus remarquable [que Bacon] ait jamais peint [...], image hypnotique [qui] est à la fois portrait profondément ressemblant et merveilleuse reconstruction de l’architecture de la tête humaine. » [4]

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Francis Bacon Portrait de Michel Leiris, 1976.

« Voisinage revigorant et appel au travail : un visage qui pèse tout son poids de viande et tout son poids de peinture (couleurs apposées en larges touches savoureuses qui bousculent profondément le motif). Tel m’apparaît quand je le regarde accroché à gauche de ma table à lire et à écrire dans ma chambre de Saint-Hilaire l’autoportrait que mon ami Francis Bacon m’a donné il y a plus de quinze ans pour me remercier du texte que j’avais écrit pour le catalogue de sa rétrospective au Grand-Palais. » Michel Leiris, Journal 1922-1989.


« Portrait de Michel Leiris » (1976) de Francis Bacon

France Culture, Les Regardeurs, 18.04.2015.

Aujourd’hui, nous regardons une peinture de l’artiste Francis Bacon, une petite Huile sur toile de 34 x 29 cm. C’est le portrait qu’il fit de Michel Leiris en 1976 et qui appartient aujourd’hui à la collection du Centre Pompidou à Paris.

Avec Marie-Laure Bernadac, commissaire de l’exposition du Centre Pompidou-Metz (avril-septembre 2015) et le plasticien Kader Attia, présent sur l’exposition.

Plus d’infos sur France Culture

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Francis Bacon Portrait de Michel Leiris, 1978.

Après l’exécution en 1978 d’un deuxième portrait, Bacon dira :

« des deux peintures de Michel Leiris, celle que j’ai faite qui lui ressemble moins d’une manière littérale [la première ci-dessus, celle de 1976] lui ressemble plus d’une manière poignante [5]. »
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Dans les Entretiens avec Michel Archimbaud, on trouve ce précieux témoignage :

M. Archimbaud — [...] Leiris occupe une place un peu à part parmi les écrivains contemporains que vous avez connus. Une longue et forte amitié vous liait. Pouvez-vous me parler un peu de lui ?

F. Bacon — Ah oui, parce que la première chose que je voudrais dire à son propos, c’est que les Français ne lui ont pas donné, je trouve, la place qu’il mérite. C’est, je pense, un grand, un très grand écrivain et il demeure peu connu chez vous, et c’est dommage (je souligne. A.G.). Je l’ai rencontré à vrai dire à la fois par Sonia Orwell qui les avait connus, sa femme Louise et lui, par Merleau-Ponty, je crois, et lorsqu’il est venu ici à Londres pour l’exposition Giacometti à la Tate Gallery. Sonia, ou peut-être David Sylvester lui-même, lui a demandé, lors d’un dîner, qui pourrait traduire en français, d’après lui, les conversations que nous avions eues Sylvester et moi [6]. Peu de temps après, il a proposé de le faire lui-même, en disant que ça l’intéressait. J’ai eu une chance extraordinaire car il a fait une traduction magnifique, qui est peut-être meilleure que l’original. Il a fait passer toute sa sensibilité, tout son instinct, et il est parvenu à donner un sens plus profond à ce que j’avais pu dire. C’est extraordinaire, je me suis senti beaucoup plus intelligent en le lisant. Je ne pensais pas avoir dit de telles choses. C’est parce que c’est un grand écrivain, et c’est probablement le seul cas où une traduction est possible, lorsque c’est un écrivain, un vrai, qui s’en charge. J’aimais beaucoup Michel Leiris, c’était un ami merveilleux et un homme tout à fait passionnant. Il avait une réelle connaissance de la peinture, une connaissance en quelque sorte de l’intérieur. Il admirait énormément Picasso. Il m’a dit un jour : « Pour moi, Picasso était un phare. » Picasso illuminait tout pour lui. Je n’étais pas aussi enthousiaste que lui, parce que, comme je vous l’ai dit, il y avait beaucoup de choses que je n’aimais pas chez Picasso, mais lui l’aimait dans sa totalité. Il aimait beaucoup Giacometti, mais je pense que Picasso restait la référence absolue. C’était peut-être aussi une question d’âge. Il y avait, je crois, près de vingt ans de différence entre les deux, et Picasso était vraiment le grand aîné, il était indépassable. Avec Leiris, comme avec d’autres amis français, j’ai néanmoins toujours eu un problème, celui de ma connaissance insuffisante, fragmentaire de votre langue. Je l’ai apprise au fur et à mesure, par goût pour la France, mais comme je pense qu’on ne peut parler de son travail que dans sa langue, ou du moins dans une langue qu’on maîtrise parfaitement, j’ai toujours eu l’impression que les conversations que j’avais en français demeuraient limitées. Je l’ai beaucoup regretté, surtout avec Leiris. De même pour ses livres. Il a écrit des ouvrages que j’admire beaucoup comme La Règle du jeu ou L’Age d’homme, ainsi qu’un texte très remarquable sur mon travail, mais lorsqu’il m’a donné ce dernier texte à lire en français, je me souviens que j’ai eu du mal à en saisir toute la profondeur et toutes les nuances [7]. Pour moi c’est toujours un peu le même problème avec les Français. Leiris avait un très bon ami, Jacques Dupin, le poète, que j’aime beaucoup et que Michel admirait, mais pour apprécier tout à fait son œuvre, voilà, il y a toujours pour moi l’obstacle de la langue. (Folio essais 289, p. 108-111. [8])

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Michel Leiris et Francis Bacon en 1970.
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Merveilleux Leiris

Quand ai-je découvert Leiris ? Sans doute vers l’âge de dix-huit ans en lisant L’âge d’homme... Puis, en 1966, en lisant le troisième volume de La règle du jeu, Fibrilles, dont la lecture me marqua si profondément que j’envoyai à son auteur, à une adresse improbable et sans doute fictive, de très mauvais poèmes qui, « ...reusement », ne parvinrent jamais à leur destinataire !

Comment, aussi, plus tard, en 1976, n’aurais-je pas été sensible, et doublement, à ces passages de Frêle bruit (La règle du jeu, IV, Gallimard), livre dont le bandeau, que j’ai conservé, disait :

et où je pouvais lire (avant de relancer les dés) :

« Des noms de personne comme YVAIN ou GAUVAIN (dont la rime fait de quasi-jumeaux) et UTER PANDRAGON que je n’ai connu que plus tard, des noms de lieu comme AVALON, sont des manettes qu’il me suffit d’actionner pour que s’ouvrent des vannes et que m’emporte une onde indéfinissable, que je me garderai de dire ineffable, jugeant que ce mot, en feignant de renoncer à dire, veut tant dire qu’au bout du compte il ne veut rien dire. »

ou encore :

« De force égale à celle de ces noms-là, TABLE RONDE, à la solidité de bois plein et nettement circonscrit, façonné par de dures mains de bûcheron, ce qui en fait un lest pour l’idéalité du GRAAL, dont le nom, quoique rocailleux et cristallin (comme d’un sucre extraordinairement blanc qui serait substance sacrée), ne s’achève pas mais, grave vibration de diapason ou grêle crissement d’harmonica, reste en l’air et s’étire en d’invisibles courants. »

ou encore :

« Notant ma carence et voulant m’en expliquer le mécanisme, j’ai donc été conduit — ma plume me guidant presque autant que je la guidais — à reconnaître qu’il y a deux ordres de merveilleux : l’un, inscrit dans les événements ; l’autre, créé par l’imagination. D’une part, les aventures d’Yvain, Gauvain, Lancelot, Perceval ou Galaad et les réalités brûlantes qu’elles auraient été pour eux s’ils avaient existé ; d’autre part, ce qui défile dans la tête de celui qui en lit le récit. Distinction fondée, mais qui paraît insuffisante car, lancé sur cette voie, comment ne pas compter encore — troisième ordre de merveilleux — l’opération qui avait pour théâtre l’esprit des auteurs de ces récits en lesquels des constructions plus vaporeuses que des nuées se sont cristallisées ? Ignorer que, si la réalité recèle un merveilleux, il n’est pas un décalque du merveilleux des livres et se distingue aussi de celui qu’on peut se plaire à inventer, telle est la folie de Don Quichotte, comme celle de Nerval fut d’oublier la frontière qui sépare la chose vécue de la chose imaginée, que celle-ci soit rêve ou création concertée... Mais cette folie, porte ouverte trop grande à un déferlement de prodiges, est-elle autre chose qu’un comble d’obéissance à ce mouvement qui fonde le merveilleux : qu’on les vive ou qu’on les sache imaginaires, qu’on les vive en les innervant d’imaginaire ou qu’en les sachant imaginaires on croie pourtant les vivre, une adhésion presque amoureuse à des faits incommensurables avec ceux dont l’existence ordinaire est tissée ? Et n’est-ce pas à un mouvement du même ordre que répond la poésie qu’on écrit : fixer les incommensurables par quoi l’on s’est laissé subjuguer ou, à l’inverse, tenter de fabriquer, par l’écriture, des incommensurables qui — un temps au moins — pourront nous subjuguer ? Merveilleux, poésie, amour, n’existent que si je m’ouvre, sans marchandage, à quelque chose — événement, être vivant, objet, image, idée — que mon désir d’illimité coiffe d’une auréole durable ou momentanée. »

ou encore :

« Coup de foudre, le merveilleux jaillit entre deux pôles dont je dois être l’un et l’autre et dont le sort me propose l’autre, aussi attirant peut-être que le site singulier où le taoïste choisit de bâtir son temple, mais nul si rien en moi ne répond à cette offre. A chacun, donc, la merveille qu’il peut et qu’il veut accueillir : pour Tamino, la fille de la Reine de la Nuit ; pour Papageno, l’oiselle Papagena et les tables superbement garnies ; pour don Juan, dont le choix est de tout braver, la main de marbre que lui tend le Commandeur. Sous quelque forme qu’elle se présente, pas de merveille pour moi qui ne soit une merveille mienne, comme est mien ce que, conscient ou non, je souhaite profondément. Une merveille à mon image, à mon échelle, ou du moins à celle de ce que je voudrais être : quelqu’un qui aurait le courage d’être heureux si pareille chose lui arrivait. Mais, en ce dernier cas, merveille qui, survenant, me consternerait sans doute plus qu’elle ne me comblerait, et qui n’est donc merveille que dans le rêve que j’en fais... »

« Sous quelque forme qu’elle se présente, pas de merveille pour moi qui ne soit une merveille mienne » : qui dit mieux ?

***


Francis Bacon regrettait que Michel Leiris ne soit pas plus reconnu en France. Vingt trois ans après sa mort, les jeunes lecteurs connaissent-ils mieux l’oeuvre protéiforme de l’écrivain ? On peut en douter. Complétons donc notre petite encyclopédie sonore.

Entretien de Michel Leiris avec Paule Chavasse

Entretiens radiophoniques, France Culture, janvier 1968.

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Pour Michel Leiris — Signes de vie

Michel Leiris à Venise, 1952. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Une émission de Jacques Munier, France Culture, 10 août 1991.

Avec de nombreux extraits des entretiens accordés par Michel Leiris à Paule Chavasse en 1968.
Et les témoignages de : André Masson, Denis Hollier, Jean Jamin [9], Jean Lescure, Louis-René des Forêts...

Avertissement : Les enregistrements réalisés sur de vieilles cassettes, il y a plus de 20 ans, peuvent être, de courts instants, difficilement audibles ou à la limite de la saturation. Patientez : cela finit toujours par s’arranger. — A.G.

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Portrait de Leiris par Masson, 1923

1. Bataille et Masson (29’09)

« Aurora ».
« Bataille l’impossible ». « Contre-attaque ». « Le non-savoir ».
Le 45, rue Blomet. André Masson [10]. Max Jacob. Roland Tual.
Corridas. La revue Documents [11].

Musique : Mozart, Don Giovanni.

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2. En mission en Afrique (36’10)

Autoportrait. L’enfance. Une famille petite-bourgeoise. L’opération chirurgicale.

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Avec Max Jacob, 1923

3. Etre poète ? (15’41)

Max Jacob. Surréaliste de... 1924 à 1929.

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3. a. Sur Raymond Roussel (2’56)

[«  Présence dans l’ombre de Raymond Roussel » Sollers, Mémoires.]

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4. Je me rappelle Antonin Artaud (7’27)

Michel Leiris parle d’Artaud.

Avec la voix d’Antonin Artaud.

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5. L’ethnographe (26’29)

« Une sorte de bourgeois artiste » .
Retour de la mission Dakar-Djibouti. Denise Paulme [12].
Leiris sur l’injustice coloniale.
A propos de Claude Lévi-Strauss (à l’occasion de la publication de Tristes tropiques).
La psychanalyse avec le Dr Borel.
Bataille et l’origine de L’âge d’homme.
1938 : le sacré dans la vie quotidienne. Jean Jamin.

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6. Le Collège de sociologie (20’20)

Denis Hollier [13]. La prise de distance avec le Collège.
Etre poète.

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Dédicace à Georges Bataille.
Zoom : cliquez l’image.

7. « L’âge d’homme » (26’07)

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Louis-René Des Forêts

Leiris : « la corne du matador ».
Témoignage de Louis-René Des Forêts.
Le goût de l’opéra (Verdi contre Wagner).
Erik Satie. Le chant.

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8. Des périodes de grande difficulté (20’37)

La peur de ressasser. Il vivait par l’écriture.
« Ce que j’ai toujours voulu, c’est être poète. »
« L’horreur de la pensée discursive ».
Avignon, 3 août 1986, Michel Leiris par Jean Jamin.
Jean Lescure : Leiris et le groupe « Message » (1943).

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9. Pendant la guerre (23’40)

Les tragédies. La rencontre avec Sartre.
Jean Lescure. La libération de Paris.
Beuveries. Pataphysicien.

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10. Leiris et les artistes (23’02)

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Jacques Dupin

Jacques Dupin.
Giacometti. Chercher sans trouver.
Miro. Francis Bacon. Picasso.
A nouveau sur la tauromachie (Florence Delay).

Musique : Concerto d’Aranjuez.

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11. Politique (26’48)

Leiris sur La règle du jeu. « L’examen de moi-même ».
Apparition du thème politique. Deux grands génies : Marx et Freud.
« Engagé », jamais apparatchik.
Au congrès culturel de La Havane.
Jean Jamin sur le Journal de Michel Leiris. (1922-1989).
« 1968 : pour moi, année de la vieillesse littéralement touchée du doigt ».

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12. Tout dire ? (8’51)

Leiris : « Tout dire, étant entendu qu’on ne dira jamais tout ».

Générique de fin de l’émission.

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Michel Leiris par Man Ray, 1930.
ZOOM : cliquer sur l’image. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Au risque de soi

Une émission de Mathieu Bénézet, France Culture, 19 mars 2000.

Avec la voix de Michel Leiris (extraits des entretiens avec Paul Chavasse).
Et les témoignages de Jacqueline Risset, Jean Jamin, Jacques Dupin, Francis Marmande, Denis Hollier, Georges Balandier, Marc Augé, Edouard Glissant, J.-B. Pontalis, Michel Contat, etc.

Lecture : Françoise Lebrun.

1. La poésie (28’26)

Jacqueline Risset, Jean Jamin, Jacques Dupin.
Apollinaire, Max Jacob...

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2. Les années 30 (17’55)

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Picasso et Leiris

Francis Marmande, Denis Hollier.
La rencontre avec Picasso, le « sacré »...

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3. L’âge d’homme — L’ethnologie (20’43)

Georges Balandier.

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4. Politesse de Leiris (24’50)

Denis Hollier, Edouard Glissant

Sartre... Les phénomènes de la « possession ».

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5. L’Afrique... fantôme (25’34)

Edouard Glissant, Georges Balandier.

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Extraits de L’Afrique fantôme (1934)

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6. Le jazz (33’16)

Francis Marmande, Yannick Seité.

L’art nègre, la sculpture africaine...

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7. Le sacré (32’07)

Michel Leiris et « Acéphale ». Denis Hollier, Jean-Bertrand Pontalis.

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Leiris en 1944

Sartre et L’âge d’homme. « Bluffé par Sartre ».
La règle du jeu et l’autobiographie.

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8. Sartre à nouveau (11’48)

Michel Contat.

Bataille, Simone de Beauvoir, Zette...
A propos de la tentative de suicide de 1957.

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9. Bataille/Leiris : portraits croisés (13’30)

L’élégance. Le corps.
Dédicace de L’érotisme à Leiris.
Dédicace de la deuxième édition de L’âge d’homme à Bataille.
L’amitié réelle — Encore Masson.

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10. Retour sur La règle du jeu (12’29)

Jean Jamin. J.-B. Pontalis.

Fibrilles. Fiches. Parler de soi sans nommer les autres.
L’enterrement de Michel Leiris.

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Supplément (8’30)

« Un des grands écrivains du XXe siècle »

Jacqueline Risset parle de La règle du jeu.
Alain Veinstein lit un passage du livre [14].

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Archives A.G.

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Michel Leiris par Marc Trivier. DR.

Le dernier entretien de Michel Leiris

Bernard-Henri Lévy

C’est le 18 septembre 1989 qu’eut lieu cette rencontre entre Michel Leiris et Bernard-Henri Lévy. S’il y a eu un personnage secret, dans la seconde moitié du XXe siècle français, c’est bien lui, Michel Leiris. Cet entretien est le plus détaillé qu’ait jamais accordé l’auteur de L’Âge d’homme et de La Règle du Jeu. Et c’est, aussi, le tout dernier – un an avant sa mort, le 30 septembre 1990.

« C’est le 18 septembre 1989 que j’ai rencontré Michel Leiris. J’avais d’abord essayé, sans trop y croire, de le convaincre de se laisser filmer. Il avait refusé fidèle, en cela, à une éthique qu’il partageait avec quelques autres mais à laquelle il s’était, lui, toujours scrupuleusement tenu. Je suis revenu à la charge quelques mois plus tard pour une interview enregistrée, mais non filmée, et qui porterait, lui avais-je dit, sur quelques points restés obscurs de l’histoire d’Acéphale, de Contre-Attaque ou du Collège de Sociologie et il avait, non sans hésitation, fini cette fois par accepter. L’entretien se déroula chez lui, quai des Grands-Augustins, dans le bel appartement bourgeois, rempli d’objets et de beaux meubles qu’il habitait déjà au temps des surréalistes et qui les impressionnait sûrement. Il était tel que je l’avais imaginé. Petit. Râblé. La même tête de boxeur qu’il avait lui-même décrite dans des pages de L’Âge d’homme que je connaissais par cœur. Et s’il n’y avait eu cette voix malade à laquelle je m’attendais un peu mais que je n’imaginais ni si cassée, ni si douloureuse, je l’aurais reconnu sans l’avoir jamais rencontré. Beaucoup de courtoisie avec cela. Une patience infinie. Des réponses précises, détaillées, aux questions que je lui posais. Dois-je dire le prix qu’attachait à cette rencontre le futur directeur de La Règle du jeu ? »

Bernard-Henri Lévy : On a souvent parlé, notamment Klossowski, d’une « tentation fasciste » chez Georges Bataille. Qu’en pensez-vous ?

Michel Leiris : Ce n’est pas une invention de Klossowski, cela s’est dit. À mon avis, Bataille était profondément antifasciste. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’il était impressionné par les moyens de propagande du fascisme, par le charisme de Hitler. Mais enfin, on ne peut pas dire qu’il était fasciné. Son rêve, c’aurait été de trouver, au profit de la gauche, des moyens de propagande aussi efficaces que les moyens déployés à l’extrême droite. Je crois que c’est ça que l’on peut dire.

B.H.L. : On a beaucoup parlé aussi de cette histoire d’Acéphale. C’était deux choses. Une revue. Et une société secrète. Qu’est-ce que c’était que cette société secrète ?

M.L. : Je n’en étais pas !

B.H.L. : Vous n’en étiez pas, oui, je sais. Mais pourquoi ?

M.L. : C’était très personnel. Je trouvais que les choses se passaient entre un certain nombre d’entre nous comme si nous avions constitué une société secrète et que ça n’avait pas de sens de l’institutionnaliser. Il valait mieux que ça reste tacite, une entente tacite.

B.H.L. : Est-ce que vous pensez que c’était sérieux ? Même dans l’esprit de Bataille ?

M.L. : Je crois que c’était sérieux. Oui. J’en suis convaincu.

B.H.L. : Avec tout de même des choses bizarres, des rites absurdes.

M.L. : Je n’en sais rien ! Je n’ai pas été initié. Ceux qui étaient dans le secret ont été très corrects. Ils n’ont jamais livré les secrets d’Acéphale.

B.H.L. : Vous pensez donc qu’il y avait une initiation ?

M.L. : Il y avait une initiation, ça, je le sais. Ce qu’elle était, je l’ignore. Mais il y avait une initiation.

B.H.L. : Donc la revue était la face exotérique de cette histoire ?

M.L. : C’est ça.

B.H.L. : On a parlé, notamment, de scènes étranges à Saint-Nom-la-Bretèche.

M.L. : À Saint-Germain !

B.H.L. : Non, non, Saint-Nom-la-Bretèche…

M.L. : Saint-Nom-la-Bretèche aussi ? Ah, je ne le savais pas. Je n’en sais rigoureusement rien. Je vous dis que je n’ai pas été initié. J’ai des amis qui l’ont été. Notamment un ami disparu maintenant, Patrick Waldberg. Mais ils n’ont jamais soufflé mot de ce qu’était cette initiation.

B.H.L. : Tout cela ne vous paraissait pas un peu puéril ?

M.L. : Légèrement puéril, je vous l’accorde. Je considérais ça, je ne dirai pas comme un enfantillage, mais pas très loin.

B.H.L. : Et puis c’est l’époque où il y a tout ce travail sur Nietzsche : reprendre Nietzsche aux fascistes, en gros…

M.L. : C’est ça.

B.H.L. : Quel était le sens de cette réhabilitation ?

M.L. : C’était cela. Arracher Nietzsche aux fascistes. Bataille était suffisamment antifasciste pour déplorer qu’ils se soient approprié Nietzsche. Vous savez comment ça s’est passé, cette appropriation de Nietzsche ? Avec l’édition tout à fait tendancieuse, par les soins de la sœur de Nietzsche… Son nom m’échappe…

B.H.L. : Elizabeth Foerster-Nietzsche.

M.L. : C’est ça. L’idée de Bataille c’était de sauver Nietzsche des griffes des nazis.

B.H.L. : Dans cette opération, j’imagine que vous vous sentez proche de Georges Bataille ?

M.L. : Tout à fait ! Il connaissait Nietzsche beaucoup mieux que moi. Je dois avouer que je n’ai à peu près aucune culture philosophique. Mais enfin, je l’approuvais tout à fait. Ce n’était pas comme pour Acéphale.

B.H.L. : Et puis il y a eu Contre-Attaque…

M.L. : Contre-Attaque, je n’en ai jamais fait partie non plus. Je ne sais pas pourquoi, d’ailleurs. Si, je crois que ça me paraissait… Bataille parlait, par exemple, de fêter la décapitation de Louis XVI sur la place de la Concorde. Dans son esprit, c’était un moyen de propagande du côté gauche. Mais ça me paraissait puéril. De sorte que je n’ai pas fait partie de Contre-Attaque. J’étais d’accord sur les buts. Mais ça me paraissait prendre des formes, comment dire ? pas très sérieuses…

B.H.L. : Et pourtant Contre-Attaque c’était la réconciliation de Breton et de Bataille.

M.L. : Évidemment.

B.H.L. : Donc ça aurait dû vous passionner…

M.L. : Si l’on veut.

B.H.L. : Parlons de cette réconciliation, voulez-vous. Qui des deux venait sur le terrain de l’autre ?

M.L. : Ils se sont rapprochés. Je ne crois pas que l’on puisse dire que l’un a fait des concessions à l’autre. Ils se sont rapprochés. C’est la menace fasciste, le danger commun, qui ont fait que les vieilles querelles ont été oubliées pour un temps.

B.H.L. : Breton avait pardonné à Bataille ? Il avait oublié le second Cadavre ?

M.L. : C’était du passé.

B.H.L. : Un passé récent, tout de même ?

M.L. : Sans doute.

B.H.L. : Soupault m’a dit un jour que pour lui, au contraire, Breton n’avait jamais pardonné et qu’au moment de cette attaque contre lui des amis de Bataille, il a eu peur, très peur comme s’il risquait de se retrouver très isolé…

M.L. : J’ai l’impression, en effet, qu’il avait très mal vécu cette histoire du Cadavre. Comme chacun sait, Breton avait mauvais caractère. Il ne se laissait pas facilement marcher sur les pieds. Mais enfin, je ne crois pas que ça lui ait fait grand peur.

B.H.L. : Qui a pris l’initiative du Cadavre ?

M.L. : Je crois bien que c’est Bataille lui-même.

B.H.L. : Parce qu’il y a deux versions : une version Bataille et une version Desnos.

M.L. : Desnos ? Tiens, je ne savais pas. Je ne connaissais pas cette version. Enfin, remarquez que moi je suis mauvais juge puisque c’est de Bataille que j’étais le plus proche et que c’est lui, Bataille, qui m’en a parlé. Donc, j’ai eu le sentiment que c’était une idée de Bataille.

B.H.L. : Quelle était l’idée, au juste ?

M.L. : Je vous l’ai dit : c’était de faire pièce à la propagande…

B.H.L. : Non, je vous parlais du Cadavre.

M.L. : Ah ! le Cadavre… C’est autre chose ! L’idée était de descendre Breton en flammes et de l’attaquer sur son propre terrain. Il y avait eu « Un cadavre » à propos d’Anatole France. On voulait reprendre le même titre, et la même méthode, contre lui… Cela dit, soyons sérieux. Je ne sais plus très bien ce que j’en ai pensé sur le moment. Mais ce que je puis vous dire, aujourd’hui, c’est que tout ça me paraissait quand même assez canularesque.

B.H.L. : Il y a deux ou trois hommes qui ont dominé cette époque. Bataille et Breton en tout cas. J’ai un peu de mal à les imaginer ensemble. Je crois que c’est vous qui les avez présentés l’un à l’autre…

M.L. : Non, non, je ne les ai pas présentés. Si ? En tout cas, ça ne s’est pas fait de façon particulièrement cérémonieuse. Par contre, j’avais fait se rencontrer Bataille et Aragon. Ça, je me le rappelle. Aragon s’était montré assez dédaigneux vis-à-vis de Bataille. Il le considérait comme un dadaïste attardé. Il me l’avait dit. Je ne sais pas s’il avait employé exactement le terme de « dadaïste attardé ». Mais enfin, c’est ça que ça voulait dire.

B.H.L. : Et Bataille ? Il était impressionné par Aragon ?

M.L. : Hum… Pas vraiment. Bataille était certainement impressionné par Breton. Hostile, mais impressionné. Par Aragon, je ne crois pas.

B.H.L. : C’est tout de même vous, si l’on en croit, notamment, le livre de Michel Surya, qui aviez organisé la première rencontre entre Breton et Bataille. Il était question, je crois, que celui-ci traduise les Fatrasies pour la Révolution surréaliste.

M.L. : C’est cela, oui. J’ai été l’intermédiaire. C’est-à-dire que j’ai remis le texte des Fatrasies à Breton pour la Révolution surréaliste. Est-ce que je les ai présentés l’un à l’autre, à ce moment-là ? Peut-être… Peut-être, oui, que j’ai amené une fois Bataille au Cyrano. Mais, je vous le répète, ça n’avait rien de solennel. Ce n’était pas une entrevue, la chose sûre, en tout cas, c’est que Bataille, malgré mes efforts, s’est absolument refusé à signer le texte de présentation de ces Fatrasies ! Même par ses initiales ! Il a consenti à nous donner le texte, certes. Mais sans que son nom apparaisse en quoi que ce soit.

B.H.L. : Pourquoi ?

M.L. : Parce qu’il se méfiait du surréalisme. Par amitié pour moi, il a accepté de donner le texte. Mais il voulait que ça reste incognito.

B.H.L. : Donc Bataille n’a jamais été fasciné par le surréalisme qui était, pourtant, l’aventure de toute votre génération. Il a échappé à cette fascination ?

M.L. : Il n’y a aucun doute.

B.H.L. : Si ce que vous dites est exact, c’est bien le seul parmi tous les esprits de cette époque…

M.L. : qu’il y a, c’est que Bataille était, au fond, un peu comme Breton. Il aimait beaucoup créer des revues, être entouré, avoir son équipe. Alors l’équipe surréaliste était une équipe rivale de celle qu’il souhaitait constituer.

B.H.L. : Et qu’il a constituée ?

M.L. : Oui, à l’époque de Documents. Et puis, ce qui est certain, c’est que Bataille considérait Breton comme un idéaliste ce qui, pour lui, était un péché mortel.

B.H.L. : Que voulait-il dire par là ?

M.L. : Il voulait dire que le matérialisme affiché de Breton était purement verbal ce qui est la vérité vraie. Je ne reproche pas à Breton d’avoir été un idéaliste, mais le fait est qu’il l’était. Breton a vu la Révolution en idéaliste, ça c’est certain.

B.H.L. : Bataille n’était pas impressionné par le charme de Breton ?

M.L. : Sur le tard, peut-être. Puisque, comme vous le savez, les rapports Breton-Bataille se sont énormément adoucis quelques années après le Cadavre. Alors, il a pu être impressionné, un peu, par Breton qui n’était tout de même pas n’importe qui. Mais c’est venu sur le tard. À l’époque dont nous parlons, ce n’était pas du tout ça. Les manières mêmes de Breton ne pouvaient que déplaire à Bataille qui était beaucoup plus, comment dirais-je ? beaucoup plus sur ses pieds…

B.H.L. : C’est ça. C’est le fameux article de Documents sur, justement, « Le gros orteil »…

M.L. : Exactement. Je crois d’ailleurs que Breton s’est moqué de ce texte dans le « Second manifeste »… Je crois bien… Évidemment, « Le gros orteil », c’était comme cet autre article intitulé « Le bas matérialisme et la gnose ». Dans cet article, il y avait, il me semble, une note assassine contre Breton. Il s’agissait, en tout cas, d’un matérialisme moins abstrait que celui des surréalistes. Un authentique matérialisme.

B.H.L. : Aujourd’hui, avec le recul, qui avait raison : Bataille ou Breton ?

M.L. : Je me sens, bien sûr, beaucoup plus proche de Bataille. J’avais avec lui une intimité que je n’avais jamais eue avec Breton. Et puis cette idée selon laquelle le surréalisme serait resté trop idéaliste, je la partageais et je la partage encore.

B.H.L. : On peut parler une seconde de Documents  ?

M.L. : Documents, c’était une espèce de fourre-tout. Je ne sais pas si vous avez lu cet article que j’avais écrit qui s’appelait « De Bataille l’impossible à l’impossible Documents » ? Là, je dis à peu près ce que j’en pensais. C’était un rassemblement, assez hétéroclite, de gens de bords très différents…

B.H.L. : Est-ce que, dans l’esprit de Bataille, c’était une alternative au groupe surréaliste ? Est-ce que c’était sa bande à lui ?

M.L. : Ah oui ! Ça, certainement ! Il n’y a pas le moindre doute ! Il y avait d’ailleurs des dissidents surréalistes qui collaboraient à Documents à commencer par moi.

B.H.L. : Vous avez rompu avec Breton à ce moment-là ?

M.L. : Évidemment. À l’époque du Cadavre.

B.H.L. : Vous ne vous êtes jamais réconciliés ?

M.L. : Si, on s’est réconciliés sur le tard ; mais, là non plus, sans solennité. On s’est rencontrés à un arrêt d’autobus… On s’est serré la main et on a fait le voyage ensemble, dans l’autobus.

B.H.L. : C’était en quelle année ?

M.L. : Je ne peux pas vous dire. C’était peu d’années avant la mort de Breton. Au Trocadéro. C’était l’autobus 63.

B.H.L. : Si je comprends bien, il ne vous a, sur le moment, c’est-à-dire dans les années trente, pas pardonné votre alliance avec Bataille ?

M.L. : Sûrement pas ! Quand le Cadavre était, si j’ose dire, encore tout frais, la rupture était franche, et sérieuse. Ça s’est adouci peu à peu.

B.H.L. : Et tous les côtés religieux de Bataille ? Cette volonté de créer une nouvelle religion ou, en tout cas, de s’intéresser de très près à toutes ces histoires de Sacré ?

M.L. : Son biographe, Michel Surya, a parlé de ça de manière très documentée. Le premier écrit de Bataille était un écrit pour vilipender le sacrilège qu’avaient commis les Allemands en 1914, quand ils ont bombardé la cathédrale de Reims.

B.H.L. : Je pensais surtout à tout ce qui s’est passé autour du Collège de Sociologie…

M.L. : C’était basé sur le Sacré, en effet.

B.H.L. : Vous étiez proche du Collège ? Vous en étiez même l’un des fondateurs ?

M.L. : Oui, bien sûr. Puisque j’étais même, avec Caillois et Bataille l’auteur d’un des textes qui annonçaient tout ça à la NRF. Mais je trouvais (je l’ai exprimé dans une lettre qui a été publiée par Denis Hollier) que Bataille en prenait tout de même un peu trop à son aise avec les idées de Mauss.

B.H.L. : C’est-à-dire ?

M.L. : C’est-à-dire qu’il y avait des exagérations sur le Sacré. Comme si Mauss avait considéré le Sacré comme une explication de tous les phénomènes. En fait, c’était contradictoire avec l’idée même de « phénomène total  » que Mauss avait mise en avant. Quand il parle de « phénomène total », il dit que les phénomènes ont toujours un aspect religieux, un aspect économique, un aspect moral, etc. Ce n’est pas forcément le Sacré qui domine.

B.H.L. : Qu’est-ce que Bataille répondait à ça ?

M.L. : Il reconnaissait qu’il y avait un problème. Mais dans la lettre dont je vous parle, je demandais qu’on organise une grande séance, une sorte de congrès pour discuter de ça. Ça ne s’est jamais fait. Il faut dire, aussi, que j’ai envoyé cette lettre peu de temps avant la guerre. On a dû être empêchés par la guerre de donner suite.

B.H.L. : On voit bien, dans le livre de Denis Hollier, que vous êtes présent la première année et puis que, ensuite, vous disparaissez…

M.L. : C’est ça. Je trouvais que Bataille y allait un peu fort. Il exagérait. Il ne faut pas oublier que moi j’étais l’élève direct de Mauss. J’avais suivi ses cours. Je me serais considéré un peu comme un traître vis-à-vis de Mauss si je n’avais pas formulé ces objections, marqué ces distances.

B.H.L. : Pardon d’y revenir une dernière fois. Mais est-ce que, dans ces distances que vous prenez, entre aussi cette histoire de fascination pour le nazisme ?

M.L. : Je n’ai jamais pensé ça. Jamais. Klossowski l’a peut-être dit. Je lui laisse la responsabilité de cette déclaration. Ça n’a jamais été mon point de vue.

B.H.L. : Il y a quand même des textes bizarres à propos, par exemple, de la guerre.

M.L. : Que Bataille ait été fasciné par la guerre, ça c’est sûr. Il disait qu’il fallait être à la hauteur de la guerre. Ça se reflète d’ailleurs dans la déclaration du Collège de sociologie à propos de Munich.

B.H.L. : Dont vous étiez signataire…

M.L. : Dont j’étais signataire. Un peu réticent, mais signataire quand même.

B.H.L. : Réticent pourquoi ?

M.L. : Je vous le dis franchement : j’étais bien content que le spectre de la guerre soit écarté. Mais j’étais d’accord, peut-être un peu hypocritement, avec l’idée que les démocraties, et la France en tout cas, n’avaient pas su fournir aux gens les mythes qui auraient permis d’affronter la guerre.

B.H.L. : Toute cette littérature sur la guerre, ces appels à la destruction, à la convulsion généralisée…, ça ne vous gênait pas ?

M.L. : Je vous dis que j’étais réticent. Un texte, on peut le signer d’enthousiasme. Et puis on peut le signer en se disant qu’on est en désaccord avec certains de ses aspects…

B.H.L. : Le Collège, finalement, c’était surtout Bataille.

M.L. : Évidemment.

B.H.L. : Est-ce que Bataille avait un charisme aussi puissant que celui de Breton ? Est-ce qu’il avait la même autorité ?

M.L. : Je ne crois pas. La preuve, d’ailleurs, c’est qu’il n’a jamais fondé de mouvement analogue à ce qu’a été le surréalisme lequel, vous le savez, n’aurait pas existé s’il n’y avait pas eu Breton.

B.H.L. : Bataille était plus solitaire.

M.L. : Ce n’est pas ça. Vous parliez tout à l’heure du charme de Breton. Eh bien, Bataille n’avait pas ce charme. Il avait un charme à lui, c’est entendu. Mais ce n’était pas Breton. Et puis son idéologie était, il faut bien le dire, encore plus dure que celle de Breton…

B.H.L. : Vous voulez dire qu’il était plus facile de se rallier à Breton ?

M.L. : Oui, bien sûr. C’était un poète très poète, quoi. Il écrivait de jolies choses. Je ne dis pas ça pour le minimiser, mais pour dire que c’était plus attrayant que ce qu’écrivait Bataille. Je ne dis pas que c’était meilleur, mais plus attrayant.

B.H.L. : Bataille faisait peur ?

M.L. : Ah ! Beaucoup !

B.H.L. : Il avait cette réputation ?

M.L. : Il avait surtout la réputation de quelqu’un d’extrêmement débauché.

B.H.L. : Et puis il y a encore autre chose. Ce projet que vous avez eu, bien avant tout ça, du côté de 1924 ou 1925 : une organisation qui devait s’appeler « Oui »…M.L. : Ça, c’était une idée de Bataille…

B.H.L. : Je croyais que c’était une idée de vous.

M.L. : Non, non, c’était une idée de Bataille. C’était un mouvement d’acquiescement. Dans un esprit zen. Je ne sais pas s’il connaissait le zen, à cette époque. Mais c’était bien dans l’esprit zen. Une espèce d’acquiescement apporté à toute chose. Une absolue non-résistance. Il trouvait qu’au mouvement « Non » qu’avait été dada, il fallait opposer un mouvement « Oui » qui serait un dadaïsme d’acquiescement au lieu d’être de négation…

B.H.L. : Et alors ? Pourquoi est-ce que ça ne s’est pas fait ?

M.L. : Je n’en sais rien. C’est resté comme ça, dans des conversations.

B.H.L. : À cette époque-là il n’avait rien écrit, n’est-ce pas ? En tout cas rien publié ? Or, ce qui est frappant c’est l’extraordinaire autorité dont il jouissait quand même. Ça reste très mystérieux pour quelqu’un comme moi. Sur quoi se fondait cette autorité ?

M.L. : Sur sa conversation. Sur les propos qu’il tenait. Il avait, en effet, un très grand rayonnement…

B.H.L. : Là aussi, c’était le contraire de Breton qui s’appuyait, lui, sur des monceaux de textes ?

M.L. : Naturellement.

B.H.L. : Vous gardez du respect pour Breton aujourd’hui ?

M.L. : Beaucoup. Je ne suis pas un thuriféraire de Breton, c’est entendu. Je sais qu’il avait de gros défauts. Mais enfin je garde beaucoup de respect. Je sais que je lui dois beaucoup puisque je dois beaucoup au surréalisme et que, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, il n’y aurait, à mon sens, pas eu de surréalisme sans Breton.

B.H.L. : Dans ces années-là, vous avez croisé Lacan, j’imagine ? Il était proche de Bataille ?

M.L. : Lacan, je l’ai connu, en effet. Je l’ai même connu très bien. Je le voyais tout le temps. Je n’ai jamais suivi ses séminaires. Mais enfin, nous étions amis. Surtout par sa femme, Sylvia, qui avait été la première femme de Bataille.

B.H.L. : Vous l’avez rencontré quand ?

M.L. : Lacan, j’ai dû le rencontrer, attendez… Je l’ai rencontré chez Marie Bonaparte… Quand je suis rentré d’Afrique. Ça devait être en 1934… Marie Bonaparte s’était intéressée beaucoup à la mission à Djibouti dont j’avais fait partie. Alors il m’arrivait d’aller chez elle. Et elle m’avait dit une fois qu’elle connaissait un jeune psychanalyste qui serait très content de me rencontrer. C’était Lacan.

B.H.L. : Vous vous êtes liés tout de suite ?

M.L. : Je dois dire qu’il m’a tout de suite époustouflé avec ce que j’appellerai son hyperintellectualisme. Il y a toute une part de ses écrits qui me passent au-dessus de la tête, littéralement. Mais ça n’empêche pas une certaine sympathie.

B.H.L. : Il était proche des surréalistes, réellement, à ce moment-là ?

M.L. : Oui, il était assez proche.

B.H.L. : Par quel biais ?

M.L. : Par ce que Dali appelait « la méthode paranoïa-critique ». Je crois que c’était par là.

B.H.L. : Il avait des rapports avec Breton, par exemple ?

M.L. : Bien sûr. Ils avaient de la déférence réciproque.

B.H.L. : Revenons à vous. Quand vous vous rapprochez des surréalistes, c’est Bataille, cette fois, qui en prend ombrage, j’imagine ?

M.L. : C’est exact. J’aurais voulu qu’il devînt surréaliste lui aussi. Mais rien à faire. Il a considéré, non pas exactement que je passais à l’ennemi, mais enfin que c’était un peu une trahison amicale, que je cessais d’être tout à fait de son bord pour devenir du bord Breton.

B.H.L. : Et vous lui répondez quoi ?

M.L. : Tout ça était implicite… Tacite… Il en a parlé, cela dit, je ne sais plus où… Dans Le Surréalisme au jour le jour, je crois…

B.H.L. : L’impression qu’on a de Bataille c’est celle d’un personnage très noir.

M.L. : Impression superficielle.

B.H.L. : C’est ça. Voilà.

M.L. : Le reproche que je fais au livre de Surya, qui est très bien fait, très bien documenté, c’est qu’il n’a, justement, pas connu Bataille et qu’il en fait un portrait un peu trop noir. Bataille avait un côté bon vivant. Il ne faut pas s’imaginer que ces histoires de partouzes, etc. ressemblaient à des messes noires. Je n’y ai jamais participé. Mais enfin, je crois que ce n’était pas si noir que ça. C’est lui-même (là, c’était son vieux fond de catholicisme) qui dépeignait ça sous l’angle de la transgression, c’est-à-dire du péché. Mais, cela dit, il était quelqu’un, dans les rapports qu’on pouvait avoir avec lui, de souvent gai. Je ne dirai pas plutôt gai, mais souvent gai.

B.H.L. : Vous avez bien connu Colette Peignot qui était, à la fin de sa vie, la compagne de Bataille.

M.L. : Très bien. C’était quelqu’un de très fascinant, pour le coup. Sa beauté… son intelligence… son côté inexorable… Elle ne supportait pas les demi-mesures… Elle avait d’ailleurs été l’amie de Souvarine. Pendant plusieurs années, je crois. Et c’est de là qu’est venue l’hostilité absolue Bataille-Souvarine, que Souvarine a exprimée avec beaucoup d’injustice dans la préface à la réédition de la Critique Sociale, lorsqu’il taxe Bataille d’ « antisémitisme ». C’est une accusation aberrante. De la méchanceté pure. Le fait est que Bataille ne pouvait pas souffrir Simone Weil. Mais cela n’avait, évidemment, rien à voir.

B.H.L. : Est-ce que Colette Peignot avait un rôle dans la Critique Sociale ?

M.L. : Elle y écrivait. Il y a des articles d’elle, des comptes rendus de livres signés Claude Arax.

B.H.L. : Est-ce qu’elle n’en était pas également un peu le financier ?

M.L. : Je crois qu’elle était de famille, sinon riche, du moins très aisée ce qui n’était pas le cas de Souvarine. Elle a donc dû participer au financement de la Critique Sociale.

B.H.L. : Est-ce que c’est quelqu’un qui s’intéressait à la politique ?

M.L. : S’intéresser à la politique, je ne sais pas. Elle n’était pas une personne de compromis et quelqu’un de « politique » c’est quelqu’un qui est nécessairement obligé d’accepter certains compromis. En ce sens-là, elle n’avait pas la tête politique. Mais elle était, en revanche, passionnément révolutionnaire.

B.H.L. : Il y avait aussi, dans le paysage, Jean Bernier qui fut également l’amant de Colette Peignot et qui était lui aussi un singulier personnage.

M.L. : J’ai connu un peu Bernier. Pas très bien. Mais je l’ai connu au moment du rapprochement entre Clarté et La Révolution surréaliste.

B.H.L. : Parce que vous étiez là, en 1925, rue Jacques-Callot, au moment de la fameuse grande réunion ?

M.L. : Oui, parfaitement. Avec aussi Morhange, Politzer, Guterman. J’étais parmi les surréalistes qui étaient d’accord avec ce rapprochement. Tout cela remonte à si longtemps !

B.H.L. : Merci en tout cas de tous ces témoignages. L’important, pour moi, c’était cette question d’une éventuelle fascination de Bataille pour le fascisme, je tenais absolument, sur ce point, à avoir votre sentiment.

M.L. : Mon sentiment c’est que, vraiment, Bataille n’a jamais été fasciste. Il était, si vous voulez, fasciné par le génie de la propagande qu’avaient les nazis. Son souhait c’était que la gauche manifeste un égal génie de la propagande, dans le sens opposé. Voilà. Je ne sais pas si le nom de « Contre-Attaque » est de lui. Mais cela se pourrait. Car c’était vraiment comme ça que Bataille voyait les choses. C’était une contre-attaque. Il y avait l’attaque fasciste, avec ses moyens massifs de propagande. Et il fallait arriver à trouver des moyens aussi puissants pour la contre-attaque.

B.H.L. : Vous souvenez-vous de la manifestation du 12 février 1934 à laquelle vous allez avec lui et Roland Tual ?

M.L. : Oui, je crois. Je me rappelle, comme ça, vaguement, cette manifestation. Nous y étions avec Bataille. Mais cela ne m’a pas laissé, je vous l’avoue, un souvenir très précis. Si, tout de même… Attendez… C’est bien la fameuse manifestation où s’est matérialisé, dans la rue, le Front populaire ? Je me rappelle. C’était très émouvant.

B.H.L. : Le Front populaire, pour vous, c’était quelque chose d’important ou vous vous en moquiez ?

M.L. : Non, je ne m’en moquais pas. Je travaillais au musée de l’Homme à ce moment-là qui était, grâce à Rivet, en plein Front populaire.

B.H.L. : Parce que vous étiez membre du Comité de Vigilance des Intellectuels antifascistes ?

M.L. : Oui, bien sûr.

B.H.L. : Je ne le savais pas.

M.L. : Oui, oui. Je n’étais pas un cadre du Comité mais j’en faisais partie. De même que Breton, d’ailleurs, qui lui aussi avait signé.

B.H.L. : Je ne savais pas, non, que les surréalistes étaient là-dedans.

M.L. : Si. Pour ma part, j’étais un peu, là-dedans, l’homme de Rivet. J’y étais plus à ce titre que comme surréaliste puisque, à cette époque, j’étais en rupture avec eux.

B.H.L. : Je vous remercie vraiment beaucoup. Je suis confus d’avoir tant insisté. Je sais que…

M.L. : Je vous en prie ! Je sais bien que je suis l’un des survivants. Peut-être le dernier. Avec Klossowski en effet.

La Règle du jeu

***

Portfolio

  • Picasso, Le rêve (24/1/1932)

[1Pendant ce voyage, Leiris tint son journal qui sera publié en 1994. Cf. Journal de Chine.

[2Ecrits sur l’art de Michel Leiris, édition établie par Pierre Vilar, CNRS éditions, 2011. Voir aussi : La rencontre de Michel Leiris et Pablo Picasso.

[3Donation Louise et Michel Leiris, n°4.

[4Catalogue de l’exposition Francis Bacon, Musée national d’art moderne, 27 juin-14 octobre 1996, p. 30.

[5Entretien avec David Sylvester, VI (1979), p. 195.

[6Entretiens avec Francis Bacon de David Sylvester et Michel Leiris, réédition Flammarion, 2013.

[7Leiris a écrit plusieurs textes sur Bacon : Francis Bacon, face et profil, Francis Bacon, Bacon : Le hors-la-loi, Francis Bacon ou la Brutalité du fait.

[9Cf. Jean Jamin.

[11Cf. Documents.

[14Emission « Surpris par la nuit ».

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6 Messages

  • Albert Gauvin | 20 juillet 2015 - 11:27 1

    Remise en vente de la grande monographie sur Bacon de Michel Leiris, épuisée depuis 2013, à l’occasion de l’exposition Michel Leiris au Centre Pompidou de Metz du 3 avril au 14 septembre 2015.

    Synopsis
    Michel Leiris traque dans l’art de Francis Bacon la hantise de la part de l’animalité en l’homme, dans ses différentes phases qui vont amener l’artiste à « peindre le cri plutôt que l’horreur », à violenter sa peinture plutôt que l’image de l’humanité. Après une enfance maladive et une formation d’autodidacte à l’école de la bohème, entre Paris et Berlin, le peintre Francis Bacon s’impose à partir de 1945, au lendemain de la guerre, avec une peinture de l’horreur : corps crucifiés, chairs exsangues torturées par sa palette et un style à la fois sauvage, expressionniste et raffiné Hazan.


  • Albert Gauvin | 21 avril 2015 - 01:46 2

    A l’occasion de l’exposition du Centre Pompidou-Metz Leiris & Co. Picasso, Masson, Miró, Giacometti, Lam, Bacon…, l’émission "Les Regardeurs" du 18 avril 2015 sur France Culture était consacrée au Portrait de Michel Leiris par Francis Bacon. A écouter ici.


  • Albert Gauvin | 10 avril 2015 - 16:36 3

    Archives : le dernier entretien de Michel Leiris

    C’est le 18 septembre 1989 qu’eut lieu cette rencontre entre Michel Leiris et Bernard-Henri Lévy. S’il y a eu un personnage secret, dans la seconde moitié du XXe siècle français, c’est bien lui, Michel Leiris. Cet entretien est le plus détaillé qu’ait jamais accordé l’auteur de L’Âge d’homme et de La Règle du Jeu. Et c’est, aussi, le tout dernier – un an avant sa mort, le 30 septembre 1990. Lire ici.


  • A.G. | 13 décembre 2014 - 15:02 4

    L’Âge d’homme précédé de L’Afrique fantôme
    Édition publiée sous la direction de Denis Hollier avec la collaboration de Francis Marmande et Catherine Maubon
    Collection Bibliothèque de la Pléiade (n° 600), Gallimard.

    Trois textes plus un : autant de façons de pratiquer l’écriture de soi, autant d’épisodes d’une quête autobiographique. Le premier en date n’aboutit pas tout de suite à un livre. En 1930, Michel Leiris rassemble « des souvenirs d’enfance et d’extrême jeunesse touchant tous à l’érotisme ». Il leur destine déjà la place centrale d’un ouvrage plus vaste. Intitulée Lucrèce, Judith et Holopherne, cette « confession » sera reprise, remaniée (autocensurée), dans L’Âge d’homme. On en révèle ici, en ouverture, la version originelle.
    Mais Leiris est las de la vie littéraire. Il accepte de participer à la mission ethnographique Dakar-Djibouti (mai 1931-février 1933). Le voyage n’est-il pas une « expérience poétique » ? Leiris tient un carnet de route. Rapidement, il donne à ses notes un tour personnel ; il ne raconte que les événements auxquels il a lui-même assisté et mêle aux observations ethnographiques des préoccupations plus intimes : rapports avec les autres, sentiments, obsessions érotiques, rêves... À sa publication, en 1934, le livre — L’Afrique fantôme — témoigne d’une pratique de l’autobiographie infléchie par l’expérience ethnologique.
    Puis Leiris rouvre le dossier de L’Âge d’homme. Il révise (adoucit) le texte de 1930. Il y ajoute des souvenirs — les vacances espagnoles de l’été 1935 sont à l’origine de pages sur la tauromachie — et compose un livre de « confessions » qui va du « chaos miraculeux de l’enfance » à l’âge « cruel de la virilité ». Sous l’influence de la psychanalyse, L’Âge d’homme entend dire « toute la vérité » : nouveau renouvellement dans la pratique autobiographique.
    À peine achevé, à la fin de 1935, le livre est accepté par Gallimard. Seulement il ne paraît pas. Tout était prêt, mais le public attendra 1939 pour découvrir L’Âge d’homme. Entre-temps, en 1938, Leiris est revenu sur la corrida dans Miroir de la tauromachie : la tauromachie est « plus qu’un sport » ; c’est un « art tragique », qui a partie liée avec l’érotisme et le sacré. Et avec l’écriture de soi.
    Comment tauromachie et autobiographie communiquent-elles ? par la confluence des risques. En 1935, les pages sur la tauromachie de L’Âge d’homme ne prennent pas encore en compte l’extension à la littérature d’une esthétique du risque. Mais dans le prière d’insérer joint à l’édition originale en 1939, cette idée est centrale. Et quand Leiris réédite son livre en 1946, il y ajoute une préface intitulée « De la littérature considérée comme une tauromachie » : écrire sur soi, se mettre à nu dans un livre, y confesser déficiences ou lâchetés, c’est créer un objet non pas semblable, mais équivalent à « ce qu’est pour le torero la corne acérée du taureau ».


  • A.G. | 27 novembre 2013 - 22:53 5

    « Picasso, Léger, Masson : Daniel-Henry Kahnweiler et ses peintres » : c’est la belle exposition qui est présentée au LaM de Villeneuve d’Ascq jusqu’au 12 janvier 2014. J’ai reproduit le Portrait de Michel Leiris réalisé par André Masson en 1925 et dix portraits de Michel Leiris réalisés par Picasso le 28 avril 1963 qui sont présentés dans cette exposition (voir ici).

    Extrait de la présentation de l’exposition

    « À l’occasion de son trentième anniversaire, le musée retracera dans un parcours exceptionnel l’histoire de la Galerie Louise Leiris. Riche en rebondissements, elle est étroitement liée à la collection d’art moderne du
    musée : Roger Dutilleul et Jean Masurel lui ont été fidèles pendant plusieurs décennies, y choisissant un ensemble d’oeuvres qui témoigne autant de leur goût que d’un dialogue esthétique presque ininterrompu
    avec le maître des lieux, Daniel-Henry Kahnweiler.

    Celui qui va devenir le marchand des cubistes « héroïques » — Georges Braque et Pablo Picasso — ouvre sa première galerie en 1907. Fernand Léger, Juan Gris et plus tard Henri Laurens rejoignent son « écurie ».
    La Première Guerre mondiale contraint Kahnweiler à ouvrir une seconde galerie en 1920, la Galerie Simon, qui accueille une nouvelle génération d’artistes : André Beaudin, Eugène de Kermadec et surtout André Masson, point de contact avec le surréalisme. À cette époque apparaît la figure de Louise Godon, qui assiste Kahnweiler dans la gestion de son établissement. Devenue l’épouse de Michel Leiris en 1926, elle rachète le fonds et donne son nom à la galerie lorsque le marchand est à nouveau contraint de quitter Paris, pendant la Seconde Guerre mondiale.
    Toujours maître à bord et fidèle à ses artistes, Kahnweiler organise à partir des années 1950 d’innombrables expositions Picasso, dont il a désormais l’exclusivité. Déployée dans les salles d’art moderne, l’exposition présentera aux côtés des chefs-d’oeuvre du LaM issus de la Donation Geneviève et Jean Masurel, ceux que Louise et Michel Leiris ont offerts au Musée national d’art moderne-Centre Georges Pompidou en 1984. Assortie de prêts complémentaires provenant de collections publiques, comme le Musée du Quai Branly ou la Donation Maurice Jardot de Belfort, ainsi que d’importantes collections particulières, l’exposition reviendra sur les années
    héroïques et les heures plus sombres d’une galerie inséparable de l’histoire de l’art moderne. La figure de Michel Leiris, discrète mais présente pendant plusieurs décennies, permettra, en contrepoint, d’explorer certains terrains partagés par le poète, le marchand et leurs artistes : le primitivisme, l’autobiographie ou
    encore l’écriture dans le Théma Michel Leiris et le livre illustré.
     »


  • A.G. | 13 juin 2013 - 17:08 6

    Ouvrir ses archives révèle toujours des surprises et — quitte à démentir le mythe de la boîte de Pandore — il peut en sortir, non des maux, mais des merveilles. Je viens de retrouver une très vieille émission « Pour Michel Leiris — Signes de vie », passée sur France Culture en août 1991, un an à peine après la mort de l’écrivain. Je devais être en vacances, sans doute chez moi, et je l’avais enregistrée. Michel Leiris y est très présent (nombreux extraits des entretiens qu’il accorda à Paul Chavasse en 1968), et les témoignages, essentiels. Bonne écoute.