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Sollers vu par une universitaire japonaise Shizuko Abe

Vidéo : L’Université Keio

D 26 décembre 2016     A par Viktor Kirtov - Shizuko Abe - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Voici une interview de Philippe Sollers par Shizuko Abe, une universitaire japonaise qui vit à Tokyo, férue de Sollers (mais aussi de Bataille et autres). Aujourd’hui à la retraite, elle enseignait la langue et la littérature françaises à l’Université Keio (Tokyo). Nous avons déjà publié un extrait de son article « La Chine sollersienne ».

Avec sa complicité, extrait de ses archives, nous publions aujourd’hui cet entretien de 2008 qui nous éclaire sur la façon dont Philippe Sollers est perçu, loin de ses bases de Paris, Ré, Venise, …à Tokyo. Il n’y était jamais allé au moment de cet entretien. Sollers, se faisait pédagogique - Shizuko Abe aurait quelques raisons d’ignorer certains aspects de son œuvre, mais il n’en est rien. Etonnant ! Le tout allié à une maîtrise parfaite du français.

V.K.

ENTRETIEN AVEC PHILIPPE SOLLERS
Paris, Aux Éditions Gallimard, le 29 août 2008.

Shizuko Abe
Publié par l’université Keio dans « Revue de Hiyoshi, Langue et littérature françaises No 49-50, décembre 2009 »

A propos de l’entretien avec Philippe Sollers


Notre entretien avec Philippe Sollers a eu lieu le 29 août 2008 aux Éditions Gallimard, dans son bureau qui avait été autrefois celui d’Albert Camus. En lisant Les Voyageurs du Temps, on peut avoir une image mystérieuse de ce lieu et des alentours du quartier où il se trouve.

Je préparais alors un livre sur la revue « Tel Quel » depuis plusieurs années et mon éditrice m’avait suggéré de rencontrer Philippe Sollers afin d’approfondir le contenu de mon livre, de le rendre plus actuel.

Aucun mot de présentation sur Philippe Sollers, n’est nécessaire, me semble-t-il. Son attitude provocante pour défendre les choses qui lui sont chères lui est souvent reprochée mais son point de vue solide et sa contestation sévère ont toujours constitué une alerte pour le monde d’aujourd’hui qui tend à s’endormir dans la quotidienneté de la vie et ne fait pas l’effort de sortir de l’impasse où nous sommes enfermés, ou se précipite aisément dans le totalitarisme.

L’histoire de « Tel Quel » pourrait être nommée, littéralement, l’histoire des difficultés car le groupe a souvent été l’objet de critiques virulentes ainsi que d’oppositions entre ses membres, comme dans toute activité d’avant-garde.

Philippe Sollers a répondu sincèrement à nos questions sur « Tel Quel » et a ajouté que cette revue n’avait pas terminé son histoire mais avait été succédée par « L’Infini » qui n’est, d’après lui, pas évalué à sa juste valeur, par le monde littéraire. Dans ses réponses, il a répété, à maintes reprises, le mot "la guerre" , qui ne cessera jamais pour lui.

Nous voudrions adresser nos sincères remerciements à Monsieur Philippe Sollers pour avoir bien voulu nous accorder cet entretien, au personnel du bureau de la rédaction de « L’Infini », à Mme Sae Omuro, éditrice des Presses Universitaires de Keio, et à Monsieur Tsutomu Iwasaki, traducteur de Philippe Sollers, qui m’a toujours encouragée pour mes travaux de recherche.

1. Prologue


Shizuko Abe
 : D’abord, au Japon, vous êtes très estimé et vos livres sont très lus grâce aux traductions de M. Iwasaki [1] et de M. Horie [2] qui a traduit votre Mystérieux Mozart . À propos de M. Iwasaki, il m’a demandé de vous transmettre ses meilleures amitiés.

Philippe Sollers : Et bien, vous allez lui transmettre mes excellentes amitiés et mon très bon souvenir, très amical.

Abe : D’accord. Maintenant, permettez-moi de vous parler brièvement de mes recherches. J’ai écrit mon mémoire de maîtrise et plusieurs autres articles sur l’écriture de Georges Bataille. Au Japon, les recherches sur Georges Bataille sont presque toutes très philosophiques. Donc, j’ai cherché un autre sujet. À ce moment-là, j’ai commencé à lire vos livres, par exemple Le Cœur absolu, Le Lys d’or, Le Secret, ...et ils m’ont beaucoup séduite. Ils étaient très intéressants.

Sollers : Merci beaucoup.

Abe : Alors, j’ai écrit quelques articles. En voici un sur vos livres en japonais [3].

Sollers : C’est joli. « Wo Es war, soll Ich werden » [4]
 ; (rires).

WO ES WAR, SOLL ICH WERDEN

La célèbre phrase de Freud, une sorte d’aphorisme brillant mais dont la concision laisse la place à plusieurs interprétations quand on veut la traduire en français.
Hors contexte psychanalytique on pourrait être tenté de traduire : « Où c’était, je dois être »

Jacques Lacan, dans « La Chose freudienne » (Ecrits) la traduit ainsi : « Là où fut ça, là dois-je survenir ». Les traductions ont été nombreuses ; citons aussi : a) Le moi doit déloger le ça ; b) Où était le Ça, le Moi doit advenir ; c) Là où était le Ça, Je doit / dois advenir.

La difficulté de la traduction tient à cette concision de la formule de Freud, malgré — ou à cause de — la grande simplicité du vocabulaire utilisé : Wo = où ; Es = cela / ça / Ça ; war = était ; soll = doit (au sens d’exhortation, de recommandation morale) ; Ich = je / Je / moi ; werden est plus complexe, car il peut signifier : devenir / naître / se développer / survenir.
(note pileface)

Abe : Et aussi sur « Tel Quel » [5].

Sollers : Vous me les laissez ? Je peux les conserver ?

Abe : Oui, bien sûr.

Sollers : « Qu’ont fait les Telqueliens ? » Ça m’enchante. Merci beaucoup.

Abe : Je vous en prie. Et c’est mon deuxième article sur « Tel Quel » [6].

Sollers : Il n’y a pas de tiré à part de celui-là ?

Abe : Non, je n’en ai pas.

Sollers : Alors, je prends tout.

Abe : S’il vous plaît. C’est pour vous.

Sollers : Merci beaucoup.

Abe : Je vous en prie.

Sollers : Je vais me permettre de vous offrir le dernier numéro que vous n’avez pas eu. Est-ce que vous avez le dernier numéro de « L’Infini » ? Est-ce que vous avez le 101-102 ?

Abe : Ah, non.

Sollers : Il est très important. Je me permets de vous l’offrir parce que c’est le catalogue général. C’est donc tout le travail accompli depuis que cette revue existe, depuis 25 ans. Et là, vous avez quelque chose qui est comme une sorte d’anthologie avec l’index de tous les auteurs. C’est très important pour l’Histoire.

Abe : Merci beaucoup. Maintenant, je prépare un livre sur « Tel Quel ». À mon avis, la revue « Tel Quel » a joué un très grand rôle dans l’histoire de la littérature française. Au Japon, beaucoup de choses ont été dites sur « Tel Quel » mais il n’y a pas de livre qui donne une connaissance totale de cette revue.

Sollers : Alors, est-ce que vous avez lu le livre de Philippe Forest qui s’appelle Histoire de Tel Quel [7] ?

Abe : Oui, en français. Pas en japonais.

Sollers : C’est dommage. Il devrait être traduit.

Abe : Pas encore.

Sollers : Le même auteur a fait tout un livre sur moi dans la Collection [8].

Abe : Oui, je sais.

Sollers : Bien sûr. Je voulais juste savoir si vous le connaissiez. Vous êtes au courant. Donc, vous allez combler cette lacune. Très bien.

Abe : C’est pour cette raison que mon éditrice et moi, nous nous sommes mises d’accord pour publier ce livre.

Sollers : D’accord. D’accord. Très bien.

Abe : Mais c’est un travail long et très difficile.

Sollers : Oui, tant mieux (rires). Parce que si c’était bref et facile, ça n’aurait pas beaucoup d’intérêt.

Abe : La difficulté est sans doute liée à l’objectif que nous nous sommes fixé. En effet, ce livre ne concerne pas seulement l’histoire de la revue « Tel Quel » et votre vie littéraire. Je vais aussi écrire plutôt arbitrairement sur les peintres, les musiciens, les danseurs, les cinéastes ainsi que sur la littérature et les arts qui semblent avoir des relations avec les articles de la revue. Les lecteurs supposés sont les étudiants, les spécialistes de la littérature et les amateurs des arts. C’est un livre qui va couvrir un large public...

Sollers : Très bien.

Abe : Naturellement je dois beaucoup au livre de M. Philippe Forest, en ce qui concerne l’histoire de la revue [9].

Sollers : Bien sûr. En ce qui concerne l’histoire de la revue, c’est très précis.

Abe : À ce propos, j’ai appris qu’il allait venir au Japon, cette année, en novembre.

Sollers : Oui, il connaît bien le Japon.

Abe : C’est peut-être la troisième fois qu’il vient, je pense.

Sollers : Oui, parce qu’il a eu un rapport très personnel avec Kenzaburô Oé. Il connaît bien le Japon. Il a écrit sur le Japon. Il semble très japonais.

Abe : Le titre provisoire de mon livre est le même que celui de mon article Qu’ont fait les Telqueliens ?.

Sollers : Des dégâts considérables mais pas assez (rires).

Abe : Voici le manuscrit de mon livre.

Sollers : D’accord. Parfait. Maintenant, peut-être vous pouvez me poser les questions auxquelles vous voulez que je réponde. Quels sont les points qui vous intéressent ?

Abe : D’abord, je voudrais vous poser la question que M. Iwasaki m’a demandé de vous poser.

Sollers : J’espère que les questions sont difficiles parce qu’autrement c’est ennuyeux (rires). Les questions les plus difficiles...

2. Première question : Le XVIIIème siècle

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Illustration : Le Verrou de Fragonard (détail).

Abe : Pourquoi votre intérêt spécial pour le XVIII ème siècle ?

Sollers : Pourquoi l’intérêt spécial pour le XVIIIème siècle, français, évidemment. D’abord, c’est une question historique de la plus grande importance dans la mesure où nous assistons maintenant à une dévastation de la connaissance de l’histoire. Et avec le temps, il y a un seul problème qui se pose pour moi, c’est de savoir qui sait encore lire, ou qui sait vraiment comprendre ce qu’il lit.

Sur la fin de sa vie, vous savez, j’ai été très ami avec Roland Barthes qui a écrit un livre splendide sur le Japon, l’Empire des signes,

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et nous avions comme projet, (et puis malheureusement, il est mort) de refaire une encyclopédie.

Abe : Oui, je sais.

Sollers : C’est-à-dire dans le modèle exact du XVIIIème siècle. Pourquoi ? Parce que dans une époque charnière, de mutations, d’entrée dans une époque autre, planétaire, il nous semblait (et moi, j’ai continué après ce travail) qu’il fallait rassembler des connaissances et redéfinir, un petit peu, toutes les nervures de l’histoire occidentale si possible. Ce projet, je l’ai continué seul et cela a donné deux gros livres que vous connaissez, bien sûr, qui s’appellent La Guerre du Goût et Éloge de l’Infini qui sont explicitement des livres de volonté encyclopédique.

Le XVIIIème siècle français, il est français par définition. C’est un pléonasme de dire XVIIIème siècle français. Donc, la possibilité de saisir en quoi l’écriture, enfin l’écrivain pouvait être ces personnages extraordinaires qu’ont été Diderot, Voltaire... C’est absolument au cœur de la question. Plus nous allons, et plus ce miracle, pour parler comme Nietzsche parlait de l’aristocratie française, un miracle plus important encore que le miracle grec, dit Nietzsche. Nietzsche fait toujours, comme vous savez, référence à Voltaire. Il lui dédie en 1878, c’est le centième anniversaire de la mort de Voltaire, il lui dédie Humain, trop humain. Ensuite dans Ecce homo, il revient en disant que Voltaire est l’esprit le plus libre, enfin l’homme le plus intelligent qui a existé avant moi, dit-il très modestement, parce que Nietzsche ne s’embarrasse pas de préjugés à son sujet-même. Par conséquent, ce XVIIIème siècle-là que je revendique hautement, contrairement à l’oubli qui s’instaure en France, au malaise français, à l’embarras français, qui n’ose pas se réclamer de cette lumière. C’est donc très polémique de ma part et comme vous l’avez sans doute compris, à travers mes livres, la question que je repose sans arrêt est précisément celle de la Révolution française, ou de la Terreur, c’est-à-dire ce qui s’est passé en somme dans les deux siècles qui suivent. Qu’est-ce qui s’est passé exactement ? Ce qui a emmené ce refoulement plus violent, cette punition sur le miracle, le miracle puni. C’est quelque chose qui est pour moi de tout à fait, tout à fait vital. Donc, c’est un des aspects de ma démarche. Je prends tenaille toute la culture du XVIIIème siècle à part les exceptions considérables, je n’ai même pas besoin de vous les définir puisque vous savez quels sont les centres d’intérêts exceptionnels du XVIIIème siècle. Donc je cherche ce fil secret que vous avez aussi bien chez Baudelaire qui à la fin de sa vie songe à faire une préface aux Liaisons dangereuses de Laclos. Je peux développer cela, et donc d’où, si vous voulez, un certain nombre de livres, c’est-à-dire dans l’ordre, pas seulement des textes dans La Guerre du Goût et dans Éloge de l’infini mais des livres, Vivant Denon [10], ensuite vous avez eu Casanova [11] et enfin vous avez eu Mozart [12]. Cela dit, c’est la même perspective dans les romans à partir de Femmes, c’est-à-dire renouveler complètement le genre de littérature, qu’on pourrait appeler pour une part, pas seulement libertine et remettre en avant quelque chose qui est de l’ordre de la grande liberté d’esprit et de mœurs, sexuelle autrement dit, il faut employer les mots qu’il faut. Et là, je n’ai qu’à ouvrir les deux volumes de la Pléiade et des auteurs du XVIIIème siècle

La France a connu, premier et seul pays au monde, ce qui devait amener en effet quelque chose d’éblouissant comme la Révolution et la Déclaration des Droits de l’homme mais ensuite une catastrophe, et c’est bien ça qu’il faut saisir car ça n’a rien d’un processus régressif ou réactionnaire. C’est au contraire une attaque frontale contre tous les préjugés romantiques, dans lesquels la dévastation générale c’est-à-dire maintenant le déferlement d’ignorance, le déferlement d’oubli historique, le déferlement même neurologique, dévastation de la conscience de soi et du corps, si on s’intéresse au XVIIIème siècle, c’est d’abord qu’on passe par une grande liberté physiologique et ça, c’est essentiel puisque cette liberté physiologique est immédiatement traduite dans un langage qui a été d’une vivacité considérable.

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L’archive du XVIIIème siècle, il faut lire ces romans qui sont extraordinaires et dont parfois les auteurs sont anonymes. Il faut bien voir ça. Il n’y a pas que les grandes figures, dont la plus noire est évidemment Sade. Je l’ajoute à ma liste. Le livre à mon avis peut-être le plus fort, il est traduit d’ailleurs un peu partout, je ne sais pas s’il est traduit en japonais, Sade contre l’Être suprême précédé de Sade dans le temps. Est-ce qu’il est traduit ?

Abe : Oui, il est traduit.


Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou, huile sur toile.73x93cm (musée du louvre).
Le Verrou de Fragonard vu par Philippe Sollers, ICI
ZOOM : cliquer l’image

Sollers : Très bien. Voilà. J’ai répondu à votre question en insistant sur les romans. Il y en a quand même beaucoup depuis 25 ans, c’est-à-dire à partir du moment où je précise l’angle d’éclaircissement généralisé. Mais déjà dans Paradis, si on sait le lire, il y a tout le programme qui a été lancé. Il y a un aspect XVIIIème mais l’autre aspect qui est parallèle et constant, c’est une enquête systématique sur la métaphysique. C’est-à-dire que ces romans sont à la fois paradoxe, à la fois des romans qu’on peut estimer libertins mais pas du tout pornographiques, libertins, le libertin, c’est une philosophie, ce n’est pas se promener dans la sexualité comme ça... C’est une philosophie française. La philosophie française existe, elle est là. Il n’y a pas que la philosophie allemande. Il y a une philosophie française. Et donc en même temps, il y a une enquête systématique et c’est très visible dans Femmes par exemple, si vous connaissez, vous avez, d’une part, un tableau pour la première fois, à mon avis, ce fut écrit avec une archive de 10 ou 15 ans, le premier tableau vraiment de femmes, c’est un livre extrêmement précis. Il y a des femmes négatives, plus ou moins négatives, positives, plus ou moins positives ou très positives, un tableau général et à ma connaissance, c’est une classification tout à fait, tout à fait impressionnante dans l’histoire de la littérature mais c’est un prolongement de l’esprit dix-huitièmiste bien sûr. Et en même temps vous avez des interrogations constantes sur la Bible, l’histoire du christianisme, les cultures asiatiques notamment la Chine en priorité, excusez-moi (rires). Mais je pourrais prendre quelqu’un sur qui j’ai travaillé récemment qui n’est autre que Dôgen [13]. qui est un Japonais venu de Chine. Et donc c’est, si vous voulez, le questionnement systématique asiatique. Alors je suis donc un Français totalement très atypique de ce point de vue là puisque premièrement, l’esprit du XVIIIème, c’est un esprit européen fondamental. La capitale est Paris. J’ai l’habitude de me définir comme un écrivain européen d’origine française. C’est très clair et c’est très politique. Et deuxièmement, je crois franchement qu’avant moi, personne, Ezra Pound un peu mais pas d’une façon très..., ne s’est intéressé autant au continent asiatique : non seulement l’Inde, mais la Chine, le Japon par définition, englobé par la Chine, excusez-moi (rires), puisqu’il y a quand même des siècles de différence... Voilà, donc tout ça, c’est quand même le XVIIIème siècle aussi. Pourquoi ? Parce que c’est le moment où la rencontre entre Orient et Occident pouvait se produire. D’abord par les Jésuites dès le XVIIème siècle, Matteo Ricci. Je suis le seul écrivain français je crois, qui peut se flatter, d’avoir reçu quelque chose qui pèse 20-30 kg peut-être, c’est-à-dire le dictionnaire français-chinois, établi par l’Institut Ricci qui est à Taipei. Il n’existe pas en anglais. C’est-à-dire que c’est en français que ça s’est fait et que ça se fait. Donc tout ça m’intéresse. Ce sont les Jésuites qui ont compris. Ricci, il est arrivé, il a appris le chinois tout de suite. Il a compris qu’il fallait faire du chinois. Je n’en ai fait malheureusement que 2 ans suffisamment pour pouvoir lire 1000 caractères [14]. Je vous présente ce poème si vous pouvez le lire [15]. C’est un poème absolument magnifique. J’ai rapporté ça de Pékin, quand nous étions là, il y a 34 ans, [16] figurez-vous. Et c’est un poème mystique qui se lit évidemment... Quand un Occidental entre, il croit que c’est une décoration. Quand un Chinois entre, ça arrive assez rarement mais ça arrive, évidemment, il lit tout de suite de haut en bas et de droite à gauche. Voilà. Et la calligraphie est très belle. Voilà, j’ai répondu à votre question.


Dans le bureau des Editions Gallimard. Crédit : « art press » n° 266, mars 2001 - ZOOM... : Cliquez l’image.
LE ROULEAU DE CALLIGRAPHIE

Mystérieuse calligraphie qui accompagne Philippe Sollers depuis le bureau de « Tel Quel », depuis qu’il l’avait acquise lors de son voyage en Chine en 1974.

« je l’ai trouvé dans un coin à Pékin » confiait-il à Pierre Assouline (« Beaux Arts » N°110, mars 1993). Et cet éloge de l’art du calligraphe : « le tableau en même temps que le poème. C’est magnifique de ne pas accepter la dislocation entre d’un côté ce qu’il y a à voir et de l’autre ce qu’il y a à dire. C’est la même chose. » poursuivait-il.

Quel poème ? Que signifiait cette calligraphie ?
Une leçon de sagesse ? Mais peut-être plus trivialement un simple dicton astrologique, tiré d’un vieil almanach Vermot chinois. Sollers n’en disait rien d’autre pour la raison qu’il n’en savait probablement guère plus.
Mystère donc ! Mais attachement à ce fétiche, comme à un tableau au sens caché. Jusqu’à cette visite, en 2001, du Père Benoît Vermander, un jésuite, responsable de l’Institut Ricci de Tapei qui y a poursuivi l’œuvre de son prestigieux prédécesseur et qui le décrypte pour nous. (note pileface)
La suite ICI

Abe : Merci.

Sollers : Et bien vous transmettrez mes salutations à M. Iwasaki et j’espère qu’il appréciera ma réponse. Je vous signale, par ailleurs, que dans Nombres qui est un livre qui a été puissamment commenté par Jacques Derrida [17] ou par Julia Kristeva [18], vous avez l’apparition, en fin de chaque séquence, du chinois, des caractères chinois. Ces caractères ont été tracés pour moi, par quelqu’un, c’est drôle la vie, d’ailleurs il était, à ce moment-là, tout à fait inconnu. C’est par M. François Cheng qui est maintenant à l’Académie française, le seul Chinois, François Cheng qui a fait des livres superbes sur la peinture. Si votre question porte ensuite sur la peinture, il est essentiel de voir que là aussi, les travaux ont sans arrêt parlé de la peinture chinoise, de rouleaux.

Regardez ce que vous avez dans ce bureau [19]. C’est très simple. Vous avez tout en un coup d’œil. Vous avez ce rouleau chinois, ce poème [cf. ci-dessus]
Vous avez Picasso, à la fin de sa vie, les fameux Mousquetaires. Vous avez ça, qui est un lingam [20] indien, vous avez là un éléphant blanc aussi indien, vous avez un dé, ça, c’est pour le jeu, vous avez ce personnage extraordinaire. C’est mon protecteur, c’est un moine taoïste. Ce qui m’intéresse, c’est donc de faire communiquer le XVIIIème siècle français avec tout le soubassement asiatique. Pourquoi ? Parce que nous sommes entrés déjà dans le XXIème siècle et que c’est donc l’esprit des Lumières qui doit absolument passer par là, beaucoup plus que par les États-Unis d’Amérique. Mais oui, parce que c’est automatiquement politique mais c’est comme conséquence. Mais, l’effet doit être politique et il l’est.

3. Deuxième question : « Tel Quel »


Shizuko Abe, Qu’ont fait les Telqueliens ?
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Abe : Permettez-moi de vous poser maintenant quelques questions sur « Tel Quel ».

Sollers : Oui, je vous en prie.

Abe : Quand vous avez changé d’éditeur, du Seuil à Gallimard, il y a eu sans doute beaucoup de raisons.

Sollers : Oui. Oh là, là mais ça peut se résumer très brièvement.

Abe : Est-ce que la mort de Roland Barthes est une de ces raisons ?

Sollers : Nous avions au Seuil une position tout à fait décalée, à part, avec une indépendance qui a suscité beaucoup de polémiques, beaucoup de conflits avec l’éditeur, qui a créé deux revues concurrentes qui se sont appelées successivement « Change » [21] et « Poétique » [22]. En même temps, nous avions la possibilité de publier en principe et nous l’avons fait exactement ce que nous voulions, donc une sorte de statut privilégié. Nous avions à ce moment-là...parce que moi, je conçois l’activité littéraire, éditoriale ou poétique comme une guerre. C’est la guerre...La Guerre du goût, je n’ai pas pris ce titre par hasard, par la suite. Mais c’était la guerre, sur tous les plans. Évidemment, ça en fait une très longue histoire. On ne va pas la détailler maintenant. Forest a établi cela de façon très chronologique, très sérieuse. Ce que je peux vous dire sur le motif déterminant, c’est que premièrement, nous avions dans la guerre deux cuirassés très importants qui couvraient absolument nos plages de débarquement. C’était le cuirassé Barthes et le cuirassé Lacan. Ils sont morts à un an de distance. Lacan, c’est très important, très, très, très... Par ailleurs, j’étais déjà dans l’écriture de ce livre qui s’appelle Femmes et qui lorsque l’éditeur en a pris connaissance, pas entièrement, mais tout de suite il a eu un mouvement des fous, d’effroi. Donc nous perdions à la fois deux batteries côtières essentielles de leur dispositif, si vous me permettez de m’exprimer dans ce langage imagé et maritime, et en même temps, ils sentaient bien et c’était fatal que j’écrivais quelque chose qui ne pouvait pas entrer dans leur conception de l’histoire. Et alors, ils n’ont d’ailleurs pas cru au transfert. Le transfert s’est effectué grâce à Antoine Gallimard que je connaissais depuis fort longtemps puisque dans certaines nuits de 1968, nous les passions ensemble et ça, personne ne le savait et n’avait à le savoir et donc voilà nous avons chargé une petite camionnette de nos archives et nous avons fait ce, quoi, 500 mètres.

Je vous ai donné la raison essentielle : la mort de ces deux amis, ou alliés, si vous voulez, deux grands poids que nous avions soutenus constamment parce que l’éditeur lui-même à part François Wahl qui était ami avec Barthes et avec Lacan, et qui était censé nous surveiller aussi d’assez près, le Seuil voyait là comme une sorte de corps étranger. Mais c’était l’époque des sciences humaines, Barthes a eu un très grand succès, Lacan a eu un très grand succès tout à fait inattendu avec les Écrits. Et voilà, donc, il y avait à la fois des raisons personnelles, des raisons littéraires, des raisons théoriques et des raisons politiques, bien entendu...comme toujours, étant donné bien entendu que les raisons politiques sont déterminées non pas par la politique mais par des questions d’écriture, de pensée etc...Il faut bien comprendre ce point parce que la plupart des journalistes ne comprennent rien au problème. Ils croient qu’on parle de la politique pour aller vers le langage. Mais non, c’est le contraire. Ils interprètent en général les tournants brusques que nous avons pris ou que j’ai pris comme de pures lubies, comme ça, alors que c’est profondément motivé. Mais pour comprendre que c’est très motivé, il faut lire. Et tout le problème est là. Qui lit quoi désormais ? Il n’y en a pas d’autre.


Shizuko Abe, Qu’ont fait les Telqueliens ? - Page de titre intérieure.
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ASHURA

Nota : Sur la page de titre intérieure, la couverture du dernier numéro de la revue « Tel Quel », le numéro 94, Hiver 1982. La statue est celle d’ Ashura du Temple Kofukuji à Nara (Japon).


Musée du Trésor National Kofukuji
国宝館
Démons et merveilles

Désir, colère, orgueil, vantardise, agressivité. Quelles âmes tourmentées grimacent derrière les murs du Musée du Trésor National Kofukuji ?

Terminé en 1959, le bâtiment du Musée s’élève dans l’enceinte du célèbre temple Kofukuji, lui même implanté à l’orée du vaste Nara koen. Il fut conçu pour abriter les « trésors nationaux » du lieu sacré. Le gouvernement japonais nomme ainsi les biens culturels dont la sauvegarde est essentielle du fait de leur valeur historique et artistique.

Huit statues, toutes de taille humaine, crispent leurs bras bruns dans une étreinte immobile. Ce sont les asura, ou ashura en japonais, de la cosmogonie bouddhique. Ces démons dont le nom est parfois traduit par « titans » connurent le même destin de légende que leurs homologues grecs. Gouvernés par d’impures pulsions, ils se mesurèrent aux divinités supérieures , les deva. Les asura furent défaits et chassés du monde des dieux.

Quelques uns d’entre eux sont sagement alignés dans la galerie. Tricéphales et dotés de six bras, la finesse de leurs traits fascine les connaisseurs depuis 734. (note pileface)

4. Troisième question : « L’Infini »

Abe : Merci beaucoup, Monsieur. La prochaine question concerne l’avenir de la revue « L’Infini ». Comment voyez-vous son avenir ?

Sollers : La revue « L’Infini », c’est pour cela que je me permets de vous donner ce numéro. L’avenir, c’est déjà 25 ans. Ce qui est tout à fait intéressant, c’est que cette revue existe depuis 25 ans. Vous verrez la liste de tous les numéros, la liste de tous les auteurs publiés. Or, la double censure critique et académique fait comme si ça n’existait pas. C’est La Lettre volée [23] d’Edgar Poe. C’est là, c’est écrit là. Vous avez vu, « L’Infini ». Oui. Mais il n’en est jamais question. Pourquoi ?

Nous avons beaucoup déçu l’université qui croyait être chez elle dans « Tel Quel ». Erreur. Nous avons beaucoup déçu, alors là, cela va sans dire, le Parti communiste français qui était encore à 22% en 1969, qui se croyait aussi d’une certaine façon chez lui, qui voulait être chez lui. Ça fait beaucoup de monde qui squatte. Ça fait beaucoup de monde qui vient vivre chez vous. Et il a fallu quand même leur dire qu’ils n’étaient pas chez eux, que ça continuait librement sans demander la permission de personne. Voyez-vous ; ? Voilà. Et donc le ressentiment très fort. C’est-à-dire que bon puisque c’est comme ça, on ne parl plus.


Le 25ème anniversaire, c’est le N° 100, en 2007
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IDEOGRAMME

Nota : L’idéogramme sur la couverture signifie le nombre cent en chinois. On le trouve dans différentes expressions chinoises, notamment celle-ci :

« Connais ton ennemi et connais-toi toi-même ; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux »
Sun Zi, L’Art de la guerre

ou encore :

« Fais du mal, on le saura à cent lieues »
(proverbe chinois)
« Un bonheur aplanit cent malheurs. »
(autre proverbe chinois)

(note pileface)

Or « L’Infini », à mon avis, on dépasse quasiment le nombre de numéros de « Tel Quel ». C’est toujours le même sous-titre. On est dans une autre époque. Et voilà. Mais là, l’université ne veut pas. Ce n’est pas fait pour elle. Tant pis. Le 25 anniversaire, c’est le numéro 100, bien sûr. Il est de 2007. Là, nous sommes en 2008. Vous verrez, il n’est pas raisonnable de faire comme si ça n’existait pas. Voilà. C’est tout ce que je veux souligner. C’est ce qu’il y a un fanatisme délirant dans cette censure. Je me permets de le dire parce que le nombre d’auteurs considérés est impressionnant, d’autant plus que ce sont des auteurs qui ont eu parfois de grands succès. Jean-Jacques Schuhl, par exemple, Ingrid Caven, le prix Goncourt...

La fin, c’est amusant. 100, en chinois. Nous l’avons fait exprès. Vous voyez quel est le logo du premier numéro ? C’est de l’hébreu. Et là, nous avons du chinois. C’est très clair... Ce qui fait le lien, si vous en voulez un, dans tout cela, c’est certainement, enfin c’est le sujet, vous savez, de mon dernier roman paru, c’est-à-dire, Une vie divine, c’est Nietzsche. Nietzsche, c’est le XVIIIème siècle, c’est l’ouverture maximum. Je ne sais pas si Nietzsche est très lu au Japon mais c’est souhaitable.

Abe : Oui, Heidegger et Nietzsche.

Sollers : Heidegger et Nietzsche, c’est parfait. Nous avons fait beaucoup pour Heidegger aussi. Il y a un numéro spécial Heidegger dans « L’Infini » [24]. Mais ça ne plaît pas à l’université qui a été massivement, disons, crypto-communiste, en France. Donc Heidegger, ça ne leur plaît pas. Bon, bien, tant pis. Je reçois un jeune garçon, l’autre jour, de Cuba. Il me dit qu’aujourd’hui encore, Nietzsche est considéré comme un auteur fasciste.

Abe : Oui, je sais.

Sollers : On verra ça dans deux siècles ou trois. Vous voyez la puissance de l’idéologie, très très forte. C’est pour cela que j’insiste sur le mot guerre. On ne fait rien au hasard. En réalité, ça s’appelle de la stratégie. Et mon maître absolu est Sun Zi, Les 13 articles.

L’ART DE LA GUERRE (LES TREIZE ARTICLES )
par Sun Tzu (孙子, Sūn Zi)

C’est un jésuite, membre éminent de la Mission jésuite en Chine, le père Joseph-Marie Amiot, qui a traduit et fait connaître cet écrit en Europe en 1772 (sous le nom les Treize Articles), d’où il s’est rapidement diffusé vers les cours royales et les académies militaires.
Ses idées sont aujourd’hui reprises par les stratèges de la guerre économique et de la guerre psychologique.
Rarement, un livre ancien (écrit entre le 6ème et le 5e siécle avant Jésus-Christ) n’est resté aussi moderne, car cette philosophie de la guerre et de la politique fondée sur la ruse et le semblant, plus que sur la force brute, qu’il décrit, est toujours d’actualité, notamment pour décrypter la stratégie d’entreprise et la politique. La formulation précise et imagée de Sun tzu ajoute à l’intérêt du texte, une touche de sagesse millénaire...
Quelques citations :

• « Qui connaît son ennemi comme il se connaît en cent combats ne sera point défait. Qui se connaît mais ne connaît pas l’ennemi sera victorieux une fois sur deux. Qui ne connaît ni son ennemi ni lui-même est toujours en danger. »

• « La guerre est semblable au feu, lorsqu’elle se prolonge elle met en péril ceux qui l’ont provoquée. »

• « Harcelez l’ennemi afin de repérer ses points forts et ses points faibles. »

• « Ne laissez pas vos ennemis s’unir. »

• « Présentez-vous comme une vierge timide, l’ennemi ouvre sa porte. Rapide comme le lièvre, vous ne lui laissez pas le temps de la refermer.

• « L’invincibilité dépend de soi, la vulnérabilité de l’autre. »

• « Capable, passez pour incapable ; prêt au combat, ne le laissez pas voir ; proche, semblez donc loin ; loin, semblez donc proche. »

• « L’eau forme son cours en épousant les accidents du terrain, une armée construit sa victoire en s’appuyant sur les mouvements de l’adversaire. »

• « A la guerre, tout est affaire de rapidité. On profite de ce que l’autre n’est pas prêt, on surgit à l’improviste. »

• « Qui sait quand il faut combattre et quand il faut s’en abstenir sera victorieux. »

• « On ne prouve pas sa force en soulevant une plume de canard. »

• « On ne recourt pas aux armes sans être sûr du succès. »

Vous souhaitez en savoir plus sur Sun Tzu et L’Art de la guerre ou Les treize articles, il en existe une trentaine de versions sur Internet. Celle du père Amiot, la plus ancienne et la plus répandue n’est pas pour autant la plus fidèle et la meilleure. D’autres comportent des ajouts fantaisistes. Les spécialistes recommandent la traduction de Jean Lévi. Une traduction qui restitue toute la force littéraire et la concision de ce grand texte classique et le replace dans son contexte historique, à la lumière des dernières études et des textes découverts récemment lors de fouilles archéologiques.

L’Art de la guerre  : Traduit et commenté par Jean Lévi

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La version illustrée par Alain Thote et traduite par Jean Lévi

sur le site de l’éditeur
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Sur https://twitter.com/SunTzuDit
Deux fois par jour, une citation tirée de L’Art de la guerre de Sun Tzu.

*

(note pileface)

5. Quatrième question : Avez-vous des livres préférés ?

Abe : Roland Barthes a dit que Michelet et L’Empire des signes étaient ses œuvres préférées. Avez-vous des livres préférés ?

Sollers : Je crois que le livre de ma jeunesse que je préfère parce que je crois qu’il répond vraiment à mon ambition, c’est Drame , ensuite Paradis, ensuite Femmes que vous pouvez relire aujourd’hui et apprécier l’enquête très très fouillée que j’ai faite sur le terrain des rapports entre les sexes et je crois que cela n’a pas d’équivalent. Ensuite Portrait du joueur pour des raisons de recadrage de ma région, puisque vous savez que je suis bordelais et que j’insiste beaucoup là-dessus... Et puis, tous les autres. Je les aime tous, si vous voulez. J’insisterai sur un livre à mon avis important, c’est Le Secret, parce que c’est l’attentat contre le pape et j’ai compris tout de suite l’importance de cet évènement. C’est comme un roman policier. Et puis tous les autres, je les aime. Studio est un livre important, et puis Passion fixe aussi, L’Étoile des amants .

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Je pense qu’Une vie divine est un des plus importants. Je crois que personne ne s’est penché, ça a été un très gros travail mais qui ne se voit pas, sur la façon dont Nietzsche a vécu en écrivant tout le temps. C’est un cas absolument passionnant. Ça m’a beaucoup aidé de faire cela.

Et maintenant je suis dans un autre roman que je vais achever dans un mois ou deux qui va porter essentiellement sur la gnose [25]. C’est-à-dire, vous savez cette bibliothèque extraordinaire qu’on a découverte en 1945 à Nag Hammadi en Égypte. Ce qui m’intéresse, c’est de tâter non pas par siècles mais dans les millénaires. La réflexion porte intégralement sur le temps. Donc mes romans ne sont pas naturalistes, ne sont pas réalistes, ne sont pas sentimentaux, ne sont pas romantiques, ils sont métaphysiques. Si j’arrive à faire comprendre ce que ça veut dire, alors ce sera bien. Mais visiblement il y a une telle ignorance, un tel refus que c’est difficile. Mais bon...Qu’est-ce que la métaphysique ? Texte fameux de Heidegger.

Donc, la poésie est au cœur du roman. C’est une formule que je crois employer dans Studio. Le roman doit avoir pour but la poésie pratique dans l’existence elle-même. C’est une proposition qui par certains côtés, pas partout, relève le message d’André Breton, tout simplement. Dans le catalogue André Breton que vous avez maintenant dans la collection de la Pléiade, un document qui n’a jamais été vu, j’en parle dans Un vrai roman, mes mémoires, qui n’a jamais été vu, c’est la dédicace que m’envoie André Breton en 1962 pour la républication des Manifestes du Surréalisme. Et c’est« À Philippe Sollers », c’est de l’écriture de Breton, « À Philippe Sollers, aimé des fées... » Et pour moi, c’est très très important, d’abord parce que c’est vrai...

6. Cinquième question : Comment écrivez-vous ?

Abe : D’accord, merci... une autre question très banale. Quand vous écrivez, est-ce que vous utilisez l’ordinateur ou la machine à écrire ?

ECRIRE SANS ACCESSOIRES

Il y a une phrase de Mallarmé que j’aime beaucoup et qui dit : « Penser est écrire sans accessoires ». La question de la technique ou de la rédaction est importante, bien sûr, mais secondairement. Le plus important, c’est la concentration mentale permanente, la rumination interne, l’attention à la façon dont le langage se formule intérieurement, et là est le travail constant sur soi. Par conséquent, je prends des notes sur un carnet lorsqu’un mot, une expression, un raccourci se présente où je sais qu’il y a un développement possible. Puis, il y a l’acte de rédaction qui s’enchaîne, mais à la plume. Il faut absolument qu’il y ait le contact de la main et du papier... C’est comme un fluide, un liquide qui sort du corps. Évidemment, il y a beaucoup de trouvailles qui se passent au moment même où l’on commence à écrire. Je pars d’un mot, d’un choc de mots, d’une scène, d’une « épiphanie », comme dit Joyce, ou bien d’un rêve particulièrement intéressant que j’ai eu... Et voilà. Ensuite, c’est la mise au propre, avec des variations qui peuvent arriver en tapant à la machine. Mais déjà, l’essentiel est écrit... L’écran me gênerait beaucoup. On n’est pas là pour déchiffrer, comme on déchiffre un écran, pour le recevoir un peu comme si on était à la télévision. Donc, c’est une activité qui la plupart du temps est très aveugle et très orale, en effet, très vocale plus exactement. C’est une activité d’écoute.
Philippe Sollers, « Dépassement du roman » (extrait), « L’Infini » n° 83, Eté 2003
(note pileface)

Sollers : La machine à écrire. Je ne veux rien voir. Tout est là [26]. Je ne peux pas visualiser. Non, je suis un dinosaure ou alors un précurseur. Oui, c’est ça... Non, impossible. Tout se passe à l’oreille. D’abord, j’écris beaucoup par la main, au stylo, très beau. Si je n’avais pas cette activité, je dirais presque sanguine de l’encre, on dit ça en français se faire un sang d’encre, mais un sang d’encre pour dire l’angoisse, la peur, alors que pour moi, le sang d’encre, c’est la joie. Il faut que j’aie ça. Je dois avoir le bruit de la machine à écrire. Absolument, c’est très important et surtout ne rien voir. J’ai une vieille machine à écrire. Ça me suffit. J’écris à la main et je tape. Quand je tape à la machine, il n’y a très peu de corrections. C’est dans la tête. Je lis évidemment mon manuscrit en tapant...

Mallarmé dit la chose suivante : Penser, penser, c’est écrire sans accessoires (sans machine). Donc, j’essaie d’aller le plus près possible de ceux qui pensent. Évidemment, ce n’est pas gentil pour le lecteur qui n’a pas tendance à penser, qui oublie tout de suite ce qu’il a lu, en général. Comme dans le roman américain, on ne pense pas. Comme a dit Andy Warhol, acheter est américain mais pas penser. C’est vraiment désagréable de ma part d’écrire des choses de pensées, des choses pensées. Non pas, le blablabla 274 décoratif, naturaliste, réaliste, etc... C’est la marchandise énorme. C’est-à-dire que vous avez déjà du cinéma préformaté. Autrement dit, désormais le lecteur ou la lectrice planétaire ouvre un livre pour assister à un film. La plupart des écrivains d’ailleurs, se trompant et ne rêvant que d’écrire des romans qui seraient adaptés au cinéma. Ils font tous ça maintenant. Je suis résolument hostile à ce genre de vie, de fausse vie. Je suis très hostile, très polémique puisque c’est la guerre. Alors, vous imaginez, voilà, il y a un livre, je le prends, j’assiste à un film et puis je l’ai oublié après. Quand Nietzsche dit qu’il veut non seulement être lu, mais aussi être appris par cœur, ça, c’est la poésie, donc la lutte est pour la poésie, c’est-à-dire dans un monde où la misère de la poésie est totale. Les poètes sont nuls. Et c’est gratuit, figurez-vous, la poésie c’est comme l’air, avant que tout soit pollué. Donc ce qui est gratuit est suspect. C’est comme l’amour, c’est gratuit. Et si ça ne l’est pas, ce n’est pas de l’amour. J’aime Breton pour la raison suivante. Sa dernière déclaration, c’est finalement, je n’ai pas renié ce que j’étais fait pour faire, c’est-à-dire, l’amour, la liberté, la poésie. C’est très beau. C’est très simple mais c’est très très beau. Voilà. Donc moi, je fais ça pour rester libre. Personne ne regarde par-dessus mon épaule. D’ailleurs, mon manuscrit à part moi, personne ne peut le lire. Il n’y a pas de disque dur, pas de perquisition possible.

Vous avez bien compris ce que je voulais dire, pas la vue, l’oreille. Un écrivain sans oreilles, dit Hemingway magnifique, est comme un boxeur sans main gauche. Donc la musique, la musique. Tout à la musique. Je suis grand, grand amateur de musique. Dans mon prochain roman, un des personnages principaux sera Jean-Sébastien Bach. Le Clavier bien tempéré. Alors, j’écoute cela constamment.

Jean-Sébastien Bach, Le Clavier bien tempéré par Glenn Gould
« Le menton sur les touches. ....Et il gémit un peu... J’aime quand il gémit. » (Ph. Sollers)

Abe : « Chaconne », etc...

Sollers : Le Clavier bien tempéré, les Toccatas, les Partitas. Et un personnage admirable, admirable, parce que c’est vraiment un génie qui a tout compris, c’est Glenn Gould [27]. Qu’est-ce qu’il a compris ? Qu’il ne fallait plus donner de concert, qu’il ne fallait plus se livrer en spectacle, qu’il ne fallait plus chercher le cinéma mais qu’il fallait s’enfermer dans un studio et enregistrer, ce qui a donné des enregistrements mais sublimes. Les Suites françaises et Les Suites anglaises de Glenn Gould en 1972 [28]à Toronto, ce sont des chefs d’œuvre absolument énorm es et avec le temps, je crois que c’est exactement là où il fallait aller.

Abe : J’ai vu le film...le documentaire.

Sollers : Ah oui, il y a le film de Monsaingeon [29]. Oui, c’est ça. Le menton sur les touches. Vous n’avez pas de partition, vous n’avez pas d’ordinateur, vous n’avez pas de film...Et il gémit un peu... [30] J’aime quand il gémit. Il y en a un autre qui fait cela, admirable,... C’est Pablo Casals et son violoncelle. Voilà. C’est dans Bach. Vous les écoutez. Ils sont dans une ivresse tout à fait maîtrisée parce qu’il n’y a plus de séparation entre le côté extatique, ivre et la technique admirable. C’est ça que je recherche avec les mots... C’est de la musique. Tout de suite, vous avez fait ce métier de recevoir des manuscrits, de voir de jeunes auteurs. Maintenant, c’est tout de suite. On sent qu’il y a déjà la voix, bon, non. En 10 lignes, c’est fini. Ce n’est pas la peine de continuer, tout de suite. Donc, je peux prendre si vous voulez là, les premières lignes de n’importe lequel de mes romans et vous dire en 10 lignes ce que ça veut dire et ça va durer un certain temps. Par exemple, j’ai fait cela pour le début de La Fête à Venise, que j’aime beaucoup. Voilà, qu’est-ce qui se passe ? C’est que tous les sens sont convoqués, les uns après les autres très rapidement. Les 5 sens, donc immédiatement avec une musicalité particulière. Ça veut dire se doter d’un corps musical, d’un corps, pas d’une idée. Il faut toucher, il faut voir, il faut entendre. Voilà.

J’ai cité cet aphorisme magnifique de Lichtenberg. Je crois que c’est à la fin de La Guerre du Goût [31]. Il y a très peu de choses que nous pouvons goûter avec les 5 sens à la fois. C’est une énigme. Or si vous déchiffrez l’énigme, il est bien entendu que c’est l’acte amoureux. Vous touchez, vous entendez, vous voyez. Et voilà, et vous avez un goût dans la bouche, indubitalement d’une façon ou d’une autre si ça a lieu.

7. Sixième question : L’autobiographie dans Un vrai roman

Abe : Pourquoi l’autobiographie, dans votre dernier roman, Un vrai roman ?

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Sollers : Ce sont des faits. Il y a beaucoup de choses sur « Tel Quel », d’ailleurs au passage, qui peuvent vous intéresser. Il y a les portraits de gens que j’ai rencontrés. J’ai connu beaucoup de monde. Je fais ça très brièvement. Évidemment, ça pourrait être chaque fois développer. Mais il faut aller vite parce qu’autrement...

Et deuxièmement, je me suis rendu compte de plus en plus que ce qui m’était dénié, ce sont deux choses. Premièrement, mes origines géographiques et sociales. Donc là, je crois que sur l’enfance etc..., il y a énormément de choses. Je dis que ça m’est dénié, parce que même des gens très proches, lorsque je raconte des choses qui ont été très importantes dans ma vie, par exemple que toutes les maisons et les terrasses de mon enfance aient été « rasées », que celle de l’Ile de Ré ait été rasée par les Allemands en 1942. Il y a là quelque chose qui est quand même étrange. Deuxièmement, quand je parle d’événements historiques, qui ont été très lourds comme par exemple, la vie dans les hôpitaux militaires pendant la guerre d’Algérie [32] c’est comme si, alors pour des gens très proches, rien ne s’était passé. Alors là, je me demande ce qui se passe. L’oubli historique, la censure historique. Et maintenant la guerre continuant, il faut, je crois qu’il a un moment, oùil faut affirmer très tranquillement qu’on n’est pas tombé du ciel, qu’on n’a pas le passeport qui convient désormais à la société technique, planétaire. C’est l’origine modeste. Je ne suis pas d’origine modeste. Ce qui fait que vous me trouvez sans doute peu modeste pour cette raison même. Et donc, il y a la maladie aussi. Il y a des choses comme ça. Ce sont des choses très importantes. C’est comme si ça ne devait pas exister. Et moi je tiens absolument à ce que ça existe.

Ça, c’est une des raisons. L’autre raison, l’autre déni, si vous voulez, ce sont les livres. Ce qui a le plus choqué, c’est que je fasse, par exemple, ça prend à peine 10 pages, comme une anthologie des débuts de mes livres, de leur forme, ou que je raconte comment j’ai choisi un certain nombre d’images pour les éditions de poche. Alors que chacune a son histoire et veut dire précisément quelque chose. Ça a été comme si c’était d’une arrogance, d’une prétention extrême. Ça a été un livre très critiqué, d’ailleurs tous mes livres sont critiqués et pas seulement, enfin il y a des pour et des contre. Mais c’est la guerre... Je peux le répéter 10 fois. Or, la bonne réputation, si vous voulez, c’est quand même un écrivain qui ne s’engage pas trop, qui se tient à l’écart. Moi, je suis un écrivain engagé, très engagé. J’écris dans la presse, je parle à la radio, je vais à la télévision. Alors, pourquoi il va à la télévision, pourquoi il va...? Et bien oui, bien sûr, je suis très engagé, pas comme ça, d’une toute autre façon. Mais je conçois ça vraiment comme un engagement, comme un engagement militaire. Évidemment, ça dérange parce que le bon écrivain, c’est celui qui la boucle, qui de temps en temps, donne un livre, qui se tient à l’écart. Ça, c’est la représentation classique, hypocrite de la société. Voilà. Et là, mon héros dans la vie, à part Nietzsche, j’ai écrit sur lui en l’appelant le héros, c’est Picasso. Picasso, c’est tous les artistes, quoi. Pour tous les artistes, ça a été la guerre. Alors que la société voudrait faire croire qu’elle reconnaît les artistes et bien, ce n’est pas vrai. Il faudrait la forcer à les reconnaître. Mais oui.

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8. Dernière question : Le Japon ?

Abe : Est-ce que vous êtes déjà venu au Japon ?

Sollers : Non, jamais, jamais. Ça aurait pu se faire mais ça ne s’est pas fait. Voilà, je ne sais pas pourquoi. Mais ça peut se faire un jour [33]. Je reçois beaucoup, beaucoup de signaux très positifs du Japon. Notamment je ne sais pas si je l’ai là... Voilà, c’est ça... Ah, si, c’est très important. C’est Femmes en poche. La traductrice, dites-moi le nom de la traductrice parce que j’ai oublié. Je crois que c’est une traductrice...

Abe : Monsieur Sôji Suzuki.

Sollers : C’est un homme. C’est un traducteur. Vous ne trouvez pas, c’est joli ? C’est joli comme édition, très mignon. C’est poche. C’est très bien. J’aime bien ça...

Pour vous dire ma situation internationale, comme on dit, c’est très amusant parce que par exemple pour les Américains, je suis too french alors que pour les Japonais, à plusieurs reprises, c’est même pas assez français. Pourquoi ne serais-je pas français comme les Impressionnistes après tout sont français. Le drapeau japonais peint par Monet, c’est connu (rires), Soleil levant. Donc il y a ça.


Claude Monet, Impression, soleil levant, 13 novembre 1872
Huile sur toile 48 × 63 cm (Musée Marmottan Monet, Paris)
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Et puis deuxièmement, je vois que pour des pays de l’ancien bloc de l’Est, c’est très révélateur. C’est en effet presque toujours « Tel Quel ». Ça s’arrête là. Je suis mort pour l’université après 1968. Je n’ai rien fait. Et pour les communistes, non plus (rires). Comme c’est étrange. Alors que par exemple en Espagne ou ailleurs et récemment en Argentine, au Brésil par exemple, dans les pays en Amérique latine, je vais être présenté non pas comme un écrivain français mais comme un écrivain européen ou un intellectuel même à la limite, européen. Le ton est très différent. Ils ne vont pas dire français ou trop français. Parce que les Américains ont encore une fois un complexe. J’ai fait un jour une conférence à New York et je me suis amusé à leur dire ceci. Dans 30 ou 40 ans ou 50 ans, mon rêve c’est d’être mentionné dans un dictionnaire chinois, japonais peut-être, chinois je préfère, excusez-moi, donc qui sera écrivain européen d’origine française qui très tôt et constamment, s’est intéressé beaucoup à la Chine. Ça me suffit.

D’ailleurs, je vous signale que je viens de recevoir l’avis de la traduction chinoise d’Un vrai roman. J’ai reçu la lettre, il y a 8 jours. Ça va être traduit. Le contrat est signé, si vous voulez. Je doute qu’il ne soit traduit en anglais. Or récemment un écrivain qui n’est pas traduit massivement en anglais, je le suis un peu mais très peu, Femmes l’est, Women, pas avec Philip Roth, qui est un ami de longue date mais visiblement, ça ne va pas. Alors bref, il faut jouer à très long terme. Moi, j’ai tout le temps. Je ne suis absolument pas pressé. Je n’ai pas envie de faire des films. Donc, j’ai tout le temps. Et ça franchement, ça m’a fait beaucoup plaisir parce que ça a été immédiat. Alors on peut imaginer que 3 ou 4 Chinois sur un milliard trois cent millions liront ça. Alors, les Américains étaient furieux que je leur dise ça. Dans un dictionnaire chinois... Parce qu’ils ont l’habitude que les écrivains européens surtout français viennent mendier, viennent leur demander l’autorisation d’exister comme décolonisés. Moi, je ne me sens pas du tout colonisé. Je refuse systématiquement, je pourrais le faire, mais je refuse systématiquement de faire des conférences en anglais. Je parlerai français, pareil parfois pour les télévisions anglaises, il faut parler anglais.–Non, je suis désolé, voyez quelqu’un d’autre. Pourquoi ? Ça coûte trop cher de traduire ?...Bien, voyons. Ça a l’air un peu périphérique ce que vous racontez mais c’est essentiel.

9. Épilogue

Abe : Pour finir, je serais très heureuse si vous pouviez écrire un petit mot pour mon livre lorsqu’il sera achevé.

Sollers : Mais, oui, bien sûr, faites-moi un courrier, vous avez mon assistante au téléphone, vous savez comment elle s’appelle. Bien entendu... Madame Shizuko Abe...Voilà, ça sera ça. C’est génial, je vous la recommande de tout mon cœur...

Abe : Voilà, c’est votre signature. Merci pour votre signature [34].

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Sollers : Comme c’est drôle.

Abe : Mon ancien étudiant vous avait demandé de signer ce livre, à Bordeaux. Il a étudié à Bordeaux. Il avait assisté à une conférence que vous y avez donnée.

Sollers : A Bordeaux ? C’était en quelle année ? Probablement en 96.

Abe : Oui, c’est ça. « Vivant Denon », c’était très intéressant pour moi... (Sollers signe...)

Sollers : Voilà, merci parce qu’ainsi nous actualisons entre Bordeaux et Paris. Ça, c’est très bien. Si vous avez la bénédiction de Bordeaux, vous savez pour moi, c’est très important.

*


Vidéo : L’Université de Keio

11. Bibliographie des oeuvres de Philippe Sollers

Le Défi, Écrire n° 3, Éd. du Seuil, 1958.(『挑戦』、岩崎力訳、新潮社『公園』所収、1966年.)
Une Curieuse Solitude, Éd. du Seuil, 1958.(『奇妙な孤独』清水徹訳、新潮社『現代フランス文学13人集・1』所収、1965年.)
Le Parc, Éd. du Seuil, 1961.(『公園』、岩崎力訳、新潮社、1966年.)
Entretien avec Philippe Sollers 285
L’intermédiaire, Éd. du Seuil, 1963.
Drame, Éd. du Seuil, 1965.(『ドラマ』、岩崎力訳、新潮社、1967年.)
Nombres, Éd. du Seuil, 1968.(『数ノンブル』、岩崎力訳、新潮社、1976年.)
Logiques, Éd. du Seuil, 1968.
Entretiens avec Francis Ponge, Éd. du Seuil, 1970.(『ポンジュ・ソレルスの対話―物が私語するとき』、諸田和治訳、新潮社、1975年.)
L’écriture et l’expérience des limites, Éd. du Seuil, 1971.
Sur le matérialisme, Éd. du Seuil, 1971.
Lois, Éd. du Seuil, 1972.
H, Éd. du Seuil, 1973.
Délivrance (entretiens avec Maurice Clavel), Éd. du Seuil, 1977.
Paradis, Éd. du Seuil, 1981.
Vision à New York, Éd. Grasset, 1981.(『ニューヨークの啓示―デイヴィッド・ヘイマンとの対話』、岩崎力訳、みすず書房、1985年.)
Femmes, Éd. Gallimard, 1983.(『女たち』、鈴木創士訳、せりか書房、1993年、河出文庫、2007年.)
Portrait du joueur, Éd. Gallimard, 1985.(『遊び人の肖像』、岩崎力訳、朝日新聞社、1984年.)
Théorie des exception, Éd. Gallimard, 1986.(『例外の理論』、宮林寛訳、せりか書房、1991年.)
Paradis II, Éd. Gallimard, 1986.
Rodin. Dessins érotiques, Éd. Gallimard, 1986.(『ロダン:デッサン・エロティック』、岩崎力・西野嘉章訳、リブロポート、1987年.)
Photos licencieuses de la Belle époque, Éd. 1900, 1987.
Les surprises de Fragonard, Éd. Gallimard, 1987.
Les Folies Françaises, Éd. Gallimard, 1988.
De Kooning, vite, Éd. de La Différence, 1988.
Le Lys d’or, Éd. Gallimard, 1989.(『黄金の百合』、岩崎力訳、集英社、1994年.)
Carnet de nuit, Éd. Plon, 1989.
La Fête à Venise, Éd. Gallimard, 1991.
Improvisations, Éd. Gallimard, 1991.
Le Rire de Rome (entretiens), Éd. Gallimard, 1992.
Le Secret, Éd. Gallimard, 1993.(『秘密』、野崎歓訳、集英社、1994年.)
La Guerre du goût, Éd. Gallimard, 1994.
Le Paradis de Cézanne, Éd. Gallimard, 1995.(『セザンヌの楽園』、五十嵐賢一訳、三元社、2002年.)
Le Cavalier du Louvre, Éd. Gallimard, 1995.(『ルーヴルの騎手』、菅野昭正訳、集英社、1995年.)
Les Passions de Francis Bacon, Éd. Gallimard, 1996.(『フランシス・ベイコンのパッション』、五十嵐賢一訳、三元社、1998年.)
Sade contre l’Être suprême, précédé de Sade dans le temps, (Quai Voltaire, 1989) Éd. Gallimard, 1996.(『サド侯爵の幻の手紙:至高存在に抗するサド』、鈴木創士訳、せりか書房、1999年.)
Picasso, le héros, Éd.Cercle d’art, 1996.(『ピカソ、ザ・ヒーロー』、五十嵐賢一訳、三元社、2002年.)
Studio, Éd. Gallimard, 1997.(『ステュディオ』、齋藤豊訳、水声社、2009年.)
Casanova l’admirable, Éd. Plon, 1998.
L’Année du tigre, Éd. du Seuil, 1999.
Un amour américain, Éd. Mille et une nuits, 1999.
L’œil de Proust, Éd. Stock, 1999.
Passion fixe, Éd. Gallimard, 2000.
La Divine Comédie, Éd. Desclée de Brouwer, 2000.
Éloge de l’infini, Éd. Gallimard, 2001.
Mystérieux Mozart, Éd. Plon, 2001.(『神秘のモーツアルト』、堀田敏幸訳、集英社、2006年.)
L’Étoile des amants, Éd. Gallimard, 2002.
Illuminations, Éd. Robert Laffont, 2003.
Voir, écrire (entretiens), Éd. Calmann-lévy, 2003.
Dictionnaire amoureux de Venise, Éd. Plon, 2004.
Le saint-âne, Éd. Verdier, 2004.

Bibliographie complète sur pileface

oOo

[1[[Tsutomu Iwasaki (1932 2015), professeur honoraire de l’Université des Langues Étrangères de Tokyo. Traducteur, notamment connu pour ses traductions en japonais des œuvres de Philippe Sollers, Marguerite Yourcenar et Valéry Larbaud

[2Toshiyuki Horie (1964 ). Écrivain et professeur de l’Université Waseda. A reçu le Prix littéraire Akutagawa pour son roman Kuma-no-shikiishi (2001), traduit en français ( Le Pavé de l’ours, Gallimard, 2006).

[3« Les deux Philippe : SOLLERS et JOYAUX », Revue de Hiyoshi, Langue et littérature françaises, no 24, mars 1997, pp. 55 72.

[4S. Freud. L’épigraphe de l’article « Les deux Philippe : SOLLERS et JOYAUX »(Voir note précédente)

[5« Qu’ont fait les telqueliens ? (I) ― Autour de Philippe Sollers ― », Revue de Hiyoshi, Langue et littérature françaises no 34, mars, 2002, pp. 143 164.

[6« Qu’ont fait les telqueliens ? (II) ― Autour de Philippe Sollers ― » dans la Revue de Hiyoshi, Langue et littérature françaises no 46, mars, 2008, pp. 171 201.

[7Philippe Forest, Histoire de Tel Quel, Éditions du Seuil, 1995.

[8Philippe Forest, Philippe Sollers, Éditions du Seuil, 1992.

[9Philippe Forest, Histoire de Tel Quel

[10Le Cavalier du Louvre

[11Casanova l’admirable.

[12Mystérieux Mozart

[13Fondateur de l’école Sōtō du bouddhisme zen au Japon. Il l’introduisit sur l’île après un voyage en Chine et est considéré comme un des plus grands maîtres du bouddhisme japonais

[14Sollers a inséré la traduction française de dix poèmes de Mao Tsé-toung dans « Tel Quel » no 40, hiver 1970

[15Rouleau avec un poème chinois sur le mur du bureau de Philippe Sollers.

[16Philippe Sollers a été invité par le gouvernement chinois et a visité la Chine en 1974 avec Julia Kristeva, Roland Barthes, Marcelin Pleynet et François Wahl.

[17La dissémination, Éditions du Seuil, 1972

[18Recherches pour une sémianalyse, Édtions du Seuil, 1969

[19Dans Les Voyageurs du Temps, il évoque plusieurs choses qu’il a dans son bureau. (pp. 188, 189)

[20Sanskrit. Référence au phallus comme un symbole de Shiva dans l’ hindouisme.

[21« Change » est une revue fondée en 1967 par Jean-Pierre Faye qui était un membre de « Tel Quel », et publiée aux Éditions du Seuil.

[22La revue « Poétique » a été fondée en 1970 par Tzvetan Todorov et Gérard Genette, anciens collaborateurs de « Tel Quel » et publiée aux Éditions du Seuil.

[23Sollers cite souvent La Lettre volée de Poe. Ici, il l’utilise pour se moquer de l’indifférence du monde littéraire pour la revue « L’Infini ».

[24« L’Infini » no 95, été 2006.

[25Philippe Sollers était alors sur le point d’achever son livre Les Voyageurs du Temps.

[26Ici, Sollers indique sa propre oreille.

[27Sollers parle très souvent de Glenn Gould dans ses œuvres et lui rend hommage. Il apprécie hautement non seulement sa performance magnifique au piano mais aussi son attitude ferme de vivre. Dans Passion fixe, Sollers cite même la liste des médicaments que Gould avait pris dans ses derniers jours. - Sollers cite beaucoup Glenn Gould avec Bach dans Passion fixe. Dans mon article « La Chine sollersienne (2) ― À la recherche de la source de l’écriture », au troisième chapitre (Tchouang-tseu et Bach), j’ai cité plusieurs passages de Passion fixe.

[28En fait, les enregistrements ont été faits sur plusieurs années. Les Suites anglaises, plus longues ont été enregistrées de 1971 à 1976.

[29Le film que j’ai mentionné est Off the Record / On the Record (National Film Bord of Canada, 1959), mais celui que Sollers a indiqué est Glenn Gould : Alchemist, a film by Bruno Monsaingeon, INA 1974).

[30Ici, Sollers gémit en imitant Gould.

[31Il n’y a pas la citation de Lichtenberg à la fin de La Guerre du Goût.

[32Sollers a écrit à propos de cette expérience douloureuse dans « Background », « Tel Quel » no 11, automne 1962.

[33Je savais que Sollers n’était jamais allé au Japon et je lui en ai demandé les raisons.

[34Sur ces deux signatures, il y a l’explication à la fin de l’entretien. Sollers, qui aime beaucoup les chiffres, semblait être content de ses deux signatures.

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