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Jean-Jacques Schuhl, Entrée des fantômes

- Premières critiques

D 8 janvier 2010     A par A.G. - C 4 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


« Je dînais seul un soir d’hiver dans un banal restaurant chinois presque désert lorsque le cinéaste Raul Ruiz, que je connais depuis longtemps mais que je croise très rarement, est venu à ma table et a prononcé ces mots : " Je te propose de jouer le rôle du chirurgien dans Les Mains d’Orlac ! "

J’ai été intrigué puis fasciné que l’on puisse me proposer, à moi, d’être cette créature du Mal. Mais n’étais-je pas justement en train d’écrire un roman fantastique noir au climat trouble et mystérieux ?

Au bout d’une nuit farfelue durant laquelle se bousculaient divagations et souvenirs dans ma tête fatiguée, des fantômes assez spéciaux sont venus à ma rencontre dans la ville enneigée. Et avec eux ma Chance. »

Jean-Jacques Schuhl.

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Radio

Le Rendez-vous, le 15 janvier (avec Benoît Jacquot).

Crédit FC

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Les fantômes de Jean-Jacques Schuhl

Dix ans après Ingrid Caven, Jean-Jacques Schul laisse entrer les fantômes dans son nouveau roman : souvenirs et fiction s’y côtoient dans une déambulation fantasmagorique.

Rue de Varenne, à Paris, le bureau de Jean-Jacques Schuhl est exactement comme il le décrit dans son nouveau et très attendu roman, Entrée des fantômes. Pages de journaux arrachées et collées au mur, radiographie d’une main et, offert par le cinéaste Bertrand Bonello, Oblique Strategies, ce jeu de cartes conçu par Brian Eno pour stimuler la créativité.

Dans Entrée des fantômes, Schuhl raconte que c’est en tirant la carte sur laquelle était inscrit “Do something boring” qu’il s’est mis à écrire. “Et la semaine dernière, raconte-t-il, Jim Jarmusch, de passage à Paris, me téléphone pour que je lui tire une carte. Et c’était encore “Do something boring” !” On étale le jeu sur son bureau noir, on tire une carte et on la retourne, incrédule : “Do something boring” ! Schuhl s’amuse : “Comme vous le voyez, je diffuse l’ennui autour de moi !” Impossible pourtant de s’ennuyer avec cet homme fin et dandy, érudit et drôle, même s’il assène, plus drôle encore : “Je déteste l’humour. Ce n’est que l’autre face du nihilisme. Et je déteste le nihilisme.

L’autodérision plane pourtant sur son nouveau roman - dix ans pour l’écrire après son chef-d’oeuvre, Ingrid Caven (Goncourt 2000). Mais on ne se plaindra pas, il lui en avait fallu vingt-quatre, après Télex n°1, pour rendre hommage à celle avec qui il vit.

Dans Entrée des fantômes, Jean-Jacques devient Charles, faux dandy, amoureux largué, écrivain dilettante aux blocages multiples — dont sa hanche détraquée —, qui se met en tête de jouer Richard III alors même qu’il ne tient pas debout sans l’aide d’une canne. Sa seule issue sera d’abandonner le roman qu’il est en train d’écrire : la première partie du livre, l’histoire d’un mannequin somnambule traquée par son ex, un névropathe échappé de taule du nom de Vaughan (clin d’oeil au Crash ! de Ballard). Il nous entraînera alors dans son labyrinthe mental calqué sur une géographie étrange (Rome, New York, Paris, la rue Saint-Roch où se trouvait le restaurant Davé, l’hôtel Costes, plaque tournante de fantasmes sombres ou érotiques...) et une temporalité encore plus brumeuse, où les années 1970 et 2000 se télescopent.

Entrée des fantômes est une plongée dans un mental où les rêves s’hybrident avec le réel, les souvenirs avec la fiction, les références avec la poésie — la visite des coulisses d’Ingrid Caven. Une déambulation, un dédale légèrement mélancolique, un train fantôme où l’on croise des images fortes et oniriques. Un palais noir où les vivants, les morts et les personnages de fiction vivent sur un pied d’égalité. Des esprits vus par un narrateur qui répète “Je suis si romanesque !” et qui croit aussi bien au hasard qu’à la magie. Mais au fait, qui sont ces revenants ?

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Présentation de quelques fantômes par leur auteur, hanté.

Charles, double du narrateur

"J’ai commencé ce livre bien avant Ingrid Caven. Je voulais écrire un vrai roman de genre, fantastique et noir, dans l’esprit de Blade Runner et de David Lynch, une atmosphère criminelle avec de véritables personnages de fiction. Le personnage de mannequin était déjà très inspiré de Kate Moss — c’était alors sa grande époque, un peu avant 2000 —, et le garçon aussi, une projection de moi en plus jeune, mixée avec Andy Warhol. Je me suis vite aperçu que j’écrivais faux, car le personnage qui était moi, pour qui je disais “il”, était en fait un “je”. Donc j’ai arrêté et j’ai trouvé cette structure : le premier volet qui est le début du roman que j’écrivais, et le deuxième volet qui est un peu de mon histoire, celle de l’écrivain, Charles, qui n’arrive pas à continuer son roman.
Ce deuxième volet est devenu le plus important car, avec cette crise de la fiction que nous traversons, je me demande si l’on peut faire autrement que de revenir vers le “je”, la subjectivité, l’auteur. J’ai d’ailleurs toujours écrit des documents légèrement fictionalisés, fabriqués. Je ne vois pas d’autre voie pour moi. Tous les épisodes sont à la fois vrais — le point de départ l’est —, mais poussés plus loin, fabriqués. A la fin, quand je suis dans la maison de jeu, la fiction revient dans la réalité. Le stylo magique que trouve le mannequin dans le premier volet, je le retrouve à la fin, comme si un objet de la fiction pénétrait dans la réalité. Et c’est ce stylo magique qui va enfin me permettre d’écrire le livre."

Andy Warhol, le passeur esthétique

“Pour le vide, l’Orient, quelque chose que j’aimerais avoir et que je n’ai pas assez, hélas. Ce qui m’intéresse dans cette galaxie new-yorkaise des années 1970 proche de Warhol, Rauschenberg, Cage, Cunningham, c’est qu’elle est teintée d’Orient. C’est une des aventures esthétiques les plus passionnantes. Malheureusement, je ne suis pas assez vide, mais dans le roman je me mets en scène ainsi : une personne vide, friable, dont la vulnérabilité et la demi-démence peuvent accueillir les fantômes. A la fin, je suis possédé par les fantômes, ce sont eux qui parlent à travers moi. C’est ce que je souhaitais : me laisser habiter par des choses extérieures... Et en même temps, je suis écrivain, celui qui tire les ficelles. Comme disait Charles Baudelaire, l’artiste doit être à la fois le magnétiseur et le médium. C’est ce qu’était Andy Warhol.”

Davé, le restaurateur de la rue Saint-Roch

“J’ai rencontré Davé au Privilège, le restaurant du Palace — sauf que je n’ai pas envie de parler du Palace, c’est devenu tellement galvaudé. Et puis je n’ai pas envie qu’on m’enferme à nouveau dans la nostalgie, comme on l’a fait au moment d’Ingrid Caven. Davé a une présence un peu fantômatique. Il est à la fois très oriental et à la pointe de l’actualité : tout le monde du spectacle — Saint Laurent, Kate Moss, Helmut Newton — passait dans son restaurant de la rue Saint-Roch (aujourd’hui rue Richelieu - ndlr). Tout cela était légèrement tamisé par une douceur orientale, sans que ce soit voulu. Encore une fois, l’Orient m’attire pour cette idée de vide, d’impersonnalité. Le restaurant de Davé, au fond, ça n’est rien, c’est neutre, la décoration n’a rien de personnel et la cuisine n’est pas exceptionnelle. Mais ce lieu a été traversé par tout le monde, comme une chambre d’hôtel.”

Jean-Pierre Rassam, le producteur flamboyant

“Il était déjà présent dans Ingrid Caven. Il revient ici comme un tentateur faustien, un Méphisto truculent. A l’époque dont je parle, les années 1970, il était vraiment le premier producteur français. Je me décris comme un poète qui vit de façon marginale à qui Rassam dit “Arrête tes conneries avec ta poésie Rose machin”. Il me conseille d’écrire un scénario pour gagner de l’argent, récupérer une fille qui m’avait quitté, acheter enfin des costumes en lin de chez Lanvin. Rassam me manque car j’ai besoin de ce genre de personnages flamboyants qui symbolisaient une forme d’excès et de démesure. Ce qui n’est pas moi. Je ne sais être ni vide ni flamboyant ! Pourquoi ce genre de personnages n’existe-t-il plus ? Globalisation, mondialisation, uniformisation, technologisation, politiquement correct, impérialisme de l’argent, conformisme.”

Raoul Ruiz, le cinéaste inspirant

“Un soir, Raoul Ruiz, qui dînait chez Davé avec John Malkovich, me propose de jouer dans un remake du film muet Les Mains d’Orlac. Sa phrase a déclenché quelque chose : que voyait-il de noir en moi pour me proposer ce rôle ? C’est le point de départ du roman.”

Jean Eustache, l’ami “nulliste”

“La bêtise naïve, vertigineuse, surtout chez certaines filles, le passionnait mais sans misogynie. Eustache me manque pour les mêmes raisons que Rassam. On aimait se taire ou dire absolument n’importe quoi, mais surtout rien d’intelligent ; on aimait rabaisser les choses, n’être jamais dans le sublime. Nous avions même décidé de créer un mouvement : le mouvement nulliste. C’était au moment de La Maman et la Putain et, sans doute légèrement éméché, il avait été raconter ça dans une interview à Cannes. La Maman et la Putain, son film le plus célèbre, est souvent désigné aujourd’hui comme un film générationnel et la chronique d’une époque — formules qu’il n’aurait sans doute pas aimées. Je n’apprécie pas son côté très expressif et ses scènes de pathos, je préfère La Rosière de Pessac, Le Cochon..., quand il est davantage du côté du documentaire. Je lui avais dit de mettre une plaque devant chez lui : Jean Eustache, cinéaste pour noces et banquets. Il aimait laisser les choses se faire, laisser tourner, juste enregistrer. C’est aussi ce que j’essaie de faire, j’aimerais avoir la part la plus restreinte d’intervention personnelle.”

Jim Jarmusch, le New-Yorkais oriental

“Je l’ai rencontré au milieu des années 1980. Jim est un New-Yorkais avec un côté très oriental — on en revient encore à l’Orient. Tous ses films ont une connotation orientale. Chez lui, il y a cette recherche du vide et, en même temps, le plus intéressant étant le métissage, il y a la marque très forte de New York — le son de la ville, que ce soit le punk ou le rap, etc. Jim aime les rituels. Quand il vient à Paris, il va souvent fleurir la tombe de Pascale Ogier, qui nous avait présentés. Il aime la magie, tout en étant très technique. Il a un rapport très fort à l’écriture. Et un Américain qui a lu Raymond Roussel, c’est rare. En sortant de chez Davé, je retourne sur le pont de Bir-Hakeim où nous avions été pour Libération et le fantôme apparaît : c’est en me servant de Jim que je fais apparaître Lafcadio.”

ZOOM : cliquer sur les images

Lafcadio, le personnage dadaïste

“C’est un personnage dans un livre de Gide, écrivain que pourtant je n’aime pas. Je viens de me taper Les Caves du Vatican, c’est d’une bêtise ! Mais au milieu, il y a Lafcadio, un bâtard apatride venu des Carpates. Rigaud et Breton aimaient ce personnage, qui m’a intéressé pour son côté dada, il joue tout aux dés, a un côté provocateur glacé, très Tristan Tzara, Francis Picabia. Il m’a fait penser à un dandy punk, à un Yves Adrien d’aujourd’hui, froidement désespéré. Mon livre est placé sous le signe du surréalisme pour le côté onirique, le goût du hasard. Et puis, mon narrateur se comporte comme dans les films surréalistes : ce côté égaré, halluciné, un peu comme Gaston Modot dans L’Age d’or. Avec Henri Troppmann, l’autre fantôme, qui est un personnage du Bleu du ciel de Georges Bataille, ils m’emmènent à la fin dans une maison de jeu. C’est grâce à la fiction et à la littérature que je trouve ma force : à la fin, je rafle la mise au jeu, je rafle la fille, et je vais me mettre à écrire. C’est en me laissant traverser par ces fantômes de papier que je parviens à écrire finalement ce livre. Entrée des fantômes, c’est le triomphe de la fiction.”

Nelly Kaprièlian, lesinrocks, 5-01-10.

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Jean-Jacques Schuhl, Entrée des fantômes

par Angie David

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Angie David
photo Kate Barry, 2006

Le lien de parenté avec le dernier livre de Philip Roth traduit en France tient au renversement du titre, Exit Ghost/Entrée des fantômes, et au thème de l’écrivain vieillissant. Roth exprime ce quotidien en termes crus, sans concession ; Schuhl s’extrait du réel et convoque les personnages de sa vie en littérature. La première partie se déroule comme un rêve où, comme par magie, un mannequin - figure fétiche de l’auteur, le modèle, la muse, l’actrice ou la chanteuse, la silhouette - est conviée à rejoindre l’autre monde, l’autre côté du miroir. Le pays des morts tel que le concevait les Égyptiens anciens sous l’égide d’un dieu immanent, Rê, le dieu-soleil. La culture pop de Jean-Jacques Schuhl évolue avec son temps, les couleurs du maquillage ont changé, les icônes également, le modèle aujourd’hui est Kate Moss et son « visage enfantin animal ». Quelques résurgences du passé sont intactes, les canons de beauté reviennent par bribes, le mannequin a des « cheveux blonds de film noir » et relève dans le même temps d’une culture contemporaine : elle se prénomme Marge, hommage de l’auteur aux Simpson. Dans un univers Rose Poussière décalé dans le temps, Schuhl travaille la phrase initiée avec Ingrid Caven, en se dévoilant de plus en plus et en expliquant sa méthode de travail. Entouré de ses fantômes, ressuscités sous forme de personnages de romans, Schuhl s’empare de l’instant présent.

La poésie, le luxe et le mystère se partagent l’espace mental (fait de représentations métaphoriques) de l’écrivain qui interroge avec humour sa propre fascination pour cet « obscur désir sans objet ». Il éprouve un désir certain pour le cinéma, les films et les cinéastes : Eustache, Fassbinder, Schroeder, Jarmusch, Bunuel et Raoul Ruiz en directeur de casting, un soir un peu ivre au restaurant, qui lui fait une proposition étrange : interpréter le docteur Gogol dans un remake des Mains d’Orlac. Un pianiste virtuose perd l’usage de ses mains et le docteur Gogol a l’idée folle et mégalomane — à la manière du docteur Frankenstein — de lui greffer les mains d’un autre. Cet autre était meurtrier et le pianiste perd le contrôle de ses mains qui ne cherchent qu’à tuer. Le monstre côtoie le fantôme dans une langue aux accents ésotériques, tendance fantastique que Schuhl associe à l’étude de la cabbale, formules en chiffres, codes secrets inaccessibles au novice ; l’écriture s’anime « comme un signe cabalistique accolé à une syllabe ésotérique ». Sa pensée errante de « juif ashkénaze » - pour la première fois, Schuhl reconnaît officiellement sa judéité - est celle d’un écrivain solitaire, ombre de la nuit aux apparitions mondaines furtives, plongé des heures entières dans la lecture de Proust dont le fantôme n’est jamais loin.

Angie David, La Revue littéraire, le mardi 8 décembre 2009.

la suite ici

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Schuhl, enfin

par Didier Jacob

Dix ans après avoir reçu le prix Goncourt, l’auteur culte d’« Ingrid Caven » sort du silence avec un court récit autobiographique dédié aux fantômes et aux apparitions.

C’était il y a quelques semaines, à la Fondation Cartier. Le cinéaste américain Jim Jarmusch donnait une masterclass sur l’art de la mise en scène. Au fond de la salle, lunettes noires et dégaine inimitable, Jean-Jacques Schuhl, venu écouter son « ami », était assis, royal, tandis que Jarmusch régalait d’anecdotes sur ses débuts dans le métier un parterre d’étudiants hypnotisés. Il y eut, parmi les extraits choisis, Godard, Rivette, Boorman. Dans le brouhaha final, Schuhl s’éclipsa aussi discrètement qu’il était apparu. Sortie d’un fantôme.

C’est donc la quatrième fois que ce prince des lettres à l’élégance incomparable publie, comme on jette une poignée de confettis dans l’air, sans qu’on sache cependant si la fête est finie ou si par ce geste l’écrivain lance la première valse, un livre où se mêlent, dans une sorte de danse qui correspond finalement à son déhanchement (Schuhl boite légèrement), aveux et pirouettes, exhibitionnisme et discrétion exemplaire, art du déshabillage et religion du secret. C’est que la personnalité de Schuhl déborde sa seule carrure d’écrivain.

C’est en 1972 que ce dandy des nuits parisiennes, amoureux de la beauté sous la forme des femmes, du style sous celle de l’écrit, publie chez Gallimard un très court récit marqué par les événements de Mai-68, « Rose poussière », qui restera comme l’un des diamants de la prose française des années 1970. Un autre livre suit, quatre ans plus tard (« Télex N° 1 »). Mais ce n’est que vingt-cinq ans après que Schuhl, avec son troisième livre, un portrait d’Ingrid Caven (Mme Schuhl à la ville), décroche le Goncourt. Patientez encore dix ans avant son nouveau, court récit autobiographique. Des silences qui ne surprendront pas ceux qui connaissent le personnage : hésitant longtemps, c’est le souci de la perfection, sur tel mot plutôt qu’un autre, Schuhl est un tourmenté dont la vie nocturne et la tendresse pour les mannequins n’est qu’un masque ajouté à tous ceux qu’il porte déjà et qui ont fini par se substituer, au fil des années, à son vrai visage.

Le fantôme, en tout cas, sait rire de ses capes et de ses cannes (il en avait une collection, dit-il, qu’un valet lui a dérobée naguère). Jamais Schuhl, dans ses livres, ne s’était montré si enjoué, mariant le grave et le frivole au fil d’anecdotes où l’on reconnaîtra, par ordre d’entrée en récit, le producteur Jean-Pierre Rassam (« Mazar »), le cinéaste Raoul Ruiz, qui lui propose d’interpréter le rôle d’un chirurgien dans l’un de ses prochains films et qui lui raconte avoir lu son premier livre au Chili, tout juste après la mort d’Allende, alors qu’il avait pris le maquis, mais aussi John Malkovich et Barbet Schroeder, Jim Jarmusch et Talleyrand, un restaurateur chinois et la mystérieuse Marge au petit revolver de nacre et au « visage enfantin animal » qui fait d’elle une icône de papier glacé — autre fantôme.

Personnage blindé dans le coffre-fort de ses existences multiples, voici que Schuhl offre enfin, avec ce nouvel opus, le trousseau de clés qui permet d’accéder au vrai Jean-Jacques. Mais les révélations que le livre apporte (lire encadré) ne sauraient éclipser sa beauté première et son style ouvert à tous les vents des modes du jour, jamais figé dans ce drame où s’abolissent quantité de talents. Pour avoir été cet oiseau de nuit qui tourbillonnait autour des plus belles femmes, Schuhl est bien l’éternel jeune homme qui, entre la littérature et la vie, a toujours préféré la vie - son autre Goncourt.

Didier Jacob, Le Nouvel Observateur du 7 janvier 2010.

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Schuhl par Schuhl


« Ingrid Caven » : « Une nuit, je me suis revu dans ce même bureau, à ce même fauteuil, les mêmes crayons, j’ai retrouvé des sensations précises, physiques. Je me revoyais en train d’écrire certains passages de mon roman « Ingrid Caven ». Pour mieux décrire un personnage, je me figurais moi-même faire ses gestes, parler comme lui. Tandis que j’écrivais, je m’effaçais, absorbé par mes modèles. Je revenais tout le temps à moi bien sûr, mais j’étais un peu parti ; je m’étais évadé de moi-même comme on se pare d’un masque dans les rituels et cérémonies nègres pour communiquer avec les esprits. »

Ecrire : « Longtemps, je ne me suis pas considéré comme un écrivain, d’abord parce que, après avoir publié deux minces livres sans substance, j’avais traversé une longue éclipse où je me contentais de prendre des notes sur un carnet. Et puis le mot même m’a toujours un peu gêné et, aujourd’hui encore, à « profession », écrivain ne vient pas à ma bouche ni sous ma plume, et je dis journaliste, ce que je suis encore moins, ou bien sans profession. C’est sans doute un respect devant le mot et ce qu’il a pu dans le passé signifier de prestigieux et à quoi je pensais ne pouvoir prétendre, mais aussi une attitude supérieure de dandy dilettante qui s’imagine préférable d’être plutôt que de faire et répugne à toute poubellication d’un écrit vain. »

Boiter : « Ma boiterie n’avait plus rien d’aristocratique, plus du tout Talleyrand ou lord Byron qui faisait la planche dans la lagune de Venise en soufflant négligemment des ronds de fumée de cigare vers le ciel ; moi, c’était seulement dans une petite piscine pleine de chlore et de feuilles mortes du côté de Varangeville... Le cartilage s’était dégradé, nécrosé, et adieu cet aspect de dandysme supérieur dégénéré. Deux millimètres de cartilage en moins et presque du jour au lendemain, dans une soudaine inversion, d’une fragilité distinguée j’étais passé du côté des boiteux méchants, comme Mabuse, voire Goebbels, et leur pied bot, un des signes du Mal. De la boiterie « à l’anglaise », j’étais passé à la boiterie allemande. »

Dandy : « Mon valet, juste avant de me donner son congé il y a quelques années, m’a volé une collection de cannes ainsi qu’une robe de chambre en lin noir jamais portée de chez Harrods et deux gilets sans manches, un grenat l’autre turquoise. Tout cela je ne le mettais plus, cet attirail suranné d’un dandy d’un autre siècle. Là n’est pas la question : je craignais, je crains toujours que ce valet indélicat ne m’apparaisse soudain une nuit au détour d’une rue, vêtu de mon gilet grenat un peu mité, une canne à pommeau vert à la main, double ironique et fatal, réactivant ce personnage anachronique, que j’ai depuis longtemps rejeté, dont j’affectais les manières dans les années 1960-1970 sans en avoir les moyens financiers et sans y mettre l’héroïsme nécessaire. »>

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L’entrain fantômes

Le retour de Jean-Jacques Schuhl en figurant clandestin

par Eric Loret

Jean-Jacques Schuhl écrit de la poudre. A la fois powder qui brûle la cervelle et aussi pulver, poussière, titre de son premier roman culte, en 1972 : Rose poussière. Un nom de rouge à lippe invisible, pétale envolé, brume, buée : rien qui pèse ou qui pose. Des romans blêmes au petit matin, exhumés de chez Castel puis du Man Ray - seules les années changent. On se tient droit malgré les substances, léger déhanché qui marque le transitoire et le fugitif. « Somptueux et fragile », est-il prescrit dans Rose poussière, ou : « démarche fêlée ».

Sarcasme. Le Schuhl vieillissant de ce troisième roman (après Ingrid Caven, Goncourt 2000) applique si bien le conseil qu’il est victime d’une double arthrose des hanches : « Le cartilage s’était nécrosé, et adieu cet aspect de dandysme supérieur dégénéré. » C’est donc sous le signe du sarcasme et du renversement (y compris du titre de Philip Roth Exit le fantôme) que le spectre fait son entrée. Le roman comprend d’abord une brève première partie (« le Mannequin »), récit d’espionnage dont l’héroïne est comme « la plaque hypersensible d’une pellicule TRI.X ultrarapide : tout l’impressionnait, elle reflétait le temps tout le temps ». Il y est question de textos qui s’écrivent « automatiquement sans personne », de lettres « exsangues » qui « demandaient à être incarnées sous peine de disparaître à jamais ». Méthode littéraire avouée peu de pages après : « J’y pense aujourd’hui : j’étais précurseur de la novlangue, les textos, messages internets, j’aurais dû faire breveter. » Le roman peine rapidement et s’interrompt en points de suspension, erre à décrire les fantômes au lieu de s’incarner en revenant. Il lui faut perdre encore quelque chose (un stylo, en l’occurrence) pour trouver la bonne vitesse d’effacement.

Ce sont deux cinéastes qui vont seconder Schuhl dans sa hantise. La seconde partie s’intitule « la Nuit des fantômes ». Raúl Ruiz vient trouver le narrateur à la table d’un restaurant pluvieux et lui dit simplement : « Je te propose de jouer le rôle du chirurgien dans les Mains d’Orlac ! » Puis Bertrand Bonello lui confie un jeu de cartes inventé par Brian Eno, ensemble d’injonctions à assembler selon l’inconscient du moment : « Le soir j’en avais tiré quatre : la première était blanche, sur les autres était écrit : LISTEN TO THE QUIET VOICE, DO NOTHING AS LONG AS YOU CAN et GHOST ECHOES. Ne rien faire aussi longtemps que je pouvais ? La directive tombait mal. Avec moi, ça pouvait durer longtemps. » La proposition de Ruiz le séduit pourtant. Schuhl se voit un peu en Dr Frankenstein (« J’incise dans le corps du texte, coupe et raccorde les articulations, c’est un état d’esprit : la citation est une transfusion, les collages des greffes, le papier une peau ») et beaucoup en acteur : « Pour mieux décrire un personnage, je me figurais moi-même faire ses gestes, parler comme lui. Tandis que j’écrivais, je m’effaçais, absorbé par mes modèles. » Le cinéma lui monte à la tête, au point que sa compagne Ingrid Caven, fatiguée de ses prétentions de « starlette », finit par le vouer, dans une scène hilarante, aux gémonies de « Man ?uvre et Manoukian, "Nouvelle Star", ça s’appelle... Ce sera peut-être toi la nouvelle star. »

Tectonique. On est donc sur scène, sur un plateau de tournage et chez Hamlet. Schuhl joue de son image, masturbe l’obsession récurrente d’« une interview reportage que j’avais faite de Jim Jarmusch » pour Libération, où il était « photographié avec lui sur le pont de Bir-Hakeim désert, comme des fugitifs ». Passager clandestin de lui-même, il meurt et revit dans la tectonique de ses masques. Le credo baudelairo-délavé de Rose poussière reparaît : « La pharmacie anglaise des Champs-Elysées est ouverte la nuit. Elle possède deux rayons distincts et un seul long comptoir : rayon de la maladie, rayon de la beauté. Côte à côte on patiente pour retarder la mort ou se maquiller le visage. » Mais, contrairement à ce que croyait l’auteur de 20 ans, la mode n’a plus ici rien de tragique ni d’excentré. Entrée des fantômes rappelle au contraire le conservatisme obligé des baumes (la mode est toujours déjà vintage) : « Et, pareil que l’autre fois, c’était à nouveau les quelques marches puis la lourde et haute porte de bois noir vernissé où miroitent des ombres et tout de suite le long corridor sombre et étroit bordé de mur en miroirs ternis et en arrivant dans le hall, surprise ! comme il y a un an à la même heure, Nancy Sinatra, Bang Bang, le son stéréo cristallin... dans l’hôtel Costes désert, comme si l’air était passé en boucle sans arrêt depuis ou que le temps s’était arrêté. »

Eric Loret, Libération du 7-01-10.

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Lire aussi la critique de Frédéric Fernez : Jean-Jacques Schuhl : un vampire s’en va au bal

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Jean-Jacques Schuhl : "Une espèce d’histoire, et un peu de mon histoire"

entretien avec Josyane Savigneau

Qu’allait donc pouvoir écrire Jean-Jacques Schuhl après Ingrid Caven, ce roman enchanteur qui a obtenu un Goncourt inattendu en 2000, année symbolique ? Il avait laissé passer près de trente ans, après Rose poussière et Télex n° 1, pour publier de nouveau, et il lui devenait difficile de prendre le même chemin — il est né en 1941. Heureusement, dix ans ont suffi pour qu’on découvre cet étonnant Entrée des fantômes, deux histoires aux liens subtils, "Le mannequin" et "La nuit des fantômes". "Deux volets plutôt, dit Schuhl, le premier est une espèce d’histoire et le second un peu de mon histoire."

Cette "espèce d’histoire" est ce qui reste d’un roman imaginé avant Ingrid Caven, un récit de science-fiction, très noir, "à la Blade Runner", avec une atmosphère comme on les aime chez David Lynch. "L’un des personnages était un peu mon double, explique Schuhl. Je me faisais une simulation d’identification à la Warhol. Très vite, je me suis aperçu que j’écrivais faux, que mon "il" était en fait un "je", que je n’étais pas fait pour ce type de narration, pour ce genre de fiction, et j’ai abandonné."
De ce livre délaissé demeurent une trentaine de pages, qui sont comme une ouverture, au sens musical du terme, à Entrée des fantômes. Un texte étrange, "sans vraiment de début, mais avec une vraie fin", marqué par la fascination de Schuhl pour la figure du mannequin. "Pas au sens de top model, comme on l’entend aujourd’hui. Mais quelque chose de vide. Ce peut être une marionnette, un acteur de théâtre japonais, une danseuse balinaise, tout ce qui représente une certaine grâce, sans psychologie, sans pathos." C’est seulement en lisant le second volet du roman que l’on comprend vraiment le premier, embryon du livre que ne parvient pas à écrire le narrateur, Charles — double de Schuhl qui apparaissait aussi dans Ingrid Caven.
Ce que Jean-Jacques Schuhl désigne comme "un peu de mon histoire" est un magnifique autoportrait décalé, sans complaisance, avec ce qu’il faut d’autodérision, un livre de Mémoires fait d’éclats de mémoire, où il déploie son art des dialogues, son sens du burlesque — "mais pas de l’humour, qui est pour moi la face souriante du nihilisme" — et son plaisir à jouer sur le réel et la fiction, en faisant bouger les frontières — il est recommandé de faire bien attention à un stylo très particulier, que l’on retrouve d’une histoire à l’autre.

Tout commence par une rencontre, qui a réellement eu lieu, avec le metteur en scène Raoul Ruiz. Un soir, dans un restaurant chinois — lieu important dans ce roman —, il propose à Charles de jouer le rôle du chirurgien dans un remake du film fantastique Les Mains d’Orlac (une adaptation d’un roman de 1921 de Maurice Renard), où un chirurgien greffe à un pianiste victime d’un accident les mains d’un assassin qu’on vient de guillotiner. Ce film ne s’est pas fait, mais, écrit Schuhl, "je remercie ce montreur d’ombres à la lanterne magique d’avoir prononcé, sur un ton d’évidence désinvolte, cette drôle de phrase, car elle m’a été le déclencheur d’interrogations et de divagations sur certains aspects de moi-même. Il arrive que quelques mots semblant une blague frivole aient, par la suite, des répercussions inattendues".
Il était assez ironique de proposer un rôle de chirurgien à un homme qui depuis des années refuse de se faire opérer de la hanche, préférant continuer de boiter. Il accepte cependant quelques rendez-vous médicaux, qui sont un morceau de bravoure et de drôlerie. Ses radiographies lui évoquent un tableau de Francis Bacon, un peu effrayant. Après avoir confié à un premier médecin son refus de l’anesthésie par peur de ne pas se réveiller, ("c’est irrationnel"), il rend visite à un ostéopathe qui croit bon de lui dire qu’il écrirait mieux avec "un corps en bon état", ce qui suffit à le convaincre du contraire. "Et je me suis retrouvé dans la rue, je me suis éloigné lentement, mon Bacon à la main, j’ai avancé vers le fleuve, c’était déjà la nuit, je marchais très mal, de travers. Lorsque j’étais triste de ma boiterie, je songeais à des boiteux célèbres. On se sent moins seul comme ça. Je m’étais fait ma petite liste : Ignace de Loyola, lord Byron... Y figurait aussi mon voisin, son excellence l’ambassadeur, ministre des affaires étrangères, amateur de belles femmes, le lord Profumo de l’époque, le duc de Talleyrand." Suit un surprenant portrait de ce "grand séducteur plein d’esprit". Et on apprendra plus tard que Charles voudrait jouer Richard III, de Shakespeare, juste un soir, dans un petit théâtre parisien, sans doute pour pouvoir boiter en scène...

Il faut se laisser porter par le rêve, par le jeu, déambuler avec Jean-Jacques Schuhl et son double, "dans une atmosphère hypnotique, peut-être liée à la noirceur de la période pendant laquelle j’écrivais, un moment de dépression. En outre je ne suis pas fait pour la narration, pour camper des personnages, ficeler une histoire. Ce n’est pas cela qui m’intéresse. Je n’aime pas les histoires, j’aime l’alchimie de l’écriture. Et les détails, les objets, les lieux". Avec lui, on va et vient, de Paris à Rome, de Cannes à New York, dans un monde perdu, les années 1970 et la fin du XXe siècle. Les amoureux de New York s’enchanteront de boire un margarita dans un bar lui aussi disparu, le One/5, sur la Ve Avenue.
On croise en effet beaucoup de fantômes, dont le producteur Jean-Pierre Rassam — sous le nom de Mazar —, le cinéaste Jean Eustache, mais aussi des fantômes littéraires, dont Lafcadio, "dandy froid, désespéré, qui vient comme un cheveu sur la soupe, dans cet abominable Caves du Vatican, de Gide, que j’avais pourtant aimé dans ma jeunesse, et que j’ai relu ad nauseam. Il joue tout sur un coup de dés, et il est beaucoup question de hasard et de jeu dans Entrée des fantômes. Et puis les fantômes surgissent partout en littérature. J’en ai rencontré un récemment, que je n’avais pas vu, en relisant Proust. Dans Albertine disparue, le narrateur est à Venise, avec sa mère. Soudain, il aperçoit Mme de Villeparisis. Or, elle est morte près de 250 pages plus tôt. Un fantôme..."

Mais pourquoi ce titre, Entrée des fantômes ? Serait-ce pour répondre au Philip Roth d’Exit le fantôme, où l’on évoque aussi un monde évanoui ? "Non, j’ai plutôt pensé à un texte de Breton, Entrée des médiums. Le surréalisme était très présent en moi quand j’écrivais ce livre. S’il y a un hommage à Philip Roth, il est dans ma pratique du sampling. Pourquoi dire sampling, échantillonnage, et pas collage, ou citation ? La citation doit être désignée, sourcée, le collage se voit. Moi j’aime voler, introduire en secret des phrases, des passages que je prends à d’autres auteurs, et que l’on ne voit pas, ou difficilement. Parfois, j’associe deux phrases, de deux auteurs différents, et j’intercale seulement, au milieu, quelques mots de moi. Ce geste me plaît. Ici, j’ai dérobé un paragraphe d’Opération Shylock, un de mes romans préférés de Roth (bien lire un moment où il est question de Richard III), mais il y a quelques autres emprunts, à Borges et à Rimbaud notamment. Flaubert aurait aimé faire un livre entier ainsi, c’est aussi mon cas. Construire un texte qui soit, comme la créature de Frankenstein,entièrement constitué de propos pris à d’autres."
Du sampling, de l’amour du hasard, de l’aléatoire, de la mémoire fragmentée, de la passion revendiquée par Jean-Jacques Schuhl du "mélange des genres, du tragique et du comique, du burlesque et du drame", il ne faudrait pas déduire que ce roman n’est pas composé avec une extrême rigueur. Le hasard est un hasard très programmé, jusque dans la maison de jeu, où, précise Schuhl, Charles, "ayant accepté une sorte de vacuité, rafle tout. Et va sans doute se remettre à écrire".
"J’aime la variété, conclut Jean-Jacques Schuhl, mais je détesterais tomber dans une sorte de pot-pourri poétique." Et il cite Baudelaire, pour qui "l’imagination est la reine des facultés", "une faculté quasi divine qui perçoit les rapports intimes et secrets des choses, les correspondances et les analogies". "Ce n’est pas ce qu’on entend trop souvent par imagination, avec ce que cela peut porter de flou ou de vague, commente-t-il. Il me faut un fil, autour duquel se construit le livre. Et tous les éléments, finalement, sont reliés à ce fil, et par là même reliés entre eux." D’où ce roman magique, qui se veut pour "happy fous", pour tous ceux qui aiment lire pour rêver, pour rire, pour comprendre "quelques moments de grâce du XXe siècle".

Josyane Savigneau, Le Monde du 15.01.10.

Voir aussi l’interview menée par Denis Michelis sur Arte

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Archives

Supplément Littéraire 2006

Le samedi 30 décembre 2006, sur Canal +, Frédéric Beigbeder présentait une émission spéciale appelée "Supplément Littéraire 2006" avec l’écrivain Jean-Jacques Schuhl en invité pour commenter l’année littéraire 2006 (27’13).

Sollers, Une vie divine
Angie David, Dominique Aury
Christine Angot, Rendez-vous
Frédéric Berthet, Journal de Trêves
Jean Echenoz, Ravel
Jonathan Litell, Les Bienveillantes (Antoine Gallimard)
Retour sur Ingrid Caven (Goncourt 2000)
Orhan Pamuk, Prix Nobel 2006
Kafka, Raymond Roussel, Céline, Proust : " le romancier est quelqu’un d’incorrect "
Russel Banks, American darling
" Le roman est indispensable, mais on ne sait pas à quoi "
Philip Roth, de l’écrit à l’ordinateur.

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3 Messages

  • A.G. | 8 février 2012 - 16:49 1

    Laure Adler reçoit Jean-Jacques Schuhl, écrivain (FC, 1e 7 février 2012, 43’19).


    Pour démarrer l’écoute, cliquez sur la flèche verte

    crédit : Hors-champs.


  • brunochauvierre | 14 février 2010 - 21:58 2

    Imaginez un peu qu’un fantôme vous adresse des SMS !!!?

    ça se produit dès les premières pages. Et puis on voit le narrateur dîner seul un soir d’hiver, dans un décor déjanté. C’est foutraque. Un cinéaste lui propose de jouer le rôle du chirurgien, dans Les Mains d’Orlac, vieux film culte des années folles. Très morbid chic. Fascination à l’idée d’incarner une créature du mal. Rôle en phase avec le roman noir autour duquel ses pulsions de mort cristallisent son énergie à écrire.

    Effet de morphing continuel, « ce procédé électronique par computer utilisé dans les nouvelles images pour transformer quelqu’un en un autre sous nos yeux. .. d’un fantôme l’autre... »

    Après L’hyper Justine » de Simon Libérati, le genre morbid chic prend de l’ampleur avec ce livre déconstruit et moderne. Personnage au look aristocrate voyou, paroles d’une chanson électro-pop d’Etienne Daho, fredonnées devant l’aquarium d’un petit chinois lettré. Le décor est planté.

    Alors pour se sortir de sa gadoue mentale, le narrateur s’imagine acteur pour mieux s’identifier à des personnages, se lance dans le théâtre, comme dans l’écriture d’un roman « sans savoir du tout pourquoi . » les mots raisonnent dans sa tête « comme quand on est très enrhumé »

    Identification constante à tout personnage rencontré. Alors Schuhl s’interroge : « Mais fantôme, fantasme, projection, émanation, qu’est ce que ça changeait ? » Toute situation est transfigurée avec le support de dialogues internes. Le narrateur se parle beaucoup à lui-même, à son alter-ego, au petit autre qu’il porte en lui. Thème constant du double de soi-même car « la créature est une projection ou un double »

    Le livre est plein de ces projections enrichies d’une vie sensorielle époustouflante. Ainsi avec la margarita « un tiers téquila un tiers cointreau... et le twist de citron vert, la fine écorce en hélice vient effleurer à nouveau ma lèvre... Au One Fifth on nous le servait en petit carafon évasés, le verre préparé, bien glacé, avec, la blancheur du givre autour, sur les vitres embuées » (p. 69)

    Comme le coktail, le livre allume vite et rend léger... comme un fantôme !


  • V.K. | 31 janvier 2010 - 04:54 3

    Jean-Jacques Schulhl à La Grande Librairie du 21/01/2010, interviewé par François Busnel sur son livre Entrée des fantômes, en compagnie de Marie Darrieussecq et Philippe Sollers.

    Extraits (enchaînés) :
    1. L’intro
    2. L’aveu de Jean-Jacques Schuhl...
    3. Le livre