vous etes ici : Accueil » THEMATIQUES » Les lieux de Sollers » Spécialités bordelaises (I)
  • > Les lieux de Sollers
Spécialités bordelaises (I)

Ou l’influence de Bordeaux chez Sollers

D 26 août 2011     A par Viktor Kirtov - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Sollers est attaché à Bordeaux. Il y est né, en fait, plus précisément à Talence - mais vu de Paris, Venise ou Pékin, Bordeaux, c’est plus facile à localiser et puis, il nous a dit comment sa maison d’enfance et l’usine associée ont été détruites pour devenir un supermarché "SUMA", il n’y a donc plus de vestiges de pierres pour l’ancrer dans cette petite ville. Il faut se reporter à son livre le plus autobiographique Portrait du Joueur et à la biographie que lui a consacrée Gérard de Cortanze Philippe Sollers, Vérités et Légendes pour faire revivre son enfance dans ces lieux.
Plus largement, G. de Cortanze nous le dit « Le jardin de Talence appartient à un ensemble plus vaste pris en charge par la grande affaire girondine : la ville de Bordeaux présente de façon majeure dans l’oeuvre de Philippe Sollers »

Dans la rubrique « les lieux de Sollers », ressorti ce vieil article du Nouvel Observateur, publié le 21/11/2003. L’interviewer n’est pas mentionné.

A la suite, un autre texte sur Bordeaux : « Stendhal chez moi » et nous poursuivrons avec quelques écrivains asssociés à Bordeaux : Montaigne, bien sûr, Mauriac le contemporain, le grand ancien à qui Sollers rendra visite...

Cet article n’épuisant pas le thème, nous y reviendrons dans le volet II de cette série intitulée "Spécialités bordelaises" où nous continuerons d’explorer l’influence de Bordeaux chez Sollers, dans ses dits et écrits :

- la piste de l’enfance.
- la piste de l’impact de Bordeaux sur d’autres écrivains et artistes associés à l’univers sollersien.
- la piste régionale : du vin, du Sud, du port, de l’anglophilie...


29 juin 2010. Philippe Sollers, Julia Kristeva, Antoine Guggenheim aux Bernardins
Gravure Bordeaux (collection particulière Ph. Sollers)
Cliquez l’image pour ZOOMER

Entretien avec...
Philippe Sollers

L’écrivain et Bordeaux

Peut-on être libertin à Bordeaux ?

Compte tenu de l’art de vivre d’aujourd’hui, un libertin est rare. Si on entend libertinage au sens philosophique du terme bien sûr. Bordeaux c’est la grande ville du XVIIIème siècle. La plus belle ville de France, selon Stendhal. La région, son art de vivre, son histoire se prêtent au libertinage. Sa discrétion surtout : un libertinage sans discrétion n’existe pas. Or Bordeaux permet les clandestinités parce que c’est une ville qui a une très vieille tradition de liberté. A l’époque des Lumières, c’était la grande capitale de la liberté. Moins qu’à Naples mais aussi bien qu’à Londres, pour prendre les ports. La liberté exige la discrétion. Bordeaux est extrêmement réfractaire à toute organisation totalitaire, une ville anglaise. C’est donc très facile à Bordeaux d’être libertin.
Quand Stendhal arrive là vers 1828 il le dit très bien : "On est dévot à Lyon, joueur à Bordeaux". Voilà... Etre libertin, c’est un don, c’est inné (moue de satisfaction), ça consiste à jouer. Lisez "Portrait d’un joueur", un de mes livres. Le Bordelais à l’époque est quelqu’un qui ne fait pas grand chose, il va sur la Place de la Bourse où les bateaux embarquent. Il entretient des jeunes filles. Un libertin ne travaille pas. Le libertinage passe par la déconsidération du travail et de toutes les valeurs sociales. Il faut être discret, c’est tout, avoir un bon système nerveux, une conscience aiguë du temps, une science du temps.


Y a-t-il un temps bordelais ?

Le temps à Bordeaux est rythmé par les saisons qui sont très importantes, qui pèsent de tout leur poids, à cause du vent. Le temps est perceptible, je crois d’une façon très très aiguë. Le temps historique d’abord. Les bordelais ont aimé l’Angleterre, ils n’ont pas aimé Louis XIV car c’était la Monarchie absolue, ni la terreur jacobine, ils ont détesté Napoléon (rire gras), ils n’aiment pas Jeanne d’Arc. Bref ils ont toutes les qualités. Au point d’être suspects aux yeux des français au niveau de la transmission scolaire. Bien sûr, c’est nous qui sommes les frondeurs [1]

Peut-on être libertin à Bordeaux ?

Compte tenu de l’art de vivre d’aujourd’hui, un libertin est rare. Si on entend libertinage au sens philosophique du terme bien sûr. Bordeaux c’est la grande ville du XVIIIème siècle. La plus belle ville de France, selon Stendhal. La région, son art de vivre, son histoire se prêtent au libertinage. Sa discrétion surtout : un libertinage sans discrétion n’existe pas. Or Bordeaux permet les clandestinités parce que c’est une ville qui a une très vieille tradition de liberté. A l’époque des Lumières, c’était la grande capitale de la liberté. Moins qu’à Naples mais aussi bien qu’à Londres, pour prendre les ports. La liberté exige la discrétion. Bordeaux est extrêmement réfractaire à toute organisation totalitaire, une ville anglaise. C’est donc très facile à Bordeaux d’être libertin.
Quand Stendhal arrive là vers 1828 il le dit très bien : "On est dévot à Lyon, joueur à Bordeaux". Voilà... Etre libertin, c’est un don, c’est inné (moue de satisfaction), ça consiste à jouer. Lisez "Portrait d’un joueur", un de mes livres. Le bordelais à l’époque est quelqu’un qui ne fait pas grand chose, il va sur la Place de la Bourse où les bateaux embarquent. Il entretient des jeunes filles. Un libertin ne travaille pas. Le libertinage passe par la déconsidération du travail et de toutes les valeurs sociales. Il faut être discret, c’est tout, avoir un bon système nerveux, une conscience aiguë du temps, une science du temps.


Y a-t-il un temps bordelais ?

Le temps à Bordeaux est rythmé par les saisons qui sont très importantes, qui pèsent de tout leur poids, à cause du vent. Le temps est perceptible, je crois d’une façon très très aiguë. Le temps historique d’abord. Les bordelais ont aimé l’Angleterre, ils n’ont pas aimé Louis XIV car c’était la Monarchie absolue, ni la terreur jacobine, ils ont détesté Napoléon (rire gras), ils n’aiment pas Jeanne d’Arc. Bref ils ont toutes les qualités. Au point d’être suspects aux yeux des français au niveau de la transmission scolaire. Bien sûr, c’est nous qui sommes les frondeurs.
Historiquement, a-t-on eu besoin de la France ? Quand la France s’effondre, où qu’elle soit, elle va à Bordeaux. Les Girondins sont venus en s’échappant. C’est mon parti.
Le temps privé est très particulier du fait de cette pression, de cette écharpe que forment les vignes. Habiter Bordeaux fait vivre dans un autre temps : "esprit vif, temps très lent" ça c’est le XVIIIème.
A Bordeaux, le corps humain vit de façon immédiatement plus voluptueuse c’est-à-dire plus lente. Si on est doué pour ça, à ce moment là Bordeaux sera doué pour vous. Je connais des vénitiens absolument inconscients de vivre au Paradis. A Bordeaux les vignes suivent ce mûrissement très lent... On boit les bouteilles 1983-1984, selon le classement de 1855. Là, vous buvez du temps.

Quelle est l’influence des vignes sur la vie à Bordeaux ?

J’ai vécu à Bordeaux jusqu’à l’âge de 15 ans , j’habitais à 150 m du château Haut-Brion où les vignes sont en pleine ville.
Vous voyez comment s’étalent les vins autour de Bordeaux : par le sud, quand vous arrivez d’Espagne, vous passez d’abord par les Sauternes, vin fruité qui se boit très frais, voire même glacé au début du repas avec en général des huîtres. Vous le laissez chambrer jusqu’à la fin du repas et vous le reprenez sur la pâtisserie, c’est exquis. En remontant, le Grave est au ooeur de la ville. Si vous allez sur la droite, vous avez les Saint-Emilion, si vous remontez sur la gauche jusqu’à l’estuaire vous avez le Margot ou le haut Médoc... Vous voyez d’ailleurs tout ça sur les étiquettes. Je garde des bouteilles chez moi tellement c’est beau. S’il n’y a pas les mots, il n’y a pas les sensations. Le repas bordelais, c’est ça : du Sauternes glacé, des huîtres, parfois vous pouvez ajouter des crépinettes. Vous avez du salé et du sucré.
On me dit qu’il y a du vin ailleurs qu’à Bordeaux, mais moi je ne l’ai jamais cru.


Y a-t-il un vin féminin ?

Je ne crois pas. Un vin masculin avec des qualités féminines, mais pas un vin féminin. Le vin est masculin. Avant d’entrer en enfer, Dom Juan chante : "vin, femme, soutien et gloire de l’humanité". (Sollers répète en insistant)
Le vin est très masculin, ça ne l’empêche pas d’avoir des qualités féminines. On dira alors qu’il est plus ou moins tannique, ce qui correspond à des nuances de virilité.
Il y a l’homme avec des qualités féminines et la femme avec des qualités masculines, donc quand on est entre l’homme et la femme, il y a quatre personnages. Le vin est un dieu, Dionysos. Je ne vois pas une femme maître de chai. Ça viendra peut être.


Et les femmes bordelaises... ?

A Bordeaux, le rythme change, les sensations enfantines très fortes reviennent. Les femmes bordelaises ont une indulgence, une nonchalance. Elles sont plutôt gaies, détachées.
"Les femmes brunes qui vont sur les sols de soie" écrit Friedrich Hölderlin pour qui Bordeaux a été une révélation. Il croyait arriver en Provence. Il a fallut deux siècles pour qu’on mette à Bordeaux une plaque à son nom, au bout
des allées de Tourny.

Aujourd’hui, dans quel état d’esprit allez-vous à Bordeaux ?

Quand j’arrive à Bordeaux par le train, qu’est-ce que je vois : les lumières, l’enchantement. Les vignes apparaissent. Devant les maisons souvent apparaît encore un palmier. On quitte la France. Je vais tout de suite à l’hôtel d’Angleterre, en face du grand théâtre, je prends une chambre très haut avec vue sur la Garonne.
Prince noir... L’empreinte anglaise a été très forte. Le gouvernement de Bordeaux lorgne toujours vers l’Angleterre comme un modèle de gouvernement. Le fleuve, la vigne...regardent l’Angleterre. Pensez au "Claret" (dit-il avec l’accent anglais) que boit Shakespeare avant d’entrer sur scène.
Historiquement, a-t-on eu besoin de la France ? Quand la France s’effondre, où qu’elle soit, elle va à Bordeaux. Les Girondins sont venus en s’échappant. C’est mon parti.
Le temps privé est très particulier du fait de cette pression, de cette écharpe que forment les vignes. Habiter Bordeaux fait vivre dans un autre temps : "esprit vif, temps très lent" ça c’est le XVIIIème.
A Bordeaux, le corps humain vit de façon immédiatement plus voluptueuse c’est-à-dire plus lente. Si on est doué pour ça, à ce moment là Bordeaux sera doué pour vous. Je connais des Vénitiens absolument inconscients de vivre au Paradis. A Bordeaux les vignes suivent ce mûrissement très lent... On boit les bouteilles 1983-1984, selon le classement de 1855. Là, vous buvez du temps.

Crédit : Nouvelobservateur.fr (interviewer non mentionné)

STENDHAL CHEZ MOI

Philippe Sollers

Bordeaux, gravure du XVIIe siècle, collection particulière de Ph. Sollers

Imaginons Stendhal aujourd’hui : il apprend avec stupeur que sa ville natale, Grenoble, où il s’est supérieurement ennuyé pendant son enfance, est devenue une sorte de capitale de la délinquance provinciale. La France, d’ailleurs, lui paraît dans un drôle d’état : agitation sécuritaire, dépression profonde, crise d’identité, abîme de plus en plus vertigineux entre les riches et les pauvres. Il n’y a plus ni rouge ni noir mais seulement du gris très bavard. Il décide de faire un tour dans ce vieux pays, qui, hélas, n’est jamais arrivé à égaler l’Italie. Il prend quelques romans contemporains pour son voyage, mais ils sont lourds, sombres, pénibles. Il les feuillette un peu et s’endort.

JPEG - 23.9 ko

Josse-Afp.jpg" width=213 height=266>(c)Photo12-Josse-AFP

Stendhal, par J.O. Sodermark (1840).

En réalité, nous sommes en mars 1838, en pleine Restauration réactionnaire, et c’est« Voyage dans le midi de la France », un des plus beaux livres de l’auteur du « Rouge et le Noir ». Je le suis à la trace car j’ai de très bonnes raisons de m’arrêter avec lui dans ce qu’il appelle« la plus belle ville de France » : Bordeaux.

Coup d’oeil immédiat de professionnel :

« Ce qui frappe le plus le voyageur qui arrive de Paris, c’est la finesse des traits, et surtout la beauté des sourcils des femmes de Bordeaux. Ici, la finesse est naturelle, les physionomies ont l’air délicat et fier sans le vouloir. Comme en Italie, les femmes ont, sans le vouloir, ce beau sérieux dont il serait si doux de les faire sortir. »

Et puis :

« J’aime les habitants de Bordeaux et leur vie toute épicurienne, à mille lieues de l’hypocrisie sournoise et ambitieuse de Paris. »

Et encore :

« Vie toute en dehors, toute physique, de ces aimables Bordelais ; genre de vie leste, admirable, dans ce moment où l’hypocrisie souille la vie morale de la France. »

Stendhal s’intéresse immédiatement à tout : le souvenir de Montaigne et de Montesquieu, le fleuve rempli de navires, le commerce du vin, les fantômes des Girondins, le spectre du Prince noir anglais qui régnait autrefois sur l’Aquitaine(« les Bordelais, accoutumés au gouvernement anglais, sentirent vivement la perte de leurs privilèges »).Bordeaux, ville du XVIIIIe siècle, a été punie au XIXe et au XXe, ville noire qui n’a retrouvé que récemment son éclatante blondeur, et son quai magnifique que Stendhal compare à Venise. Et puis, que voulez- vous,« on est dévot à Lyon, on est joueur à Bordeaux. »Mieux :« Il y a de "l’amour" à Bordeaux. »Voyez :

« Le bon sens bordelais est vraiment admirable, rien ne lui fait, il ne joue la comédie pour rien, il ne se passionne que pour l’état qui lui donne les moyens de mener joyeuse vie. »

Voyez, voyez :

« Rien n’a l’air triste, tous les mouvements que vous apercevez, depuis l’homme qui charge sa charrette jusqu’à la jeune fille qui offre des bouquets de violettes, ont quel que chose de rapide et de svelte. »

A la fin de l’année 1838, Stendhal, qui a retrouvé Giulia, son amour ancien et final, va se cloîtrer à Paris pour écrire à toute allure le plus beau roman du monde :« la Chartreuse de Parme ». Le 14 mars, il note au bord de la Garonne :

« Ce matin, j’ai oublié la vie pendant deux heures. Je respirais les premières bouffées de l’air doux du printemps sur cet admirable quai... »

Pas de doute, la vraie identité nationale se réfugie à Bordeaux, et Stendhal insiste sur le caractère« viveur »des corps qu’il a sous les yeux. Que ce soit une leçon pour ce morne pays actuel est donc clair.« A une époque d’hypocrisie et de tristesse ambitieuse, la "sincérité" et la "franchise" qui accompagnent le caractère "viveur" placent le Bordelais au premier rang parmi les produits intellectuels et moraux de la France. »

Mais je sens qu’il faut que j’arrête là cet éloge, peut-être exagéré, de mon cas.

Ph. S.

Stendhal, Voyage dans le midi de la France , Bourin éditeur, juin 2011, 242 p., 18 euros.

Montaigne

Montaigne, voyageur secret

La statue de Montaigne sur la place des Quinconces à Bordeaux. Photo A.G., 16-08-10. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Montaigne est bordelais, catholique et bordelais. Philippe Sollers ne pouvait manquer de le découvrir très tôt et d’en être durablement influencé.

En 1984, Sollers avait déjà écrit un texte - Montaigne, le mutant - repris dans Théorie des exceptions (1986, Folio 28).
" Montaigne : le premier qui signe vraiment en son nom. Et qui le sait. Et qui l’affirme. "
" " C’est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être. " Voilà. Vous me copierez cette phrase mille fois. Oui, vous, là, élève machin, au deuxième rang à droite, au lycée Montesquieu ou Montaigne. Je me rappelle que je n’en croyais pas mes yeux. Quelqu’un avait oser l’écrire. Pour les siècles des siècles. Ici même. Dans ce paysage du temps filtré. " Savoir jouir. " ".
Puis, dans Le Monde du 11 septembre 1992, Sollers écrivait un autre article sur le Journal de voyage de Montaigne : Un voyageur secret.
" Le Journal de voyage est le supplément secret des Essais. Depuis sa découverte, en 1770, il dérange un peu tout le monde.

La Tour Montaigne

A l’occasion de la sortie en Pléiade des Oeuvres Complètes de Montaigne, Sollers évoque la Tour Montaigne dans un article intitulé « Montaigne Président » publié dans Le Nouvel Observateur et repris dans l’Infini n°100, automne 2007. Extrait :

...Ici, un souvenir personnel : j’ai 12 ans, à Bordeaux, et on emmène les élèves des lycées Montesquieu et Montaigne visiter le château de La Brède et la tour de l’auteur des « Essais ». Là, je suis ébloui : quel est ce fou qui a multiplié sur les poutres et les solives de sa « librairie » des sentences peintes en latin et en grec ? Ça se déchiffre, messages cryptés, comme venus d’une autre planète.


La « librairie » de Montaigne
ZOOM, cliquer l’image

Exemples : « En jugeant l’un par l’autre . » Et puis : « Aucune prépondérance . » Et puis : « Pas de vrai plaisir sans totale autonomie . » Et puis : « Heureux qui joint la santé du corps à l’exercice de la pensée . » Et puis : « Ciel, terre, mer et toutes choses : un néant . » Et puis : « Partout où le vent m’emporte , je m’installe un moment. » Et puis : « Que de vide dans le monde. » Ce type est épatant : non seulement je vais lire son livre, mais, c’est décidé, je vais faire comme lui, de la magie à travers les murs et sur le papier. Epatant, parce que parfaitement schizophrène. D’un côté, il est conseiller au parlement de sa ville, avant d’en devenir le maire ; de l’autre, il voyage beaucoup, il passe jusqu’à huit ou dix heures à cheval (« où sont mes plus larges entretiens ») . Il est aussi bien à Paris qu’à Rome, où il embrasse la pantoufle du pape Grégoire XIII ( qui élève gentiment le pied jusqu’à son menton ), avant d’aller déposer un ex-voto à Notre-Dame de Lorette, sanctuaire de la Vierge Marie, le représentant en dévotion avec sa femme et sa fille. Mais l’essentiel, qui l’accompagne partout, c’est son livre, son corps devenu livre, un livre nourri de livres puisque lire et écrire forment un même tissu sanguin et nerveux. « Mon livre me fait »

Ph. S.
_Extrait de :Montaigne Président (pdf)

Cité des Lumières

Où que je me trouve, je peux revenir soudain à Bordeaux par la couleur ou par le vin, par un signal lumineux sombre ou par un certain parfum...
plus...


Mauriac

La visite au grand voisin bordelais

1956, Philippe Joyaux n’est pas encore Sollers, il n’a encore rien écrit mais visite son grand voisin bordelais. Il raconte ici cette rencontre dans un entretien avec Clémence Boulouque, Lire, juillet/août 2003.

« Je suis allé voir Mauriac à Malagar. J’avais dix-neuf ans et n’avais encore rien publié mais je me proposais de faire son portrait pour un journal local, se souvient Philippe Sollers. Il m’a reçu très aimablement. Puis je publieLe Défi et, là, Mauriac s’enthousiasme, m’évoque en se souvenant comment Barrès avait célébré ses premiers écrits. Cet adoubement a été déterminant dans mon existence car il a fait un certain bruit. Mais, par la suite, Mauriac s’est rendu compte que je n’étais pas mauriacien, ce qui l’a un peu déçu. Mais je l’aimais beaucoup, il était très drôle - lucide, modeste, d’une grande fidélité à Proust, renouvelée et sincère, alors qu’entre 1930 et 1960, il avait disparu du paysage littéraire. »
plus...

Hölderlin

Je suis plutôt un bon élève au lycée Montesquieu, puis au lycée Montaigne. Mais Montaigne et Montesquieu ont l’air très loin dans le temps, même si leurs phrases, là, devant moi, me semblent plus vivantes que tout ce que l’actualité me propose. Je me demande à l’époque pourquoi rien ne signale le passage, pourtant éblouissant, d’un très grand poète allemand, Hölderlin, dans cette cité qu’il a chantée comme personne dans un de ses plus beaux poèmes, Andenken (Souvenir).
plus...

Goya

Goya et La laitière de Bordeaux dans Les Voyageurs du temps

...Il est étrange que Goya, à Bordeaux, en 1828, tout près de la mort, dans un climat d’épouvante intérieure, l’ait vue surgir en laitière, et Hölderlin, plus tôt, dans le même lieu, sous forme de « femmes brunes sur le sol doux comme une soie. » La laitière de Bordeaux est un tableau fascinant.
plus...

Quand la France s’effondre

On l’aura remarqué : quand la France s’effondre, elle se replie sur Bordeaux. C’est pourquoi l’embarrassante affaire Woerth- Bettencourt vient d’être « dépaysée » dans cette ville. Mieux : si on ne se dépayse pas à Bordeaux, Bordeaux monte à Paris, et je veux saluer ici un homme qui a trop souffert au Canada, le maire de Bordeaux, Alain Juppé, nommé au ministère de la Défense...

Journal du mois de Novembre 2010

Liens

VOIR AUSSI : Spécialités bordelaises (II)

*

[1Philippe Sollers est né à Talence près de Bordeaux.

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
  • Ajouter un document


3 Messages

  • V. Kirtov | 26 octobre 2015 - 11:41 1

    VOIR l’article intégral (pdf)

    Marianne 16/22 octobre 2015


  • V.K. | 1er octobre 2011 - 15:53 2

    Château Haut-Brion ! Mais oui, bien sûr, vous avez hautement raison. Sollers en a parlé à plusieurs occasions :

    Quand je viens à Bordeaux, je vais chez Mollat. Denis Mollat est un ami. Sa librairie est une merveille. Après Mollat, nous allons chez Ramet, c’est le meilleur dîner que je fais de l’année. Nous buvons du Haut-Brion sublime et un Château d’Yquem glacé en apéritif puis chambré sur le dessert.

    Ph. Sollers
    _ « Bordelais et toujours frondeur : Philippe Sollers » par Philippe Authié

    *

    A propos de Samuel Beckett :

    ...Haydn, Mozart, Schubert. On écoute, on réécoute, Beckett lève les yeux et les baisse, les larmes ne sont pas loin. On a bu un haut-brion ("nectar") ou un rieussec. On s’est moqué d’un éditeur (lequel ?) dont Sam a dit "qu’il ne maintient pas la tête de ses auteurs hors de l’eau". "Après moi le déluge ?", questionne Anne. "Pendant moi le déluge", conclut Beckett.

    Ph. Sollers
    _ Discours parfait, (Emouvant Beckett)

    *

    Ou encore... lors d’une interview par Jean-Philippe Klein d’ Attypique-Mag, le 2 septembre 2010, Philippe Sollers est interrogé sur ses souvenirs d’enfance, sur les premières exaltations des sens...de l’enfant Philippe Joyaux :

    ...L’enfant précipité dans le pressoir. Le raisin foulé aux pieds. Les vignes bien sûr. Devant elles, un pied de roses. L’odeur du raisin. Le grain du Château Haut-Brion, le domaine viticole le plus réputé du vignoble des Graves...

    ...


  • Christian Ferreboeuf | 1er octobre 2011 - 09:29 3

    dans la transcription de la déclaration de Philippe Sollers :J’ai vécu à Bordeaux jusqu’à l’âge de 15 ans , j’habitais à 150 m du château Aubrion où les vignes sont en pleine ville.
    le vignoble cité n’est pas château Aubrion mais bien plutôt Château Haut - Brion.