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Martin Heidegger, pensée du divin et poésie

Emission "Une vie, une oeuvre" sur France Culture

D 12 décembre 2006     A par Viktor Kirtov - D. Brouttelande - C 15 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Emission du dimanche 10 décembre 2006
Martin HEIDEGGER (1889 - 1976), pensée du divin et poésie

par Fabrice Midal
Réalisation : François Caunac

THEMES

Dieu, les dieux, sacré, divin, poésie, art..., Hölderlin
, Paul Celan, Cézanne...

INVITES

Hadrien FRANCE-LANORD, professeur de philosophie, auteur de Paul Celan et Martin Heidegger, le sens d’un dialogue, éd. Fayard 2004 et traducteur de Martin Heidegger La dévastation et l’attente, éd. Gallimard 2006 et Le péril in L’Infini n° 95, éd. Gallimard 2006

Pierre JACERNE, auteur de L’éthique à l’âge nucléaire, éd. Lettrage 2006


Jean LAUXEROIS
, professeur de philosophie, auteur de De l’art à l’oeuvre éd. L’Harmattan 1999, traducteur de Martin Heidegger, Le tournant dans Questions IV, éd. Gallimard 1976, et d’Aristote L’amicalité, éd. A Propos 2002

Philippe SOLLERS, écrivain

AVEC LES VOIX DE :

René CHAR, 1964

Jean BEAUFRET, 1981

Beda ALLEMANN, 1965

Paul CELAN, 1967

Matin HEIDEGGER, 1957

Partie 1
Mot de début : Philippe Sollers, René Char (1964)...

Partie 2
Jean Beaufret (1981), Jean Hadrien France Lanord, Martin Heidegger (1957), Hölderlin...

Partie 3
Philippe Sollers

Partie 4
poésie : Hadrien France-Lanord, Hölderlin, Celan, Beda Allemann (1965), Jean Beaufret (1981)... peinture, esthétique : Cézanne, Pierre Jacerme... rapport de la pensée de Heidegger avec l’oeuvre d’art : Jean Lauxerois, dimension du rien...

Partie 5
"Le défaut de Dieu...", les dieux, la déité, le sacré, la pensée de l’être...

Partie 6
mot de fin : Philippe Sollers

Crédit : France Culture




Hölderlin et Bordeaux

Je suis plutôt un bon élève au lycée Montesquieu, puis au lycée Montaigne. Mais Montaigne et Montesquieu ont l’air très loin dans le temps, même si leurs phrases, là, devant moi, me semblent plus vivantes que tout ce que l’actualité me propose. Je me demande à l’époque pourquoi rien ne signale le passage, pourtant éblouissant, d’un très grand poète allemand, Hölderlin, dans cette cité qu’il a chantée comme personne dans un de ses plus beaux poèmes, Andenken (Souvenir).
[...]
Regardez la ville aujourd’hui, nettoyée, blonde, ouverte. Regardez la place de la Bourse où figurait autrefois la statue du roi bien-aimé de la région : Louis XV, oui, Louis XV lui-même, dont on n’ose toujours pas remettre la figure en place, de peur de faire « Restauration ». Quelle drôle de frilosité réactionnaire. On a quand même apposé une plaque là où Holderlin a vécu en 1802 : deux siècles pour retrouver la mémoire. Holderlin rend hommage aux jardins de Bordeaux et à la « belle Garonne  ». Il célèbre aussi les « femmes brunes sur le sol de soie  ».
[...]
le XVIIIe siècle n’est pas derrière nous mais devant nous. Je marche donc sur les quais dégagés, avec Hölderlin et Stendhal. Il fait beau, et toute l’architecture respire. La colonne des Girondins est bien là. Tout à l’heure, au Grand Théâtre (à l’Opéra), une Italienne de génie, Cecilia Bartoli, chantera de nouveau Mozart. Après quoi, on ira boire avec elle. Tel margaux, telle année, mais restons discrets.


Philippe Sollers
In « Renaissance de Bordeaux »
L’Infini, n°97, hiver 2006

BIBLIOGRAPHIE

Pour une première approche :

Martin HEIDEGGER, L’origine
de l’oeuvre d’art
, trad. Wolfgang Brokmeier et
François Fédier, in Chemins qui ne mènent nulle part, Paris, Gallimard, 1962 /
« Tel », 1986..

Martin HEIDEGGER, « Pourquoi des poètes ? »,
trad. Wolfgang Brokmeier et François
Fédier, in Chemins qui ne mènent nulle part, Paris, Gallimard, 1962, / « Tel », 1986.

Martin HEIDEGGER, « ...l’homme habite en poète... », trad. André Préau, in
Essais et conférences
, Paris, Gallimard,
1958 / « Tel », 1980.

Martin HEIDEGGER, Acheminement
vers la parole
, trad. François Fédier, Paris,
Gallimard, 1976 / « Tel », 1981.

Martin HEIDEGGER, Sérénité,
trad. André Préau, in Questions III,
Paris, Gallimard, « Classiques de la philosophie », 1966 / « Tel », 1990 [réimpression qui contient également Questions IV].

Martin HEIDEGGER, La
chose
, trad. André Préau, in Essais
et conférences
, Paris, Gallimard, 1958 / « Tel », 1980.

Beda ALLEMANN, Hölderlin et Heidegger, trad. François Fédier, Paris, P.U.F.,
« Épiméthée », 1987.

François FÉDIER, L’art en liberté, Paris, Pocket, « Agora », 2006.

Hadrien FRANCE-LANORD, Paul Celan et Martin Heidegger.
Le sens d’un dialogue
, Paris, Fayard, 2004.

Friedrich-Wilhelm von HERRMANN,
« Poétiser et penser le temps de détresse. Sur le voisinage de Heidegger et de Hölderlin », in L’enseignement par excellence. Hommage à François Vézin, textes rassemblés par Pascal David, Paris, L’Harmattan, 2000, pp. 73-90.

Pierre JACERNE, L’éthique à l’âge nucléaire, Paris, Lettrage Distribution, 2005.

Aujourd’hui, Rimbaud
enquête de Roger Munier, Paris, Minard, coll.
« Archives des lettres modernes », n°160, 1976 (textes de Char, Heidegger, Iommi, Fourcade, Fédier, etc.)

François VÉZIN,
« ...au pays de Rimbaud », in Études heideggeriennes, vol. 1, Berlin, Eterna Press, 1985, pp. 129-135.

Sur les goûts artistiques de Martin Heidegger, sa connaissance des oeuvres et ses rencontres avec les peintres, les sculpteurs ou les musiciens de son temps, l’ouvrage de référence reste le livre de :
Heinrich Wiegand Petzet, Auf einen Stern zugehen. Begegnungen mit Martin Heidegger 1929 bis 1976, Frankfurt a. M., Societäts Verlag, 1983.

COMPLEMENTS

Douze poèmes, trad. François Fédier, Paris, La Différence, « Orphée », 1989.

Fragments de lettres philosophiques, trad. François Fédier, in : La fête de la pensée. Hommage à François Fédier, Paris, Lettrage Distribution, 2001, pp. 551-554.

Remarques sur Oedipe. Remarques sur Antigone, traduction et notes par François Fédier, Préface par Jean Beaufret, Paris, UGE, « 10/18 », 1965.

Textes de Martin Heidegger

Approche de Hölderlin, Paris, Gallimard, 1973 / « Tel », 1996.

Les hymnes de Hölderlin : « La Germanie » et « Le Rhin  »,
trad. François Fédier et Julien Hervier,
Paris, Gallimard, « Bibliothèque de philosophie », 1988.

Remarques avant une lecture de poèmes, trad. François Fédier, in Exercices de la patience, « Heidegger », n°3/4, Paris, éditions Obsidiane, printemps 1982, pp. 145-147.

L’habitation de l’homme, trad. François Fédier, in Exercices de la patience, « Heidegger », n°3/4, Paris, éditions Obsidiane, printemps 1982, pp. 149-154.

Séminaire de Zürich, trad. François Fédier et Dominique Saatdjian, in Poésie, n°13, Paris, Belin, pp. 52-61, 1980.

L’art et l’espace, trad. François Fédier et Jean Beaufret, in Questions IV, Paris, Gallimard, 1976, pp. 98-106 / « Tel », 1990.

Martin HEIDEGGER / Ludwig von FICKER,
Briefwechsel
, Stuttgart, Klett-Cotta, 2004.

Martin HEIDEGGER / Imma von BODMERSHOF,
Briefwechsel
, Stuttgart, Klett-Cotta, 2000.

Textes de Paul Celan

Le Méridien autres proses, trad. Jean Launay, Paris, éditions du Seuil, La librairie du XXIe siècle » 2002.

La poésie d’Ossip Mandelstam, trad. Bertrand Badiou, in Posie,
n°52, Paris, Belin, 1er trimestre 1990, pp. 9-20.

Sur Hölderlin

L’Herne Hölderlin, Cahier dirigé par Jean-François Courtine, Paris, éditions de L’Herne, 1989.

Françoise DASTUR, Hölderlin, le retournement natal, Versannes, Encre marine /
Fougères, 1997.

François FÉDIER, « Qu’est-ce que Dieu ? », in Regarder voir,
Paris, Les Belles Lettres/Archimbaud, 1995, pp. 173-186.

Gino ZACCARIA, Hölderlin e il tempo di povertà, Como-Pavia, Ibis, 2000.

Sur Martin Heidegger

Heidegger et la question de Dieu, sous la direction de
Richard Kearney et Joseph Stephen O’Leary, Paris, Grasset,
« Figures », 1980.

Auf der Spur des Heiligen. Heideggers
Beitrag zur Gottesfrage, hrsg. von Günther Pöltner, Wien-Köln, Böhlau Verlag, 1991.

Voll verdienst, doch dichterisch wohnet / Der Mensch auf
dieser Erde
Heidegger und Hölderlin, hrsg. von Peter Trawny, Schriftenreihe der Martin-Heidegger-Gesellschaft, Bd. 6, Frankfurt a. M., Vittorio Klostermann, 2000.

Jean BEAUFRET, L’entretien sous le marronnier, in René Char, Oeuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1991, pp. 1137-1143.

Jean BEAUFRET, « En chemin avec Heidegger », in Dialogue avec Heidegger, t. IV, Paris, éditions de Minuit,
« Arguments », 1985, pp. 108-128.

François FÉDIER, « Lettre à Robert Marteau »,in Regarder voir, Paris, Les Belles Lettres/Archimbaud, 1995.

Friedrich-Wilhelm von HERRMANN, Heideggers Philosophie der Kunst, Frankfurt a. M., Vittorio Klostermann, 1994.

Dominique SAATDJIAN, La réalité à répétition, suivi de
Martin HEIDEGGER, Le manque de noms salutaires, Paris, Lettrage Distribution, 2006.

Peter TRAWNY, Heidegger und Hölderlin oder Der Europäische Morgen, Würzburg, Königshausen Neumann, 2004.

Gino ZACCARIA, « Das Nichts denken (Leopardi) », in Études heideggeriennes, vol. 19, Berlin, Duncker Humblot, 2003, pp. 159-178.

Sur Paul Celan

La bibliothèque philosophique de Paul Celan, catalogue raisonné des annotations établi par Alexandra Richter, Patrik Alac et Bertrand Badiou, Paris, éditions Rue d’Ulm, 2004.

Clemens von PODEWILS, « Ce que m’a confié Paul Celan », trad. Hadrien France-Lanord, in Poésie, n° 93, Paris, Belin, 3e trimestre 2000, pp. 117-120.

Liens

Paroles des jours

Der Dichter Friedrich Hölderlin (1770-1843

Martin Heidegger, Philosophe, 1889 - 1976

"Dichtung" par Pascal David

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15 Messages

  • A.G. | 29 juin 2012 - 15:26 1

    Bien que le son musical soit très médiocre dans cette émission, je pense que si vous allez voir du côté de Et voici le diable vous devriez trouver des ressemblances...


  • Mélenchonum | 29 juin 2012 - 14:31 2

    Dans la partie n°3, on entend de la musique de Mozart. De quelle oeuvre s’agit-il ? J’ai un trou de mémoire et j’ai honte.

    Voir en ligne : http://www


  • Jean-Michel Lou | 21 octobre 2010 - 21:37 3

    cher A.G., merci pour la référence sur l’expression "l’être-le-là", rendant à Heidegger ce qui est à lui, et pour votre érudition toujours bien placée. Un nouvel exemple de "l’effet Sollers" qui, quand il cite, donne souvent l’impression que cela vient de son propre crû.


  • A.G. | 20 octobre 2010 - 22:06 4

    Vous avez tout à fait réson mais... « un des rares penseurs » ne signifie pas « le seul ». Il ne vous aura pas échappé que cet article concernait Heidegger. Son écoute du « dit poétique » me semble avoir peu d’équivalent. Pour ce qui est de Nietzsche et de Schelling, vous pouvez vous reporter à notre "dico" : ils sont bien là.


  • anonyme | 20 octobre 2010 - 19:26 5

    "Il faut surtout insister sur le fait que Heidegger est l’un des rares penseurs à avoir essayer[sic] d’être à l’écoute de la poésie (notamment celle de Hölderlin)."

    Ah bon ? Il faut alors croire que Schelling, Hegel, Nietzsche, Adorno, etc., etc., n’ont jamais existé...


  • A.G. | 19 octobre 2010 - 14:52 6

    Il faut surtout insister sur le fait que Heidegger est l’un des rares penseurs à avoir essayer d’être à l’écoute de la poésie (notamment celle de Hölderlin). Ses méditations sur le lien entre Denken et Dichten, entre pensée et poésie, rythment son oeuvre à partir du milieu des années trente.

    Dasein : les traductions ont été multiples et fort éloignées de ce que Heidegger entendait par ce mot. Dans une lettre à Jean Beaufret du 23 novembre 1945 (Questions III et IV, tel/gallimard, p. 130), Heidegger écrivait :

    « Ce que vous dites de la traduction de « Da-sein » par « réalité humaine » est fort juste. Excellente également la remarque : « Mais si l’allemand a ses ressources, le français a ses limites » ; ici se cache une indication essentielle sur les possibilités de s’instruire l’un par l’autre, au sein d’une pensée productive, dans un mutuel échange.

    « Da-sein » est un mot clé de ma pensée, aussi donne-t-il lieu à de graves erreurs d’interprétation. « Da-sein » ne signifie pas tellement pour moi « me voilà ! » mais, si je puis ainsi m’exprimer en un français sans doute impossible : être-le-là, et le-là est précisément "Aletheia décèlement — ouverture.

    Mais ceci n’est qu’une indication rapide. [...] »

    Les mots en iitaliques sont « en français dans le texte ». C’est donc Heidegger lui-même qui, le premier, s’est risqué à traduire « Da-sein » par « être-le-là ». Sollers, meilleur lecteur de Heidegger qu’on ne le dit parfois, a repris cette expression, notamment depuis une quinzaine d’années (et encore tout dernièrement aux Bernardins).

    « Être-là » (une des traductions qu’on trouve parfois de « Da-sein ») est par ailleurs une formule que Sollers utilise depuis ses premiers romans. Je m’étais essayé, il y a quelques années, à l’exercice des citations dans Être-là en son Temps. S’il ne s’agit pas de forcer le rapprochement, l’étude du "dialogue" à distance entre Heidegger et Sollers, de la lecture que Sollers fait de Heidegger (avec les traductions dont on dispose), à travers ce "motif" fondamental comme sur d’autres (« Être » ou « Néant », par exemple), est encore à-venir. Cela, évidemment, dépasse « le jeu de mot ».

    La pensée même est en jeu (la Pensée du Même est en Jeu).


  • jean-michel lou | 18 octobre 2010 - 20:47 7

    oui vous avez raison, Heidegger n’est pas de lecture facile, quant à moi je me contente de voir son oeuvre comme un fascinant jeu de langage (Sprachspiel) dans lequel on peut puiser indéfiniment, puisqu’il se prête lui-même à une "sémiose infinie", comme dit Umberto Eco. Mais quand on essaie de lui assigner un sens, ou pire, une interprétation unique, ce qui a trop souvent été fait, on s’expose à créer des malentendus.
    Je pense que le non-dit, figuré par l’Orient, le Japon (voir son dialogue avec le comte Kuki), le bouddhisme... représente l’horizon de son écriture par ailleurs si conceptuelle ; ce qui permet donc, aussi, une lecture "poétique".
    Il faut se laisser inspirer par lui au bénéfice de son propre jeu de langage, comme le fait Sollers, dont je rappelle la traduction personnelle qu’il fait du Dasein : "l’être-le-là". Pas mal.


  • V.K. | 14 octobre 2010 - 11:21 8

    Bonjour,

    C’est sûr, il ne suffit pas de dire « le Dasein, le Dasein, le Dasein... » pour que la lumière soit. S’il en était ainsi, Heidegger n’aurait pas eu besoin de développer sa pensée.

    Et même si l’on est entré dans ses développements, si l’on a décrypté le concept, cela mène t-il à la sagesse ? Ce n’est sans doute ni une condition nécessaire, ni une condition suffisante. Encore faut-il être tendu vers ce but pour espérer s’en approcher, même si Heidegger, et d’autres, peuvent être des compagnons dans cette quête...

    Heidegger aide-t-il à comprendre l’amour, l’amitié, la nature, le sacré ? Je laisse volontiers, à d’infiniment plus pratiquants que moi de la pensée de Heidegger, le soin de vous répondre. Un temps, j’ai tenté de lire Etre et Temps, et bien que pratiquant un peu l’allemand, c’est comme vouloir attaquer la face nord d’un sommet, sans entraînement et avec un équipement de randonneur du dimanche. Résultat, j’ai dévissé !

    Ce postulat posé, et avec toutes les limites de l’exercice, juste quelques mots quand même, à propos de Heidegger et l’amour, un sujet qui me tient à coeur. Vous n’êtes pas le seul à être dubitatif sur la place de l’amour et ses vertus dans l’ ?uvre de Heidegger, Karl Jaspers, un contemporain, défenseur d’un existentialisme chrétien, affirmait même, que la philosophie de Heidegger était sans amour...

    Jugement sans appel ! Pour autant, la philosophie d’un philosophe est-elle complètement dissociable de sa vie d’homme ? Surtout par rapport à l’amour ? Et l’homme Heidegger a bien rencontré l’amour passionnel, c’était même dans l’exercice de sa fonction de philosophe, en la personne de la jeune Hannah Arendt, son élève. C’était en même temps qu’il rédigeait son Sein und Zeit, tandis qu’ Hannah, nourrie de sa passion pour Martin, rédigeait une thèse sur « Le concept d’Amour chez Augustin. ». Comment imaginer que Martin et Hannah qui se débattaient dans leur passion humaine n’aient pas aussi débattu, en philosophes, d’ Augustin et l’amour... D’ailleurs ils en parlaient : Heidegger aurait beaucoup apprécié cette phrase de Saint Augustin que lui a envoyé Hanna Arendt : « je t’aime ! Je veux que tu sois ce que tu es ». Aimer, c’est accepter librement ce qui advient (et auquel on ne peut rien). C’est pourquoi Heidegger a pu écrire : « l’amour offre l’être à la pensée et la pensée offre alors un poème (une beauté) à l’amour. » (correspondance entre Arendt et Heidegger lors de leurs retrouvailles en 1950). [1]




    Le concept d’amour est abordé « avec force », dit-on, dans ses cours de 1936 (sur Nietzsche), aussi en filigrane dans Lettre sur l’humanisme  [2], dans Approche de Hölderlin... [3] Par ailleurs, une exégète de sa pensée, Valeria Piazza, de l’université de Naples est allée jusqu’à écrire un essai sur Heidegger dédié à ce seul sujet : « L’ombre de l’amour / Le concept d’amour chez Heidegger » [4]

    Ceci dit, je ne pense pas que l’on puisse trouver et que l’on doive chercher du Aragon chez Heidegger :


    C’est une chose étrange à la fin que le monde

    Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit

    Ces moment de bonheur ces midis d’incendie

    La nuit immense et noire aux déchirures blondes

    Il y aura toujours un couple frémissant

    Pour qui ce matin-là sera l’aube première

    Il y aura toujours l’eau le vent la lumière

    Rien ne passe après tout si ce n’est le passant

    *

    [2Paris, Éditions Montaigne, 1957, 189 p. (texte suivi d’une Lettre à Monsieur Beaufret, de l’auteur, datée du 23 nov. 1945

    [31962

    [4co-auteur Giorgo Agamben, Rivages, 2003.


  • guillaume | 12 octobre 2010 - 16:24 9

    @V.K.
    Bonjour
    Oui, merci à Heidegger qui nous enseigne la « pure présence du poème » : on peut maintenant « communiquer des possibilités existentiales de la disponibilité », et penser l’être humain à partir du Dasein. Seulement, il m’est difficile de comprendre comment cela mène à la sagesse, à des idées sur l’amour, l’amitié, la nature, le divin ? Evoquer l’ ?existence, la « vérité », c’est rester ravis et confus, c’est usurper le caractère évocateur de ces nobles mots.

    Au contraire, des poètes antiques ainsi que Nietzsche représentent des dieux dépourvus de moralité, expriment des proverbes extrêmement puissant pour distinguer le noble et l’ignoble : les poètes invoquent des images pour exprimer de grandes idées. Tout cela me semble contenue dans le précédent message auquel vous n’avez malheureusement pas répondu un seul argument.

    Quand au reste, ce ne sont qu’évidences empruntées au préplatoniciens (la pensée n’est pas une simple activité de la raison, la poésie n’est pas simplement une activité imaginative sensible, etc...

    Voir en ligne : poesielibre


  • V.K. | 12 octobre 2010 - 13:43 10

    C’est vrai que la philosophie place volontiers l’exercice de la raison au dessus de celui des sens et des sentiments - le champ naturel de la poésie - (mais c’est la force et la faiblesse de la philosophie que de se placer au dessus de tout). Concernant le dialogue pensée-poésie chez Heidegger, je vous invite à réécouter la partie 1 audio (à partir du point 200) où Hadrien France-Lanord, cet agrégé de philosophie, auteur de « Paul Celan, Martin Heidegger », commente le dialogue qu’ont eu le poète et le penseur, échanges épistolaires à partir du début des années 1950, suivis de rencontres. Que dit H. France Lanord ? Avec Heiddeger, l’être humain est pensé à partir de son concept du dasein, et tout bascule, la poésie n’est plus à la remorque de la pensée. Ecoutons :

    « Avec Heidegger, les choses basculent entièrement dans la mesure où l’être humain est pensé à partir du dasein, ce qui signifie que la distinction entre la partie sensible et la partie rationnelle n’a plus de signification. Ainsi ça libère un véritable champ pour mettre poésie et philosophie sur un pied d’égalité dans la mesure où la pensée n’est plus considérée comme une simple activité de la raison, et la poésie n’est plus simplement regardée comme une activité imaginative sensible.

    C’est d’ailleurs ce qu’appréciait René Char quand après leur rencontre sous le maronnier il a dit à Jean Beaufret, le soir même, qu’il aimait particulièrement Heidegger, qu’il avait aimé ce dialogue. Pour la première fois il rencontrait un philosophe qui ne lui disait pas qui il était, ce qu’il avait à faire, ce qu’il avait à penser. »

    On peut ajouter que la réflexion de Heidegger sur la pensée et la poésie ne date pas de ses relations avec René Char. En 1946, il publiait « Pourquoi les Poètes ? », en 1959, dans une de ses conférences : « Acheminement de la parole », c’est le poète Hölderlin qui était au centre de sa réflexion rassemblée par ailleurs dans un livre : M. Heidegger, « Approche de Hölderlin », Gallimard, 1973. Initialement publié au début des années 1950 dans ses « éclaircissements » sur les poèmes de Hölderlin.

    « Heidegger y évoquait le risque auquel s’affronte tout éclaircissement des poèmes, le risque de faire violence au poétique et de le plier au joug du concept. C’est pourquoi il déterminait comme le dernier pas à accomplir pour l’éclaircissement son propre effacement devant "la pure présence du poème ", »...

    La pure présence du poème... N’y-a-t-il pas là de quoi vous combler ?

    PS : Se reporter aussi à l ?article de A. Gauvin : « Entendre Heidegger, lire Hölderlin »


  • guillaume | 11 octobre 2010 - 15:07 11

    Bonjour ;
    Heidegger nous parle beaucoup du concept de Dichtung, et de son évolution à travers le temps ( http://robert.bvdep.com/public/vep/Pages_HTML/$DICHTUNG2.HTM ). Cependant, à propos de la poésie, il se contente d’un verbiage en abusant de concepts comme l’être ou la vérité. Pour Heidegger, la poésie est << La communication des possibilités existentiales de la disponibilité, c’est-à-dire la découverte de l’existence >> : ce ridicule artifice dialectique ôte définitivement à Heidegger toute crédibilité.
    ______________________________________________
    La poésie est l’art d’exprimer des idées, une sagesse, une vertu par le moyen d’images et de sentiments, ce dont Heidegger me semble bien incapable ! La poésie c’est comme l’amour, il vaut mieux le faire qu’en parler... - Qui sait si dieu existe, en sa grandeur quel dieu même se reconnaît démiurge ? Car la modestie aussi est vertu divine ! -
    guillaume - www.poesielibre.fr

    Voir en ligne : http://www.poesielibre.fr


  • Futher-de-Borgia | 17 mars 2010 - 21:29 12

    je souhaite bien avoir toutes les exposés en mp3 sur Heidegger, je suis étudiant en philosophie à l’université catholique de l’afrique de l’ouest à abidjan, côte d’ivoire.

    Futher


  • valérie bergmann | 7 septembre 2007 - 01:00 13

    Je tenais à vous remercier pour ce sujet sur la philisophie et la poésie, vus de très haut.

    Quel plaisir de pouvoir écouter ces archives, de pouvoir lire et regarder Heidegger devant la Sainte victoire !

    Cela me permet d’apprendre beaucoup sur le sujet en question, me tenant le plus à coeur, comme vous le savez, poésie et philosophie, à l’infini.

    Pouquoi jamais de femmes ou si peu ou encore censurées, en philosophie ?

    Merci pour ce divin travail à la structure irréprochable.

    L’art et rien que l’art, nous avons l’art pour ne point mourir de la vérité
    Nietzsche


  • viktor | 13 décembre 2006 - 09:36 14

    20,6 %, c’est la valeur ajoutée la plus courante dans notre société marchande, sans que le produit acheté soit amélioré pour autant. Par contre, un commentaire peut apporter une vraie valeur ajoutée à l’article. Celui d’A. Gauvin sur les mots de la fin de Sollers « Le joyeux, c’est le dieu, qui donne la sérénité, qui éclaire » :
    1) Permet de comprendre que ces mots sont soigneusement choisis et condensent, « divinement » bien, la pensée de Heiddegger sur ce thème.
    2) Vous souvient-il qu’un certain philosophe de renom et athée, jetait à la figure de Sollers : « Vous parlez de Heidegger mais vous ne l’avez pas lu... »

    No comment.


  • A.Gauvin | 12 décembre 2006 - 23:02 15

    "Le joyeux, c’est le dieu, qui donne la sérénité, qui éclaire", dit Sollers à la fin de l’émission.

    Citons Heidegger : "Le "Plus Haut" et le "Sacré", c’est pour le poète le même : la Sérénité (die Heitere). Elle demeure, en tant que source de tout ce qui est joyeux, "le plus joyeux" ; en celui-ci se produit la pure éclaircie. Ici au "plus haut" demeure "le Haut", qui est celui qu’il est en tant que "réjoui du jeu de rayons sacrés" : le [1] Joyeux. Il se montre suprêment enclin à "créer de la joie avec nous". Parce que sa nature est l’éclaircie, il "aime cela", "ouvrir" et "éclairer" (...)

    Lui , "le Joyeux", il ramène à la joie les endeuillés eux-mêmes, sans doute "d’une main lente". Il n’ôte pas le deuil, mais il le change, en laissant pressentir à ceux qui sont livrés au deuil que même le deuil ne peut provenir que de "joies anciennes". Le Joyeux est le "Père" de tout ce qui réjouit."

    Retour dans Approche de Hölderlin, traduction Michel Deguy (Gallimard, édition de 1962, p. 23).

    1. Michel Deguy note que "Heidegger passe de das Freudige à der Freudige.

    Une oreille un peu freudienne aura peut-être entendu dans "Joyeux" "Joyaux". Joie !