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Picasso le héros

D 23 novembre 2006     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Le peintre que vous préférez ?
Picasso. Totalement.

Son questionnaire de Proust
par Roland Mihaïl, Antoine Silber
L’Express du 12/09/2002

Lorsque Femmes, paraît en 1983, « Les Demoiselles d’Avignon » y sont à l’honneur, examinées par l’oeil de Sollers (nous y reviendrons dans un autre article) et c’est naturellement, le tableau de Picasso,que choisit Sollers pour illustrer la couverture de l’édition poche (Folio). Nous sommes en 1985, ce choix est le premier d’une longue série. Par la suite, Sollers puisera, largement chez Picasso les illustrations de ses livres en version poche, et quand ce n’est pas Picasso, c’est le plus souvent la reproduction d’un tableau. Avec son roman « La Fête à Venise » (1991), la peinture entre au coeur du roman. Le prétexte, même, de l’intrigue : un tableau de Watteau recherché. Trafic d’ ?uvres d’art ? Aspect marchand aussi abordé dans « L’ Année du Tigre », Journal de l’année 1999, où Sollers indique comme il note la couleur du ciel, les montants faramineux atteints dans les grandes ventes internationales par des ?uvres de peintres célèbres.

Au dos de L’Infini, c’est encore un tableau d’Homme à l’épée (1972) de Picasso qui , immuable, illustre la quatrième de couverture.

La réédition en Folio, de Carnet de nuit, ce mois de novembre, c’est encore un Picasso, Le jeune peintre, de la succession Picasso, 2006 (Musée Picasso, Paris.)

En 1996, avec Picasso le héros, c’est pas moins de soixante dix tableaux que commente Sollers, pour les éditions le Cercle d’Art en couronnement d’une période particulièrement dédiée à la peinture avec Les passions de Francis Bacon (1996), Baroque du Paraguay (1995), Paradis de Cézanne (1994). Pourquoi cette dévotion particulière à Picasso. Parce que nous avons, là, le plus grand peintre du XXe siècle ? Peut-être ! Est-ce suffisant comme explication ? Probablement pas. Comme Madame Bovary pour Flaubert, Sollers n’aime rien tant que choisir des sujets auxquels il s’identifie M.N (Monsieur Nietzsche) dans Une vie divine, c’est lui ! Casanova, Mozart, Le Cavalier du Louvre - Vivant Denon, c’est encore lui ! Et Picasso, son héros, son modèle. Lisez le début de son texte, la réponse est là. Masquée, en filigrane, si vous voulez :

«  Pour chaque Picasso, ou presque, il y a un roman à vivre, une intrigue amoureuse à démêler, un choc ou une révélation historiques à déchiffrer. Le XXe siècle est un théâtre aux enregistrements trompeurs. En vérité, sa substance se joue là. Le monde n’est ni une photographie, ni un film, mais plutôt une peinture ou une sculpture animée, et Shakespeare, par exemple, lorsqu’il veut non plus seulement nous montrer peut s’appeler tour à tour Rembrandt, Vélasquez, Goya, Cézanne ou Manet. »

Remplacer Shakespeare par Sollers et choisissez des peintres qui lui sont contemporains : Picasso, De Kooning, Francis Bacon et vous avez là Sollers-Picasso, le portrait du héros qu’il admire en peinture et à qui il voudrait bien ressembler en littérature. Lisez dans les extraits ci-après, la définition du « grand homme » à l’adresse de Picasso qu’il emprunte à Nietzsche. Pas un mot à retirer, même pas le soulignement « il porte son masque », que l’on ne puisse appliquer à Sollers.

Eh bien, nous ne connaissons pas assez Picasso. De mieux en mieux, oui, mais de loin. Notre temps accéléré est, en réalité, trop lent pour sa rotation, nous ne l’avons pas rejoint dans sa course. Un portrait de lui ? Mais ce « lui » est déjà un autre, et encore un autre, et encore un autre. Le même pourtant. Tous ses tableaux sont des portraits, les plus abstraits comme les plus figuratifs, les plus abstraits étant souvent, de l’intérieur, les plus figuratifs.

Hommes, femmes, enfants ; arlequins, mousquetaires, musiciens, prosti­tuées, baigneuses ; violons, bouteilles, verres, guitares, chapeaux et journaux ; jeunesse, vieillesse, et de nouveau jeunesse : pleurs, cris, fixité, soleil de nuit ou de jour ; enjouement voluptueux, cruel ou danseur ; comment faire le tour d’un tourbillon ?


Rideau de scène pour "Le train bleu", 1924
Peinture à la détrempe sur toile, 8 x 10 m (détail). Coll. The Diaghilev and the Ballet Foundation
ZOOM... : Cliquez l’image.

«  Le 24 janvier 1932, dans Le rêve, Marie-Thérèse, la tête renversée en arrière selon deux profils différents, dort dans un fauteuil rouge, épanouie, mélodieuse, s’embrassant elle-même dans ses courbes vert pâle et rose. Elle est, quoiqu’en train de rêver, complètement livrée au dehors. Mais le 27 janvier, dans le même fauteuil, la voici radiographiée : il ne reste d’elle que des os monumentaux moulés dans la glaise, trois boules, comme des planètes, la situant sur un fond intersidéral. Est-ce le même sujet ? Oui. Et ainsi de suite, pour Olga, ou Dora ou d’autres. Toutes d’ailleurs n’ont pas droit aux os. Elles peuvent devenir pinces ou grues, ou encore pelotes de ficelle. C’est selon l’humeur.

En poussant à bout une crucifixion, Picasso était arrivé à la présentation d’une symphonie rapide et désarticulée d’un squelette mi-humain, mi-animal, ou plutôt intensément minéral. La peinture n’est pas une image, et encore moins une image pieuse. C’est de la sculpture qui tient toute seule en l’air, visible de partout et surtout de l’intérieur.

L’Espace devient ainsi vivant, vibrant, agissant, modulé, modulable, mode­lable. il a ses trous noirs, ses zones de dispersion et de réversion, ses arêtes, ses plaques sensibles, ses faces, ses interfaces, ses profils contradictoires, une den­sité plus forte que prévue, une vitesse propre. Surgissement, éloignement, silence. L’Espace n’est pas accroché au principe de représentation, il n’est pas ancré en lui, il ne tient à rien. On peut en disposer, le ressentir et l’aimer comme jamais, c’est cela la bonne nouvelle. Dans le monde humain, les femmes signalent ses variations, ses blocages ou ses échappées, ses déformations ou ses lignes de fuite. Forces d’opposition, obstacles, barrages, ou, au contraire, accé­lération, repos, complicité, soutien. Telle est l’Odyssée de Picasso : on peut dis­poser les femmes de sa vie, comme des couleurs, selon ces deux registres, l’un négatif, l’autre positif. Il se faufile, il se débrouille, il note, il navigue.

L’espace est du temps déployé ou hyper-condensé, une dimension particu­lière et trompeuse du Temps. Tantôt graffiti, et tantôt poussière. Instants, éclairs, masses de durée ; monuments ou cendres. Beaucoup de grimaces, tout passe. On est dans les grottes d’Altamira, mais on est aussi chez Vélasquez et Manet, et déjà en plein troisième millénaire. »

LE MOT DE L’EDITEUR

Pourquoi parler de l’héroïsme de Picasso ? N’a-t-il pas été, de son vivant, reconnu, fêté, célébré ? Ne décèle-t-on pas partout son influence ? N’est-il pas aujourd’hui un des artistes les plus en vue du marché ?

Justement cette gloire apparente, à mon avis, le cache ; elle empêche d’apprécier à quel point une des rares révolutions réussies du xxe siècle, la sienne, aura été, à chaque instant, difficile, auda­cieuse, risquée. Qui « attendait », en 1907, les Demoiselles d’Avignon ? Personne. Qui, en 1937, a aimé en profondeur Guernica ? Qui, enfin, après 1968, a compris sa dernière période explosive et furieusement érotique ? Très peu d’amateurs.

En réalité, Picasso, révolutionnaire à travers une subversion de la représentation, a imposé un rapport de forces, et c’est cette aventure extraor­dinaire qui révulse encore les bien-pensants de tous bords. Picasso et le cubisme, Picasso et les femmes, Picasso et l’Histoire bouleversée de son temps, Picasso et son pinceau de cape et d’épée revisitant de façon extralucide toutes les formes de la peinture : voilà ce dont on tente ici de raconter, en toute liberté, l’épopée, en citant soixante-dix chefs-d’ ?uvre, pour la plupart sélectionnés dans la précieuse iconographie conservée par le Cercle d’Art, l’éditeur que Picasso s’était choisi pour publier son ?uvre.

Ph. S.


Entretien avec M. Guilloux
l’Humanité, 17 octobre 1996

Vous en faites un « héros », quand il continue de susciter de la résistance, pour le moins...

Je crois qu’il y en a une très profonde. Comme les rapports de force sont en sa faveur, qu’il a gagné sa guerre puisque ça vaut très cher, il est intéressant de voir les efforts d’adaptation.

Ce n’est pas un hasard non plus si Picasso est un peintre d’un érotisme direct. Avant lui, la question non seulement du peintre et son modèle mais de l’acte érotique lui-même n’a jamais été peinte ainsi. J’avais émis l’hypothèse et je crois qu’elle est juste que la déformation-recomposition des formes dans ses tableaux était liée au fait qu’il gardait les yeux ouverts dans l’acte sexuel, qu’il ne s’endormait pas en route, en fermant les yeux et en éteignant la lumière. Ce qui n’est pas étonnant chez quelqu’un lisant Sade, ou lisant Rimbaud en même temps qu’il peint « les Demoiselles d’Avignon ». La peinture c’est la poésie.

Il y a aussi ce problème d’être mûr très jeune et de rajeunir en vieillissant. Cela gêne tout le monde que quelqu’un ne soit pas assagi par l’âge. Ce n’est pas comme ça en art. Picasso en est un exemple saisissant ou Titien peignant ses plus belles toiles à l’âge de quatre-vingt-dix ans. Cela dérange toutes les conceptions que nous nous faisons du temps, donc de l’espace. Cela met en cause la sensation interne, fondamentale, du corps qu’on a et puis l’Histoire, qu’on vous raconte, qu’on veut vous faire subir, ou qu’on falsifie, ou qu’on veut vous faire croire terminée. Cela suppose un certain rapport à la vérité qui n’est pas le rapport philosophique habituel, qui n’est pas le rapport de la vérité politique telle qu’elle est perçue. L’art chez lui s’oppose à tout et, en même temps, ce qui est extraordinaire est qu’il déclenche une jubilation considérable.

Dans mon livre, je fais état d’une émission vraie de télévision telle que je l’imagine. On peut rassembler un plateau d’invités, j’amène un tableau de Picasso et très vite on peut faire surgir l’agressivité. Pour l’un, ce ne sera pas un idéal féminin, pour l’autre, ce sera proche de la dégénérescence...



Michel Guilloux

L’Humanité, 17 octobre 1996 (extrait)

L’entretien intégral



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2 Messages

  • V. Kirtov | 23 octobre 2015 - 15:21 1

    Par Roxana Azimi
    Le Quotidien de l’Art, 23/10/2015

    La « Picasso-mania », explorée actuellement dans les Galeries nationales du Grand Palais, se prolonge aussi à la FIAC.


    George Condo, Large Female portrait, 2015 .
    Courtesy Galerie Sprüth Magers, Berlin, Londres. © Photo : Roxana Azimi
    ZOOM : Cliquer l’image

    Sur les foires, les galeries tendent toujours à se caler sur les expositions institutionnelles organisées en ville. Jablonka (Cologne) et Skarstedt (New York, Londres) présentent ainsi à la FIAC deux spécimens des Shadows d’Andy Warhol, issus de cette série actuellement présentée au musée d’art moderne de la Ville de Paris.
    Mais il est un artiste qui plus que tous joue sa star au Grand Palais, c’est Picasso. Dans les Galeries nationales, il est au coeur de l’exposition « Picasso. mania », explorant la postérité du maître andalou chez les artistes contemporains. Un exercice décevant, tant l’exposition court trop de lièvres et d’artistes, à grand renfort de rapprochements pas toujours digestes, au lieu de resserrer son propos.
    Dans la nef du Grand Palais, à la FIAC, l’ombre de Picasso plane sur de nombreux stands, et pas que sur ceux d’art moderne, comme Nahmad Contemporary (New York). À chacun son détournement picassien, entre déférence et irrévérence. Non content d’avoir déjà vendu le portrait en grisaille de Picasso âgé par Yan Pei-Ming, actuellement accroché dans « Picasso. mania », Thaddaeus Ropac (Salzbourg, Paris) a cédé le pendant représentant Picasso jeune homme à la FIAC.
    La Galerie Sprüth Magers (Berlin, Londres) a pour sa part accroché une peinture de George Condo qui, reprenant les tropes picassiens, déstructure un visage féminin. La toile s’est aussitôt vendue pour 600 000 dollars lors du vernissage à un collectionneur américain qui, dans la foulée, s’est rendu dans l’exposition « Picasso. mania » dont il n’avait pas entendu parler.

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    Richard Prince, Untitled, 2011.
    Courtesy Galerie Almine Rech, Paris, Brussels, London.


    Après s’être attaqué à de Kooning, le roi de l’appropriation, alias Richard Prince, ne pouvait contourner le monument Picasso, celui-là même qui avait coutume de dire « les bons artistes copient, les grands artistes volent ». Almine Rech (Paris, Bruxelles, Londres) a mis à l’affiche un ensemble de réinterprétations, illico acheté par le joaillier britannique Laurence Graff.
    Si pour certains Picasso est une histoire de formes, pour d’autres, c’est avant tout un artiste combattant. Hauser & Wirth (Zürich, Londres, New York) présente ainsi une toile de Rita Ackermann qui reprend la fameuse gueule hurlante de Guernica.

    SI POUR CERTAINS PICASSO EST UNE HISTOIRE DE FORMES, POUR D’AUTRES, C’EST AVANT TOUT UN ARTISTE COMBATTANT

    Pour Didier Ottinger, co-commissaire de l’exposition au Grand Palais, l’emprise de Picasso sur les artistes contemporains date des années 1980, lorsque le Kunstmuseum de Bâle a organisé la première exposition d’envergure sur la période tardive du peintre. Peu à peu, l’Espagnol a pris la main sur Marcel Duchamp. « Pour les jeunes artistes, Picasso devient un emblème libérateur, explique le conservateur du Centre Pompidou. Il pratique ce qui les intéresse, à savoir un art profondément autobiographique, en prise avec l’époque. Picasso a une vertu roborative. Il donne envie de créer  ».

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    Richard Prince, Untitled, 2011.
    Courtesy Galerie Almine Rech, Paris, Brussels, London.

    Pour les tenants de la Bad painting, Picasso sonne comme une obsession. Jean-Michel Basquiat a reproduit huit fois son nom sur une toile représentant Picasso jeune. Condo, lui, le comparait à un « sorcier ». « Je transformais tout en Picasso. J’ai dû l’affronter pour retrouver la tradition », indiquait-il dans une interview, avant de préciser, quelques années plus tard : « Je suis un artiste qui vient après lui et qui déclare : je ne veux pas simplement regarder les Picasso accrochés au mur ou lire sur Picasso, mais je veux peindre à travers lui, je veux peindre Picasso de l’intérieur ». L’appropriationniste Mike Bidlo ne disait pas autre chose : « On ne peut pas vraiment se débarrasser d’un artiste de cette stature car il devient une part de notre ADN ».

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    Dessin de Benoît Monneret, 2015

    Encore aujourd’hui, son empreinte semble indélébile. Le Californien Thomas Houseago racontait ainsi dans un entretien son choc devant les oeuvres tardives : « Je ne savais pas si Picasso était mort ou vivant, s’il était espagnol ou français. Tout ce que je savais, c’est que cette composition m’éclatait la tête  ».
    FIAC, 22 au 25 octobre, Grand Palais et Hors les murs, Paris,
    www.fiac.com
    PICASSO.MANIA, jusqu’au 29 février 2016, Galeries Nationales du Grand Palais, 3, avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris, tél. 01 44 13 17 17,
    www.grandpalais.fr


  • V. Kirtov | 23 octobre 2015 - 13:39 2

    Un nouveau film sur Pablo Picasso sera diffusé ce dimanche 25 octobre à 9h15 sur France 5 dans l’émission La Galerie France 5, le jour anniversaire de Pablo Picasso !

    Centré sur la figure publique, Picasso, Naissance de l’icône raconte combien l’artiste a participé à l’écriture de sa propre légende jusqu’à y englober sa vie privée, l’homme et le génie ne faisant qu’un. Un angle passionnant et original sur un artiste-star. À cette occasion, le Grand Palais a rencontré Diana Widmaier Picasso, la petite-fille de Picasso (fille de Maya) qui est historienne de l’art et juriste spécialisée dans le monde de l’art. Elle est co-commissaire de l’exposition Picasso.mania, inaugurée à la veille des 30 ans de l’ouverture du Musée national Picasso-Paris.

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    Captures film Jules & Jim, Francois Truffaut ; Les Amants, Pablo Picasso (National Gallery) ; Arlequin et sa compagne, Pablo Picasso (Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou)

    L’article intégral ICI… (pdf)