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Les personnages féminins chez Sollers

Jill avait 26 ans. Moi 32.

Un amour américain

D 15 mai 2006     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Cette nouvelle (Un amour américain), publiée en 1999, "écrite sur le ton autobiographique, le narrateur, (l’auteur ?) raconte son bref et lumineux amour avec Jill, la belle New-Yorkaise" dit la quatrième de couverture.

L’auteur mêle effectivement des éléments autobiographiques dans une trame de fiction. Souvenons nous juste que Sollers a suivi Julia Kristeva à New York dans les années 1970, quand celle-ci avait accepté un poste de "Visiting professor". L’adepte du "conformisme transgressif" qu’est Sollers dans la relation du couple rend néanmoins souvent hommage à celle qui a su s’adapter son pacte de vie. Jill dans cette nouvelle emprunte certains souvenirs de Julia. Jill, Julia...

Tu te souviens de cet été-là ? m’a dit Jill avant de partir
- Le plus heureux ?
- Le plus lumineux

op. cit. p.7

Ce qui a été ne passe pas. On demeure ce qu on est si on a connu un grand été. « Je suis
été » : le français permet cette clarté d’orage. Les tempêtes, ici, ont toujours été magnifiques, éclairs claquant de partout, explosions, lasers, foudre, signatures instantanées ciel-eau. Fin juillet fin
août, le festival a lieu, mais avec fracas. Le vieux
Zeus se déchaîne, on le croit absent ou endormi
on le sous-estime. Il frappe où il veut, quand il veut.
« Nous sommes été. » Nous le sommes toujours.

Jill avait 26 ans. Moi 32.
C’est notre âge.
On l’approfondit, voilà tout.

Depuis quelque temps, les astronomes disent que dans dix millions de milliards de milliards d’années, la matière des atomes sera disloquée et écartelée dans une soupe d’énergie quantique fluctuante : l’univers, bourré d’énergie, sera ? devenu du vide. Il fonce déjà vers le vide. Toutes nos histoires, tragiques ou comiques, ne sont que du vide s’auto dilatant et repoussant du vide. Il est préférable de le savoir.

Pas de photos, pas de films donc : des visions rapides.

« Mais vous étiez bien gauchiste ?

- Si vous voulez.

- Pas de regrets ?
- Aucun. Le gauchisme, comme vous dites, est une maladie infantile dont on guérit. En revanche, le fascisme et le communisme sont des maladies d’adultes dont on ne revient pas. Même chose pour le conformisme qui est la maladie constante et mortelle. Lourdeur. »

Pour le dire d’un mot, la grande affaire humaine est puritaine. La Centrale de Refoulement, voilà le gouvernement local et global. Niaiserie ou brutalité. Pudibonderie ou saloperie.

Li-tseu, dans son traité Du vide parfait, écrit le dialogue suivant :

« Pourquoi estimez-vous le vide ?

- Le vide se moque de l’estime.
- Quel nom peut-on donner au vide ?

- Aucun. Quand on tente de nommer l’inef-
fable, rien ne vaut le silence et le vide. Dans le silence et le vide, on trouve où demeurer. Brisez le silence, remplissez le vide, vous ne trouverez nulle part où aller. »

Juste après, il rapporte cette parole de Yu Xiong, le maître du roi Wen de la dynastie des Zhou :

« Mouvement infini du monde,
Le Ciel et la Terre changent en secret. Qui s’en aperçoit ? »

Jill se souvient de ces passages.

Quand on dîne ensemble, aujourd’hui, le « être été » nous précède. Un temps vertical passe à travers nous, on se pardonne de voyager dans le temps horizontal fatal. Délicatesse, prudence. Tu es un trésor, moi aussi. Les tables à côté font du bruit ? Tu entends quelque chose ? Pas moi.
Comment est Jill ces temps-ci ? Belle. Et encore ? Belle, point.


op. cit. p. 26-29

D’autres extraits


Jill, Julia... Décryptage (suite)

Philippe Sollers et Julia Kristeva se sont mariés l’été 1967, Julia avait 26 ans et lui allait sur ses 31 ans. Juste les petits écarts que l’auto-fiction se doit d’introduire.

Cet été là, c’est bien sûr à l’Île de Ré, dans l’ancienne maison familiale détruite puis reconstruite après la guerre. Face à l’océan.

Mais un roman de Sollers, ou une nouvelle, transmute, avec grande liberté, les éléments autobiographiques pour en faire un exercice d’exploration de la langue, de la pensée, de l’écriture. Un exercice, aussi, de peinture de son temps, par petites touches impressionnistes dont l’espace du tableau s’étendrait sur l’ensemble de son oeuvre. Sa technique ressort aussi du collage et de la déstructuration de Picasso pour montrer à la fois la face et le profil, l’envers de l’endroit, l’arrière plan du premier plan, le symbolique du réel ou vice versa. Avec mise en musique des idées et des mots. Art de la fugue.

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