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Des femmes (suite) : Touentou femme Moso

D 11 novembre 2009     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Les Moso (ou Mosuo), une société matriarcale encore vivante !

En Chine, dans les montagnes du Sichuan, à 2700 mètres.


Suite de l’article : Des femmes

Au moment où Claude Lévi-Strauss quitte définitivement la scène, on pourrait croire que l’ethnographie qu’il nous a fait découvrir, que ces ethnies encore non polluées par la civilisation dominante ont disparu avec lui. Non, pas complètement, Touentou, une jeune femme Moso de 21 ans, épanouie, belle, bien dans sa peau ambrée, nous contait samedi soir, sur France 5 dans « Touentou, fille du feu » sa vie au sein de son ethnie, non loin du Lac Luju. Des paysages à couper le souffle. Des costumes ancestraux colorés et sophistiqués, lumineux dans ce paysage où le ciel est souvent chargé, brumeux, au point qu’un dicton local dit que « lorsque le soleil apparaît, les chiens aboient » ; ils le prennent pour un étranger. Touentou se partage entre la vie de travailleuse des champs le jour et la vie d’amoureuse la nuit - l’homme doit disparaître de sa couche, lorsque se lève le jour. Il ne fait pas partie du clan - avec visite périodique au temple de la ville voisine pour honorer la Déesse et se fait un peu d’argent de poche en travaillant comme femme de chambre ou cuisinière dans les Hôtels qui bordent le lac Tijou.


YSIA LI

Il n’y a pas de femme Moso dans le « Femmes » de Philippe Sollers. Dommage ! Pas de notes dans son petit carnet rouge. Encore qu’une Chinoise, Ysia Li soit présente dans Femmes et plusieurs autres de ses romans. On peut aussi se souvenir que Ph. Sollers, lors de sa période chinoise - dont l’apogée et le chant du cygne fut « le voyage en Chine » de 1973 avec Barthes, Julia Kristeva, Pleynet... - avait entrepris l’étude du Chinois. Pendant deux ans, il s’y est appliqué, jusqu’à traduire en français, quelques poèmes de Mao. De son professeur, Sollers nous dit

« Je dois remercier Ysia Tchen qui est un guide sûr pour la connaissance de la langue chinoise »

(en note à la fin de la traduction de la « Réponse de Mao au camarade Guo Mo Ruo »

Tiens, une Ysia dans l’entourage de Sollers !

Début des années 1980, quand Sollers écrivait Femmes, une autre Chinoise, actrice celle-là, prénommée aussi Ysia, Ysia Gong Li, à la grande beauté exotique, surgissait des écrans. Magie du cinéma qui capte la lumière des visages et l’onde des corps. Que Sollers ait pris dans ces deux Ysia des éléments de son personnage Ysia-Li est vraisemblable et probable avec un niveau de confiance de 3 à 4 sur 5 comme disent les présentatrices météo. A la différence que notre carte du tendre essaie de remonter le temps, et que la météo essaie d’anticiper la carte du ciel. Dans les deux cas, il s’agit d’interpréter les indices tangibles dont on dispose, L’écrivain, fait son miel de la vie - Sollers, au moins autant que beaucoup, sinon plus, tant ses romans multiplient ses incarnations, mais aussi plus romancier qu’on ne le dit - il lui est souvent reproché que ses livres ne soient pas de vrais romans, mais lui le revendique et a même titré ses Mémoires « Un vrai roman ». Et qu’ajoute le filtre du romanesque au tempérament d’Ysia Li ? Mystère de la création littéraire ! Nous ne savons rien du tempérament d’Ysa Tchen. Nous ne connaissons qu’Ysia Li qui a toute chance de vivre au-delà de ses modèles et de son auteur. Même si Ysia Li n’apparaît que dans quelques épisodes, son évocation récurrente dans plusieurs des romans de Sollers, laisse penser qu’Ysia-Li est bien présente dans la mémoire de Sollers. Plusieurs fois, aussi, dans des interviews, il a évoqué la présence de cette Chinoise dans Femmes, passée trop inaperçue à son goût.

Exception donc, une femme chinoise parmi les femmes de Sollers essentiellement moulées dans la tradition judéo-chrétienne, celles qui ont fait tant de fils aussi marqués par leur mère que Sollers, Barthes, Frédéric Mitterand, Stéphane Bern pour ne citer que quelques uns (les mères juives n’étant pas des moindres pourvoyeuses en homos disait, en substance, ce dernier, en riant de lui-même, interviewé par Mireille Dumas).

LE FILM : TOUENTOU, FILLE DU FEU

Auteur : PROFIT PATRICK

Production : ATMOSPHÈRE PROD.

Avec la participation de : FRANCE 5,CNC (CENTRE NATIONAL CINEMA)

Lien : pour visionner le film Touentou fille du feu, c’est ici : http://bit.ly/1ajq8jb

Sollers, libre comme une Chinoise Moso, mais autorisé à revenir, le jour, au foyer conjugal, le lieu de vie de la femme et de l’enfant : Stephen dans ses livres, qu’il évoque pudiquement avec tendresse paternelle. Ce n’est pas dit, Stephen est différent des autres enfants, pas dans son corps ni dans ses traits, mais son esprit est resté accroché dans les étoiles. Comment un père réagit-il ? Comment les Moso traitent-ils leurs enfants différents des autres, le documentaire ne nous l’a pas dit ? Si nous abordons ce point, c’est seulement parce que c’est peut-être une des clés cachées de l’évolution de Sollers début des années 80.

C’est la fin d’un cycle pour lui, dans le domaine littéraire, la fin de Paradis 1 (1981), la fin de la revue Tel Quel (1982). Dans le domaine familial, début des années 80, Stephen a cinq ans, la prise de conscience
que Stephen aura besoin d’eux. L’écrivain qui a ferraillé dans l’avant garde, aux maigres tirages, aux maigres revenus depuis vingt ans, a 44 ans en 1980. C’est la mi-vie, on le voit, bien des raisons de remise en question s’accumulent. Et Sollers va devenir "lisible" pour être lu.
Il le dit un peu dans ses interviews pour expliquer son changement de cap littéraire avec "Femmes", qui sera un best-seller. Sollers n’est pas un homme d’argent, mais il est responsable et l’organisation sociale et collective de l’entraide de nos sociétés individualistes n’étant pas particulièrement adaptées dans ces cas, on peut penser qu’il veut assumer et assumera. D’autant plus que Julia Kristeva, a suivi, en parallèle avec la sienne, une carrière à la fois valorisante au plan intellectuel et au plan matériel. Que le mâle ait senti alors le besoin de s’affirmer par rapport à la femme, sans que ceci soit nécessairement exprimé ou même conscient, ne pourrait qu’apporter de l’eau au moulin du grand chambardement que l’on constate alors dans ce qu’écrit Sollers.

La thèse esquissée sommairement ici, est que cette rupture
ne trouve pas seulement son origine dans l’évolution littéraire de l’écrivain, mais aussi dans les ressorts psychologiques de l’homme Sollers à mi parcours de sa vie et devenu chargé de famille. Eléments humains qui ont probablement servis de catalyseurs et peut-être même amplifié une évolution qui serait arrivée, de toute façon, en rupture. Sa révolution, Sollers ne l’a pas faîte lors du voyage en Chine en 1974, mais en 1983, avec la parution de Femmes.

...Dans cette thèse, des hypothèses autour d’indices convergents. Rien de plus, mais rien de moins.

Le clan Moso, quant à lui, sait développer des qualités d’entraide en son sein et au sein des voisins qui se manifestent notamment pour les travaux des champs assurés par tous, pour tous, comme jadis dans nos campagnes, les paysans s’entraidaient pour les gros travaux des moissons. Les jeunes hommes des fermes voisines apportaient leur bras dans un système où chacun rendait aux autres les journées de travail reçues. Chez les Moso, cette entraide n’est pas occasionnelle, mais constante, partie intégrante de leur modèle social. La mère est la chef de famille et c’est parmi les femmes de seconde génération que le clan se choisit, une matriarche. Elle gère les biens matériels, et la répartition des tâches, choisie par le reste du clan pour ses compétences. Elle reçoit les visiteurs et prépare aussi la cuisine avec son aïeule. C’est du moins ainsi que fonctionne le foyer de Touentou qu’elle partage avec la lignée maternelle, les oncles, frères, s ?urs, petits enfants, la matriarche,- sa mère - et la grand-mère maternelle. A l’occasion d’une cérémonie initiatrice, la fille de 13 ans, reçoit la clé de sa chambre. Elle devient la maîtresse de sa liberté et de ses amours dans le respect des règles du clan.

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