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La Révolution — Paradis

la lecture intégrale de Paradis I par Philippe Sollers les 11, 12, 13, 14 et 15 mars 1980, à Bruxelles, puis à Paris

D 14 juillet 2011     A par A.G. - C 7 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Il y a trente ans, Sollers publiait le premier volume de Paradis dont j’affirme ici, tranquillement, qu’il s’agit du plus grand roman de la deuxième moitié du XXe siècle, une véritable révolution poétique dans la langue française — «  bref la poésie est dans le roman qui fait du roman mille poésies » (Paradis, Points 879, p. 146). Un peu plus tard sortait un étrange coffret que seuls les « happy few » ont en leur possession : l’enregistrement par Michel Gheude [1] et Philippe Berling [2] de la lecture par Philippe Sollers lui-même de Paradis dans son intégralité. Le coffret était accompagné de cette présentation :


Paradis a toujours été écrit pour être dit.
Ce qui veut dire qu’au moment même où je l’écrivais, je le vivais, je n’arrêtais pas de le psalmodier, de le chantonner, de le chuchoter. Je continue. L’enregistrement effectué par Michel Gheude et Philippe Berling les 11, 12, 13, 14 et 15 mars 1980, à Paris, est donc la réalisation concrète de mon intention la plus profonde. Il s’agit pour moi de laisser se développer et s’épanouir, dans toutes leurs dimensions, les coïncidences entre le trait et la voix, le geste et l’intonation à l’intérieur même des phrases. Le projet est de raconter le point où en est arrivée l’espèce humaine.
C’est le roman moderne dans la mesure où celui qui vit les aventures d’aujourd’hui est en direct avec tout, sans cesse.
Vous écoutez ici le volume 1 de Paradis. L’ensemble devrait tenir en trois volumes. Si j’en ai le temps et la force.
Je dédie cet enregistrement à Alban Berg, héros de la dramaturgie de notre temps.
Je remercie Michel Gheude et Philippe Berling de leur écoute au moment où la chose s’est faite. Et, en somme, de leur folie qui correspond à la mienne.

A bon entendeur, salut.
Philippe Sollers

Lecture
Philippe Sollers

Nos amis de la revue en ligne Ironie ont eu l’idée géniale de nous faire entendre cet enregistrement rarissime dans la nuit du 17 au 18 juin 2011 lors du festival organisé pour les quinze ans de la revue. C’est Michel Gheude qui présenta, comme il se doit, la performance inouïe que fut la lecture de Sollers en ce mois de mars 1980 et sa programmation en continuité par une radio libre, Radio Micro Climat, un dimanche de juin, de midi à minuit [3].

Étaient présents, ce vendredi 17 juin 2011, outre Philippe Sollers, Jean-Paul Fargier (qui expliqua que c’est cet enregistrement qui lui donna l’idée de réaliser, peu après, « Sollers au Paradis » [4]), et, dans la salle, Marcelin Pleynet, Judith Magre et Josyane Savigneau (pour n’en citer que quelques-uns), et, bien entendu, Sophie Zhang, G. K. Galabov, à la caméra.

Sollers ne fit qu’une brève intervention : «  La seule question qui se pose est : où en êtes-vous avec le Temps ? »

Grâce à l’amitié de Michel Gheude et la générosité de Lionel Dax, Pileface est en mesure de vous présenter cet enregistrement aujourd’hui introuvable [5].
Qu’ils en soient ici remerciés. Infiniment.

Le 14 juillet 123.

***


La lecture de Paradis par Philippe Sollers (durée : 10h30)

La lecture de Paradis est un véritable tour de force technique. Ce qui au demeurant ne veut rien dire dans la mesure même où il ne saurait y avoir une technique de ce qu’une telle lecture met en jeu. Le livre est un tour de force, jamais écrivain n’a confronté son talent et sa virtuosité (parce qu’il en faut aussi pour écrire un tel livre) à un aussi complexe réseau de résistances ; la lecture témoigne admirablement du bénéfice vocal de l’entreprise.

Marcelin Pleynet, L’Amour, Chroniques du journal ordinaire, P.O.L., 1980.

Ici l’oeil s’efface dans ce dont se souvient l’oreille.

Philippe Sollers, Vers la notion de Paradis, 1976.

Et maintenant : «  voix fleurs lumière écho des lumières cascade jetée dans le noir... »


Michel Gheude Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

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Philippe Sollers, Michel Gheude Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

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Paradis en Belgique

par Jean-Paul Fargier

En Belgique, les radios libres sont presque libres : illégales mais pas brouillées. Entre 100 et 104 mégahertz, on en dénombre plus de soixante qui émettent régulièrement, certaines vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le journal le Soir publie leurs programmes.

Cet hiver, il y a bien eu quelques saisies et des poursuites contre celles qui émettaient au-delà de la fréquence 104, gênant le trafic d’un aéroport. Aussitôt, elles ont trouvé de nouveaux émetteurs, changé de fréquence. Aucune ne s’est tue.

Aujourd’hui, on s’achemine vers une légalisation. Une commission a été créée, où se rencontrent les représentants de l’Association pour la libération des ondes (ALO) et les délégués des pouvoirs intéressés : radio officielle, administration des télécommunications, ministère de la culture. Il s’agit d’abord de définir un statut : on sait déjà que les radios libres autorisées ne pourront ni être commerciales, ni appartenir à un parti politique, ni se grouper en réseau, elles devront rester strictement locales ; puis de répartir des fréquences, en tenant compte des revendications de diverses forces armées et de la R.T.B. qui, pour riposter à la concurrence des radios libres, entend développer un maximum de stations locales.

En attendant la fin de ces discussions âpres et ardues, les radios libres belges ne perdent pas leur temps. Radios de quartier, radios urbaines, radios de tendances, radios de services, toutes affûtent ce qui reste leurs meilleures armes : leurs programmes. Chacune, cherchant à consolider son créneau, à s’attacher un public, se préoccupe surtout de trouver un "son" qui lui soit propre et qu’on reconnaisse dès qu’on ouvre le poste. Pour les uns, ce sera un certain type de débats, pour d’autres, un certain genre de musique, pour d’autres encore, des informations bien particulières.

Le "son" de Radio Microclimat, qui émet à Bruxelles sur 103,6 mégahertz du haut d’une tour de vingt-quatre étages, mixe une musique exclusivement new wave et des informations culturelles (littérature, cinémas, théâtre) sous forme de brefs communiqués se répétant tout au long d’une journée, à la manière des messages publicitaires. Recherche de formes, de rythmes, de durées nouvelles, non soumises aux normes des radios officielles.

Recherche qui conduit un jour, très logiquement, deux animateurs de cette radio, Michel Gheude et Philippe Berling, à proposer aux auditeurs une expérience-limite : la lecture intégrale et sans interruption d’un livre, Paradis, par son auteur, Philippe Sollers. « Vous avez réalisé mon rêve d’écriture, car tout ce que j’ai écrit, je l’ai écrit en pensant que je le lirais un jour », remercie Sollers, venu assister à l’émission hertzienne de son texte, enregistré à Paris quelques semaines plus tôt. Et c’est la lecture. Les 8,2 kilomètres de Paradis magnétique commencent à se débobiner, tandis qu’au pied de l’immeuble une course de " karting " va bientôt démarrer, que le marathon du cent cinquantenaire s’étire et bloque tous les carrefours, et que cinquante-neuf autres radios libres diffusent leurs programmes habituels.

Au début la voix de Sollers prononce le texte d’une manière un peu emphatique, comme ces comédiens qui "disent" des poèmes. Mais bientôt elle change de couleur et de rythme, elle accélère, prend de l’assurance, de la souplesse, de l’aisance, elle met en scène des nuances, des vibrations : là où il n’y avait ni point ni virgule — Paradis est un texte-fleuve sans ponctuation, — apparaissent respirations, pauses, élans, relances. Elle met en scène d’autres voix, qu’elle mime, des voix bien connues, codées, repérables : voix Orly, voix cathédrale, voix Élysée, voix Kremlin, voix Sainte-Anne, voix publicité, voix jardin d’enfants, voix hautes études, voix Bouvard, voix Pécuchet, etc. On a l’impression d’un chœur, Une musique naît, multiple. Un suspense vous retient. Ce texte dans lequel on avait du mal à entrer, ou tout le moins à rester, quand il était sur la page, voici que maintenant il vole sur les ondes. Et cela durera douze heures. Expérience-limite que seule sans doute une radio libre pouvait se permettre. Quelle radio officielle programmerait in extenso un texte aussi monumental, violent, sexuel ? Car si aujourd’hui certains mots peuvent s’écrire sans choquer, ils restent encore imprononçables.

Jean-Paul Fargier, Le Monde du 23.06.1980.

***


Le 17 juin 2011, à 20h30
et plus tard, dans la soirée...

Pour agrandir, cliquer sur la première image

A gauche : Marcelin Pleynet, Philippe SollersA droite : Judith Magre (avec les lunettes) Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

A gauche : G. K. Galabov, Sophie Zhang, Jean-Paul FargierA droite : G. K. Galabov, Jean-Paul Fargier Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

A gauche : Jean-Paul FargierA droite : Michel Gheude, Philippe Berling Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

A gauche : M. Gheude, Ph. Berling, J.-P. FargierA droite : M. Gheude, Anne Deneys-Tunney, Ph. Berling Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.
Photos A. Gauvin, le 17 juin 2011 [6].

***


LE PREMIER VOLUME DE PARADIS SUR PILEFACE

  • Ph. Sollers : Vers la notion de « Paradis » (I)
  • Sollers/Pleynet : Vers la notion de « Paradis » (II)
  • Sollers : Comment aller au Paradis ?
  • Philippe Muray : Somme
  • Denis Roche : Tout est paradis dans cet enfer
  • Armine Kotin Mortimer : Etude sur Paradis
  • Sollers : Tout est paradis dans cet enfer
  • Thierry Sudour : Paradis de Ph. Sollers : Edition critique et commentée.
  • Le Paradis existe t-il encore ?
  • Paradis - premières lignes
  • A. Gauvin : Maître Eckhart dans Paradis
  • La grande pensée
  • Le don des langues
  • Déroulement du Dao et Paradis
  • Paradis ou la seconde vie de Shakespeare
  • ***

    [2Metteur en scène, aujourd’hui responsable, avec son frère Charles Berling, du Théatre Liberté à Toulon.

    [3Une seule interruption fut demandée par les responsables de la radio pour laisser la place, après 5h30, à une émission... turque.

    [4Cf. « Sollers au Paradis », vidéo où Sollers lit une heure de Paradis II. Cf. aussi Fargier, Paradis Video (II) et « la haute méfinition ».

    [5Un seul regret : ne pas pouvoir vous faire entendre les francs éclats de rire du public, ce 17 juin 2011, à l’écoute de certains passages de l’enregistrement. Sans parler du rire de Sollers lui-même !

    [6De cette soirée, propice aux retrouvailles et aux échanges, je rendrai compte avec la publication d’autres enregistrements vidéos inédits de Jean-Paul Fargier.

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    6 Messages

    • D.B. | 16 janvier 2013 - 21:55 1

      Merci pour ce lien qui nous permet de revoir ce numéro d’Apostrophe, jamais revu pour ma part depuis 1981, soit maintenant depuis plus de trente ans...
      En plus d’entendre Sollers parler de Paradis, il me restait surtout en mémoire cette fameuse lettre enthousiaste lue en fin d’émission par B Pivot qui n’hésitait pas ensuite à inviter son auteur à rejoindre le plateau : un jeune étudiant en lettres d ’Angers, dont je n’avais d’ailleurs pas retenu le nom. Aussi, lorsqu’à Pileface il a pu être évoqué entre nous pour l’année 2011 de marquer le trentième anniversaire de la parution du premier volume de Paradis, avais-je émis l’idée de lancer un "avis de recherche" sur ce jeune homme d’alors... Au delà de l’ anecdotique, que représentait pour lui Paradis, hier ? aujourdhui ?...Et cela ne s’est pas fait...
      En revoyant l’émission, il est aisé de noter le nom de l’étudiant en lettres : Joseph Raguin. Mais une rapide recherche nous apprend que devenu journaliste (notamment à La Voix du Nord), il est décédé à 51 ans précisément en juin...2011. "Passionné de littérature", il semble avoir entretenu des contacts avec Philippe Sollers...
      Peut-être aurait-il accepté de nous en parler...


    • A.G. | 16 janvier 2013 - 10:15 2

      Un document étonnant

      Tous les vendredis en partenariat avec l’INA, Libélabo propose des documents filmés. Cette semaine, autour du roman et sa diversité, Bernard Pivot reçoit sur son plateau Philippe Sollers pour son livre « Paradis ». (Apostrophes - 13/02/1981 - 1h18mn).
      Il y a aussi Jacques Lanzmann, François Régis Bastide, Patrick Modiano, Jean Louis Ezine, Anne Golon et... un étudiant enthousisaste.
      Il est question de « Paradis » à partir de la 52e minute. Les réactions de Bastide (« j’ai promis à des amis de ne pas parler du roman de Sollers ») et de Modiano (« ça m’a rappelé la fin des années 50 et... Sacha Distel ») sont étonnantes. Jacques Lanzmann et Jean-Louis Ezine sauvent l’honneur. Quant à Anne Golan, venue parler d’Angélique à Québec ( !), disons qu’elle illustre la... diversité. Cf. Libélabo.


    • benoît monneret | 3 août 2011 - 00:54 3

      Quel virtuose !


    • -H. | 1er août 2011 - 20:24 4

      Voici le document sonore le plus impressionnant et captivant de ce site. Merci.


    • A.G. | 16 juillet 2011 - 23:20 5

      Merci de votre vigilance. Vous êtes le premier à être parvenu à la séquence 10. L’erreur est rectifiée.

      Amicalement
      _ A.G.

      PS : La séquence 14 ne dépasse pas 1’56.


    • Pierre GANDOLFI | 16 juillet 2011 - 23:03 6

      Merci infiniment de rendre disponible l’enregistrement de cette lecture essentielle.
      Je n’ai pu directement écouter les nº 10 à 15, il me semble que les références à ces fichiers oublient un 0 (exemple http://www.pilefacebis.com/media/son/Sollers%20Paradis%2012.mp3 au lieu de http://www.pilefacebis.com/media/son/Sollers%20Paradis%20012.mp3).

      Par ailleurs, le fichier http://www.pilefacebis.com/media/son/Sollers%20Paradis%20014.mp3 est tronqué et ne dure que 1’56".
      Amicalement,
      Pierre Gandolfi