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La maison du Martray (I)

La chronique de l’été

D 17 juillet 2014     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Ars-en-Ré sur l’Île de ré, le hameau du Martray, le carré des aviateurs anglais au cimetière d’Ars-en-Ré... font partie des lieux de Sollers, depuis son enfance. Il en a parlé dans ses livres et entretiens. A quoi ressemblent ces lieux, là où la mer, le vent, le ciel constituent le cadre naturel dans lequel il écrit lors de ses séjours de printemps ou d’été ?

LE MARTRAY


A l’endroit où l’île s’étrangle, en son milieu, pour laisser passer la route et maintenir à flot, une mince bande de terre donnant sur le Fier, ce marais entre l’île et le continent l’eau y monte et descend au gré des marées, c’est là qu’est la propriété familiale de Philippe Sollers. A côté du restaurant « La cabane du Fier » sur la commune d’Ars-en-Ré.

La maison est cachée derrière un portail vert bouteille débouchant sur une petite ruelle. Pas de nom sur la boîte aux lettres. Juste un graffiti gravé avec un objet pointu : « 19 Joyaux ». Comme on disait « Joyaux au poteau ! », adresse aux deux frères Joyaux, son père et son oncle industriels à Talence, quand les ouvriers en colère manifestaient. Mais ici, on ne sent pas la révolte, l’écriture est appliquée, l’inscription centrée. Peut-être l’œuvre d’un facteur désireux de faciliter le repérage pour un remplaçant...? Si c’était l’intention des propriétaires de mentionner leur nom, il y a un porte-étiquette à cet effet, mais en déshérence... L’infirmière appelée par Philippe Sollers pour lui administrer des piqûres destinées à le soulager d’une sciatique a d’ailleurs eu du mal à trouver la maison. Nous l’apprenons ce détail dans L’année du Tigre. Son île est là dans nombre de ses écrits et entretiens. Un détail, une notation sur l’eau, le vent, les saisons, la nature, les oiseaux, la tempête, un commentaire nous ramène à son île. La maison a été détruite pendant la deuxième guerre mondiale et reconstruite après la guerre. Philippe Sollers s’est aménagé son bureau dans une dépendance annexe de la maison et une piscine extérieure a été ajoutée à la construction initiale.

Le petit canot jaune que l’on voit sur certaines photos de l’iconographie sollersienne, était là adossé à une haie. La possibilité de cette île c’est celle de l’enfance, de la solitude et de l’écriture, sa grande affaire dans cette île. Les volets étaient clos, ceux de la maison et ceux de son bureau dans le bâtiment indépendant voisin. C’était quelques jours avant Pâques 2013, le portail était ouvert, la piscine découverte. Peut-être que l’homme d’entretien préparait les lieux pour l’arrivée imminente de Philippe Sollers ? Avril, Pâques dans le calendrier sollersien déclenchent sa venue dans la maison du Martray donnant sur le Fiers d’Ars. Le promeneur qui s’en donne la peine peut aussi facilement y accéder côté Fier, en contournant le pâté de maisons attenantes.
C’est une belle maison, les pieds dans l’eau, mais rien d’une maison de star au clinquant ostentatoire.
Une belle propriété familiale de vacances, composée de plusieurs bâtiments, où l’on revient chaque année depuis toujours, qui vieillit avec ses habitants, où l’on a ses habitudes. Les peintures et les façades prennent la patine du temps. L’air marin fait son œuvre en prenant son temps, mais un rayon de soleil, lui redonne vite tout son lustre. Une maison à vivre et travailler loin des bruissements de la ville et ses futilités. Le temps retrouvé, la guerre du goût apaisée - le repos du guerrier, quartiers d’été obligent, pimentés d’un zeste iodé et de ciel bleu pour l’encre de son stylo.

*

L’Ile Dans Femmes

S. y est un écrivain (Philippe Sollers), Deb (Deborah) y est Julia Kristeva, la femme du narrateur... (dédoublement de Sollers dans le personnage de S. et du narrateur). Le fils du couple est ici nommé Stephen.

La maison est cachée dans un renfoncement de l’île... A l’endroit le plus étroit, un isthme... D’un côté l’océan ; de l’autre, aussitôt, une série de lacs intérieurs, de lagunes, de marais salants comme un échiquier de miroirs... C’est l’un des arrière-grands-pères de S., officier de marine à Bordeaux, qui est venus s’installer ici pour chasser... Vieille ferme isolée, rasée par les Allemands, en 1942... « Mur de l’Atlantique »... Ils foutaient en l’air tout ce qui gênait leurs canons vers le large... Reconstruction après la guerre... De nouveau un jardin, des arbres... On voit l’eau de partout, on a l’impression d’être constamment traversé par l’eau... L’île est plate, couverte de cupressus, de pins parasols bas et de vignes... Radeau comme un plancher de pont de bateau... Lumière bleu-blanc, nacrée, papillons dans l’air...

J’ai une grande pièce à l’écart du centre de la maison... Ma machine à écrire donne sur un laurier... Droit devant moi, je pourrai observer les marées monter, descendre, remonter lentement, souvent avec le vent, du fond de l’horizon vert... En route pour le mouvement immobile... Navigation des navigations... Il va falloir y aller, cette fois, jour et nuit, à l’envers de l’ombre...

On dîne joyeusement, Deb, Stephen, et moi...

*

Tempête sur Ré et la Vendée en 2010

C’est une chose d’apprendre de loin des tremblements de terre ou des raz de marée sur différents points de la planète, c’en est une autre d’être directement visé par une dévastation imprévue. J’ai donc passé une nuit blanche en pensant à ma maison de l’île de Ré, qui, en principe, aurait dû être ravagée et inondée lors de la récente catastrophe. Petit miracle : presque rien, alors que l’endroit est très exposé et avait été sinistré il y a dix ans. La violence du vent et de la marée a surpris tout le monde, et rien de plus atroce que les pauvres gens des zones inondables noyés, à trois heures du matin, pendant leur sommeil. On leur avait annoncé une alerte rouge, ils se sont enfermés chez eux, et seuls quelques-uns ont pu sortir par les toits et être sauvés par des hélicoptères. Personne n’a pu m’expliquer pourquoi cette tempête très étrange (ville de La Rochelle inondée) avait reçu le nom de Xynthia, prénom aussi barbare qu’obscène. Ma nuit blanche n’est pas grand-chose (communications coupées, pas moyen d’avoir le moindre renseignement) si l’on considère le nombre de morts, les digues explosées, la honte et la misère des constructions dans des zones dangereuses. Pendant des heures, on devient pure violence, vent déchaîné, vagues déferlantes, terreur enfantine. Durant quelques jours, l’île a été coupée en trois, ce qui l’a ramenée à ce qu’elle était au XIIe siècle. La Nature a-t-elle des raisons d’être aussi mécontente ? Il faut croire. En tout cas, on peut souffrir pour un paysage comme pour un deuil injuste et brutal.

La chronique de Philippe Sollers dans Le Journal du Dimanche
samedi 27 mars 2010

*

En 2014, au détour d’un entretien, il évoque ainsi la catastrophe :

« Vent de sud-ouest et grandes marées sont synonymes de danger. Je garde en mémoire les inondations meurtrières de l’île de Ré (en 1999 et 2010, NDLR), où j’habite une partie de l’année. Les maisons épargnées étaient les plus anciennes. L’eau est arrivée au seuil de ma porte.
En cas de déprime, apprenez des poèmes par cœur ! Ou lisez la correspondance de Voltaire chaque matin.
J’adore marcher pieds nus à Venise, lors des périodes d’acqua alta (hautes eaux). On relève son pantalon, on ôte ses souliers, c’est plus agréable que de chausser des bottes ! »

Le Parisien, 13/02/2014

Le rapprochement de Ré et de Venise n’est pas inopportun : les marais et la lagune en commun !

L’ÎLE DE RE OU LE TEMPS RETROUVE

Celui de l’enfance et de la filiation. Nous l’avons évoqué, la propriété est un héritage du côté maternel, un arrière-arrière grand père a acheté la maison dans l’île de Ré. « La fameuse île de Ré, centrale, fondatrice » note Gérard de Cortanze dans Philippe Sollers, Vérité et légendes [1] à la suite de ses entretiens avec l’écrivain :


L’eau

« Je ne me sens bien qu’auprès de l’eau, près de l’eau, au bord de l’eau. Et entouré d’oiseaux, c’est important .. mouettes, goélands, hérons, aigrettes. Dans l’île de Ré, je suis à la limite d’une réserve d’oiseaux. Voilà. C’est un mouvement continuel. Le mien. »

Cet amour de l’eau et de la nature partagé par son ancêtre Philippe Rey, le marin, celui qui a acheté la maison et laissé dans la bibliothèque familiale, là encore sur étagères, un « livre, tranches de cuir d’or, reliures superbes, orné de relevés des côtes de l’Afrique, de dessins de manœuvres ». Son titre « Manœuvrier ou essai sur la théorie et la pratique des Mouvements du Navire Et des Evolutions Navales » écrit par M. Bourdé de Villehuet, Officier des Vaisseaux de la Compagnie des Indes. C’est le livre de l’ancêtre : « ça appartient au passé légendaire de la famille ». A l’intérieur, des notes à l’encre noire, que le temps a rendues rouge-brun note encore Gérard de Cortanze [2]. L’ancêtre marin, le père de Louis l’escrimeur-champion-du-monde, le patriarcheévoqué par Philippe Sollers dans Portrait du Joueur :

« Et voici le paysage immédiat, de nouveau, en ouvrant les yeux, et je pense que je suis assis, un siècle après, à quelques mètres de la place où Louis guettait, son fusil à la main, le passage des canards sur le petit lac lié à la mer. Voyant les mêmes nuages se refléter sur la même eau bleu-lourde, planctonneuse, pleine d’algues, de sel et d’anguilles, marquant le même point d’observation, de concentration ; sa passion à lui étant de viser, de tirer, d’atteindre une cible en mouvement, de coïncider avec le cœur chaud et plumeux du mouvement, juste un peu en avant des oiseaux, des corps. Dépensant une même énergie au pistolet, à la carabine, au fleuret, à l’épée, au sabre ou au bridge, ou encore dans le sillage »

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26/06/2002. Photo Sophie Bassouls

Et ceci, qui vient du Coeur Absolu : « On retourne sans cesse dans l’eau comme pour laisser l’empreinte de nos corps dans les vagues. Si on pouvait se laisser là, invisibles... Elles plongent, elles se replongent... » Mauriac avait ce qu’il appelait sa « querencia ». Et Philippe Sollers ? La réponse est dans un numéro de la revue Lire, publié en 1985. Elle nous intéresse vivement : « Oui, l’île de Ré. Dans un endroit très isolé, dans l’océan pratiquement. J’aime l’eau. Des vignes, non. Des Landes, non. La campagne, non. Mais des ports. De l’eau, de l’eau, de l’eau. L’idée qu’on peut s’embarquer, partir. »

*

Le secrétaire de son père

Après le lien maternel, autre lien filial, dans l’île, le secrétaire sur lequel il écrit, c’est celui de son père, le silencieux du couple, celui pour lequel, Sollers en forme d’hommage réhabilitateur, déclamera un sermon de Maître Eckart sur la fosse encore ouverte, lors de ses obsèques. Evénement évoqué dans un beau passage des Samouraïs de Julia Kristeva. :

« Par la bouche d’Hervé [3], Maître Eckhart parlait de Jean de Montlaur [4] : son élégante simplicité était en effet une sorte de « pauvreté », une pauvreté « quitte de Dieu ». Hervé pensait que son père était athée, mais qu’il setenait aussi dans une région dissemblante de la foi. :

L’humilité de l’homme différent, louée au début du sermon, s’élevait brusquement en l’affirmation de sa volonté infinie. « Et l’aurais-je voulu..., si je n’étais pas, Dieu ne serait pas non plus... Là je reçois une secousse qui m’emporte et m’élève au-dessus de tous les anges... Que l’on comprenne cela n’est pas nécessaire... »

De fait, personne ne comprenait rien. Tout le monde demeurait stupéfait par l’audace d’Hervé plus que par ces paroles obscures dont on pressentait la portée subversive sans vraiment la saisir.

[...]

Parce que la mort est inconnaissable, on croit mourir au moment de la disparition de ceux qu’on aime : père, mère, enfant, mari et femme quand ils se sont adorés, ce qui arrive parfois. Mais la mort des autres, au fond, nous laisse intacts. Quand elle ne nous tire pas des larmes égoïstes sur notre propre trépas. En réalité, Jean était pour Olga [5] unautre,un étranger. En outre, lui-même aurait détesté l’emphase. N’empêche, elle découvrait dans ce cimetière qu’ici Montlaur était son père. Elle n’en avait pas d’autre, en français, après la mort de Benserade et celle d’Edelman. »

Dans Le film d’André S. Labarthe, consacré à Philippe Sollers, le sécrétaire est là, étagères couvertes de livres. À gauche, porte-fenêtre entrouverte ; à droite, fenêtre fermée. La main de Philippe Sollers au-dessus de son cahier, pages noircies d’écriture. Caresse des mains sur le papier. Sensualité. Bruits de mouettes, de mer. [6]

La filiation marine de l’ arrière-arrière grand-père maternel, le secrétaire du père prolongent le passé dans le présent. Un continuum incarné. Philippe Sollers est dans son élément, en symbiose avec lui, avec le lieu, la Nature, les vivants et les morts. Dans le Temps et hors du Temps. Intemporel. Dans l’écriture.

*

Le canot jaune

Il est là posé sur un buisson. Il reprendra du service avec l’arrivée de son propriétaire. Le ponton est bien entretenu. Manifestement, il a été rénové récemment. Ce canot jaune, le relie aussi à l’enfance, son iconographie personnelle en témoigne. Là le grand père avec ses filles, sa mère. Là, Philippe Sollers. Dans ses entretiens avec Gérard Cortanze, Philippe Sollers confie : « J’ai fait beaucoup de bateau à voile, vers l’âge de quatorze ans, dans l’île de Ré. On avait un bateau qu’on appelait Casavent, du nom du constructeur local, ainsi qu’un bateau à moteur pour la pêche qui venait de mon grand-père. Je restais très prudent, presque craintif ; je nageais mal et n’avais pas envie d’être jeté à l’eau. Enfin,cesont de bons souvenirs... Aujourd’hui l’idée même de rester plus de deux jours sur un bateau me terroriserait. Ça m’ennuierait profondément. Ce serait du temps perdu, je ne pourrais même pas écrire. Et puis merde, je laisserais tout tomber très vite ! »

*

La baleine Monstro

Sur l’île, c’est aussi l’enfance qui est revécue à travers David, le propre fils de Philippe Sollers et Julia Kristeva :

« Mais enfin, dit la Présidente [7], qu’est-ce que vous avez fabriqué pour être aussi loin de vos propres affaires ?

- Mon roman, dis-je.

- Effectivement, dit-elle, votre roman ! Excusez-moi, j’avais oublié. »...

Elle rayonne d’ironie... Elle me voit vraiment en miettes...

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Philippe Sollers a choisi le prénom de David, pour son fils. Notons la présence de l’étoile juive, l’étoile de David sur la bouée baleine

« Mais c’est ce qui arrive qui est un roman ! dit-elle. Que personne n’écrira jamais, d’ailleurs...

- La baleine Monstro, dis-je.

- Quoi ?

- La baleine Monstro... Vous ne connaissez pas ?

- Qu’est-ce que c’est que ça ?

- DansPinocchio, dis-je... Mon fils est en train de le lire. »...

La Présidente fronce... Elle n’aime pas que j’évoque ma famille... Ça fait gnangnan... Elle est polie...

« Et alors ?

- Eh bien, l’énorme baleine Monstro avale toute la petite compagnie de Pinocchio... Son père, le chien, l’oiseau, je ne sais plus... Mais Pinocchio a gardé une boîte d’allumettes... Il allume un feu dans la baleine... Qui vomit tout. »...

La Présidente me regarde comme si j’étais un doux débile... Charmant garçon un peu faible d’esprit... Pas mauvaise affaire, mais hélas, aucune ambition... Ne sait pas « coucher utile »... Aucun avenir... Carrière brisée...

« Et dieu ? me dit-elle en riant.

- Très occupé en ce moment, non ? dis-je.

- J’espère qu’il ne vous parle pas trop souvent ? »

C’est ça... Charmant, un peu fou...

Philippe Sollers
Femmes

*

La grande affaire de Sollers à l’Île de Ré : l’écriture

Le temps de l’Ile de Ré, c’est le temps de l’écriture, la grande affaire de Sollers au Martray.
Il y écrit son premier roman, Une curieuse solitude, de là il entretient sa correspondance épistolaire avec Ponge, Marcelin Pleynet, Dominique Rolin etc. Son emploi du temps est dicté et rythmé par l’écriture.

La chance de cette île c’est la possibilité de solitude nous dit encore Gérard de Cortanze, à qui nous laissons la parole. Prenons Le Secret, au Martray, le temps de l’installation passé, que fait-on ?

« Il est 10 heures du soir, on dîne rapidement, le vent souffle par rafales sèches, Judith [8] et Jeff [9]

Ou encore ceci dans Portrait du Joueur. L’écrivain s’est retiré dans le bâtiment indépendant qui lui sert de bureau, il s’y isole, le soir, pour écrire :

« Roman-bouffe, comme on dit Opéra-bouffe, La Finta Giardiniera, par exemple, dont j’écoute, en ce moment même, à la radio, le triomphe au théâtre de l’archevêché, à Aix-en-Provence... Il va être minuit, le 30 juillet... Une tempête s’annonce ici, dans l’île, les éclairs envahissent l’horizon noir... Les voix tourbillonnent dans la grande pièce où j’écris, presque directement plongée dans l’eau, comme une cabine de navire... Le vent commence à souffler, il sera là toute la nuit derrière la porte-fenêtre, pressant, insistant, continu, le vent absolu de l’Océan quand il a décidé de prendre possession du sol ; quand il lance son attaque négative des côtes... Norma et Julie dorment dans la maison à côté... Je suis loin, maintenant, sur l’autre versant du cadran, une heure du matin, deux heures... »

*

Dans Le film d’André S. Labarthe, Philippe Sollers montre ses pages d’écriture face à la mer. On écoute la voix :

« Ça, pour moi, ça doit exactement mimer le mouvement de l’eau. Le vent change à peine. Il y a toujours une nappe d’eau qui est en train de couler dans le même sens. Je peux rester des heures à regarder ça toute une journée. Voilà. Une fois que ces pages là sont remplies, j’ai mon rythme. L’intérêt, pour moi, c’est que je sais très bien quand je vais bien ou quand je vais un peu moins bien. Là, par exemple, une sorte de baromètre, d’horloge physiologique. Être à la mesure de l’eau, nager dans l’encre bleue toujours, stylo à pompe pour aller chercher l’encre. Si je vais très bien, je me confonds, voilà, c’est fluide, je nage dans l’encre. Ça vient exactement comme ça doit être : le souffle et le poignet, la main, le vent et l’eau sont à égalité. Ça a aussi l’avantage quand ça va très bien, d’être poussé par le souffle : c’est de la voix que j’écris... L’égalisation se fait dans une sorte de calme... Voilà, du repos, voilà quelque chose qui dort bien. Je dois beaucoup à cet endroit. Je pense souvent à cet arrière arrière-grand-père qui était marin à Bordeaux, et qui a jeté l’ancre ici, pour être, de façon dérobée, tout à fait tranquille. Ça me parle beaucoup, d’autant plus que les silhouettes humaines, vues d’ici, sont à peine discernables, furtives. Ici, on n’a pas de communication. Les gens ne se parlent pas, peu, on n’entend pas ce qu’ils se disent, on est seul. C’est comme dans Lao Tseu : "Ce qui est bien, c’est lorsqu’il y a deux villages dont on entend à peine les coqs chanter au loin." On ne fréquente pas. On est seul. Ce paysage, c’est aussi pour moi, le plus intérieur. »


L’ANNEE SOLLERSIENNE A RE DANS L’ANNEE DU TIGRE

Le calendrier sollersien est presqu’aussi immuable que le calendrier solaire, ponctué de ses séjours à Ré et Venise. L’Année du Tigre, son Journal de l’année 1998 nous en donne le tempo.
Philippe est un homme d’habitudes.

Quand Pâques s’annonce, c’est le temps de l’ouverture printanière au Martray. En juin, c’est le temps de Venise, deux semaines où il y rejoignait Dominique Rolin. Puis juillet, à nouveau le temps de Ré pour l’été, jusque vers la fin août, le temps de la fermeture de l’Eté pour Sollers, et le temps de la fermeture du Martray. Juste avant le deuxième épisode vénitien, à partir de la mi-septembre. Ouvrons L’Année du Tigre :

Notons en préambule, que la plupart des entrées y commencent par une considération météorologique, sur le ciel, la température, le vent, les oiseaux de mer... cette présence de la mer et du ciel inscrite dans son inné et son acquis depuis l’enfance. Observer, sentir, goûter... :


AVRIL (1998)

Dimanche 5 avril

Je lis Les Guerres de la Révolution, de Jomini.
Il est mort le 22 mars 1869 à Passis, à 90 ans. Magnifique récit de la bataille de Rivoli.
« Pour ôter ses moyens à l’ennemi, il faut, dès qu’on a gagné ses communications, ou une de ses extrémités, marcher à lui et combattre. »

Arrivé à Ré à 13h30 : tout de suite, le jaune des griroflées, l’océan, les mouettes, l’air libre. [...]

*


Dimanche 12 avril (Pâques)

Tempête toute la nuit, violent vent nord-ouest.
11 h 30 : soleil et vent calme, comme si de rien n’était.
En bateau sur une île.

Picasso en 1935 : « Je mets dans mes tableaux tout ce que j’aime. Tant pis pour les choses, elles n’ont qu’à s’arranger entre elles. » [...]

*


Mardi 21 avril

Beau temps, enfin. Matin de soleil dans la brume. Léger vent de nord-est.

[...] Devant moi, au-delà de la pelouse, l’océan très bleu. Le soleil chauffe e la marée monte. Je suis sur une serviette de bain américaine, noire avec un globe terrestre blanc. Inscription sur la serviette : « Crazy world ». Voici donc du temps. Je regarde les pâquerettes, les boutons d’or, une bête à bon Dieu sur un brin d’herbe.
Tout à l’heure, la brume du matin, protégeant le soleil était comme un grand chut ! avant le lever de rideau.
Haleine du vent, zéphir (musique française).
La douleur sèche en même temps que le sol. [Sollers, nous l’a indiqué le 13 avril, il souffre d’une « Sciatique jambe gauche. Douleur aiguë. Piqûres » - et Mardi 14 avril : « 7 heures du matin, piqûre. L’infirmière : « Vous êtes difficile à trouver. ». Elle commence sa journée, et part en courant. - Léger vent nord-et. Höderlin a dû entendre comme on l’appelle dans toute la région : le nordé.]

*


Jeudi 23 avril

Bleu partout.

Francesco Guicciardini, Ricordi : « Celui qui estime à haut prix l’honneur réussit en toute chose, car il n’éparge ni fatigues, ni dangers, ni argent. J’en ai fait l’expérience moi-même, de sorte que je peux le dire et l’écrire : les actions des hommes qui n’ont pas un ardent stimulant sont mortes et vaines.

17 h 30. Départ de l’île dans le froid et la pluie (il y a deux jours, j’étais nu sur l’herbe). Toujours l’émotion en quittant ce lieu, la vision. [...]

Très violent article du Figaro contre le film de Labarthe [10] : De l’illisible à l’indéchiffrable]].

[...]

Après Poitiers, vers Paris, la nuit tombe, le ciel s’éclaircit.

*

JUILLET

Dimanche 5 juillet

Voyage vers l’île de Ré. TGV Atlantique.
L’oiseau perché sur un fil dans le souterrain de la gare Montparnasse. Je l’entends chanter dans le bruit. Je lève la tête. Impossible de l’identifier. Je e décide que c’est pour moi un signe de protection. Ainsi d’Athéna apparaissant, dans l’Odyssée, sous forme d’hirondelle à Ulysse. Il lève la tête : « Il reconnaît le dieu. »

La campagne : étangs, marais, ponts, rivières, rideaux d’arbres, châteaux, églises, hangars abandonnés, meules de foin, vaches.

On comprend les impressionnistes : laisser tomber la Société, trop de bêtise. On va la nier à coups de peupliers, de champs de blé, de coquelicots, d’ombres, de ciels. Grande révolution, fureur des clergés à croûtes.
Manet et son noir : il reste au cœur de la négation. Du coup, des fleurs comme personne. « La richesse abyssale de l’être s’abrite dans le néant essentiel » (Heidegger). Cette phrase ne peut se comprendre que comme expérience vécue. On ressent violemment de quoi elle parle, ou bien on pense que c’est une formule creuse parmi d’autres (Heidegger écrit cela à Sartre en 1945).

Entre Poitiers et Niort : Lusignan (vite).
On entre dans le Sud-Ouest : élargissement du paysage, plaine à perte de vue, couleurs plus vives et plus foncées (formées), maisons souvent vides. Après Niort, la lumière bascule, plus claire et plus douce, les champs de tournesols surgissent, et, tout à coup, avant La Rochelle, après le dernier virage, l’océan est là.

Taxi, arrivée au Martray, bleu et silence. Trois mouettes au-dessus de moi. Léger vent d’ouest.
Clairière et présence.

*

Lundi 6 juillet

Beau temps bleu-blanc-vert, léger vent nord-ouest, forçant dans l’après-midi. Premier bain de l’année dans l’eau calme. Personne sur la plage. Renouveau du souffle.

Les journaux, brusquement irréels. En Irlande, lesorangistes, en chapeau melon, bloquant un quartier catholique ; la décision algérienne d’interdire toute autre langue que l’arabe ; [...]

*

Samedi 18 juillet

6 h 30. Gris blanc, pas un souffle de vent (événement très rare). L’air et l’eau parfaitement en miroir. Effet chinois. Du coup, les odeurs ressortent, océan, herbe, sel.

Première apparition des canards sur le lac intérieur.

Silence du fond des oreilles. Vol sans bruit des mouettes.

Le vert hésite dans la brume.

Création, à Rome, d’un tribunal international indépendant contre les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité (les États-Unis sont contre).

Casanova. Épigraphe pour mon livre : « Rien ne pourra faire que je ne me sois amusé. » [Sollers est en train d’écrire son livre sur Casanova qui sera publié sous le titre « Casanova l’admirable ».]
Il insiste sur le fait que « son esprit et sa matière sont une seule substance  », On ne saurait mieux se poser en exception de la Métaphysique tout entière.

Soir de beau temps éclatant. Les nuages dans le ciel sont de grands coups de pinceau en forme d’ailes et de plumes d’ange. Très légère brise d’ouest. Lumière d’or. Les dieux sont là.

Dîner de fête : rougets au beurre d’anchois, purée d’épinards, pauillac.

*

Vendredi 31 juillet

6 h 30 : enfin lever de soleil en couleurs. Brise nord-ouest. Marée montante. Le jardin respire.

Sensation : Monica Lewinsky aurait remis au procureur Starr sa robe bleue tachée du sperme du président des États-Unis d’Amérique. Une étoile de plus au drapeau. Elle l’avait conservée pieusement. Une expertise à l’ADN est donc possible.

Euphorie nationale : la France est le pays qui consomme le plus d’antidépresseurs.

Exposition Francesca Woodman à Arles. Magnifique photo aux anguilles reproduite dans Libération : le journal est troué, puissance possible de l’image.

Beau temps et vent d’ouest. Trois mouettes au-dessus de moi sur la pelouse.

Casanova : son évasion des Plombs de Venise. Un verrou transformé en pieu. Il a les mains en sang.[...]

Le chômage a-t-il vraiment diminué ? Sur La longue durée, ou pas ? La croissance le cache-t-elle ? Concerne-t-il maintenant, moins les femmes que les hommes ? Les 400000 emplois nouveaux sont-ils stables ? [Des interrogations de 1988 !]

Le Viagra sera disponible en France à l’automne. Remboursé ou pas par la Sécurité sociale ? On en parle.

[...]

Attentats redoublés en Algérie dans le « triangle de la mort », à l’est d’Alger, pendant la mission d’information de l’ONU. Aucun doute, disent les correspondants, les islamistes veulent affirmer leur présence. Vraiment ? Vous êtes sûrs ?

Kosovo : 100000 personnes jetées sur les routes par le conflit. Nouveau désastre humanitaire en perspective. Indifférence générale.

En réalité, une seule chose est désormais à craindre pour l’écrivain : le complot d’inhibition qui se développe automatiquement autour de lui, freinage du temps en tout genre (société, sexualité, faux amis, argent, drogues, alcool)). Tout est bon pour lui faire croire à une version « normale » des choses, à une atténuation de l’urgence. S’il résiste, il est traité de pervers ou paranoïaque : attention.

Heidegger : « Un secret n’est secret que si n’apparaît même pas le fait que, là, existe un secret. »

*

AOÛT

Dimanche 2 août

6 h 30. Gris, brise nord-est, puis soleil à 7 h 30. Très beau temps.

Radio : une messe de Marc-Antoine Charpentier (Les Arts florissants, William Christie).

Les sans-papiers occupent la nonciature du Vatican à Paris. Ils demandent le soutien du pape.

De plus en plus de femmes assistent à des spectacles de strip-tease masculin. Elles viennent là enterrer leur vie de jeune fille ou fêter leur départ à la retraite. Un film a propagé cet engouement, The Full Monty. Il faut noter que les spectatrices (les spectateurs sont exclus) trépignent, hurlent, mais que le désir « semble souvent teinté de dérision ». Un strip-teaseur de 32 ans, Andy, couvert d’hématomes, se plaint dans un tabloïd : « Les pires spectatrices sont les mères de famille. Quand elles ont trop bu, elles perdent tout contrôle à la vue d’un cache-sexe. Elles me mordent les fesses, me griffent le postérieur pour attirer mon attention et tenter de me séduire. Il n’est plus possible de continuer à travailler dans ces conditions. »

Bref orage en fin d’après-midi, avec vent nord-ouest.

Obscurité, puis lumière et, de nouveau, léger vent nord-est.

Casanova : ça roule.

*

Mardi 4 août

6 heures. Gris immobile. Sortie en puissance des arbres. Le pin parasols l’acacia, le jeune figuier.

En rêve, cette nuit, j’étais en Chine, comme si j’y vivais depuis très longtemps. Je sortais, je voyais la terre jaune (la veille : images des inondations catastrophiques, le gouvernement obligé de faire sauter des digues et de sacrifier les campagnes pour sauver les villes. Déjà 1500 morts, 3 millions de réfugiés).

Dès 9 heures, bruine, puis petite pluie insistante toute la journée.

D. [11] m’envoie une reproduction d’un portrait de Manet : Le Modèle du « Bar aux Folies-bergères  », qui se trouve au musée de Dijon. Elle en fait la description suivante : « Chef-d’œuvre à observer à la loupe : le tulle impalpable de la voilette serrant la frange ; le dessin nacré de l’oreille et sa petite boucle ; le bouquet du col en réplique ; le bleu de la joue et du cou ; le rose de la joue et du bout du nez ; la légère enflure de la lèvre supérieure ; l’entrebâillement blanc-bleu du corsage sur la gorge ; l’avant-sourire de l’œil fuyant-rêveur ; l’aile du chapeau ; la bouche ronde et longue des cheveux. Elle est peut-être légèrement enrhumée, elle est triste, elle est gaie, elle se sait regardée, elle se résigne, elle en a marre. »

La position de Casanova sur la Révolution française : elle était nécessaire, elle révèle, dans la Terreur, son retournement en férocité.

Soir de grande paix rouge sombre, légère brise sud-ouest.

Dimanche 23 août

Gris blanc, douceur de l’air, le temps sera donc variable, puis très beau.

7 heures du matin, ici, marée haute, silence total, et,

ce soir, à Paris.

Je rapporte mon Casanova dans mon sac.

Article pour Le Monde sur le livre de Mathieu Lindon, Le Procès de Jean-Marie Le Pen.

Décidément, c’est la rentrée sociale. Un seul point sombre pour moi : continuer à écrire comme si de rien n’était (quantité, qualité). La vie divisée, libre [12]

Védrine à Téhéran : les contrats en cours. Au fait : et le terrorisme ? Le terrorisme, on vient de vous le dire, n’est plus à Téhéran, mais à Khartoum ou chez les Talibans. Vous voulez dire dans les zones pauvres ? En somme.

Fermeture de l’été. Vers le train, en route.

*

Lundi 24 août

Paris : grisaille et pluie fine. L’autobus, les rues, les toits. J’ai vécu, pendant deux mois, à perte de vue. Cependant, j’étais à chaque instant dans le paysage. Ici (vie sociale), je serai presque constamment dehors.

*

Mardi 25 août

Blanc calme. [où se fait à nouveau entendre le bruissement parisien - note pileface]

Laure Adler, dans Le Monde, à propos de Mitterrand et de Duras : « Ces deux monstres sacrés n’ont cessé de mentir et de se mentir. On aurait dit ces clowns géniaux de Fellini : à la fin de leur vie, ils ne savent plus que s’imiter eux-mêmes, dans la représentation pathétique de ce qu’ils étaient dans le mouvement de leur vie. Mitterrand et Duras face à face c’était ça, deux monstres felliniens, deux vieux clowns trop grimés qui se faisaient un numéro d’inflation historique et sentimentale, se donnaient des piqûres de mensonges acceptés. »

Philippe Sollers
L’Année du Tigre

Le livre sur amazon.fr

*

Liens

A suivre, La maison du Martray (II)
avec des extraits de Femmes de Sollers, Les Samouraïs de Julia Kristeva et plus encore, la poursuite de la chronique de l’été dans une promenade-découverte à travers les textes.

Voir aussi la série : Insula Rhea

Crédit photos : Philippe Sollers, Vérité et légendes par Gérard de Cortanze, Editions du Chêne.
www.philippesollers.net/, et V.K.


[1Edition du Chêne, 2001.

[2Philippe Solllers, Vérité et légende, Edition du Chêne, 2001.

[3Hervé de Montlaur est Philippe Joyaux, Hervé Sinteuil est son nom d’écrivain(Philippe Sollers)

[4le père d’Hervé (le père de Philippe Sollers

[5Julia Kristeva

[6Crédit : Gérard Cortanze

[7le personnage de Bernadette, dirigeante du muvement féministe WOOMAN dans le livre, autrement dit Antoinette Fouque dirigeante du MLF

[8Julia Kristeva

[9David, le fils de Philippe Sollers et Julia Kristeva] vont se coucher, je vais dans mon bureau, le temps est à moi. » C’est très important. Sur l’île, le temps redevient un temps à soi. Pour marcher sur la plage, à marée basse, contempler la houle, les vagues, marmonner seul dans le vent, humer le champ de fenouil en bord de mer, écrire, etc. La solitude est nécessaire. La littérature en a besoin, elle qui vient de loin : de la scansion, de l’incantation, de l’animal humain de Lascaux, de l’enfance, de la méditation. Solitude et méditation : pour l’écriture. Ré, c’est toujours l’émotion. On regarde les bateaux sortir, les fleurs, on respire l’odeur d’iode et de varech qui envahit les pièces, on suit des yeux les mouettes qui creusent le silence... « J’aimerais vous faire percevoir ce qu’est un matin ici, Reine », lit-on dans Le lys d’or... C’est beaucoup. C’est tout Ré. Alors, la poésie peut commencer, l’écriture de la prose poétique - celle duCoeur Absolu : « Le phare envoie ses grands coups de pinceaux paraboliques dans l’eau, on dirait qu’il peint du silence. »

Imaginons... Le secrétaire est placé de biais contre la porte-fenêtre qui donne directement sur la pelouse, le muret, l’eau. L’écrivain allume sa lampe, c’est la nuit, et met en sourdine le Quintette. Blocs de nuages dans le ciel sombre. Émotion cassée, soutenue : de l’autre côté du jardin, il entend la marée haute. Il se souvient du dîner, odeur lointaine de rougets grillés, goût du pauillac dans le verre. La pluie fine de la fin d’après-midi a cédé la place à un vent de sud-ouest assez fort. Il fait presque froid. « Drôle d’été », se dit l’écrivain. Il se souvient de l’avant-dernière phrase d’une nouvelle qu’il a donnée à une revue féminine, à lire sur les plages, entre des conseils sur la meilleure façon de bronzer et un article sur la meilleure façon de baiser en vacances. Cette avant-dernière phrase conviendrait parfaitement à cette soirée : « C’est la nuit, maintenant, le vent s’est levé, je vais aller fermer un volet qui claque. Une tempête se prépare, et ici, les tempêtes, on les reçoit de plein fouet. » Long silence, de nouveau, tandis que le morceau d’île dérive dans le soir. Silence et solitude. La solitude de cet écrivain, nous n’en avons sans doute pas encore assez mesuré l’ardeur et la profondeur. Surtout lorsqu’il ne cesse de penser à ce qu’écrivit Cézanne, le 28 septembre 1906, dans une lettre qu’il adressa à son fils : « La prétention des intellectuels de mon pays, tas d’enculés, de crétins et de drôles. » [[Crédit : Gérard de Cortanze, Philippe Sollers, Vérité et légendes

[10Sollers, l’isolé absolu

[11Dominique Rolin.

[12Philippe Sollers a sans doute en tête son prochain séjour vénitien où il y rejoindra Dominique Rolin. Départ le jeudi 10 septembre, pour deux semaines, le rituel vénitien de septembre, après le rituel de l’été rétais.

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