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L’origine du délire

Ce sexe qui dérange - Sur L’Origine du monde de Courbet.

D 9 décembre 2006     A par Viktor Kirtov - A.G. - Jean-Paul Fargier - C 24 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Sous le titre « L’origine du délire » paraît dans la dernière livraison de l’Infini n° 97, hiver 2006, un article de Sollers préalablement publié le 15 juin 2006, dans le Nouvel Observateur sous le titre : « Ce sexe qui dérange » à l’occasion de la sortie du livre : « L’Origine du monde : histoire d’un tableau de Gustave Courbet » de Thierry Savatier.
Un autre livre : « Le roman de l’Origine » avait aussi été publié en 1996 sous la signature de Bernard Teyssère, dans la collection L’Infini/Gallimard dirigée par Ph. Sollers.
Peint par Courbet en 1866 pour un riche collectionneur ottoman, « l’Origine du monde » n’a cessé de choquer et de fasciner.


L’origine du délire

C’est une histoire très folle qui a duré près d’un siècle et demi, avant de se calmer, et encore, dans l’indifférence générale. Cette histoire est celle d’un petit tableau français peint, en 1866, par un révolutionnaire de génie, Gustave Courbet. On a pris l’habitude étrange de l’appeler « l’Origine du monde ». Comme si le monde, atomes, galaxies, océans, déserts, fleurs, fleuves, vaches, éléphants, pouvait sortir de ce tronc voluptueux de femme sans tête, ni mains, ni pieds, au sexe largement proposé et offert. Cachez-moi ce tableau que je ne saurais voir. C’est un vin enivrant, une insulte à nos feuilles de vigne.
La toile est admirable de puissance et de délicatesse, et sa navigation, en plongée, à travers le temps, méritait, après bien des approximations, des fantasmes, des désinformations intéressées, une enquête rigoureuse comme un grand roman policier. Le voici. C’est à peine croyable.

Nous sommes dans les coulisses du Second Empire, nous allons traverser la Commune, deux guerres mondiales, le stalinisme et le nazisme, nous retrouver à Budapest, réapparaître à Brooklyn après nous être caché chez Lacan, rester légendaire mais invisible, être un objet fétiche parfois montré à quelques élus pétrifiés, avant de nous retrouver, comme si de rien n’était, au Musée d’Orsay, simple et sage image parmi tant d’autres. De quoi s’agit-il ? De qui ? Pourquoi ? Comment ? Tout le monde est d’accord : ce tableau est unique. Avant, rien de tel. Après, non plus. De nos jours, spectacle d’effacement permanent, cinéma, photo, publicité et pornographie rentable, la belle déesse de Courbet paraît négligeable, exotique, presque une curiosité qui ne peut plus choquer que quelques touristes américains ou japonais arriérés. Son triomphe est une défaite : c’est la carte postale la plus vendue, entre « Le Moulin de la Galette » de Renoir et la « Pie » de Monet. Circulez, il n’y a rien à penser. Et pourtant quelle révélation, quel radar.

L’hypocrisie est de tous les âges, mais, de temps en temps, quelqu’un n’a pas froid aux yeux et retourne froidement les cartes. Baudelaire, par exemple. Ou Manet. Courbet, lui, n’a pas pour rien participé, en communard enthousiaste, à l’abattage de la colonne Vendôme. Sous ce monument guerrier napoléonien, quelle surprise de découvrir deux chefs-d’oeuvre hypersensuels. Les deux femmes nues et exténuées de plaisir (une blonde, une brune) du « Sommeil » et « l’Origine ». Sous le bronze, les lits. Sous les millions de morts inconnus, le bouillonnement des chairs et des linges. Sous le mensonge, la vérité. Sous la sexualité forcée, le désir.

Un peintre, donc. Et pas n’importe quel commanditaire de l’ombre. Khalil-Bey est un riche collectionneur ottoman pour qui Courbet compose ces deux merveilles interdites. « Le Sommeil » est scandaleux, soit, mais « l’Origine » carrément inacceptable, inmontrable, inexposable, bien qu’un jour ou l’autre extrêmement vendable. Aussi surprenante que la rencontre d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection, le duo d’un pinceau subversif français et d’un amateur turc va donc produire des ravages. Khalil-Bey installe le tableau dans sa salle de bains derrière un rideau vert (couleur de l’islam). Il le montre parfois, on n’y voit que du feu, on en parle, on imagine, on chuchote. Qui est le modèle ? Mystère. Est-ce Joanna Hiffernan, l’explosive rousse irlandaise, maîtresse de Whistler et de Courbet ? Non, la carnation ne convient pas. Alors qui ? La jolie demi-mondaine Jeanne de Tourbey, dont le salon est fréquenté par tout ce qui compte à l’époque à Paris (Sainte-Beuve est là, dans un coin) ? Peut-être. Un modèle inconnu ? Pourquoi pas. Est-ce une mère, une fille, une prostituée, une femme du monde, une amante ? Tout ça, tout ça. La société, c’est, comme d’habitude, pruderie et conformisme en surface, et micmac plus ou moins glauque en profondeur (Proust viendra éclairer ce théâtre). Et n’allez pas dire que seuls les bourgeois et les dévots réactionnaires sont chargés de faire la morale : le clergé socialiste (Proudhon) est aussi puritain qu’eux. Le bras d’honneur de Courbet s’adresse aux uns comme aux autres, et c’est un étranger, toléré à cause de sa fortune, qui abrite cette incongruité. Courbet, d’ailleurs, n’hésite pas à se comparer à Titien, à Véronèse ou à Raphaël, trouve sa toile excellente, allant jusqu’à dire : « Nous n’avons jamais rien fait de plus beau. » Nous, c’est-à-dire tous les grands peintres et lui-même.

« L’Origine », après la vente de la collection de Khalil-Bey, disparaît et, de temps en temps, fait signe. Le tableau est caché, maintenant, derrière un autre tableau de Courbet, assez insignifiant, souvent décrit comme une église de village dans la neige, alors qu’il s’agit d’un château au bord d’un lac. Mais peu importe, il faut désormais faire coulisser un panneau pour dévoiler l’autre. Ça s’appelle tomber dans le panneau. L’autre grand amateur et collectionneur qui va s’en emparer est un Hongrois, le baron Havatny, et nous voici à Budapest. Les nazis arrivent : « l’Origine » est cachée, sous un nom d’emprunt (Havatny est juif), dans une banque. Les nazis pillent tous les biens juifs, mais passent à côté de la plaque (tête de Goering ou Hitler s’ils avaient vu ça). Les Russes débarquent : eux, ils pillent tout, « l’Origine » se retrouvant ainsi derrière le rideau de fer de Staline (tête des vertueux communistes s’ils avaient eu le temps de regarder de près leur razzia). Nous retrouvons ainsi Eichmann, tout près du secret, et, plus heureusement, un officier de l’Armée rouge corrompu à qui Havatny rachète son tableau de rêve. Ensuite, de nouveau, plongée. Et puis réapparition à Paris, et pas chez n’importe qui.


André Masson, Terre érotique. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

C’est Lacan lui-même, jouant à Lacan-Bey (avec Georges Bataille à l’horizon du fantasme). Sylvia, l’ancienne femme de Bataille, est maintenant celle de Lacan. Elle pense qu’il faut voiler le tableau (« les voisins et la femme de ménage ne comprendraient pas ») et demande à son beau-frère, André Masson, de peindre le cache coulissant. Masson s’exécute, et compose une allusion abstraite et estompée de « L’Origine  » qu’il appelle « Terre érotique » (c’est marron et plutôt chocolat). Voilà pour la tranquillité des familles. Nous sommes dans les années 50 et 60 du dernier siècle, mais personne ne sait où est la Chose, elle n’existe que pour la jouissance de Lacan (qu’elle fait cogiter). Comme dans un cérémonial, Lacan, pour quelques invités, la montre de temps à autre. On retrouve ici, devant le sphinx éblouissant, des célébrités diverses (la liste finit par être comique) : Lévi-Strauss (qui ne se souvient d’aucun commentaire), Duras, Dora Maar, Pontalis (qui a oublié ce qui a pu être dit), Leiris, Picasso, Duchamp.

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Le cache (sexe), extrait du DVD de J.-P. Fargier

Pour tout le monde, motus, et c’est le plus impressionnant. Ensuite, rumeurs, diversions, fausses informations. Sylvia s’occupe de « l’Origine », prête la bombe pour une exposition aux Etats-Unis puis en France, laisse penser qu’elle est partie au Japon, jusqu’à ce que la revue Art Press (Henric, Muray, moi) mette enfin le public au courant. Dernier acte : en 1995, le tableau, devenu une affaire embrouillée de succession, rentre, comme dation, au Musée d’Orsay. Ce jour-là, il y a beaucoup de monde. L’Etat est représenté par le ministre Douste-Blazy, ultime ironie de l’Histoire. Ce dernier, évidemment, pour éviter de choquer ses électeurs de Lourdes, évite de se faire photographier à côté du tableau. Celui-ci est là, mais il n’est plus là. Après tant de délires et de cachotteries, il est redevenu invisible en étant visible sans arrêt par toutes et par tous. Ce qu’il fallait démontrer, sans doute.

Philippe Sollers, le Nouvel Observateur du 15 juin 2006.

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L’Origine du monde

une vidéo de Jean-Paul Fargier, 1996

En 1982, lors d’un entretien réalisé par Jean-Paul Fargier, Le Trou ce la Vierge, dans lequel Philippe Sollers est interrogé par Jacques Henric, Alain Cuny révèle avoir vu le tableau de Courbet chez Lacan, caché derrière un tableau d’André Masson. Jacques Lacan, comme les précédents possesseurs du tableau, avait trouvé un moyen de le soustraire au regard commun pour mieux le faire briller lorsqu’il apparaissait dans des conditions exceptionnelles à ses visiteurs.


(durée : 13’27")



(durée : 14’35")


L’analyse de Jean-Paul Fargier (pdf)

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L’histoire récente du tableau (1982-2007)

1982

Le tableau de Courbet figure en couverture du n° 59 d’art press.
Sommaire du dossier « Obscénités »
Jacques Henric, Egon Schiel l’obscène
Judith Brouste, I can’t stop now
Henry Spencer Ashbee, My secret life
Guy Scarpetta, Le sexe n’est pas naturel
Jean-Luc Hennig, Le putain (témoignage)
Jean Baudrillard, La scène et l’obscène
Textes cités en encadré
James Joyce, lettre à Nora, 9 décembre 1909
Antonin Artaud, fragment des Cahiers de Rodez
Jayne Anne Phillips, extrait de Billets noirs
Mozart, lettre du 5 novembre 1777 à sa cousine sur le « Chie-en-Koi » et le « Spuni Cuni », dont voici la dernière phrase : « Je vous souhaite maintenant une bonne nuit, chiez dans votre lit à le faire éclater, dormez en bonne santé, tendez votre cul jusqu’à votre bouche. »

Sollers parle longuement du numéro d’art press dans Le Trou de la Vierge, vidéo de Jean-Paul Fargier.

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1994

Adorations perpétuelles

Jacques Henric publie « Adorations perpétuelles » (Seuil), livre sur l’art avec en couverture une reproduction du tableau. A Clermont-Ferrand et à Besançon, des fonctionnaires de police, à la demande d’associations de défense des familles, interviennent pour que le livre soit retiré des vitrines de deux librairies.

Le sexe reste subversif

« Mais le laissera-t-on jamais en paix ? On a tellement fait chier Gustave Courbet de son vivant... Cette affaire montre en tout cas qu’il demeure subversif, sulfureux. » Jacques Henric réagit avec vigueur aux actes de censure dont son livre est l’objet. « Ces descentes de police dans des librairies s’inscrivent dans un climat général qui me paraît accablant, celui d’un retour à l’ordre moral. Philippe Muray, dans un pamphlet intitulé « l’Empire du bien », montre bien comment un humanitarisme délirant cache la plus dégoûtante hypocrisie. »

« Cette histoire-là me blesse, non tant du fait de l’action policière ou les plaintes des ligues de vertu, mais de l’attitude des libraires. Il y a des exceptions, des gens courageux — rendez-vous compte, qu’on considère comme courageux quelqu’un qui ose exposer un tableau que le musée d’Orsay rêve d’acheter ! —, mais des librairies aussi connues comme « La Hune » ou « Gallimard » (boulevard Raspail) le planquent... Quand un livre de Pierre Guyotat avait été interdit par le fameux Marcellin, des libraires avaient continué à le diffuser, de façon militante. »

« Mais le contexte est différent aujourd’hui, depuis que le nouveau Code pénal a retenu une loi scélérate qui peut viser tous les livres. Un bouquin de poche de Genet peut être interdit comme « violent, pornographique, portant atteinte à la décence ». J’aimerais bien qu’une de ces personnes qui a porté plainte la maintienne pour qu’un débat s’instaure. Qu’est-ce qui est de l’art ? Qu’est-ce qui n’en est pas ? Courbet ? »

Selon des avocats, cette loi — c’est Badinter qui a pondu ce code — est le fruit d’un compromis entre socialistes et droite : vous ne touchez pas à la loi sur l’avortement, et on vous donne un amendement musclé. Elle est intolérable. Le pire est sans doute qu’elle incite à une autocensure dans les têtes. Des amis m’ont dit ces derniers jours que je n’aurais pas dû choisir le tableau de Courbet en couverture, que j’allais ainsi couler mon bouquin. Faudrait-il céder dès le départ à la bêtise, alors que depuis quinze ans nous nous battons avec Sollers pour ce tableau, que je n’ai vu qu’une fois, lorsqu’il a été exposé — sans avoir été annoncé — au musée d’Ornans ? Admettre la censure rampante ? »

« Le communard Courbet lui au moins ne cédait pas. Dans cette société molle, balladurienne, nous avons bien besoin de nombreux Courbet ! »

Article paru dans l’Humanité du 25 mars 1994.

Mais «  la censure n’existe pas ».

André S. Labarthe, FR3 Limoges, 17 août 1995.

« La presse s’empare de l’affaire. Son auteur ne sera jamais invité aux émissions littéraires ni au journal télévisé. Jacques Henric décrit le tableau de Courbet et explique pourquoi il a tant scandalisé. Il explique son rapport à l’image. Selon lui, "une image n’est scandaleuse que parce qu’on peut la parler". Pour Philippe Sollers, le fond du problème est que cela soit un tableau. Les gens, face à ce tableau, pensent que c’est une photo pornographique. Comme il l’explique : "Le choc est tel qu’il faut absolument que cela soit une image, or c’est un tableau".Les propos des deux hommes sont entrecoupés par les images d’une jeune fille nue lisant un passage du livre de Jacques Henric. Un peu plus loin, la caméra se promène en gros plan sur le corps de la jeune fille, des seins au pubis. »

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1995

Le ministre Philippe Douste Blasy inaugure le tableau au Musée d’Orsay, acquis par les Musées nationaux en tant que dation de la succession du psychanalyste Jacques Lacan, dernier propriétaire du tableau. L’Humanité titre : "L’ Origine du monde, enfin à tous", un article de Jean-Pierre Leonardini.
Voir article de L’Humanité ... (Sauvegarde )

L’Humanité publie une reproduction en noir et blanc à la une du journal. Tollé des lecteurs.
Voir article de L’Humanité ... (Sauvegarde )

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1996

Le musée d’Orsay consacre une exposition autour du tableau : Dossier et film documentaire de Jean-Paul Fargier
Voir dossier du Musée d’Orsay ... (Sauvegarde )

Voir ci-dessus la vidéo de Jean-Paul Fargier L’Origine du monde, 1996.

Voir article du Monde de Philippe Dagen

Bernard Teyssèdre, Le roman de l’Origine, publié aux éditions Gallimard, collection L’infini avec sur le bandeau rouge d’accompagnement, la reproduction du tableau.

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Juin 2006

Thierry Savatier, L’Origine du Monde - Histoire D’un Tableau De Gustave Courbet, , Bartillat.

Voir résumé, autre critique et extrait

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Décembre 2006

Le président Valéry Giscard d’Estaing, qui a fait transformer la gare d’Orsay en Musée, revisite les lieux en compagnie de Vincent Josse de France Inter. Que dit-il en passant devant ce tableau, une des stars du Musée d’Orsay (la carte postale reproduisant le tableau vient en tête des ventes à la librairie du Musée)

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Avril 2007


Bernard Teyssèdre, Le roman de l’Origine.

Nouvelle édition revue et augmentée, L’infini/Gallimard.

Dans le livre de Teyssèdre on peut lire (p. 413-416) :

« En mai 1982 l’attention du grand public est attirée par une photo : L’Origine du Monde (pas l’original, la copie) en couverture du magazine Art Press. Elle sert de frontispice à un dossier sur l’obscénité. Une féministe s’en est offusquée, paraît-il, au point d’adresser à Henric ses semonces (pourtant elle connaissait bien Lacan, qui avait projeté en 1974 de faire avec elle le voyage en Chine ; preuve qu’il ne montrait pas son tableau à toutes ses amies, même féministes) [1]. L’image, d’un grain grossier, reproduit une diapositive (le cache de sa bordure, en noir, arrondit les quatre angles) sans commentaire ni indication de provenance. »

Suit le sommaire du numéro d’art press puis :

« Le 21 novembre Philippe Sollers a exhibé cette couverture d’Art Press [59] dans un long monologue pour bande video sur Le trou de la vierge [note 2]. La mise en scène est cadrée sur le visage et le haut du buste de l’orateur, avec de temps à autre un zoom au ralenti vers sa bouche ou ses mains, ou un panoramique sur les livres d’art posés sur la table, suivi de l’arrêt sur un tableau, soit le Courbet, soit, à plusieurs reprises, un Picasso. J’ai noté au passage ce que j’ai cru comprendre.

Sollers expliquait que pour aller à l’endroit d’où ça sort, le corps humain, et où ça s’abime, il fallait s’occuper de la chose qui ne peut pas se voir sauf dans l’aveuglement, en mettant dessus un blanc ou un fétiche. L’absence d’art, c’est ça la frigidité et pas autre chose, ça ne se passe pas au niveau des petits organes qui se tripotent. Courbet a eu l’audace de représenter un tronc. C’est une innovation par rapport aux troncs d’église. Ce ne sera jamais quelqu’un ni quelqu’une car, comme vous voyez, ça ne marchera pas. De là Sollers en venait au trouage de celle qui, en cette affaire de femme nue, n’est jamais nue mais qui est appelée à s’élever dans les nues. Vénus n’a pas de trou, la Vierge Marie n’est qu’un trou. Son trouage est venu du dedans. La Vierge n’est pas du tout pucelle : elle a été effractée de l’intérieur par un corps qui est passé à travers elle. La logique de trou de Vierge, c’est que l’organe masculin n’a pas y pénétrer mais qu’il en sort un corps quand même...

Moi, je perdais un peu pied dans cette théologie. Il me semble (je me trompe peut-être) que ce qui a ému Sollers, c’est l’instant où, à l’improviste, il a reconnu dans L’Origine du Monde la naissance de sa propre voix. Cela se devinait à ses mains filmées en gros plan, mains parlantes, tendues, et je suis sûr que si le plan vidéo avait été cadré sur son sexe, ça se serait vu à son sexe aussi. Sollers disait :

« Il y a très peu de chances pour que quelqu’un dise quoi que ce soit de vrai sur la question des questions, sur ce qu’il fait qu’il est là en train de parler. Est-ce ma voix qui sort de mon corps ? L’humanité croit spontanément qu’il y a une soupe biologique en cours, et qu’ensuite, en un second temps, le temps de refaire la soupe, le temps que la soupe se se représente à elle-même, eh bien, ça parle. Ca fait des bulles. Les bulles de la soupe éclatent, la soupe continue. Les bulles, c’est ce qui se sera exprimé, comme moi en ce moment, le temps de vivre. Imaginons l’inverse : que mon corps soit dans ma voix ; que j’ai à saisir ensemble le sexe (qui n’est pas le corps) et la voix, juste à l’endroit où ça produit des boursouflures. Le corps ne donne pas naissance à la voix. En revanche ma résistance nerveuse, ma fureur physique, la santé de mes cellules, mon obstination musculaire, l’allégement de ma circulation, viennent de ma voix. C’est concret, une histoire d’avoir ma peau. Je ne me déplace plus que par affinités physiques. » [2]

L’étonnant est que Sollers ignorait que le Tableau avait appartenu à Lacan. C’est une voix venue du fond de la matrice qui le lui a appris, la voix d’Alain Cuny : "Je l’ai vvu. Dans sa ccampaaagne." Lacan, je suppose, l’avait invité dans son pavillon de style anare pour le cérémonial du thé, leurs yeux diffus dans l’oeil creux d’un bol de l’ère Mono-yama. »

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Mais encore

Benoite Groult : « c’est tout de même un comble : on ne peut pas écrire "vagin" sans choquer, d’ailleurs on ne l’écrit plus, alors que toute l’humanité sort de là ! »
cité par Pierre Assouline

« Lacan dans l’extrait du film de Benoit Jacquot que j’ai cité dans mon film, sur Courbet [3] : "dire toute la vérité est impossible, les mots y manquent" — (les images aussi). »
Jean-Paul Fargier
De l’action des effets spéciaux dans un documentaire
(Gentilly - Jussieu - 6 novembre 97)

Plus loin dans le temps, Pierre de Ronsard (1524 - 1585) :

« Ô petit trou, trou mignard, trou velu,
D’un poil folet mollement crespelu,
Qui à ton gré domptes les plus rebelles :
Tous vers galans devraient, pour t’honorer,
A beaux genoux te venir adorer,
Tenant au poing leurs flambantes chandelles ! »


Mai 2012


Conférence de Thierry Savatier sur l’Origine du monde

Documentaire de 60 mn, filmé à la Ferme Courbet de Flagey, par Lionel Georges, pour le Conseil général du Doubs, le 13 mai 2012, lors de la conférence de Thierry Savatier à l’exposition Jean-Pierre Sergent.


Conférence de Thierry Savatier sur l’Origine du...

Que reste-t-il de la provocation de Courbet aujourd’hui ?
Regards d’écrivains

Valérie Duponchelle, Le Figaro.fr 8/02/2013

Que reste-t-il de la provocation de Courbet aujourd’hui ? Paul Ardenne, historien de l’art et écrivain, et Christine Orban, écrivain, se livrent.

Paul Ardenne : « La provocation aujourd’hui ? La pudeur »

Ce n’est pas tant la pose de la femme, obscène mais classique dans l’œuvre dessiné, gravé et surtout photographié, qui fait deL’Origine du monde l’objet du scandale. Ces images n’entraient pas au musée, restaient dans le répertoire pornographique. En sortant de sa pénombre discrète et interlope par le biais de la peinture, cette mise à nu de la féminité change de sens. On a toujours dit que Courbet avait peint son amante, Jo l’Irlandaise.

Conformément à son Manifeste du réalisme de 1885, Courbet peint son époque telle quelle et rompt avec l’académisme d’un corps féminin idéalisé de manière apollonienne, petits seins, sexe esquissé et sans poils. Rappelons-nous que Napoléon III a frappé de sa canne l’Olympia de Manet, en signe d’indignation.

Ce qui est nouveau — que Courbet ait coupé en deux le tableau ou qu’il se soit concentré sur un seul sujet —, c’est qu’il en résulte un portrait du sexe féminin. Contrairement au visage, le sexe n’identifie pas. Cette vision renversante a passionné la modernité, de Duchamp à Lacan. Après le symbolisme éthéré, l’art moderne d’un Egon Schiele examine la femme au plus près de son sexe rouge dans Contemplée en rêve. Picasso doublera sa production de séries érotiques, de scènes de copulation, y compris zoophiles avec le Minotaure. Dans l’orbite du freudisme, les surréalistes, de Dali à Breton, y verront l’amour fou et l’inconscient. Dans les années 1970, les féministes le revendiqueront crûment dans leurs performances, d’Annie Sprinkle à Orlan. La Viennoise Valie Export en tirera son action dite Panique génitale contre les spectateurs d’un ciné porno. En 1996, Elke Krystufek poussera le geste jusqu’à la masturbation dans un « group show ». Aujourd’hui, la provocation ultime serait... la pudeur !

Christine Orban : « Sans ruban joli à la Manet »

Pour mon roman J’étais l’origine du monde (Albin Michel), j’avais beaucoup lu ce qui existait sur Courbet. Joanna Hiffernan, modèle et compagne de James Whistler, est séduite par Courbet sur une plage à Trouville. Whistler avait eu la mauvaise idée de partir en voyage, laissant cette rousse qu’il avait peinte en blanc, virginale comme un lys, à la portée de Courbet, séduisant, séducteur, aussi mufle que talentueux. Tout cela se lit dans le tableau. Vu les dates, il m’a semblé que c’était bien elle, la femme au corps découpé au-dessus des seins et à mi-cuisse. Et qui accepte de poser ainsi. Non pour une coquinerie entre amants. Mais pour vendre, en l’occurrence à Khalil-Bey, un diplomate qu’une maladie vénérienne prévenait de toute action.

Je me suis glissée dans l’esprit de cette femme. La provocation de Courbet réside, à mon sens, dans le cadrage qui transforme le corps offert en viande découpée à l’étal d’un boucher. Les animaux découpés par Damien Hirst n’en sont que la suite provocatrice. Elle tient aussi au réalisme.


« L’origine du monde » de Courbet a-t-il trouvé un visage ?

7 février 2013. C’est le scoop du jour révélé par Paris Match et commenté par toute la presse. Ici la version de

Dominique Poiret
Next Libération

Un amateur d’art aurait retrouvé l’autre partie du célèbre tableau, selon « Paris Match ». Au musée d’Orsay, « personne ne se prononce pour l’instant sur cette affaire ».

Mettant fin à un mystère, en « exclusivité mondiale » ce jeudi, Paris Match révèle le visage caché de l’Origine du monde, de Courbet. Un amateur d’art aurait retrouvé l’autre partie du sulfureux tableau. Le nu féminin, peint en 1866 et qui n’avait pas été baptisé par le peintre, est exposé depuis 1995 au musée d’Orsay. La fondation Lacan a fait dation de l’œuvre à l’Etat, cette-année là, après la mort de son dernier propriétaire, Jacques Lacan.

Paris Match affirme, expertises scientifique à l’appui, que tout prouve qu’il s’agit d’une seule et même œuvre. Conctacté par Libération, le musée parisien déclare « que personne du musée ne se prononce pour l’instant sur cette affaire ». Il a fallu deux ans d’expertises et d’analyses pour s’assurer qu’il s’agit bien de la même œuvre, d’après Paris Match.

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Paris-Match du 7 février 2013, page intérieure. (Photo DR)

L’histoire remonte à 2010, lorsqu’un amateur d’art acquiert le tableau d’une « belle lascive » dans la boutique d’un antiquaire parisien, pour 1400 euros. De retour chez lui, il remarque que les bords de la toile (41 centimètres sur 33) ont été découpés, comme si l’œuvre était extraite d’une plus grande. Le découvreur remarque aussi qu’elle n’est pas signée. Par contre, au verso, un cachet, peut-être celui d’un nom de marchand de couleurs de l’époque. Persuadé de détenir une perle rare, le collectionneur, à partir de 2012, passe des heures dans les bibliothèques pour découvrir l’identité de cette femme. Puis une nuit... « Fébrile, il pioche L’origine sur Internet, l’imprime grandeur nature (46 cm x 55 cm), la superpose à son tableau avec un léger décalage... Et c’est la révélation », explique Paris Match.

En juin, la chance lui sourit à nouveau : il découvre une reproduction du tableau de Gustave Courbet, La femme au perroquet (conservé au Metropolitan Museum of Art de New York), dont le portrait correspond au sien. La femme s’appelle Joanna Hiffernan, une irlandaise, modèle et maîtresse du peintre français, elle serait également le modèle de L’origine du monde. Après quatre mois d’investigation, il rencontre Jean-Jacques Fernier, expert à l’Institut Gustave-Courbet, « le seul à attribuer officiellement des œuvres du maître et à certifier ou non les hypothèses », souligne Paris Match.

L’expert confirme que le tableau scandaleux est une œuvre incomplète, issue d’une plus grande. Le collectionneur confie sa belle aux experts du Centre d’analyses et de recherche en art et archéologie (CARAA), qui, après avoir passé tous les examens, confirme que tout correspond point par point, jusqu’à l’écartement des poils du pinceau. Toutes ces preuves lèvent les réserves de Jean-Jacques Fernier qui l’inscrit au tome III du « catalogue raisonné de Gustave Courbet ». Fernier imagine, dessins à l’appui, que les dimensions de l’œuvre d’origine pourraient être de 120x100 centimètres.

Au musée Courbet à Ornans, on est plus circonspect. Contacté par Libération, la conservatrice en chef et directrice du musée, Frédérique Thomas-Maurin, déclare « qu’elle n’est pas convaincue », d’autre part, « il n’y a aucune preuve du côté des musées de France ». La toile reproduite dans Paris Match, « est très éloignée des autres portraits de cette femme, Jo, même si je ne l’ai pas vue ». Selon elle, « ce n’était pas l’objet de la commande du diplomate turc de l’époque, Khalil-Bey ».

Peut-être que l’exposition que le musée Gustave Courbet consacrera à L’origine du monde, en 2014, permettra d’en savoir plus.

Crédit : next.libération

La vidéo des explications de Paris Match :

“L’Origine du monde” : Le secret de la femme cachée sur Paris-Match

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T. Savatier et J.J. Fernier sur France Culture


08/02/2013

Un visage pour « L’Origine du monde » de Courbet : « découverte miraculeuse » ou coup monté ?

Deux protagonistes de l’affaire s’expriment, tous deux ont été consultés par l’acquéreur du tableau : Thierry Savatier (contre) et Jean-Jacques Fernier (pour).

Le texte de présentation de l’émission (pdf)

Voir aussi un article très complet, argumenté et pondéré de Thierry Savatier récapitulant sa position sur l’affaire Courbet, ici (pdf)

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Affaire Courbet : la réfutation officielle d’Orsay

Eric Bietry-Rivierre, Le Figaro.fr 8/02/2013

Dans un communiqué, le musée réfute officiellement la thèse selon laquelle un amateur d’art serait en possession de la partie haute du chef-d’œuvre de Courbet.

Fait exceptionnel car il rompt son devoir de réserve, la direction du musée d’Orsay publie une réfutation claire et nette de l’hypothèse publie dans le Paris Matchde cette semaine d’un morceau de tableau complémentaire à L’Origine du monde. Voici son communiqué intégral :

Des hypothèses fantaisistes ont récemment été développés autour de L’Origine du monde de Gustave Courbet conservée au musée d’Orsay. Celui-ci souhaite rappeler certains faits bien connus des historiens de l’art. L’Origine du monde est une composition achevée et en aucun cas le fragment d’un œuvre plus grande. Longtemps entourée de secrets y compris dans ses dispositifs de présentation.

Certaines zones d’ombre subsistent dans son historique. Une certitude cependant, confirmée par tous les témoignages du XIXe siècle : le tableau visible chez Khalil-Bey, son premier propriétaire et probable commanditaire, était bien ‘une femme nue sans pieds et sans tête. À cette description de l’œuvre par Gambetta répond celle de Maxime Ducamp qui mentionne en 1878 que Courbet n’avait pas représenté « le cou et la tête » de ce « portrait de femme bien difficile à décrire ».

Les éléments relatifs à la technique de l’œuvre étudiée par le Centre de recherche et de restauration des musées de France après l’acquisition du tableau par le musée d’Orsay ne révèlent que des données très habituellement observées sur les toiles des peintres de cette époque : la toile et les pigments utilisés ici ont été préparés de façon industrielle. La seule description objective que l’on puisse faire du support original est qu’il s’agit d’une toile assez fine et de tissage simple, dont la trame comporte des irrégularités observables sur la plupart des tableaux de cette époque. L’Origine du monde présente par conséquent des caractéristiques techniques tout à fait communes que l’on retrouve sur des centaines de toiles contemporaines.

État provisoire du feuilleton...


[1Jacques Henric évoque dans son dernier livre Politique « la rupture en 1982 avec notre vieille camarade Maria-Antonietta Macciocchi, ancienne résistante à Mussolini, députée du Parti communiste italien, amie d’Althusser, de Pasolini, de Moravia, spécialiste de Gramsci et auteur de De la Chine (Maria-Antonietta, devenue une farouche féministe et prenant pour une photo porno le tableau de Courbet, L’Origine du monde, publié en couverture d’Art press, avait vu rouge et publié dans Le Monde un article où nous étions accusés, Sollers et nous, d’être des suppôts du fascisme). »

[3Courbet - L’Origine du monde, 1996.

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21 Messages

  • Albert Gauvin | 8 mars 2015 - 12:54 1

    Pourquoi Facebook a une dent contre "L’Origine du Monde" de Courbet
    Le tribunal de grande instance de Paris s’est déclaré compétent pour juger le réseau social, dans le cadre d’une plainte déposée par un Français qui avait posté le tableau sur sa page. L’OBS


  • A.G. | 20 novembre 2014 - 18:00 2

    Retour aux sources

    Thierry Savatier
    Courbet. Une révolution érotique.
    Bartillat

    Le revoilà, le fameux tableau. Là où on a pu le voir, il y a de ça ??? ans, Philippe Muray, Catherine Millet, Bertand Lavier et moi. Tableau alors visible pour la première fois en France mais exposé en catimini dans le modeste musée Courbet de la petite ville natale du peintre, Ornans. Après bien des aventures et mésaventures, le revoilà dans sa gloire, enfin délivré des enfers de l’histoire de la peinture, trônant pour l’été dans une exposition d’œuvres contemporaines ayant pour thème le sexe féminin.
    Je ne vais pas revenir sur les péripéties qui ont conduit l’Origine du monde de tableau méconnu, objet de dédain, sinon de mépris de la part de ceux qui avaient pu le voir, peu nombreux, ou en avaient simplement entendu parler (relisons ce qu’en écrirent ou en dirent d’éminents critiques, historiens d’art, conservateurs de musées... — leur remettre sous le nez leurs propos ne manquerait pas de les plonger dans quelque gêne), à chef-d’œuvre de la peinture universelle, qui l’ont fait passer du statut de « médiocre pochade » à celui de fleuron du musée d’Orsay. Je renvoie aux numéros d’art press où sont contées dans le détail l’histoire de la résurrection de ce tableau et, disons-le, toute modestie à part, la part que la revue y a prise, avec les complicités d’Alain Cuny et Philippe Sollers. Pour dire vite les choses, et pour rafraîchir la mémoire de ceux qui s’esbaudissent aujourd’hui sur la grandeur et la singularité absolue de l’Origine du monde : sans notre petite ballade impromptue au musée d’Ornans en ??, et les polémiques qui s’ensuivirent, il est probable que le tableau non seulement n’aurait jamais abouti au musée d’Orsay et n’aurait eu aucune chance de se trouver aujourd’hui à présider l’ensemble d’œuvres rendant hommage à ce sexe qui, bien entendu, n’est en rien à l’origine du monde. [...] Jacques Henric (lire l’article)


  • A.G. | 3 septembre 2014 - 22:14 3

    Après Ornans "L’origine du monde" part en voyage à Bâle

    Durant tout l’été, les amateurs de belles oeuvres ont pu admirer au musée d’Ornans une exposition autour du thème "Cet obscur objet de désirs". Au milieu de la collection, l’oeuvre particulière et sulfureuse de Gustave Courbet a attiré plus de 40 000 visiteurs. "L’origine du Monde" part aujourd’hui en voyage à Bâle en Suisse avant son retour à Orsay en 2015. (francetvinfo)


  • A.G. | 5 juin 2014 - 00:45 4

    On aura tout vu... Deborah de Robertis expose son sexe devant l’Origine du Monde. "Voir" ici.


  • A.G. | 1er juin 2014 - 20:39 5

    Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur L’origine du monde de Gustave Courbet France 3 Franche Comté


  • A.G. | 25 mai 2014 - 19:21 6

    Au musée Courbet d’Ornans, du 7 juin au 1er septembre 2014

    Quasiment inconnue du vivant de Gustave Courbet et ignorée du grand public jusqu’en 1995, L’Origine du monde est une oeuvre inclassable et ambigüe, aussi fascinante que troublante. Au-delà d’une étude consacrée à l’histoire de l’oeuvre et ses dispositifs de monstration, cette exposition est l’occasion de questionner la représentation du sexe féminin dans l’histoire de l’art. La présentation des oeuvres joue sur une mise en scène du regard et propose, du corps-paysage au sexe offert, une focalisation progressive sur l’objet du désir. Regard du collectionneur, regard érotique, regard anatomique, regard poétique sont autant de clés de lecture de l’oeuvre de Courbet qui, dans le même temps, montrent que la représentation du sexe féminin a passionné les artistes quelles que soient les époques. C’est ainsi près de 70 oeuvres (peintures, sculptures, dessins, gravures) d’Annibale Carrache, Dürer, Ingres, Rodin, Degas, Odilon Redon, Marcel Duchamp, Louise Bourgeois, etc... qui sont réunies autour de L’Origine du monde et invitent le visiteur à s’interroger sur la place du spectateur face à l’oeuvre d’art. Musée Courbet


  • V.K. | 26 mai 2013 - 20:36 7

    "L’ORIGINE DU MONDE, GUSTAVE COURBET"

    Superbes analyse et anagramme érotico-poétiques dans :

    Crédit : libellule.patchouli (facebook)

    Le livre sur amazon.fr

    La charade des auteurs : Mon premier est Etienne Klein, un physicien démiurge qui décompose les mots en particules élémentaires avant de les ressusciter en anagrammes renversants.
    Mon second est Jacques Perry-Salkow, un pianiste qui fait jazzer les mots comme sa musique.
    Mon tout est un festival pour l’esprit.

    JPEG - 23.8 ko
    Marie-Thérèse Walter, blonde, nez aquilin

  • A.G. | 13 février 2013 - 21:00 8

    Il n’est pas interdit de s’amuser.

    L’enquête du dernier Tintin reporter en herbe est sur agoravox, « le média citoyen ».
    Mais Tintin n’a-t-il pas perdu la tête et est-il vraiment le mieux placé pour enquêter sur la substance féminine, lui qui ne rencontra jamais que les bijoux de famille de... la Castrafiore ? Voici ce qu’en pense Michel Serres, grand tintinophile...


  • A.G. | 11 février 2013 - 13:11 9

    J’écrivais dès le 7 février à propos de l’article de Paris Match : « Une affaire comme celle de la Chasse spirituelle attribuée à Rimbaud et qui s’avéra un faux ? » Simple réflexe de prudence par rapport à l’origine même du « scoop » et à l’emballement médiatique de notre société (toujours à la recherche du) spectaculaire (vérifiez sur la "toile", c’est hallucinant !). André Gunthert, enseignant-chercheur, analyse le phénomène.

    L’article d’André Gunthert. pdf .


  • V. K. | 10 février 2013 - 23:55 10

    Caricature de Gustave Courbet encadré d’une auréole de ses œuvres

    En bas de page du journal satirique, manuscrit de Gustave Courbet

    « J’ai toujours trouvé souverainement ridicule qu’on me demande l’autorisation de publier mon portrait de quelque façon que ce fut, mon masque appartient à tous c’est pourquoi j’autorise le hanneton à le publier sous condition cependant qu’il n’oublie pas de l’encadrer d’une belle auréole »
    Gustave Courbet
    Paris le 17 avril(?) 1867

    C’est ainsi que l’on peut voir Courbet, croqué par le caricaturiste Léonce Petit, entouré de plusieurs de ses tableaux célèbres : « La remise de chevreuils au ruisseau de Plaisir-Fontaine », « Les demoiselles de village », « La Femme au perroquet » (présentée au Salon officiel de 1866). La version édulcorée, très académique de l’Origine du Monde en quelque sorte, datée aussi de 1866.) et last but not least, son nu réaliste, sous ce cadrage subjuguant et hyperchoquant pour l’époque, si bien que le caricaturiste l’aurait représenté par un simple cadre avec une feuille de vigne, et ce serait ainsi la première représentation publique du tableau. Courbet le détient dans son atelier, réservé aux seuls yeux avertis.

    PNG - 125.9 ko
    Courbet, La Femme au perroquet (1866)

    Nota . Cette page du Hanneton est citée dans l’article de Paris Match. Outre le cadre à la feuille de vigne, cette mention : « Au-dessus de la tête du peintre, on discerne une femme avec une chevelure abondante, la main droite tendue vers un oiseau à large bec. La voilà l’étude préparatoire inconnue ! » qui évoquerait « La Femme au perroquet » et le tableau présenté comme le haut de « L’Origine du monde ».

    Dois avoir de mauvaises lunettes. N’ai rien vu de tel, même en grossissant l’image.

    *

    Maxime Du Camp dans les Convulsions de Paris

    Courbet avait mis au point un décorum particulier autour de son tableau : la toile, présentée dans une pièce aveugle, n’était pas visible de prime abord. Un rideau vert l’occultant. Maxime Du Camp dans les Convulsions de Paris a fait une description de ce dispositif :

    « dans le cabinet de toilette[...]on voyait un petit tableau caché sous un voile vert. Lorsque l’on écartait le voile, on demeurait stupéfait d’apercevoir une femme de grandeur nature[...]Mais par un inconcevable oubli, l’artisan, qui avait copié son modèle sur nature avait négligé de représenter les pieds, les jambes,la poitrine, les mains, les bras, les épaules, le cou et la tête. »

    Nota : L’extrait de Maxime Du Camp accrédite la présence d’un tableau tel que nous le connaissons aujourd’hui, en contradiction avec la thèse dans l’article de Paris-Match, d’un nu complet présenté au riche acquéreur ottoman Khalil-Bey. Avant son découpage.

    Plus troublants dans l’article de Paris-Match, des observations en laboratoire (CARAA, Centre d’analyses et de recherche en art et archéologie ) : « John examine la marque de l’ancienne barre centrale (du supposé chassis d’origine) révélée à la lumière rasante. Elle mesurait 4,6 centimètres de large. Il assemble les radiographies et jubile : cette barre, c’est le raccord évident entre les deux œuvres. Cela se confirme encore avec l’observation d’une irrégularités dans le tissage de la toile : deux gros fils de trame verticaux se recoupent parfaitement sur le haut et le bas »
    Ce que pourrait confirmer ou infirmer une contre analyse si Orsay souhaitait balayer la controverse autrement que par un « fantaisiste » !

    *

    Dans Paris-Match

    « John (le propriétaire de la « tête »), se dit qu’il a encore du pain sur la planche. En attendant, il reconstitue avec Jean-Jacques Fernier la fabuleuse histoire du chef-d’œuvre. La voici. » _ Une histoire mystérieuse et merveilleuse comptée avec la plume imaginative d’Anne-Cecile Beaudoin. Il était bien dit dans l’article que c’était une histoire « reconstituée ».

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    Courbet, Jo, la belle Irlandaise

    Reste que l’histoire était belle, même en « réalité augmentée », avec pour héroïne « Jo, la belle Irlandaise » 1885-1866 (Metropolitan Museum of Art, de New York), modèle et amante de Courbet au moment de « La Femme au perroquet » et de « L’Origine du monde ». Même si L’Origine du monde a la toison brune et que la belle Irlandaise Joanna Hifferman soit rousse. Subterfuge ou « vérité d’artiste » !
    Une œuvre d’art doit garder sa part de mystère pour que l’imaginaire y trouve son compte.


  • V. K. | 10 février 2013 - 21:41 11

    Danielle Attali - Le Journal du Dimanche
    09 février 2013

    Le ministère de la Culture ne demandera pas d’examen du tableau présenté comme un fragment de L’Origine du monde. La polémique risque de durer, faute de preuves convaincantes.

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    Ce chef d’oeuvre n’est-il qu’une partie d’un tableau plus grand ? (Reuters)

    Gustave Courbet avait-il peint un haut à son tableau le plus sulfureux ? L’affaire lancée par l’hebdomadaireParis Matchjeudi n’en finit pas de faire grand bruit et d’agiter les experts des milieux artistiques. Mais, dans la coulisse, nombre de conservateurs restent dubitatifs, en dépit du devoir de réserve auquel ils sont soumis pour ne pas faire monter la cote des artistes. Si un laboratoire privé, le Centre d’analyse et de recherche en art et archéologie, a effectivement trouvé des concordances sur les pigments utilisés et a travaillé sur les poils du pinceau, ces éléments semblent "insuffisants" pour dire qu’il y aurait une partie manquante au tableau de Courbet et que ce serait justement ce beau visage de femme.

    Mais pour Jean-Jacques Fernier, auteur du catalogue raisonné de Courbet, la toile de lin serait semblable à celle utilisée dans le tableau du musée d’Orsay. Il y aurait aussi une trace de barre centrale, ce qui voudrait dire queL’Origine du mondeaurait été découpée. Problème, on ne retrouve pas ces marques sur l’original.

    Le début d’une polémique à rallonges ?

    Hubert Duchemin, expert en peinture du XIXe siècle, affirme, de son côté, que "les deux tableaux ne viennent pas du même pinceau". Frédérique Thomas-Morin du musée Courbet d’Ornans (Doubs) se montre également très "sceptique". Alors qui pourrait trancher ?

    Contacté vendredi, le ministère de la Culture a déclaré qu’il ne demandera pas de contre-expertise du "visage" au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF). Ce dernier ne peut travailler que sur des tableaux des musées nationaux. Les choses en resteront donc là au risque de faire des mécontents. "De toute façon, confie une conservatrice, que dire de plus ? Au mieux, confirmer que certains pigments sont identiques et que la toile date bien du XIXe et provient du même lot que le tableau de Courbet. Et après ?" Pas assez pour confirmer la théorie de M. John, qui l’a racheté à un antiquaire en 2010. Pour l’heure, c’est donc bien une polémique à rallonges qui se dessine. À moins que l’affaire ne rebondisse... Ou qu’elle se dégonfle faisant s’évanouir les espoirs et les millions d’euros rêvés par M.John.

    Danielle Attali - Le Journal du Dimanche
    09 février 2013


  • A.G. | 10 février 2013 - 14:57 12

    Thierry Savatier sur France Inter.

    Rappelons le livre : L’Origine du Monde - Histoire D’un Tableau De Gustave Courbet , Bartillat, 2006.

    Résumé

    Histoire du cheminement de cette oeuvre depuis son projet jusqu’à son entrée au Musée d’Orsay, en 1995, soit près de 130 ans après sa création. Une présentation de la toile à travers ses différents propriétaires, de Khalil-Bey à Jacques Lacan.

    Quatrième de couverture

    Fruit de plusieurs années de recherche, ce livre retrace toute l’histoire de L’Origine du monde, des arcanes de sa création en 1866 jusqu’à son entrée au musée d’Orsay en 1995. Conçu à l’origine pour Khalil-Bey, collectionneur ottoman résidant à Paris, le tableau de Gustave Courbet a connu un itinéraire des plus extraordinaires que Thierry Savatier éclaire d’un jour nouveau. L’ouvrage s’appuie sur de nombreuses archives publiques et privées françaises, anglaises, hongroises et américaines, et dévoile un pan secret à ce jour : le transfert du tableau en 1945 de Hongrie vers l’Union soviétique, où après bien des drames son propriétaire le baron Hatvany parviendra à le récupérer. Au début des années 1950, L’Origine du monde revient en France, acquis par Jacques Lacan, avant d’être livré au public. De nombreuses personnalités des XIXe et XXe siècles ont croisé le chemin du tableau : Théophile Gautier, Sainte-Beuve, Edmond de Goncourt, Sylvia Bataille, Alain Cuny, Marguerite Duras, Claude Lévi-Strauss, Dora Maar, René Magritte...

    Scandale majeur de l’histoire de l’art, objet de fascination et de répulsion, cette oeuvre, offerte à toutes les interprétations, marque une date de rupture dans l’aventure de la peinture occidentale, qui justifie pleinement cette première « biographie » à part entière.

    *

    Regardez aussi :

    le documentaire de 60 mn, filmé à la Ferme Courbet de Flagey, par Lionel Georges, pour le Conseil général du Doubs, le 13 mai 2012, lors de la conférence de Thierry Savatier à l’exposition Jean-Pierre Sergent à la Ferme Courbet de Flagey.


  • Thierry Savatier | 10 février 2013 - 11:35 13

    L’article de Philippe Dagen confirme les arguments que j’avais développés la veille sur France Inter et RTL, puis, le 8 février, dans une chronique publiée sur mon blog "Les Mauvaises fréquentations".
    Thierry Savatier

    Voir en ligne : L’Origine du monde de Gustave Courbet, faut-il croire au miracle ?


  • V. K. | 9 février 2013 - 15:39 14

    Que reste-t-il de la provocation de Courbet aujourd’hui ? Paul Ardenne, historien de l’art et écrivain, et Christine Orban, écrivain, se livrent.
    C’est ici


  • A.G. | 8 février 2013 - 17:06 15

    L’article de Philippe Dagen

    L’Origine du monde est aujourd’hui la toile la plus célèbre de Gustave Courbet. Cette gloire a un revers : elle est livrée à toutes les élucubrations. Ainsi apprend-on dans un article signé d’Anne Cécile Beaudouin dans le dernier numéro de Paris Match, le 3 325e de l’hebdomadaire, que l’"on a retrouvé le visage de L’Origine du monde" — comprenez le visage de la dame qui aurait posé pour ce tableau où ne se voient ni tête, ni bras, ni jambes, mais seulement le ventre et le bas-ventre.
    Belle histoire, quoique assez prévisible : un amateur appelé "John" — il tient à rester anonyme —, un jour de pluie à Paris, un brocanteur pour s’abriter, la toile qui arrête le regard, un achat à bas prix et, après des recherches, la révélation. L’oeuvre est non seulement un Courbet, mais un fragment d’une plus grande, dont L’Origine du monde serait une autre partie.

    Suit la reconstitution de ce qui se serait passé. En 1866, Courbet peint La Femme au perroquet que l’on admire à New York au Metropolitan Museum, ici qualifiée de "nu très académique", ce que nul n’avait remarqué jusqu’alors. Pourquoi faut-il qu’il soit devenu "édulcoré" ? Parce qu’il y en aurait eu un autre, nu de face, sexe et toison pubienne livrés à la vue, la tête renversée, les bras relevés, sur lequel se poserait le susdit perroquet : la version hard. Cette toile, le collectionneur turc Khalil-Bey la voit dans l’atelier et veut l’acheter. "Courbet propose de la lui vendre selon un nouveau cadrage. D’un coup de couteau, il coupe la toile. Finalise (sic) le plissé du jupon, cède le bas à Khalil-Bey, conserve le haut." Un coup de couteau...

    Et pas un coup de hache, pour couper le bois du châssis ? Et pourquoi ce découpage ? Aucun des contemporains qui ont vu l’oeuvre — Maxime Du Camp surtout — ne dit mot d’une telle opération. Et pourquoi Khalil-Bey aurait-il accepté d’emporter un morceau et non l’oeuvre entière ?

    Des preuves ? La conviction de "John", qui aurait emporté celle de l’expert Jean-Jacques Fernier, dont les avis ont été souvent contestés. Et des indices matériels : les deux peintures auraient été exécutées sur le même genre de toile, avec la même trame, et par la même main. A en juger d’après les photographies de Paris Match, la proximité stylistique est douteuse. Ni la lumière, ni la touche, ni la texture de la peau, ni le chromatisme ne sont homogènes. A supposer que ce visage soit de Courbet, il daterait de ses débuts.

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    L’Origine du monde au musée d’Orsay depuis 1995.

    La similitude des textiles n’est pas plus probante : tous les peintres parisiens avaient les mêmes fournisseurs, peu nombreux. Embarrassantes aussi quelques erreurs. Passons sur ce monogramme CG qui se cacherait dans l’oreille de la femme : un moment d’égarement de l’amateur chercheur. Plus ennuyeuse la mention de l’étude partielle pour La Femme au perroquet, que l’"on n’a jamais retrouvée". Elle figurait néanmoins dans la rétrospective Courbet au Grand Palais en 2007, numéro 180, et appartient à Jeff Koons. Mais elle diffère si profondément par le style de la tête redécouverte qu’il aurait été en effet préférable pour la démonstration qu’elle ait disparu. Dans la même exposition était aussi L’Origine du monde, dont rien ne signale dans le catalogue qu’elle serait une partie découpée dans une toile plus grande. Et pour cause : son format, 46 × 55 cm est aussi celui de La Réflexion (1864), de la Femme aux dahlias (1871-1872) et de nombreuses natures mortes de Courbet. C’est un "10 Figure" dans la typologie française des formats standards.

    Mais le plus gênant se trouve dans la reconstitution de ce qu’aurait été la toile avant découpe. Pas besoin d’être anatomiste pour remarquer que, pour que ces épaules soient attachées à cette poitrine et ce ventre, il faudrait des seins très bas — ou une gorge très haute — et une colonne vertébrale d’une rare souplesse : le modèle de L’Origine du monde est à demi couché vers la droite alors que le cou et le visage du tableau réapparus sont tournés vers la gauche.

    Pour un peintre aussi attentif à la réalité des corps que Courbet, cette absurdité serait pour le moins étrange. A moins que se cache là la clé de l’énigme. Comme les odalisques d’Ingres, la modèle de Courbet jouissait de quelques vertèbres supplémentaires qui lui auront permis une élasticité hors du commun. La version "hard" de la Femme au perroquet était donc en vérité un hommage rendu par Courbet à Ingres, dont le Bain turc se trouvait alors chez Khalil-Bey, heureux possesseur au même moment de L’Origine du monde... On plaisante, évidemment.

    Lire aussi : notre note de blog sur ce sujet.

    Philippe Dagen, Le Monde du 8 février 2013.

    Lire aussi :
    L’Atelier des icônes
    et La Tribune de l’Art.


    • Dans un communiqué, le musée réfute officiellement la thèse selon laquelle un amateur d’art serait en possession de la partie haute du chef-d’œuvre de Courbet.

      Fait exceptionnel car il rompt son devoir de réserve, la direction du musée d’Orsay publie une réfutation claire et nette de l’hypothèse publie dans le Paris Match de cette semaine d’un morceau de tableau complémentaire à L’Origine du monde.

      Voici son communiqué intégral.

      Des hypothèses fantaisistes ont récemment été développés autour de L’Origine du monde de Gustave Courbet conservée au musée d’Orsay. Celui-ci souhaite rappeler certains faits bien connus des historiens de l’art. L’Origine du monde est une composition achevée et en aucun cas le fragment d’un œuvre plus grande. Longtemps entourée de secrets y compris dans ses dispositifs de présentation.

      Certaines zones d’ombre subsistent dans son historique. Une certitude cependant, confirmée par tous les témoignages du XIXe siècle : le tableau visible chez Khalil-Bey, son premier propriétaire et probable commanditaire, était bien ‘une femme nue sans pieds et sans tête. À cette description de l’œuvre par Gambetta répond celle de Maxime Ducamp qui mentionne en 1878 que Courbet n’avait pas représenté « le cou et la tête » de ce « portrait de femme bien difficile à décrire ».

      Les éléments relatifs à la technique de l’œuvre étudiée par le Centre de recherche et de restauration des musées de France après l’acquisition du tableau par le musée d’Orsay ne révèlent que des données très habituellement observées sur les toiles des peintres de cette époque : la toile et les pigments utilisés ici ont été préparés de façon industrielle. La seule description objective que l’on puisse faire du support original est qu’il s’agit d’une toile assez fine et de tissage simple, dont la trame comporte des irrégularités observables sur la plupart des tableaux de cette époque. L’Origine du monde présente par conséquent des caractéristiques techniques tout à fait communes que l’on retrouve sur des centaines de toiles contemporaines.

      lefigaro.fr.

  • V. K. | 7 février 2013 - 19:25 16

    C’est le scoop du jour de Paris-Match

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    Paris-Match du 7 février 2013, page intérieure. (Photo DR)

    Voir ici.


  • anonyme | 8 juin 2010 - 23:02 17

    Jules a dit...

    On peut voir ce tableau, on peut aussi l’entendre, c’est ce qu’à fait le compositeur Tony Hymas dans sa suite intitulée "De l’origine du monde" qui utilise des textes de Courbet, Baudelaire, Pierre Dupont, Christian Tarting (chantés ou dits par Marie Thollot, Monica Brett Crowther, Nathalie Richard et Violeta Ferrer). Hymas voit et entend le lien entre la peinture de Courbet et la participation du peintre à la Commune. Les illustrateurs Daniel Cacouault, Simon Goinard Phélipot, Rocco, Stéphane Courvoisier, Zou, Eloi valat, Jeanne Puchol, Benjamin Bouchet, Sylvie Fontaine, Chloé Cruchaudet, Stéphane Levallois, Nathalie Ferlut ont participé au projet publié par les disques nato.


  • A.Gauvin | 28 mai 2007 - 16:15 18

    Dans le livre de Teyssèdre on peut lire (p. 413-416) :

    " En mai 1982 l’attention du grand public est attirée par une photo : L’Origine du Monde (pas l’original, la copie) en couverture du magazine Art Press . Elle sert de frontispice à un dossier sur l’obscénité. Une féministe s’en est offusquée, paraît-il, au point d’adresser à Henric ses semonces (pourtant elle connaissait bien Lacan, qui avait projeté en 1974 de faire avec elle le voyage en Chine ; preuve qu’il ne montrait pas son tableau à toutes ses amies, même féministes) [note 1]. L’image, d’un grain grossier, reproduit une diapositive (le cache de sa bordure, en noir, arrondit les quatre angles) sans commentaire ni indication de provenance. [suit le sommaire du numéro]
    Le 21 novembre Philippe Sollers a exhibé cette couverture d’ Art Press [59] dans un long monologue pour bande video sur  Le trou de la vierge [note 2]. La mise en scène est cadrée sur le visage et le haut du buste de l’orateur, avec de temps à autre un zoom au ralenti vers sa bouche ou ses mains, ou un panoramique sur les livres d’art posés sur la table, suivi de l’arrêt sur un tableau, soit le Courbet, soit, à plusieurs reprises, un Picasso. J’ai noté au passage ce que j’ai cru comprendre.

    Sollers expliquait que pour aller à l’endroit d’où ça sort, le corps humain, et où ça s’abime, il fallait s’occuper de la chose qui ne peut pas se voir sauf dans l’aveuglement, en mettant dessus un blanc ou un fétiche. L’absence d’art, c’est ça la frigidité et pas autre chose, ça ne se passe pas au niveau des petits organes qui se tripotent. Courbet a eu l’audace de représenter un tronc. C’est une innovation par rapport aux troncs d’église. Ce ne sera jamais quelqu’un ni quelqu’une car, comme vous voyez, ça ne marchera pas.
    De là Sollers en venait au trouage de celle qui, en cette affaire de femme nue, n’est jamais nue mais qui est appelée à s’élever dans les nues. Vénus n’a pas de trou, la Vierge Marie n’est qu’un trou. Son trouage est venu du dedans. La Vierge n’est pas du tout pucelle : elle a été effractée de l’intérieur par un corps qui est passé à travers elle. La logique de trou de Vierge, c’est que l’organe masculin n’a pas y pénétrer mais qu’il en sort un corps quand même...

    Moi, je perdais un peu pied dans cette théologie. Il me semble (je me trompe peut-être) que ce qui a ému Sollers, c’est l’instant où, à l’improviste, il a reconnu dans L’Origine du Monde la naissance de sa propre voix. Cela se devinait à ses mains filmées en gros plan, mains parlantes, tendues, et je suis sûr que si le plan vidéo a été cadré sur son sexe, ça serait vu à son sexe aussi. Sollers disait :

    Il y a très peu de chances pour que quelqu’un dise quoi que ce soit de vrai sur la question des questions, sur ce qu’il fait qu’il est là en train de parler. Est-ce ma voix qui sort de mon corps ? L’humanité croit spontanément qu’il y a une soupe biologique en cours, et qu’ensuite, en un second temps, le temps de refaire la soupe, le temps que la soupe se se représente à elle-même, eh bien, ça parle. Ca fait des bulles. Les bulles de la soupe éclatent, la soupe continue. Les bulles, c’est ce qui se sera exprimé, comme moi en ce moment, le temps de vivre. Imaginons l’inverse : que mon corps soit dans ma voix ; que j’ai à saisir ensemble le sexe (qui n’est pas le corps) et la voix, juste à l’endroit où ça produit des boursouflures. Le corps ne donne pas naissance à la voix. En revanche ma résistance nerveuse, ma fureur physique, la santé de mes cellules, mon obstination musculaire, l’allégement de ma circulation, viennent de ma voix. C’est concret, une histoire d’avoir ma peau. Je ne me déplace plus que par affnités physiques.

    L’étonnant est que Sollers ignorait que le Tableau avait appartenu à Lacan. C’est une voix venue du fond de la matrice qui le lui a appris, la voix d’Alain Cuny : " Je l’ai vvu. Dans sa ccampaaagne. " Lacan, je suppose, l’avait invité dans son pavillon de style anare pour le cérémonial du thé, leurs yeux diffus dans l’oeil creux d’un bol de l’ère Mono-yama. "

    note 1 : Jacques Henric en parle dans son dernier livre  Politique à propos de "la rupture en 1982 avec notre vieille camarade Maria-Antonietta Macciocchi, ancienne résistante à Mussolini, députée du Parti communiste italien, amie d’Althusser, de Pasolini, de Moravia, spécialiste de Gramsci et auteur de De la Chine (Maria-Antonietta, devenue une farouche féministe et prenant pour une photo porno le tableau de Courbet, L’Origine du monde, publié en couverture d’Art press, avait vu rouge et publié dans Le Monde un article où nous étions accusés, Sollers et nous, d’être des suppôts du fascisme). "

    note 2 : Voir Le trou de la Vierge , vidéo de Jean Paul Fargier, publiée en avril 2007 en DVD avec une autre vidéo, Sollers joue Diderot . Voir aussi Comment aller au paradis , entretien de Ph. Sollers avec Jacques Henric.


  • Livia | 28 mai 2007 - 00:39 19

    Réédition récente chez Gallimard (avril 2007) de ce livre très intéressant dans la collection dirigée par Sollers.

    LE ROMAN DE L’ORIGINE de Bernard Teyssèdre [1996] , 464 pages, 140 x 205 mm. Collection L’Infini, Gallimard -ess. ISBN 2070746151. 24,40 ?
    le même ouvrage . Nouvelle édition revue et augmentée en 2007, 544 pages, 140 x 205 mm. Collection L’Infini (2007), Gallimard -ess. ISBN 9782070784110. Parution : 20-04-2007. 25,00 ?


    Résumé

    Le personnage central est un tableau de Courbet, le plus scandaleux de toute l’histoire de la peinture, L’Origine du Monde. Il lui en arrive, à ce tableau, des aventures ! Le plus drôle, c’est qu’elles sont vraies. Car ce livre est en même temps un roman et une enquête d’historien (ou de détective). Qui était ce diplomate turc, Khalil-Bey, qui acheta au peintre l’image libertine pour la cacher dans sa salle de bains derrière un petit voile vert ? Qui était ce baron Hatvany qui emporta en Hongrie le ventre nu caché sous un paysage de neige ? Comment le tableau a-t-il échappé aux Allemands, puis aux Russes, et a-t-il traversé clandestinement le rideau de fer pour refaire surface près de Mantes-la-Jolie dans la maison de campagne du psychanalyste Lacan ?
    Ce livre a été publié sous une première forme en 1996. Dix années ont passé. Les documents sur l’histoire du tableau ont afflué. Certains étaient restés inaperçus, d’autres avaient été délibérément occultés ou falsifiés. Bernard Teyssèdre a voulu mettre les informations à jour et faire le point sur les questions en suspens : Rodin avait-il vu L’Origine du Monde lorsqu’il a entrepris sa série de dessins sur le sexe de la femme ? Ce tableau a-t-il inspiré à Picasso la Grande Pisseuse et à Duchamp Étant donnés ? Est-il vrai que Magritte en ait peint une copie qu’on a longtemps fait passer pour l’original ?
    Cette édition nouvelle n’est donc pas une simple reprise de la précédente. Ette a été entièrement revue et considérablement augmentée de façon à fournir un « ouvrage de référence » sur le plus étonnant des tableaux.

    Voir en ligne : http://www.gallimard.fr/


  • viktor | 12 décembre 2006 - 09:15 20

    A propos du message de DB relatif au commentaire de VGE.
    Certes, le sujet, le cadrage spectaculaire, le réalisme anatomique vulve rose et téton en érection, ne sont pas évoqués, mais voici la transcription des paroles de VGE en passant devant le tableau :
    « C’est difficile à décrire en terme de radio. [...] C’est admirable comme peinture, il faut dire, et très fort. [...] Il faut se mettre dans le contexte des différentes époques [...] Il y avait des choses que l’on ne montrait pas. Il y a, d’ailleurs, toujours des choses que l’on ne montre pas. [Courbet] a choisi de montrer quelquechose que l’on ne montrait pas et il l’a fait avec un immense talent. »


  • db | 11 décembre 2006 - 21:03 21

    "Indescriptible" ce tableau, pour VGE, qui propose pourtant de le commenter (!) sans rien en dire... sans rien pouvoir en dire. Misère de notre homme politique qui aurait tant aimé être Guy de Maupassant...