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Pierre Guyotat 52 minutes dans la langue

Un film de Ludwig Trovato

D 11 février 2020     A par Albert Gauvin - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Pierre Guyotat est donc mort dans la nuit du 6 au 7 février dans des circonstances aussi soudaines qu’imprévues. Difficile de se résigner à la disparition de celui qui est, sans doute, un des plus grands artistes — il n’aimait pas, on le sait, le terme d’écrivain — des cinquante dernières années. Voici donc Pierre Guyotat vivant tel qu’il apparaît dans le film de Ludwig Trovato réalisé en 1988 et que je mets en ligne avec son amicale autorisation. Comme le dit Jacques Henric dans sa présentation du film, il est rare de voir un écrivain réellement au travail. A cet égard, la longue séquence où l’on voit Guyotat chercher et dicter ses mots à son assistante est merveilleuse : les plans sur l’écrivain, concentré, cherchant le rythme de la phrase, le poing serré, les mains tapant sur la table ou caressant un clavier invisible (« de la pensée accrochant la pensée et tirant », disait Rimbaud dans la Lettre du Voyant) sont parmi les plus beaux qui nous soient donnés à voir. Il fallait un véritable artiste du montage et du cadrage de l’image (et non un simple documentariste) comme Ludwig Trovato pour saisir de tels moments d’intensité et de grâce...

« J’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène. [...]

Donc le poète est vraiment voleur de feu.

Il est chargé de l’humanité, des animaux même ; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions. Si ce qu’il rapporte de là-bas a forme, il donne forme ; si c’est informe, il donne de l’informe. Trouver une langue ; » (Rimbaud toujours)

Voilà le programme.

PIERRE GUYOTAT, 52 MINUTES DANS LA LANGUE

Réalisateur : Ludwig Trovato.
Coproduction LA SEPT/ DOC REPORTERS en association avec FR3.
Vidéo, couleur, 59 mn (avec la présentation de Jacques Henric), 1988.

Depuis Tombeau pour cinq cent mille soldats (1967) jusqu’à Bivouac, sa dernière oeuvre, Pierre Guyotat occupe dans le monde littéraire une place marginale et singulière. Si nombre de ses écrits ont provoqué un certain scandale, c’est que cet écrivain utilise une langue, une écriture inhabituelle. Pour la première fois, une caméra a pénétré dans l’univers intime de Guyotat, explorant son rapport à l’écriture et ses expériences sur le langage.

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Cela fait trente-cinq ans que je connais Ludwig Trovato (du temps où nous participions à l’animation de L’Atalante, une salle d’art et essai rémoise). J’ai présenté certains aspects de son travail il y a douze ans dans Ludwig Trovato, un documentariste singulier. Ludwig m’annonce qu’il mettra bientôt en ligne une version courte du long film qu’il a réalisé en 1984 sur Pasolini, la langue du désir. Ce film, jamais diffusé sur les antennes (trop long, trop subversif ?), lui aussi, n’a pas d’équivalent. J’y reviendrai.

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1 Messages

  • Albert Gauvin | 15 février 2020 - 00:37 1

    Colette Fellous : « Nous étions tous envoûtés par la poésie sauvage de la langue nouvelle de Guyotat »

    Pierre Guyotat vient de nous quitter, nous laissant l’une des œuvres parmi les plus importantes du 20e siècle et du 21e siècle commençant. Diacritik a désiré rendre hommage à cette voix si neuve et si âpre de la littérature contemporaine en donnant aujourd’hui la parole à Colette Fellous, écrivaine mais aussi directrice de la remarquable collection « Traits et portraits » au Mercure de France où elle invita Guyotat à publier l’un de ses textes majeurs, Coma. Nous sommes revenus en sa généreuse compagnie sur le talent d’amitié de Guyotat et sur l’admirable travail éditorial qu’elle a mené avec l’écrivain. Qu’elle en soit ici vivement remerciée. LIRE L’ENTRETIEN.