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J’ai rendez-vous au Musée Rodin, rue de Varenne

Un baiser qui vaut de l’or à New York

D 11 mai 2016     A par Viktor Kirtov - C 4 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


10 mai 2016 : Nouvel ajout avec la vente record chez Sotheby’s à New York d’une version en marbre blanc de L’Eternel Printemps de Rodin : Un baiser qui vaut de l’or.

Article initialement publié le 19 juin 2007, complété le 12 février 2016 par la section : « Exceptionnel ensemble de cinq "Rodin" aux enchères à Drouot »

D. Brouttelande : « A lire l’ évocation de Rodin par Ph.S. dans Rodin, Dessins érotiques je me suis souvenu d’un passage dans un roman justement consacré aux dessins érotiques... plus précisément de la visite du narrateur au Musée Rodin.
J’ai fini par le retrouver. Cela date de 1987, comme le texte en question ; il figure dans Le Coeur Absolu ", pp. 376 - 378 (col. blanche). » :

J’ai rendez-vous au Musée Rodin, rue de Varenne

L’extrait en question :


J’ai rendez-vous au Musée Rodin, rue de Varenne... Il fait encore jour, « vous êtes attendu ? »,

j’entre... Je vais jeter un coup d’oeil à La Porte de l’Enfer, encore une péripétie de Dante à travers les siècles... Vous qui entrez, laissez toute espérance... Les corps des damnés sont plantés dans le bronze vert sombre, là, dans le beau jardin... Négatif des volumes bien mis en relief... Un rosier violent éclate juste à côté, dans le rouge... Les Parisiens ne se doutent pas de ce qui s’est passé et se passe encore dans les jardins réservés... Laboratoire de Rodin, près des Invalides...

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A droite, le Dôme des Invalides

Il y en a eu, ici, des rencontres, des va-et-vient discrets au début du 20e siècle, dans son envers senti par ces mains... La Porte de l’Enfer... Une des portes de Notre-Dame, à l’écart... Gargouilles spéciales... Ève songeuse et gracieuse, à droite... « Madame la Conservatrice vous attend »... Oui, en haut, pour l’ouverture des cartons interdits, dessins et papiers découpés, paradis d’Auguste... Il fait presque noir, maintenant, l’orage menace. On est dans une petite pièce sous les toits. La Conservatrice derrière son bureau, sérieuse. Sa jeune assistante brune chargée de me montrer le théâtre privé d’un des plus grands sculpteurs de tous les temps... Vous qui allez voir ça, retrouvez l’espérance... « C’est curieux nous avons davantage d’étrangers que de Français... Américains, surtout... - Nul n’est prophète... -Sans doute. Mademoiselle, veuillez apporter les numéros 5700 et suivants. »

Je m’assois. « Non, pas de stylo, s’il vous plaît. Du crayon. Nous faisons très attention. » Coup de tonnerre, vent dans les fenêtres. Bonjour Auguste ! Pluie battante contre les vitres... Grands cartons plats... On y va... Pas si vite !... Moment !... Les voilà... Seules ou à deux, mythologiques ou nature, l’une sur l’autre ou l’une contre l’autre, accroupies, allongées, renversées pliées... « Uniquement des femmes ? - Oui. » En voici trois d’un coup, robes relevées, se branlant délicatement, bien de face... La Conservatrice consulte ses papiers... L’assistante regarde la nuit, pense qu’elle est retardée par un spécialiste obsédé de passage... « On peut revenir arrière ? S’il vous plaît ? » Quelle fugue ! Quelle guide !... Moments perdus des après-midi d’été... Modèles en tous genres, mondaines et demi-mondaines, bourgeoises, ouvrières, petites employées...

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Rodin dans son atelier. Crédit : evene.fr

L’Hôtel Lesbos... Tenu par le Faune en personne... Visage carré, petite barbe... « Ces nymphes, je les veux perpétuer »... A la flûte... Douce France, sauvage en dessous... Debussy soleil... Je le vois d’ici... Venez... Pour poser... Allons, simplement pour le mouvement, là, d’ensemble... Un peu plus précis... Singulier... N’ayez pas peur... Visage méconnaissable...Un oeil emporté... La bouche effacée... Traits dans l’ombre... « Des études de nus »... Pour paradis perdu... Le jardin des supplices... Des études peu plus vraies, voilà tout. .. « Un autre carton ? - Un autre . » Tiens, Le Diable... Il a écrit ça dans un coin... Serpent enroulé sur une jambe, gueule ouverte, corps nu projeté en avant... « Il devait penser à une illustration, pour Milton »... Milton ? Oui, si on veut. La Luxure. Magnifique, la luxure... Néréides ... Constellation ... Coquille ... Un peu aquarellés, les dessins ou les papiers découpés, jaunes, orange, bleu clair... Et les coups de crayon... Comme au fouet... Pas la peine de vous faire un dessin... Possession sur place... Pluie sorcière... Sur les jambes bien écartées, les bras tordus, les seins torsadés... Et ces deux, là, assises l’une sur l’autre, s’embrassant furieusement au fond de la scène... Et celle-là, noyée ...

- Vous êtes surpris ?

- Plutôt. Ils sont inédits ?

- Pour la plupart.

Cartons de Paris... Greniers et caves... Archives... Documents explosifs... Il y a dépôts et dépôts, malles et malles...

- Vous n’allez pas faire de Rodin un maniaque sexuel ? Il y a bien d’autres choses....

- Évidemment.

L’assistante continue à tourner les feuilles... S’amuse un peu, maintenant, de mon air tendu... La Conservatrice classe toujours ses papiers derrière son bureau Directoire... Il fait très chaud. « On peut ouvrir la fenêtre ? Il me semble qu’il ne pleut plus. » Les dimanches de Monsieur Pan, auteur du grand Balzac du carrefour Vavin, comédie humaine... La porte Dante à gauche, en entrant... Et puis cette branleuse sur papier, debout, sa main de spectre à plaisir... Quel âge avait-il quand il a noté ces bacchantes ? Soixante ans ? Tout était permis ? Pour lui seul ?.. Faire et dire, pas la même chose... Agir et décrire en même temps : pas courant...

- Je suis très ému.

- Il y a de quoi.

On range... « Attention à votre tête dans l’escalier, le plafond est bas »... Platanes mouillés... Parfum des rosiers... Presque un siècle...

- On ne peut pas dire que ce ne soit pas clair.

- Vous trouvez ?

Le C ?ur absolu,
pp. 395-398 édition Folio [1]

[...]

Deux pages plus loin :

... J’ai rendez-vous avec Rosalind, la critique bien connue de tout l’art moderne... Elle passe par Paris... Elle va à Venise, Palazzo Grassi, musée futuriste...

- J’ai vu hier des dessins extraordinaires de Rodin.

- Rodin ? Cette vieille barbe ? Vous avez du temps à perdre ...

- Des dessins érotiques splendides.

- Érotiques ?

Elle rougit, Rosalind... J’avais déjà remarqué que lorsque j’arrivais dans son dos pour lui dire bonjour dans la rue, à New York, elle se retournait en rougissant.. Un mâle l’accostant comme ca, par-derrière, dans un le public...

- Plus érotiques que Brancusi ?

- Des femmes ...

Ah, des femmes ... La moue ... Des Madames Roland toutes nues ... Aucun intérêt ... L’Histoire est abstraite. X, Y, ou Z, dans l’Histoire, avec leur histoire à eux ? Leurs têtes ? Leurs goûts ? Leurs organes ? Anecdotes ... On s’en passer. Les corps concrets sont des mannequins pour cela, il y a les magazines de mode. Invisible guillotineur d’un côté ; écume des choses de l’autre...

- Vous devriez faire attention, dit Rosalind. On finir par croire que vous avez des idées fixes.

Elle boit son thé... Elle me parle de sa nouvelle exposition en préparation : cubes, sphères, colonnes courbes d’acier... La forme sortant de la forme et retournant à la forme... Du spirituel dans l’art... Investissements... Publicité... Catalogue... Qu’est-ce qu’elle avait à me dire, déjà ? Ah oui : je connais Simmler ? Il pourrait publier un reportage sur elle ?

Le Coeur absolu,

p. 400 édition Folio


De l’hôtel Biron au Musée Rodin

Au 77, de la rue de Varenne, au pied du dôme des Invalides, se dresse l’hôtel Biron, au milieu d’un parc de trois hectares.

En 1905, confisqué en application des lois de séparation entre l’Eglise et l’Etat, il n’apparaissait plus que comme une carcasse vide entourée d’un parc à l’abandon. [...] Et, bien que promis à la démolition, l’hôtel put abriter provisoirement de nombreux artistes : Jean Cocteau, Henri Matisse, l’acteur de Max, Isadora Duncan qui avait son école de danse dans un bâtiment aujourd’hui détruit, situé dans la cour d’honneur, et Rodin qui, sur les conseils de Rainer-Maria Rilke, s’installa en 1908 dans l’enfilade des salons sud. Bien que continuant d’habiter et de travailler à la villa des Brillants de Meudon, Rodin fut séduit par la beauté de l’hôtel et le charme sauvage du parc ; il y amassa ses oeuvres, couvrit les murs de ses dessins, peupla le parc de ses antiques gréco-romains.

En 1911, l’Etat acquit le domaine. Quant à Rodin, il forma le projet de léguer à l’Etat l’intégralité de ses collections sous réserve qu’un musée lui fût consacré à l’hôtel Biron. Soutenu, entre autres, par Claude Monet, Octave Mirbeau, Raymond Poincaré, Georges Clemenceau, Etienne Clémentel... le projet eut du mal à aboutir tant, encore à cette époque, l’art du sculpteur restait incompris, voire considéré comme sulfureux. Votées par le Parlement, ses donations furent officialisées le 24 décembre 1916, Rodin donnant à l’Etat la totalité de ses collections, de ses photographies, de ses archives, ainsi que l’ensemble de son oeuvre, sculptures et dessins, assorti des droits patrimoniaux qui y sont attachés.

Rodin est mort le 17 novembre 1917 et l’ouverture du musée qui porte son nom intervint en 1919.

D’après http://www.musee-rodin.fr/

Sollers, encore, dans Rodin, Dessins érotiques :

Avec l’hôtel Salé-Picasso, l’hôtel Biron-Rodin fait définitivement de Paris la ville-mystère. Sade, Baudelaire et Proust approuvent cette construction. Vous qui entrez dans Paris, perdez toute espérance d’en apprendre davantage ailleurs. C’est ici, et ici seulement, qu’on étudie de près la Luxure. Laissez-vous enfermer dans le Musée la nuit. La tour Eiffel et les Invalides vont vous chuchoter dans l’ombre des tas de bruits vénéneux et crus.

Le Serpent est là. Le Paradis perdu, on va vous expliquer pourquoi il peut être retrouvé à l’envers. Dante ? Milton ? Il suffit pour les radiographier de prendre la matière en mains, sans dérobade. Rodin se dévoue.

Il a vu.

Ne pas oublier CONTRE quoi tout cela se fait : l’ambiance, le journalisme, la folie puritaine, le refoulement toujours stable sous ses déguisements temporels, reine Victoria, modern style, 1900 décoratif, politique ou publicité d’aujourd’hui. Et POUR quoi : garder l’objectif en vue, dans un océan de mensonge. Ces incisions positives sont là pour dégager la très précieuse substance interdite, l’hormone autoérotique qui donne droit à la consommation immédiate de l’ensemble des femmes possibles valant pour tous les autres corps dressés, modelés, fondus. Le vieux Rodin ? Le vieux Picasso ? Le vieux Matisse ? Les voici en train de casser la loi des lois, le préjugé biologique. Ils n’ont jamais été plus jeunes, ou plutôt : la jeunesse satyrique ne s’obtient que par cette délégation d’une énergie enfouie, sans âge, au crayon, au pinceau. On ne devient pas un dieu comme ça. La « jeunesse », le plus souvent fade, inhibée, n’est que l’ombre de la divinité jouable.


Le dessin (vers 1890) et la sculpture (1895) se répondent avec éloquence.

Quand Rodin délivre Iris, messagère des dieux, il ne va pas la chercher ailleurs que sur son divan opératoire. « Un dieu, dit Epicure, est un animal indestructible et heureux. » Rodin, comme après lui Picasso et Matisse, sait pourquoi et comment il est devenu très tard un animal indestructible et heureux.

Philippe Sollers
RODIN, Dessins érotiques
Gallimard, 1987 pp. 6-7

« Les femmes sont le vrai sujet de Rodin, une fois qu’on a fait le tour des « Bourgeois de Calais » ou du « Penseur ». Qu’elles jaillissent de « L’Enfer » ou plus simplement de l’un de ses ateliers, il sait les mettre en mouvement comme nul autre, les montrer avec une volupté très crue, mais d’un goût très sûr, comme l’audacieuse « Iris, messagère des Dieux », qui, avec allégresse, ouvre ses cuisses en direction des spectateurs. Les femmes, l’artiste les respectait infiniment, cherchant, lorsqu’elles travaillaient avec lui, à les faire progresser, veillant à ce qu’elles sachent tirer le meilleur d’elles-mêmes. De ce point de vue-là aussi, il est moderne, Rodin, et en avance sur son temps.
Jean Pierrard
le point 18/05/01 - N°1496 - Page 132

Rodin, Dessins érotiques
Rodin, « Le culte du nu » par Alain Kirili
La Porte de l’Enfer
Le Baiser


EXCEPTIONNEL ENSEMBLE DE CINQ « RODIN » AUX ENCHERES A DROUOT !

JERÔME LE BLAY, auteur du catalogue raisonné de Rodin :
« Rodin parle aujourd’hui aux goûts les plus contemporains »

L’Eternel Printemps
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Mardi 16 février 2016, mise en vente à Drouot d’ un important ensemble de cinq sculptures en bronze de Rodin [2], représentatives de sa carrière, dont une version du Baiser estimée de 1,5 à 2 million(s) d’euros, et un exemplaire de L’Éternel Printemps, évalué de 300 000 à 400 000 euros. Gros plan sur les bronzes de l’artiste avec Jérôme Le Blay, auteur du catalogue raisonné en préparation et expert de cette vente par la société Binoche et Giquello.

Journal des Arts [3], Alexandre Crochet : D’où proviennent les pièces présentées en vente à Drouot mardi prochain ?

Jérôme Le Blay : Ces œuvres qui n’ont pas bougé depuis 70 ans, proviennent de la collection d’un marchand, Jean de Ruaz. Installé à Paris avenue de Friedland, à côté de Durand-Ruel, il avait beaucoup de succès quand Paris était le centre du marché de l’art, dans les années 1950-1960. Sa proximité avec le fondeur Eugène Rudier lui a permis de faire en 1946 une grande exposition sur Rodin avec près de 80 œuvres, l’une des plus importantes sur l’artiste après la Seconde Guerre mondiale. Eugène Rudier a pris la succession de son père Alexis à la tête de la fonderie en 1898, et commence à travailler pour Rodin en 1902. Pendant cinquante ans, il va devenir le principal fournisseur de Rodin et ensuite du musée Rodin. Vers la fin des années 1920, dans le contexte économique de la Grande Dépression, le musée Rodin, héritier de l’artiste, et autonome, a des difficultés financières et n’arrive pas à vendre les bronzes. Eugène Rudier va lui acheter jusqu’à sa mort en 1952 environ la moitié des bronzes produits par le musée. Complétée par des dons de Rodin lui-même, des œuvres acquises auprès d’amis de l’artiste, ou en ventes aux enchères, sa collection est énorme. Ces bronzes Rudier sont aujourd’hui dans diverses collections et musées.

A-t-on idée du nombre de bronzes produits ?

À l’origine, quand le musée Rodin se met à éditer les bronzes après la mort de l’artiste, il n’y a pas de limites à ces tirages obtenus à partir des plâtres. Le musée produit ainsi environ 50 Penseurs, 100 Baisers… Ce dernier modèle sera aussi vendu à Barbedienne [par Rodin]. Ce n’est qu’en 1968 qu’une limitation est introduite.

Ici, les pièces ont été fondues soit en 1927, soit entre les années 1930 et 1945 environ. Le marché fait une césure claire entre bronzes du vivant de l’artiste et posthumes…

Pour moi, il n’existe pas de scission liée à la qualité. C’est un mythe. Oui, il y a une différence de qualité, avant 1900 (François Rudier) et après 1900 (1905 pour les dernières pièces). Barbedienne, avec qui Rodin a signé un contrat, va produire L’Éternel Printemps et Le Baiser et les diffuser largement à l’étranger.

À L’ORIGINE, IL N’Y A PAS DE LIMITES À CES TIRAGES OBTENUS À PARTIR DES PLÂTRES

En termes de fidélité à la patine et à l’esprit de Rodin, je trouve Barbedienne un peu plus lourd, un peu lithographié. Si ses bronzes ont été faits du vivant de l’artiste, il n’est pas prouvé que Rodin les ait vus et contrôlés. En 1902, Rodin s’appuie sur la fonderie Alexis Rudier, reprise par son fils Eugène, mais confie la patine à Jean Limet. Rudier n’est pas le meilleur des fondeurs, mais plutôt un excellent fondeur, avec un standard parfait, sans erreurs, de qualité constante. Après 1952, son cousin Georges Rudier va reprendre la production, mais ce ne sera plus les mêmes techniques… Christie’s vient de vendre le 2 février à Londres un Baiser de Georges Rudier. Son propriétaire, qui l’avait acheté en 2007 chez Christie’s pour 1 million de dollars, s’est rendu compte que ce n’était pas ce qu’il voulait, et a essayé ensuite de le vendre trois fois aux enchères, sans succès. La sculpture a fini par partir, enfin, pour 782 500 livres sterling avec les frais. Dans le cas de la vente Binoche et Giquello, nous avons une constante de qualité, une homogénéité de période, avec des variantes de patines, car le patineur est avant tout un peintre. C’est le meilleur de ce qui existe en fonte posthume.

Quelles sont les œuvres de Rodin les plus recherchées ?

LE TOP 5 DE RODIN, C’EST LE PENSEUR, LE BAISER, L’ÉTERNEL PRINTEMPS, EVE ET L’ÂGE D’AIRAIN

Le top 5 de Rodin, par le nombre d’épreuves et la fréquence aux enchères, c’est Le Penseur, Le Baiser, L’Éternel Printemps, Eve et L’Âge d’Airain. Dans cette vente figurent trois des principaux cycles de l’artiste. Le Baiser et L’Éternel Printemps sont issus de la Porte de l’Enfer inspirée de Dante. L’Éternelle idole relève de sa période avec Camille Claudel, liée au désir d’enfant. La jeune mère fait partie de l’époque où Rodin redevient père. Le Bon génie ou Jeune fille confiant son secret à Isis appartient au 3e cycle, celui de l’inspiration mythologique. L’Éternel printemps, Le Baiser et La jeune mère sont dans leur format originel, les autres dans une taille dite d’étude mais totalement aboutie et qu’il a exposé de son vivant.

Comment analysez-vous la vente à Londres d’Iris de Rodin chez Sotheby’s le 3 février pour 11,6 millions de livres (15,3 millions d’euros), l’un des plus gros prix aux enchères pour l’artiste ?

Je ne pensais pas qu’il ferait ce prix. Il y a la rareté de la pièce et aussi son aspect contemporain. Sotheby’s a mis en avant le fait que l’œuvre a appartenu à Sylvester Stallone et que Lucian Freud en avait un autre exemplaire face à son lit. Iris fait partie de ces œuvres faites pour choquer et s’interroger, qu’on tenait cachée jusque dans les années 1950, un peu comme L’origine du Monde de Courbet. Aujourd’hui, il existe un nouveau regard sur ce genre de sujet explicite, qui ne fait plus peur à des gens aux très gros moyens. Son acheteur est un collectionneur européen des plus beaux bronzes de Rodin sur le marché, mais aussi d’art contemporain avec des toiles de Gerhard Richter ou de la photographie allemande. Rodin est historiquement rattaché à l’impressionnisme, mais il parle aujourd’hui aux goûts les plus contemporains.

Le Baiser


Le Baiser
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Le Baiser. Moyen modèle dit “taille de la porte” avec base simplifiée Bronze à patine brune nuancée Conçu en 1885, épreuve en bronze réalisée en 1927 Signé “A.Rodin” sur le rocher à droite, marque de fondeur “Alexis Rudier / Fondeur.Paris” à l’arrière de la base et avec le cachet intérieur Dimensions : 85,2 x 52,4 x 54,5 cm. (1 500 000 / 2 000 000 € )

Le Baiser est sans doute l’oeuvre la plus emblématique et la plus connue d’Auguste Rodin. Elle figure aujourd’hui comme l’un des plus grands chefs d’oeuvre que compte l’Histoire de l’Art. L’épreuve en bronze provenant de la collection Jean de Ruaz fut réalisée en 1927 par la fonderie Alexis Rudier. Ce moyen modèle à patine brune nuancée, est peut-être celui qui se rapproche le plus, de par sa taille, du modèle original conçu pour orner la Porte de l’Enfer. Nous connaissons 27 épreuves de ce sujet moyen modèle, dont le plâtre est aujourd’hui conservé dans les collections du Milwaukee Art Center.

Le Baiser représentait à l’origine Paolo et Francesca, personnages issus de La Divine Comédie, poème de Dante Alighieri (1265-1321). Ce groupe, conçu par Rodin en 1882, dans le processus créatif de La Porte de L’Enfer, figura en bonne place au bas du vantail gauche jusqu’en 1886, date à laquelle le sculpteur prit conscience que cette représentation du bonheur et de la sensualité était en contradiction avec le thème de son grand projet. Rodin en fit alors une oeuvre autonome qu’il exposa pour la première fois au public dès 1887. Le succès fut immédiat et les critiques baptisèrent ce modèle Le Baiser, titre qui supplanta vite celui initial de Paolo et Francesca.

L’Éternel Printemps

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L’Eternel Printemps, bronze

L’Éternel printemps. Premier état, taille originale, variante de type A Bronze à patine brune nuancée de vert. Modèle conçu vers 1884, épreuve probablement fondue entre 1935 et 1945. Signé et numéroté “A.Rodin 2/3” sur le côté droit du rocher, marque de fondeur “Alexis Rudier / Fondeur.Paris” à l’arrière du rocher et avec le cachet intérieur “A.Rodin”. Dimensions : 64 x 63,8 x 37,8 cm. (300 000 / 400 000 €)

L’œuvre fut créée durant la période d’intense travail autour de LaPorte de l’Enfer, mais ce sujet gracieux n’y figura jamais : tout comme Le Baiser, dont il constitue une sorte de variante, son sujet évoque le bonheur de deux jeunes amants, sentiment qui parut ne pas convenir au thème infernal de La Porte.

Le personnage féminin de ce groupe dérive du Torse d’Adèle, créé antérieurement par Rodin et utilisé au tympan de La Porte de l’Enfer. La sensualité de ce corps cambré, tendu vers les lèvres du personnage masculin, s’intègre parfaitement dans la composition. À cette courbe ascendante répond le large mouvement de l’homme qui domine la composition, à l’inverse du Baiser où l’initiative semble venir de la femme. Évoquant par son mouvement gracieux la sculpture du XVIIIe siècle, que Rodin appréciait et qu’il avait beaucoup imitée lorsqu’il travaillait pour des ornemanistes, L’Éternel Printemps connut un grand succès et fut traduit plusieurs fois en bronze et en marbre.

Jeune Mère


La Jeune Mère
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Jeune mère, Bronze à patine brune noire nuancée de vert Conçu en 1885, Épreuve fondue entre 1931 et 1945 Signé “A.Rodin” dans un cartouche à l’arrière du rocher, marque de fondeur “Alexis Rudier / Fondeur Paris” à l’arrière de la base avec un reste très effacé de numérotation “...EPREUVE” sur le coté droit et avec un cachet intérieur. Dimensions : 39 x 36,5 x 26,8 cm. (80 000 / 100 000 €)

Jeune Mère capture un instant de douceur et de complicité entre une mère et son enfant. Ce bronze fut fondu entre 1931 et 1945 et plusieurs épreuves de ce modèle sont conservées dans des collections publiques dont le musée Rodin, Paris (fonte Georges Rudier) ; le muséo Soumaya, Mexico (fonte Alexis Rudier) ; l’University of Michigan Museum of Art, Ann Harbor et le musée Francisque Mandet, Riom (fonte Alexis Rudier).

Rodin a réalisé trois petits groupes sur le thème de la mère et l’enfant : Jeune Mère à la Grotte, l’Amour qui Passe et Jeune Mère. Ces réalisations s’inscrivent dans une série d’oeuvres entreprises par Rodin dès son séjour en Belgique et développent le thème de la tendresse maternelle ou fraternelle comme l’oeuvre Frère et Soeur peut en témoigner.

Avec Jeune Mère Rodin atteint une pleine maîtrise dans la représentation des corps et apparaît comme l’héritier de Jean Baptiste Carpeaux dans cette oeuvre charmante, caractérisée par une grande spontanéité dans l’expression des sentiments.

L’Eternelle Idole


L’Eternelle Idole
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L’Éternelle idole. Moyen modèle Bronze à patine noire nuancée de vert Conçu en 1889, cette épreuve fondue en 1927 Signé “A.Rodin” sur le coté droit de la base, marque de fondeur “Alexis Rudier / Fondeur.Paris” à l’arrière de la base et avec le cachet intérieur. Dimensions : 29,5 x 14,1 x 24,5 cm (60 000 / 80 000 €)

Avec L’Eternelle Idole, Auguste Rodin choisit de représenter la domination de la femme sur l’homme qui, agenouillé devant elle dans une attitude d’adoration, paraît rendre un hommage presque religieux à une divinité quasi-indifférente. A l’époque où Rodin crée cette oeuvre, sa relation amoureuse avec Camille Claudel est à son paroxysme. L’influence des deux artistes sur leur production respective est significative et L’Eternelle Idole semble faire écho à l’un des chefs-d’oeuvre de Camille Claudel : Sakountala.

Le Bon Génie


Le Bon Génie
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Le Bon Génie. Petit modèle Bronze à patine noire nuancée de vert Conçu vers 1899 Épreuve probablement fondue entre 1935 et 1944 Signé “A. Rodin” sur le rocher à droite, marque de fondeur “Alexis Rudier / Fondeur. Paris” sur le rocher à gauche et avec le cachet intérieur. Dimension : 22,7 x 11 x 15,2 cm (30 000 / 40 000 €)

Le Bon Génie est la représentation intime et délicate de deux figures en confidence. Cette oeuvre nommée ainsi par Rodin, en pendant au groupe intitulé Les Mauvais Génies, portait auparavant plusieurs noms dont le plus connu estJeune fille confiant son secret à Isis. Dans la veine des sculptures de Carpeaux, ce petit bronze nous montre un « génie » se penchant avec bienveillance pour écouter les confidences d’une adolescente.

SUR LE COLLECTIONNEUR JEAN DE RUAZ

Fils de l’architecte en chef du musée du Luxembourg à Paris, Jean de Ruaz a, depuis son plus jeune âge, été plongé dans l’univers artistique parisien. Sa galerie, située au 31, avenue de Friedland, dans le prestigieux huitième arrondissement de Paris, abrita de nombreuses expositions d’artistes impressionnistes et post-impressionnistes majeurs dont celles consacrées à Albert Lebourg, Armand Guillaumin, Eugène Boudin, Marcel Cosson, Pierre Eugène Montézin et bien d’autres. Galeriste incontournable du XXème siècle, il sut constituer avec talent une collection personnelle de grande qualité.

Fasciné par l’oeuvre d’Auguste Rodin, il lui consacre en mai 1946, une exposition majeure rassemblant ses plus beaux bronzes dont L’Eternel Printemps, Bon Génie, Le Baiser, La Jeune Mère et L’Eternelle Idole émanant de sa collection personnelle. Remarquables à plus d’un titre, ces fontes posthumes ont toutes été exécutées par Eugène Rudier, fils d’Alexis Rudier, et fondeur préféré d’Auguste Rodin.

SUR LA SAGA DES FONDEURS RUDIER

L’histoire de la fonderie Rudier débute dans les années 1850 alors que les trois frères Victor, François et Alexis Rudier créent une fonderie commune, mais leur projet tourne court. En 1881, François Rudier s’associe à Auguste Griffoul et codirige la fonderie du même nom, avant de s’installer au 41 de la rue Vavin à Paris en 1883. Il travaille pour Auguste Rodin et produit pour lui cent quinze bronzes entre 1881 et 1904, dont la majorité ne porte ni sceau, ni signature. Mais c’est son frère, Alexis Rudier qui donnera son nom à l’une des plus grandes fonderies d’art françaises, créée en 1874, rue Charlot à Paris. L’entreprise s’installe en 1880, au 45, rue de Saintonge. Elle y reste jusqu’en 1934, date de son déplacement rue Leplanquais à Malakoff par son fils Eugène. Il développe la fonderie dont il prend la direction à la mort de son père en 1897. Présenté à Rodin en 1899, il finit par gagner la confiance du sculpteur.


Dès 1902, Eugène Rudier reprend à son oncle François Rudier la clientèle d’Auguste Rodin, dont la notoriété est déjà internationale. Néanmoins, le sculpteur lui retire souvent l’exécution des patines, qu’il préférait confier à Jean Limet. Ce dernier sera embauché par Rudier à la mort de Rodin. Jean Limet travaillera pour Rudier jusqu’à sa mort en 1941, surveillant et patinant tout spécialement les fontes posthumes d’Auguste Rodin. Il garde la clientèle de Rodin jusqu’à sa mort en 1917 et obtiendra l’exclusivité des fontes du Maître par le musée Rodin jusqu’à sa mort en 1952.

Crédit :
Le Journal des Arts
Musée Rodin
Enchères Drouot

Un baiser qui vaut de l’or !


Rodin, L’Eternel Printemps en marbre blanc.
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NEW YORK (ETATS-UNIS) [10.05.16] - « L’Eternel Printemps », une sculpture en marbre d’Auguste Rodin, a été vendue lundi soir, 10 mai 2016 pour plus de 20 millions de dollars, un record pour l’artiste, aux enchères d’art impressionniste et moderne chez Sotheby’s à New York.

Cette sculpture en marbre blanc représente un couple échangeant un baiser. Adjugée pour 20,41 millions de dollars, elle a doublé les estimations initiales qui jugeaient sa valeur à entre 8 et 12 millions de dollars. "L’Eternel Printemps" a été taillé dans un seul bloc de marbre entre 1901 et 1902 par le père de la sculpture moderne. L’oeuvre mesure 80 centimètres de longueur, 66 cm de hauteur, pour 154 kg et est une variante de la sculpture en marbre Le Baiser, exposée au Musée Rodin à Paris. Le précédent record pour une sculpture de Rodin était de 18,97 millions de dollars, pour Eve, grand modèle version sans rocher, vendu aux enchères en mai 2008.
La sensualité de ce corps cambré, tendu vers les lèvres du personnage masculin, s’intègre parfaitement dans la composition. À cette courbe ascendante répond le large mouvement de l’homme qui domine la composition, à l’inverse du Baiser où l’initiative semble venir de la femme [4].

Nota : Comme nous en avons rendu compte, lors des enchères à Drouot du 12 février 2016, la version en bronze du Musée Rodin avait été adjugée à seulement 600.000 Euros, très loin donc de cette version en marbre adjugée à plus de 20 millions de dollars, soit environ 18 millions d’Euros (30 fois plus !)


[1(pp. 376-378, collection Blanche)

[2AUGUSTE RODIN (1840 -1917)

[310/02/2016

[4Crédit : Musée Rodin, Paris

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4 Messages

  • V. Kirtov | 22 février 2016 - 11:16 1

    Le 16 février 2016, dans une salle comble, au téléphone et sur DrouotLive, les collectionneurs étaient au rendez-vous lors de cette vente consacrée à cinq exceptionnels bronzes provenant de la collection personnelle du galeriste parisien Jean de Ruaz. Acquises par le collectionneur auprès du Musée Rodin dans les années 40, ces oeuvres avaient été conservées par descendance.

    Record mondial pour Le Baiser de Rodin

    Nota : ZOOM : Cliquez l’image

    1. Le Baiser, qui polarisait toutes les attentions a atteint le record mondial de 2 205 000 € pour un modèle de la taille dit de la taille de la porte de 1927. Il a été acquis par un collectionneur américain au téléphone. Signé “A.Rodin”, marque de fondeur “Alexis Rudier / Fondeur.Paris”. (Lot n°4)
    Estimé : 1 500 000 / 2 000 000 €
    Vendu : 2 205 000 €

    2. L’Éternel Printemps , bronze tinté de vert et de taille originale revient lui aussi à ce collectionneur américain pour 693 000 €. Ce modèle fut conçu vers 1884 et fondu entre 1935 et 1945. Signé et numéroté “A.Rodin 2/3”, marque de fondeur “Alexis Rudier / Fondeur.Paris”. (Lot n° 5)
    Estimé : 300 000 / 400 000 €
    Vendu : 693 000 €

    3. Jeune Mère , fondue entre 1931 et 1945, ce bronze à patine noire et tinté de vert représentant une mère pleine de tendresse à l’égard de son enfant a subjugué les collectionneurs en salle et au téléphone jusqu’à 191 520 €. Signé “A.Rodin”, marque de fondeur “Alexis Rudier / Fondeur Paris”. (Lot n° 3)
    Estimé : 80 000 / 100 000 €
    Vendu : 191 500 €

    4. L’Éternelle Idole , ce bronze fondu en 1927 a remporté l’enchère de 170 100 €. Signé “A.Rodin” sur le coté droit de la base, marque de fondeur “Alexis Rudier / Fondeur.Paris”. (Lot n° 2)
    Estimé : 60 000 / 80 000 €
    Vendu : 191 500 €

    5. Le Bon Génie , a ouvert le bal avec une adjudication à 94 500 €. Petit modèle, il fut fondu entre 1935 et 1944. Signé “A.Rodin”, marque de fondeur “Alexis Rudier / Fondeur. Paris”. (Lot n°1)
    Estimé : 30 000 / 40 000 €
    Vendu : 94 500 €

    Nota : Toutes les adjudications sont mentionnées frais compris.
    Plus sur ces œuvres ICI…

    *


  • V. Kirtov | 6 novembre 2015 - 16:59 2


    ZOOM... : Cliquez l’image.

    Après trois ans de travaux, le musée parisien du sculpteur rouvre le 12 novembre. Visite en avant-première et découverte d’une scénographie particulièrement soignée.

    Le colosse de la sculpture est de retour. Son écrin XVIIIe, l’hôtel Biron, qu’Auguste Rodin (1840-1917) acquit en 1908 et dans lequel il travailla jusqu’à la fin de ses jours, est intégralement restauré. La mise aux normes d’accueil et de sécurité puis l’aménagement d’un parcours entièrement repensé auront duré trois ans. Le musée se répartit sur deux niveaux, en 18 salles totalisant 1000 m2, et accueillera le public à partir du 12 novembre.
    Dans le hall, la Main de Dieu ouvre le bal. On remarque dans ce marbre Adam et Ève en cours de création. Voilà toute l’ambition démiurgique de Rodin résumée. À proximité, le grand bronze de Pierre de Wissant sans tête ni mains barre l’accès au salon central consacré à la Porte de l’Enfer et à ses trente années d’essais, d’études et de reprises. Les Bourgeois de Calais semblent indiquer l’est… [Le Figaro du 06/11/2015]


    Crédit vidéo : youtube

    Liens

    Découvrez pourquoi et comment le musée Rodin a été rénové

    Le site du musée


  • A.G. | 19 novembre 2007 - 11:09 3

    Exposition du 14 novembre 2007 au 2 mars 2008

    Rodin et la photographie


  • D.B. | 24 juin 2007 - 11:07 4

    Et pour une évocation récente de Rodin à travers Rilke : En face du Jardin de Béatrice Commengé, Flammarion, 2007.