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A propos du fascisme français

Jacques-Alain Miller, Gérard Miller, Philippe Sollers

D 30 avril 2017     A par A.G. - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Positions

J’affichais hier vendredi, vers 18h30, sur le mur de ma page facebook, quelques dazibaos :

« Les masques tombent : Dupont-Aignan, le "gaulliste", négocie ses frais de campagne, un poste ministériel et quelques élus avec Le Pen qui, il nous l’assure, "n’est pas d’extrême-droite" ; Marine Le Pen, après son père (dont les derniers propos homophobes à propos du policier tué et de son compagnon sont indignes) en appellent aux "insoumis" ; le chef des insoumis, Mélenchon, après un long silence (dû à "une anginette" !) parle pendant 30 mn pour rejeter "l’extrême libéralisme et l’extrême-droite" (importance de la répétition du mot "extrême" pour justifier l’amalgame) et dire qu’il ne votera pas Le Pen, mais qu’il votera, mais qu’il ne dira pas ce qu’il va voter (quelle "pudeur de gazelle !")... — donc qu’il votera blanc (sans doute, peut-être, mais c’est pas sûr), permettant ainsi à Le Pen, sinon d’être élue, au moins de faire un bon score qui lui donnera des ailes. Vous avez dit renouvellement, "révolution citoyenne" ? Foutaises ! Vieille politique ! Insoumis, ne vous soumettez pas ! »

Beaucoup d’amis plus ou moins proches — insoumis et/ou réveillés — m’approuvent, d’autres se font discrets (une indisposition passagère ?), mais, ce samedi vers 19h, un nommé Pierre Mehdi que je ne connais pas m’interpelle :

« Il n’y a aucun masque qui tombe. Lui, au moins, est fidèle à ses convictions contrairement à tous ceux qui ont taper [sic] sur Macron, lui trouvant toutes les tares du monde et qui maintenant votent pour lui et exigent des autres de faire de même. »

« Lui » ? Dupont ? Mélenchon ? Il doit s’agir de Mélenchon. Ma réponse :

« Doux rêveur ! Le problème n’est pas là. Je n’appartiens à aucun parti. Je ne suis pas un fan de Macron qui, par certains côtés, me paraît aussi angélique que vous. Il ne s’agit pas de lui reconnaître toutes les vertus après lui avoir trouvé toutes les tares. C’est, pardon pour ce gros mot, une question d’ÉTHIQUE (si, toutefois, on fait encore la différence entre un démocrate et une néofasciste), mais c’est surtout une question de logique et d’ARITHMÉTIQUE (niveau disons CM) : voter blanc, nul ou s’abstenir, c’est voter Le Pen ; la seule façon de voter CONTRE c’est de voter POUR MACRON. Tout le reste est nul (c’est le cas de le dire). J’ajouterai même que si les insoumis veulent pouvoir encore être, sinon crédibles, audibles, c’est le seul moyen POLITIQUE qui leur reste. Je voudrais bien les voir, nos gentils insoumis, avec Le Pen au pouvoir ! Demandez aux opposants russes du camarade Poutine, si vous ne voulez pas me croire. »

J’aurais dû préciser à mon contradicteur la provenance grecque et le sens du mot « éthique ». Je le fais ici à la suite de Heidegger traduisant le fragment 119 d’Héraclite : « "ήθος signifie séjour, lieu d’habitation". Ce mot désigne la région ouverte où l’homme habite. » (« Lettre sur l’humanisme », in Questions III et IV, tel/gallimard, p. 115-116).

Il s’agit donc bien de choisir le lieu ouvert où nous préférons pour l’heure, et tant bien que mal, séjourner.

*

Mon devoir fait et mes dazibaos affichés, j’ouvre ma boîte mail. Deux nouveaux numéros de Lacan Quotidien (ils sont très actifs en ce moment). Dans le n° 676, il y a la suite du « journal extime » de Jacques-Alain Miller, avec ce passage :

LA BULLSHIT DES CHOUETTES

A 16 :00 jeudi, j’en étais encore à débattre avec ma fille au téléphone sur le point de savoir si j’allais écrire le ou la bullshit dans mon « Bal des lepénotrotskistes ». Il y a des arguments dans les deux sens et pas de maître de la langue à qui se référer. Si Sollers avait employé le terme, je me serais aligné, mais je ne sache pas qu’il l’ait fait. J’aurais pu l’appeler, lui extorquer une indication, mais je ne me voyais pas le déranger pour si peu quand il maintient un silence farouche non seulement à mon égard mais dans tous les médias où il brille par son absence alors que la bataille politique fait rage.
Le grand homme, grande plume et grande gueule, a choisi de passer son tour et de s’enfermer dans sa bulle alors que Hugo de son exil de Guernesey se rendait tous les jours présent à Paris. L’exil intérieur de Philippe qui crèche la porte d’à côté l’isole et l’éloigne davantage que s’il était dans une île anglo-normande, voire à Sainte-Hélène. Y a-t-il quelque Waterloo intime qui motiverait le silence de Sollers ? Respectons le voile tiré sur son intime, même si dans ce silence où Sollers s’enveloppe, je ne reconnais plus l’auteur de Littérature et politique. Boileau avait attendu la mort de Molière pour lui porter ce coup de dague, moi, moins fourbe que Scapin, je pique mon Philippe pour qu’il se manifeste.
Il me lit, donc : « Hola, Sollers ! Je ne vous fais pas la morale. Je sais comme vous et comme Lacan et quelques autres que “la morale est la faiblesse de la cervelle” (Rimbaud cité par Ph. Sollers, Littérature et politique, p.747). Je vous dis seulement que votre voix manque à vos amis, j’en parlais encore la semaine dernière avec Catherine Millot. »
On n’entend pas non plus Julia. C’est un choix délibéré qu’ils font, les mariés de Saint-Germain-des-Prés, et qui ouvre sur quoi ? Je ne sais. Je suis bien sûr qu’eux ne nous la joueront pas « chouette de Minerve qui ne prend son envol qu’à la tombée de la nuit » (Hegel, Principes de la philosophie du droit). Jouer chouette de Minerve en l’occurrence consistera à paraître quand la poussière de la bataille sera retombée et à nous expliquer avec brio et force forfanteries tout ce que nous n’avons pas su voir dans ce que nous avons vécu. Philippe et Julia laisseront ce rôle aux Rancière et aux Badiou, si diserts quand Le calme règne à El Paso, et qui sont sous la table du saloon quand c’est Règlement de comptes à OK Corral. Ce sont des sages, mais il est des cas où la sagesse se distingue mal de la lâcheté. A vrai dire, ils n’ont pas fait autre chose en mai 68.
J’élude mes responsabilités de co-créateur de la langue française en proposant à Eve d’écrire : « cette bullshit comme on dit au Québec ». On sent tout de même mieux la chose, si j’ose dire, quand on la met au féminin.

Et vlan ! On pourrait objecter à JAM que Lacan Quotidien et « la Cause freudienne » n’ont pas toujours mené un combat quotidien contre le danger fasciste alors que Sollers revient régulièrement sur le sujet depuis cinquante ans (cf. Éléments pour une analyse du fascisme) et qu’on peut toujours relire le récent Contre-attaque dont Lacan Quotidien, à ma connaissance, n’a pas rendu compte, mais ça serait mesquin, n’est-ce pas... D’ailleurs, JAM a raison : le silence de Sollers et Kristeva, dans cette curieuse campagne présidentielle, est, comment dire, bizarre. [Je découvre pourtant à l’instant (30 avril 2017, 15h) que Kristeva a donné un interview le 25 avril dans le journal italien La Repubblica : La filosofa Julia Kristeva : "Marine Le Pen nemica delle donne, non può guidare la Francia”. Il n’est pas nécessaire de bien connaître la langue italienne pour comprendre la teneur de ses propos mais voici ma traduction pdf ]. Ils ne sont pas les seuls à se taire et on aimerait que tel (ou tel autre) amateur de boxe remette les gants et impose son swing. Parions que, de son côté, Sollers, à 80 ans, n’en restera pas au message délivré fin mars dans Situation politique et va nous faire le coup du président Mao (72 ans en 1966) et se jeter à l’eau [1] !

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Je reprends maintenant l’article que j’avais commencé hier (vendredi après-midi) — ça tombe bien, JAM commence son dernier journal avec cette photo :


24 octobre 1940 - Poignée de main entre Pétain et Hitler à Montoire.
Zoom : cliquez l’image.

Lacan Quotidien a supprimé la légende (ça n’est pas une légende, c’est un fait historique) et a mis en dessous de la photo : « Montoire en 2017. Et autres fantaisies ». C’est en fait le titre du journal extime de JAM.

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Les pousse-au-jouir du maréchal Pétain

Je reprends donc avec mon goût immodéré de la « résurrection » (le mot est de Barthes) de l’archive.

C’est le rappel à l’ordre (lacanien) de Jacques-Alain Miller à son frère à la fin du Bal des lepénotrotskistes qui m’a remis en mémoire Les pousse-au-jouir du maréchal Pétain, ce petit livre du jeune Gérard Miller publié en avril 1975 aux éditions du Seuil, dans la collection, dirigée par Jacques Lacan, « Connexions du champ freudien ». La préface avait été rédigée par Roland Barthes et le livre avait fait l’objet d’un entretien sur France Culture entre Gérard Miller et Philippe Sollers, entretien repris dans Tel Quel 64 (Hiver 1975, p. 53-60). Dans ce moment historique français, bien français, où les mots — les signifiants — proférés, détournés, retournés, dévalués, vidés de leur sens, peuvent et doivent faire l’objet d’une analyse minutieuse (Cécile Alduy vient de s’en charger dans Ce qu’ils disent vraiment. Les politiques pris aux mots [2]), il faut avoir en mémoire la conclusion de la préface de Barthes au Pousse-au-jouir du maréchal Pétain : « Le travail de Gérard Miller rétablit au grand jour ce qui est ordinairement refoulé par l’idéologie de droite et la contre­ idéologie de gauche, et qui est le politique du langage. »
A relire en complément de mon petit dossier décidément d’actualité Éléments pour une analyse du fascisme.

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Première édition, avril 1975.
La préface de Roland Barthes

Écrit par un homme jeune, qui n’a pu connaitre le régime du maréchal Pétain, le livre de Gérard Miller possède pour­tant un pouvoir intense de résurrection : ridicule et menaçant tout à la fois, le pouvoir pétainiste revient à petits coups de phrases comme un cauchemar sinistre et glacé. N’est-ce pas que Gérard Miller est tout simplement un historien ? Miche­let eut cet art de la résurrection, parce qu’il comprit, le pre­mier de son siècle, que son matériau privilégié devait être le corps, l’humeur, la complexion des acteurs passés. Pour accé­der à la vie morte de cette parenthèse (peut-être mal fermée), Miller trouve un matériau second, tout aussi bon conducteur que le corps parce qu’il n’en est que le signe, et qui est le lan­gage.
« Les appels au sacrifice, dit Miller à propos des premiers messages du maréchal, n’excluent pas une jouissance, la jouissance propre dit signifiant, celle que les mots induisent. » Dans la France de Pétain, milieu raréfié d’où la diversité des langages avait disparu par contrainte, le seul langage à se débiter fut celui du Pouvoir : Pouvoir, Langage et Jouissance ne formèrent plus qu’un énoncé monotone et triomphant, mais le jouir du maréchal était notre manque-à-jouir même : nous étouffions sous la jouissance d’un vieillard, et c’est ce cauchemar que le livre de Gérard Miller va raconter.
L’analyse d’un mode de discours (d’une discursivité, comme on dit maintenant) peut donc être brûlante : c’est un jeu mythologique qui embrase tout le discours du Pouvoir (et peut-être le discours de tout Pouvoir). Cet incendie procède, dans le cas de Miller, d’une méthode et d’un art.

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La méthode est faite principalement de deux opérations. Tout d’abord, le fait (historique) est toujours pris lui­ même comme une production de discours (idée nietzschéenne : c’est le sens qui fonde le fait) : voyez l’exode, dans la mesure où il est immédiatement décrété (par le discours pétainiste) « inéluctable », il n’existe qu’à proportion du message qui en fait une donnée de nature (ainsi,de nos jours, complaisamment redite par la radio d’État, la crise pétrolière devient peu à peu un fait pur, naturel, analogue aux grandes calamités physiques ou épidémiques d’autrefois). Ensuite, le discours­ objet est inlassablement cité ; contrairement à l’usage courant (universitaire), Miller ne disserte pas sur la mythologie pétainiste en s’appuyant quand bon lui semble sur un bout de document, il égrène des citations, des frappes, pourrait-on dire, il en fait un message si concis, que, pour une fois, « les mots parlent d’eux-mêmes » ; c’est un centon de phrases, tout juste dégraissées, dénudées par le narrateur qui en dirige le débit. Ce qui démystifie la chèvre bucolique, n’est-ce pas le chapelet de « crottes de bique » qu’elle égrène en marchant et en mangeant ? Ce que fait Miller, c’est simplement de mettre des guillemets (des pincettes) aux productions du maréchal.

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La méthode de Miller fait ainsi apparaître une idéologie (opération qui nous fascine tous), mais cette idéologie n’est jamais prise en charge par l’un de ces méta-langages copieux et pesants dont l’analyse sociologique et politique nous donne si souvent le dégoût : avec Miller, l’idéologie ne quitte jamais les mots originels dont elle est faite : Miller travaille à fleur de mots : il a trouvé un lieu rare et difficile, enfin juste (aléthiquement et musicalement) : ce lieu, c’est quelque chose comme la peau de l’idéologie, là où elle s’empourpre ou se glace ; ou c’est encore la phrase. Miller ne dépièce pas la phrase pétainiste ; il ne fanatise pas (il ne la délie pas), il se contente de la dessertir, il nous la fait voir à l’état natu­rel : dans la nature même de son artifice idéologique. La méthode citationnelle de Miller est bien un art, dans la mesure où elle produit un effet (astringent) sur le sujet que nous sommes : elle modifie notre souvenir — notre amnésie ; elle redonne à notre corps, trente ans plus tard, un mouvement d’horripilation ; mais dès lors aussi, cette jouissance, dont le maréchal nous avait privés, elle nous la rend — et, si l’on peut dire, sur le dos même du châtreur.

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Bien que provenant d’une analyse lexicométrique (qui offre toutes les garanties de scientificité), le travail de Gérard Miller échappe à l’énonciation plate de la science. Comment le savant, aujourd’hui, doit-il parler ? comment peut-il parler ? Ni l’idéologie ni l’inconscient ne permettent plus de croire que par ma seule volonté je vais tenir sur quelque objet du monde un discours extérieur, neutre, indifférent, qui soit à l’abri des instances que précisément je travaille à mettre au jour chez les autres. L’effort principal de la science humaine est, aujourd’hui, d’essayer une nouvelle pratique discursive. C’est ce que fait Gérard Miller : il subvertit le genre de l’exposé, et produit ainsi un texte original, qui a une valeur épistémo­logique.
Tout d’abord, par un préalable de liberté, Gérard Miller se débarrasse de la première censure qui frappe le discours scientifique et qui est celle de l’écriture : son texte est écrit : non seulement bien écrit, mais encore sensuellement attentif à une pratique de la textualité : Miller
met en scène le langage. Ensuite, un nouveau mode de discours est créé, bien plus scientifique que l’ancien, en ce qu’il adapte subtilement à son objet (la science de demain devra être subtile) : puisque cet objet est un discours passe, prélevé dans l’Histoire récente de la France, le mode proposé unit légitimement le récit et la distance critique (c’est un mode épique, au sens brechtien). Miller, d’une façon incisive et discrète, produit un genre nou­veau : la narration analytique  : il raconte, il décrit et dans une certaine mesure il représente la sinistre aventure ; mais en même temps, rapidement, il projette la description ainsi amorcée à un autre niveau du réel, là où il se démontre sans se montrer : on ne rejette pas la narration — inséparable de toute Histoire — mais on l’empêche d’épaissir, de tourner à l’état de nature. Parodiant Pascal, on pourrait dire que Miller évite deux erreurs : 1) prendre tout littéralement ; 2) prendre tout analytiquement. Cela a déjà été fait ? Sous une forme accomplie et moderne, par Brecht seulement. Et ceci amène à la troisième subversion de discours opérée par Miller : le texte scientifique est résolument découpé : à la nappe dissertative se substitue une suite âpre de fragments, d’ellipses, de formules, bref de tableaux critiques. Ce qui est remarquable, c’est qu’en chacun de ces tableaux le sens est déjà là, et que par voie de conséquence, l’accumulation de ces tableaux ne produit pas une transcendance secrète : plutôt la figure finale d’un monstre, qui est l’idéologie (le langage) d’un certain fascisme (croire qu’il n’y a jamais qu’un fascisme serait politiquement dangereux :ce serait affaiblir notre vigi­lance). Miller transporte ainsi dans l’ordre de l’essai une pratique discursive éminemment progressiste, qui fut celle de Diderot, de Brecht et d’Eisenstein : saisir et rendre, entouré d’un cerne pur, l’instant prégnant, le gestus social, tapis dans la fausse nature de la phrase pétainiste. Le travail de Gérard Miller rétablit de la sorte au grand jour ce qui est ordinairement refoulé par l’idéologie de droite et la contre­ idéologie de gauche, et qui est le politique du langage.

ROLAND BARTHES.

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Extraits

Intéressant rappel à quelques jours du 1er mai.

Le travail en charte

« Notre maison nouvelle ... se reconstruit pierre à pierre [3] » : la métaphore de la maison revient souvent dans le discours pétainiste pour désigner la France.
« Le meilleur régime... devra tenir compte [des conjonctures extérieures] pour rétablir l’ordre dans sa maison. »
« Tant que plus d’un million de Français... demeureront en marge des activités du Pays, il sera difficile de construire un édifice neuf et durable. »
« Nous avons... hâtivement édifié des abris provisoires. Il est temps d’élaborer le plan d’un vaste, solide et durable édifice. »
« Aidez-moi... à édifier... la maison qui abritera la France rayonnante de demain. »
De la maison, chacun a l’expérience et connaît la nécessité : univers clos, stable, le chez-soi communique l’idée d’une solidarité constitutive et signale le premier danger qui menace la France : la division. « Toute maison divisée contre elle-même périra, dit l’Évangile. Nous entendons rebâtir la Maison France sur le roc inébranlable de l’unité française. »
Si la France est une maison, la lutte de classes n’y a pas sa place : « Patrons, artisans, techniciens, employés, ouvriers, oubliez vos origines, oubliez vos divisions du passé. » L’atelier de l’arti­san est la cellule modèle de production : « Le maître, le compagnon, l’apprenti travaillent au même établi, avec les mêmes outils. Tous ensemble, ils transforment la matière en un produit beau et bien fait. » Il s’agit d’assurer la paix sociale, «  le plus grand bienfait que puisse connaître une nation.  ».
La réconciliation nationale s’opérera autour du Travail. Attention ! pas des travailleurs. Le Travail est une grande idée plusieurs fois millénaire, qui préside au développement de la civilisation ; les travailleurs, eux, n’en sont pas toujours dignes, ils ont souvent mauvais esprit et se laissent facilement égarer par de mauvais bergers. Aussi le 1er mai, fête des travailleurs, devient sous Vichy fête du Travail.
Vichy aime le Travail : « Le travail est le moyen le plus noble et le plus digne de devenir maîtres de notre sort. » Vichy sacralise le Travail : « Le travail est la loi sacrée et fondamentale de la Révolution nationale ». Vichy gardera foi dans l’avenir du Travail : « Les moments durs passeront. Mais le travail restera. » Vichy n’a pas de tendresse pour le Capital ; le discours pétainiste accueille sans difficulté l’image du capitaliste vautré dans la paresse et de l’ouvrier fier du travail bien fait. Le régime donne pour but à l’Ecole « de faire de tous les Français des hommes ayant le goût du travail et l’amour de l’effort » ; aux camps de jeunesse qu’il ouvre, il ne prescrit qu’«  une seule obligation : l’amour du travail [4] » ; et Pétain lui-même, signifiant à tout faire, devient naturellement le symbole du Travail.
« Toute sa vie, depuis l’origine, est un labeur continu. A l’école, au collège, à Saint-Cyr, à tous les échelons de sa carrière, il n’a cesse de travailler avec énergie, avec méthode, avec persévérance... Il n’a pas gaspillé son temps à des lectures frivoles... Même à son âge, il continue à travailler... La phrase qu’il préfère est : "Allons travailler !" Il aime à le dire, dès qu’il a fini son café. Et il guette avec malice, autour de lui, ceux qui se lèveront les derniers. [5] »
Avec ces excellents principes, Vichy fut un âge d’or pour le patronat français. On réunit le 20 juillet 1940, en Comité confédéral national, des militants de la C.G.T. pour leur faire supprimer les articles 28 et 39 des statuts concernant le droit de grève ; on les remplace par des articles empruntés à la législation officielle, prévoyant conciliation et arbitrage. On abroge de plus l’article 1er qui fondait l’action syndicale sur la lutte de classe. Un nouvel article est rédigé, qui proclame notamment : « La C.G.T. se donne pour but de défendre les droits sacrés du travail, d’accroître le niveau de vie des travailleurs, de protéger la famille de ces derniers et de collaborer à la prospérité nationale. » Tout y est, mais ce n’est pas encore assez : Vichy dissoudra peu après toutes les organisations traditionnelles de la classe ouvrière.
La grande pensée de la Révolution nationale, c’est la Charte du Travail.
La loi « relative à l’organisation des professions », que le Journal officiel publie le 26 octobre 1941, distingue diverses catégories professionnelles, les patrons, les ouvriers, les agents de maîtrise, etc. Diversité sans divergences : le maître-mot est harmonie. Les professions, ou plutôt les « familles professionnelles », sont des « corps » dont l’intérêt commun est de se maintenir réciproquement en vie et en bonne santé : au « vieux système de la lutte des classes » se substitue une solidarité organique.
Les traits spécifiques s’estompent : ouvriers et patrons sont désignés par les mots d’associés ou de partenaires, voire par des termes encore plus neutres : « Le syndicat groupe obligatoirement dans chaque métier tous les gens de la même catégorie... »
Pétain n’a pas deux poids et deux mesures. Il blâme les uns : « Patrons, parmi vous beaucoup ont une part de responsabilité dans la lutte des classes. » Il tance les autres : « Ouvriers, mes amis, n’écoutez plus les démagogues. » Personne n’échappe à sa censure : « Ouvriers, techniciens, patrons, si nous sommes aujourd’hui dans le malheur, c’est qu’hier vous avez été assez fous pour vous montrer le poing. » Cette impartialité lui permet de lancer a tout un chacun : au travail ! Que chacun reste a sa place, c’est toute la sagesse pétainiste : que le « penseur » soit dans son « cabinet », l’« écrivain » dans son « bureau », l’« artisan » à son « établi », l’« artiste  » dans son « atelier », le « commerçant » dans sa « boutique  », l’« ouvrier » dans son « usine », le « cultivateur » dans son « champ ». Et les cochons seront bien gardés.

p. 112-115.

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L’intellectuel

L’intellectuel tremble.
Dès avant l’armistice, on panique chez un grand nombre d’hommes de lettres : « Avons-nous trop aimé la littérature ? », se répète André Billy. « C’est le thème d’un examen de conscience auquel je ne cesse de me livrer, dans l’obscurité des nuits d’attente et d’angoisse que nous passons tous... On ne croyait plus à rien, mais on croyait encore à la cadence d’une phrase de Barrès ou de Chateau­briand, à une notation de Stendhal, à une métaphore de Mallarmé, à un épithète de Baudelaire, à une fulgurance de Rimbaud [6]. » Des mains fragiles se tendent aux coups de règle pour se durcir le bout des doigts ; la férule pétainiste est, on le voit, impatiemment attendue.
Le mou se promet d’être dur. Paul Géraldy palpite devant l’âpre résolution d’un gentil militaire : « ... mon bien-aimé petit maréchal des logis m’a confié, à la gare de l’Est, sur le marche­-pied de ce train qui allait me l’arracher : "Je suis content de repartir. Ce n’est pas le meilleur de moi que j’ai touché dans ce confort et ces plaisirs. Je ne veux pas être un délicat. Je veux être énergique et dur" [7]. »
La grande épreuve que le pouvoir pétainiste destine aux intellectuels, c’est la censure. Pour beaucoup, elle vient à point nommé ; ils ne l’accueillent ni comme une mesure dicta­toriale, ni même comme un châtiment, mais comme un exer­cice salutaire.
Il y a d’abord les fascisants, que la pollution intellectuelle étouffe : « ... une presse "libre" peut empoisonner l’univers. Ne contrôle-t-on pas les pharmaciens qui n’ont pas le droit de vendre des poisons, sauf dans certains cas [8] ? » Les non-dupes comme Montherlant ne s’en font pas pour si peu : « Depuis que les hommes expriment leur pensée, ils n’ont rendu l’humanité ni plus sage, ni plus intelligente, ni plus honnête. Elle n’ira pas plus mal s’ils en retiennent quelques-unes [9]. » Mais il y a surtout la grande masse de ceux à qui la censure donne enfin l’occasion de payer leur écot au pays, et qui applaudissent aux coups de crayon rouge ou bleu des préposés de Vichy. Jusqu’au leader personnaliste qui sacrifie de grand cœur sa personnalité sur l’autel de la Patrie : « Si certaines limitations de notre champ de vision, écrit Emmanuel Mounier, si certains durs silences, si la mise en vieil­lesse d’une certaine activité font partie des disciplines aujourd’hui nécessaires, nous les consentirons volontiers... Felix culpa ! crierons-nous à notre tour si la pensée du crayon bleu retient chaque fois que, dans le silence de la recherche, nous laisserions la facilité cri­tique prendre le pas sur l’invention créatrice, la mauvaise humeur sur la pensée, la négation sur l’être [10]. »
La pensée censurée est la pensée purgée de ses miasmes, bien portante, constructive ; censure, auto-censure, sont prophylactiques. La propreté d’un texte passé au crible fait contraste avec les inscriptions fébriles qui déparent les murs des cités françaises et insultent au bon sens national : « La passion des graffiti est-elle pathologique ? s’interroge le Temps. Mais quel plaisir peuvent éprouver ces écrivains maniaques à laisser trace n’importe où de leurs rancunes, de leurs critiques, de leurs désirs [11] ? » Le trait distinctif du civilisé n’est-il pas la rétention ? André Gide, dans son Journal, vante les mérites de la « pensée comprimée », et se résigne déjà à écrire sous la botte : « Pour peu que cela me soit accordé, je m’accommoderais assez volontiers des contraintes, me semble-t-il, et j’accepterais une dicta­ture qui, seule, je le crains, nous sauverait de la décomposition. Ajoutons en hâte que je ne parle ici que d’une dictature française [12]. »
L’intellectuel, il s’agit pour le pétainiste de le guérir. Dans son théâtre, il figure le malade, voire le débile. A l’occa­sion on redoute sa contagion ; diagnostiquant le mal dont souffrent les Français, le médecin pétainiste s’écrie avec une assurance moliéresque : « Qu’ont-ils lu la veille ? » Les Fran­çais ont fait de mauvaises lectures ; pour leur en donner de bonnes, les journaux de l’été 40 fustigent « la responsabilité des intellectuels ». C’est leur antienne ; on lit toujours trop Voltaire, et cette fois c’est la faute à Gide : «  Il a formé une génération orgueilleuse et déliquescente, il l’a élevée, sous prétexte de sincérité, dans la perversion du sens moral [13]. »
L’intellectuel contemporain est agité ; il ne se tient pas à sa place, s’occupe de ce qui ne le regarde pas, n’est jamais sûr de rien :« Vous n’êtes pas un intellectuel, dit un visiteur à Pétain. Les intellectuels sont toujours inquiets. Ils doutent. Et c’est pour cela qu’ils sont dangereux [14]. » C’est en vain que le pétainiste cherche des chefs-d’œuvre ; l’entre-deux guerre n’a pas vu naître de ces « hauts poèmes » qui chantent le patriotisme, l’enthousiasme travailleur, l’amour sain et profond. Ou sont les Bornier, les Béranger, les Déroulède ?
Au lieu de chanter la Madelon, la France a dansé le swing. L’œil du légionnaire reconnait dans ce produit d’importa­tion « un danger grave, tant moral que physique pour [la] jeu­nesse... Alors que la musique de jazz, proprement dite, peut se recommander de ses origines nègres, l’apparition du swing est consécutive à la prédominance juive tant parmi les compositeurs que les exécutants de cette musique qualifiée de légère [15]. ».
En un mot, l’intellectuel souffre de l’intellect. Chez lui, l’âme a pris le dessus sur le corps ; il méprise la matière, il est faible, souvent peu soigné. S’il veut retrouver la confiance de ses proches et mériter l’affection du Maréchal, il suivra les conseils que lui prodigue Pierre Dunoyer de Segonzac : « On saura gré à un intellectuel de présenter un aspect sain,gaillard, de cacher l’âme la plus fine sous une enveloppe bien charnelle ; on se réjouira de la netteté d’un extérieur, on se plaira à constater un par­fait équilibre entre l’âme et le corps de ces penseurs qui après tout sont d’abord des hommes [16] » Et comme on peut toujours soup­çonner les mœurs de ce sophistiqué, « il [sera] tout à fait rassurant de constater que ce philosophe spécialisé de !’étude de l’amour et de ses raffinements est lui-même pourvu d’une aimable épouse à qui il a été capable de donner quelques beaux et bons enfants [17] ».
La génération nouvelle des intellectuels de la Révolution nationale, fuyant l’air vicié des bibliothèques, ira au grand air, sur la pelouse ou la cendrée, reprendre contact avec le lieu par excellence pétainiste : le réel. « Nous rêvons de profes­seurs de faculté, champions de course ou de nage  [18]. »
Le discours pétainiste peut proposer à l’intellectuel le paysan pour modèle : « Que de sujets de méditations, que d’occa­sions de réflexions utiles au cours de la vie journalière de l’homme des champs ! L’épisode le plus banal prend souvent l’aspect d’illustration de quelque proverbe de la sagesse des nations [19]. » En 1940, la nature est heureusement pétainiste ; elle se lit à livre ouvert, comme un Appel et Message. Faire la Révolution nationale, c’est manger le melon de Bernardin de Saint-Pierre.
L’intellectuel aux champs, les pieds enfin sur terre, réédu­qué, régénéré, sera désormais présentable.

p. 138-142 (mon édition de 1975).

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A PROPOS DU FASCISME FRANÇAIS
" Les nouvelles interviews de France-Culture "
mercredi 2 juillet 1975

PHILIPPE SOLLERS : Je suis très content de participer à cette émission parce que je crois que Miller a écrit un livre extrêmement important. Je vais essayer de lui demander ce qui l’a conduit à l’écrire.
Voilà donc un livre qui s’appelle d’un titre qui peut paraître compliqué ou insolite : les Pousse-au-jouir du maréchal Pétain. Il est évident qu’accolée au nom du maréchal Pétain, qui dans la mémoire de tous les Français est là, tapi quelque part, une expression comme les Pousse-au-jouir, c’est tout de suite une insolence qui éclate sur la cou­verture. Et au-dessous de ce titre, on voit le visage, avec son képi de maréchal, sa petite moustache blanche, à la fois fier, austère et sentant sans doute l’eau de Cologne.
Ce livre, c’est un drôle de livre. On peut imaginer de très bons livres d’histoire sur le pétainisme en France, sur cette force spécifique de fascisme qu’a été le pétainisme en France. Mais Miller ne fait pas seulement œuvre d’historien. Comme l’écrit Barthes dans sa préface, il a suivi une méthode tout à fait originale, tout à fait passionnante, qui consiste à faire monter, remonter dans la mémoire de notre pays, le discours de Pétain, les formes mêmes du discours pétainiste, montrant ainsi qu’un pouvoir s’ins­talle à travers un certain nombre d’énoncés, de répétitions, de stéréotypes, et que du coup le problème du fascisme dépasse de beaucoup ce qu’on entend, en général, étroi­tement, par là.
Miller, je vais donc lui demander d’abord ce qui l’a amené à écrire ce livre.

GÉRARD MILLER : Le pétainisme est pour la France, au XXe siècle, le meilleur exemple d’un régime limite. C’est, à l’époque des fascismes allemand et italien, la dictature à la française. Pouvoir bonasse par plus d’un côté — au point que certains, nombreux, hésitent même à parler de "dictature pétainiste" —, mais pouvoir qui ne fut pas moins criminel que le pouvoir hitlérien ou mussolinien, pouvoir qui ne doit en rien sembler moins abominable que ses deux compères noirs, pouvoir qui n’eut simplement pas le temps de donner toute sa mesure, et dont les dirigeants ont de ce fait un peu moins de sang sur les mains et, quand ils vivent encore, un peu plus d’arrogance dans les yeux.
Le pétainisme n’est pas un épiphénomène. Il ne s’est pas écrit dans les marges de l’Histoire de France. En 1940, qu’on le veuille ou non — et personnellement, aujourd’hui encore, après avoir écrit ce livre, je voudrais que cela ne soit pas vrai —, le pétainisme c’est la France. Pas seulement la France de droite ou d’extrême droite, la France des patrons, des juges et des flics, mais aussi la France des ouvriers, des paysans, des intellectuels. Le pétainisme n’est pas imposé en 1940 par les fusils allemands : il vient d’chez nous, bien d’chez nous, comme le camembert ou la baguette. Et il n’a certainement pas disparu en 1944, à la Libération.
Les Pousse-au-jouir ! C’est bien sûr une expression que j’ai inventée. Elle est construite sur cette autre, connue : pousse-au-crime. Et ce sont aussi des pousse-au-crime, les Appels et Messages du maréchal Pétain ! Pousse-au-jouir, cela doit indiquer au lecteur ceci qu’il n’a jamais su ou qu’il a oublié. Premièrement, jouissance, jouir, sont des mots qui appartiennent au vocabulaire pétainiste : « L’esprit de jouissance détruit ce que l’esprit de sacrifice édifie », « Fini de jouir ! », voilà ce que n’a cessé de répéter le maréchal Pétain. Deuxièmement, les textes pétainistes que j’ai étudiés dans le petit détail et qui peuvent paraître de nos jours un peu morts, j’ai tenu à rappeler, en parlant des pousse-au-jouir du maréchal Pétain, qu’ils avaient été extraordinairement vivants, qu’ils avaient attiré, captivé les Français, qu’ils les avaient envahis et occupés pendant des années. A nous de comprendre, par-delà les appels au sacrifice qui les ponctuaient, par-delà l’annonce des châtiments dont ils se réjouissaient, ce qui leur donnait cet incontestable pouvoir de séduction, à nous de comprendre où, dans ce discours qui semble renoncer à la jouissance, se situe précisément la jouissance.
Quand on lit le maréchal Pétain — vous me l’avez encore dit tout à l’heure avant l’émission —, on est surpris par la prodigieuse connerie de ses textes. C’est indispensable de souligner la connerie des textes pétainistes, de marquer leur extrême pâleur. Mais qu’on ne les prenne surtout pas en oubliant ce qu’ils emportaient avec eux : leur profonde stupidité contraste avec l’intérêt de masse qu’ils suscitaient. Je donne donc un indice : prenez-les comme des pousse-au-jouir — cherchez l’appât. Et vous les lirez autrement.
Le discours pétainiste a enchanté la France : au sens que ce mot prend dans le célèbre conte du joueur de flûte, qui avait vidé une ville de ses rats, puis l’avait finalement privée de ses enfants. Ça vous mène, ça vous mène par le bout du nez...

PHILIPPE SOLLERS : Ce qui est important dans ce que vous dites, c’est justement que le phénomène pétainiste n’aurait pas été imposé de l’extérieur, qu’il aurait au contraire émergé de l’intérieur. Je crois qu’il faut insister sur ce point, parce que je ne suis pas sûr qu’il soit tout à fait compris. Cette forme de connerie dont vous avez parlé, qui est extrêmement prégnante, qui colle comme la glu, elle a été émise à un moment donné par tout un pays. Quand vous dites que le pétainisme a joui d’une approbation quasi générale, qu’il a été dominant non parce qu’il a été imposé par les nazis, mais parce qu’il a reflété, synthétisé des aspirations qui venaient de plus loin — de plus loin dans l’Histoire, peut-être du XIXe siècle —, il faut faire très attention...
Je voudrais lire ici une phrase que vous citez : « Le swing est un danger grave tant moral que physique pour la jeunesse. Alors que la musique de jazz, proprement dite, peut se recommander de ses origines nègres, l’apparition du swing est consécutive à la prédominance juive tant parmi les compositeurs que les exécutants de cette musique qualifiée de légère. » (La Légion, février 1942.) Nous avons là une micro-séquence délirante, qui doit faire choc dans l’inconscient des lecteurs, et qui marque, à mon avis, le problème fondamental du pétainisme, tel que vous l’abordez : cette espèce de priorité au racisme qui a été son apanage, sa lumière et sa coloration particulière. Là où vous allez par exemple très loin, c’est quand vous montrez dans votre livre que pour ce qui est de l’antisémitisme — le fond de la question —, eh bien ! la France a eu un message particulier à apporter dans le concert.

GÉRARD MILLER : Je suis tout à fait d’accord pour insister ici sur cette question. Pour bien la comprendre, il faut d’abord que je donne une précision. Je me suis intéressé non à l’ensemble de ce qu’on pense être l’histoire pétainiste (1940-1944), mais à cette période qui va du 17 juin 40 au 18 avril 42. J’ai fait un choix. J’ai regardé ce que Vichy disait tant que Vichy gouvernait. Après le 18 avril, avec le retour de Laval imposé par les nazis, Vichy a purement et simplement obéi, avec une marge de manœuvre de plus en plus réduite. Le pétainisme en tant que tel, le pétainisme "des débuts", c’est-à-dire celui qui a disposé, pour mener à bien sa Révolution, d’une très grande autonomie idéologique, sans conteste unique dans toute l’Europe occupée, c’est celui-là qui m’a importé.
Il y a donc des différences notables entre les pétainistes "au sens strict", les fascistes qu’on appelait "parisiens" et les nazis. Soit l’antisémitisme.
Pendant la dernière guerre mondiale, il y a eu des camps de concentration et d’extermination. Il y a ceux qui ont décidé des camps ; il y a ceux qui les ont construits ; il y a ceux qui les ont remplis ; il y a ceux qui les ont gardés. Et puis il y a ceux qui ont ap­prouvé le tout. Parmi ces derniers, beaucoup n’ont pas crié "mort aux juifs" et "vive les chambres à gaz". Ils ont approuvé, mais avec... discrétion. Des gens bien élevés, en un mot !
Vichy est certes à l’origine d’un certain nombre de camps de concentration, car il y en a eu plus d’un en France entre 1940 et 1944· Mais pour saisir la spécificité du pétainisme, il vaut mieux penser à ces "pères nobles", qui — c’est le moins qu’on puisse dire — ont encore la peau dure. J’en ai rencontré quand j’écrivais mon livre. Ont jamais cogné un juif ! Jamais même dénoncé un juif ! Tenez : en 1943, ils en ont sauvé un, peut-être deux. Lévy, il s’appelait, ou Khan. Enfin, un juif, un vrai. Ils vous l’affirment ! Et ils vous en disent plus : en 1944, ils souhaitaient la défaite allemande. Antisémites, eux ? Certainement, mais là n’est pas la question. Leur antisémitisme n’a rien à voir avec celui des nazis, ni avec celui des rédacteurs du Matin, de Je suis partout ou du Pilori I Rien à voir.
Prenez un exemple parlant : Alfred Fabre-Luce. Vous le connaissez. Un vieux de la vieille. Voilà pas une semaine, il écrit un article dans le Monde sur le 18 juin, et, chevauchant à son tour le cercueil, il réclame la translation des cendres de Pétain à Douau­mont.
En 1940, Fabre-Luce est un pétainiste bon teint. Que nous raconte-t-il sur les juifs ? J’ai retrouvé un de ses livres : Journal de la France, 1942 (il s’en passe des choses en 1942 !). « Il est vrai que quelques-uns de nos plus hauts penseurs sont ou furent des juifs. Mais il n’en est pas moins vrai qu’une surabondance de juif s dans les rouages essentiels d’un État provoque presque toujours un trouble. » Voilà qui est élégamment dit ; on est loin des voci­férations antisémites du Cahier jaune. Un peu plus loin, à propos des juifs d’Autriche qui, fuyant les persécutions nazies, s’étaient réfugiés au Maroc en 1938 : « Quand, en 1940, ces réfugiés sont dirigés sur un camp de concentration (le seul endroit où ils puissent retrouver une vague sensation de patrie), c’est un soulagement général. » Et tout est du même acabit...
En 1944, à la Libération, quand on est venu voir ce distingué plumitif pour lui poser quelques questions, il a poussé de grands cris : qu’avait-il donc fait, lui qui n’avait
jamais mis la main à la pâte des collaborateurs ? Innocent, il était innocent !
Et pourtant, ce pétainiste de la première heure était le frère du SS et du milicien. Il avait contribué à sa façon, bien moins directement violente, tout en ronds de jambe, à l’extermination des juifs. Il était nécessaire ce moraliste sévère pour donner ses lettres de noblesse à l’antisémitisme ! Pour les hésitants, il était la preuve même qu’on pouvait haïr les juifs sans déroger, sans tomber dans "l’excès nazi ". L’antisémitisme est un tout. Avec son air de sainte nitouche il apportait sa petite pierre. On ne lui en demandait pas plus : contre les juifs, on n’avait pas seulement besoin de nervis, il fallait aussi des hommes de lettres.
Fabre-Luce nous permet de comprendre un peu le rapport particulier du pétainisme et de l’antisémitisme. Dans mon livre où j’ ai développé cette question, j’ai parlé, à propos du Commissariat aux questions juives, de Hitler revu par Courteline. On pourrait penser aussi à Hitler revu par La Fontaine.
Et qui est-ce que vous retrouvez, trente ans plus tard, dans le Monde, expliquant au peuple qu’il faut avoir un esprit serein, être mesuré et libéral, que le passé c’est le passé, que seule importe la réconciliation des Français ? Alfred Fabre-Luce. On peut s’attendre à tout en politique. Mais de voir ce ci-devant vous donner aujourd’hui des leçons de morale... les bras vous en tombent.
On n’a jamais rompu en France avec le pétainisme. En 1944, on a rompu avec le fascisme, avec le nazisme, pas avec le pétainisme. Il ne s’agit pas de regretter l’épuration, encore moins de souhaiter une nouvelle épuration ! Ce n’est pas la question, bien sûr. Mais vous saisissez à partir de là ce qu’il en est, plus généralement, de cette spécificité du pétainisme, qui — disons jusqu’au 18 avril 1942 — a été et reste un mou­vement de "bons Français".
Cela étant, la position à tenir en 1975 n’est pas simple. Les commémorations recueil­ lies et les proclamations de "ceux qui n’oublient pas" sont souvent dérisoires, voire clownesques : on ne souhaite pas s’y frotter. Alors ? Deux points sont pourtant sûrs. S’il est peut-être inévitable d’oublier les crimes quand on leur survit, mieux vaut certainement garder le souvenir de ceux dont tout indique qu’ils n’appartiennent pas définitivement au passé. Quant aux spécialistes de la réconciliation nationale qui veulent que tout s’efface "puisque ça fait déjà trente ans", il suffit de leur rappeler qu’il y a dix ans, qu’il y a vingt ans, que le lendemain même de la défaite nazie, ils désiraient déjà exactement la même chose : qu’on oublie ! Fabre-Luce, lui, c’était même en 1942 qu’il espérait qu’on ne ferait bientôt plus attention aux crimes de son époque — ou plutôt aux "mesquineries" de son époque comme il aimait à l’écrire : « Alors on célébrera Philippe Pétain. On dira de lui qu’il fut, comme nos premiers rois, un patient mainteneur et assembleur de terres françaises. On évoquera le dévouement de ceux qui n’abandonnèrent leur pays ni matériellement ni moralement pendant sa grande épreuve. Et sur toutes les mesquineries de l’époque, la piété patriotique jettera un voile d’oubli, comme l’amour néglige les mouvements d’humeur d’un être cher irrité par la souffrance ou par la faim. » (Op. cit.)
On parle actuellement de la réhabilitation de Pétain, de celle de Brasillach ou de Touvier. Et la réhabilitation de Hitler ? Pas d’inquiétude à avoir. Et quand on aura réhabilité Hitler, Touvier, Brasillach et Pétain, on fera une grande fête, comme on en a maintenant le goût, et vous verrez, devant les petites filles que leurs mamans auront habillées de blanc, Alfred Fabre-Luce, imperturbable, viendra nous causer de la liberté et de la justice.

PHILIPPE SOLLERS : Je suis bien d’accord avec vous pour passionner sans cesse le débat. Rien n’est plus dégoûtant que ce langage mou qui revient périodiquement pour dire : tout ça c’est le passé, il faut une réconciliation nationale, etc.
Je voudrais maintenant vous demander ceci. Votre livre paraît dans une collection qui s’intitule Connexions du Champ freudien, et qui est dirigée par Jacques Lacan. Ça c’est intéressant. Votre livre paraît dans un champ de connaissance qui essaye justement de transformer la vision que l’on peut avoir du fait social et du fait "psychique". Comment y a-t-il convergence entre votre livre, la passion qui le fait surgir, et la connaissance psychanalytique ? Au fond, si on prend cette pensée française, cette bonne pensée française, cette idéologie venue en surface dans l’explosion du fascisme : est-ce qu’elle n’est pas essentiellement à mettre sous le microscope d’une analyse intégrale, radicale, radiographique, ce qui serait justement le travail de la psychanalyse ? Regarder à partir de la psychanalyse tous ces faits historiques, tous ces faits sociaux. Et je crois par exemple que l’on éclairerait cette question de l’antisémitisme et du racisme, cette façon inconsciente que les gens ont de sans cesse se reprendre dans l’antisémitisme et le racisme. Vous parliez de Fabre-Luce, de ceux qui prônent la réconciliation et le trans­fert des cendres du maréchal, qui reviennent sans cesse sur cette question des ossuaires, sur cette glorification de la mort et du passé parental sous la forme des ossements : il y a là quelque chose dont on sent bien la proximité avec un délire endémique de la pensée.
Alors, que fait votre livre au Champ freudien ?

GÉRARD MILLER : Est-ce un livre d’histoire ? L’histoire événementielle n’est pas mon propos, mais ça contribue certainement à faire l’histoire. Est-ce un livre politique ? J’espère bien que c’est un livre politique. Il paraît cependant dans cette collec­tion dirigée par Lacan. Ce n’est pas absolument un hasard : il ne s’est pas égaré. Je vous dirais seulement ceci : il n’était pas possible pour moi d’étudier le pétainisme sans prendre appui sur le champ freudien.
Jacques Lacan est incontestablement celui qui a empêché la psychanalyse de rouler à l’égout ; sans lui c’était couru. Aujourd’hui l’étude de son œuvre est tout simplement indispensable ; non seulement parce que la théorie lacanienne éclaire le champ freudien, mais encore parce qu’il est patent que ses effets se font sentir au-delà : c’est pourquoi, vous le savez, les lacaniens sont aussi bien psychanalystes que philosophes, linguistes ou mathématiciens.
Qui s’intéresse à la politique, sans regarder du côté de la psychanalyse, se prive bien inutilement d’armes. C’est quand même trop clair que le discours lacanien, ça travaille pour le coup sur des concepts qui ne sont pas de la broutille ! Ce qu’il en est du sujet supposé savoir, de l’identification, de l’idéal du moi, du surmoi, de la voix ou du regard comme objet : pourquoi s’en passerait-on ? C’est curieux : presque chaque fois qu’on a écrit un article sur mon livre, on a évité de signaler le lieu où il était publié. C’est cependant pour l’avenir, pour d’autres études qui peuvent suivre la mienne, une indication.

PHILIPPE SOLLERS : Est-ce que vous ne pensez pas justement qu’on pourrait étudier du même œil, d’un point de vue psychanalytique, une formation délirante comme celle qu’a été à un moment donné le stalinisme. Un livre comme celui de Soljénitsyne, qui remue si profondément l’opinion, je pense qu’on n’a pas encore regardé d’un point de vue psychanalytique ce qu’il voulait dire. On le regarde dans des limites étroitement politiques..Ce que vous venez de faire du côté du fascisme et du pétainisme, je crois qu’on pourrait aussi le faire du côté du stalinisme. Et alors on verrait se dessiner un continent tout à fait nouveau, parce qu’on commencerait à s’apercevoir que ce XXe siècle dans lequel nous sommes encore, a connu dans sa première moitié les plus grands exemple de régression qu’on puisse imaginer, une explosion de régression telle qu’une interrogation fondamentale s’impose. Qu’est-ce qui fait que la limite de la pensée et de l’action politiques éclate sous la forme de symptômes aussi prodigieux, c’est-à-dire le génocide antisémite des nazis, mais aussi le fait concentrationnaire russe. Qu’est-ce qui fait que le pouvoir et la paranoïa sont liés à ce point ?

GÉRARD MILLER : Je suis, comme vous, très sensible à cette question du stalinisme. Pendant huit ans j’ ai milité dans le mouvement gauchiste, et j’ai notamment été membre de la Gauche prolétarienne, cette organisation maoïste que le gouvernement a dissoute en 1970. Aujourd’hui, ne militant plus, mais me situant toujours sur l’échiquier — politique­ comme-on-dit à l’extrême gauche (je ne vois pas au nom de quoi est-ce que j’en bou­gerais), je suis bien convaincu que le marxisme par exemple — notre élément supposé naturel — est plutôt mal placé pour rendre compte définitivement de la question.
C’est vrai pour le stalinisme, mais c’est vrai aussi pour le racisme dont nous parlions. Est-ce que le marxisme, qui nous invite d’abord à penser le "mal" dans son rapport avec l’économique, couvre le sujet ? Est-ce qu’on peut vraiment penser que la socialisation des moyens de production, que la révolution socialiste même la plus appliquée ont, comme ça, une chance véritable de faire disparaître le racisme, dont tout indique en tout cas aujourd’hui qu’il se porte sinon mieux que jamais, du moins pas plus mal ?
Je suis décidément un bon lecteur du Monde. J’ai ici un autre article paru il y a quelque temps dans ce journal. Il s’agit d’une enquête du mensuel Profil sur l’antisémitisme en Autriche. Selon cette étude, rapporte le correspondant du Monde, 70 % des Autrichiens montrent des tendances antisémites, ce qui constitue paraît-il un "record mondial". Chez 24 % ces tendances sont "très marquées" ; 45 % des personnes questionnées estiment que « lorsqu’un juif fait quelque chose de bien, cela ne peut être que par calcul » ; 35 % des Autrichiens n’accepteraient pas d’épouser une personne d’origine juive et 21 % préféreraient qu’il n’y ait pas du tout de juifs. L’antisémitisme est un peu moins fort chez les jeunes, mais cependant 55 % des jeunes de seize à vingt-cinq ans montrent des tendances antisémites, qui sont très marquées chez 16 % d’entre eux. « Le plus étonnant dans tout cela, remarque alors le journaliste du Monde, est qu’il s’agit d’un anti­ sémitisme sans juif,puisque !’on compte seulement, en ce moment, en Autriche, dix mille juifs, dont neuf mille à Vienne. »
Voilà donc un pays qui a réussi à éliminer presque toute sa population juive (le 13 mars 1938 il y avait 200 000 juifs autrichiens, le 31 décembre 194z il n’en restait plus que 8 000), qui ne s’en porte pas plus mal bien sûr, et qui trouve encore le moyen d’en remettre sur l’antisémitisme. Un phénomène de cette nature — et là il ne montre que le bout du nez —, pour être compris, suppose autre chose que les petites explica­tions habituelles ! Et la psychanalyse ici nous est justement d’un précieux secours.
A la télévision, l’année dernière, on avait demandé à Lacan pourquoi il prophétisait la monté du racisme. « Parce que ça ne me paraît pas drôle et que pourtant, c’est vrai », avait-il répondu avant d’indiquer ceci : « Dans l’égarement de notre jouissance, il n’y a que I’Autre qui la situe, mais c’est en tant que nous en sommes séparés. Laisser cet Autre à son mode de jouissance, c’est ce qui ne se pourrait qu’à ne pas lui imposer le nôtre, à ne pas le tenir pour un sous-développé. S’y ajoutant la précarité de notre mode, qui désormais ne se situe que du plus­ de-jouir, qui même ne s’énonce plus autrement, comment espérer que se poursuive l’humanitairerie de commande dont s’habillaient nos exactions ? » Voilà une autre dimension, pas négligeable, pour penser le racisme.

PHILIPPE SOLLERS : De toute façon, on peut observer ce phénomène sous des formes variées. On peut le situer n’importe où. Il s’agit comme d’un phénomène coextensif au fait social lui-même. D’où ce regard qu’il faut avoir sur ce fait social profondément énigmatique bien entendu lié à là sexualité en tant qu’une société s’y reproduit, bien entendu lié à cette question toujours aiguë de la dénégation de l’autre. Est-ce que vous ne croyez pas que c’est en étudiant de plus en plus en quoi c’est la différence qui fait la lucidité sur le fait social qu’on pourra avancer ? Parce qu’après tout, la question est la même entre les sexes, entre homme et femme, qu’entre celui qui est d’une cer­taine race et celui qui en est d’une autre...

GÉRARD MILLER : Pour qui questionne la politique, la psychanalyse élargit considérablement le champ des possibles. Encore faut-il faire de la France, pour s’en tenir ici à elle, une histoire exhaustive. C’est ça que j’ai eu en tête, avec les Pousse-au-jouir.
La Résistance n’est qu’une petite partie de notre histoire d’occupés. Elle ne peut pas servir à masquer la réalité vichyssoise. Elle ne doit pas empêcher de penser. Dans un pays aux "traditions révolutionnaires", qui avait connu 1789, la Commune de Paris et le Front populaire : tout s’est d’abord passé comme si de rien n’était. Avant d’aller plus loin, il faut admettre que le pétainisme nous a collé à la peau. Que rien n’est réglé, même pour ceux qui sont nés après guerre.
Il serait trop simple de montrer combien nombreux sont ceux, aussi loin à gauche qu’on aille les chercher, qui restent couverts de mille égratignures pétainistes.

Tel Quel 64, Hiver 1975, p. 53-60 [20].

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Dans art press n° 19, juillet-août 1975, Gérard Miller prolonge son propos.

Les enfants de Pétain et de Coca Cola

Gérard Miller


art press 19, juillet-août 1975.
Zoom : cliquez l’image.

Il est assis devant moi, dans le bureau de son pavil­lon de Seine-et-Marne, les bras croisés, la tête légè­rement penchée en arrière, les yeux mi-clos. Tout à coup, il lance ses bras en l’air et avant de les laisser retomber lourdement sur ses genoux, il s’écrie : « Vous courez, vous courez après un fantôme ! ».
René Belin fut un des plus importants ministres de Vichy, celui de la Production industrielle et du Tra­vail. Mais plus : c’était un homme de gauche et un grand syndicaliste.
On raconte encore son histoire. A 11 ans, il commen­ce à gagner sa vie comme garçon de bureau ; à 14 ans, il débute dans les Postes comme jeune facteur auxiliaire des télégraphes, l’emploi le plus modeste de I’Administration. Le soir, il suit des cours pour passer, un par un, les différents concours des PTT. Dans le même temps, il décide de militer. Un jour, à Lyon, il anime une grève : convoqué devant le conseil de discipline, il perd son travail et se retrouve dans l’appareil syndical. En 1935, il est nommé secrétaire-adjoint de la CGT, et participe avec Benoît Frachon aux accords Matignon. S’opposant aux communistes, il finit par démission­ner du bureau confédéral en juin 1940, un mois avant d’être convoqué par le maréchal Pétain.
« La Révolution nationale, mais c’est une improvi­sation ! Jamais, jamais, jamais, il n’y a eu définition d’un programme, quelque chose qui ressemble à ce qu’on appelle aujourd’hui le programme commun de la Gauche ou le programme des Réformateurs ! Non, rien ! C’était une improvisation faite au fil des mois... Pour les gens qui avaient la responsabilité des tâches ministériel/es, la Révolution nationale ne s’est jamais présentée comme un tout. Je vous l’assure : il n’y a jamais eu de concert préalable, nous ne nous ressemblions pas, nous fonctionnions chacun dans notre coin. »
Et pourtant ils l’ont faite, la Révolution nationale. La même politique, le même langage. Ils ont improvisé ? L’important est qu’ils ont improvisé dans les mêmes termes. A croire que tous les chemins menaient natu­rellement au pétainisme.
Voilà. Certains étaient à gauche, parfois depuis pas mal de temps, et puis ils se sont retrouvés très faci­lement faire excellent ménage avec des fascisants. Ils ne se ressemblaient pas ? Ils avaient quelque chose en commun ; comme tous les Français de gauche et les Français de droite, sans doute : un minimum. Et le pétainisme, c’est d’abord ça : ce petit minimum commun à tous.
En 1940, l’idéologie dominante, après avoir été fondée sur la volonté d’éviter la guerre, reposait sur la certitude de ne pas la perdre — idéologie de la ligne Maginot. Quand la ligne Maginot est contournée, quand le gouvernement ne peut plus se réunir et per­ sonne, elles y compris, n’avait pu le prévoir, beau­ coup de choses se brisent dans l’esprit des masses. Beaucoup, mais pas tout. On y est : qu’est-ce-qui s’est brisé et qu’est-ce qui a résisté à cette crise idéologique ?
Ce qui a certainement résisté, c’est le minimum français, ce qui semblait s’imposer avec évidence, ce qu’on tenait pour aller de soi. Travail, Famille, Patrie : le minimum n’est pas loin de la devise de Vichy. C’est peu, mais le pétainisme nous apprend précisément qu’une bonne dictature ne se construit pas nécessairement avec de nombreux matériaux.

Patrimoine

La Patrie. Prenez ici ce seul exemple, sachant cepen­dant qu’on pourrait allonger des remarques équiva­lentes sur les discours qui honorent le Travail ou qui défendent la Famille.
En 1940, le pétainisme assure son audience en s’appuyant sur la conscience nationale des Fran­çais. « Monsieur X est germanophile, Monsieur Y est anglophile, Monsieur Z est italophile. Le Maréchal Pétain est Français », proclame un tract de Vichy. Et un autre : « Pense Pétain et tu vivras Français ».
Que la Résistance ait pu aussi compter sur cette conscience des masses pour les entraîner à libérer le territoire, ne change bien sûr rien : grâce à ce discours nationaliste que la gauche et la droite se partageaient, le pétainisme a pris racine dans le pays. On peut certes, comme on le fait dans les classes, distinguer plusieurs formes de nationalisme pour opposer les « bonnes » aux mauvaises, ou expliquer que les conditions historiques, seules, déterminent le contenu concret du patriotisme. Je me souviens d’un article de Raoul Girardet que j’avais lu au début de mon travail sur le discours pétainiste, dans la Revue française de sciences politiques. Il désignait fort bien les différences. Un nationalisme de tradition jacobine qui s’exprime, par exemple, sous la Restau­ration et la Monarchie de juillet, et qui est un héritage idéologique de la Révolution de 1789 : la Patrie française supérieure et messianique. Un nationalisme de la Revanche qu’on retrouve dans les années qui suivent la défaite de 1871 : la Patrie française blessée et meurtrie, le culte des provinces perdues, l’armée incarnation de tous les espoirs. Un nationalisme anti­ parlementaire dans les dernières années du XIXe siècle : la Patrie française affaiblie par les institutions politiques, le sentiment de la décadence nationale, l’appel au soldat. Mais on comprenait immédiatement que tous les nationalismes français avaient constitué un patrimoine commun, un patrimoine de représen­tations collectives, de thèmes, d’images, de références, etc. Ne serait-ce que parce qu’ils n’avaient jamais traduit qu’une seule thèse : unir par dessus tout. « Un peuple ! Une patrie ! Une France !  » écrivait Michelet à Edgar Quinet en 1846, pour présenter le Peuple. « Républicains, bonapartistes. légiti­mistes ? orléanistes, ce ne sont là que des prénoms. C’est patriote qui est le nom de famille »,lisait-on en tête des statuts de la Ligue des patriotes de Dérou­lède. « Ceux qui ont le sentiment de notre passé se demandent si nous ne sommes pas tombés au degré le plus bas de L’Histoire de France. Eh bien ! nous en remonterons si nous gardons le sentiment essentiel et vital de notre unité. Unité française d’abord ! Dans l’unité tout peut survivre ! », annonçait Charles Maurras, en 1941, dans la Seule France.


art press 19. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Vichy ne fait pas naître de nouveaux sentiments : le terrain est bien préparé. Le pétainiste a été « patrio­te », c’est-à-dire qu’il a fait son profit du signifiant Patrie, signifiant à-tout-faire, qu’on peut manier pour la révolution socialiste et voir un jour servir la dictature fasciste. Le pétainiste a été « patriote », parce qu’il n’y avait plus pour lui que deux façons de distribuer le genre humain : l’une « plus ancienne et plus stable » selon la Patrie, l’autre « plus récente et plus destructrice » selon les classes. Qui montrait contre lui qu’il n’y a de peuple et d’unité que rela­tivement ?
La Patrie ne s’est jamais contestée facilement. Ni le Travail, ni la Famille. Et si l’on tient même la chose pour impossible (en politique on dit au mieux pré­maturée), pourquoi pas ? Il suffit pour le coup de savoir que les lendemains qui chantent ont parfois l’accent allemand.

A la place de

L’inattendu fait souvent cogiter sur le pouvoir. Une crise sociale, une guerre, à plus forte raison une défaite, mettent à la question ses détenteurs ; mais elles ne suffisent pas à dicter les termes de l’interro­gation. Les Français de 1940 ne se demandent pas par exemple : pourquoi un peuple supporte-t-il des maîtres qui ne peuvent que son malheur ? S’ils écoutent le discours pétainiste, c’est qu’après avoir honni leurs mauvais chefs, ils en réclament de bons. Dans l’’Essai sur l’art de rendre les révolutions utiles, texte de 1801 ordinairement attribué à Napoléon 1er et à l’abbé Bonnet, on peut lire sur la souveraineté du peuple, principe élevé sur le pavois par tous les systèmes qui se prévalent de la démocratie, qu’elle n’est qu’une happelourde : « Toute la théorie de la souveraineté du peuple se réduit à ce que ses pou­voirs délégués passent de souverain en souverain, sans que jamais il doive les reprendre, ni pour les exercer, ni pour les déléguer de nouveau. La souve­raineté du peuple est une vérité incontestable en théorie, mais ce n’est qu’un paradoxe pratique. »
Cette vérité dessicative n’est pas sans valeur géné­rale ; elle situe la question du pouvoir en sa manifes­tation concrète, nue : contenir le peuple.
A dépailler la démocratie républicaine, n’est-on pas renvoyé directement à cette limitation dont elle est tout juste un des commentaires possibles, même si elle a, de tous les despotismes, le plus d’entregent et sait le mieux enjoliver l’ouvrage ? Et les organisations révolutionnaires elles-mêmes ne viennent-elles pas tout juste s’établir comme une instance tierce entre les masses et leurs oppresseurs, redoublant en l’imposant cette fois pour la « libération », l’évidence du parler pour les autres ?
Quand la politique se réduit à une compétition d’ins­tances représentatives, à une distribution de pouvoir entre ces instances, quand la confusion de la politique établit de part en part l’utilité des spécialistes, tout ne vise alors qu’à réduire le rôle des masses à ce geste rituel : déléguer.
Les historiens de la Libération se sont étonnés de ce que la République, le Front populaire ou les violents combats de classe, n’aient pas fait naître dans le cœur des Français « l’extrême goût de la liberté », et qu’ils aient pu se porter si nombreux vers ceux qui en étaient le démenti même. Ces historiens rêvaient en fait de « rayer quatre années de notre histoire », pour que la Révolution nationale cesse de défigurer la France, oubliant que celle-ci n’a jamais été un simple défaut du vernis qui s’écaille. La Ille République n’est pas morte en juillet sans laisser trace d’elle ; elle a produit au moins un testament nuncupatif qui ne fut pas prononcé devant des sourds, qui ne transmit certes pas en premier le « goût de la liberté », mais qui sanctionna ce que tout le système démocratique jusqu’à son opposition avait donné au peuple : le besoin de la médiation.
Ici triompha pour un temps le discours pétainiste, le seul qui pouvait en 1940 répondre à cette exigence de masse : être (bien) dominé.

Souvenirs

Chaque après-midi, ils ouvrent leur petit local ver­ moulu de la rue de Marengo. Sur la porte ils ont écrit : « Association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain ». Chaque après-midi, pendant quelques heures, ils attendent le visiteur. Ils lui par­ lent de Verdun, lui refilent une photo ou des timbres, enfin un de leurs revenez-y de Sumatra. Ils sont plu­ tôt vieux ; ils se calent dans des costumes gris qui sentent la bougie et le buvard ; de leurs narines sortent de longs poils noirs.
A toutes les fêtes nationales. leur cœur se met à battre : et si c’était pour aujourd’hui ? C’est qu’ils y tiennent. « Mes forces déclinant de plus en plus, au point que je ne puis plus me déplacer, je me suis décidé à vous écrire... Puis-je, Monsieur le Président de la République, formuler le souhait que votre déci­sion soit aussi proche que possible, afin de donner à des centaines de milliers de combattants de 14-18, et peut-être à moi-même, la joie de vivre le jour où ce dernier hommage sera rendu à celui qui nous commanda. » (G. Rivollet, médaillé militaire, grandofficier de la Légion d’honneur). Georges Pompidou avait promis : « Bientôt, bientôt !  », et Valéry Giscard d’Estaing avait bien été assez convaincant, le 11 no­vembre dernier, pour que l’avocat lsorni se félicite :
« La déclaration de M. le Président de la République est essentielle, et je l’en remercie au nom de tous ceux auxquels elle apportera une joie profonde. En parlant de "réconciliation complète", le chef de l’Etat n’écartait pas la justice. Le jour venu, Pétain reposera à Douaumont. Que les Français, en mani­festant leur gratitude au Président de la République, fassent que ce jour vienne bientôt. »
Les fidèles portionnaires du Maréchal sont, sans aucun doute possible, des pous fossilisés. Mais la question du pétainisme reste d’actualité. Pas seule­ ment parce que beaucoup de Français semblent encore, l’un dans l’autre, avoir plutôt le Maréchal à la bonne (un sondage de septembre 1974, publié dans Minute, affirmait même que 61 % des électeurs de Mitterrand et 80 % de ceux de Giscard d’Estaing étaient « plutôt favorables » à la translation à Douaumont). Pas seulement parce que la voix de Marcellin ou celle de Royer venait tout droit de Vichy. Mais surtout parce que la France n’a jamais eu l’occasion de rompre avec le pétainisme.

On sait que les tribunaux de la Libération ont pronon­cé, par rapport au chiffre de la population, moins de peines de prison que dans tout autre pays occidental occupé, et même moins de condamnations à mort qu’en Belgique. On sait, comme l’a démontré Robert O. Paxton, que la plupart des techniciens, des hommes d’affaires (aucun patron n’est passé en jugement pour collaboration avec les nazis), des fonctionnaires ou des politiciens, n’ont jamais été inquiétés. Dans les commissariats, on a revissé les mêmes policiers, et dans les tribunaux les mêmes juges. On ne manquait pas d’armes, on manquait plutôt de mots. Au nom de quel autre discours le nouveau pouvoir aurait-il condamné la Révolution nationale ? On a exécuté Darnand, on a fusillé Laval, on a fusillé Brasillach, Georges Suarez ou Jean Luchaire : c’est contre les fascistes qu’on a fait l’unanimité en 1945, pas contre les pétainistes (au sens strict, c’est-à-dire ceux des premiers temps).
Les pétainistes, comprenant sans doute dans quel sens tournait !’Histoire ; ont fini par accepter la démocratie bourgeoise (Stanley Hoffmann a parlé du « ralliement de ces forces conservatrices » à la République qu’ils haïssaient). Leurs idées n’y ont rien perdu. Qu’on regarde avec quel bonheur pros­ père encore le « bon sens » du Vichy de 40, avec quel naturel ressurgissent régulièrement, un peu par­ tout, les thèmes clefs de sa mythologie. Il suffirait, pour s’en convaincre, de lire par exemple les productions discursives de la campagne présidentielle de 1974...
Les Etats-Unis et le progrès sont pourtant passés par chez nous, dira-t-on ! Certainement, mais la France n’en est pas moins tenace, « creusant avec la même foi le même sillon », comme l’écrivait l’autre. C’est ce qui fait la singularité de beaucoup plus de Français qu’on ne croit (la classe au pouvoir en témoigne assez bien). On devrait les appeler : les enfants de Pétain et de Coca-Cola.
Un partisan du Maréchal m’a dit, en levant la main au dessus de sa tête, rayonnante : « Voyez- vous, jamais je ne me suis senti aussi Français que sous Vichy. »

(texte transcrit), art press 19, juillet-août 1975, p. 30-31.

LIRE AUSSI : Gérard Miller, Vichy sert à occulter le pétainisme pdf (Le Monde 15.10.10 )

VOIR AUSSI : Pétain (textes et vidéos)

*

Et tout ça nous fait d’excellents Français

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Six ans plus tard


Le lundi 7 mai 1945 à 2h41.
Zoom : cliquez l’image.

Le lundi 7 mai 1945 à 2h41, dans une salle du Collège Moderne et Technique de Reims (aujourd’hui Lycée Roosevelt), les Alliés mettent fin à la Seconde Guerre mondiale en obtenant la capitulation des armées du IIIème Reich. A la demande de Staline, une nouvelle signature de l’acte de capitulation a lieu le 8 mai à 23h16 à Berlin.
Mon père, né le 8 mai 1909, sera libéré de captivité le 8 mai 1945. Je suis né neuf mois plus tard.


Isidore Ducasse. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.


« Je ne connais pas d’autre grâce que celle d’être né. Un esprit impartial la trouve complète.
Le bien est la victoire sur le mal, la négation du mal. Si l’on chante le bien, le mal est éliminé par cet acte congru. Je ne chante pas ce qu’il ne faut pas faire. Je chante ce qu’il faut faire. Le premier ne contient pas le second. Le second contient le premier.
La jeunesse écoute les conseils de l’âge mûr. Elle a une confiance illimitée en elle-même.
Je ne connais pas d’obstacle qui passe les forces de l’esprit humain, sauf la vérité. »

Isidore Ducasse, Poésies II, 1870.

*

[1Note d’après-coup. Le vendredi 5 mai, JAM en rajoute une louche.

PARADITS SUR PARADIS

Jeudi matin, merveilleusement détendu, je me réveille trois syllabes chantant dans la tête : « Paradis ! ».
Paradis flèche Sollers. Où est-il passé, celui-là ? Déjà en Paradis ? Sollers serait-il santo subito dès avant le trépas ? Il se vante d’être toujours en avance sur nous pauvres vermisseaux…
Vermisseaux… Vert.. Paradis des amours enfantines… A* et sa sœur aînée… Cette sœur toujours ma chère amie, intellect d’académicienne, qu’elle n’est pas, on se demande bien pourquoi, s’inquiétait justement de Philippe et Julia, disparus, kidnapped ! Ô Stevenson ! Il est vrai que Philippe, dans le bref coup de fil qu’il m’a donné au début de cette histoire, avait la méfiance du pape François envers la comète Macron, style : « D’où ki sort çuilà ? »
François et Philippe, toutes antennes dehors, ont bien senti l’odeur de soufre. Avec sa gueule d’amour, cet innocent est fourré de malice. « De Marine ou Macron / Qui est le démon ? » Macron ? D’où sort-il ? Mais c’est l’esprit du capitalisme incarné. L’Ange exterminateur de la destruction créatrice, ressort de notre civilisation depuis, depuis… depuis que la technologie, la science appliquée mène le monde. Donc, depuis que le désir de Dieu a cédé devant le désir de la science.
Ce n’est pas « la gauche »— pauvre gauche qui a depuis si longtemps les deux pieds dans le même sabot — qui a sapé et détruit l’ordre autoritaire, viril et patriarcal, que déplorent et pleurent pleureurs et pleureuse dont il y a pléthore, c’est la science appuyée sur le bras du capital, comme le vice au bras du crime sous les yeux du vicomte de Chateaubriand.
La science est la pulsion de mort dans la civilisation. Pour guérir, revenir à naguère, à jadis, à marcher à quatre pattes, comme Voltaire l’écrivait à Jean-Jacques, pour rembobiner le film et réintégrer le jardin d’Eden, il faudrait que les femmes aspirent à enfanter dans la douleur et les hommes à gagner leur pain à la sueur de leur front. Car le paradis, c’est ça !

[2Dernier détournement en date, celui du futur Premier ministre annoncé de Marine Le Pen, Dupont-Aignan, déclarant qu’il faut mettre en place un Comité de salut public. Wikipédia : « Le Comité de salut public est le premier organe du gouvernement révolutionnaire mis en place par la Convention pour faire face aux dangers qui menacent la République au printemps 1793 (invasion et guerre civile), le deuxième étant le Comité de sûreté générale. » CQFD.

[3Les citations sont tirées de différents messages de Pétain des années 1941 et 1942. A.G.

[4Entretien personnel. 1973.

[5Armand Pradel, Le Maréchal Pétain raconté à la jeunesse de France, éd. du Clocher, 1942.

[6André Billy, Le Figaro, 21 mai 1940.

[7Paul Géraldy, Le Figaro, 8 mai 1940.

[8Sisley Huddleston, Le Mythe de la réalité, Revue universelle, août 1941.

[9Henry de Monthrlant, Le Solstice de juin, éd. Grasset, 1941.

[10Emmanuel Mounier, D’une France à l’autre, Esprit, novembre 1940.

[11Le Temps, 4 avril 1941.

[12André Gide, Journal 1939-1949, 10 juillet 1940, éd. Gallimard, 1954.

[13Le Temps, 9 juillet 1940.

[14Entretiens personnels, 1973.

[15La Légion, revue illustrée, février 1942.

[16Pierre Dunoyer de Segonzac, Jeunesse-France, 8 mars 1941.

[17Ibid.

[18Pierre Dunoyer de Segonzac, Jeunesse-France, 8 décembre 1940.

[19Camille Pajot, op. cit.

[20Dans le même numéro de Tel Quel, des questions à André Glucksman suite à la publication de son essai La cuisinière et le mangeur d’homme.

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2 Messages

  • A.G. | 20 mai 2017 - 14:16 1

    Lu, dans le n° 701 de Lacan Quotidien du 20 mai, ce commentaire que la Règle du jeu n’a pas encore publié.

    Ce mardi 16 mai, Bernard-Henri Lévy a reçu un Doctorat Honoris Causa de l’université de Bar Ilan (extrait de La Règle du jeu).

    Commentaire laissé sur le site de la revue par JACQUES-ALAIN MILLER
    le 20 mai 2017 à 4:42 :

    On se met en colère, disait je ne sais plus qui repris par Lacan, quand les chevilles ne rentrent pas dans les petits trous. Et quand elles rentrent ? On est content, tout baigne. C’est la pensée qui me vient en apprenant l’honneur fait à Bernard. C’est bien. C’est mérité. Les choses sont à leur place. Il y a une justice. Pendant un moment, on peut le croire. Cela donne un répit.
    Demain, le Nobel de la paix pour BHL !
    En d’autres temps, j’aurais ajouté : « Et le Nobel de la guerre, de la guerre du goût, pour Sollers ! » Je ne le ferai pas. car où est-il, notre Philippe ? Il s’en tient à la ligne des évêques : « On ne choisit pas entre Marine et Macron » ? C’est-à-dire à la ligne Mélenchon ? Le lepénopétainisme ? Je n’arrive pas à le croire. Sollers a été « kidnapped » comme dans Stevenson !
    Rendez-nos notre Sollers national !

    Lacan Quotidien 701, samedi 20 mai 2017 (lire l’Editorial d’Anaëlle Lebovits-Quenehen, Ce qu’hier m’inspire pour demain).

    Sollers rallié au "ni ni" de l’Eglise gallicane ? Un "lepénopétainiste" ? JAM aime bien la provocation. Croit-il vraiment à ce qu’il écrit ? Non, il n’arrive pas à le croire (ça aussi, il l’écrit). Mais alors, pourquoi le laisser entendre ? Petite guéguerre de bien mauvais goût.


  • A.G. | 10 mai 2017 - 18:16 2

    Sanction ? Lacan Quotidien, auquel je me suis référé à plusieurs reprises pendant la campagne présidentielle, a viré la citation de Sollers qui figurait sur son chapeau jusqu’au n° 690 du lundi 8 mai 2017 – 09 h 45 — "Je n’aurais manqué un Séminaire pour rien au monde - PHILIPPE SOLLERS" — et l’a remplacée depuis son numéro 691 du lundi 8 mai 2017 à 19 h 18, par celle-ci du maître : "Le maître de demain, c’est dès aujourd’hui qu’il commande - Jacques Lacan". Vérifiez. Un 8 mai !