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Obscénités

Mon cher Jim

D 19 juillet 2015     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


En octobre 2014, le magazine art press publie, en pleine page, une curieuse annonce signée de la directrice de la rédaction, Catherine Millet, rendue célèbre par son best-seller, La vie sexuelle de Catherine M. [1] et un psychanalyste, Charles Melman, enseignant à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en... Psychopathologies (département des écritures).


art press 415, octobre 2014.
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Philippe Sollers ironise sur ce « concours » à la fin de son dernier roman L’École du Mystère (Gallimard, janvier 2015). Il parle d’une « plaisanterie macabre » qu’il juge « indécente ».

OBSCÉNITÉ

Dans la nouvelle science, fondée par l’École du Mystère, chaque chose vient à son tour, telle est son excellence. Vous n’avez pas oublié la fête donnée en hommage à Sade, en son château de Lacoste, au pro­fit des enfants autistes du Vaucluse. Mais voici peut-être mieux [2].

Un étrange psychanalyste, se réclamant apparemment de Lacan, enseigne, paraît-il, à l’École Pratique des Hautes Études en Psychopathologies (département des écritures). Il vieillit, il n’est pas assez connu, il veut se donner des sensations. Ayant lu récemment les lettres pornographiques envoyées par Joyce à Nora, en 1909, il se dit qu’après tout il pourrait diriger un concours de réponses de Nora, puisqu’on ne les connaît pas. Elles manquent ? Il faut qu’elles existent. Elles seront rédi­gées par n’importe qui (on peut aussi envoyer des pho­tographies), un jury de personnalités indiscutables les jugeront sous sa direction (là, Lacan est épaté dans sa tombe). Les meilleures réponses seront publiées dans un magazine d’art contemporain branché. « Un pack de Guinness sera en outre attribué aux gagnants. »

Joyce me téléphone depuis l’au-delà. Il peut, s’il le veut, parler un français très correct. Bien que très libéral, et même anarchiste, il me demande, ce qui l’étonnerait, si je suis à la source de cette plaisanterie macabre. Aller déranger sa femme, Nora, dans son cercueil ! N’est-ce pas indécent ? Je lui dis que ces braves gens sont des innocents, peut-être même des féministes d’un nouveau genre. Toutes les Fanny et tous les Fanny de France rêvent de l’avoir comme amant, et un jour, qui sait, grâce au mariage pour tous, comme mari. Elles pourront ainsi s’appeler Fanny Joyce. Il se tord de rire, et il n’a pas tort.

Les lettres pornographiques de Nora doivent-elles être rédigées en anglais ? Le concours ne le dit pas, ce serait pourtant capital. Mais, poursuit l’étrange psychanalyste, il s’agit de « réaliser le chef-d’œuvre de cette union, au défi de l’impossible. À vos plumes, seraient­ elles celles de l’oreiller, pour le forcer ou renoncer, vlà l’enjeu ».

Appréciez, au passage, le ton canaille de ce bon apôtre, qui se délecte déjà des lettres (ou des photos) qui seront soumises à son appréciation. Il devient la femme de Joyce, à qui toutes les femmes s’adressent comme étant Joyce. Quelques hommes courageux, n’en doutons pas, se glisseront dans la compétition. Que les meilleures Fanny gagnent ! Bien entendu, je vais envoyer ma contribution, très poivrée, sous une autre identité. Du diable, si je ne suis pas sélectionné : un pack de Guinness est toujours bon à prendre.

En réalité, et ce n’est pas ma fidèle lectrice améri­caine, Marilyn Yalom [3], qui me démentira, ces lettres existent déjà, adressées non pas à Joyce, mais à moi, par l’inoubliable héroïne de Portrait du joueur, Sophie, qui n’a jamais prétendu s’appeler Sophie Sollers. Je les fais traduire en anglais, je les envoie depuis Dublin, l’étrange psychanalyste et son jury sont éblouis, je gagne haut la main, le tour est joué, je bois ma Guinness tranquille.

Il faudra, évidemment, retraduire les lettres authentiques de Sophie en français. Mais, ça tombe bien, le magazine branché est bilingue. J’entends, au loin, le spectre de Lacan soupirer : « Seul, comme je l’ai toujours été... » Il ajoute, bizarrement, en anglais : « Adieu, adieu, remem­ber me... » On se croirait dans Hamlet.

L’École du Mystère, 2015, p. 141-143.

*


Mon cher Jim

Évidemment, tout lecteur assidu d’art press et de Joyce est impatient de connaître les résultats du concours, d’autant plus que les membres du jury ne sont pas n’importe qui :
Laure Adler, qui découvrit les lettres de Joyce à Nora en 2012 et en parlait, tout feu, tout flamme, un matin de 1er mai, avec Marc Voinchet sur France Culture

Jacques Aubert (psychanalyste lacanien et traducteur de Ulysses),
Philippe Forest (auteur de Beaucoup de jours. D’après Ulysses de James Joyce),
Jacques Henric (responsable des pages littéraires d’art press dans lesquelles il a écrit Grossiers et divins : Les lettres à Nora de James Joyce),
Charles Melman, psychanalyste,
Catherine Millot (psychanalyste et écrivain dont de nombreux livres ont paru dans la collection L’infini)
et Catherine Millet herself.

Vous avez la réponse dans le numéro de juillet-août 2015 de la revue [4]. Sous le titre « Mon cher Jim, lettres de Nora à Joyce » (sic !), le magazine publie les lettres de quatre « lauréats du concours ». Encadrés par deux belles photos de Joyce et de Nora, Catherine Millet (en vis-à-vis de la photo de Joyce) et Charles Melman (sous la photo de Nora Barnacle) les présentent ainsi.

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James Joyce. Photo : Berenice Abott.

Au mois de septembre dernier, en collaboration avec l’École Pratique des Hautes Études en psychopathologies, nous lancions le concours de la plus belle lettre de Nora à Joyce. Il s’agissait d’imaginer ce que la femme de James Joyce aurait pu envoyer en réponse aux lettres obscènes et magnifiques que ce dernier lui avaient adressées. Les lettres de Joyce sont disponibles en poche (Rivages), les lettres de Nora sont restées inconnues.
De nombreux lecteurs et lectrices, et parfois des couples, ont pris le risque, disons-le, de jouer le jeu. Plus l’échéance, fixée au 25 décembre, approchait, plus nous recevions ces lettres d’amour... Quelques images aussi, puisque le concours était ouvert à toutes les pratiques. Le jury, composé de Laure Adler, Jacques Aubert, Philippe Forest, Jacques Henric, Charles Melman, Catherine Millot et moi-même, s’est réuni en mars. On trouvera ci-contre son choix : le premier prix est attribué à Anne-Cécile Schreiner qui recevra donc un pack de Guiness. Mais les envois de Aden Elias [5], Lionelle Fourcade et Here Copyright méritaient aussi d’être publiés. Une mention spéciale est attribuée à Chris et Naima Loewert qui nous ont adressé une oeuvre sous la forme d’un grand triptyque dont nous reproduisons un détail.
« Il n’y a pas de rapport sexuel », disait Jacques Lacan. A l’exception peut-être de ce qui s’est joué entre Nora et Joyce et dont témoigneraient les lettres de celui-ci. Les lettres que nous publions confirment-elles le point de vue de Lacan ?

Catherine Millet

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Nora Barnacle.

Miracle à Trieste
Il y a Joyce occupé à détricoter la langue anglaise pour en défaire le maître arrogant à qui elle tient chaud tandis qu’il oeuvre à faire de vous les oenuques de l’Empire, entassés dans des pubs à fomenter des réciprocités sanglantes. Et puis il y a Nora la divine, dont un geste impudique de la main fait de vous un homme, follement nouveau puisqu’il écrit dans la langue qu’il forge lui-même afin, de sa propre main maintenant, de créer celle, non plus mère, soeur, fille, pute, petit garçon, etc., trivial objet du fantasme, qui s’accouplerait comme une femme, enfin, pour repeupler un monde sans péché cette fois.
Il est notable qu’une telle quête passe inexorablement par un échange d’écritures, correspondance on appellera ça, pour évoquer les corps qui se répondraient et témoigneraient d’une écriture possible du rapport sexuel et non plus de celui traditionnel à l’objet obscène.
Pour pallier le manque des réponses de Nora aux lettres enfiévrées, tâtonnantes en aveugle de James, les candidats de notre concours ont spontanément retrouvé, eux, et avec talent, la voie classique qui s’impose, laissant ouverte l’interrogation de savoir qui, aujourd’hui encore, ferait autrement, Nora peut-être ?
Remercions Catherine Millet et artpress d’avoir accompagné l’audace de cette tentative. Bons baisers aux deux.

Charles Melman

*


Un « miracle » a donc eu lieu, à Trieste, le 25 décembre in extremis, jour de Noël : Nora est ressuscitée ! Lisez la lettre de la première lauréate. Peut-être aura-t-elle sa place dans l’histoire de l’art (contemporain) ?

ANNE-CÉCILE SCHREINER, LAURÉATE

Trieste, le matin du 8 décembre 1909

Amato mio,
Il faudrait que tu songes bientôt à rentrer, mon chéri, car mon gras fessier s’ennuie de toi.
Sache que tes lettres produisent sur lui une excitation chaque jour que Dieu fait un peu plus difficile à contenir. Il veut voir du monde, le coquin. Il frétille d’impatience, le vilain dodu. Il mérite une bonne fessée ! Claque, claque et claque ! Et frappe, frappe et frappe ! Les volants de ma nouvelle culotte achetée avec ton billet, celui que tu as glissé dans ta dernière lettre, couvrent cette personne en repentir, pour l’heure quasiment chaste et tout à fait pudique, jusqu’à ton retour ... Voilà de quoi te rassurer, je ne sor­tirai plus fesses à l’air, le trou du cul béant ou­vert au vent. Mon postérieur se fourre derrière des plis d’étoffes en veux-tu en voilà comme ceux des dames.
Mes seins quant à eux ne me laissent pas de répit. Je t’en parle connaissant ta fascination pour mon habitude de me les caresser. « Oh les dé-li-cieuses parties gourmandes ! » comme tu dis toujours sur un ton lubrique. C’est plus fort que moi, eh oui, les toucher me procure un sentiment de sécurité. Ils sont si doux. Oh, que j’aime à les câliner ! C’est devenu un rituel désormais. Toujours, tou­jours, oui toujours commencer par le sein droit. Ensuite seulement, dardar, je m’attaque au second qui se morfond, solitaire, en atten­dant son tour. C’est un peu comme pétrir du pain, tu sais, que de me toucher les seins.
Une fois ceux-ci bien frictionnés je m’at­taque au bas ventre. J’y promène mes doigts fins, terribles et charmeurs comme le font les Chercheuses de poux chez Rim­baud. Pas besoin de te décrire précisé­ ment les étapes car tu connais ma façon de procéder. voyeur obscène, coquin guet­teur ! L’excitation monte en moi quand sou­dain je pense à ta verge turgescente. Les glissades de mon index sur mon sexe im­priment dans mon esprit l’image d’une sensation inavouable : celle du frottement de ton gland rouge contre me s joues chaudes. ces « jolies joufflées bien rosées » comme tu les appelles. Oh les belles jouf­flées bien rosées ! La pé-né-tra-tion de mes doigts entre mes lèvres provoque en moi le désir de te sucer. J’imagine le contact de ton pénis sur les parois de ma bouche. Je m’en remémore son contour à mesure que je frotte la pointe de ma langue contre mon palais. Comme j’aime quand il en­trouvre délicatement mes attaches ! Comme je voudrais que la couronne de ton gland dur accroche mes commissures en ressortant de ma cavité buccale ! Mais, oh désespoir, celle-ci est vide et je salive.
Sur leur contour tu pourrais lire un désir de baiser, si seulement tu pouvais me voir. Je me plais à fantasmer ma bouche pleine de ton sexe. Son goût me manque . Sa raideur me manque. Son odeur me manque. Je mouille indécemment quand je l’imagine sautant devant mes yeux et que, ce fai­sant, il se dérobe de mes lèvres. Carissimo, entends-tu mes bruits humides et sens­-tu mon haleine craintive où fleurent de longs miels végétaux et rosés ?
Alors même que je t’écris, le plaisir point et, enfin, me submerge... Je reviens à la lettre après l’aparté de ma jouissance. L’éden perdure en moi : ton sperme, jaillissant. puis retombant sur mes pommettes, et coulant le long de mes chaudes joufflées, bien dorées.
Amato, j’espère que ces mots te plairont. Une question me taraude : mêlent-ils assez de tendresse à mon effronterie pour que je demeure ta chérie quand je joue à la pu­tain ? Tu sais, faire la salope m’excite beau­coup. Il est avéré que tu m’as bel et bien dépravée. Adieu, tu me manques.
Ta Nora

P.S. Mes « parties gourmandes » frétillent d’impatience tandis que mes « zones humides » débordent de plaisir. Reviens-moi vite.


Convaincu ? Pas convaincu ? La lettre est datée du 8 décembre, à Trieste, il est peu probable que « Jim » ait pu en tenir compte dans sa réponse du 9, à Dublin (les lettres se seront croisées). Vous pouvez quand même relire ces lettres de James Joyce à Nora ; les lettres suivantes sont dans le petit livre des éditions Rivages, p. 146 à 172. Vous pouvez aussi relire, mais c’est une tout autre histoire, quelques lettres de Sophie dans Portrait du Joueur. Qu’elles soient ou non intégrées à une fiction romanesque, ces lettres sont, elles, bien réelles et authentiques. C’est Sophie elle-même qui le confirme dans un entretien célèbre (publié dans art press en 1985).

Exemple très concis. Lettre de Sophie (c’est la lettre XIII) :

« Je me réjouis à l’avance de cette scène ménagère. Préparez-vous à être obéissant, soigneux, soucieux de faire votre travail. Pensez simplement : "Est-ce que cette sale garce voudra être foutue ?" Mettez la main sur votre queue, et attendez que je la reprenne brusquement.
A lundi ; pissez en vous excitant.

Sophie. »

*

« Mon cher Jim ». Il est amusant de relever que, si Jim est bien le diminutif et la signature de James, c’est aussi le prénom inventé, dans ses romans, par Dominique Rolin pour désigner... Philippe Sollers en hommage à Joyce (cf. Dominique Rolin et Jim). Questions. Les lecteurs et lectrices d’art press ont-ils imaginé que leurs lettres pouvaient, fictivement, par un curieux jeu d’identification-substitution (« Mon cher Jim »), s’adresser à Sollers qui publia naguère, comme c’est d’ailleurs rappelé dans l’annonce lançant le fameux concours, certaines des lettres de Joyce à Nora ? Est-ce pour cela que deux des lettres "lauréates" sont écrites pratiquement sans ponctuation comme l’est, certes, le monologue de Molly dans Ulysse, mais aussi le polylogue de H et Paradis de Sollers (« Here Copyright Ends », signe l’un des auteurs. Hic est. HCE [6]) ? Les rédacteurs de la revue — ou leurs successeurs, un jour — envisageront-ils un nouveau concours invitant leurs lectrices à compléter les 10000 lettres de la correspondance, encore inédite, entre Dominique Rolin et Sollers [7] en ajoutant quelques lettres « enfiévrées » ? Ou à imaginer les lettres manquantes que la Sophie de Portrait du Joueur adressa à Philippe Diamant ? Qui sera membre du jury ? On se prend à rêver. Nul doute que cela serait spectaculaire.

*


Une pureté nouvelle dans l’obscénité

Un fait est bien réel, celui-là : alors que, depuis quarante ans, chaque nouveau roman de Sollers fait l’objet d’une critique ou d’un entretien (le plus souvent avec Jacques Henric) dans le numéro d’art press qui suit sa publication, le silence est total depuis janvier à propos de L’École du Mystère. On croit comprendre pourquoi. Il y a pourtant de belles scènes avec la Manon du livre, scènes qui ne sont pas sans rappeler celles de Portrait du Joueur, ce « roman où tout est vrai. »

Ouvrons L’École du Mystère, son jardin secret et ses « scènes très contradictoires » (p. 70), ses « aventures fantasmées » (p. 76). Une variante possible, incestueuse et obscène, de la formule de Lacan : « il n’y a pas de rapport sexuel », régulièrement citée [8] ?


« Bref, ici comme ailleurs, vous suivez l’École du Mystère, commencée dès votre enfance. Vous devez beaucoup, davantage que vous ne l’avez jamais dit, à votre sœur, Manon, cette petite salope sublime. Vos jeux avec elle avaient lieu au fond du grand jardin, en début d’après-midi, dans la petite baraque en bois des jardiniers, sous les arbres. C’est là qu’ils rangeaient leur matériel, brouettes, bêches, pelles, râteaux, arrosoirs, seaux, bassines, tourniquets (ah, les tourniquets sur l’herbe du soir !). Sombre endroit plein d’odeurs, noir mystère. Le code entre nous était strict : M., Ma, devait arriver la première, et m’attendre dans l’obscurité vibrante. Après quoi, d’emblée, une bonne demi-heure de caresses, toujours sur le même thème : elle me débarrasse, pour mon bien , de cet organe parasitaire et gênant. C’est affreux, dégoûtant, excitant, infernal, paradisiaque, contre-poison futur pour tous les poisons Fanny.

On a continué, ma sœur et moi, à Paris. Elle a 2 ans de plus que moi, elle s’est mariée, a eu 2 enfants et on s’est retrouvés comme si de rien n’était. On a repris, en secret, nos fêtes. Quoi, vous croyez que j’invente, que notre liaison sans « pénétration » est restée en surface ? Laissez-moi rire, vous n’avez jamais connu un corps-sœur. Manon ! Ma ! Manou ! Mana ! Mano ! Mani ! Manée ! Musique ! Personne n’est au courant, on invente une pureté nouvelle dans l’obscénité, le moindre mot est important, son inflexion, son accent, « ce sera délicieux », dit-elle, et le désir immédiat est là. Il est clair que tous les personnages du dehors ne se sont jamais rien dit. On se venge des tribus, des clans, des familles, et de toute la société avec eux. Elle venge les femmes, je venge les hommes. C’est l’approbation à la passagèreté du temps, et le oui de la volonté au temps et son « il était ». Le contraire, donc, de son éternel esprit de vengeance.  »

L’École du Mystère, 2015, p. 67-68 [9].

On lisait dans Portrait du Joueur (1984) :

« Des scènes de ce genre ne s’inventent pas. » « Les obscénités sont une simple vérification, une façon de se rappeler le château du dedans, sa clôture, son autre substance... On est au fond du jardin. » » [10].

Attendons la suite du « feuilleton ». « Dans la nouvelle science, chaque chose vient à son tour, telle est son excellence. »

*


Et maintenant, photo.

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Chris et Naïma Loewert.
"Mon cher époux, mon amant, ma tourmente..."
2014. Technique mixte (détail). Crédit art press.

[2Sollers en parle dans L’École du Mystère, chapitre « Obscénités I », Gallimard, 2015, p. 39-40. Je m’étais fait l’écho de cette manifestation dans mon article d’août 2014, Sade avec Mozart. Mais Sollers en fait aussi état dans un entretien avec Josyane Savigneau à propos de Sade :
« [...] La misère sexuelle s’étale de façon de plus en plus plate.
S’il en fallait des preuves, en voici une sur l’utilisation de Sade au XXIe siècle. J’ai eu des nouvelles imprévues et terrifiantes sur le sujet. Au début de l’été, j’ai reçu une invitation à une fête qui allait être donnée sous l’égide de Pierre Cardin au château de Lacoste. Une fête en hommage à Sade — l’invitation comporte un portrait de Sade —, donnée en présence de son descendant le comte Hugues de Sade, animée par Ève Ruggieri, avec dédicace d’un livre sur Sade, au profit des enfants autistes du Vaucluse. Il fallait envoyer d’abord un chèque de 50 euros. Qui ne serait désireux d’aider des enfants du Vaucluse ? Mais qu’est-ce que je veux dire en citant cela ? C’est que, désormais, l’obscénité n’est plus là où on l’a cru pendant si longtemps, chez Sade, mais bel et bien dans l’utilisation spectaculaire qu’on fait de lui. Il se passe en ce moment la même chose avec Joyce. Un concours est organisé par Catherine Millet et le psychanalyste Charles Melman pour imaginer ce que Nora Joyce aurait pu répondre aux lettres pornographiques que son futur mari James Joyce lui a envoyées en 1909. C’est le même processus... »

(« Citer Sade demeure presque impossible », Le Magazine littéraire, n° 549, novembre 2014)

[3Marilyn Yalom (son patronyme pourrait sembler inventé par un narrateur facétieux) est bien l’« universitaire américaine féministe », auteure de Comment les français ont inventé l’amour : Neuf siècles de passion et de romance, Editions Galaade, 2013.

[4Avec un excellent édito de Catherine Millet sur la 56ème Biennale de Venise.

[5Cf. Aden Elias (regardez à la date du 24 juin).

[6HCE : Here Comes Everybody. « H.C.E. Dernière partie de Finnegans Wake : "Ah and from the clouds emerges, holdind a chart expanded." Dieu le Père, par deux H.C.E. bien symétriques, émerge des nuages, tenant à la main une charte, une carte. » Cf. « La Trinité de Joyce » dans Joyce, de Tel Quel à L’Infini.

[8Et mal comprise. Lacan la précisera dans une intervention sur Aristote en 1978 : « S’il est vrai, comme je l’ai énoncé, qu’il n’y a pas de rapport sexuel, à savoir que dans l’espèce humaine il n’y a pas d’universel féminin, qu’il n’y a pas de « toutes les femmes ». Bref, selon une autre formule de Lacan : « LA femme n’existe pas ». « "II n’y a pas de rapport sexuel", cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des actes sexuels constants. C’est tout simplement qu’il n’y a pas de rapport mathématique. » (Sollers, Lacan même).

[9Je souligne. On peut aussi relire L’Éclaircie.

[10Je souligne.

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