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SEXUS POLITICUS : Le pouvoir vu par un libertin

D 5 avril 2017     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Temps de présidentielles, débats, analyses, il faut renverser la table de l’Europe (leitmotiv)…, prendre l’argent aux riches, au grand patronat (litanie populaire), et le candidat qui vient de la Banque, lui, intitule son livre « Révolution »… Faut-il rappeler le mot de Baudelaire qu’aime reprendre Philippe Sollers : « La Révolution a été faîte par des voluptueux ».
Où sont les voluptueux dans cette campagne ? le trublion Poutou ? le berger Lassale ? l’austère Hamon ? le sourcilleux Fillon ?... Macron ? Il n’a pas encore passé sa mue… Mélenchon, le célibataire revendiqué peut-être plus, mais il ne veut pas y aller, Marine Le Pen… elle courtise déjà Poutine mais est-ce suffisant pour en faire une Catherine de Russie, voluptueuse gloutonne ?
…Nathalie Artaud en porte-drapeau du tableau d’Eugène Delacroix pour la commémoration des journées révolutionnaires de juillet 1830 ?


Delacroix, La liberté guidant le peuple, 1830.
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Pourquoi brigue-t-on le pouvoir ? Quel est le ressort caché qui fait les vainqueurs ? …Peut-être faut-il relire Sexus politicus pour nous éclairer et mettre un peu de légèreté dans le contexte glauque du moment. En voici une page, résultat d’un entretien des auteurs avec Philippe Sollers, le 17 juin 2005 :

Le pouvoir vu par un libertin

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La scène se déroule en 1988, au 17, rue de l’Université. Ce jour-là, l’éditeur Claude Gallimard organise un déjeuner avec quelques amis autour de Francois Mitterrand. Sont invités, entre autres, les écrivains Octavio Paz et Philippe Sollers. Ce dernier n’a rencontré le chef de l’Etat qu’une seule fois, en 1983, juste après la parution de son roman Femmes. Ce jour-là, Mitterrand, à peine arrivé, entreprend Sollers à propos de Casanova. L’écrivain n’a pas encore publié sa biographie de l’Italien gourmand de femmes - il ne le fera que dix ans plus tard [1] -, mais le président a l’air de savoir qu’il a ce goût en commun avec lui : « D’emblée, Mitterrand me dit qu’il est en train de lire les Mémoires de Casanova [2]. » Avoir acheté les Mémoires dans la légendaire édition Brockhaus und Avenarius de Leipzig restera d’ailleurs comme l’un des plus grands plaisirs de bibliophile du président. Sollers : « Mitterrand me propose de nous asseoir sur un petit canapé, et me conseille d’un ton entendu de faire attention à ma santé. Sur le moment je me dis que pour un peu il va me proposer un préservatif. » Vingt ans plus tard, au fond de son étroit bureau de chez Gallimard, Sollers en est encore estomaqué : « C’était extraordinaire, Mitterrand semblait ne penser qu’à ça. Il m’a même parlé de l’île de Ré, sur laquelle je situais certaines scènes de mon roman Le Cœur absolu, dans lequel j’évoque beaucoup Casanova. Mitterrand m’a parlé de I’île de Ré comme s’il avait envie de venir voir ce se passait dans les buissons, vérifier s’il y avait des nymphes. »

Contrairement à Kissinger, Philippe Sollers ne fréquente pas beaucoup les hommes politiques. Mais à l’en croire, « la littérature est un bon poste d’observation de leurs hésitations, de leurs cachotteries et de leurs exhibitions ». Biographe de Vivant Denon - auteur d’un roman érotique intitulé Point de lendemain, Sollers goûte les plaisirs de la chair et aime à discerner le rapport des dirigeants au sexe, Car pour lui, aucun doute, le pouvoir est lié aux femmes : on le conquiert pour les avoir et il exerce sur elles un magnétisme très fort. Sollers raconte à sa manière le cursus de Mitterrand, assez différent en fait de celui d’un Chirac ou d’un Sarkozy, plongés d’emblée dans le marigot parisien : « Devenir un homme politique important assez vite lui permet de dépasser sa condition de petit bourgeois charentais. Il voit s’ouvrir devant lui tous les lits et tous les boudoirs possibles. Dans cette course vers Casanova il a une épine dans le pied. Elle s’appelle Anne Pingeot. Cette femme incarne toutes les valeurs bourgeoises et puritaines traditionnelles. » Sollers a eu affaire à la mère de Mazarine : « Au milieu des années quatre-vingt-dix, je présente à l’auditorium du Louvre un film sur Rodin. J’y montre notamment des dessins érotiques, qui plus tard influenceront beaucoup Matisse. Au fond de la salle, une petite forme se lève pour me reprocher sur un ton comminatoire et hystérique d’avoir présenté ces dessins. C’est Mme Pingeot. » Là, il est tombé sur un os. On dirait Saint-Simon décrivant la dernière maîtresse de Louis XIV, Mme de Maintenon : ne l’aimant guère, il en avait fait une bigote allergique au péché de chair !

Jouisseur rigolard et érudit charnel, Sollers aime à cite cette phrase Baudelaire avait prévue pour une introduction aux Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos : « La Révolution a été faite par des voluptueux. » Pour l’homme de plume, Mitterrand fut le seul président de la Ve République. Les autres firent soit dans l’abstention, soif, plus souvent, dans la consommation effrénée de femmes, ce qui n’est pas la volupté. La galerie de portraits élyséens dessinée par Sollers ne manque pas d’humour. Le général de Gaulle : « Personnage dramatique, vie personnelle tragique. Coincé, pas sensuel, refoulement intégral. Abstention évidente. ‘ Bonsoir Yvonne’ à la fin du repas. A l’opposé du Bureau au parfum de chrysanthèmes de Mao, qui rechercha l’immortalité à travers six ou sept jeunes filles tous les samedis soir. » Georges Pompidou : « Je manque d’informations, mais il y a des indices. Ce président est plus avancé dans quelque chose de bourgeois, dans le genre des peintures d’Ingres. Une bourgeoisie classique qui prend le temps de s’occuper de sa chair. Pompidou est plus retors que de Gaulle, avec des ouvertures modestes du côté de la perversion, une possibilité de vice. » Valéry Giscard d’Estaing : « On revient à une bourgeoisie moins replète que celle de Pompidou. Adolescence prolongée, probable nigauderie. Consommant sans que cela le renseigne philosophiquement. »
Sollers s’intéressa de près à l’élection présidentielle de 1995. On raconte, ce qu’il ne souffre guère, qu’il s’enticha alors d’Edouard Balladur.
Aujourd’hui, il s’amuse quand on lui demande : « Alors Monsieur Sollers, Balladur et le sexe ? Réponse de l’écrivain : « Balladur ? Mystère. Peut-être le Sérail et les Odalisques, mais je ne crois pas. Coinçage charmant. Pas au courant. Dans cette nation frivole, c’est comme ça qu’on perd. Déjà Louis XVI, qui ne faisait pas son travail, ça a fini raide. » Le vainqueur de l’élection, c’est Chirac : « Il a toujours plu aux femmes ne serait-ce que par la vitesse d’exécution. Dix minutes, douche comprise, n’est-ce pas ? Je pense que ce n’est pas un grand sensuel, mais qu’il a faim, avec un côté bonne franquette, je dirais presque tête de veau. Un homme politique est dévoilé par ses goûts plastiques. Je ne me vois pas interroger longtemps Chirac sur une Vénus de Titien ou des angelots de Tiepolo. » Sollers observe déjà avec gourmandise les préparatifs pour 2007. Sarkozy : « C’est effarant. A côté de la plaque. On n’a jamais vu une femme plaquer un homme politique au milieu du gué. Vous imaginez Mme Chirac partant en 1995 avec Johnny Hallyday ? » Villepin : « il joue beaucoup de son physique. Le cri de la gargouille, le requin et la mouette, les voleurs de feu [3], c’est sympathique, mais très pubertaire. » C’est ainsi : avant de devenir des séducteurs apaisés, les plus hauts responsables de l’Etat ont été des jeunes gens cherchant à se rassurer sur leurs capacités à plaire… et leurs performances.

oOo

[2Entretiens avec les auteurs, 17 juin 2005

[3Des titres de livres de Dominique de Villepin.

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