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Bataille avant la guerre

Philippe Sollers : La société de Bataille, Une prophétie sexuelle.

D 23 septembre 2007     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


« Nous affirmons que le régime actuel doit être attaqué avec une tactique renouvelée. »
(Contre-attaque, 7 octobre 1935)

« Il n’est rien de beau, rien de grand... qui ne se rencontre pas par chance et ne soit pas rare. »
(Georges Bataille, novembre 1938)

La société de Bataille

Un jour, il faut l’espérer, on se rendra compte que le vrai centre explosif de la pensée du XXe siècle aura été Georges Bataille, et non pas les noms qui le cachent ou lui sont automatiquement associés. Il est « terriblement suivi », comme Hamlet, Bataille. Il ne peut pas sortir seul, il est sans cesse accompagné, surveillé, freiné, commenté, glosé, cerné, encerclé. Brûlant et dangereux Bataille, malaise pour ses contemporains, gêne pour nous. Pourquoi ?

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En couverture : André Masson, Aube à Montserrat, 1935
Huile sur toile, 50 x 65cm

Des documents passionnants, et pour la plupart inconnus, de la période 1932-1939, viennent, de nouveau, nous rapprocher du problème.

Au commencement de la modernité, rompant avec l’increvable XIXe siècle, il y a, c’est entendu, le surréalisme, et d’abord Breton, dont tout laisse penser, dans la régression générale en cours, qu’il est lui-même trop oublié. Les deux grands dissidents du surréalisme, Artaud et Bataille, sont peu à peu rejetés dans les marges de l’Histoire par les figures « politiques » du temps (Aragon, Céline, Sartre, Malraux, Camus et les autres). L’Histoire ? C’est celle du grand basculement des années 30, stalinisme, fascisme, nazisme. Le décor est planté : totalitarismes d’un côté, démocraties de l’autre ; le noir-rouge, le blanc. Pas d’identité si l’on est ailleurs, dans le spectre entier des couleurs, par exemple. On sera taxé de délire, d’érotisme malsain, d’irresponsabilité enfantine, de nouveau mystique, d’immoraliste (Artaud est fou, Bataille un débauché extatique, Genet un saint retourné). Voilà des génies, soit, mais qui ont le défaut définitif d’être trop complexes, trop singuliers, donc inutilisables. Des poètes, dites-vous ? Drôles de poètes. L’un se prend pour le Christ, l’autre traîne dans les bordels, le troisième est un traître voleur homosexuel. Elle est belle, votre poésie, des agités, croyez-moi, des cinglés.

Après  Documents , où il s’oppose à l’« idéalisme » de Breton [1], Bataille collabore à la Critique sociale  [2] de Souvarine, l’un des premiers opposants à la contre-révolution stalinienne (c’est là qu’il rencontre Simone Weil, laquelle apparaît dans ce chef-d’oeuvre qu’est Le Bleu du ciel  [3]). Très vite, ensuite, c’est  Contre-attaque , où il retrouve Breton, dans la perspective d’une radicalisation de la lutte antifasciste (il ne s’agit pas d’être simplement « contre », mais de savoir sur quels mécanismes psychologiques le fascisme agit) [4] . C’est enfin l’aventure du  Collège de sociologie  [5] et d’ Acéphale (revue et société secrète). Les grands mouvements de masse modernes, dit Bataille, sont des phénomènes religieux. Pour les comprendre, il faut une sociologie nouvelle, une sociologie sacrée, impliquant la connaissance des mythes et des sociétés primitives, mais obligeant aussi à un engagement existentiel personnel. Deux noms sans cesse rappelés : Sade et Nietzsche (et aussi Kierkegaard : « Ce qui avait visage de politique et s’imaginait être politique se démasquera un jour comme mouvement religieux »). Il ne s’agit pas simplement de littérature ou de philosophie, mais d’expérience de tout l’être (l’extraordinaire passion entre Bataille et Colette Peignot — Laure — en témoigne ici), et de « conjuration ».

Le monde est en train de devenir une banlieue de grande ville. « L’humanité entière est menacée d’une réduction à un immense système d’esclavage pour tous. » « La dénivellation à prévoir devrait être la plus grande que l’histoire humaine ait enregistrée » (1937). La négation de la violence et de l’agressivité dans le discours bien-pensant dominant va entraîner un redoublement de la violence et de l’agressivité (position très proche du Freud de la même époque). Rien ne tient devant ce déferlement brutal : ni le christianisme (et son « avarice »), ni le socialisme qui en est le prolongement laïque. Tout se passe comme si l’être humain était devenu incapable de résister à la terreur, de regarder la mort en face, de se révolter contre la servilité qu’on lui inflige et à laquelle il s’abandonne par dépression et angoisse. Comble de falsification, une pensée comme celle de Nietzsche est détournée par l’adversaire : « Il semble que seuls ont pu se réclamer de Nietzsche des hommes qui le trahissaient misérablement. Il semble que l’une des voix humaines les plus bouleversantes se soit fait entendre en vain. » Staline tue Marx, Hitler tue Sade et Nietzsche, et leur sinistre travail se continuera dans « la platitude universelle ».

C’est là que surgit  Acéphale , « communauté élective contre toute communauté de sang, de sol ou d’intérêts ». On connaît la figure provocante, dessinée par André Masson, qui la représente : un homme sans tête à la poitrine étoilée, au ventre spiralé en labyrinthe, à la tête de mort à la place du sexe, aux bras écartés, avec dans la main gauche un poignard et dans la main droite un coeur enflammé comme une bombe [6]. Masson, Leiris, Caillois ou Klossowski ne participeront pas réellement aux « rencontres » devant un arbre foudroyé de la forêt de Marly, autour des ruines de la Montjoie, non loin de Saint-Germain-en Laye. Sérieux ? Oui. Plaisanterie ? Aussi. « N’importe quelle plaisanterie possède une vertu que les représentations habituelles ne possèdent pas : elle brise le cercle des notions consciencieuses. [7] » Cela n’empêche pas que « lorsque nous lions une joie extrême à la considération affreuse de la mort, lorsque nous lions l’ironie à l’angoisse, nous accomplissons une libération plus grande que toute autre » [8].

Surmonter la mort et l’angoisse en gardant le souci de la lucidité scientifique, tel est l’enjeu (pas de « trappisme » ni de « bouddhisme », aucun refuge transcendantal). Curieuse société dont les mots de passe sont « la chance », « le rire », « l’amour de la destinée », « l’absence de sol et de tout fondement », « la joie devant la mort contre toute immortalité », « l’avenir mouvant et destructeur des limites contre la volonté d’immobilité du passé », « l’excitation érotique », « la liberté des enfants ». Le plus difficile à accepter, dans les propositions de Bataille, est bien ce maintien de la contradiction entre rigueur et dépense, ivresse et connaissance, « éclat tragique de l’existence » et « moquerie immense ». Cela se lit dans son écriture de l’époque, souvent non signée : « Toute la profondeur du ciel comme une orgie de lumière glacée se perdant, fuyant... » Une écriture qui sait la profondeur méditée du silence, d’une honnêteté simple et fulgurante, calcinée par l’abandon des amis et l’échec triomphant ( « J’ai gardé une confiance inébranlée, ou accrue, dans le mouvement auquel j’ai consacré mes efforts... »). Il est clair que la fréquentation de Bataille devait être, c’est le moins qu’on puisse dire, éprouvante. Il écrit, en 1938, à Leiris : « Je suppose que mon amitié a quelque chose de pesant pour ceux que j’aime le plus. J’ai un accès plus facile - surtout plus humain - auprès de gens que j’aime moins. » En octobre 1939, il constate l’impasse, la guerre est sur le point de tout ravager, il va bientôt écrire un de ses plus beaux livres, Le Coupable : « Je resterai seul... Un aussi grand accord à l’intérieur d’un groupe contre celui qui se trouve à son origine doit être rare. » En effet [9].

Philippe Sollers

Eloge de l’infini (2001) (Le Monde du 30.04.99)

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Politique de Bataille (58’14)

Une émission qui couvre la période des années 30, de La critique sociale de Boris Souvarine au Collège de sociologie en passant par Contre-Attaque et la communauté Acéphale.
Avec les interventions ou les voix de Michel Surya, Francis Marmande, Michel Leiris, Jean-Pierre Faye, Bernard Noel, Michel Fardoulis-Lagrange, Franz Mayer, Roger Caillois.
Philippe Sollers n’intervient qu’une minute (22’34 > 23’39) pour y souligner qu’ « une affaire Heidegger, pour Bataille, est impensable. Le silence de Bataille est tout à fait éloquent et voulu comme tel. »

N’oublions pas cette phrase de Bataille :
« Le renoncement au rêve et à la volonté pratique de l’homme d’action ne représentent donc pas le seul moyen de toucher le monde réel. Le monde des amants n’est pas moins vrai que celui de la politique. Il absorbe même la totalité de l’existence, ce que la politique ne peut pas faire. »

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Une prophétie de Bataille

Jour après jour, maintenant, nous évoquons le cataclysme de la seconde guerre mondiale et son double coeur meurtrier : le nazisme, le stalinisme. Mais savons-nous pour autant expliquer cette explosion noire dont nous condamnons l’horreur ? Le vingtième siècle, on s’en doute de plus en plus, aura été celui de la mort programmée. Nous sentons pourtant que cette boucherie froide se distingue de toutes les autres. Mais en quoi exactement ? Les historiens peuvent-ils répondre ? Ou encore les timides freudiens socialisés ? Voici un roman qui nous renseigne mieux que tout discours sur cette ténébreuse et massacrante histoire. Ecrit en mai 1935, il a été publié seulement en 1957. Le revoici soudain devant nous. Qui l’a vraiment lu ? Qui osera le lire ?

Avec le Château et le Procès, Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit, Journal du voleur et la Nausée, le Bleu du ciel est sans doute le plus prophétique des récits d’avant la catastrophe. Regardons le paysage littéraire entre 1925 et 1940. Proust est mort, le temps retrouvé est aussitôt reperdu. Dans les oeuvres fortes de l’époque, la mort s’annonce à chaque instant, insiste, grimace, introduit sa suffocation, sombre dans chaque repli de la narration. L’absurde, le non-sens sont maîtres du jeu. L’acteur le plus compromis dans cet effondrement généralisé est bien celui que Bataille met en scène : il est sans cesse hors de lui, dans un vertige fiévreux, il pleure, il s’observe, il vomit, son corps ne lui répond plus, mais il persiste à trouver la situation comique, terrible et comique. " Comment nous attarder à des livres auxquels l’auteur, sensiblement, n’a pas été contraint ? "

C’est là, nous dit Bataille, la fonction sans égale du roman qui " restitue la vérité multiple de la vie " et nous " situe devant le destin ". Il faut raconter l’écoeurement, le trouble, la déchéance, le mensonge criant, la douleur, pour retrouver un " bonheur affirmé contre toute raison ". Tel est l’anti-héros de Bataille : il doit surmonter, page après page, comme dans la vie devenue invivable, une sorte d’invitation permanente à la décomposition. Son diagnostic est celui-ci : la société tout entière est devenue une énorme sexualité ratée, les hommes et les femmes ne peuvent plus se jouer qu’un ballet sinistre et dégoûté d’incompatibilité radicale. Cette impasse mène droit à la répression brutale, c’est elle, au fond, qui est désirée. Les intermédiaires de cette révélation ? Des femmes.

Trois femmes, en tout cas, inoubliables. D’abord Lazare, figure de l’antirésurrection (et transposition très reconnaissable des rapports ambivalents de Bataille avec Simone Weil). Elle est " l’oiseau de malheur " dont " la démarche saccadée et somnambulique " implique " un contrat qu’elle aurait accordé à la mort ". Sainte renversée, inconsciente de son vrai désir, elle rêve et croit agir pour une révolution socialiste. Xénie, ensuite, mondaine hystérique, qui est ici comme un animal pris au piège. Dorothea, enfin, Dirty, un des plus étonnants personnages féminins de tous les romans, qui exprime ouvertement la vérité glaçante du goût pour la mort.

Le Bleu du ciel, d’emblée, est aux antipodes de la fascination romantique ou surréaliste pour " la femme " et sa poésie supposée. Rien à voir avec Nadja ou Elsa. Le voyage, de Londres à Paris, de Paris à Barcelone, puis de Barcelone à Trèves, en Allemagne, est celui de la révélation d’une nécrophilie de plus en plus dure, endiablée. Lazare, sous couvert d’activisme révolutionnaire, est une pure mécanique sacrificielle. Xénie est une pauvre fille qui ne comprend rien, mais finira, comme malgré elle, par faire tuer un homme. Dirty, enfin, ne s’excite que dans la représentation avouée de la destruction cadavérique.

Cette trinité féminine semble concentrer en elle tous les maléfices à l’oeuvre, en secret, sous les apparences historiques. Le narrateur, entre elles, va, titubant, ivre, mais décidé à aller jusqu’au bout, à retrouver, quoi qu’il lui en coûte, une certitude, une " ironie noire " souveraine et neuve : " J’avais ri de la même façon quand j’étais petit et que j’étais certain qu’un jour, moi, parce qu’une insolence heureuse me portait, je devrais tout renverser, de toute nécessité tout renverser. "

Tout est noir, donc, mais dans l’expérience intérieure poursuivie par cet aventurier buté et qui veut tout savoir, la nuit s’éclaire comme en plein midi, ciel bleu et soleil, dans une extase jamais vue qui traverse la dépréciation systématique des autres et de soi. La débauche négative et sale avec Dirty, la maladie endurée en présence de la pauvre et ridicule Xénie, l’agitation insurrectionnelle et morbide avec Lazare ouvrent, chaque fois, sur un rire navré mais cependant triomphal. " Elle devint hideuse. Je compris que j’aimais en elle ce violent mouvement. Ce que j’aimais en elle était sa haine, j’aimais la laideur imprévue, la laideur affreuse que la haine donnait à ses traits... "

Dès 1935, Bataille, comme Picasso dans Guernica, comprend la suite. Non pas de façon abstraite, " politique ", mais dans la convulsion intime, bars, chambres d’hôtel, nudité des corps. Tout le monde est d’accord, au fond, pour interdire la jouissance et réclamer, sans le dire, la " marée montante du meurtre ". La mort est l’ersatz de la jouissance sexuelle quand celle-ci est bloquée de tous les côtés.

Cette lucidité visionnaire — si rare — est acquise dans la scène capitale du roman (une des plus belles jamais écrites), à Trèves (la ville où Marx, enterré à Londres, a été "petit garçon"). Scène d’amour ? Oui, dans un cimetière où brûlent des bougies, la nuit : "La terre, sous ce corps, était ouverte comme une tombe, son ventre nu s’ouvrit à moi comme une tombe fraîche. Nous étions frappés de stupeur, faisant l’amour au-dessus d’un cimetière étoilé. Chacune des lumières annonçait un squelette dans une tombe, elles formaient ainsi un ciel vacillant, aussi trouble que les mouvements de nos corps mêlés." Et plus tard (il s’agit toujours de Dirty) : "Elle colla sa bouche fraîche à la mienne. Je fus dans un état d’intolérable joie. Quand sa langue lécha la mienne, ce fut si beau que j’aurais voulu ne plus vivre."

Résultat : Bataille y voit. Et ce qu’il voit, peut-être seul de son temps, est l’ignominie qui va venir. Dans cette gare allemande, une parade de jeunes nazis "raides comme des triques" avec, à leur tête, "un gosse d’une maigreur de dégénéré, avec le visage hargneux d’un poisson". Il aboie des ordres. Il tient sa canne de tambour-major comme "un pénis de singe". Ils sont tous en transe, "envoûtés par le désir d’aller à la mort". Le temps des assassins est là. Et pour cause. Voilà donc ce qui, dans l’ombre, se voulait.

Et aujourd’hui ? Qu’est-ce qui se veut de nouveau ? Le savons-nous clairement ? Pouvons-nous l’entendre ?

Aucune issue collective ? interroge Bataille. Non, mais le ciel est bleu.

Philippe Sollers

Lire aussi : Le bleu du ciel.

La guerre du goût (1994) (paru dans Le Monde du 12.07.91 sous le titre Une prophétie sexuelle).
<BR

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On lira avec intérêt l’étude consacrée au Bleu du ciel, Madame Edwarda et L’abbé C par Jean-Louis Cornille Bataille conservateur. Emprunts intimes d’un bibliothécaire.

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L’ amour, le grand moteur du monde

En collaboration avec la Maison de la Poésie, Paris pour le spectacle : Le bleu du Ciel d’après des textes de Georges Bataille, Bernard Noël, Sade, du 9 janvier au 10 février 2008.

L’érotisme, a souvent été confondu avec la pornographie. Il recèle pourtant une telle charge de sacralité, il est si proche d’un élan mystique où rôderait la puissance de la mort que, particulièrement dans l’oeuvre de Georges Bataille, on perçoit comment il est lié à un territoire où feraient alliance la sexualité et un certain domaine du divin.
Textes dits par Julie Pouillon.

Intervenants : Claude Guerre, metteur en scène. Anne Alvaro, comédienne.

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[1Créée en 1929 par Bataille et d’Espezel, un de ses collègue, la revue  Documents marque d’entrée son hostilité au surréalisme et à Breton (ce "Lion châtré", ce "vieil esthète, faux révolutionnaire à tête de Christ" comme il sera écrit dans Un cadavre après la publication du Second manifeste du surréalisme). Elle comportera 15 numéros d’avril 1929 à janvier 1931. Les trois premiers numéros portent en sous-titre : "Doctrines Archéologie Beaux-Arts Ethnographie" ; à partir du numéro 4 : " Archéologie Beaux-Arts Ethnographie Variétés ". Le terme "Ethnographie" est important : il ne s’agit pas de faire une énième gazette des Beaux-Arts. Si le nom de Marx est absent de Documents, la critique de la marchandise est bien présente : l’accent est mis sur la valeur d’usage et pas sur la valeur d’échange qui diffère la consommation. Bataille y critique même la commercialisation de l’avant-garde qu’il fait commencer à 1928, date où, selon lui, ses productions ont perdu toute valeur d’usage pour "entrer à la bourse des valeurs d’échange" (Denis Hollier, Les dépossédés).
Bataille publiera dans Documents un très grand nombre de notes ou d’articles (souvent assez courts).
Citons notamment :  L’oeil , Le langage des fleurs, Matérialisme :
« Il est temps lorsque le mot matérialisme est employé de désigner l’interprétation directe, excluant tout idéalisme, des phénomène bruts et non un système fondé sur les éléments fragmentaires d’une analyse idéologique élaborée sous le signe des rapports religieux. »,
Le bas matérialisme et la gnose, Le gros orteil, ou encore le très important La mutilation sacrificielle et l’oreille coupée de Van Gogh.
Des dissensions apparaîtront très vite qui amèneront Bataille à décider la suppression de ce que Michel Leiris appellera très justement "l’impossible Documents".

L’intégrale de la revue a été publiée en 1991 par Jean-Michel Laplace.
Les numéros 1 et 2 peuvent être feuilletés sur Gallica.bnf
Documents n° 3 « Hommage à Picasso » pdf .

La revue Documents a donné une large place à l’image et à la photographie. On lira avec intérêt L’image hétérogène de Georges Bataille.

[2 la Critique sociale : Bataille y publiera, entre autres, deux textes fondamentaux : La notion de dépense (n°7, janvier 1933) qui sera repris au début de  La part maudite en 1949, et aussi : La structure psychologique du fascisme (pdf) (n°10, novembre 1933) où, seul peut-être avec Wilhelm Reich à la même époque (Psychologie de masse du fascisme est de la même année 1933), il tente " une représentation rigoureuse (sinon complète) de la superstructure sociale et de ses rapports avec l’infrastructure économique. ". Bataille y expose aussi pour la première fois certains des concepts de ce que l’on a pu appeler son "matérialisme dualiste" et, notamment, ce qui oppose " la société homogène " aux " forces hétérogènes " qui comprennent " l’ensemble des résultats de la dépense improductive ".
"Superstructures", " pratique hétérologique ", on sait l’importance que ces concepts revêtiront dans les analyses du groupe Tel Quel après mai 1968 dans sa volonté, semblable à celle de Bataille cinquante-cinq ans plus tôt, de sortir le marxisme d’un économisme étroit.

[3Voir plus bas : Une prophétie de Bataille et également Le bleu du ciel.

[4Les articles de  Contre-attaque figurent dans le tome I des Oeuvres complètes (Gallimard, 1970).

[5 Le Collège de sociologie . 1937-1939. Les textes et interventions (des lettres aussi) ont été réunis et présentés par Denis Hollier dans la collection Idées-Gallimard en 1979, puis republiés en folio.

Textes de Bataille :
L’apprenti sorcier
La sociologie sacrée et les rapports entre "société" et "organisme", "être" (avec Roger Caillois)
Tropismes, sexualité, rire et larmes (samedi 22 janvier 1938)
La structure sociale (samedi 5 février 1938)
Le pouvoir (en remplacement de R. Caillois, samedi 19 février 1938)
Structure et fonction de l’armée (samedi 5 mars 1938)
Confréries, ordres, sociétés secrètes, églises (en remplacement de R. Caillois, samedi 19 mars 1938)
La sociologie du monde contemporain (avec R. Caillois, samedi 2 avril 1938)
La structure des démocraties (samedi 13 décembre 1938)
Hitler et l’ordre teutonique (samedi 24 janvier 1939)
Le collège de sociologie (mardi 4 juillet 1939)

[6  Acéphale est donc une société secrète qui existera parallèlement et dans un rapport paradoxal au Collège de sociologie dont l’activité commencera en octobre 1937 (cf. Isabelle Rieusset, La société secrète Acéphale, L’infini n°8, automne 1984).
C’est aussi une revue. Son sous-titre : " Religion. Sociologie. Philosophie. ". Quatre numéros par an sont annoncées. Cinq numéros seulement seront publiés de juin 1936 à juin 1939.
"Religion" : Bataille reviendra plus tard sur la "monstrueuse erreur" qu’il commit alors en voulant "fonder une religion". Il s’en explique dans un projet de préface à La Somme athéologique :
« Avant de commencer d’écrire ainsi, le projet que j’avais formé (si l’on veut : que je n’avais pu rejeter) était le suivant : je me croyais alors, au moins sous une forme paradoxale, amené à fonder une religion. Ce fut une erreur monstrueuse, mais réunis, mes écrits rendront compte en même temps de l’erreur, et de la valeur de cette monstrueuse intention. » (OC, t. VI, p.373)
Il ne faut pourtant pas se tromper aujourd’hui sur le sens qui était alors donné au mot : « Religion ne peut signifier pour nous que la pratique du rire (ou des larmes, ou de l’excitation érotique) sur le plan universel - en ce sens précis que le rire (comme les larmes ou l’excitation érotique) représente la chute de tout ce qui avait voulu imposer sa permanence. » (Dix-septième des Vingt propositions sur la mort de Dieu. Archives de Jean Rollin.)

Les articles signés par Bataille :
La conjuration sacrée (Acéphale n°1, 24 juin 1936)
Nietzsche et les fascistes (article non signé, n° double, janvier 1937). Le numéro se veut une "Réparation à Nietzsche".
Propositions : I. Propositions sur le fascisme. II. Propositions sur la mort de Dieu (même numéro)
Chronique nietzschéenne (n°3-4, juillet 1937. Le numéro a Dionysos comme figure centrale. Il comporte, entre autres, un texte de Jules Monnerot -  Dionysos philosophe - et le texte signé de Bataille s’intitule  Nietzsche Dionysos .
La menace de guerre. La folie de Nietzsche. La pratique de la "joie devant la mort" (n°5, juin 1939).

Acéphale : trois illustrations d’André Masson

Les articles de Georges Bataille publiés dans Documents, La critique sociale, Contre-attaque, Acéphale, se trouvent dans le tome I des Oeuvres complètes (Gallimard, 1970).

[7"Méditation", septembre 1937.

[8L’Apprenti sorcier (le livre) publie de nombreux écrits inédits — lettres, instructions, etc. — notamment ceux concernant ces fameuses rencontres qui eurent lieu, à partir de la fin mars 1937, dans la forêt de Saint-Nom-la-Bretèche " au pied du grand chêne foudroyé " (p.356 et suivantes).

[9Les années trente illustrent ce que Sollers dira dans Solitude de Bataille : l’impossibilité pour l’écrivain " d’avoir sa propre revue " de manière durable (il en sera de même avec Critique fondée après la guerre).
C’est aussi l’expérience non, comme l’écrira Blanchot, de la "communauté inavouable", mais, pourrait-on dire plus justement, de la communauté impossible. Sollers retiendra la leçon : il aura sa revue. Quant à l’idée de communauté...

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