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La revue d’une revue : L’Infini N° 138

D 17 mars 2017     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’Infini N° 138, Hiver 2017, est arrivé dans ma boîte-à-lettres à la fin de l’hiver, cette revue trimestrielle dont personne ne rend jamais compte, dixit Sollers.
Aussi, ai-je décidé, aujourd’hui, d’en rendre compte, au moins de tenter de tenter de le faire.
Subjectivement, bien sûr. Privilège que permet une audience limitée, et assujetti à aucune contrainte.

Depuis 1982, L’Infini poursuit sa course cosmique [1] avec la régularité d’un métronome, chaque trimestre.

Pas de changement périodique de format, mise en page etc. comme dans les magazines, pour relancer l’intérêt du lecteur et les ventes. Avec L’Infini, pas de racolage, tout est immuable, format, 128 pages, 175 x 220 mm, illustrations en noir et blanc, présentation sobre, couverture crème avec sommaire, dos avec un détail de L’Homme à l’épée de Picasso et citation non référencés.

Pour la citation, iI s’agit d’un extrait du poème Jeunesse de Rimbaud. (Tout le monde est sensé connaître Rimbaud, bien sûr ! Sollers aime solliciter un effort de son lecteur, pour retrouver la source d’une citation non sourcée, par exemple, et de cette découverte, le plaisir de la lecture en sera accru selon Le Sollers Code, un ouvrage qui attend son Dan Brown pour être publié.)

Les calculs de côté, l’inévitable descente du ciel,
et la visite des souvenirs, et la séance des rythmes
occupent la demeure, la tête et le monde de l’esprit
.

Dessous, le nom de l’éditeur GALLIMARD
C’est sans doute le seul bénéfice qu’en tire l’éditeur, tant le tirage de la revue est modeste.

La présentation de la revue par l’éditeur

En 1982, Philippe Sollers rejoint les Éditions Gallimard.Tel Quel, fondée en 1960, disparaît et renaît sous le titre L’Infini, chez Denoël puis chez Gallimard en 1983. La revue publie des textes de Philippe Sollers, Julia Kristeva ou Marcelin Pleynet, mais également de jeunes auteurs et de grandes signatures, comme Philippe Roth, Milan Kundera, Céline.

L’Infini vu par Philippe Sollers :
« L’Infini repose sur le pari suivant : c’est qu’il y a, qu’il y aura, de plus en plus besoin d’une revue littéraire au temps de l’explosion de l’information et des réseaux de communications multiples. Plus la diversification spectaculaire et publicitaire augmente, et plus le langage concentré, médité, de la littérature peut le traverser en acte. Plus les stéréotypes s’enchaînent, et plus le style même des interventions singulières, les corps, les voix, prennent, paradoxalement, la force de leur démesure. Lisez donc ces textes, là, choisis, dans une publication qui scintille tous les trois mois. Fictions ou essais, sérieux ou fantastiques, purs ou obscènes, ils prennent tout le système à revers, le trouent, le désarticulent. Ils définissent, sans avoir à s’accorder sur un projet commun, une ponctuation radicale, une sorte de nerf hors la loi. »

Le Sommaire

Revue L’Infini (n°138), Gallimard
Hiver 2017

Parution : 09-03-2017

Philippe Sollers, Beauté
Yuning Liu, La Chine chez Sollers. L’harmonie du Yin et du Yang
Jean-Jacques Schuhl, Ce soir je suis sorti tard
Mathieu Terence, Les trois nihilismes
Jean-Michel Lou, Le doute Segalen
Dominique Brouttelande,Rigodon pour la fin
Bertrand Bellamy, Une source de Lautréamont
Louis-Ferdinand Céline - Julien Alvard, À propos du style (entretien)
Jean-Hugues Larché, L’Éveilleur
Patrick Amine, « LeFestin nu » ne finit jamais
Éric Marty, Jacques Lacan et le matérialisme sadien

Illustrations

26 Illustrations dans ce numéro :
Thème : Martha Argerich, Egine, la Grèce, thème inspiré de l’article de Sollers « Beauté » qui propose un extrait de son livre éponyme. La musique y est à l’honneur avec Webern (grand admirateur de Bach). L’héroïne, Lisa, est musicienne, et avec le narrateur tous deux se rendront à Egine pour y contempler le Temple d’Athéna Aphaïa.


Cette photo ouvre la revue, en regard de l’extrait du livre Beauté.

Le casting du numéro 138

Le numéro commence traditionnellement par la reprise d’un ou plusieurs textes de Sollers. Le nombre dépend de la pagination occupée par les autres textes. La tradition est respectée, ici avec un extrait de Beauté, « Foudre », le début de son dernier roman dont pileface a rendu compte.

Voir notamment :
« Beauté : extraits »
« Beauté ou l’amour en musique »

Mais aussi :
« Sollers dans L’Infini (Index)  »

Les autres intervenants sont pour la plupart des contributeurs de la revue et/ou publiés par Sollers dans sa collection éponyme L’Infini.

Les habitués
C’est le cas, notamment de Jean-Jacques Schuhl avec l’excellent Entrée des fantômes

Mathieu Terence qui a déjà publié dans la revue et auteur d’un essai De L’Avantage D’Etre En Vie, à paraître le 6 avril 2017 dans la collection Gallimard – L’Infini.

Jean-Michel Lou, auteur de Corps d’enfance, corps chinois. Sollers et la Chine, dans la collection Gallimard – L’Infini. Un auteur, d’origine chinoise, particulièrement pertinent pour aborder ce sujet. Ne pas manquer les extraits ICI :
- « Le papillon de Zhuangzi
- « De l’usage des citations de Zhuangzi dans les romans de Sollers »

Voir aussi :
- « Sollers, Lu Xun, même combat »
- « L’emprise des signes » (Nombres)

Bertrand Bellamy qui avait déjà publié S. : Secret du style dans le N° 134.

Dominique Brouttelande, notre ami de pileface qui n’en est pas à son coup d’essai dans la revue L’Infini.
D. Brouttelande est une sorte de Sherlock Holmes littéraire. En plus, c’est bien écrit. Ne vous en privez pas, son article Rigodon pour la fin, a aussi été publié sur pileface ICI

Louis Ferdinand Céline est un invité familier de Sollers qui défend son œuvre, bec et ongles, depuis toujours. Ici, c’est un entretien de Céline avec Julien Alvard de 1961, l’année de la mort de Céline. Une note précise : « Publié dans le n°2 de la Revue Ring […] Ne sachant pas s’il a été repris par ailleurs nous croyons devoir le publier dans ce numéro de l’Infini, comme un témoignage des dernières paroles de Céline ». Ajoutons aussi comme un écho à Rigodon pour la fin de Dominique Brouttelande.

Patrick Amine , journaliste, critique littéraire et d’art collabore depuis longtemps à la revue ainsi que pour "Art press". Il était déjà au sommaire du N°11 de l’Infini (Eté 1985).

Sont aussi des habitués de la revue et présents sur pileface : Jean-Hugues Larché, et Éric Marty qui propose Jacques Lacan et le matérialisme sadien. Eric Marty est aussi l’auteur d’un livre : Pourquoi le XXe siècle a-t-il pris Sade au sérieux ?, voir ICI

Une nouvelle venue

Yuning Liu avec La Chine chez Sollers. L’harmonie du Yin et du Yang
Yuning Liu est née à Yantai (Chine) en 1980 et enseigne à l’Université de Nantes. Son article est un extrait de sa thèse « La Chine chez Sollers : une voie d’interroger l’Occident à travers l’Orient » soutenue à l’Université de Nantes, le 23 décembre 2016, sous la direction du grand spécialiste de Sollers qu’est Philippe Forest , l’auteur d’une Histoire de Tel Quel 1960-1982,
d’un Philippe Sollers par Philippe Forest, une biographie littéraire,
et aussi De Tel Quel à L’Infini

Article hyper-documenté et dense. Très dense. Mais les lecteurs sollersiens entraînés pourront en faire leur miel.

Le contenu

Après le casting, le scénario, …le contenu !
Et là, alors que je compilais mes extraits, ai trouvé l’article de Fabien Ribery qui comme moi, mais avant moi, s’était donné comme objectif de faire mentir Sollers - celui qui déclarait que personne ne rend compte de cette merveilleuse revue qu’est l’Infini, « La meilleure revue littéraire que l’on peut trouver » dit modestement et très sérieusement Philippe Sollers. Premier degré et second degré si intimement liés qu’ils ne sont pas toujours dicernables. Imbrication naturelle comme le Yin et Yang de la tradition chinoise, évoqués plus avant. Mais à coup sûr, une revue indispensable pour entretenir ses neurones, hors du bruit médiatique, si continu qu’il devient bruit blanc, inaudible, aussitôt oublié qu’émis. Ce qui ‘est pas le cas de L’Infini.

Comme à son habitude, Fabien Ribery que nous avons déjà salué sur pileface

ICI : La France suffoque
et LA : Philippe Sollers, Girondin à travers les siècles

y est excellent.
C’est agréable à lire et magnifiquement illustré., c’est intitulé :

Musiques françaises, revue L’Infini, étude 138

Portraits multiples de la somptueuse pianiste Martha Argerich, extrait du dernier roman de Philippe Sollers, Beauté, étude sur la fin de Rigodon par Dominique Brouttelande, la musique irrigue le dernier numéro de la revue L’Infini.

En janvier 1961, interviewé par Julien Alvard peu avant sa mort, Louis-Ferdinand Céline déclare : « Comment je me suis intéressé à cette question du style, parce que je suis toujours en train de trifouiller des phrases. Un musicien ne laisse pas les sons tranquilles, un peintre ses toiles, un chimiste… »


ZOOM... : Cliquez l’image.

En 2009, Philippe Sollers, « L’Eveilleur » (texte élogieux de Jean-Hugues Larché), lance à Philippe Lejeune : « Ce n’est pas que je fasse le roman de l’écriture qui s’écrit, comme on l’a cru, mais tout simplement que suivant une indication fondamentale de Heidegger, j’essaie d’amener « la parole à la parole en tant que parole », ou « l’écriture en tant qu’écriture par l’écriture ». Je ne fais pas semblant de ne pas écrire ce qui est en train de s’écrire. »

Relisant The Naked Lunch (1959) avec les yeux de Marcelin Pleynet (fameux texte paru dans Tel Quel en 1964) et de J. G. Ballard (article Terminal Document, 1966), Patrick Amine se souvient de The Limits of Control (Burroughs, 1975, inspirateur de Deleuze) : « Mais les mots sont encore le principal instrument de contrôle. Les suggestions sont des mots. Aucune machine de contrôle inventée jusqu’à ce jour n’a pu opérer sans les mots, et toute la machine de contrôle qui tente de le faire en s’appuyant entièrement sur la force ou entièrement sur le contrôle physique de l’esprit va vite rencontrer les limites du contrôle. »


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Jean-Jacques Schuhl, enfant juif, père raflé : « Je ne me suis jamais senti en règle. »

Bertrand Bellamy (article « Une source de Lautréamont ») : « La haine du Grand Style a la dent dure ; je répète, la haine du Grand Style a la dent dure. »

Imaginer le médecin, l’écrivain, Victor Segalen en 1917 à Shanghai, recrutant de la main-d’œuvre pour remplacer dans les usines et les champs les soldats français combattant contre les Allemands, par exemple le grand-père de l’auteur de Le petit côté (un hommage à Franz Kafka), Jean-Michel Lou, avouant : « On ne sait rien sur rien. »

Plus loin : « Nous ne savons rien au fond de Victor Segalen, ce Breton obstiné qui trace ses cercles questionneurs de par le monde, cherchant son Graal jusqu’en Chine, pour finalement revenir au point de départ, semblant mettre en scène sa mort, bloqué par l’orage et une mauvaise plaie à la jambe, le livre d’Hamlet ouvert sur ses genoux, dans la forêt de Brocéliande. » C’était celle de Huelgoat. Thèse du séminariste : Segalen, c’est mal écrit. Trop dépressif ? Alors que Claudel, ça semence, ça semence.

Jacques Lacan à propos du « théoricien » Sade, l’anti-Wittgenstein, le 21 janvier 1970 (séminaire L’Envers de la psychanalyse) : « C’est bien pourquoi il est clair au plus intelligent des matérialistes, à savoir à Sade, que la visée de la mort, ce n’est nullement l’inanimé. »

Le gnostique Paul Valéry : « L’univers est un défaut dans la pureté du Non-être. »

Commentaire de Jacques Lacan (Ecrits) : « Je suis à la place d’où se vocifère que « l’univers est un défaut dans la pureté du Non-être ». Et ceci non pas sans raison, car à s’y garder, cette place fait languir l’Etre lui-même. Elle s’appelle la jouissance, et c’est elle dont le défaut rendrait vain l’univers. »

Commentaire du commentaire, par Eric Marty : « La Loi est ce qui nous protège de la jouissance en l’interdisant, à ceci près qu’il y a, sans cesse pour heurter la Loi, des sujets égarés, de Sade à Antigone, pour ouvrir par-delà la Loi le sujet humain à la vision extatique de la Chose, promettant donc que la « seconde mort » est à notre portée, travaillant donc à s’inscrire quelque part une place pour la jouissance, une place où faire languir l’être. »

Au début est le verbe.

Ça débute comme ça.

Ça finit comme ça.

Parole de Sollers, amateur du Yi King (texte informé de Yuning Liu) : « Lisa du matin, Lisa de l’après-midi, Lisa du soir. Elle a du temps, elle n’a pas de temps, elle est loin, elle me téléphone, elle est de retour. Elle était au Japon, en Angleterre, en Hollande, elle arrive d’Allemagne, elle est à Paris pour moi. Elle me raconte. Elle ne me demande pas ce que j’écris, elle vérifie juste que je suis en train d’écrire. Elle se fout éperdument du « milieu littéraire », et le « milieu musical » l’exaspère. Allons, c’est l’époque, passons et jouons. »

Qui a osé dire que L’Infini n’est pas, encore et toujours, la meilleure revue du moment ?


ZOOM... : Cliquez l’image.

Revue L’Infini , Hiver 2017, numéro 138, 128p

Revue L’infini – Gallimard

Le blog de Fabien Ribery

L’article sur son blog

*

La Chine chez Sollers

On sait que Sollers a, un temps, été maoïste, mais le voyage en Chine de 1974 a commencé son dégrisement. Comme il l’a souligné, son intérêt pour la Chine est plus ancien et culturel. Sollers est fasciné par la pensée traditionnelle chinoise.

YUNING LIU :

Tout au long de son parcours littéraire, Sollers nourrit toujours cette ambition de raire rentrer le chinois dans le français, le français dans le chinois, l’Occident dans l’Orient, l’Orient dans l’Occident [2] ». Dans cet esprit, Sollers applique, consciemment ou inconsciemment, dans son propre processus créateur, le principe de complérnentarité Yin- Yang, le fondement de la pensée et de la philosophie traditionnelles chinoises.
L’emprunt de Sollers à cet aspect capital de la sagesse orientale est implicitement agrégré dans l’écriture de Drame, et explicitement effectué dans Passion fixe.

Le Yin-Yang dans le Yi King

Dans la cosmologie chinoise traditionnelle, le Yin et le Yang sont deux catégories complémentaires, retrouvables dans tous les aspects de la vie et de l’univers. L’harmonie du Yin et du Yang constitue le principe du Yi King (Livre des Mutations) [3], dont la genèse remonte à la pensée chinoise antique qui s’appuie sur le concept de Wuxing (les cinq phases ou les cinq agents : métal, bois, eau, feu, terre), préconisant l’unité du ciel et des hommes.

L’alternance des pronoms personnels « je » et « il » dans Drame

On trouve deux sujets de narration dans Drame  : le « je » et le « il », leur alternance se déroule de telle façon que le « je » prend le relais de la narration lorsque la séquence est inaugurée par « Il écrit ». Dans Drame, poème, roman (1968), texte consacré au livre de Sollers, Roland Barthes analyse en profondeur l’énigme des pronoms personnels dans Drame  :

À vrai dire, cette première personne classique est fondée sur un dédoublement : je est l’auteur de deux actions différentes, séparées dans le temps : l’une consiste à vivre (aimer, souffrir, participer à des aventures), l’autre consiste à écrire (se rappeler, raconter) [...] Sollers ne fait à la lettre qu’un seul actant : son narrateur est absorbé entièrement dans une seule action, qui est de narrer [...] [4].

Barthes montre avec précision que dans les romans traditionnels à la première personne, il existe un écart irréductible entre le narrateur et l’acteur, toujours inconciliables mais unis sous le pronom personnel « je », qui sert d’expédient. Le projet de Sollers consiste à estomper cet écart entre le narrateur et l’acteur, en ne créant qu’un seul narrateur-acteur, dont le mouvement unique est de narrer.


La substance qui sépare les deux personnes de la narration n’est donc nulle part d’identité, mais seulement d’antériorité : il est à chaque fois celui qui va écrire je ; je est à chaque fois celui qui, commençant à écrire, va cependant rentrer dans la précréature qui lui a donné naissance. [5].

Pour reprendre différemment l’analyse de Barthes, ces deux pronoms personnels apparemment antagonistes forment en réalité une unité harmonieuse, analogue à la dualité du Yin et du Yang, deux éléments opposés qui se font écho et se transforment l’un en l’autre. L’« il » noir et le « je » blanc selon le modèle de l’échiquier pourraient également passer pour 1’« il » Yin et le « je » Yang, ou inversement.

Nous trouvons que l’interaction Yin-Yang est une explication plus adéquate à la relation de ces deux pronoms personnels, car il s’agit en fait de la même personne à des moments différents : quand le « il » se met à narrer, il se transforme en « je », alors que « je » commence à raconter en tant qu’avatar du « il ». Selon la matrice de l’échiquier, la distinction des deux pronoms personnels séparés par les cases paraîtrait très nette, comme ce que montre l’image ci-dssus, chacun des deux éléments est soit blanc, soit noir. En revanche, en plaçant « je » et « il » dans le symbole du Yin et du Yang - le « tàijîtû », il y a une certaine tension entre les deux éléments, la séparation n’est pas brutale, comme dans l’échiquier, la transition entre les deux pronoms personnels est réalisée dans un état de fusion, où les deux éléments sont à la fois noir et blanc, l’un dans l’autre.

Nota : j’aime cette figure du « tàijîtû », où le yin et le yang s’interpénètrent : fusion et complémentarité réunies, parfaite image des antagonismes réunis dans la nature humaine, comme dans la nature. Merci à la tradition chinoise d’avoir traduit avec autant d’évidence et de concision ces concepts.

Une petit confidence : pileface aurait dû s’appeler yinyang, mais le domaine était déjà pris. Dans pileface, il y a aussi cette notion de dualité complémentaire.

Le Yi King dans Passion fixe (extrait)

[…] qui m’aurait dit un mois auparavant que le vieux Yi king chinois ouvrirait là, sous mes yeux, ses merveilles de pénétration, de souplesse ? Le vingt-troisième hexagramme, par exemple, Po, « l’éclatement », faisait, ce matin-là, mon admiration, avec ses trois traits brisés en bas, K’ouen, signifiant le réceptif, la terre, et son trait plein et ses deux traits brisés du haut, Ken, l’immobilisation, la montagne. Le commentaire dit : « Lin cycle prend fin, il faut préparer le cycle à venir. La montagne repose sur la terre. Ouvrez-vous à des idées nouvelles. Faites face à vos obligations... Ici se meut la voie du ciel. » Dans l’idéogramme Po, on discerne un couteau et le caractère voulant dire sculpter. C’est bien l’image de notre situation, aurait dit François, mais attention, la dernière interprétation peut être : « Il y a encore un gros fruit qui n’a pas été mangé », et « la maison de l’homme vulgaire vole en éclats ». Avis aux amateurs. L’hexagramme suivant est d’ailleurs, comme par hasard, Fou, le retour, le tournant. Rien n’est figé, la mobilité opère, les transformations sont en cours. Il n’est pas impossible, disait François, que nous ayons droit de nouveau, un jour, au signal Ka, la révolution, la mue, avec, en bas, ce qui s’attache, le feu (Li), et en haut le joyeux, le lac (Touei). « L’homme prêt au changement doit avoir confiance, les forces célestes le guideront. » Là, on devine le mouvement du temps à travers l’espace, plus rien, juste une vibration de mutant [6].

Le texte cité ci-dessus est le début d’un long passage consacré à la culture chinoise, dans lequel, après la mention des hexagrammes du Yi King, l’auteur traite de la peinture chinoise en évoquant des peintres et leurs rouleaux, ce qui fera l’objet de nos études dans un autre chapitre.

Yuning Liu

oOo

[1A cet égard on pourra se reporter à "Sollers et la science" ICI.

[2Philippe Sollers, « Déroulement du Dao », p.160.

[3Le Yi King, le classique des classiques, est aussi connu en France sous le nom de « Livre des Changements » ou « Livre des Transformations ».

[4Philippe Sollers, Vision à New York, Paris, Grasset, 1981, p. 101.

[5Roland Barthes, Sollers écrivain, p. 934-935.

[6Philippe Sollers, Passion fixe, p. 52.

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