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Roland Barthes, tel quel

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D 30 janvier 2015     A par A.G. - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Né le 12 novembre 1915, Roland Barthes aurait eu 100 ans en 2015. À l’automne, Philippe Sollers publiera L’amitié de Roland Barthes (Seuil, coll. Fiction & Cie). Une amitié dont témoigne ce dossier (première mise en ligne le 3 août 2008) auquel j’ai ajouté Le refus d’hériter, un article de Barthes d’avril 1968 sur Logiques et Nombres de Sollers, article qui commence étrangement par ces mots (nous sommes à la veille de mai 68) : « L’idée révolutionnaire est morte en Occident. Elle est désormais ailleurs ». Un dossier aussi très politique, mais où la politique se joue déjà autrement. Le lecteur qui voudrait aller plus loin pourra écouter Barthes par lui-même, un document sonore rare que France Culture redécouvrira peut-être cette année [1].

Les Nuits de France Culture nous font redécouvrir le premier Barthes à travers cet entretien diffusé la première fois le 20 novembre 1964. Barthes parle du Degré zéro de l’écriture, des Mythologies, de Brecht, de Robbe-Grillet, de la situation de l’écrivain au début des années 60, etc.
Une bonne introduction à ce dossier (note du 3 décembre 2014)


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Roland Barthes au Maroc (1978)
Coll. Roland Barthes, IMEC


« Amener l’écrit à l’écrit en tant qu’écrit »

« Barthes, c’est l’être que j’ai eu le plus de mal à voir mourir. L’amitié. »

Philippe Sollers, « Rencontres ». Art Press, 1981.

Revue Contrepoints — Philippe Sollers, la première trace écrite officielle que nous ayons d’un intérêt de Barthes pour ce que vous faites date de 1963. Encore ne vous évoque-t-il qu’accompagné de Cayrol, Robbe-Grillet, Simon, Butor... Tous représentants d’une nouvelle génération littéraire. A ce moment-là , vous n’avez que 27 ans mais êtes déjà l’auteur de trois romans (Le Défi, Une curieuse solitude, Le parc) et vous avez créé la revue Tel Quel. Autant dire — et étant donné les premières réceptions de vos ouvrages —, que vous n’êtes pas inconnu de la scène littéraire. Votre amitié avec Barthes précède-t-elle cette première intervention ?

Philippe Sollers - Si mon souvenir est bon : non, la rencontre a été ultérieure. Retraçons un peu les choses. A l’époque, c’est-à-dire dans les années 1962, 1963, la revue Tel Quel connaît en interne des discordances très importantes. Des désaccords profonds entre les membres du comité de rédaction se font jour. Ils portent à la fois sur des questions politiques — rappelons que nous sommes alors en pleine guerre d’Algérie — et sur des orientations littéraires, les choix de certains étant perçus comme très régressifs sur ces deux plans par les autres, la majorité des autres membres du comité de rédaction. A ce moment-là donc, nous décidons que la politique éditoriale de la revue doit changer et visons à rassembler autant que possible ce que la scène littéraire comporte de contestataires. Ma fréquentation de Barthes doit débuter à cette période, au moment de l’envoi d’un questionnaire que nous avions intitulé « La littérature d’aujourd’hui » et auquel Barthes a répondu. Mais nos rapports ont commencé à devenir plus étroits, voire amicaux, à partir de 1965. Date à laquelle Barthes prend acte publiquement du livre dont je suis, à l’époque, disons le moins mécontent.
De son côté, Barthes était en fait assez isolé. D’une part, en ce qui concerne son intimité, il s’était brouillé avec Foucault, de l’autre, sur la scène publique, il était l’objet d’une levée de boucliers universitaires et journalistiques provoqués par son livre Sur Racine. Enfin, c’est le moment où il s’éloigne de Brecht et de Robbe-Grillet.
Il y a donc eu, comme certaines fois dans l’histoire, une convergence d’éléments qui ont favorisé, naturellement, notre rapprochement.
En 1966, je publie dans la collection Tel Quel, que je dirige, Critique et vérité [2] : la réponse de Barthes à Picard — Picard étant l’universitaire spécialiste de Racine et l’instigateur de fait, puisque auteur de Nouvelle critique ou Nouvelle imposture, de la levée de boucliers que j’évoquais à l’instant.
Précisons immédiatement que ce rapport d’alliance, qui fut aussi un rapport d’amitié, a été, contrairement à ce qu’aurait voulu une certaine critique, un rapport d’épanouissement personnel réciproque, de soutien, de liberté. C’était d’autant plus important que l’époque était difficile et que nous y vivions des tensions plus ou moins aigües avec notre entourage commun : Foucault donc, mais aussi Derrida, Althusser, etc. Peu de temps après l’université allait éclater, beaucoup d’oeuvres conséquentes paraissaient, les enjeux étaient importants.

RC - Je fais un saut dans le temps de quelques années. Jusqu’en 1967 exactement. Vous avez publié Drame. Barthes, dans un entretien accordé à Raymond Bellour pour les Lettres françaises, déclare : « Le temps du nouveau récit viendra sans doute bientôt, il vient déjà , préfiguré par les vues de Mallarmé sur la poésie-fiction, les structures infiniment digressives du roman proustien, les récits de Bataille, les recherches de Sollers ». Je n’ai pu m’empêcher en lisant cette phrase de penser à Paradis... Barthes suivait-il vos productions de si près qu’il a pu en avoir « l’intuition » ?

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Paris, 1974 (Ph. D. Boudinet)
Légende de R.B. : Gaucher

PS - A cette période nous nous voyons régulièrement et nos rapports sont absolument constants. Ils ne sont pas directement politiques, plutôt littéraires, bien qu’évidemment — est-ce nécessaire que je le souligne ? — le travail du langage ait des effets politiques. Dans le contexte qui nous est commun alors, celui de la revue Tel Quel, un certain nombre de recherches convergentes créent une situation dont on pouvait percevoir qu’elle déboucherait sur de nouvelles perspectives. Barthes était partie prenante de toute cette activité théorique. Il était attentif à tout ce qui se faisait, notamment à ce que Kristeva formalisait, à ce que Jakobson élaborait... H, que je publie en 1973 est le vrai préambule de Paradis. Ceci dit, ces deux livres furent précédés par beaucoup d’autres travaux. Des travaux que Barthes connaissaient. C’est à ces travaux que les propos de Barthes que vous citez font référence.

RC - En 1970, dans un entretien pour Les nouvelles littéraires, il dit à propos de Tel Quel que l’on accuse d’avoir une « attitude terroriste », qu’il s’agit davantage de penser cette attitude en terme de radicalité que de terrorisme. Une radicalité, poursuit-il, qui tient à « l’énergie de la réflexion théorique chez Tel Quel, qui est très importante, et que l’on sous-estime un peu en général, dans les attaques que l’on mène contre ce groupe ». C’est l’année, pour lui, de la publication de S/Z, de L’Empire des signes, de la préface — vous en faites une aussi, et pour le même livre — à Eden, éden, éden de Guyotat. Tel Quel : de quel groupe s’agissait-il ? Et qu’y réfléchissait-on qui l’intéressât à ce point ?

PS - Tel Quel était outre une revue, ce que l’on pourrait appeler un mouvement. Mouvement dont Barthes faisait partie mais qui comptait aussi des gens comme Ponge, Thévenin, Derrida, Lacan, Foucault... Ils n’étaient pas exactement des collaborateurs de la revue, davantage des amis. Barthes était de nos amis proches, l’un des plus proches. Tout ceci me fait penser que nous n’envisagions pas nos relations avec nos amis en termes générationnels. Le paradigme générationnel n’est arrivé que bien plus tard. Avec l’ère Mitterrand. D’ailleurs, il est intéressant de constater que l’on a commencé à parler de génération en même temps que l’on a entendu parler de corruption et qu’à mesure que la corruption s’est étendue, le paradigme générationnel s’est renforcé. Tout cela est finalement très logique. En tout état de cause, ce n’était pas notre façon de voir les choses. La pseudo rupture entre les classiques et les modernes est fausse, idéologique ou académique. A Tel Quel, nous promouvions l’idée, avec Barthes, que tout texte, ancien ou nouveau, fonctionnait, fonctionne et fonctionnera toujours dans l’ici et maintenant de sa lecture, indépendamment du corps de son auteur. Barthes était précisément intéressé par cette idée très réellement vérifiable d’une continuité entre les classiques et les modernes. Tel Quel, ce qui s’y écrivait était à la fois très classique et très moderne, d’avant-garde comme l’on dit. L’idée polémique, selon laquelle Barthes était un classique (dans ses goà »ts comme par son style) dont l’alliance avec Tel Quel était stratégique, est, on le voit, tout simplement absurde. Cette alliance est très facile à comprendre si l’on a le souci historique. Nous vivions une période (du début des années 1960 au milieu des années 1970) vraiment révolutionnaire. Une révolution possible d’ailleurs parce que la situation économique n’était pas mauvaise. Le vieux monde y était attaqué de toutes parts. Quelque chose cherchait à émerger, à surgir, à dépasser les vieux schèmes interprétatifs xénophobes et stalino-collaborateurs. Dans tel moment, on voit apparaître des espaces de captation des forces inventives, créatives. C’était le cas, je pense, de Tel Quel ou de l’Internationale Situationniste, sur des voies différentes et pas forcément convergentes. Barthes, avec d’autres, avait cette exigence d’invention. C’est la raison de son rapprochement, puis de sa participation au mouvement de Tel Quel.

RC - Ces années 70 sont celles qui sont les plus riches en références à vos travaux. Barthes vous cite, en appelle à l’un de vos livres — Drame —, jusque dans sa préface à l’Encyclopédie Bordas. En 1971, vous consacrez un numéro spécial de Tel Quel à celui que l’on peut dire votre ami maintenant. Vous partez ensemble en Chine (1974). Barthes écrit en revenant de ce voyage : « En somme, à peu de choses près, la Chine ne donne à lire que son Texte politique ». Pouvez- vous nous en dire un peu plus sur les conditions de ce voyage ?

PS - A l’origine de ce voyage, encore une convergence de points de vues : la Chine était un horizon linguistique, philosophique, artistique et politique nouveau. Nous étions donc quelques-uns à vouloir aller y voir de plus près. Au-delà de cette convergence d’analyse, nous avions des centres d’intérêt assez différents. Marcelin Pleynet, Julia Kristeva et moi-même avions envie de comprendre comment les corps, la sexualité pouvaient fonctionner là-bas, avec ce système symbolique tellement différent du nôtre. Jacques Lacan cherchait à savoir si le travail psychanalytique était adapté, ou pas du tout, au fonctionnement asiatique. Il s’entretenait beaucoup alors avec François Cheng, ami de longue date qui a dessiné pour moi les idéogrammes de Nombres. François Wahl était notre référent auprès des Editions du Seuil. Roland Barthes, quant à lui, était dans une phase de recentrement — tout à fait tangible dans ses écrits —, qui impliquait une curiosité à ses plaisirs immédiats, à sa sensualité.
Nous devions donc partir ensemble, tous les six. Lacan s’est désisté au dernier moment. Nous sommes partis à cinq.
On peut dire que Barthes s’est ennuyé en Chine [3]. D’abord le programme était très ambitieux, ce qui nous laissait peu de temps. Chacun de nous a observé ce qu’il était venu observer. Le journal qu’a publié Pleynet [4], Les Chinoises de Kristeva [5], ce que j’ai moi-même écrit témoignent de tout cela [6]. Barthes a, lui aussi, fait part de ses impressions. Dans la presse. On peut le lire. Ceci dit, il a préféré son voyage précédent, au Japon. Ce que nous avons connu en Chine était plutôt du genre à nous faire douter de l’authenticité de notre sentiment révolutionnaire.

RC - Revenons aux textes. Ce qui ne laisse de surprendre aujourd’hui, en comparaison avec l’indigence des amitiés intellectuelles que nous connaissons, est que Barthes ne vous convoque jamais dans ce qu’il écrit ou dit qu’en rapport avec votre recherche...

PS - C’est très important. Barthes, avec lucidité, anticipe le règne de l’image et de la « socio-média-manie ». Tout le travail que nous faisions, à Tel Quel et donc avec Barthes, à l’époque, était tendu vers un objectif : la lecture. Pour illustration de la lucidité de Barthes, j’aimerais vous dire qu’aujourd’hui, j’ai lu dans la revue de Régis Debray, Médiologie, un article dans lequel il est dit que je passe tellement de temps à faire autre chose que je ne lis plus, que je n’en ai plus le temps, que je picore... Une telle affirmation a de quoi surprendre. Je pense pourtant avoir fait la preuve que non seulement j’ai le temps de lire, mais que je lis. C’est contre ce type de diffamation que Barthes s’élevait. Avec sa méthode, sans hystérie, il rappelait systématiquement la réalité du travail d’écriture, de lecture. Il y a un moment où il faut rappeler les images sociales à l’ordre, comme il lui est arrivé de l’écrire...

RC - En même temps, il note que dans son système référentiel, vous intégrez le groupe Sollers-Kristeva-Derrida-Lacan : une phase. « Musique de figures, de métaphores, de pensées-mots », ce groupe est classé dans ses catégories d’intérêts en regard avec ce qu’il appelait la textualité.

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Edition de 1975

PS - Au moment où il écrit cela — si mon souvenir est bon c’est dans Roland Barthes par Roland Barthes — il tente déjà non pas de clore, mais de faire un ensemble de son oeuvre. C’est un moment, assez dépressif, d’auto-rassemblement, de retour sur lui, de classification.
Nous sommes à la fin des années 1970, chacun dans différents types d’urgence. Je suis concentré sur Paradis et lui est donc soucieux « d’ensemblisation » et se concentre sur le concept de neutre. Durant cette période, notre amitié était davantage étayée sur l’affectif que sur une réflexion conceptuelle commune, en effet.

RC - Vous partagiez donc une communauté d’intérêts et de références assez large... En vous lisant tous les deux, j’ai relevé, par exemple, que vous avez écrit l’un et l’autre sur Artaud, Bataille, Céline, Twombly, Voltaire, Nietzche, Heidegger... La liste est longue. Questions/réponses que j’ai même cru percevoir dans les titres de vos articles. Barthes : « Le silence de Don Juan », Sollers : « Don Juan et Casanova » ; Barthes : « Plaisir /écriture /lecture », Sollers : « Le style de l’amour » ; Barthes : « Alors ? La Chine. », Sollers : « La Chine, toujours » ; Barthes : «  La lumière du Sud-Ouest », Sollers : « Encore Bordeaux » ; Barthes : « La dernière des solitudes », Sollers : « La solitude de Bataille »... Vos articles sont plus récents. Peut-on les considérer un peu comme les réponses d’une discussion qui s’est poursuivie au-delà de la disparition de Barthes ?

PS - (Rire) Oui... Oui... Cela fonctionne bien effectivement. Sur presque tous les sujets en question, il faisait retentir une note et j’en faisais sonner une autre. Il ne faut pas oublier que Barthes était de confession protestante et originaire du Sud-Ouest, plus au sud toutefois que moi, du côté d’Urt. On est à la fois dans la même région et dans le même horizon : les Lumières. Cela faisait partie des points fixes que nous avions en commun. Un des derniers projets que nous ayons eu ensemble — on en a parlé dix, quinze fois avant sa mort — était de faire une nouvelle encyclopédie. C’eût été notamment l’occasion de reprendre les noms que vous avez cités, et bien d’autres, et d’en redéfinir l’entrée en fonction de ce que l’on aurait pu en dire de neuf aujourd’hui.
Ce projet, je l’ai continué seul, avec La guerre du goût et Eloge de l’infini. C’est une manière de concevoir ces deux livres. Les points d’intérêt et d’analyse que nous avions tous les deux en commun étant clairement identifiés, il n’y avait pas de raison que cela s’interrompe.

RC - 22 ans après la mort de Barthes, en quoi pensez-vous que son oeuvre, importante mais tellement diversifiée, ait marqué le champ de la littérature ?

PS - Ce qui me frappe d’abord c’est la distance. Une distance, toute à son honneur, entre l’incroyable surdité de nos contemporains et la finesse, la profondeur d’écoute que Barthes cultivait. Il disait, comme s’il s’agissait d’une pathologie : « je vois le langage ». Barthes avait un sens extrêmement fin de la langue. Comment voulez-vous qu’il soit entendu aujourd’hui ? Amener la parole à la parole en tant que parole — l’écrit à l’écrit en tant qu’écrit —, comme disait Heidegger, est presque devenu incompréhensible aujourd’hui ; c’était le travail constant de Barthes. Mais peut-être un jour...

Entretien réalisé par Jérôme-Alexandre Nielsberg, Revue Contrepoint - 02/12/2002.

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Le Nouvel Observateur (30 avril 1968)

Le refus d’hériter

par Roland Barthes

L’écriture réclamée et pratiquée par Philippe Sollers conteste un usage ancestral du langage littéraire.

LOGIQUES et NOMBRES par Philippe Sollers
Seuil, 304 p., 19,50 F et 128 p., 12,25 F.

L’idée révolutionnaire est morte en Occident. Elle est désormais ailleurs. Pour un écrivain, cependant, le lieu politique de cet ailleurs (Cuba, la Chine) importe moins que la forme : dans cette migration, ce qui le concerne directement, c’est-à-dire du point de vue de son travail (car l’écrivain, lui aussi, travaille), c’est la dépossession de l’Occident qu’elle implique, l’image nouvelle qu’elle impose : celle d’un champ dont le sujet occidental n’est plus que le centre ou le point de vue. C’est dans ce lointain de la révolution (lointain absolument inédit, « inécrit ») que Philippe Sollers a établi son travail et développe son oeuvre.
Sollers refuse d’hériter — sinon de l’inhéritable. Ce refus d’hériter, que l’on minimise ordinairement sous le nom d’impertinence, peut prendre la forme de positions diverses, les unes fondamentales (on les trouvera dans le programme de « Logiques »), les autres plus contingentes, liées aux activités de la revue et de la collection « Tel Quel », activités qui, elles aussi, sont des écritures. Par exemple : il paraît nécessaire à Sollers de marquer une certaine rupture à l’égard du langage politique des pères ; les pères, en l’occurrence, ce sont les intellectuels et les écrivains de gauche, accaparés pendant les vingt dernières années par le combat antistalinien : leur mode d’inscription politique dans le monde doit être maintenant désécrit, écrit d’une manière contradictoire, « scandaleuse ».
Un communiste à « Tel Quel » ? Pourquoi pas, si cela est désécrire l’anticommunisme dont s’est nourrie (et surnourrie) l’intelligentsia de gauche, et si c’est du même coup — il ne faut pas l’oublier — désécrire l’antiformalisme traditionnel des intellectuels communistes ? Deux « héritages » qu’il n’est pas mauvais d’annuler l’un par l’autre, d’autant qu’ils ont en commun la même inattention tranquille à la responsabilité des formes.

La rupture fondamentale

Quant à la rupture fondamentale, celle qui est justifiée principalement dans « Logiques » et allusivement dans « Nombres », elle a pour objet l’histoire de notre littérature. L’essentiel de cette littérature, pour Sollers, a été pendant des siècles et est encore soumise à une forme unique de lisibilité : une tragédie de Racine, un conte de Voltaire, un roman de Balzac, un poème de Baudelaire ou un récit de Camus impliquent un même ressort de lecture, une même idée du sens, une même pratique de la narration, en un mot une même « grammaire ». Or cette grammaire profonde, grammaire de la lecture et non simple grammaire de la langue française, on commence à en démonter les règles, et elle apparaît dès lors comme particulière, bien que "nous" la vivions encore comme universelle, c’est-à -dire comme naturelle. Du même coup une autre langue paraît possible, révolutionnairement justifiée : celle qui, d’une manière excentrique, a commencé à s’écrire ici et là , à la limite de cette lecture canonique du « réel », qui a imprimé sa marque unique à tout le discours occidental. Mallarmé, Lautréamont, Roussel, Artaud, Bataille, dont s’occupe Sollers dans « Logiques », sont les premiers opérateurs de cette autre langue, leur écriture n’est en rien un style ou une manière, à quoi l’on adhérerait par « goût » (selon ce vieux principe voltairien qui réduit tout phénomène à sa plus petite cause possible), mais un acte de dénégation, destiné à secouer le droit naturel des anciens textes et à périmer les concepts (sujet, réel, expression, description, récit, sens), sur quoi reposaient leur fabrication et leur lecture.

Fin de la représentation

La contestation portée par Sollers à la littérature (puisque tel est le nom de l’ancienne écriture) n’entraîne pas seulement une révision de la manière d’écrire, mais aussi : une définition nouvelle du réel, de l’écrivain et de leur travail réciproque. Pour comprendre l’action de Sollers, il faut partir du signe, terme commun à toutes les recherches récentes, même si le signe doit être finalement emporté dans un espace, un texte qui le détruira. Ce que les écrivains ont longtemps appelé le « réel » n’est lui-même qu’un système, un flux d’écritures, échelonnées à l’infini : le monde est toujours déjà  écrit. Communiquer avec le monde (voeu pieux qu’on oppose superbement à tous les « formalismes »), ce n’est donc plus mettre en contact un sujet et un objet, un style et une matière, une vision et des faits, c’est traverser les écritures dont est fait le monde comme autant de « citations » dont l’origine ne peut être ni tout à fait repérée, ni jamais arrêtée, c’est produire cette écriture textuelle, demandée par Sollers, expression qui n’a rien de mystérieux, si l’on veut bien penser que le texte est étymologiquement parlant, un tissu, un réseau d’écritures — et non un tableau que l’écrivain extrairait de sa conscience ou de la réalité, en recevant parcimonieusement de l’art le droit de les déformer.
L’écriture réclamée et pratiquée par Sollers conteste donc un usage du langage littéraire, celui de la représentation. Depuis des siècles, la littérature prend pour modèle la peinture, en tant qu’elle figure des actions, des paysages, des caractères ; d’où le récit, la description, le portrait.
Cependant la peinture elle-même, en cinquante années, de Cézanne à Duchamp, comme le rappelait le prospectus d’une exposition récente, a aboli l’un après l’autre, la tradition, le sujet, l’objet et la peinture elle-même ; notons que Cézanne, Picasso, Kandinski ou Duchamp n’en paraissent pas pour autant « incompréhensibles » ; mais le langage, matière commune à l’écrivain et à tous les hommes, offre sans doute, socialement, bien d’autres résistances. Quoi qu’il en soit, l’enjeu est le même : de la page à la toile, à l’objet, grâce à ce que Sollers appelle le « trait », par opposition à la « voix », organe mythique de l’expression, mettre l’écriture dehors, en circulation avec les écritures dont s’écrit le monde en mouvement : c’est ce que fait « Nombres », où l’on trouvera, disséminées comme des germes à travers l’une des plus belles langues qui soient en français (car le « bonheur d’expression » est cela même qui était déjà moderne dans les anciens textes) beaucoup d’écritures qui viennent de ces autres langues (la mathématique ou la chinoise, par exemple), dont l’ensemble forme nécessairement pour nous la langue de l’autre.
Le congé donné à la représentation (ou, si l’on préfère, à la figuration littéraire) a, entre autres, une conséquence importante : il n’est plus possible de mettre quelque chose ou quelqu’un derrière l’auteur ; à la surface de l’écriture plurielle, celui qui écrit ne saurait être recherché : « Nombres » n’en donne aucune image, même (et surtout) cachée ; tout ce qui faisait le poids de l’imaginaire (thèmes, répétitions, indices, fabulations, scénarios) est au fur et à mesure sorti de l’écriture, car abolir le récit c’est dépasser le fantasme : il faut concevoir l’écrivain (ou le lecteur : c’est la même chose) comme un homme perdu dans une galerie de miroirs : là où son image manque, là est la sortie, là est le monde.

L’incendie

Le rapport de cela avec la révolution ? Un écrivain ne peut se définir que par son travail. Au regard de ce travail, la révolution est essentiellement une forme, celle de la dernière différence, la différence qui ne ressemble pas. Placé devant une situation historique nouvelle, Sollers en profite : il exploite le principe, longtemps censuré, selon lequel le rapport de la révolution et de la littérature ne peut être analogique, mais seulement homologique : à quoi bon copier le réel, même d’un point de vue révolutionnaire, puisque ce serait recourir a la langue bourgeoise par excellence, qui est précisément celle de la copie ? Ce qui peut passer de la révolution dans l’écriture, c’est la subversion, l’incendie (image sur laquelle s’ouvre « Nombres »), ou, si l’on préfère parler positivement, le pluriel (écritures, citations, nombres, masses, mutations). Ce dont Sollers marque à la fois la suite et le commencement, c’est cette sortie hors du jeu narcissique de l’Occident, l’avènement d’une différence absolue — que la politiique se chargera bien de représenter à l’écrivain occidental, s’il ne prend les devants.

R. B., Le Nouvel Observateur du 30 avril 1968.

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Roland Barthes par Roland Barthes

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Roland Barthes par Roland Barthes (1975), p.164

Denis Roche explique comment s’est fait le livre.
Françoise Gaillard lit Qu’est-ce que ça veut dire ? (p.154 du livre).
Denis Roche lit La baladeuse (p.54).
Severo Sarduy lit la Lettre de Jilali (p.115).

Le 2 novembre 1975, Roland Barthes s’entretient avec son ami François Wahl (rediffusion sur les Nuits de France Culture le 2 octobre 2015)

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Roland Barthes. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Barthes dans la revue et la Collection Tel Quel

La revue :

La littérature, aujourd’hui], n° 7 Automne 1961
Littérature et signification, n° 16 Hiver 1964
L’arbre du crime, n° 28 Hiver 1967
Leçon d’écriture, n° 34 Eté 1968
Comment parler à dieu, n° 38 Eté 1969
Ecrivains, Intellectuels, Professeurs, n° 47 Automne 1971
Réponses, n° 47 Automne 1971
Situation, n° 57 Printemps 1974
Untel par lui-même, n° 61 Printemps 1975
L’obscène de l’amour, n° 68 Hiver 1976
Délibération, n° 82 Hiver 1979
On échoue toujours..., n° 85 Automne 1980

Voir Tel Quel à l’index

La collection :

Essais critiques, Editions du Seuil, Coll. Tel Quel, Paris,1964


Critique et vérité, Editions du Seuil, Coll. Tel Quel, Paris, 1966
S/Z, Editions du Seuil, Coll. Tel Quel, Paris, 1970
Sade, Fourier, Loyola, Editions du Seuil, Coll. Tel Quel, Paris, 1971
Le plaisir du texte, Editions du Seuil, Coll. Tel Quel, Paris, 1973
Fragments d’un discours amoureux, Editions du Seuil, Coll. Tel Quel, Paris, 1977

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R.B. (Tel Quel 47)

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En 1971, Tel Quel rompt avec le Parti communiste français. Le numéro 47 de la revue publie les Positions du Mouvement de Juin 1971, critique à la fois les positions politiques et idéologiques bourgeoises, petites-bourgeoises et "révisionnistes" qui, après Mai 68, tendent à devenir hégémoniques. Sectarisme ? Dogmatisme ? Beaucoup le clameront ou le souhaiteront. Pourtant il est symptomatique que, dans le même numéro, un hommage appuyé soit donné à Roland Barthes que rien ne permettait d’identifier à un quelconque "gauchiste". C’est que, malgré les apparences et les slogans, ce n’est pas la politique qui est "au poste de commandement", mais l’écriture, la littérature, comme « question non subordonnée, nouvelle, lieu de mise en abîme du savoir lui-même ». Dans ce numéro 47 Sollers publie un des textes les plus précis qui ait jamais été écrit sur Barthes : R.B.

Le début.

« Ce qui frappe d’abord, dans le travail de R.B., c’est sa stratégie. Combat sans emphase, régulier, coupant, continu pour une rationalité éveillée, contre ce qui semble toujours à travers le temps, provoquer chez lui la même nausée : l’empoissement, le graisseux, l’à peu près, le « ni-ni », le tiers non exclu, le stéréotype, la périphrase, l’hyperbole, la frivolité, l’évitement critique. La dérobade est dénégation : elle fonde l’appréciation mécanique, le détour non-pensé de langage qui vient exposer un sujet dépendant, rivé viscéralement au réflexe qui l’a limité. R.B., au contraire, s’expose : élégance ponctuelle, en creux. Il arrive à l’heure, est capable de transformer son poids assez vite, s’ennuie rapidement, n’a jamais l’air de s’amuser trop, se souvient. Il est le contraire de l’universitaire ou de l’écrivain tapageurs, toujours disposé à parler des « affaires » du petit milieu du savoir et de sa performance narcissique : avancements, rétrogradations, influences, carrière. Il ne s’intéresse pas forcément à ses contemporains (et, donc, ne les hait pas sur commande). Rien du voyageur intellectuel de commerce, bien connu dans nos régions qui, ayant à son actif tel ou tel « acquis » scientifique, l’incarne jusqu’à l’angoisse, sort de sa serviette les articles publiés sur lui, gère spasmodiquement son influence sur un fond perceptible de chantage à la renommée internationale. Nous sommes habitués à ces figures rotatives et abusives de savants cosinus : rêves de dictatures éphémères, désir à peine dissimulé de revanche sur las amis de jeunesse qui, eux, en « faisaient ». Quoi ? De la « littérature », de la « poésie ». R.B. doit déplaire - a déplu, déplaira - de façon automatique à trois types d’exploitants idéologiques : l’écrivain inspiré, « l’artiste » ; le prof borné ; le savant-surmoi. Autrement dit : à trois discours sans recul, sans la retenue qui dédouble. Cette manie courante, orale, intestinale, R.B. l’appelle : le « vouloir-saisir ».

Il écrit d’une large écriture bleue, aérée. Syntaxiquement musicale. Sans surcharges, sans inutilités. Ce n’est pas lui qui, d’une théorie plus ou moins laborieusement bricolée, tirerait une méthode passe-partout, une sorte de clé des textes. On connaît l’astuce : la grille minimale, retouchée par à -coups et, venant des quatre coins d’une mémoire qui n’a plus, depuis longtemps, à se justifier, les « illustrations », soi-disant probantes. Fragments poétiques, proverbes flottants, dictons, comptines, réminiscences : la panoplie du cosmopolitisme critique. Du cosmoapolitisme. R.B. n’est pas cosmopolite, mais réellement, fondamentalement, pluriel. Y a-t-il tellement de sujets-mouvants ? Chez lesquels on ne rencontre pas la moindre trace de : racisme, xénophobie, nationalisme, bref, d’hystérie ? L’hystérique est l’anti-R.B. : ce qui ne retient pas son autre, celui (celle) pour lelaquelle il n’y a pas d’autre. R.B. ou l’anti-névrose. Disons qu’il est inflexiblement, naturellement, démocrate. Tout ce qui, à l’endroit ou à l’envers, est imprégné de fascisme, le plus souvent sans le savoir, sans pouvoir le savoir (c’est-à -dire en le projetant au besoin sur autrui), ne peut que le trouver contre. R.B. contre le « vouloir-saisir » : ce pourrait être une bande dessinée. Le petit-bourgeois français s’y verrait simplement congédié par une liberté de langage : crispé, réactif, aigri, transférentiel, innombrable, seul, il défilerait, profil crayonné par Daumier, devant un lieu vide sur lequel il ne pourrait s’empêcher d’exhaler sa rancoeur. » [...]

« R.B. test projectif. R.B. déclencheur et anti-censeur. Réserve, ténacité, flexion rentrante, voix neutre, qualité de blanc. Blanc aufklärung, blanc-marge-ironie, couleur de ce qu’il y a d’audible dans la couleur. R.B., ou la vigilance auto-critique : ce qu’il nous renvoie, c’est sa propre auto-surveillance, sa posture auto-analytique prête à répéter chaque noeud d’excès, chaque symptôme, chaque engorgement. Ici, protestantisme, mais tempéré, vidé, japonisé. » (TQ 47, p.19-20)

La fin.

« R.B. en lutte pour la reconnaissance de la jouissance, continent nouveau. Lacan : « Le droit à la jouissance, s’il était reconnu, relèguerait dans une ère dès lors périmée la domination du principe de plaisir. » Personne, comme R.B., n’a écrit de façon aussi directe, simple, amicale et juste de Sade : « La délicatesse sadienne... est une puissance d’analyse et un pouvoir de jouissance. » Personne n’a mieux vu que le « sadisme » n’était que « le contenu vulgaire du texte sadien ». Aujourd’hui, plus que jamais, ce qui menace, ce qui pèse ici, parmi nous, c’est bien un nouveau conformisme, ronron immémorial de gâtisme, et comment ne pas être aussi pour toutes les formes de résistance et de subversion ? Contre toutes les formes de censure ? R.B. : « La censure est détestable à deux niveaux : parce qu’elle est répressive, parce qu’elle est bête ; en sorte qu’on a toujours envie, contradictoirement, de la combattre et de lui faire la leçon. » Ce n’est pas ici adopter une position abstraite, c’est prouver concrètement, sur chaque cas concret, que ce qui passe généralement pour du « terrorisme » n’est qu’une violence répondant à une bien plus forte et permanente violence, la seule façon curative de lutter contre le dogmatisme et son double mou : l’éclectisme exclusif. Cette position doit elle-même déboucher, si elle veut être efficace, sur une ligne révolutionnaire. Il n’y a rien à céder devant la parodie petite-bourgeoise. Il y a tout à inventer, à cribler, à critiquer, à refaire. « Transgresser, c’est nommer hors de la division du lexique (fondement de la société au même titre que la division des classes). » Il y a tout à apprendre d’un corps et d’un sujet inouïs dans la langue, multiple, désarticulé, hors-miroir. Non, Sade n’aura pas pour rien payé son exigence. Il faut affirmer la plus vaste revendication, savoir l’affirmer, l’affirmer dans et pour le savoir.

Ai-je dit que R.B., dans la viscosité de la franfrance bourgeoise, était un des rares grands écrivains de ce temps ? Que l’Empire des signes, le Sade, Fourier, Loyala étaient des chefs-d’oeuvre ? Qu’il avait inventé l’écriture-séquence, le montage flexible, le bloc de prose à l’état fluide, la classification musicale, l’utopie vibrante du détail, une base solide pour une transformation enfin supportable (discrète) des rapports humains, le satori syntaxique, irruption du langage dans la vérité du langage ? Ne l’ai-je pas assez dit ? Vais-je être obligé de me répéter ? Freud ; « La nouveauté sera toujours la condition de la jouissance. » Tout est combat, affirmons le début. »
(TQ 47, p.26 ; R.B., le texte intégral. pdf  [7])

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L’empire des signes, Albert Skira éditeur, 1970.

Sollers lit un extrait de L’empire des signes

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R.B. par R.B.,1975, p.29
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Barthes : Sollers écrivain

En 1979 Sollers n’a pas publié de "roman" depuis six ans (H est de 1973). Il y a bien ce "machin" bizarre dont des extraits sont publiés dans chaque numéro de Tel Quel depuis cinq ans, mais qui y prête attention ? Sollers lui-même, selon une stratégie éprouvée, occupe le devant de la scène et mène sa lutte idéologique. C’est le moment que Barthes choisit pour publier un recueil des différents textes qu’il a écrit sur Sollers depuis quinze ans. Le titre ? Sollers écrivain. Le livre s’ouvre ainsi :

« — N’oublions pas Sollers.
— Mais on ne parle que de lui ! Hier encore, j’ai vu qu’on l’attaquait dans un quotidien de gauche. On lui reprochait d’avoir été stalinien (puisqu’il a assisté à la Fête de l’Humanité), maoïste (puisqu’il a visité la Chine) et d’être maintenant cartérien (puisqu’il est allé aux Etats-Unis).
On ne parle jamais de lui. On ne dit plus jamais que c’est un écrivain, qu’il a écrit et qu’il écrit.
— Si vous pensez à Paradis, dont il fait paraître des fragments dans chaque livraison de Tel Quel, avouez que c’est illisible.
Paradis est lisible (et drôle, et percutant, et riche, et remuant des tas de choses dans toutes les directions — ce qui est le propre de la littérature) [...] » [Je souligne. A.G.]

Après Drame, poème, roman (1965-1968), Le refus d’hériter (1968), Par-dessus l’épaule (1973), Situation (1974), le dernier texte de Sollers écrivain reprend un extrait du cours sur le Neutre que fit Barthes le 6 mai 1978 au Collège de France. C’est

« L’oscillation » (1978)

Voici le moment du cours où Barthes, après avoir parlé de l’hésitation gidienne, évoque "l’éthique" de l’"oscillation" sollersienne (11’) :

La transcription réécrite par Barthes et publiée en mars 1979 dans Sollers écrivain :

« Kafka disait à Janouch : "Je n’ai rien de définitif." Ce mot d’un écrivain nous renvoie à deux conduites, deux thèmes, deux discours : l’Hésitation, dont je viens de parler, et l’Oscillation, dont je vais parler.

Bien que je ne veuille pas traiter à fond de ce "cas", parce qu’il s’agit d’un ami proche, de quelqu’un que j’aime, estime et admire, et aussi parce qu’il s’agit d’un problème " chaud ", de ce qu’on pourrait appeler "une image en action", je crois devoir dire un mot de Sollers : demander qu’on l’interprète selon la perspective d’une pensée sérieuse, et non à coup d’humeurs et d’agacements. Cette pensée sérieuse est précisément celle de l’OsciIIation. Sollers, en effet, semble donner le spectacle de palinodies brusques, qu’iI n’explique jamais, produisant ainsi une sorte de "brouillage " qui déconcerte et irrite l’opinion intellectuelle. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Je voudrais faire ici deux remarques.

La première est que, par ses "oscillations", il est évident que Sollers remet en question le rôle traditionnel de l’intellectuel (je dis bien "rôle", et non "fonction"). Depuis qu’il existe comme figure sociale (c’est-à -dire depuis la fin du XIXe siècle, et plus précisément depuis l’affaire Dreyfus), l’intellectuel est une sorte de Procureur Noble des Causes Justes. Bien sur, ce n’est pas la nécessité de son action qu’il s’agit de contester ; c’est la consistance d’une figure de la Bonne Conscience, c’est un drapé qu’il s’agit de déranger. Or Sollers, de toute évidence, pratique une "écriture de vie", et introduit dans cette écriture, pour reprendre un concept de Bakhtine, une dimension carnavalesque ; il nous suggère que nous entrons dans une phase de déconstruction, non de l’action de l’intellectuel, mais de sa "mission".

Cette déconstruction peut prendre la forme d’un retrait, mais aussi d’un brouillage, d’une série d’affirmations décentrées. Sollers ne ferait en somme qu’accomplir un mot du Quotidien du peuple de Pékin (1973), donné en exergue à un numéro de Tel Quel : "Nous avons besoin de têtes brûlées, pas de moutons." La secousse imprimée volontairement à l’unité du discours intellectuel est donnée à travers une série de "happenings", destinés à troubler le sur-moi de l’intellectuel comme figure de la Fidélité, du Bien moral — au prix, évidemment, d’une extrême solitude ; car le "happening", n’est pas reçu dans cette pratique que je voudrais voir un jour analysée dans une étude qui pourrait s’appeler "éthologie des intellectuels".

La seconde remarque, c’est qu’à travers une musique comme effrénée de l’Oscillation, il y a chez Sollers, j’en suis persuadé, un thème fixe : l’écriture, la dévotion à l’écriture. Ce qui est nouveau, ici, c’est que cette soumission inflexible à la pratique d’écriture (quelques pages de Paradis tous les matins) ne passe plus par une théorie de l’Art pour l’Art, ni non plus par celle d’un engagement mesuré et ordonné (des romans, des poèmes d’un côté, des signatures de l’autre) ; elle semble passer par une sorte d’affolement radical du sujet, sa compromission multipliée, incessante et comme infatigable. On assiste à un combat fou entre l’"inconclusion", des attitudes, outrées, sans doute, mais dont la succession est toujours ouverte ("Je n’ai rien de définitif") et le poids de l’Image, qui tend invinciblement à se solidifier ; car le destin de l’Image, c’est l’immobilité. S’attaquer à cette immobilité, à cette mortification de l’Image, comme le fait Sollers, c’est une action dangereuse, extrême, dont l’extrémité ne serait pas sans rappeler les gestes, incompréhensibles pour le sens courant, de certains mystiques : El Hallàj.

L’intelligentsia oppose une résistance très forte à l’Oscillation, alors qu’elle admet très bien l’Hésitation. L’Hésitation gidienne, par exemple, a été très bien tolérée, parce que l’image reste stable : Gide produisait, si l’on peut dire, l’image stable du mouvant. Sollers au contraire veut empêcher l’image de prendre. En somme, tout se joue, non au niveau des contenus, des opinions, mais au niveau des images : c’est l’image que la communauté veut toujours sauver (quelle qu’elle soit), car c’est l’Image qui est sa nourriture vitale, et cela de plus en plus : sur-développée, la société moderne ne se nourrit plus de croyances (comme autrefois), mais d’images. Le scandale sollersien vient de ce que Sollers s’attaque à l’Image, semble vouloir empêcher à l’avance la formation et la stabilisation de toute Image ; il rejette la dernière image possible : celle de : "celui-qui-essaye-des-directions-différentes-avant-de-trouver-sa-voie-définitive" (mythe noble du cheminement, de l’initiation : "après bien des errements, mes yeux se sont ouverts") : il devient, comme on le dit, " indéfendable " !. »

Roland Barthes, Sollers écrivain, Le Seuil, 1979.

L’oscillation traduit en chinois par Sophie Zhang.

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Commentaires de Sollers

En 1992, Philippe Sollers lit et commente le livre que Barthes lui a consacré. Dans et après la récupération et le "ravalement" qui commencent dans les années 70, qu’en est-il d’une singularité qui échappe à toute particularité, toute sexualité, toute communauté ? Toute communauté, quelle qu’elle soit, veut sauver l’Image. Comment éviter que cette Image (sociale, médiatique) "prenne" ? Qu’est-ce que cette "technique" de l’"oscillation" que, selon Barthes, Sollers aurait inventée ?

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En 2007, dans Guerres secrètes, Sollers revient à nouveau sur la figure de l’oscillation. C’est aussi une figure stratégique et dionysiaque. Sollers écrit :

« Roland Barthes a fait en 1978 une improvisation à mon sujet, qui s’appelle « L’oscillation ». Il y fait un parallèle entre l’hésitation gidienne et l’oscillation incessante dont je semble être possédé. Il rapporte en passant que l’hésitation, voie initiatique de compréhension progressive, est très bien tolérée socialement, comme si c’était un modèle parrainé d’une certaine façon par la vision intellectuelle. C’est une voie progressive, je dirais même progressiste, qui implique des retours, des autocritiques, des mises au point. Il part donc d’une phrase de Kafka : « Je n’ai rien de définitif », et il dit que mon axe d’action est d’empêcher l’image de prendre. Il prophétise que nous allons vivre de plus en plus dans une civilisation de l’image, et que celui qui s’attaque à la non-fixation de l’image commet là un acte grave. J’allais dire dionysien. Le terme choisi là est l’oscillation, très mal tolérée.
Ce dieu [Dionysos] oscille entre présence et absence, et sa nature est éminemment épiphanique ou « théophanique ». »
(carnets nord, p.171)

Voir aussi notre article, Dionysos et le Ressuscité.

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Sade, Fourier Loyola

Tribune des critiques, 29 décembre 1971
Roland Barthes dialogue avec Pierre Barbier, Stanislas Fumet, Hubert Juin, Luc Estang.

« Sade, Fourier et Ignace de Loyola ont été des classificateurs, des fondateurs de langues : langue du plaisir érotique, langue du bonheur social, langue de l’interpellation divine, chacun a mis dans la construction de cette langue seconde toute l’énergie d’une passion.

Cependant, inventer des signes (et non plus, comme nous le faisons tous, les consommer), c’est entrer paradoxalement dans cet après-coup du sens, qu’est le signifiant ; en un mot, c’est pratiquer une écriture. L’objet de ce livre n’est pas de revenir sur les propositions de contenu dont on crédite ordinairement nos trois auteurs, à savoir une philosophie du Mal, un Socialisme utopique, une mystique de l’obéissance, mais de tenir Sade, Fourier et Loyola pour des formulateurs, des inventeurs d’écriture, des opérateurs de texte.

Je crois ainsi poursuivre un projet ancien, dont l’intention théorique pourra se lire à travers ces études concrètes et spéciales : jusqu’où peut-on aller d’un texte en ne parlant que de son écriture ? » — R.B.

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Le plaisir du texte

Editions du Seuil, Collection Tel Quel, 1973.

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Barthes et Michelet

Extrait de l’émission "Des Milliers de Livres Ecrits à la Main", TF1, 11-08-1976, (2’35).



Il faut relire le Michelet (1954), y repérer l’appréhension, le dégagement, de ce sujet historique pratiquant le langage comme sujet, comme histoire. « Le discours de Michelet — ce qu’on appelle le style — est précisément cette sorte de navigation concertée qui mène bord à bord, comme un poisson et sa proie, l’Histoire et son narrateur. » Michelet « prédateur », musicien rompu de la verticalité narrative, des « états intermédiaires de la matière », transformiste, liant, dérobé. Michelet-organe : « Les Rois et les Reines de Michelet forment une véritable pharmacie de l’écoeurement. Ils ne sont pas condamnés, ils sont vomis. » / « L’acte surpris est en effet une dimension nécessaire à la représentation du corps humain dans l’Histoire. » La Femme, La Sorcière, La Mer, L’Insecte, Le Peuple... Bataille, R.B. ont, presque seuls fait ressortir la force retenue, détournée (signifiante, car, en signifié, Michelet reste bien un idéologue petit-bourgeois) qui s’agite ici ; ici, c’est-à -dire pour le champ français téléanesthésié d’aujourd’hui. Michelet voyeur, sensible à la cicatrice qui suinte derrière la machinerie historique : « La crise sanguine découvre la femme comme la mue terrible et nécessaire de certains insectes, elle est une ultra-nudité, elle fait de la femme un être sans coque et sans secret, aussi exposé qu’une fourmi sans carapace ou une chrysalide sans cocon. » (R.B.) Il faut relire, de Michelet, le passage sur la mâchoire fracassée de Robespierre. Qui a vu que, loin de la seule « analyse de textes », R.B. a capté, entre les lignes, l’ombre portée de Michelet, de Balzac, leur ressource fantasmatique ultime, leur ressort, leur « boîtier » ?

Philippe Sollers, R.B., Tel Quel 47, p.23.

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Vérité de Barthes

Treize ans après la mort de Roland Barthes, son éditeur nous annonce enfin le début de parution de ses Oeuvres complètes. Comme il ne s’agit pas, nous dit-on, d’une édition critique, mais d’un simple rassemblement chronologique de livres et de textes, le travail, pendant tout ce temps, n’a pas dû être accablant. Quoi qu’il en soit, réjouissons-nous : il y aura des surprises.

En 1974, Barthes écrivait dans le Monde ce point de vue qui était aussi une confidence biographique : "Le procès que l’on fait périodiquement aux intellectuels est un procès de magie : l’intellectuel est traité comme un sorcier pourrait l’être par une peuplade de marchands, d’hommes d’affaires et de légistes ; il est celui qui dérange des intérêts idéologiques... Un tel procès peut exciter périodiquement la galerie comme tout procès de sorcier ; son risque politique ne doit cependant pas être méconnu : c’est tout simplement le fascisme, qui se donne toujours et partout pour premier objectif de liquider la classe intellectuelle."

Le fascisme, qu’il soit gris, noir, marron, brun ou rouge, a donc périodiquement la même couleur blanche de purification psychique. On peut d’ailleurs lui ajouter, pour faire bonne mesure, le vert islamique, comme le prouvent les intellectuels arabes et musulmans condamnés à mort ou assassinés un peu partout dans le monde. Mais s’y ajoute aussi, nous le savons bien, un para-fascisme sournois, tourbillonnant et multicolore de la marchandise (liquidation en douceur par la loi du marché, le Spectacle, la dégradation de l’enseignement). La fin de ce siècle est sévère, mais elle n’a rien d’étonnant pour celui qui, comme Barthes, pense que le fascisme, loin d’être une éruption exceptionnelle, est une maladie endémique. Or l’intellectuel, par expérience, pense ainsi ; et déjà , il choque.

Repartons donc de plus loin. En 1957, un auteur à peine connu publie un petit livre drôle et froid, insolite, insolent, corrosif, Mythologies. Son but est de décrire à distance, pour mieux la neutraliser, la comédie sociale. La méthode n’est pas très différente d’un voyage de Gulliver, sauf que les Lilliputiens, ici, sont prisonniers de croyances spontanées et de superstitions qui sont, peut-être, toujours les nôtres. Quoi, pensera-t-on, tout cela est loin, nous avons vécu tant de transformations et de mutations, il est impossible que nous n’ayons pas changé ! Voyons donc quelques exemples concrets.

L’opinion dominante (notamment dans la critique littéraire) : "On connaît la scie : trop d’intelligence nuit, la philosophie est un jargon inutile, il faut réserver la place du sentiment, de l’intuition, de l’innocence, de la simplicité, l’art meurt de trop d’intellectualité, l’intelligence n’est pas une qualité d’artiste, les créateurs puissants sont des empiriques, l’oeuvre d’art échappe au système, en bref la cérébralité est stérile."

Le magazine Elle ("véritable trésor mythologique") : "A en croire Elle, qui rassemblait naguère sur une même photographie soixante-dix romancières, la femme de lettres constitue une espèce zoologique remarquable : elle accouche pêle-mêle de romans et d’enfants. On annonce, par exemple : Jacqueline Lenoir (deux filles, un roman) ; Marina Grey (un fils, un roman) ; Nicole Dutreil (deux fils, quatre romans), etc."

L’abbé Pierre : "Le mythe de l’abbé Pierre dispose d’un atout précieux : la tête de l’abbé. C’est une belle tête, qui présente tous les signes de l’apostolat : le regard bon, la coupe franciscaine, la barbe missionnaire, tout cela complété par la canadienne du prêtre-ouvrier et la canne du pèlerin. Ainsi sont réunis les chiffres de la légende et ceux de la modernité."

Le mariage à grand spectacle : ""Un grand mariage", il ne faut pas l’oublier, est une opération fructueuse de comptabilité... L’ordre se nourrit sur l’amour, le mensonge, l’exploitation, la cupidité, tout le mal social bourgeois est renfloué par la vérité du couple."

Et ainsi de suite, ce qui, on le reconnaîtra, pourrait être daté d’aujourd’hui. Il est question aussi bien du style photographique du studio Harcourt ; de la technique publicitaire de Paris-Match ou de l’Express ; de la sottise de Dieu quand il parle à travers l’évangéliste Billy Graham ; de l’astrologie (qui est " la littérature du monde petit-bourgeois ") ; d’une grimace permanente, spécifiquement française, qu’on appelle le poujadisme ; de la représentation idéalisée des hommes politiques. Tout se tient, et nous découvrons que nous vivons dans un ordre qui se dit naturel mais qui, dans chacune de ses parties, est puissamment voulu.

Lectures pour tous, ORTF, 29 mai 1957

Pas de grands mots, cependant, chez Barthes ; pas d’anathème, de prédication, de dénonciation : toute la force de la démonstration est dans la description apparemment neutre. Il est humiliant, pour une société, d’être ainsi révélée à elle-même, le plus grand affront qu’on puisse lui faire étant de lui communiquer qu’on ne la croit pas. Barthes aura donc, d’emblée, mauvaise réputation, ce que n’arrangera même pas, tardivement, son élection au Collège de France (la contestation de 68 avait fait très peur).

Il faut dire qu’à la fin des années 70, le Marché, impatient de s’étendre, en avait plus qu’assez de ce Sartre hyper-encombrant, de ce Lacan incompréhensible et perturbant, de ce Barthes raisonneur et caustique. Il a donc été soulagé de leur disparition, en même temps qu’il se racontait peu à peu, son vieil ennemi complice stalinien se trouvant de plus en plus jugulé, qu’il était l’incarnation de la fin de l’Histoire. Nous y sommes (mais Mythologies l’annonçait clairement) : "L’Histoire s’évapore ; c’est une sorte de domestique idéale : elle apprête, apporte, dispose ; le maître arrive, elle disparaît silencieusement ; il n’y a plus qu’à jouir sans se demander d’où vient ce bel objet. Ou mieux : il ne peut venir que de l’éternité ; de tout temps, il était fait pour l’homme bourgeois ; de tout temps, l’Espagne du Guide bleu était faite pour le touriste ; de tout temps les "primitifs" ont préparé leurs danses en vue d’une réjouissance exotique."

Barthes expliquait déjà que le mythe de gauche, vaincu d’avance, était pauvre, raide, sans invention, littéral, sec ; que la vie quotidienne lui était inaccessible ("quoi de plus maigre que le mythe stalinien ?") En revanche, disait-il, le Mythe est essentiellement de droite. Il est "bien nourri, luisant, expansif, bavard" (allumez votre télévision). Comme le Marché, le Mythe est partout, il irradie tout, il se parle, à la limite, tout seul dans les têtes. Sa nature est de se croire insituable dans le temps comme dans le discours. C’est donc en toute sincérité qu’il congédie l’Histoire à son profit et qu’il s’imagine être au-dessus des idéologies.

Il est là, maintenant, pour toujours. Son narcissisme est aussi inébranlable qu’exclusif. Il réalise l’apothéose du petit-bourgeois planétaire, dont il ne faudra pas être surpris qu’il soit à nouveau rongé par le racisme : "Le petit-bourgeois est un homme impuissant à imaginer l’autre. Si l’autre se produit à sa vue, le petit-bourgeois s’aveugle, l’ignore ou le transforme en lui-même." Le petit-bourgeois, et la petite-bourgeoise donc : nous y voici.

Barthes aurait-il eu envie, pour finir, de reprendre ses analyses mythologiques ? Plusieurs indices le laissent penser. Mais en réalité, après le rêve d’une science générale des signes (notamment l’essai très important sur la mode), on sait qu’il déléguait de plus en plus à la littérature le rôle d’une résistance active au mythologique, un pouvoir de contre-pouvoir quasi religieux. En 1979, un an avant sa mort : "Faire un dictionnaire contemporain des intolérances (la littérature, en l’occurrence Voltaire, ne peut être abandonnée tant que subsiste le mal dont elle a porté témoignage)."

Et la même année : "La littérature a sur moi un effet de vérité autrement plus violent que la religion. Je veux dire simplement par là qu’elle est comme la religion." Il faudra donc relire cet immense travail diagonal pour affirmer et faire vivre l’épaisseur et la complexité littéraires. Racine, d’abord (avec comme conséquence une tempête à la Sorbonne). Balzac, plus tard (au grand émoi des paléo-marxistes ou des attardés du Nouveau roman). Mais aussi La Rochefoucauld, La Bruyère, Chateaubriand, Fourier, Michelet, Stendhal, Flaubert, Proust (la fin de sa vie est tournée de plus en plus vers Proust).

C’est là , répète-t-il sans cesse et non sans une angoisse émouvante, c’est là que se joue la vraie partie de la vérité et de la liberté humaine ; oui, là , dans cette mémoire singulière, imprimée, généreuse, multiple ; là et pas ailleurs.

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1971

D’où cet avertissement, dans un de ses plus beaux livres Sade, Fourier, Loyola (1971) : "La vraie censure, la censure profonde, ne consiste pas à interdire (à couper, à retrancher, à affamer), mais à nourrir indûment, à maintenir, à retenir, à étouffer, à engluer." Cette proposition, plus que jamais, est carrément subversive car elle déplace, stratégiquement, les enjeux d’un combat séculaire à propos duquel nous répétons trop souvent des clichés prévus par les formes nouvelles de domination.

Ainsi, dans cette magistrale appréciation de Sade : "La subversion la plus profonde (la contre-censure) ne consiste pas forcément à dire ce qui choque l’opinion, la morale, la loi, la police, mais à inventer un discours paradoxal. L’invention (et non la provocation) est un acte révolutionnaire : celui-ci ne peut s’accomplir que dans la fondation d’une nouvelle langue. La grandeur de Sade n’est pas d’avoir célébré le crime, la perversion, ni d’avoir employé pour cette célébration un langage radical ; c’est d’avoir inventé un discours immense, fondé sur ses propres répétitions (et non sur celles des autres), monnayé en détails, surprises, voyages, mesures, portraits, configurations, noms propres, etc., bref, la contre-censure, ce fut, à partir de l’interdit, de faire du romanesque."

Sade, Proust : deux continents qui échappent à l’aménagement de la surveillance. Sade : "Le couple qu’il forme avec ses persécuteurs est esthétique : c’est le spectacle malicieux d’un animal vif, élégant, à la fois obsédé et inventif, mobile et tenace, qui s’évade sans cesse et sans cesse revient au même point de son espace, cependant que de grands mannequins raides, peureux, pompeux, essayent tout simplement de le contenir."

Le sage M. Claude Mauriac, dans son précieux Journal le Temps immobile, nous raconte qu’en 1972 il se trouve quelque part en Angleterre, pour un colloque, avec Mme Hélène Cixous. Celle-ci qui, à l’époque, s’occupe activement de la normalisation de l’Université, exprime devant lui des jugements abrupts sur les uns et les autres. M. Claude Mauriac lui fait remarquer (peut-être avec gourmandise ?) qu’on "ne parle plus beaucoup de Barthes."

A quoi Mme Hélène Cixous répond doctement : "Il a été important comme médiateur. Il n’a jamais rien inventé, il a fait connaître les théories des philosophes d’aujourd’hui. On n’a plus besoin de sa médiation." Ce "on" est superbe, et mériterait une mythologie. Mais ce "on" n’est pas le nôtre, on s’en doute. Pour nous, Barthes est celui qui a écrit : "La littérature est devenue un état difficile, étroit, mortel. Ce ne sont plus ses ornements qu’elle défend, c’est sa peau."

Philippe Sollers, Le Monde du 16.07.93.

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Leçon inaugurale au Collège de France

Sur proposition de Michel Foucault, Roland Barthes est nommé professeur au Collège de France. Le 7 janvier 1977, Il prononce la « Leçon inaugurale » de la chaire de Sémiologie littéraire, puis donne son premier cours « Comment vivre ensemble ».

Voici la « Leçon inaugurale » (48’04).

Crédit IMG

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Roland Barthes ou l’art du déplacement

Pour Eric Marty [8], l’éditeur des Oeuvres complètes de l’auteur de Mythologies , celui-ci n’a pas cessé de s’en tenir au " désir " et au " plaisir du texte ", en récusant le rôle du " maître ". Retour sur un parcours majeur et atypique dans la pensée critique du dernier demi-siècle.

Professeur de littérature française contemporaine à l’université Paris-VII, Eric Marty est l’éditeur des Oeuvres complètes de Roland Barthes, édition " revue et corrigée ", selon la formule consacrée, dans le prolongement de la première livraison intervenue il y a huit ans. Il a également assuré l’édition du Journal de Gide dans La Pléiade, et il a aussi publié un ouvrage sur René Char. Rencontre.

Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin, à la suite du travail accompli dans les années 1993-1995, de réaliser une nouvelle édition des Oeuvres complètes de Roland Barthes ? Et dans quel esprit avez-vous conduit cette entreprise ?

Eric Marty. Il ne s’agit pas d’une édition scientifique, type Pléiade, avec appareils de notes, variantes, notes et notices ; ce que l’on ne peut faire que lorsque la mémoire des " contemporains " a disparu, et que l’oeuvre paraît si " solidifiée " qu’elle peut être traitée de la sorte. Or, le " temps " de Roland Barthes ne me semble pas épuisé, la période barthésienne est encore ouverte, ou, si l’on préfère, la période qu’il a ouverte, comme témoin et acteur. D’où l’idée de réaliser une édition " vivante ", non fermée, non " momifiante ". Cela n’a pas été chose facile : les Oeuvres complètes sont censées n’offrir au lecteur que ce que Barthes a publié de son vivant - livres, articles devenus difficiles à trouver, etc. - mais, dans tous les cas, imprimés. Dans le même temps, il existe beaucoup de textes inédits, issus de ses archives. Le parti pris a été de ne pas mélanger les deux : un inédit a une fragilité, une vulnérabilité, qui demande à l’oeil un autre regard, et qui aurait souffert de la juxtaposition avec un texte ayant déjà subi l’épreuve de la signature et de l’édition. Sans doute, faudra-t-il, plus tard, consacrer un volume particulier à ces inédits, qu’il s’agisse par exemple du récit - qui fit paradoxalement scandale par sa " neutralité " - de son voyage en Chine, de la postface de Fragments d’un discours amoureux, ou de son DES sur la tragédie grecque.

Si le " temps de Roland Barthes n’est pas épuisé ", n’avez-vous pas cependant le sentiment qu’une " mythologie " du personnage aurait pu, avec le temps, se substituer à la lecture de ses textes ?

Eric Marty. Il existe en effet cette sorte de malentendu, comme pour la plupart des écrivains. Généralement, l’intellectuel y échappe, peut-être parce qu’il a des ambitions moins " mythologisantes ", ou qu’il a peu affaire aux médias. Or, à la fin de sa " carrière ", Barthes est passé, en quelque sorte, du statut d’intellectuel à celui d’écrivain, surtout à partir du succès populaire de Fragments d’un discours amoureux. Il a dès lors été l’objet d’effets d’images, il en a beaucoup souffert et il s’en explique d’ailleurs lors du colloque " Prétexte : Roland Barthes " [9]. Pour lui, l’image est destructrice : et la philosophie du " neutre " qu’il a développée alors consiste, précisément, en une tentative d’échapper à la mythologie de soi-même [10]. Il voyait bien, par exemple, tout le risque de complaisance égotiste auquel avait pu l’amener - malgré une rhétorique délibérément distanciée - une forme d’écriture autobiographique, celle du " Roland Barthes par Roland Barthes " [11] : une image de dandy anglo-saxon, doux, paisible, littéraire. Cette image-là m’a toujours exaspéré. Sous une apparence plutôt positive, elle n’était guère amicale, et surtout, elle lui retirait sa grande vertu, à savoir le tranchant, la radicalité, apparue dès le Degré zéro de l’écriture, dans la violence visant à profaner le côté poussiéreux de la littérature, et dans l’aspiration à une écriture qui ne soit plus du côté de la reproduction d’un rituel poussiéreux, vain et aliéné, mais qui soit de rupture. Cette radicalité, on peut la repérer aussi dans son " brechtisme " s’agissant du théâtre, dans sa polémique mémorable avec Raymond Picard sur Racine, ou dans la provocation consistant à associer Sade, Fourier, Loyola dans l’un de ses ouvrages les plus célèbres. Que l’on relise aussi la Chambre claire et son extrême violence s’agissant de la mort, la terrible solitude qui s’y exprime. Sans parler de ses cours au Collège de France, quand il dit, par exemple : " La langue, c’est le fascisme. "

On est loin, en effet, du "dandy plutôt bonhomme", du "Prince de la jeunesse" ou du "M. Littérature".

Eric Marty. En effet. Et jusque dans sa manière de rester "fidèle" à un "provocateur" comme Philippe Sollers, qu’il a toujours défendu, envers et contre tout, au nom de la littérature, précisément. Barthes, ce n’était donc pas non plus " M. Prudent " ! Sans doute, pour tenter d’expliquer plus avant ces " images " et ces paradoxes, faut-il se souvenir que, à la différence d’Althusser, de Foucault ou de Deleuze — auxquels il est souvent associé dans l’avant et dans l’après-mai 68 — Barthes n’est pas un philosophe. Et peut-être est-il, à ce titre, victime aussi, chez certains, d’une forme d’arrogance, qui consiste à représenter (et à se représenter) le "littéraire" comme une sorte de "ventre mou" du discours. Et puis, dans tout groupe, même non constitué, il y a toujours celui qui fait un peu bande à part. Pourtant, il suffit de lire ou de relire Mythologies, texte inépuisable par les phénomènes qu’il révèle. Barthes, par exemple, y parle de l’abbé Pierre — devenu, comme on sait, le personnage le plus populaire de la France de 2002 — ou de Le Pen, présent cette année au second tour de l’élection présidentielle, etc. Il choisit des objets ou des sujets assurément contemporains de l’écriture de ses textes — nous sommes en 1954 ou en 1956 — mais ceux-ci, paradoxalement, durent. Son regard sur le présent touche donc bien à ce qu’il y avait de plus fondamental, et non pas à l’écume des jours. On peut relire Mythologies aujourd’hui sans grand sentiment d’anachronisme, simplement parce qu’y sont saisis des phénomènes de persistances idéologiques françaises tout à fait essentiels.

Mythologies représente, en effet, une tentative unique, à propos de laquelle Roland Barthes lui-même souligne, dans une préface de 1970, qu’il a voulu " rendre compte en détail de la mystification qui transforme la culture petite-bourgeoise en nature universelle ". Comment expliquer, justement, que ce livre n’ait pratiquement pas d’" ascendance " — hormis peut-être du côté de Benjamin — et pas du tout de "descendance" ?

Eric Marty. Il y a là une sorte de mystère, en effet. Peut-être est-ce aussi le symptôme de ce qu’aujourd’hui, l’intellectuel n’intervient que très peu sur les " mythes " constitutifs d’une société pour tenter d’en donner la clé ou les clés, ce qui est tout autre chose qu’une simple "prise de position". Je crois aussi qu’il faut cerner Barthes dans sa singularité biographique foncière : il n’est pas dans le moule universitaire, ses études ont été interrompues par la tuberculose, il vient après-guerre à Paris sans aucun repère social, il écrit dans Combat, il intervient sur le théâtre. Bref, il est tout à fait marginal. On en parlerait aujourd’hui comme d’un "électron libre". Il échappe ainsi à toutes sortes de conformisme, ce qui le peut le rapprocher par exemple des situationnistes dans sa critique de la vie quotidienne. En s’intéressant à des choses très humbles — le bifteck, le Tour de France, la margarine Astra, etc. — il n’est pas très loin non plus, mais d’une tout autre manière, du Lefebvre de la Critique de la vie quotidienne.

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1973

Ce qui n’a pas cessé de compter, pour Barthes, ce sont les rencontres, la vie personnelle, le hasard, le désir, mais aussi le plaisir du texte". En tout cas, il a compris qu’il existe une matérialité de l’idéologie, en montrant que tout est signe et signification sous les apparences d’une évidence "naturelle", et que manger un bifteck, ce n’est pas consommer de la viande, mais de la "francité". De même que la littérature ne véhicule plus que le message "Je suis la littérature", de même la couverture d’un numéro de Paris-Match où "un jeune nègre vêtu d’un uniforme français" faisant le salut militaire les yeux levés vers un supposé drapeau tricolore, affirme l’impérialité française : c’est là que se situe tout le processus de ce que Barthes appelle "le mythe comme langage volé".

Dans votre "présentation", vous notez aussi que, chez Barthes, "la présence de Marx est davantage une présence de structure qu’une influence intérieure". Qu’est-ce à dire ?

Eric Marty. Barthes est un homme qui aimait les systèmes, et qui aimait l’idée que l’on ne pense pas à partir de rien : cela définit de manière très précise, me semble-t-il, la sorte d’éthique intellectuelle qui était la sienne, et qui est une "éthique de la forme". La pensée n’est pas un acte "sauvage", "informe", de "table rase" ; on pense dans un rapport systématique de positions, de différences, de distinctions, de simplifications, de réductions, de complexifications, etc. Barthes accepte le "marxisme" par ce côté-là , mais pas seulement de la façon "passive" que mon propos pourrait suggérer : avant la guerre, il a eu, étudiant, un engagement antifasciste ardent, et, pendant la guerre, il a été en liaison avec un ouvrier typographe autodidacte, trotskiste, qui l’a "formé" ; ce qui explique sans doute qu’il n’ait jamais adhéré ensuite au Parti communiste, ni qu’il ait eu de lien, disons "névrotique", avec celui-ci. Et s’il soutient, par exemple, Bernard-Henri Lévy et les "nouveaux philosophes" lors des grands affrontements des années 1974-1975, il n’est jamais dans un discours anticommuniste. Le communisme, pour lui, était un lieu de contre-pouvoir, de "contre le pouvoir". N’oublions pas ce que fut son "époque" : la IVe République, puis de Gaulle. Il fallait être résolument "irrécupérable". Comme lecteur, ensuite, Barthes ne va guère du côté du Marx du Capital, mais plutôt du côté du Marx "écrivain", celui du 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, ou du Marx de l’Idéologie allemande : en bref, le Marx grand lecteur de l’histoire, celui qui examine très concrètement une situation historique, et qui ne la réduit jamais — à l’inverse d’un certain "marxisme" plus tard — à n’être qu’une répétition de plus dans l’opposition manichéenne, frontale, entre deux classes. Il y a, chez le Marx que Barthes lit et aime, une complexité, un "sociologisme historique" puissant, mais aussi un grand goût littéraire. La fameuse phrase : "L’histoire commence comme une tragédie et se répète comme une farce", est juste aussi, à son goût, pour ce que l’on y entend de grande littérature : Shakespeare, Goethe. Marx, pour Barthes, est celui qui ne dissocie pas la contingence concrète d’une situation de sa vérité philosophique, celui qui précède Althusser dans l’idée que l’idéologie, finalement, ne se situe pas dans les croyances vagues ou dans les grands préjugés, mais qu’elle a une matérialité, qu’elle est concrètement présente dans la nourriture, dans le vêtement, dans le verre de vin. Cela, Barthes a été l’un des très rares à l’avoir lu dans Marx et à l’avoir pensé pour lui-même. Et il faut peut-être y insister dans une époque où l’on peut avoir l’impression que l’histoire se répète toujours, que l’on serait dans le recommencement permanent et stéréotypé d’un combat manichéen.

Comment évaluez-vous, si tant est que le mot ait un sens pour lui, la "postérité" de Roland Barthes ?

Eric Marty. Je ne pense pas qu’il y ait un catéchisme barthésien, comme il pourrait y avoir un "catéchisme" lacanien, ou foucaldien, etc. Barthes a été quelqu’un de très mobile, qui s’est souvent détaché de ses propres discours. Son importance est peut-être d’ailleurs minorée aujourd’hui de l’impossibilité qu’il y a à produire un "digest" de ses textes aussi facilement que pour d’autres de ses contemporains. Même la partie que certains trouveront la plus "dogmatique" de son oeuvre — celle qui touche à la sémiologie structurale — et qui est traitée de façon ultra simpliste dans les manuels de pédagogie qui l’évoquent, échappe à toute classification sommaire dans la mesure où les textes, eux, sont nourris de vrais rapports à la littérature. En fait, l’ouvre de Barthes est faite de déplacements successifs, avec le désir comme ligne de fond, et la volonté de le préserver de toutes les menaces épouvantables dont il est l’objet en permanence ; un art de déplacements, donc plus que de théorèmes, avec une capacité de transgression et de subversion permanentes. Quand on ouvre une page de Barthes, un peu au hasard, on y trouve la tonalité, l’énergie, l’acuité de quelqu’un dont on lit le "plaisir" d’écriture — et qu’il faut toujours lire, en effet, parce qu’il ne se résume pas. Il appartient à cette catégorie d’écrivains inclassables qui, de Montaigne à Sartre en passant par Diderot, traversent les genres, les opinions, les préjugés de leur époque, leur écriture étant leur seule " qualité ". On comprend mieux dès lors que le malentendu, ou les malentendus, que nous avons évoqués soient interminables.

Entretien réalisé par Jean-Paul Monferran, L’Humanité du 28 novembre 2002.

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Roland Barthes, Julia Kristeva et Eric Marty parlent des Fragments d’un discours amoureux

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1977

Roland Barthes parle de son livre.
Julia Kristeva le resitue dans la trajectoire de Barthes et la pensée occidentale.
Barthes lit des fragments de L’amour fou d’André Breton (10’17, extrait de l’émission Les saveurs du savoir, France-Culture, 2000).

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Eric Marty s’entretient avec Monique Canto-Sperber lors de l’émission Question d’éthique (23-02-08, 29’35) [12]

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Le dernier projet de Barthes

Eric Marty révèle que Barthes avait juste avant sa mort le projet d’écrire une Vita nuova. La Vita nuova fut, on le sait, la première oeuvre de Dante Alighieri, une oeuvre de jeunesse, composée de 1292 à 1293.

En 1965 Barthes parlait déjà de Dante avec François Wahl [12’25].

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Barthes moraliste


Jean-Claude Milner. Cité philo, Lille, le 20 novembre 2015.
Zoom : cliquez l’image.

Jean-Claude Milner, linguiste, philosophe et essayiste

A notamment publié : Le pas philosophique de Roland Barthes (Verdier) ; Clartés de tout : De Lacan à Marx, d’Aristote à Mao (Verdier) ; Le périple structural. Figures et paradigme (Verdier).

Présentation : Thomas Clerc, romancier, essayiste, maître de conférences à l’Université Paris-Ouest-Nanterre
A notamment publié : Intérieur (Gallimard) ; L’homme qui tua Roland Barthes (Gallimard)

Roland Barthes est un moraliste. La loyauté détermine son écriture et oriente ses pensées. La Rochefoucauld arrachait les masques, pour dévoiler un secret caché ; Roland Barthes, plus proche de La Bruyère, relève les traits visibles, y découvre le secret que tout le monde pouvait voir et n’avait pas vu. Le secret n’est pas caché, il échappe au regard, parce qu’il saute aux yeux. Mythologies, doctrine du signe, plaisir, Roland Barthes détailla les moeurs de ce temps, en suivant pas à pas les ombres portées et les reflets fugitifs de ce qu’on néglige sous prétexte que ça ne se cache pas. Enfin, comme tous les moralistes, il se considéra lui-même. Loyalement.

Présentation

La conférence de Jean-Claude Milner

Questions/réponses

Cité philo

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Un site remarquable sur Roland Barthes : r.b Les archives filmiques et sonores

Photographies de Barthes.


Voir en ligne : Crédit Centre Pompidou


[1Pileface présente maints autres documents. Cf. Barthes.

[2Quatrième de couverture : « ... Tant que la critique a eu pour fonction traditionnelle de juger, elle ne pouvait être que conformiste, c’est-à-dire conforme aux intérêts des juges. Cependant, la véritable "critique" des institutions et des langages ne consiste pas à les « juger », mais à les distinguer, à les séparer, à les dédoubler. Pour être subversive, la critique n’a pas besoin de juger, il suffit de parler du langage, au lieu de s’en servir. Ce que l’on reproche aujourd’hui à la nouvelle critique, ce n’est pas tant d’être « nouvelle », c’est d’être pleinement une "critique", c’est de redistribuer les rôles de l’auteur et du commentateur et d’attenter par là à l’ordre des langages. On s’en assurera en observant le droit qu’on lui oppose et dont on prétend s’autoriser pour l’"exécuter" ». R.B.

[4Cf. Marcelin Pleynet, Le voyage en Chine, P.O.L., 1980.

[5Première publication aux Editions des Femmes, 1975. Cf. La Chine telle quelle.

[7Lire aussi : Philippe Bonnefis, Un certain "R.B.".

[8Eric Marty a écrit Roland Barthes, le métier d’écrire, Le Seuil, 2006. Il a également publié plusieurs livres dans la Collection L’Infini.

[9Réédition 2003, Christian Bourgois éditeur, sous la direction d’Antoine Compagnon, colloque tenu à Cerisy-la-Salle, du 22 au 29 juin 1977.

[10le Neutre, opus déjà cité.

[11Editions du Seuil, 1975.

[12On notera l’indifférence d’Eric Marty aux tentatives répétées de Monique Canto-Sperber d’opposer le livre de Barthes à "l’avant-garde" de l’époque : comprenez Tel Quel "oubliant" que le livre fut publié dans la collection dirigée par Ph. Sollers.

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