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Le Journal du mois de Juin 2007

D 27 juin 2007     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



La France violette Rôles Femmes Couples Baudelaire

La France violette

Regardez une carte de France après les élections législatives : beaucoup de bleu (moins que prévu), pas mal de rose, mais comme le bleu et le rose ont de plus en plus tendance à se conjuguer, vous êtes dans le violet. Quelqu’un de droite vous dira sans doute que le bleu s’ouvre trop au rose, quelqu’un de gauche ajoutera que le rose est trop entaché de bleu. En réalité, vous avez le bleu sombre pompé au Front national, le bleu clair traditionnel, le rose rosé habituel, le rose tirant sur le rouge, mais sans excès. L’Assemblée nationale n’est donc pas du tout « bleu horizon », mais violette, puisque le bleu, très habilement, a capté du rose, et que le rose était depuis longtemps de plus en plus infiltré de bleu. Moralité : le drapeau tricolore, alternativement agité par les deux partis en campagne, ne peut plus être le symbole de la nation en cours de mondialisation. Le bleu-blanc-rouge, avalant difficilement le bleu à étoiles européen, doit laisser la place à un drapeau violet de belle apparence. Comme, sous toutes les dénégations, la droite passe à gauche et la gauche à droite, la France, violée en douceur, est donc violette, et il s’agit d’un événement majeur.


Rôles


Evidemment, le vrai coup d’Etat aurait été une alliance surprise entre Sarko et Ségo, c’est-à-dire l’immoralité même. Écartons cette diabolique tentation, même si, en un sens, on obtient, dans le violet montant, quelque chose comme du Bayrou sans Bayrou, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes. Juppé, lui, était-il soluble dans la vague violette ? Eh non, trop de bleu ancien, trop de Chirac dans ses bottes, pas assez de bleu d’air, malgré sa conversion tardive et canadienne à l’écologie. En quoi les Bordelais ont été injustes par rapport à quelqu’un qui a nettoyé leur ville de la crasse noire du dix-neuvième siècle, pour la rendre à sa blondeur restaurée. Ces ingrats le gardent quand même comme maire, ce qui est la moindre des choses. Le gentil Borloo, rescapé de la TVA, le remplace ? Choix excellent, ductile, souriant, adaptable. La rivalité fatale entre Sarko et Borloo sera d’ailleurs intéressante à observer, le sage Fillon restant, pour sa part, aussi transparent qu’impénétrable. Mais enfin, le vrai problème n’est pas là.


Femmes


Là, je suis comblé. Christine Lagarde aux Finances a toute ma confiance. Tout, chez elle, respire, gracieusement et fermement, l’honnêteté. Je passe sur Roselyne Bachelot, rabelaisienne de choc, dont la santé truculente et sportive fait plaisir à voir. Un conseil de coiffure, cependant, à Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, qui fait visiblement ses débuts à la télévision : qu’elle montre le plus vite possible ses oreilles, ses cheveux, dans le style épagneul, devant assourdir son audition. Cela dit, l’enlèvement, par Sarko, de l’éblouissante Rama Yade (Affaires étrangères et Droits de l’homme) et de l’incorruptible et active Fadela Amara (chargée de la Politique de la ville), relève de la haute acrobatie, du donjuanisme le plus effréné. Chapeau.
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Rama Yade

Rama Yade est, d’emblée, une vedette du futur spectacle : beauté, assurance, énergie, le pauvre François Hollande la regardait, l’autre soir, avec stupeur. C’est déjà une Condoleezza Rice en puissance, rien ne devrait l’arrêter, et Rachida Dati, l’autre vedette incontestable du gouvernement, a tout de suite compris qu’elle a là une concurrente redoutable. Rama ou Rachida ? L’avenir le dira. Personnellement, je me sens plus d’affinités avec Rama, à moins, ce qui est probable, qu’elle ne me laisse, en tant qu’écrivain, en rade. Mais que vois-je soudain ? Non, pas possible, je me frotte les yeux : Christine Boutin et Fadela Amara, bras dessus, bras dessous, dans les jardins de leur ministère ! L’Eglise catholique en personne, et la musulmane de Ni putes ni soumises, comme de vieilles copines ravies d’être ensemble ! Dites-moi que je rêve ! Quel scoop ! Quel miracle ! N’essayez pas de grogner que Dieu n’existe pas, voilà une preuve de son évidence. Je connais un peu Christine Boutin (plus marrante qu’on ne croit) et Fadela Amara (moins soumise qu’on ne le voudrait). Question toute simple : pourquoi Fadela n’est-elle pas, depuis longtemps, une star du Parti socialiste ? Réponse : la France violette, voilà le travail.


Couples


Il y a eu la grande valse-hésitation Cécilia-Sarko, sur laquelle les interrogations pèsent encore. Reviendra, reviendra pas ? Le pays retenait son souffle, les photographes n’en pouvaient plus, les journalistes n’ont pas révélé grand-chose, ce genre de situation ne peut d’ailleurs être comprise que par des romanciers, s’ils existent encore. En plus compliqué, sinueux, tordu, silencieux, et probablement vénéneux, vous avez le couple Royal-Hollande. Quoi, tant d’efforts communs, de complicités, d’enfants, de plans et de contre-plans, pour finir dans un communiqué aussi triste que petit-bourgeois, le type qui doit « quitter son domicile » ? Mon Dieu, mon Dieu, comme la politique et l’exposition abîment l’amour ! Que de fatigues et de larmes plus ou moins rentrées au pays qui a eu la palme de la fantaisie, de la raison, du libertinage ! Toutes ces familles décomposées, recomposées, surcomposées me brisent le coeur. Voyez la joyeuse Christine Boutin : elle n’a pas de problèmes, elle. Roselyne, Rachida, Rama, Fadela, non plus. La France violette éclate de joie de vivre, tandis que le vrai roman de Ségolène et de François nous reste inconnu. Des journalistes ont gagné beaucoup d’argent avec des révélations minimales. Nous ne savons rien, la République nous cache tout, les parachutes dorés, l’affaire Clearstream, les vrais enjeux du désir. Oui, il faut refonder tout ça, aller plus loin dans le mélange bleu-rose. Du violet ! Du violet heureux, sans cesse et partout ! Et honneur aux vaincus : Juppé, Hollande. Ah, ils en auraient des choses à dire, ces deux-là pour qui sonne le glas !


Baudelaire

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Baudelaire au cigare par Charles Neyt, 1864.
« L’étonnante photo "au cigare", prise par un photographe belge à la fin de la vie du poète. »
Les collectionneurs sont des gens étranges, des maniaques de la mémoire concrète, des spécialistes de l’ombre. Voyez Pierre Leroy ! Il n’a l’air de rien, il parle peu, il connaît les vraies affaires mieux que personne, mais il reste constamment en attente, en alerte, à la limite de l’effacement. Et puis, tout à coup, poker : une vente chez Sotheby’s [1] et, là, des merveilles : manuscrits de Proust, photo extraordinaire et inconnue de Rimbaud, un manuscrit de Jean-Jacques Rousseau, des lettres de Chateaubriand, et j’en passe. Mais l’événement, la part du lion, concerne Baudelaire : un dossier passionnant sur son père, des lettres de Caroline Aupick, sa mère, qu’on découvre moins idiote et bornée qu’on ne croit. L’édition originale des Fleurs du mal, envoyée à Delacroix, « en témoignage d’une éternelle admiration ». Le manuscrit du Vin des chiffonniers, célébrant le vin comme « fils du soleil ». L’étonnante photo « au cigare », prise par un photographe belge à la fin de la vie du poète. Des témoignages bouleversants sur son effondrement et sa mort. Nadar le décrit ainsi dans sa jeunesse : « toujours en quête d’aventure, le plus grand chasseur de filles devant l’Eternel que j’ai rencontré ». Il a assisté à la rencontre de Baudelaire avec Jeanne Duval, sa maîtresse créole et son inspiratrice trop méconnue : « Il n’a vu, il ne voit que la femme qu’il a du premier coup d’oeil déclarée "fort intéressante" et avec lui on sait ce que parler veut dire... » Quant à Caroline, surprise, elle défend son fils : « Les fleurs du mal, qui ont causé un si grand émoi dans le monde littéraire, et qui renferment parfois, malheureusement, des peintures horribles et choquantes, ont aussi de grandes beautés. Il y a de certaines strophes admirables, d’une pureté de langage, d’une simplicité de forme qui produisent un effet poétique des plus magnifiques. Il possède l’art d’écrire à un degré éminent... Ne vaut-il pas mieux avoir trop de fougue et trop d’élévation artistique que stérilité d’idées et des pensées banales ? »
La mère de Baudelaire l’a beaucoup ennuyé, on le sait. Mais elle a écrit ces lignes. Elle est donc sauvée.


Philippe Sollers
Le Journal du mois
Le Journal du Dimanche du 24 juin 2007.


Quelques jours avant la parution de ce Journal du mois, avec cette vague violette, on notera l’extraordinaire feeling de A. Gauvin qui publiait, ici, un article intitulé :

La vérité en un sens est violette

Et aussi une revisite de Baudelaire à l’occasion du 150e anniversaire de la parution de son bouquet de fleurs au parfum de scandale, Les Fleurs du mal en version censurée, amputée de six poèmes parmi lesquels Les Bijoux, Lesbos et Femmes damnées.

Poèmes interdits


Dans les archives du Musée Rodin on trouve un exemplaire des Fleurs du mal de 1857, illustrée par Rodin. Reliure de Marius Michel (cote D. 7174 pour les curieux).




PLUS SUR L’EDITION DE 1857
Publié à Paris chez Poulet-Malassis et de Broise en 1857. Une « Seconde édition augmentée de trente-cinq poèmes nouveaux » est publiée chez les mêmes éditeurs en 1861, et l’édition définitive chez Michel Lévy en 1868.

Le recueil fut l’objet d’un procès en août 1857 pour « offense à la morale religieuse » ainsi qu’à « la morale publique et aux bonnes moeurs ». Baudelaire fut condamné à 300 francs d’amende et à la suppression de six poèmes — qui seront publiés dans le Parnasse satyrique, à Bruxelles, en 1864, avant d’être repris avec d’autres textes dans les Épaves(Bruxelles, Poulet-Malassis, 1866). Cette oeuvre majeure fut lentement mûrie par Baudelaire. Dès 1840, il parle de ses « Fleurs singulières » et avait fait plusieurs fois annoncer la parution de son recueil sous les titres : Les Lesbiennes puis Les Limbes avant d’adopter Les Fleurs du mal.



Un exemplaire des Fleurs du Mal offert par Baudelaire à Delacroix a atteint chez Sotheby’s à Paris la somme record de 510000 euros (sans les frais), lors d’une vente de manuscrits et livres rares.

PARIS, 27 juin 2007 (AFP) - L’ouvrage, l’un des clous de la vente de la Collection Pierre Leroy, grand bibliophile, a enregistré un record mondial pour une édition originale de littérature française, selon Sotheby’s.

Le précédent record était détenu par un exemplaire d’une Saison en Enfer de Rimbaud vendu chez Pierre Bergé le 20 juin 2006, à 440000 euros (sans les frais), selon la même source.

L’ouvrage daté de 1857 avait été offert par le poète au peintre Eugène Delacroix, en "témoignage d’une éternelle admiration", comme le souligne la dédicace manuscrite et signée. L’exemplaire, qui comporte trois corrections autographes, était estimé 300000-400000 euros.

Amoenitates Belgicae, un manuscrit autographe de 23 pièces en vers, derniers poèmes de Baudelaire dans lesquels il fulmine contre la Belgique, estimé 250000-350000 euros, a atteint 200000 euros (hors frais). Le manuscrit a appartenu à l’éditeur des Fleurs du Mal, Auguste Poulet-Malassis.

Le manuscrit du poème Le Vin des Chiffonniers, signé Baudelaire, estimé 100000-150000 euros, a atteint 140000 et un exemplaire des Paradis artificiels ayant appartenu à Maxime du Camp, estimé 100000-150000 euros, a atteint 165000 euros.

Sur la vente Sotheby


1962, Gainsbourg chante Baudelaire, Le Serpent qui danse

L’album de 1962, remasterisé disponible sur
amazon.fr

Et aussi, le bouquet des Fleurs du Mal composé par Léo Ferré. Il enregistre, en 1967, avec Jean-Michel Defaye 22 poèmes de Baudelaire. Des très connus "Spleen", "L’Albatros"... aux très beaux "Abel et Caïn", "Une charogne", en passant par "La Musique".
Un collector à ne pas manquer


[1Vente de la collection Pierre Leroy, Sotheby’s, le 27 juin 2007. Galerie Charpentier, 76, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e.

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