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Ysia Li

Une question de peau

D 23 septembre 2006     A par Viktor Kirtov - C 4 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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Ysia Li-Gong Li, 1993
par Marc Riboud

«  Je l’avais connue aux Langues Orientales... Elle travaillait dans les services culturels... Enfin... Belle... Exquise... Laquée, souple, mince... Trente ans, mariée, en manque... Le vice léger... Tout... Flûte de jade... Le rêve du pavillon rouge... Jaune... Turquoise... Les contes du bord de l’eau... L’éventail du phenix... La rosée du clair de lune... Une précision, un appétit... Corps presque enfantin, une de mes meilleures sensations du dedans, je veux dire muqueuse à muqueuse dans le four abstrait de la jouissance incurvée... Vous comprenez ? Non ? Tant pis... Il y a longtemps que je pense qu’une véritable cartographie des coïts serait souhaitable... Une carte du tendre en action...  »
Femmes, Ed. Folio p. 30.

«  Donc Ysia ... Le studio une ou deux fois par semaine. Dehors on ne se connaissait pas... Et même dedans...
Comme si on ne se connaissait pas, oui, c’était ça la beauté, le vertige... Qu’est-ce qu’elle m’aura dit, finalement ? Quelques renseignements sur le chinois, l’écriture de mots suggestifs, des fragments de poèmes, des passages de Lao-Tseu ... Le temps de fumer une cigarette ... « La Voie vraiment Voie est autre qu’une Voie constante. » ... « Celui qui parle ne sait pas ; celui qui sait ne parle pas. » ... « Le plus grand carré n’a pas d’angle. » . J’ai encore le petit recueil de poèmes classiques dont elle m’a fait cadeau... Lingbao ... Le Joyau sacré... Ses jambes croisées, son sourire... Elle me branlait longuement debout, et c’était chaque fois merveilleux à cause de ses longs doigts doux, cruels, insidieux... Elle me demandait de la lécher ensuite, elle se concentrait complètement là-dedans... Puis de l’enculer... Voilà... Et puis de la prendre, de la faire jouir, d’attendre qu’elle ait joui pour jouir, pour donner mon sperme dans sa petite bouche méchante, folle, sévère... Et puis sourire... Et puis quelques poèmes... Et puis bonsoir... Jamais de politique... Le Tao... Et, un jour, au bout de deux mois, plus rien... Téléphone à l’ambassade, imprudence... « Mme Ysia Li est repartie pour Shanghai, monsieur... Non, elle ne doit pas revenir pour le moment... Non, monsieur, nous n’avons pas son adresse... C’est de la part de qui ? » Je raccroche ... Quatre ans plus tard, à Shanghai, j’ai cru la voir dix fois en me promenant seul, le matin, très tôt, sur les quais... Shanghai... La Dame de Shanghai... Jonques, chaleur, lumière du fleuve, étincelante... Est-ce qu’elle était là, quelque part, dans le grouillement ? Elle s’est
fait coincer ? Dénoncer ? De toute façon Voilà comment j’ai été un moment plutôt marxiste... Léniniste... Marxiste-léniniste... Maoïste... Une question de peau... Vous savez tout... Jusqu’en Chine... Je suis obstiné... Quand j’ai une sensation qui me plaît vraiment, j’irais jusqu’au bout du monde... Dans la lune... Disparue, Ysia...
 »
p. 31-32

«  J’ouvre ma machine à écrire, je tape : « Décollage... New York...[...] » [...] Paris et l’Europe sont très loin, tout à coup, comme arrachés de la page... Téléphone. L’annuaire. l’ONU ? le bureau de la délégation chinoise "Mme Li ? De la part de qui ? Un moment, s’il vous plaît, un long moment... Demain soir ? Oui ? Demain soir... »

p. 160

«  J’aime Ysia. Un cours de physique... »
p. 180. (Un aveu inhabituel chez Ph. S.)

«  Ysia, un souvenir de baise admirable... » p.104.

«  [ à propos de Femmes ] ... la recherche des clés de ce roman s’est portée exclusivement sur les personnages masculins. Le titre est Femmes, au pluriel et je vous assure qu’il y est question de beaucoup d’Eves ou de filles d’Eves, notamment une Chinoise et une joueuse de clavecin. »
La Divine Comédie, Desclée de Brouwer, 2000 - Gallimard/Folio, p. 155

«  Il a fini par partir un jour (« François est en Chine ? J’espère qu’il s’amuse bien. - Comptez sur lui »), c’était, si j’ai bien compris, une façon d’aller plus loin avec son professeur, la gracieuse et discrète Mme Li, avec son sourire permanent, ses réponses toujours à côté, ses petits rires vite étouffés dans la main, ses yeux d’encre. Il était ému, je crois (« ça y est, je sais maintenant deux mille caractères, le plus amusant est le travail des tons, pour la voix »). »
Passion fixe, Gallimard, 2000

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4 Messages

  • Viktor | 17 octobre 2006 - 08:23 1

    Le « carnet rouge » de Sollers qui vaudra de l’or après sa mort est en lieu sûr. Coffre d’une banque de Genève ? Archives du Vatican - comme son exemplaire de La Divine Comédie remis à Jean-Paul II ?
    ...Faute de cet accès privilégié, nous ne pouvons que suivre le narrateur dans le dédale du roman et des cailloux qu’il sème au fil de ses entretiens, articles et autres livres.
    ...Sollers qui affirme que tout ce qu’il dit de ses Femmes est vrai, à commencer par les lettres de Sophie. Laquelle, poursuite du roman, du jeu ou de la réalité a été interviewée par Jacques Henric pour Art Press N°89, février 1985. ( Info de Albert Gauvin qui rappelle que Sollers est un joueur hors pair). Yzia Li - Gong Li ? ...Pour le plaisir des parallèles qui se rejoignent à l’infini ... Au paradis sollersien.

    PS : C’est une mauvaise lecture des fichiers « log » du serveur hôte de « pileface.com » qui m’a fait vous imputer une localisation en Suisse. Aussi, ma question, je le comprends, tombe dans le lac. Mais, Genevois ou Bruxellois, vous êtes le bienvenu en pays Sollers ...balisé, insolite ou incongru, avec ou sans accent vaudois.


  • anonyme | 14 octobre 2006 - 15:20 2

    Ah non, pas du tout Genève ! Ce n’est que Bruxelles, hélas ! Où êtes-vous allé chercher Genève ? Je ne crois pas qu’on parle beaucoup de Bruxelles chez Sollers... avec raison, à mon avis !
    Mais ceci dit : je me permets d’insister, parce que ça m’intéresse vraiment, cette photo. Il s’agit bien d’Isia ? Le prof de Chinois ?


  • Viktor | 6 octobre 2006 - 12:27 3

    Merci de votre visite sur pileface.com/sollers et de votre intérêt pour Yzia Li...
    Compte tenu de votre adresse courriel, peut-être pouvez-vous nous donner des nouvelles du personnage de Sophie de Femmes et de Portrait du joueur dont le narrateur nous dit qu’il est « médecin à Genève »...


  • anonyme | 6 octobre 2006 - 11:16 4

    Ca alors ! Vous voulez dire que cette photo... Nooooon ? Si ? Ouaw ! La fiction et la réalité au même niveau ?