vous etes ici : Accueil » THEMATIQUES » Sollers et l’écriture » Jean-Luc Godard & Anne Wiazemsky
  • > Sollers et l’écriture
Jean-Luc Godard & Anne Wiazemsky

Prix Duménil 2012, Cannes 2017

D 24 mai 2017     A par Viktor Kirtov - C 4 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Initialement publié le 16 juin 2012. Ajout de la section Cannes 2017 le 24/05/2017.

Deux lauréats pour le Prix Duménil 2012, remis le 14 juin à l’hôtel Montalembert, à Paris.

Cette année le jury composé de l’écrivain et journaliste Eric Neuhoff, du cinéaste Pascal Thomas,des écrivains Stéphane Denis et Marc Lambron, a élu deux gagnants : Philippe Sollers pour « L’Eclaircie », que Lambron décrit comme un « bonheur ponctué », et Anne Wiazemsky pour « Une année studieuse ». Deux romans, publiés en janvier dernier chez Gallimard, qui plongent le lecteur dans la mémoire et l’intimité des deux auteurs.

27/04/2015 : Ajout de la section « Godard, Anne Wiazemsky : Un an après »
03/06/2015 : Ajout de la section « Merci de me comparer à une grenade / Entretien avec Anne Wiazemsky »

JPEG - 32.6 ko

Ce Prix créé en 2007 par l’homme d’affaires Alain Duménil [1] est accessoirement l’un des mieux dotés parmi les récompenses littéraires, puisqu’il s’agit, rien moins que d’une récompense de 60.000 Euros.
Seule ombre au tableau, les deux auteurs ont dû se partager la somme attribuée, et sont donc repartis chacun avec 30.000 euros. Ils n’ont plus qu’à méditer Sénèque, pour qui « un bien n’est agréable que si on le partage ».

Les lauréats du Prix Duménil

Le prix couronne chaque année le livre d’un auteur de langue française - roman, récit, biographie, essai ou document - paru entre le 1er janvier et le 31 mai 2012. Les deux nouveaux lauréats seront en bonne compagnie :

- 2011 Patrick Besson Come Baby (Mille et Une Nuits)
- 2010 Franz-Olivier Giesbert Un très grand amour (Gallimard)
- 2009 Charles Dantzig Encyclopédie capricieuse du tout et du rien (Grasset)
- 2008 Jérôme Garcin Son excellence, monsieur mon ami (Gallimard)
- 2007 Emmanuel Carrère Un roman russe (POL)

Crédit : BibliObs, Evene, Prix littéraires

Une année studieuse

Entretien

Entretien sur le livre avec Bernard Lehut, RTL, le 03/01/2012

*

Extrait

« Cet homme qui m’aimait et que j’aimais... »

Un jour de juin 1966, j’écrivis une courte lettre à Jean-Luc Godard adressée aux « Cahiers du cinéma », 5, rue Clément-Marot, Paris-8e. Je lui disais avoir beaucoup aimé son dernier film, « Masculin Féminin ». Je lui disais encore que j’aimais l’homme qui était derrière, que je l’aimais, lui. J’avais agi sans réaliser la portée de certains mots, après une conversation avec Ghislain Cloquet, rencontré lors du tournage d’« Au hasard Balthazar » de Robert Bresson. [...]

Lentement Jean-Luc m’attira vers le lit en retirant mes vêtements, les siens. Il me guidait avec une infinie délicatesse, attentif au moindre de mes tressaillements, anticipant un baiser, une caresse. Ses mains sur ma peau me procuraient des ondes de plaisir qui me bouleversaient. Comme me bouleversa sa façon de me faire l’amour. Je sus tout de suite y répondre : nos corps s’étaient immédiatement accordés, « trouvés », comme il me le dira plus tard. Je réalisais que je venais de faire vraiment l’amour pour la première fois de ma vie, que j’aimais ça. Un monde de plaisir s’ouvrait devant moi, grâce à cet homme qui m’aimait et que j’aimais. La gratitude, l’envie de l’embrasser, de mieux connaître son corps, de tout lui donner du mien, tout cela m’étourdissait. [...]

lire la suite

L’Éclaircie sur pileface

Extrait en avant-première
L’Eclaircie (I) : Premier dossier
L’Eclaircie (II) : L’hymne à Manet & Extraits
L’Eclaircie (III) : Analyse lexicographique
L’Eclaircie (IV) : Aux Bernardins
L’Éclaircie (V) : Le regard des dieux grecs
L’Eclaircie (VI) : Invraisemblable Góngora
Picasso et Matisse dans L’Éclaircie

L’Eclaircie, de Philippe Sollers, c’est aussi un film (signé Sophie Zhang et G. K. Galabov, projeté, la semaine dernière, dans le grand auditorium de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière et que l’on trouve, en attendant mieux, sur le site Internet de l’auteur de Femmes). Haydn y dialogue avec Manet. Une demoiselle d’Avignon " ravissante " danse sur un concerto pour luth de Vivaldi. Les femmes de Manet croisent celles de Picasso. Conchita, la petite soeur, morte à 8 ans, ressuscite à la mine de plomb. Et les premiers autoportraits du peintre... Et Lautréamont en lever de rideau... Et le regard obsédant de Rimbaud, contrebandier de la musique, qui nous poursuit jusqu’à la dernière image... Une phrase, parce qu’elle dit l’héroïsme solitaire de Picasso et parce qu’elle fait, aussi, écho à un autre film, " La dialectique peut-elle casser des briques ", tourné par le prochinois René Viénet au début des années 70, pourrait servir d’exergue au film : " Les murs les plus forts s’ouvrent à mon passage. "


Bernard-Henri Lévy

(extrait de sa chronique dans Le Point 16/06/2012

Le film

<embed flashvars="image=http://www.pilefacebis.com/sollers/IMG/jpg/preview_leclaircie_galabov.jpg&file=http://www.pilefacebis.com/media/video/leclaircie_galabov_zhang.flv" allowfullscreen="true" allowscripaccess="always" id="player1" name="player1" src="http://www.pilefacebis.com/jwplayer/player.swf" width="640" height="390" />

Nota : Ce film avait, initialement, été présenté lors de La Conférence de Philippe Sollers au Collège des Bernardins, le 23 janvier 2012.

Crédit : http://www.philippesollers.net

Godard, Mauriac et moi

Le Nouvel Observateur
22-12-2011

Un an après avoir tourné avec Robert Bresson, Anne Wiazemsky, alors âgée de 19 ans, rencontre Jean-Luc Godard, qui l’épouse et la fait jouer dans « la Chinoise ». Elle raconte cette année folle dans un roman-souvenir.


Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky au Festival d’Avignon en 1967
© Heritage Images-Leemage - ZOOM... : Cliquez l’image.

Voici les souvenirs insolents d’une jeune fille pas rangée. En 1966, elle avait 19 ans et, malgré ses airs timides et son profil de madone rousse, n’avait pas froid aux yeux. Il est vrai que, dans son sang, bouillonnait du sang russe. Fille du prince Yvan Wiazemsky, disparu quatre ans plus tôt, Anne était aussi la petite-fille de François Mauriac, chez qui elle habitait avec sa mère, Claire, et son frère, Pierre (le futur Wiaz, bien connu de nos lecteurs). En somme, le grand écrivain catholique abritait sous son toit une petite boyard guère orthodoxe.

Dès l’année précédente, l’élève de l’école Sainte-Marie avait commencé à ruer dans les brancards. En compagnie d’un âne, elle avait en effet accepté de tenir le premier rôle dans le film de Robert Bresson « Au hasard Balthazar », prouvant ainsi qu’elle pouvait, en même temps, gagner le cinéma et perdre sa virginité. A son grand-père Mauriac, elle avait alors emprunté une phrase qui deviendrait sa devise : « Le bonheur, c’est d’être cerné de mille désirs, d’entendre autour de soi craquer les branches. »

Et le désir prit le visage de Jean-Luc Godard. Au cinéaste de « Pierrot le Fou » et du « Mépris », qui était passé en coup de vent sur le tournage du Bresson, elle écrivit une lettre pour lui dire qu’elle l’aimait. Il lui répondit en accourant sur son lieu de vacances, dans le Midi, et en se jetant dans les bras de celle qu’il appela son « animal-fleur ».

Seulement voilà, tout s’opposait à leur union. Anne était mineure (la majorité était encore à 21 ans), préparait son bachot, était cornaquée par une mère très suspicieuse, et vivait sous l’autorité morale de François Mauriac. Quant à son amant, il avait tout pour déplaire à une famille bourgeoise et célèbre : il était de dix-sept ans son aîné, venait de divorcer d’Anna Karina, en piquait pour Marina Vlady, avait la particularité d’être un protestant suisse d’obédience maoïste et réalisait des films peu académiques.

Evidemment, plus les convenances plaidaient contre lui, et plus Anne était attirée par lui. « Une année studieuse » (plutôt les vacances de l’esprit, du coeur et du corps) est l’histoire du combat mené par une jeune fille pour exhausser cette folle passion et même l’officialiser - leur mariage fut célébré clandestinement, le 21 juillet 1967, au pays de Vaud.

Dans ce tourbillonnant roman d’amour et d’éducation, Anne Wiazemsky dresse un portrait inédit de Godard en trentenaire sentimental, sensuel, possessif, hypersensible, gauche, prompt à sangloter, fan de Louis de Funès, mais aussi crâneur, colérique et ambitieux. On voit également la petite-fille de l’auteur de « Thérèse Desqueyroux » réviser la philo du bac au bois de Boulogne avec Francis Jeanson ; entrer à la fac de Nanterre pour y rencontrer Daniel Cohn-Bendit, qui en appelle à la « solidarité des rouquins » ; dîner avec Trufaut, Cournot, Rivette, Sollers, Bertolucci ou Jeanne Moreau ; skier aux côtés d’Antoine Gallimard, dont Godard juge le tracé des skis aussi harmonieux que le graphisme de la NRF ; tourner « la Chinoise » dans l’appartement qu’elle partage avec son mari ; partir enfin pour le Festival d’Avignon, où ce film, que Jean Vilar persiste à appeler « la Tonkinoise », et qui annonce Mai-68, est projeté dans la Cour d’Honneur.

Bande annonce de La Chinoise (1967)


Jean-Pierre Léaud et Anne Wiazemsky dans La Chinoise
« Je ne t’aime plus Guillaume »

ZOOM... : Cliquez l’image.

La Chinoise de Godard : voir aussi ici.

Tout cela mené au rythme trépidant d’une jeunesse qui voudrait dévorer le monde, voir tous les films, lire tous les livres, épouser toutes les idées neuves, et n’est jamais rassasiée. Car l’auteur de « Jeune Fille », dont la mémoire est prodigieuse, n’a pas son pareil pour se glisser avec naturel dans sa peau d’adolescente, rendre électrique le temps éteint, reconstituer des dialogues effacés, coloriser une époque en noir et blanc. C’est bien simple, on dirait, insouciant et soucieux à la fois, une oeuvre de la Nouvelle Vague.

J. G.

Une année studieuse, par Anne Wiazemsky,
Gallimard, 2012
272 p., 18 euros.

En librairie le 5 janvier.

Anne Wiazemsky et Godard, Un an après

par Dominique Cozette
titré « Le mai 68 d’Anne W. », sur le blog de l’auteure.

Après Une année studieuse où elle raconte la cour que lui fit Godard, leur improbable vie maritale pleine de cocasserie, Anne Wiazemsky nous livre ici la suite de l’aventure qu’elle intitule sobrement Un an après. Cette année tombe … en 68. Elle demande à Jean-Luc de quitter la proximité d’avec Beauvau, trop de flics et ils se retrouvent en plein quartier latin bouclé par les cars de CRS et les lanceurs de pavés.

Cette fille, qui a 20 ans, est très peu concernée par la révolte estudiantine et les conflits socio-politiques. Les conférences Mao où l’entraîne son époux la barbent, elle préfère sillonner le quartier en patins à roulettes (il n’y a plus de transports) avec une copine. Leurs fidèles amis sont un couple de stylistes qui ont créé la marque VdeV et Cournot. Mais Godard se radicalise, supporte de moins en moins certaines contraintes, s’enfuit de ses tournages en laissant son équipe se dépatouiller. Veut arrêter le cinéma en découvrant Garrel.
C’est un monomaniaque qui va toujours aux mêmes endroits, mêmes restos souvent pourris et, à Londres où il filme les Stones, ne veut même pas savoir ce qu’il y a dans la rue d’à côté. Il n’aime pas les distractions, les dîners avec d’autres que ses proches, les sorties. Seules les discussions avec de jeunes contestataires qui envahissent leur appartement le passionnent. Pendant ce temps, Anne ne veut pas se laisser enfermer dans l’ennui. Alors elle fait l’actrice à Rome, principalement. Jean-Luc en crève de jalousie. La fin s’annonce…
Ce qui est drôle — outre le fait que je me retrouve pas mal dans cette histoire — c’est qu’Anne W. se présente comme une nana peu mature, pas politisée, naïve, qui aimerait bien s’amuser plus mais que son mari, de 17 ans plus âgé et qu’elle aime, n’a aucune envie de ce qui peut faire plaisir à une jolie jeune fille à peine sortie de l’adolescence, un peu bourge certes et plutôt innocente sur l’attraction qu’elle exerce sur les hommes.
C’est charmant, c’est rafraîchissant, c’est plein de petits détails amusants sur l’époque, sur le cinéma, sur mai 68. C’est distrayant.

Un an après d’Anne Wiazemsky chez Gallimard, 2015. 202 pages.


Crédit :
Blog de Dominique Cozette
Site Internet

Jean-Luc Godard - Tout est vrai (ou presque) - ARTE

Présentation humoristique de la carrière de Jean-Luc Godard :

Des jolies filles, un vilain garçon, la caméra, la nouvelle vague, Jean-Luc Godard.
________________________________________

La série qui raconte les grandes personnalités avec des petits objets.
Réalisée par UDNER
Créée par Udner, Vincent Brunner et Chryde
Produite par La Blogothèque

Tout est vrai (ou presque) sur Facebook https://www.facebook.com/ToutEstVraiO...
Suivre ARTE sur Twitter http://www.twitter.com/artefr

par FABIEN RIBERY

Entretien le mardi 17 mars 2015 avec la romancière Anne Wiazemsky, invitée par la librairie Dialogues de Brest à présenter son dernier livre, Un an après, éditions Gallimard, 202 pages.

Fabien Ribery : Je dois tout d’abord vous avouer que je suis très impressionné de vous rencontrer, parce que vous avez accompagné ma cinéphilie débutante lorsque j’étais adolescent et jeune homme, en tant qu’actrice chez Robert Bresson, Jean-Luc Godard ou Pier Paolo Pasolini. Pour reprendre un questionnement présent dans votre livre de 2007, Jeune fille, récit de votre tournage de Au Hasard Balthazar sous la direction de Robert Bresson, avez-vous le sentiment d’avoir un destin ?

Anne Wiazemsky : Non, parce que je ne pourrai vraiment me poser cette question que sur mon lit de mort, c’est trop tôt pour le dire.

F.R. : En relisant vos quatre derniers livres, qui constituent une sorte d’autobiographie romanesque, j’ai pensé au personnage d’Antoine Doinel joué par Jean-Pierre Léaud, apparaissant dans plusieurs films de François Truffaut. Si j’osais, je dirais que votre inspiration d’écrivain est d’essence truffaldienne. Qu’en pensez-vous ?

A.W. : On ne me l’a jamais dit, mais alors là, tout de suite, j’adore cela. Cette réflexion me plaît beaucoup. Si vous m’y autorisez, je la réemploierai éventuellement. J’aime énormément François Truffaut, Antoine Doinel, Jean-Pierre Léaud. Il est vrai que dans mes livres j’ai toujours suivi les préceptes de François Truffaut. Il déclare dans une interview pour LaNuit américaine qu’il ne dit pas toute la vérité mais qu’il dit les choses vraies. Cette réflexion m’a beaucoup aidée en tant que romancière.

F.R. : Vous participez d’une époque, les années soixante, où tout paraît possible pour la jeunesse, ce dont vos livres témoignent avec joie, élégance. Des visages et des corps éclatent de présence, de lumière. Je pense aux images que vous avez prises de Valérie Lagrange, Juliet Berto, Jean-Pierre Léaud justement, et publiées dans le livre Photographies en 2012.

A.W. : J’ai essayé par l’écriture de rendre compte du vécu d’êtres rencontrant des expériences fondamentales, et d’abord celles de mon propre personnage. Cette période-là, il me semble, était beaucoup plus curieuse du monde, éclatée, ouverte, que ne l’est celle d’aujourd’hui. Pour les jeunes gens que nous étions, le futur ne paraissait pas semé d’angoisses. Nous nous battions pour des causes, qui aujourd’hui me semblent en régression.

F.R. : Quand on vous suit, et qu’on aime le personnage que vous avez créé, la fin de votre dernier livre, Un an après, consacré au couple que vous formiez avec Jean-Luc Godard aux prises avec la belle effervescence de Mai 68, est très brutale, puisque vous expliquez qu’il n’y aura pas d’autre chapitre, que votre place de témoin privilégié de l’époque s’arrête là.

A.W. : Sur l’histoire entre Jean-Luc et moi, oui, ce qui ne veut pas dire que je ne revienne pas sur l’époque à partir d’autres points.

F.R. : Je pense au très beau livre d’Yvonne Baby, A l’encre bleu nuit, qui est composé d’une mosaïque de portraits des gens admirables qu’elle a connus. Peut-être pourrait-il constituer pour vous une source d’inspiration pour un prochain livre qui serait certainement passionnant, puisque vous avez côtoyé toute votre vie de grands artistes.

A.W. : Vous citez Yvonne Baby, que j’admire beaucoup, ce qui me fait très plaisir. Je suis d’accord avec vous. Je ne voudrais pas m’aventurer trop loin, mais Yvonne Baby me semble une très bonne voie à suivre.

F.R. : Certains noms vous rassemblent, comme celui de Michel Cournot, critique de théâtre et de cinéma au Monde, et que vous avez rencontré très jeune. Avez-vous continué à fréquenter le philosophe Francis Jeanson – il vous a aidé à préparer le bac philo, ce qui donne lieu à des scènes révélant sa grande disponibilité et son amitié – après la rupture avec Jean-Luc Godard ?

A.W. : Oui, mais pas assez, dans la mesure où, comme toujours, il arrive que les personnes que nous aimons partent trop vite.

F.R. : En écrivant vos livres d’inspiration autobiographique, vous situez-vous volontairement dans la lignée d’autres écrivains, qui pour vous seraient des modèles ?

A.W. : Le terme « modèle » est trop écrasant, mais j’ai des livres frères ou sœurs, par exemple Yan Karski, de Yannick Haenel, Just Kids de Patti Smith, Matthieu Lindon, les livres d’Yvonne Baby, que vous avez justement mentionnée, pour vous citer des contemporains que j’aime énormément. Et je n’ose pas parler de Modiano depuis qu’il a reçu le prix Nobel.

F.R. : Vous êtes une très grande lectrice. Dans vos livres, on vous voit souvent un livre à la main, qu’il s’agisse du Journal du voleur de Jean Genet, des textes de Simone de Beauvoir ou du Jean-Luc persécuté de Ramuz, pour ne prendre que quelques exemples.

A.W. : Oui, c’est vrai, mais je ne suis pas une très grande lectrice. En comparaison d’autres qui ne le sont pas du tout, j’ai l’air d’une grande, mais en fait je suis raisonnablement lectrice. Je lis au moins deux heures par jour, ce que je considère comme un privilège. J’ai lu à dix-huit ans à peine dans l’édition qu’on m’avait offerte le Journal du voleur, mais je ne l’ai jamais relu, vous me donnez une bonne idée.

F.R. :Un an après forme avec Une année studieuse un diptyque consacré à votre relation avec Jean-Luc Godard, de votre rencontre à votre séparation. Lui envoyez-vous vos livres ?

A.W. : Non, je ne lui ai jamais envoyé mes livres. Il est de son choix que nous ayons coupé à un moment donné toutes relations. Il a adopté dans la vie cette attitude que je trouve assez sage de ne pas lire ce qu’on dit de lui, et de ne pas répondre à ce qui s’écrit sur lui. On raconte beaucoup d’idioties à son propos.

F.R. : Les grands personnages cristallisent la rancœur des petits. Vos livres ne sont absolument pas écrits à partir du ressentiment, ce qui les annulerait immédiatement, comme un bon nombre des livres partant à la poubelle chaque mois.

A.W. : Je suis d’accord avec vous. Jean-Luc Godard a une complexité totale qui fut pour moi très séduisante.

F.R. : Jean-Luc Godard vous a offert le rôle de La Chinoise. Avec quels cinéastes regrettez-vous de ne pas avoir tourné ?

A.W. : Avec Claude Sautet. Il est à la mode aujourd’hui de le défendre, mais pendant longtemps c’était un nom rejeté par l’intelligentsia des cinéphiles. J’aurais aussi aimé tourner avec Truffaut bien sûr.

F.R. : Il vous a donné la chance d’être photographe de plateau sur le filmLa mariée était en noir.

A.W. : Oui tout à fait, et il était très affectueux à mon égard. J’ai eu de bons choix, mais aussi beaucoup de ratés.

F.R. : Vous regrettez toujours de ne pas avoir participé à l’arrêt du festival de Cannes avec Jean-Luc Godard et François Truffaut en Mai 68 ?

A.W. : Oui, vraiment, parce qu’il y avait en Mai 68 un côté ludique, une invention très belle dans le grand bazar révolutionnaire qui se jouait en permanence. J’étais alors très heureuse, invitée par Pierre Lazareff, à profiter de la plage et de la mer, mais j’aurais été mieux encore à faire le clown sérieux à Cannes.

F.R. : Le thème du bronzage est un point commun entreJeune filleet votre dernier livre, Bresson souhaitant que vous gardiez la peau très blanche, et Godard, furieux, pensant qu’il était impossible de faire la révolution en étant bronzée, ce qui m’a fait sourire et rappelé que si Godard est un génie du cinéma, il est aussi un hybride de Buster Keaton, Louis de Funès et Groucho Marx, dans cet infantilisme sublime qu’il incarne parfois.

A.W. : Vous savez, toutes les maquilleuses et les chefs opérateurs vous demandent de ne pas bronzer, si possible, parce qu’il est très difficile de maquiller un bronzage. C’est vraiment l’interdiction numéro un lorsque l’on fait un film.

F.R. : Etiez-vous trop hédoniste pour Jean-Luc Godard, de plus en plus happé par la radicalité politique ?

A.W. : Je n’ai aucun regret, parce que je trouve que le mois de Mai 68 entraînait une libération du corps, une façon de l’exposer. On oublie que le temps était en ce mois-là exceptionnel. Les bourgeons éclataient de toutes parts. Je profitais de Paris vide pour faire du patin à roulettes. Et n’oubliez pas que nous étions épuisés. Nous marchions tout le temps dans les manifestations, nous étions sur les barricades. Je n’ai eu jamais aussi peur qu’alors, lorsque les policiers chargeaient. S’écrouler sur une plage trois jours n’était pas pour moi sacrilège.

F.R. : J’ai eu l’image, en vous lisant, d’une grenade de sensibilité, explosant là où elle le souhaitait, souverainement, sans se soucier des conventions.

A.W. : Eh bien, merci de me comparer à une grenade.

F.R. : La pénurie d’essence en Mai 68 vous a rapproché de Gilles Deleuze le temps d’un voyage, puisqu’il a profité de votre voiture faisant un crochet à Lyon pour remonter à Paris.

A.W. : En ce temps-là, Gilles Deleuze n’apparaissait pas encore comme le grand personnage qu’il est devenu, plutôt comme un excentrique. J’essaie de parler de lui au niveau où j’étais alors, comme je le fais dans chacun de mes livres.

F.R. : Vous pensez toujours, comme au temps de votre jeunesse, qu’aimer, c’est perdre son indépendance ? D’une autre façon,on pourrait penser aussi que c’est l’inverse.

A.W. : En tout cas, je ne sais plus ce que je pense aujourd’hui, puisque ça se présente moins. C’était pour moi dans ces années-là une idée très obsessionnelle.

F.R. Faites-vous lire votre texte à des personnes de confiance lors de son élaboration ?

A.W. : Non, je ne le fais lire qu’une fois terminé. Ma première lectrice depuis quatre livres est Florence Malraux.

F.R. : A qui est d’ailleurs dédié Une année studieuse. J’ai remarqué que Jean-Marie Straub lui rend aussi un hommage appuyé dans son dernier film, Kommunisten.

A.W. : Florence Malraux aime que nous travaillions ensemble. Elle est la fille d’André Malraux et fut la femme d’Alain Resnais, avec qui elle a énormément travaillé comme première assistante ou intervenante sur des scénarios.

F.R. : Avec votre cachet de La Chinoise, vous vous êtes acheté un appareil photographique. L’utilisez-vous encore ? Avez-vous encore des trésors à montrer, cachés dans votre cave ?

A.W. : Non, j’ai un vieux Pentax qui dort. Toutes mes archives ont été perdues, inondées dans la cave. Il n’y a plus rien d’exploitable ou de neuf.

F.R. : Le personnage de Jean-Jock, qui traverse tout votre livre, est aussi agaçant qu’attachant. Peut-on révéler son identité ?

A.W. : Il est mort pendant que j’écrivais le livre. C’est quelqu’un que j’aime tendrement. Je trouvais que Jean-Jock était un nom plus romanesque que le sien. Dans la réalité, c’est Jean-Henri Roger.

F.R. : Oui, je pensais à lui. J’ai eu la chance qu’il me prenne quelque peu sous son aile au festival de cinémaRésistancesde Tarascon-sur-Ariège il y a plus de vingt ans. C’était un homme très chaleureux, grand vivant, professeur à l’université, et le compagnon de la sublime Juliet Berto.

A.W. : Ils ont cosigné deux films magnifiques, Neige et Cap Canaille.

F.R. : Ayant moins de vingt et un ans, et donc alors mineure, vous avez dû demander à votre grand-père, l’écrivain François Mauriac, qui était votre tuteur, votre père étant mort, l’autorisation de tourner dans Au Hasard Balthazar, et même de vous marier avec Jean-Luc Godard. Comment comprenez-vous ce double accord de sa part ?

A.W. : C’est quelqu’un sur qui on se trompe beaucoup. Il avait une ouverture très rare pour quelqu’un de son âge, de son milieu, de sa génération. Il défendait farouchement la liberté. Il était sans doute assez séduit par le tournant que prenait ma vie. Il avait jugé tout de suite que si on me disait non, ce serait pire. Je l’ai aimé, et l’admire toujours autant.

F.R. : Ce grand catholique libre a mené des combats de fond qui forcent le respect, notamment concernant son refus de la peine de mort.

A.W. : Il s’est toujours trouvé du bon côté, ce qui est rare dans ce milieu bourgeois catholique qui était le sien.

F.R. : Vous faites le portrait d’un homme très gai.

A.W. : Demandez à Sollers, il vous le dira. On a figé Mauriac sous une image qui n’est pas la sienne.

F.R. : Votre mariage avec Jean-Luc Godard a-t-il été vécu par votre mère comme un déclassement social ?

A.W. : Pas du tout. Elle était contre le fait que nous soyons ensemble. L’idée même d’un mariage, avec lui ou un autre, la contrariait. Ces deux-là ne se sont jamais entendus. Pour une mère peut-être, d’autant plus alors, l’éveil de la sexualité de sa fille n’est pas quelque chose de simple.

F.R. : Vous la décrivez à la fois comme une femme quelquefois d’une grande violence verbale, notamment après l’annonce de la perte de votre virginité, et comme une femme d’un courage inouï, commandant au médecin que vous consultiez et payiez de vous donner la pilule, ou regrettant de ne pas avoir été avec vous sur les barricades. Votre livre Mon enfant de Berlin la montre d’ailleurs dans toute sa fougue ou sa force d’emportement.

A.W. : Ma propre mère est sûrement un des personnages les plus complexes qu’il m’ait été donné de voir. Elle est quasiment dans tous mes livres. Comme chez Molière, je la mets à la porte, et elle rentre par la fenêtre.

F.R. : Vous étiez à la fac de Nanterre avec Daniel Cohn-Bendit. Vous l’intriguiez. Etes-vous restés amis ?

A.W. : Oui, nous nous sommes vus régulièrement après Mai 68. Nous étions invités ensemble la semaine dernière pour une émission sur Europe 1.

F.R. : Avez-vous justement travaillé avec les archives sonores d’Europe numéro 1 pour reconstituer les journées de Mai 68 ? Vous êtes très précise.

A.W. : Pour ces journées historiques, j’ai utilisé tout ce qui me tombait sous la main. Je ne voulais pas me tromper, il y avait des manifs tous les jours. J’ai fait un vrai travail à partir du film de Rotman, des archives de l’INA, des témoignages écrits ou oraux, dont mon frère, Pierre Wiaz, qui a gardé plusieurs numéros de Paris-Presse et de France Soir, où j’ai pu reprendre textuellement des citations de l’époque.

F.R. : La figure de votre frère tout au long du livre est très séduisante. Il paraît constamment de votre côté, prenant toujours votre défense.

A.W. : Lui râle parfois, parce qu’il trouve que je l’idéalise trop. Il n’aime pas trop que je l’utilise.

F.R. : Ne regrettez-vous pas d’avoir arrêté vos études de philosophie ? Michel Cournot vous y incite d’ailleurs.

A.W. : Je regrette surtout d’avoir si mal pigé ce qui se préparait à Nanterre, parce que si j’avais fait un an de plus, j’aurais vécu 68 du côté la fac, de Dany et de son groupe, qui, avant le 22 mars, s’appelait les Anarchistes. A part cela, non, pas du tout. Je vivais autre chose, je n’étais pas une limace sur mon lit. La vie la plus riche s’offrait alors à moi, j’ai saisi ma chance.

F.R. : Possédez-vous des correspondances intéressantes avec quelques-uns des protagonistes de cette époque ?

A.W. : Oui, je les léguerai, mais je ne les publierai pas. Je ne me suis pas du tout servi des correspondances de Jean-Luc pour construire mon livre, j’aurais trouvé cela trop indiscret.

F.R. : Il me semble que l’œuvre de Françoise Sagan est importante pour vous.

A.W. : Oui, il y a dans son écriture une grâce incroyable.

F.R. : J’étais très heureux de voir le nom de Sagan salué par Marcelin Pleynet dans son journal de 2002 récemment publié aux éditions Marciana,Libérations. 1954, c’est Bonjour tristesse.

A.W. : On considère Sagan avec une indulgence paternaliste insupportablement injuste. Elle n’est pas du tout superficielle comme on le croit souvent.

F.R. : Quels sont vos lieux d’écriture ?

A.W. : Il y a un endroit en Bretagne que j’apprécie beaucoup, un hôtel à Locquirec où j’aime me rendre. J’aime écrire à Paris. Il y avait aussi la maison de ma belle-sœur Régine Deforges malheureusement disparue. Les lieux où je peux écrire se raréfient.

F.R. : Vous avez beaucoup fréquenté Rome.

A.W. : Oui, mais je n’y écrivais pas. J’y suis retourné il y a deux ans et demi pour la parution de deux de mes livres en italien. C’était douloureux pour moi, parce que je croisais à chaque coin de rue des fantômes, je ne m’y attendais pas.

F.R. : Vous avez tourné finalement avec Marco Ferreri ?

A.W. : Oui absolument, dans le film Il seme dell’uomo [La semence de l’homme], film que m’a offert en DVD Jean-Paul Civeyrac. Par contre, je n’ai pas du tout tourné avec Bertolucci dans Le Conformiste, puisqu’il a choisi Dominique Sanda.

F.R. : Marco Ferreri était un bel irrégulier. Aujourd’hui, la « moraline », comme disait Céline, nivelle les comportements, réécrit l’histoire, que ce soit celle de Mai 68, ou celle des artistes par leurs veuves noires abusives.

A.W. : Je suis d’accord avec vous. La bien-pensance aujourd’hui recouvre tout. Seule importe l’œuvre, qui outrepasse la psychologie.

F.R. : Quel est votre film le plus important ? Je vous trouve très minérale, et de beauté grecque, dans Porcherie et Théorème de Pasolini.

A.W. : Les deux premiers, Au Hasard Balthazar parce que c’est la première fois et que c’est Bresson, et La Chinoise, film magnifique. Il y a aussi L’Enfant secret de Philippe Garrel, tourné avec trois fois rien. Je ne l’ai jamais revu. Il y a un film supposé grand public et qui a été un bide phénoménal, mais que j’ai adoré faire, L’Empreinte des géants, de Robert Enrico. C’est aussi quelqu’un de très mésestimé, de très oublié. Il m’a vraiment imposée dans un rôle de débile mentale nymphomane sur un chantier d’autoroute, il fallait le faire. Ce qu’il a réussi à me faire faire est très bien. La première fois que je suis allée à Cannes, c’était sur son invitation, l’année où passait La Maman et la Putain. Il a toujours défendu les autres.

F.R. : Film génial. Vous n’avez pas tourné avec Jean Eustache ?

A.W. : Parmi les grosses erreurs de ma vie, il y a celle-là. Dans La Maman et la Putain, il m’avait proposé le rôle joué finalement par Isabelle Weingarten. Je sortais d’un tournage difficile, et j’ai préféré m’en aller en vacances, ce qui était une erreur.

F.R. : Vous aimez les gens très différents de vous. Je pense par exemple à Pierre Lazareff, grand patron de presse.

A.W. : Oui, j’ai trouvé que c’était un homme éblouissant. Je l’ai franchement beaucoup apprécié. Quand je dis cela à Dany, il lève les bras au ciel, s’énerve. Ma palette d’admirations est assez large, c’est vrai. Jean-Luc aussi était hystérique contre Lazareff. Pourtant, c’est un homme inoubliable. J’ai fait un documentaire et une émission de radio sur la productrice et femme cachée de Lazareff, Mag Bodard, qui a confirmé ce que je pensais.

F.R. : Votre livre Photographies m’a fait penser à celui de l’actrice Emmanuelle Riva, qui faisait des photos à Hiroshima lorsqu’elle tournait pour Resnais Hiroshima mon amour.

A.W. : Oui, c’est un livre qui m’a donné envie de faire le mien.par FABIEN RIBERY


Cannes 2017 : GODARD, SECOND SOUFFLE

PORTRAIT Michel Hazanavicius dépeint le réalisateur Jean-Luc Godard en pleine crise existentielle et artistique pendant Mai-68
POLEMIQUE Les inconditionnels crieront au sacrilège face à une comédie qui se moque gentiment de l’apôtre de la Nouvelle Vague.

ENVOYEE SPECIALE : Barbara THEATE

Le Redoutable

Ce soir, Jean-Luc Godard sera, de retour en compétition au Festival de Cannes. Pas en tant que metteur en scène d’un 48e long métrage, mais comme héros du film d’un-autre. Avec Le ; Redoutable, Michel Hazanavicius adapte les romans d’Anne Wiazemsky, épouse du maître de 1967 à 1970, qui en dressent un portrait poil à gratter à travers le prisme amoureux, entre affection et amertume. Un i sacrilège aux yeux de ses fans et des gardiens du temple de la Nouvelle Vague. Ils devraient encore crier au scandale en voyant le maître traité sur le mode de la comédie, par l’auteur des et de The Artist. Pas de quoi pourtant ôter son sourire à Michel Hazanavicius : « On a le droit de penser que, je n’ai aucune légitimité pour parler du grand homme. Je sais que certains n’aiment pas mon Redoutable avant même de l’avoir vu. C’est idiot, mais c’est comme ça. -

Le réalisateur s’y est préparé, Il s’est même demandé si Cannes était-le meilleure endroit pour le présenter. Claude Lelouch, qui a beaucoup aimé, a fini de convaincre Michel Hazanavicius d’y aller. « C’est très valorisant d’être invité ici. J’y ai été encensé pour The Artist, j’y ai pris une baffe avec The Search. Mais il souffle un vent de folie sur la Croisette qui brouille les grilles de lecture des films. J’espère que le mien sera pris pour ce qu’il est : Une comédie simple à regarder et à comprendre ; qui ravira autant le cinéphile en quête de références que le spectateur qui n’a jamais vu Le Mépris ou A bout de souffle, mais ressortira peut-être avec l’envie de les découvrir. Cela m’a amusé de prendre ce metteur en scène soi-disant réservé à l’élite et d’en faire un héros populaire.  »

C’est bien à la réussite de ce biopic malin et réjouissant qui va enfin faire rire sur la Croisette. Bel objet de cinéma sur le cinéma, irrévérencieux mais jamais cassant, ce n’est pas une œuvre à charge ou à la gloire d’un cinéaste qui a toujours divisé. C’est plutôt un portrait amusé et amusant d’homme pris dans ses contradictions à un tournant décisif de sa vie et de sa carrière. Au moment de son histoire d’amour avec Anne Wiazemsky, son actrice dans La Chinoise, Jean-Luc Godard est en pleine remise en question. Adulé au début des années 1960 ; il est devenu maoïste et décide alors de faire des films hors du système tout en inventant un nouveau langage sur grand écran. « Un alignement des planètes artistiques, sociale et intime décrit Hazanavicius. En pleine métamorphose radicale et destructrice, il était alors un créateur en crise dans un pays en pleine révolution. »

Mai-68 est un personnage à part entière du Redoutable et offre un drôle d’écho à notre époque. Quand Michel Hazanavicius a commencé l’écriture, il n’y avait pas encore eu le mouvement Nuit debout : « Toute cette effervescence a conduit les citoyens à reparler politique, c’est une bonne chose. A la fin des années 1960, les gens étaient très investis et très engagés. J’espère qu’on assistera aujourd’hui au même élan »

Les premiers films de Godard étaient malicieux, ludiques et drôles. Au-delà.de sa forme classique dans la reconstitution d’une époque, Le Redoutable a voulu retrouver cet esprit joueur. « Je me suis autorisé des clins d’oeil à son cinéma, tellement riche en trouvailles visuelles. L’originalité, j’ai essayé de l’apporter dans la narration. » Avec la peur de parfois se mettre trop en avant par des effets de mise en scène visibles, le souci de trouver un équilibre entre la comédie et le respect des personnages, de ne pas être seulement burlesque. « J’ai fini par m’affranchir de la réalité, par me libérer de mes préjugés sur Godard pour réinventer un être finalement plus humain. Je le montre fantasque, charmant, agaçant, voire méchant. »

C’est Louis Garrel, égérie du nouveau cinéma d’auteur, qui se glisse avec talent et aisance dans le costume serré de l’apôtre de la Nouvelle Vague. Loin de tout mimétisme et de toute ressemblance physique, il joue une impression de Godard en toute décontraction. Un choix évident selon son réalisateur : « Il a quelque chose de très profond qui correspond à ce qu’était Godard à l’époque. Louis pourrait l’imiter bien mieux qu’il ne le fait à l’écran, mais en donnant un minimum de signes distinctifs du personnage – sa calvitie, ses lunettes fumées et son chuintement – je voulais lui laisser un maximum de place pour qu’il soit à l’aise dans toutes les situations. »


« J’ai proposé
à Jean-Luc Godard
de lui monter le film.
Il ne s’est pas manifesté »

Michel Hazanavicius


Et que dit Godard, 86 ans, de se voir ainsi traité ? Michel Hazanavicius explique lui avoir écrit par correction, pour l’aviser qu’il préparait un long métrage. Pas de réponse. Puis quelques-semaines plus tard, une lettre venue de Suisse réclamait la possibilité de lire le scénario. Requête accordée : « Je lui ai même proposé de lui montrer le film quand il le désirerait. Il ne s’est pas manifesté. Je sais qu’il a eu du mal à lire les souvenirs de son ex-femme. Je ne suis pas sûr qu’il appréciera de les voir sur grand écran. Mais ce n’est pas mon problème. Le Godard du Redoutable, je l’aime.  »

A CANNES, BARBARA THÉATE

De Michel Hazanavicius, avec Louis Garrel, Stacy Martin. 1h40,
Sortie le 13 septembre

Crédit : Le Journal du Dimanche 21 mai 2017


[1P-DG du groupe de luxe Alliance Designers, propriétaire de la société immobilière Acanthe Développement et des Cahiers de l’Herne, entre autres.

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
  • Ajouter un document


4 Messages

  • Viktor Kirtov | 17 mai 2017 - 10:32 1

    Louis Garrel en Godard « émouvant et drôle » selon Anne Wiazemsky

    Par AFP / Le Figaro
    Publié le 29/04/2017

    JPEG - 40.2 ko
    L’acteur Louis Garrel et Jean-Luc Godard

    Le nouveau film de Michel Hazanavicius, librement inspiré du roman de l’ex-épouse du cinéaste, replonge dans la vie du mythique réalisateur du Mépris dans les années 60. Un personnage incarné par l’acteur de Saint-Laurent, qui n’a pas manqué d’émouvoir l’écrivain...

    Faire d’un être « odieux » un personnage « émouvant et drôle » : c’est ainsi que la romancière Anne Wiazemsky, ex-épouse de Jean-Luc Godard, salue Le Redoutable, film consacré au cinéaste de légende, qui sera en compétition au Festival de Cannes. « J’ai vu le film et j’adorerais le revoir car je suis en même temps la meilleure et la pire des spectatrices », confie à l’AFP l’actrice de La Chinoise, encore sous le coup de l’émotion.

    JPEG - 115.1 ko

    Pour Le Redoutable, le réalisateur Michel Hazanavicius s’est inspiré du roman de la petite-fille de François Mauriac, qui épousa Godard en juillet 1967, Un an après (Gallimard). Révélée par Au Hasard Balthazar de Robert Bresson, la jolie rousse au visage mutin a 20 ans. Son époux, phare de la Nouvelle Vague et déjà célèbre mondialement, a 17 ans de plus.
    La déferlante de mai 68 aura raison de leur histoire d’amour et ouvrira une crise chez le réalisateur qui renie ses films (Pierrot le fou, Le Mépris), rompt avec le système du cinéma et avec nombre de ses amis. Souvent violemment. Le tout dans un style radical, parfois émaillé d’épisodes cocasses. Le réalisateur « a compris quelque chose de très profond chez Jean-Luc. Et d’une tragédie, il a fait une comédie. Il a compris la crise qu’il traversait et dont personne, à commencer par moi, n’a mesuré les conséquences ».

    « Une ressemblance hallucinante »

    À cette époque, « plus ça avance, plus nos chemins se séparent. Moi qui venais de l’université, j’allais de plus en plus vers le cinéma. Et lui, qui venait du cinéma, s’en éloignait de plus en plus. Et je crois que le film le rend très bien, le rend de manière comique », ajoute la romancière.

    Elle a été plus que convaincue par l’interprétation de Louis Garrel. Un acteur qu’elle a connu à sa naissance... Anne Wiazemsky a en effet tourné deux films avec son père, Philippe Garrel. Elle se souvient encore de la découverte de son premier film Marie pour mémoire, en compagnie de Godard. « Il y a Garrel maintenant, je n’ai plus à faire de films », fut à l’époque le seul commentaire de Jean-Luc Godard. « J’ai été hypnotisée par la ressemblance hallucinante entre Louis Garrel et Jean-Luc. Il parle comme lui. Si on dit l’accent suisse, c’était pas ça. Comment il a piqué ce phrasé, je ne sais pas, c’est le travail de l’acteur. » Elle ajoute : « Le metteur en scène et l’acteur ont réussi à faire que ce personnage odieux, dans des discours grotesques, soit émouvant et drôle. »

    JPEG - 36.6 ko
    Les acteurs Louis Garrel et Stacy Martin

    e rôle d’Anne a été confié à la jeune franco-britannique Stacy Martin. « J’étais plus dessalée que le personnage dans le film. J’avais déjà tourné. Je venais de ce milieu. Il me semble que la jeune fille est plus jeune et plus naïve », confie Anne Wiazemsky, qui devrait être du voyage à Cannes pour la présentation du film avec toute l’équipe. Godard, retiré en Suisse, n’est pas attendu sur la Croisette. « Je ne sais rien de lui depuis très longtemps. Je sais qu’Hazanavicius, par prudence, ne lui a pas envoyé de DVD. » Contactée par le réalisateur pour une adaptation de son roman, la romancière, partie au rendez-vous avec l’intention de refuser, s’est vite laissée convaincre.

    « J’étais intéressée de rencontrer quelqu’un dont j’aimais les films. Je pensais que ce n’était pas faisable, qu’on ne pouvait pas réincarner des personnes réelles, tourner mai 68 (...). Et puis, la façon dont il en a parlé, c’était oui », raconte-t-elle. Ils ne se sont revus que pour la projection.

    La bande annonce

    oOo


  • V. Kirtov | 3 juin 2015 - 18:11 2

    par Fabien RIBERY, agrégé de lettres, journaliste free-lance et chroniqueur pour le Poulailler.fr ( « Chroniques culturelles du bout du monde »). C’est ICI...


  • V. Kirtov | 28 avril 2015 - 09:56 3

    En 2012, Anne Wiazemsky, la muse et épouse de Jean-Luc Godard, au temps de La Chinoise, recevait le Prix Duménil pour son livre Une année studieuse (en même temps que Sollers pour son livre L’Eclaircie). Ce 29 avril 2015, elle publie chez Gallimard la suite de ses années Godard avec un livre intitulé : Un an après. C’est ICI…


  • A.G. | 16 juin 2012 - 22:56 4

    « "La dialectique peut-elle casser des briques", tourné par le prochinois René Viénet au début des années 70 » écrit BHL dans son dernier bloc-notes (cf. Le Point)... René Viénet « prochinois » ? Hum... C’est sans doute un « détournement » terminologique involontaire de notre philosophe (« Aléa de la parole vive » ?). Sinologue, René Viénet fut en effet membre de l’Internationale situationniste de 1963 à 1971. En 1971, il préfaça Les Habits neufs du président Mao de Simon Leys publié aux éditions Champ libre. Quant à La dialectique peut-elle casser des briques (1973), « le premier film entièrement détourné de l’histoire du cinéma » (première phrase du commentaire du film), on peut le voir sur ubuweb.