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De l’usage des citations

+ Des citations et du plagiat

D 4 mars 2017     A par Viktor Kirtov - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Un des premiers articles de pileface, initialement publié le 25 mars 2005, indirectement remis dans l’actualité à partir du commentaire d’Hélène Mackay. Voir ICI.

Pour Sollers, à l’érudition littéraire encyclopédique, tout livre est, en quelque sorte, la continuation d’un même livre, agrégat des livres et de la pensée des auteurs qui l’ont précédé, réseau d’intertextualité, d’échos, de résonances. Sollers, gourmet littéraire, aime à truffer son texte de citations plus ou moins signalées. Citations intégrées au texte avec ou sans marque typographique, avec ou sans indication d’auteur. Appel de l’auteur à l’attention, à l’érudition, à la curiosité de son lecteur. Sollers n’aime rien tant qu’avancer masqué. Surprendre ! ...Au lecteur, le plaisir du dévoilement :

Collection de citations de Sollers
(en propre ou empruntées),
Voir ICI.

« Deux femmes et Ludi. Elles sont à table à côté de la mienne, elles discutent sérieusement, il n’y a pas d’hommes avec elles. Je bois mon whisky en continuant de lire mon livre, lequel déjà ? Ah oui, Le Crépuscule des Idoles(1). Je revois même la phrase à partir de laquelle j’ai arrêté ma lecture : “Tant que la vie est ascendante bonheur et instinct sont identiques.” Etais-je encore ascendant ? Mais oui. Encore un peu de champagne, les filles ? C’est pour moi. Elles acceptent, on parle de n’importe quoi, et voilà. »

PHILIPPE SOLLERS, Le Sujet, in l’Infini N° 88, Automne 2004


(1) Qui ? Vous séchez ? Un philosophe... Mais oui, bien sûr, Nietzsche ! A chacun son domaine d’excellence ! Ils en est d’autres que la littérature et la philosophie, et vous pourriez bien sûr, vous aussi, piéger Sollers sur un terrain qui n’est pas le sien. Celui de la littérature et de la philosophie peut se pratiquer en professionnel qui y dédie tout son temps, ou en amateur. Et à quelque degré que ce soit, y prend-t-on du plaisir ? Plus qu’entre savoir et non savoir, le bon critère, la vraie ligne de démarcation est là, non ?

Et dans quelles circonstances ceci a-t-il écrit ? Eh bien, c’est au cours de l’été 1888 - dans les six derniers mois de sa vie consciente - que Nietzche le rédige. Comme une récréation au milieu d’un travail pénible qui restera inachevé : la réalisation de son " Inversion de toutes les valeurs ". Dans le "Crépuscule des idoles", c’est toute sa philosophie que Nietzsche veut condenser, " en résumé", sous forme d’un pamphlet.

Philippe Sollers sème ses citations comme des cailloux sur son chemin. Pour nous. Pour lui. Pour le plaisir. Jeu de pistes. Découverte. Enfance, âge mûr. Dans le même
article, il dit ses doutes et son blocage du moment, " autobiographie totale ". Tout est dans mes livres :

" mange-toi et bois-toi toi-même. Continue à faire ça en mémoire de moi"

nous dit Sollers en conclusion de son article.

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Lieu de naissance et dernière Demeure du Philosophe Friedrich Nietzsche
Source L’Infini N° 88. Droits réservés


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3 Messages

  • Viktor Kirtov | 4 mars 2017 - 18:11 1

    Les commentaires rares rendent plus précieux ceux qui sont exprimés. Merci Hélène pour le vôtre.
    Une occasion aussi, d’ajouter ces quelques notes :

    Sur le sujet des citations non sourcées, on peut lire l’article « Les emprunts de Sollers aux Poésies de Lautréamont »

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    On peut aussi ouvrir le livre de Jean-Luc Hennig « Apologie du plagiat » publié par Sollers dans sa collection L’Infini, Gallimard, 1997 .
    En exergue :

    « Omne meum, nihil meum
    (Rien n’est à moi et tout est à moi) »
    Macrobe, Saturnales

    Avec en 4e de couverture, cette citation de William Burroughs :

    Et ceci :


    « Sade n’aimait pas les guillemets, qu’il jugeait, dit-il dans une note de l’Histoire de Juliette, une "bigarrure désagréable"
    […]
    Il arrive même à Sade d’illustrer son larcin par une apologie du vol : le vol s’effectuant sous nos yeux au moment même où on le célèbre. Relisez son discours (qu’il dit avoir acheté le matin au palais de l’Égalité) « Français, encore un effort si vous voulez être républicains », inséré dans La philosophie dans le boudoir. « Il est certain que [le vol] entretient le courage, la force, l’adresse, toutes les vertus, en un mot, utiles à un gouvernement républicain, et par conséquent au nôtre. » « Il y avait un peuple qui punissait non le voleur, mais celui qui s’était laissé voler, afin de lui apprendre à soigner ses propriétés. » « Imitez la loi sage du peuple dont je viens de parler ; punissez l’homme assez négligent pour se laisser voler, mais ne prononcez aucune espèce de peine contre celui qui vole. » Sade a raison de demander l’acquittement du voleur, car il a volé ce paradoxe à 1’« Apologie de Raimond Sebond » de Montaigne (Essais, II, 12). »
    [Jean-Luc Hennig, Apologie du plagiat, p. 138]

    [Lectrice, lecteur, toute ressemblance avec des personnes et faits de l’actualité politique en France, début mars 2017 , ne serait que fortuite et infondée !]

    …Et Faulkner ! Et Sollers ! « Paradis, sans ponctuation ni guillemets, est souvent fait de prélèvements recyclés, La tension, c’est de montrer, précisément à travers une histoire monumentale, que tout est disponible, mais, pas dans le passé, immédiatement là. À la limite, ce ne sont pas des citations, mais des preuves qu’on avance, en même temps qu’on poursuit son discours. » [op. cit., p. 36]

    A ce sujet, lire un essai d’identification des prélèvements recyclés dans « Paradis de Ph. Sollers : Edition critique et commentée », (soutenance de thèse de Thierry Sudour)

    oOo


  • Hélène Mackay | 3 mars 2017 - 19:43 2

    À nouveau étonnée, sinon peinée qu’il n’y ait ENCORE AUCUN COMMENTAIRE, j’écris pour l’instant ceci : Merci Philippe Sollers, Victor Kirtov et l’équipe de Pileface pour tout. Pour ces « citations », ces « preuves de l’activité de l’esprit. »


  • alicia | 29 mai 2006 - 20:15 3

    EXUBERANCE (témoignage)
    Avril, en Auvergne, je descends le long d’une route bordée de vergers. Tout est normal, détente, présence intense, et puis CELA se passe. Les fleurs ne sont plus mes fleurs mais des énergies vibrantes, colorées, fraiches, innoncentes, de tout le paysage émane une douce présence légère aimante ou tout est en harmonie avec tout. Je ressens l’air comme une matière épaisse, consciente, sensuellement fendue par le vol de deux oiseaux. J’ai trouvé le Paradis Terrestre, un paradis des sens, il était là, tout simplement... ici et maintenant.
    Mais, une partie de mon ressenti de l’Etre des fleurs m’avait échappée et m’obsédait.....Puis, un livre " Une vie divine", une citation : "Je trouve en toutes choses une EXUBERANCE que je nomme divine. Et comme je la trouve aussi dans mon ame, j’appelle mon ame divine". EXUBERANCE, c’était le mot que je cherchais depuis des mois, nous sommes EXUBERANCE, c’était cela que m’avaient dit joyeusement les fleurs, et du coup, moi aussi, j’étais un enfant de l’Amour, du Jeu et du Plaisir Gratuit, pas d’une mécanique hasardeuse ou nécessaire.
    EXUBERANCE, merci au poète, merci du mot qui ramène mon corps au Paradis ;
    P.S. Paradis, voile terne, l’alternance n’est pas si facile à vivre pour moi. Si vous avez réussi à infuser l’énergie de l’Autre Réalité de ce coté-ci du voile, dans les mots, les actes, merci de me parler de votre expérience ( pas de oui-dire) alicia.defierbois@caramail.com