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La première lame de France

D 4 septembre 2014     A par A.G. - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Valérie Trierweiler et François Hollande visitent la maison Jean Vilar à Avignon, le 15 juillet 2012. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Faut-il commenter l’ahurissante actualité ? Nous n’en sommes plus au tweet, ce vulgaire pétard, mais désormais au livre — de la nitroglycérine. On croit rêver. — Prenons un peu de recul. Il suffit de se reporter deux ans en arrière, en juin 2012. Sollers écrivait dans ce qui fut son dernier « Journal du mois » dans le JDD :

Prions pour le Président : il s’est mis, Dieu sait comment, dans la pire des situations qu’évoque mon catéchisme à l’usage de l’homme amoureux normal. Je résume : zéro femme (ascèse monastique), une seule femme (maman), deux femmes (l’enfer), trois femmes (respiration mais problèmes logistiques). Bien entendu, on peut dépasser ce chiffre, sans aller jusqu’à la boulimie de DSK, qui laisse d’ailleurs impassible Anne Sinclair sur son socle. La frénésie sexuelle, on ne le sait pas assez, ramène à maman, qui peut fermer les yeux sur ces acrobaties passagères.

En revanche, quand deux femmes s’affrontent pour la possession du même homme, ce dernier marche sans cesse sur des charbons ardents, le souci permanent et la dissimulation épuisante l’habitent. Chacune ne pense qu’à l’autre. Qui est la vraie ? Laquelle a le pouvoir ? La mère des enfants ? La nouvelle compagne avec ses propres enfants ? Une concurrente plus jeune en attente d’enfant ? Mettez la politique dans le coup, et vous obtenez l’affaire sensationnelle du tweet.

Ne plaisantons pas, c’est du sérieux, de la souffrance pure, un coup de poignard administré par la première lame de France. Les élections, la crise, l’euro, les massacres de Syrie, les impôts à venir, la progression lente et sûre du Front national, tout cela n’est rien par rapport au tweet. C’est un sommet dans le genre. On peut en imaginer d’autres qui feraient du bruit : la reine d’Angleterre, en plein jubilé, tweetant qu’elle a toujours détesté sa couronne, le pape révélant au grand jour son homosexualité, Michelle Obama avouant sa relation avec un jeune Blanc, Sarkozy admettant son ancienne liaison torride avec Liliane Bettencourt, ou moi, après tout, faisant état de la demande incroyable et gênante que m’a adressée Marine Le Pen, un soir : « Embrasse-moi sur la bouche. »

Ce n’est plus la politique qui fait la loi, mais le tweet inattendu, énorme, transgressif. À quoi pensait le Président en accrochant des décorations sur les cercueils des soldats français morts en Afghanistan ? Au tweet. Ce n’est plus du vaudeville, mais du Shakespeare. Une seule solution pour sortir de ce cauchemar : une nouvelle prétendante au rôle de première dame de France, un mariage à tout casser, et, vite, un bébé. Espérons que cette nouvelle aventurière courageuse nous préviendra par un tweet.

Tout ça pour dire qu’on peut relire un excellent roman, Femmes, publié il y a presque trente ans. Tous les cas de figure y sont strictement répertoriés, et, à mon avis, le livre n’a pas pris une ride. [...]

Philippe Sollers, Mon journal du mois, juin 2012.

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2 Messages

  • A.G. | 9 septembre 2014 - 08:13 1

    Au fait, comment écrit Valérie Trierweiler ? Et si c’était la seule question intéressante ? Jacques Drillon a lu "Merci pour ce moment".
    « Ce livre n’est pas qu’une affaire, bonne pour l’auteur, son éditeur et son agent littéraire, mauvaise pour François Hollande ; c’est aussi un livre, fait de phrases françaises. Valérie Trierweiler est d’ailleurs critique littéraire « En quoi le fait que j’écrive sur des romans peut gêner quelqu’un ? » se demande-t-elle.
    En rien, en rien. Mais on déplore que cet ouvrage ne soit pas un fac-similé de manuscrit : il y aurait eu sûrement des petits ronds sur les i, à la place des points. Car Trierweiler écrit comme une fillette de douze ans, et pas précoce. [...] » Verdict dans Bibliobs.

    De son côté, Michel Crépu s’interroge dans Tartuffe et son maître, son "Édito mobile" du 8 septembre. Il écrit :
    « Dans un autre monde, le monde d’hier, le livre de Valérie Trierweiler, écrit après dix ans de recul, eût donné l’un de ces récits rares qui sont le fruit d’une expérience exceptionnelle, l’histoire d’une petite provinciale happée dans la gueule du loup, passant en un éclair des lumières de la place publique à la solitude de l’abandon. Nous n’aurons pas ce livre. Valérie Trierweiler n’a pas eu cette patience : à la place nous avons donc un bloc de souffrance brute, inconsolable et vengeur. Un affect monstre qui a l’air d’un livre — dont on murmure qu’il porte la trace de la main de Laurent Binet, nullité littéraire, l’auteur notamment de Rien ne se passe comme prévu, récit de la campagne électorale de François Hollande où il ne se passe rien tout court. Depuis sa sortie, tout le monde y est allé de son commentaire, avec ce mélange typique de faux remord et de vraie gourmandise. Inutile de s’en offusquer, sauf à en rajouter dans le trémolo hypocrite. Que l’on ne compte pas sur la Revue des Deux Mondes pour ça. [...] »
    Crépu conclut : « La société politique française n’a plus de centre de gravité. Elle dérive maintenant, tous freins lâchés, en direction de n’importe quoi sans qu’on discerne franchement ce qui pourrait servir de pierre d’angle pour une ressaisie des esprits. » Il mise quand même sur « l’autorité d’un Juppé ». A droite, pourquoi pas ? Mais n’est pas De Gaulle qui veut. C’est dans la Revue des Deux Mondes.


  • V. Kirtov | 5 septembre 2014 - 06:27 2

    L’HONNEUR PERDU D’UN PRESIDENT

    (Extrait de https://www.facebook.com/viktor.kirtov)

    Le livre choc de Valérie Trierweiler achève de désacraliser la fonction présidentielle. Et dresse le portrait d’un François Hollande cynique et méprisant. Dégâts d’image sans précédent... (L’Opinion, 3 septembre 2014)

    Louise GOYETTE : J’aime ceci.

    Viktor KIRTOV : « A présent des révoltes incessantes lui reprochent ses parjures. Ceux qu’il commande n’agissent que sur commande. Rien par amour. Maintenant il sent son titre qui pend, flasque, sur lui. Comme la robe d’un géant sur un faussaire nain. »

    Non, ce n’est pas une nouvelle harangue de Jean-Luc Mélenchon, c’est un texte de William Shakespeare ! (Que Jean-Luc Mélenchon, authentique tribun lettré, aurait très bien pu lui emprunter).
    Plus sur les multiples facettes de l’écriture pleine d’insolence et d’alacrité des Comédies de Shakespeare, ici :http://www.gallimard.fr/.../Bibliotheque-de-la.../Comedies
    il y a 10 heures - J’aime (2)

    Viktor KIRTOV  : « Qu’on me trouve six lignes écrites de la main du plus honnête homme, j’y trouverai de quoi faire pendre.. » Richelieu
    via Raphaëlle Blomberg
    il y a 9 heures - J’aime (1)

    Raphaëlle BLOMBERG : La presse transmet des idées pressées. Heureusement, les Français ont tous fait leurs humanités, et vont spontanément chercher dans les livres savants de quoi allonger les pensées précipitées.
    il y a 9 heures - J’aime (1)