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Tel Quel - Mouvement de juin 71

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D 7 janvier 2007     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Nous reproduisons ci-dessous les couvertures des trois seuls numéros du Bulletin du Mouvement de juin 71, de facture artisanale (ô combien !) que Philippe Sollers, Marcelin Pleynet et la "minorité" de Tel Quel sortirent peu de temps après la publication des Positions du Mouvement de juin 71 dans Tel Quel 47 (numéro consacré par ailleurs, et ce n’est pas un hasard, à Roland Barthes, octobre 1971) .

Le Mouvement de juin 71 ?
Dans son Histoire de Tel Quel (Seuil, 1995, « Tel Quel fait sa révolution culturelle », p. 384-441), Philippe Forest rappelle que ce fut une véritable déclaration de guerre contre le PCF — les alliés d’hier — et « l’hégémonie idéologique bourgeoisie-révisionnisme », mais aussi que « cette guerre fut également un jeu » :

L’entreprise prit un tour souvent carnavalesque. On aurait tort de croire que le comique de l’affaire fut seulement involontaire. Avec une ironie qui prend parfois les apparences de la plus extrême gravité, des écrivains d’avant-garde s’amusent à se mobiliser sous le plus coloré des étendards que leur fournit une bien terne époque.

Forest écrit aussi :

Plus que dans les textes souvent austères de Tel Quel, on retrouvera — découvrira — dans cette publication le ton perdu d’une autre époque. L’impression d’ensemble, à lire ces textes aujourd’hui, est celle d’un gigantesque canular, d’une superbe plaisanterie dont le seul mauvais goût naîtrait de ce qu’elle se serait choisi comme lointain prétexte un des épisodes les plus sanglants de l’histoire chinoise contemporaine.

Pour resituer ce qui n’est sans doute pas qu’un « canular » dans son contexte et en mesurer les véritables enjeux, on se reportera aux extraits du journal de Marcelin Pleynet publiés dans L’Infini 96 (automne 2006, p. 103 à 105) et aussi, sur ce site, entre autres, à notre article La Chine toujours, de Tel Quel à L’Infini.
Pleynet, après avoir rappelé ce qui a toujours fait le fond de l’affaire — l’intérêt pour la Chine ancestrale, le Taoïsme, la culture chinoise en général —, écrit le 23 février 2006 :

Je dois dire qu’en ce qui nous concerne, dans cette guerre que nous avons gagnée, nous nous sommes tout de même considérablement amusés, et de toute évidence ce n’est pas fini.

Le numéro 1 est daté du 15 mars 1972, le numéro 2/3 du 30 avril et le numéro 4 du 1er octobre. Les couvertures et les sommaires parlent d’eux-mêmes.



En couverture du numéro 2/3 : des idéogrammes chinois. Il s’agit d’un poème de Mao Tse-toung dont la traduction figure en 4ème de couverture. Le texte chinois et sa traduction avaient déjà fait l’objet d’une publication, avec d’autres poésies, dans Tel Quel 40 (hiver 1970) sous le titre : Dix poèmes de Mao Tse-toung, lus et traduits par Philippe Sollers (ils seront repris dans Sur le matérialisme, Seuil, Coll. Tel Quel, 1974).

Voici le poème :

REPONSE AU CAMARADE GUO MO-RUO.
9 janvier 1963

planète minuscule
mouches grises contre un mur
wong wong
grands cris gelés pour les unes
les autres étouffent leurs pleurs

fourmis au pied d’un acacia
se vantant d’être une grande nation
insectes voulant ébranler un arbre
facile à dire

maintenant vers Chang-an chute des feuilles par le vent d’ouest

flèches volant vibrantes

que de choses à faire depuis toujours
ciel et terre en révolution - temps bref
trop long dix mille ans
agir sur le champ

les quatre mers se retournent
les nuages et l’eau se déchaînent
les cinq continents tremblent
le tonnerre le vent sont violents

insectes nuisibles à balayer sans reste
ennemi à rendre impossible

Lecture et traduction de Philippe Sollers [1]

[1] Je dois remercier ici Ysia Tchen qui est un guide sûr pour la connaissance de la langue chinoise (Ph. S.) [1].






[1

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Guo Mo-ruo

Mao a écrit un autre poème également intitulé Réponse au camarade Guo Mo-ruo le 17 novembre 1961 et également traduit par Sollers.
Marcelin Pleynet le reproduit et en parle dans  Le bandeau d’or , les notes qui se situent à la fin de  Stanze (Seuil, coll. Tel Quel, p. 160 et suivantes).

Voici le poème :

REPONSE AU CAMARADE GUO MO-RUO
17 novembre 1961

vents et tonnerres se levant sur la grande terre
aussitôt fantômes naissant sur les tas d’os blancs
le bonze est idiot mais éducable
les catastrophes viennent des génies malfaisants

le singe d’or brandit son bâton de mille livres
dix mille li sans poussière et l’univers devient jade
appelons aujourd’hui Sun le grand parfait
devant le retour en brouillard des monstres

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