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François Rouan et Sollers

L’art du tressage

D 21 juillet 2015     A par Viktor Kirtov - C 5 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Article initial du 20/02/2006, complété le 21/07/2015 de la section "Plus sur François Rouan".

 Laversine, 2003-2005. Peinture ? la cire sur toile. 185 x 135 cm.</font>

J’aime filer la métaphore de l’artisan-tisserand pour qualifier l’art de Phiippe Sollers. Il entrelace, montre, cache, tord les citations pour en révéler l’emprunte, la sienne - à l’image du Suaire de Turin, rien de moins. Mais oui. Cet écrivain vit en Paradis, depuis longtemps déjà, belle constance, préférant l’air pur du ciel, à l’air moisi et tristounet de la morosité d’en bas.

C’est lui faire un mauvais procès, je crois, que de qualifier son grand usage des citations, à l’image de son dernier livre : « une vie divine », comme de la contre-façon ou du vulgaire coupé-collé. Tout d’abord, en peinture, Matisse en a fait des oeuvres d’art. Et Sollers répond par anticipation à ses nouveaux détracteurs : « je ne cite pas, je montre ».
Oui, ses textes et leurs citations sont de véritables compositions par leur choix, leur arrangement, les cadrages, les éclairages d’accompagnement, la scène du livre. De véritables tressages textuels !


Oui, comme un François Rouan joue, dans ses tableaux, du tressage de bandes de toile trempées dans la peinture. "...effets de surface dont il fait émerger et se dérober alternativement des parcelles dans les intrications du tressage, provoquant ainsi une vibration intense de la surface" ajoute la galerie Daniel Templon où vous pouvez voir ses tableaux. Un art qui lui vaut la reconnaissance internationale.

Les mots appliqués à l’art de François Rouan, on pourrait aussi les dire pour Philippe Sollers dont le métier à tisser enverge les fils de trame et fils de chaîne, avec jubilation et bonheur dans les effets. (N’est-il pas beau ce verbe « enverger » que sûrement, Sollers, voudrait l’avoir inventé ?)...On travaille en apparition et disparition des fils pour constituer le motif et l’armure du livre. Ainsi, tour à tour, à découvert et masquées, surgissent et se dérobent les citations, pour réapparaître plus loin agrémentées de fils fantaisie. Ne pas oublier le côté esthétique et ludique de la chose. Le mot et la chose.

Deux experts du tressage, non ?

Un autre expert : Roland BARTHES

Barthes l’a déjà fait remarquer : texte, tissu et tresse sont des mots de même origine signifiante.

Dans le plaisir du texte, il y revient : Texte veut dire Tissu [...] nous accentuons maintenant, dans le tissu, l’idée générative que le texte se fait, se travaille à travers un entrelacs perpétuel ; perdu dans ce tissu - cette texture - le sujet s’y défait, telle une araignée qui se dissoudrait elle-même dans les sécrétions constructives de sa toile .






Crédit : c’est à Dominique Brouttelande, un lecteur avisé de ce site, que je dois de m’avoir guidé vers François Rouan, pour compléter ma métaphore.

Illustration : Mappe, blonde jaspée de brume mate, Laversine, 2003-2005. Peinture à la cire sur toile. 185 x 135 cm. galerie Daniel Templon

A la médiathèque des Abattoirs de Toulouse
François ROUAN / Contreimage
Exposition du 27 janvier au 7 mai 2006

Le mot et la chose, de l’Abbé de L’Attaignant


Plus sur François Rouan


Superpositions, nouages des
unes et des autres, images fixes
et images en mouvement
cherchent toujours le même
tressement indénouable de la
figure et du fond.

François Rouan


ZOOM... : Cliquez l’image.

2015 : François Rouan est présent dans deux expositions : l’une au Musée des Beaux Arts de Rouen, l’autre pour la troisième saison de son travail en résidence au chäteau de Hautefort en Périgord. A Rouen, dans le cadre de l’exposition Trésors de Sienne, François Rouan y présente ses oeuvres des années siennoises sous le titre générique Printemps de Sienne et publie un livre d"art "Ô saisons, ô châteaux", au titre emprunté à Rimbaud. L’artiste met en regard le travail des années siennoises (1974- 75), exposé à Rouen, et le travail récent (peinture, dessin, photo et vidéo) présenté au château de Hautefort.

En écho à cette publication, l’artiste a également réalisé un film Un Printemps à Sienne, présenté actuellement dans l’exposition du Musée des Beaux Arts de Rouen.

*

François Rouan, Un printemps à Sienne

Le regard du peintre est un des meilleurs véhicules pour voyager dans l’art du passé. Plus secret, plus sensible, il révèle sans expliquer, évoque sans souligner. Avec ses moyens, le pinceau, les ciseaux, le crayon, Rouan reste encore aujourd’hui ce fabuleux regardeur de l’art siennois. La trentaine d’oeuvres réunie à Rouen, dessins, tableaux, vidéos, présentée en contrepoint de l’exposition « Sienne, aux origines de la Renaissance » permettra aux visiteurs de percevoir l’actualité de cet héritage dans notre monde contemporain, et de s’approprier à leur tour une réalité si éloignée de nous, dans le temps et dans l’espace.

Cette exposition, François Rouan, Un printemps à Sienne, qui se double d’un second volet à au Château de Hautefort en Périgord, d’avril à septembre 2015, est pour l’artiste l’occasion de dévoiler des oeuvres restées jusque-là inédites, et d’explorer les résonances de cette image primitive dans son travail le plus actuel. C’est une opportunité rare de découvrir l’oeuvre d’un des plus grands peintres français, qui ne se montre que très discrètement.

Crédit : Présentation du Musée des Beaux Arts de Rouen

12/05/2015. Le Printemps (2/5) : « Ces choses des poètes, j’appelle cela du printemps »
Deuxième trouée de cette semaine printanière. Aujourd’hui, nous recevons le peintre François Rouan. Il publie Ô saisons ô châteaux (éd. Somogy) il évoque, dans ce livre, un fameux printemps de 1974 à Sienne. Le musée des Beaux arts de Rouen lui consacre une exposition Un Printemps à Sienne, ses peintures y sont exposées en regard de tableaux de la Renaissance.

01. Introduction

02. Le printemps, voyage dans le temps

03. A la villa Medicis avec Balthus

04. A Sienne devant la fresque de Lorenzetti

La fresque date des années 1338-1340. Pendant près de 70 ans, de 1287 à 1355, Sienne est dirigée par un « Conseil des Neuf », appelé en son temps « Il Buon Governo ». Elus par tirage au sort, neuf citoyens se doivent d’assumer la charge du pouvoir durant quelques mois. Durant cette période, ils vivent reclus dans le Palazzo Pubblico, siège des Neuf, construit entre 1297 et 1338 sur la Plazza del Campo.

En 1338, alors que le pouvoir de la cité commence à décliner, Ambrogio Lorenzetti reçoit une commande du Conseil pour la salle dite de la Paix. Dans cette salle, l’artiste peint une fresque en 3 parties. Sur le mur Ouest sont représentés le mauvais gouvernement et ses effets, sur le mur Nord, le gouvernement de Sienne et sur le mur Est, les effets du bon gouvernement en ville et à la campagne.

Les allégories du Bon et du Mauvais Gouvernement se confrontent pour amener à réfléchir sur les répercussions des choix politiques dans la société contemporaine. Le Mauvais Gouvernement est dominé par la vanité, l’orgueil et l’avarice. Le Bon Gouvernement met en valeur les principes de bienveillance, d’équilibre et de justice.

Crédit : http://exposiennerouen.fr/

05. Ô saisons, ô châteaux

06. Mellow Cotton

*

Une grande exposition au château

Michel Pitout
Publié le 24/06/2015


François Rouan devant le vitrail de la chapelle reproduisant un effet de surimpression. © PHOTO MICHEL PITOUT
ZOOM... : Cliquez l’image.

François Rouan fait du château de Hautefort, ancienne demeure du troubadour Bertran de Born au XIIe siècle, l’un de ses ateliers. Pour l’exposition « Ô saisons, Ô châteaux », l’artiste intervient dans les espaces du bâtiment, en dialogue avec l’histoire réelle du lieu et sa réinvention fictionnelle. Ses interventions, conçues spécifiquement pour le site, prennent différentes formes. Des tableaux accrochés dans l’escalier d’honneur, un vitrail inscrit dans l’ancienne entrée de la chapelle, de grands tirages argentiques réunis en conclave dans le bûcher, ou encore des installations sonores et des projections de films que les visiteurs pourront découvrir jusqu’au mercredi 11 novembre.

Cette exposition, aboutissement de trois cycles de résidence, relève le défi d’apprivoiser un lieu historique avec des créations d’aujourd’hui, qui reprennent le dialogue que les architectes et les troubadours avaient engagé dans ces murs.

En parcourant l’exposition

« Chambre » est une suite de six peintures tressées faites spécialement et dédiées aux dames, connues ou non des historiens qui hantèrent ces lieux. « D’ici et de dessous » est une fiction réalisée à partir de travaux photographiques et de voix mêlées. Dans cet espace, l’auteur évoque, à sa manière, l’histoire complexe du troubadour Bertran de Born et du marquis Jacques-François de Hautefort. Nicolas Rambourg, architecte réellement appelé à travailler au château, y figure, tout comme Francesco, peintre d’aujourd’hui et d’hier.

« Les Tentures » vidéographiques, dans le bûcher et dans le four banal, apparaissent entre deux projections du film « D’ici et de dessous » et évoquent les promenades d’antan dans le château et ses jardins. Le vitrail monumental, premier de la chapelle mariale, fait écho aux fenêtres voisines et assure autant que la transparence d’une des baies majeures. Cette ouverture suspendue sur les jardins reproduit un effet de surimpression, faisant écho à tous les aspects de l’œuvre du peintre.

[...]

Michel Pitout

*

François Rouan à Amiens en 2014

Toutes les rencontres sont faites sur un malentendu. Quand j’ai rencontré Jacques Lacan au début des années 70, très vite il m’a pris pour un Maître de la tresse. Il m’a interrogé comme si j’avais quelque chose à lui apprendre alors que moi, ce qui me fascinait c’était la simplicité du bout de sa plume, il pouvait me dessiner des tresses à 3 brins, à 5 brins...

Il y a une 1ère image et une 1ère peinture qui appelle une seconde peinture. Et la 1ère peinture est cassée, mise en pièce à la façon des enfants qui cassent les beaux objets. Ce n’est pas seulement pour le plaisir de casser, c’est que la 1ère peinture crie son indigence. Mais son indigence porte une part de vérité. Je l’ai faite dans une certaine idée, donc elle est acceptée en tant que t’elle comme un balisage d’une certaine vérité et cette déception plutôt que rester face à face avec la déception, je la retourne contre le mur et j’attends le moment où je ferai retour sur cette chose en me disant, je vais l’appareiller à une autre. Le tressage commence avec cette folie d’appareiller une chose avec une autre. C’est comme un travail de marieuse et comme vous le savez l’essentiel des mariages, c’est le ratage. Vous passez du 1 à 2 qui appelle automatiquement le 3.

On ne peut pas dire que ces grandes trouées ce soit des corps. Il y a de la petite nappe à carreaux, vous pourriez me dire que ça vous rappelle une nappe brodée dans un tableau de Pierre Bonnard et vous auriez raison. Il faut que le regard puisse hystériser la présence de quelque chose qui passe mais cette chose qui passe elle est d’autant plus picturale, qu’elle est absente.

J’ai à faire avec la mélancolie parce que la réflexion avec l’origine, le temps, la fin proche... mais ça produit surtout, tant que je tiens encore sur les jambes, une envie de riposte.

*

Avril 2013, Atelier de François Rouan

*

Ô saisons, ô châteaux

2015 - 208 pages - 300 x 240 mm
Fondation Château de Hautefort et Somogy éditions d’Art

Ô saisons, ô châteaux est publié à l’occasion des expositions conjointes Trésors de Sienne au Musée des Beaux Arts de Rouen et François Rouan à Hautefort.

Textes de : Sylvain Amie, Dominique Cordellier, Bernard Noël et Jacques Moulin.

Le livre sur amazon.fr

Plus sur le site de l’artiste

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5 Messages

  • V. Kirtov | 21 juillet 2015 - 11:57 1

    Merci D.B. pour le signalement de l’exposition François Rouan au Musée des Beaux-Arts de Rouen.
    Exposition couplée avec une autre exposition de Francis Rouan au château de Hautefort en Dordogne en clôture de sa troisième saison en résidence au château.
    Une bonne occasion pour nous de compléter l’article initial. C’est ICI...


  • D.B. | 19 juillet 2015 - 19:02 2

    François Rouan actuellement et jusqu’en août au Musée des Beaux-Arts de Rouen.


  • Université Paris-Diderot | 10 mai 2012 - 18:57 3

    Entretiens des Grands Moulins : Le tressage et son modèle
    _ Mercredi 30 mai 2012 à 18h30
    _ Université Paris Diderot - amphi Buffon.
    _ Avec François Rouan et Didier Sicard. Informations ici.


  • V.K. | 1er mai 2012 - 11:55 4

    Il y a quelques jours, Pierre Vermeersch ajoutait un lien sur son site lacanien et c’est un des plaisirs de vos messages que de nous faire découvrir des lieux où l’on n’était jamais allé.
    _ Ainsi le peintre Francis Rouan et Jacques Lacan ont été proches ! Comme la proximité entre l’art du tressage de Francis Rouan et les arcanes du noeud borroméen au centre de l’enseignement de Lacan les dix dernières années ! Anneaux borroméens dont la découverte l’enchanta tant qu’il y vit l’illustration de sa théorie trinitaire : une structure qui noue les trois dimensions de l’imaginaire, du symbolique et du réel.
    _ Derrière la logorrhée du jongleur de mots qu’est Lacan, il y a eu cette fulgurance de l’artiste et cette idée simple : un entrelacs de trois cercles noués entre eux, mais tels que si l’un quelconque des cercles est supprimé, les deux autres ne sont plus liés !

    GIF - 24.4 ko
    Anneaux borroméens

    Etrange, non ? En fait, la représentation de cette structure à trois dimensions dans un plan à deux dimensions fausse notre vision. Pour réaliser cette structure, les cercles ne peuvent être dans un plan, ils doivent être déformés. Comme Lacan tord les mots, en quelque sorte !

    Torsions, entrelacs, noeud... de quoi émoustiller l’imagination fertile ...tout autant que lucide, de Lacan. Première règle : Ce noeud, il faut en user bêtement, ne pas trop se casser la tête à son propos, bref en être dupe . C’est ce qu’il dit dans la séance du 17 décembre 1974 du séminaire RSI :

    « Pour opérer avec ce noeud d’une façon qui convienne, il faut que vous vous fondiez sur un peu de bêtise. Le mieux est encore d’en user bêtement, ce qui veut dire, en être dupe. Il ne faut pas entrer dans le doute obsessionnel, ni trop chipoter. »

    J’aime bien aussi cette réflexion qui n’est pas qu’un paradoxe :

    « Le monde est ainsi fait : pour dénouer un noeud, _ il faut parfois l’emmêler encore plus _ pour qu’il se démêle mieux ! » _ Alexei Sossinsky, Noeuds, Seuil, 1999

    Ceux qui seraient tentés de transposer cette pensée à la politique n’auraient peut-être pas "tord".
    _ Machiavel avait aussi plus d’un noeud dans son sac...

    *

    On peut aussi consulter quelques articles pileface :

    Ronds de ficelle - Jacques-Alain Miller, Le nouvel âne n°7, octobre...
    _ 25 janv. 2008 - Avec le noeud borroméen, nous avons à faire avec ce qui ne se voit nulle part, ... Le problème alors posé par le noeud borroméen est celui-ci ...

    Sollers et "Le Champ Freudien" - Cycle Freud
    _ 4 sept. 2008 - Il y a maintenant un trio, et il est borroméen, à le déchiffrer par Le .... À propos du n ?ud borroméen formé par Sollers (Imaginaire), Lacan ...

    Lacan même -
    _ 18 oct. 2006 - Enfin vint le noeud borroméen, dernier casse-tête. Lacan du lac et de l’entrelac. « L’ordre du Lac fut fondé en 1352 par Louis de Tarente, ...