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Les Ambassadeurs

406 photographies de André Morain

D 6 novembre 2015     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L‘ouvrage « Les Ambassadeurs », sorti de nos archives à la suite d’un message d’Eric Cotheret qui nous faisait justement remarquer que la bibliographie pileface comportait quelques titres non documentés par des liens dans pileface ou ailleurs :

[…]Parmi les oeuvres indiquées dans la bibliographie, certaines (souvent les ouvrages dont Ph.Sollers a écrit simplement la préface, ou dans lesquels il n’a joué qu’un rôle mineur) ne donnent même pas lieu à un "lien" vers une photo, par exemple, ou une brève notice documentaire.
Est-ce parce que vous ne possédez pas ces ouvrages ? Souhaitez-vous que je vous en prête quelques-uns, ou que j’en photographie la couverture ?
Je n’ai pas tout, mais c’est à vous de me dire si votre objectif est d’aller le plus possible vers une bibliographie exhaustive...

A votre disposition.
Amitiés.
Eric

Piqué au vif, nous nous sommes employés à combler ces lacunes, d’autant plus qu’elles nous étaient signalées par quelqu’un que nous respectons fort et dont nous avons rappelé l’apport à pileface en début de l’article « Le Verrou de Fragonard vu par Sollers »

Ces lacunes concernaient, notamment, « Les Ambassadeurs », « Photos licencieuses de la belle époque », « Alain KIRILI, Galerie Adrien Maeght, 1984. », Les Ambassadeurs, un volumineux livre par sa taille 32x23,7 cm et près de 4cm d’épaisseur : 406 photographies de André Morain pleine page, précédées d’une préface de Philippe Sollers pages 7 à 10 et d’un avant-propos d’André Morain. Ouvrage publié en 1989 aux Editions de La Différence.

Sur la couverture, la chaise-fauteuil en bois, unique accessoire et commun à toutes les photos.

Les Ambassadeurs :
406 photographies de André Morain

Philippe Sollers (Préface)

Editeur :La Différence (2 novembre 1989)
Dimensions du produit :32 x 23,7 x 3,9 cm
Relié :417 pages
ISBN-13 :978-2729104450
Le livre sur amazon.fr

Avant-propos d’André Morain

Photographier c’est fatalement ouvrir un rideau, non pas tant pour dévoiler que pour inaugurer une histoire. Cette histoire s’accomplit et, en même temps, pour le photographe elle a déjà eu lieu.
_ Le rapt de l’image, signe que chacun est libre d’interpréter, est antérieur au discours. Toutefois, je ne suis pas loin de croire que l’éclat du mot vient à point pour insinuer dans le réel le secours d’une distance.

Lorsque la FIAC mit pour la première fois, en 1982, un local à ma disposition, je décidai spontanément d’attirer les uns et les autres dans ce studio improvisé, pour faire leur portrait. Pour la mise en scène, je voulais me limiter à très peu d’accessoires - un fauteuil de bureau années 40 - un drap et quatre lampes - seuls dispositifs qui m’ont suivi tout au long de ce travail.

Au hasard des rencontres, au gré des amitiés ou des complicités, j’ai ainsi gardé la trace de ces physionomies familières du « Milieu de l’Art  », qui, sans cérémonie, et dans le désordre le plus complet, étaient venues s’asseoir face à mon objectif.
_ Les premières photographies remontent donc à sept ans [1], mais si ma mémoire me joue souvent des tours, je sais qu’à l’époque, tout n’était qu’un jeu, et qu’il n’était nullement question d’un livre. C’est peu à peu - mon goût du répertoire aidant
- que cet album de portraits s’est esquissé.


Catherine Millet (1948-) / Achille Bonito Oliva
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A droite, Anish Kapoor (1954 - ) jeune, que l’on a vu récemment dans les Jardins de Versailles.
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A droite, Joe Downing / Roy Lichtenstein (1923 - 1997)
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Louis Cane (1943 - )
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François rouan (1943 - )
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Jack Lang (1939 - ) / Denise René
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L’inoxydable Jack Lang, toujours à proximité quand un objectif est là.

Niki de Saint-Phalle (1930-2002) / Jean Larcade
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Niki de Saint-Phalle, Gwendoline  [2], 1966
de sa série Les Nanas,
Exposée devant le Musée Tinquely [3] de Bâle en Suisse.


Daniel Spoerri / Jean Tinguely (1925-1991)
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Jean Tinguely, Eureka, 1977
La sculpture Eureka de Jean Tinguely a été conçue pour l’exposition nationale suisse à Lausanne et se dresse depuis 1967 au Zürichhorn à Zurich. Cette grande sculpture cinétique faite de barres de fer, roues en acier, tuyaux métalliques, roues en bois et plusieurs moteurs électriques fut l’un des premiers travaux publics de l’artiste.
Les machines de Tinguely sont perçues dans le monde entier comme une allégorie de la société industrielle et de consommation. Pour Jean Tinguely lui-même, la machine représente l’humour et la poésie. Les nombreuses roues seraient le symbole à la fois de la sagesse et de la folie.


César (1921 - 1998)
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Fernando Botero (1932 - )
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César, Le Pouce de Coblence, 1965
Les détails anatomiques sont fidèlement reproduits. Le pouce est le doigt qui permet la préhension, il nous différencie de nombreuses espèces qui n’ont pas cette faculté. Ce pouce est celui de CESAR, celui qu’il utilise pour modeler, sculpter.


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Fernando Botero "Adam et Eve", 1981
face à la mer, sur les terrasses du Casino à Monaco Monte-Carlo

Une trentaine de ses oeuvres ont été exposées en 1992 à Paris sur les Champs-Elysées

La préface de Philippe Sollers

Préface d’un Sollers dubitatif, avec sa dose d’ironie : « Sont-ils bien tous là, les sculpteurs, les conservateurs, les peintres, les critiques, écrivains, tournant autour du veau d’art, les galériens galéristes ? » ou « Vous me direz qu’un jour quelqu’un pourra toujours s’exclamer : « Comment X est là et pas Z.  » Ou encore : « Imaginez dans quel contexte Y a été contraint d’exister.  » […] Quelques grimaces, peu d’illusions, un cynisme tempéré, le métier est le métier »
Et aussi ce « Bref, l’album de Morain est indispensable, c’est un piège honnête, une mine de renseignements pour les sociologues de l’avenir.[…] ils pourront, dans chaque cas, analyser les déterminations, les aliénations, les névroses, l’état réel du commerce, les coulisses de la comédie. Imaginez Proust arrivant dans ces lieux en tenant par la main son charmant Elstir. Le salut par l’art ? Quelle histoire !

Sont-ils bien tous là, les sculpteurs, les conservateurs, les peintres, les critiques, écrivains, tournant autour du veau d’art, les galériens galéristes ? Et où donc se profile-t-elle, la tête de mort en anamorphose du fameux tableau de Holbein ? Ces visages, revus dans cinquante ans, seront un précieux document sur la mutation de l’argent en statues et toiles, et réciproquement ; sur la mort, donc, comme marché à l’œuvre au fond du tableau, secret essentiel.

André Morain a saisi l’occasion : oui, c’était bien maintenant, juste à la charnière de deux mondes, qu’il fallait demander aux acteurs de venir poser de face dans le même électrique fauteuil. L’art étant désormais de plus en plus partout et nulle part (c’est le terrible « salut les artistes ! » de Guy Debord dans ses Commentaires sur la société du spectacle), son absence rotative pouvait être montrée en photographiant ses différents fonctionnaires. On le dit sans intention péjorative excessive : la démonstration serait identique en mettant sur le même plan écrivains, éditeurs, directeurs commerciaux, représentants, libraires, émissaires de radio ou de télévision - tous embarqués dans la même navette, tous alternativement bourreaux et victimes dans une sensation de décollement de rétine généralisée. L’effet de famille est une conséquence de l’économie, chacun est en tous, réseau nécessaire, mon nom est contagion. Qui sont les artistes ? Tout le monde. Personne. A quelques exceptions près, spectres caractéristiques de l’ancien monde romantique, on a donc la galerie (en effet) de l’affaire en cours. D’où vient la demande ? De l’ensemblisation technique nouvelle vécue à la fin du vingtième siècle. Les mythes héroïques sont loin, les surprises sont improbables, la surveillance est organisée, satellites, radars. La MAF (Mundial Art Fiction) - moderne, post-moderne, éternellement démoderne - tient solidement les fils du circuit.

Le programme n’est plus, comme autrefois, la lutte du nouveau contre l’académique, de la subversion contre le croûteux conformiste, mais : il faut de l’art simplifié à tout prix, le marché a horreur du vide, si l’un disparaît l’autre est là, d’où l’impression de vivre dans une spirale de copies de copies de copies, produits dérivés à propos duquel le « discours critique » (le plus souvent philosophico-métaphysique, remplissage hâtif de n’importe quoi) ne doit pas s’arrêter un instant, véritable tir de barrage dans l’angoisse d’un effondrement impensable mais toujours possible. En réalité, tout le monde le sait : le milieu de l’art (milieu au sens fort) [4] danse sur des volcans mal éteints, la ruée vers les « valeurs sûres » le prouve. Amuser la galerie pendant que les transactions sérieuses et chaudes s’échafaudent dans l’ombre (trois impressionnistes par-ci, deux Picasso par-là) est devenu un travail de première importance. Chacun se doute que ce sont les morts qui flambent, mais les morts-vivants, à deux ou trois exceptions près (inflation contrôlée sur Jasper Johns), sont bien obligés de faire de la figuration sur la scène tournante, anneaux satellisés de la planète bouclée de ce qu’on aura appelé « art ». Cela, juste avant la mise en irréalité globale - laquelle ne saurait tarder. Pourquoi, d’ailleurs, ne pas avoir photographié aussi les présentateurs de télévision et quelque vedettes de cinéma (l’acteur qui joue Van Gogh ou Rodin, l’actrice qui se convulse en Camille Claudel) ? Et aussi les photographes justement si importants ? Vous me direz qu’un jour quelqu’un pourra toujours s’exclamer : « Comment X est là et pas Z. » Ou encore : « Imaginez dans quel contexte Y a été contraint d’exister. » Peu importe : il ne faut pas hésiter à lire sur ces visages captifs, et pour la plupart bien portants, l’effort, la ténacité, le courage, la ruse, la mélancolie ou la gaieté qu’il y a malgré tout à survivre, équipage d’un sous-marin d’onde international qui accomplit bien sa mission. Quelques grimaces, peu d’illusions, un cynisme tempéré, le métier est le métier, qu’on soit au large de New York, de Francfort, de Paris, de Jérusalem, de Genève, de Tokyo, de Londres. Parfois, un mort, comme s’il n’était pas mort. Mais meurt-on encore, ou bien s’agit-il d’un film permanent ? Je connais certains de ces employés modèles de la navigation, j’ai tendance à penser que leurs photos sont parmi les meilleures. J’ai mes visages préférés, je reconnais un ami, je trouve que les femmes qui sont là ont bien du mérite (ah, les faire parler vraiment un jour ! Mais non, elles ne diraient rien). Bref, l’album de Morain est indispensable, c’est un piège honnête, une mine de renseignements pour les sociologues de l’avenir. S’ils existent, et s’ils correspondent, par miracle, au portrait du philosophe idéal que fait Nietzsche dans Le Gai Savoir ( J’en suis encore à attendre la venue d’un philosophe médecin, au sens exceptionnel de ce terme... »), ils pourront, dans chaque cas, analyser les déterminations, les aliénations, les névroses, l’état réel du commerce, les coulisses de la comédie. Imaginez Proust arrivant dans ces lieux en tenant par la main son charmant Elstir. Le salut par l’art ? Quelle histoire !

Un tel recueil devrait d’ailleurs être réalisé, comme je l’ai suggéré, pour la littérature contemporaine, la musique, l’architecture, le théâtre, la danse. On y découvrirait la même multinationale prospère en pleine expansion. A peu de détails près, ce seront les mêmes corps, les mêmes attitudes, la même conviction narcissique d’être en rapide promotion à travers le temps et l’espace. Quand on pense à l’artisanat du passé ! Comme les ancêtres ont l’air limités, sans minitels, sans fax, sans avions ! Le plus souvent, c’est vrai, on a l’impression que, loin d’être l’aimant vers lequel s’organise l’image, l’artiste est plutôt devenu le domestique de ses commentateurs ou de ses marchands. Sentiment pénible ? Oui et non. Oui pour les nostalgiques du nom à l’ancienne, pas vraiment pour les humoristes warholiens et froids de la nouvelle aventure dont ils sauront utiliser, n’en doutons pas, les rouages, les engrenages, le stock mobile d’informations. Ah, j’en vois un, là, tout déprimé, tout triste ! Il a tort. Et un autre rayonnant d’aise et d’affirmation de soi ! Il a peut-être tort aussi, attention au virage, à la réévaluation imminente, sait-on jamais, à qui va-t-il soudain déplaire, pourquoi, comment ? Les voies de l’art, désormais, sont tout aussi pénétrables que celles des manies sexuelles ou de la banque, mais rares sont ceux qui possèdent la logique intuitive permettant de s’y retrouver. Faites vos paris, vos choix. B. va durer ? C’est probable. C. ? Bien tôt pour juger. Quant à F., gardera-t-il sa place ? Et G. sa rubrique ? Et O. sa boutique ? P. sa fondation ? S. son réseau d’influences ? N. sa prestigieuse collection, ses réserves, ses appuis politico-religieux ? Qui va racheter E. ? Crise ou pas crise ? Cette guerre ne va-t-elle pas rejaillir sur tout l’appareil ? Et les remous de la drogue ? Et l’arrivée en masse des artistes de l’Est ? Que de soucis, mais tant pis, la nave va. Les œuvres, vous avez dit les œuvres ? Allons, allons, ne dramatisons rien, le jeu est vaste, Sotheby’s reconnaîtra les siens.

PHILIPPE SOLLERS

ANDRE MORAIN

(Notice sur le rabat de couverture)

Né en 1938 à Courbevoie. Photographe autodidacte. Reporte de l’agence de presse Parimage (rock n’ roll, cinéma, Beaux-Arts. Photographe de plateau (Tati, Frankenheimer, Béjart, Lautner, Bunel, Adien Maben)

Depuis les années 60, photographe illustrateur spécialiste des reproductions d’œuvres d’art.

Publie en 1977 Le Milieu de l’Art, Editions du Chêne – Annick Le Moine.

Première exposition photo du Centre Georges Pompidou : « Le Milieu de l’Art », en 1977.

Suit régulièrement les grandes manifestations européennes : Biennale de Venise, Dokumenta, Fiac…
Travaille avec les revues d’art français.

Liens

Exposition « André Morain Photographies 1961-2012 » (Maison européenne de la photographie du 13 avril au 16 juin 2013)


[1c’’est-à-dire à 1982 (note pileface)

[2Gwendoline inspirée par la grossesse d’une de ses amies, l’actrice Clarice Rivers

[3Niki de Saint Phalle a été mariée (1971-1991) avec le sculpteur, peintre et dessinateur suisse Jean Tinguely, après un divorce avec l’écrivain américain Harry Matthews.

[4Le Milieu de l’art est justement le titre du premier livre d’André Morain.

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