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Concha-Maria-E.S.M.-Eugenia

D 2 mars 2009     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


2009, Sollers évoque dans un entretien avec Catherine Ceylac , « l’employée de maison », qui en 1951 - Sollers a quinze ans - entre au service des Joyaux, ses parents. Elle est la Concha de Une curieuse solitude(1958).

« Une curieuse solitude, le premier livre d’un tout jeune écrivain, Philippe Sollers. C’est un singulier récit à la première personne, fluide et ferme, d’une « écriture sans faille, sinon sans complaisance. Au départ, le sujet semble banal. Quoi de plus ordinaire, en effet, que les amours d’un garçon de seize ans avec la belle Espagnole de trente ans qui tient la maison de ses parents ? »
note Dominique Aury, dans la NRF de janvier 1959.

Si le sujet semble banal, la belle exilée espagnole, anarchiste, va non seulement occuper une place centrale dans le roman, mais jouer un rôle fondateur dans la formation et la révélation de la personnalité du jeune Philippe Joyaux :

« la femme fondamentale, le souvenir sexuel principal (...). Elle lui indique, de façon extrêmement nette (...) que sa boussole insistante, directe, précise, discrète sera à jamais le sexe. Elle modèle une certaine image de la femme : généreuse et perverse, transmettrice magnifique d’expériences ; souvent étrangère, porteuse de dissemblance »
Gérard de Cortanze Philippe Sollers, ou la tentation du bonheur (2001). La biographie qui va le plus à fond dans l’enfance et l’adolescence de Sollers, la matrice du Sollers écrivain.


Crédit France 2, Thé ou Café, 18/01/09
Dans Une curieuse solitude (1958) :

En dédicace : "à E.S.M."

« Ainsi passèrent mes premières vacances avec Concha. Et, de ce nom qui signifiait à la fois crique, écaille, coquillage - mais aussi la plage elle-même -, j’entrevoyais la beauté ronde et rugueuse, crissante comme le sable qu’on fait jouer entre les doigts mouillés, la beauté ciselée par on ne sait quelle obstination, isolée pour qu’elle puisse avoir ce charme des objets ramassés par hasard. Mais bientôt on ne peut plus se passer d’eux tant ils nous semblent parfaits, doués d’un pouvoir séparé du monde et pourtant sécrété par lui. Inaccessibles, il semble que la vie se soit retirée d’eux pour ne plus en troubler l’architecture. Ils sont là comme les vestiges de maintes retouches que nous ne connaîtrons jamais. Oscillant dans notre main, ils ne peuvent plus qu’être caressés ou détruits. Mais rien ne saurait les modifier sans les amoindrir. Ainsi, le nom de Concha, où l’accent placé sur la première moitié sonnait comme un appel de cor ou de colère, en se grossissant du « tcha li) final, s’apaisait, se refermait sur une satisfaction inattendue. Et ce mot, chargé de ses prononciations différentes, gisait en moi comme une vieille imagination que l’on enrichit à fout moment de ses trouvailles. La femme qui le portait me semblait coller si parfaitement à lui, que je ne la séparais pas de lui, que je ne la possédais vraiment que par son intermédiaire. Et je me disais, non sans emphase, que, de même que les coquillages si nous les approchons de notre oreille nous font « entendre la mer li) d’où ils sont éclos, de même, à les côtoyer, certains corps - par quelle illusion ? - nous rendent le murmure de l’infini matériel. »

Philippe Sollers
Une curieuse solitude
Point Seuil, p. 65.

Dans le Coeur absolu (1987) :

« E.S.M. a toujours été pour moi une sorte d’ange, comme dans ce tableau du Greco. Et qui n’a évidemment rien d’asexué, bien au contraire. Cet ange signifie la gratuité. Les dieux, tout ce qui est de l’ordre du divin, sont là pour signifier aux hommes la gratuité. Un don qui surgit, ça ne se monnaie pas. Le don d’E.S.M. ne se monnaie pas. »

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Le Greco Le Martyr de saint Maurice, détail.
Couverture de l’édition Points/Seuil Une curieuse solitude.

Elle devient Maria dans Studio (1997).

« Plus bas, vers la Seine, c’est le royaume d’Ingrid. Et là-bas, vers Monceau, celui de Maria, revue à Paris bien des années après, en cachette. Comment font-ils pour avoir une vie dite normale, observable, fixe, découpée, avouée ? Pour dire « Ma femme et moi », par exemple ? Pour ne déclarer qu’une seule adresse, un seul amour, un seul vice, une seule tombe ? Pour se mépriser à ce point ? Contrôle, contrôle. Le tribunal moral nous a condamnés ? C’est dans l’ordre »

Et son portrait est dévoilé dans Philippe Sollers,Vérités et Légendes de Gérard de Cortanze.

Notons, au passage, que le goût de l’étrangère née avec E.S.M. se manifeste - hasard ou nécessité inconsciente - dans la femme qu’il choisit d’épouser, Julia Kristeva, de nationalité bulgare.

Notons aussi que Sollers affectionne la terminaison "a" pour les femmes essentielles de sa vie : Julia, qui apparaît parfois sous le dom de Deborah dans ses romans, Dominique Rolin : Dora, Cecilia Bartolli : Cecilia, en clair, dans Le Coeur absolu, cofondatrice de la «  Société du coeur absolu, fondée le 8 octobre 1894, à 18 heures, à Venise, par beau temps. [...] Statuts "Lu et approuvé : Sigrig Brodski (philosophe), Cecilia Fornari (musicienne), Marco Leonardo (musicien), Liv Mazon (comédienne), Ph. S. (écrivain). » »

Concha-Maria-E.S.M.-Eugenia(*), un des personnages féminins essentiels qui traversent l’ ?uvre et la vie de l’écrivain jusqu’à la Viva des Voyageurs du Temps - un patchwork de femmes rencontrées par Sollers - si l’on s’en tient à ses déclarations. De Concha à Viva, un monde de femmes qui reste à décrire. Un autre voyage à entreprendre, et plusieurs fois, Philippe Sollers a publiquement regretté, lors d’entretiens, que personne ne s’y soit lancé.

(*)Eugenia, son prénom réel était déjà E.S.M. 


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