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Catherine Millet, Une enfance de rêve

D 7 mai 2014     A par A.G. - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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Catherine Millet et Philippe, son frère cadet en 1955. © Collection privée
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Catherine Millet, invitée de France Culture

Le Rendez-Vous, 30 avril 2014.
Extrait (19’).

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Les Matins, 6 juin 2014.


Les matins - A l’occasion du Sommet Mondial... par franceculture

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L’écrivain(e) française Catherine Millet

Rfi, Littérature sans frontières, 4 mai 2014 (19’30).

Après La vie sexuelle de Catherine M. en 2001 et Jour de souffrance en 2008, ce nouveau livre vient compléter l’autobiographie sans concession de cette auteure qui après avoir raconté sa vie sexuelle singulière, sa jalousie maladive, se penche aujourd’hui sur son enfance avec un regard très analytique.

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L’enfance rêvée de Catherine M.

France Inter, Le Grand Bain du lundi 30 juin 2014

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Lecture : “Une enfance de rêve” de Catherine Millet

Toujours témoin d’elle-même, Catherine Millet livre ce troisième volet autobiographique. Et atteint l’universel à partir de son expérience unique.

Lecture par Fabienne Bussaglia

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Catherine Millet, en 2008 à Paris. (Photo AFP) Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Mots pour môme

par Philippe Lançon

Catherine Millet est une truite lente et circonspecte qui remonte les eaux noires et froides du temps — ce qu’elle appelle sa « bouillie refroidie ». Ses coups de nageoire sont amples, adaptés et précis. Ils rendent transparentes les eaux qu’elle traverse, épouse et montre avec une passivité de fer. « On a l’âge du spectacle que l’on regarde », écrit-elle. Rétrospectivement évoquée par une femme à la fois libre et bourgeoise, sa vie est donc avant tout un spectacle qu’elle donne à voir. La vue est le sens qui paraît s’être développé à mesure que les autres s’atrophiaient. On comprend tout par elle, mais on ne sent rien, on n’entend presque rien, on ne touche et ne goûte que pour mieux exténuer dans les livres de Catherine Millet - dans celui-ci comme dans les autres. Ce sont des chambres claires, mais sourdes. L’intensité naît de l’observation, de l’intelligence, de l’éloignement. Pourquoi ?

Il y a treize ans, la Vie sexuelle de Catherine M. [1] décrivait l’installation expérimentale et répétitive que fut la part orgiaque et échangiste de sa vie : c’était brillant, méthodique, libertin et d’une religiosité rentrée, tranquillement dépourvu de complaisance et de vulgarité. En 2008, avec Jour de souffrance (Flammarion), elle remonte de l’action vers la psychologie, étudiant la jalousie amoureuse qu’elle a endurée. Une enfance de rêve semble être né sur le divan pour un lecteur qui pourrait — presque — être son analyste, comme l’était l’oeuvre de Michel Leiris à laquelle il arrive de songer. Le livre décrit et pense des scènes fondamentales de l’enfance de Catherine Millet. Trois cercles enveloppent l’éveil du corps et de la conscience : la famille, l’école, la lecture. Chacun est déterminé par la souffrance (le mot qui, avec « fantasme », revient le plus souvent), la peur et la solitude.

Une enfance de rêve est donc un titre ironique, presque rien ne paraît avoir été « de rêve » dans cette enfance, mais qu’on peut lire au sens propre : une enfance faite de rêves que la réalité alimente sans jamais les perturber ; une enfance « dédoublée », donc — un adjectif qu’elle utilise aussi, comme critique, pour parler du monde dans lequel se fait l’art contemporain. Ses raisons d’écrire sont plusieurs fois exposées :

« On peut manquer d’un toit, d’amour, d’espoir, de tout, mais ne pas disposer des mots qui désignent la souffrance est à mes yeux le malheur extrême. Je n’éprouve jamais autant de commisération que devant un enfant malheureux qui n’a pas encore acquis complètement le langage, ou un esprit simple, prisonnier d’un registre étroit de mots dépourvus de nuance et de second degré, ou encore devant un animal dont l’attente éperdue est tout entière dans le regard. Les mots marquent la distance minimum qu’il est permis de mettre entre soi et la douleur. »
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Catherine Millet et Philippe, son frère cadet en 1955.
© Collection privée.

Prophétie. Le livre débute par la naissance de son jeune frère, qui mourra à 21 ans dans un accident de la route. Il s’achève par l’adolescence et les règles de l’auteure, explorées et comparées au processus de l’écriture. Elle met du temps à comprendre une expression qui, à l’époque, les qualifie : « Mes Anglais ont débarqué. » Elle a 12 ans et veut devenir écrivain, lit Graziella de Lamartine, feuillette Chateaubriand, s’identifie à Lucien de Rubempré, même si, dans son cas, les illusions ne paraissent même pas avoir eu le temps d’être perdues. Ses premiers récits, retrouvés dans une malle, sont contés en détail. Lire, écrire, les deux activités se ressemblent et s’assemblent par l’isolement qu’elles nourrissent :

« Ecrire n’est peut-être que cela, éviter d’avoir à refermer le livre pour répondre à ceux qui vous rappellent à la réalité, et poursuivre le fil de la fiction dans laquelle on est entré pour le tresser plus intimement avec les fibres de sa vie. »

Son père, qui vend des voitures, l’appelle : « Catherine Millet, de l’Académie française. » C’est une blague de petit-bourgeois qui ne lit pas ; peut-être une prophétie. Plus tard, il la battra.

Catherine Millet est née à Bois-Colombes, le 1er avril 1948, de parents qui ne s’entendent pas : la famille vit sous le régime des scènes. Ils s’étaient mariés juste avant la guerre. Son père, Louis, est fait prisonnier en 1940. Plusieurs fois, il tente de s’évader. Il est toujours repris, de plus en plus vite, envoyé dans des camps de plus en plus durs. Quand il revient, en 1945, il croise sa femme dans l’escalier. L’un et l’autre ont maigri, mais pas de la même façon. Elle part au travail, le salue comme un étranger : scène qui deviendra fantasmatique pour leur fille.

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Catherine Millet entre Suzanne, sa mère, et sa grand-mère, en 1950.
© Collection privée

Quand il rentre alcoolisé, sa mère et sa grand-mère disent à voix haute : « Il peut bien crever. » Une autre phrase qui a marqué l’enfance de Catherine Millet est celle par laquelle, un jour, sa mère la qualifie : « Sale petite gousse ! » Il lui faudra du temps pour la rapprocher du mot « gouine », qu’elle ne connaît pas.

Le petit appartement, la ville de Bois-Colombes, dans les Hauts-de-Seine, le chemin de l’écolière, la manière dont les corps habitent l’espace qu’ils partagent, tout est écrit avec cette précision amortie rappelant que Catherine Millet n’est pas devenue critique d’art contemporain par hasard. Il y a, chemin faisant, de beaux portraits, médaillons très XVIIIe :

« Je trouvais ma grand-mère Marie un tant soi peu revêche, avec une petite tête de guenon qui ne souriait jamais, le chignon maigre, mais je la voyais trop peu pour la craindre. »

Ou Martine, à l’école, trois doigts coupés par un morceau d’ardoise ne laissant que le pouce et l’index :

« Elle était experte à s’en servir comme elle l’était à dissimuler son demi-moignon quand il le fallait, mais elle devait passer sa vie à guetter l’instant où la personne nouvelle qu’elle rencontrait le remarquerait immanquablement. Quand elle saisissait quelque chose de ses deux doigts en forme de cercle comme s’il s’était agi d’une pince, il était difficile de ne pas penser au capitaine Crochet. »

L’enfance n’est vraiment pas le pays de Jamais-Jamais.

Catéchisme. On comprend mieux pourquoi la vue, chez Catherine Millet, détermine l’infernale éternité du temps retrouvé. Enfant, elle est allée au catéchisme et parlait à Dieu, « qui voit tout », de la réalité cachée : une vraie petite janséniste. Dieu n’est sans doute plus là pour écouter celle qui, maintenant, est une bouddhiste proustienne : l’extinction progressive de tous les sens et de tous les actes par leur description analytique est la possibilité du salut. Le livre s’achève sur un résumé de ce que sont devenues les personnes évoquées, comme « à la fin des films documentaires ». Son frère, donc, est mort à 21 ans ; son père, séparé de sa mère, d’un cancer de la gorge. Sa mère s’est suicidée. L’épilogue n’est pas vraiment un appel des morts dans le genre Chateaubriand, car il n’y a plus assez d’éclat ni de cérémonie pour le restituer.

Philippe Lançon, Libération du 23 avril 2014.

Lire aussi : Jean Birnbaum, Catherine Millet, la toute première foi.
Jérôme Garcin, L’enfance de Catherine M..
Marianne Payot, Aux sources de Catherine M..
Oriane Jeancourt Galignani, Histoire de l’oeil de Catherine M..
Patrick Grainville, La vie enfantine de Catherine M..

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FLASH BACK

Catherine Millet sur les Paradoxes du désir

Entretien avec Catherine Millet, réalisé par Marc Strauss et Cathy Barnier, en vue des Journées de l’IF-EPFCL sur "Les paradoxes du désir", Juillet 2014. Champ lacanien.

Catherine Millet est fondatrice et directrice de la revue d’art contemporain « Art press », auteur de plusieurs ouvrages sur l’art contemporain et s’est fait connaître du grand public après la parution d’un premier livre autobiographique « La vie sexuelle de Catherine M », où elle évoque sa sexualité de femme libertine, suivi d’un autre « Jour de souffrance » qui décrit les affres de la jalousie, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes... Passer de la prééminence du regard dans son activité de critique d’art à l’écriture littéraire en est-il un autre ?

Catherine Millet vient de publier Une enfance de rêve aux éditions Flammarion.

Cameraman : David Doyhamboure, montage Thibault Dolhem et Cathy Barnier.

Catherine Millet, La vie sexuelle de Catherine M., édition collector. Édition augmentée de textes de Catherine Millet, Jean Philippe Guinle, Alexandre Leupin et Mario Vargas Llosa. Fac-similés des notes préparatoires de Catherine Millet pour l’écriture du livre.

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[1Réédité au Seuil, avec des textes de Mario Vargas Llosa, d’un médiéviste lacanien, d’un théologien, et Catherine Millet.

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2 Messages

  • A.G. | 8 juillet 2014 - 10:48 1

    L’enfance rêvée de Catherine M.

    « Le grand bain » de France Inter ouvre la saison avec Catherine Millet dont la vie sexuelle couchée sur papier avait tant fait couler d’encre. Elle signe à présent un récit d’une précision vertigineuse sur l’enfance. Comme pour entrevoir d’où lui vient ce rapport au corps, à l’amour et à l’écriture. A écouter ici.


  • A.G. | 22 mai 2014 - 20:11 2

    Le prix de la Coupole à Catherine Millet

    Le prix de la Coupole 2014 a été décerné ce jeudi 22 mai à Catherine Millet pour son dernier livre, « Une Enfance de rêve » (Flammarion). Ce beau récit d’apprentissage, qui est aussi celui d’un cauchemar, a emporté sept voix, contre quatre à « la Captive de Mitterrand » de David Le Bailly. Bibliobs.