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Amours (I) - Le Corps amoureux

catalogue Exposition Fondation Cartier, 1997

D 10 mars 2009     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


1997, la Fondation Cartier organisait une exposition sur le thème « Amours ».
Il en reste un catalogue, un beau livre illustré avec des textes de Philippe Sollers, Le Corps amoureux, Anne Diaktine : Champs d’amour, Stéphane Zagdanski : Conservations d’amour et André S. Labarthe : Je ne vous aime pas (visite de l’énigme)

Deux générations d’écrivains pour traduire l’immuable sous des apparences changeantes selon les époques et les supports d’expression : littérature, peinture, cinéma, photo, sculpture...

« Dès que la fièvre de la passion s’en empare, les pouvoirs du cinéma sont sans limites. Mais comment ces pouvoirs viennent-ils à bout de la glaciation saisonnière qui affecte le langage (« je t’aime ») [c’est aussi l’angle abordé par Stéphane Zagdanski dans son texte.] et les comportements (le baiser) ? Par la ruse. Par le dérèglement des affects. Par le tremblement de la syntaxe. Par l’instauration d’une figure instable, indéfiniment renouvelée et d’ailleurs inépuisable : la variation. »

Qui parle ainsi ? André S. Labarthe, bien que son crayon soit plutôt celui de la caméra.

Nous vous présentons ici, le premier volet d’un tryptique - un pileface étendu - sur le thème « Amours » : l’article de Philippe Sollers qui sera suivi dans un autre article du Champs d’amour de Stéphane Zagdanski, et, enfin, du corps amoureux selon Yannick Haenel et François Meyronnis avec un extrait de leur dernier livre « Prélude à la délivrance ».

Philippe Sollers, dans son article, cite Philippe Roth : un court paragraphe, mais un grand texte, là où il y a un écrivain derrière.

Le Corps amoureux

Dans le catalogue, aussi des témoignages divers et cet extrait de dialogue :

Comment dit-on : « faire l’amour » ?

Sacha :

En russe, on ne dit pas « faire l’amour », On dit « dormir avec », Il n’y a pas de lien verbal entre la sexualité et l’amour. On copule, on baise, on ne fait pas l’amour. Aimer sa mère, aimer sa femme, aimer le bortscht : c’est le même mot. Mais sans sexualité.

Christine :

On dit : « Ma femme était absente, je me suis accouplé avec la voisine du dessus. »

Sacha :

Mais non... On dit : « coucher avec ». Sauf que « coucher » se dit « dormir »,

Christine :

On dit : « J’ai été dormir avec la voisine. »

L’ amour a lieu de l’autre côté du sommeil.

On devrait dire dormir d’amour, comme on dit pleurer de joie, trembler d’excitation, mourir de peur ou de honte. Rien de plus éveillé, de plus en forme que l’amour, mais justement : parce qu’il a dormi comme il faut, que les visions qui sont les siennes ont été filtrées par l’inconscient absolu du fond. Je n’étais pas là, l’autre non plus. C’était ça en dehors de nous, rien d’autre.

« L’amour, dit Montaigne quelque part, est une agitation éveillée, vive et gaie. » Façon de dire que la haine est une pétrification endormie, morbide, triste. Avoir dormi d’amour, c’est être doublé de réveil ; un corps amoureux en vaut deux.

Regardez autour de vous : ils ont mal dormi, ils ont les visages de leurs rêves empêchés ou de leur mauvaise jouissance. Vins ou excitants médiocres, jalousies pour rien, comparaisons maniaques, froissements de déceptions et d’humiliations, enfance réprimée, punie, morsure du minuscule négatif intime. Le corps a ses raisons que le soleil de la raison ne connaît pas, il reste moite, humide, marécageux, fuyant, doutant, encombrant. Il a ses passions que le ciel de la passion ignore, on l’enterrera, c’est bien fait pour lui, on le brûlera, ce qui en dit long sur sa haine de soi réduite en poussière. En réalité, on devrait dire : tiens, aujourd’hui j’ai mon corps numéro 1, 3, 5 ou 7. Ou encore : moins 1, moins 3, moins 5, moins 7. Que le corps soit multiple, c’est en effet cela qui fait peur, puisqu’en définitive on n’a pas un corps, on l’est au pluriel. Autant de positions, d’humeurs, de déplacements, de gestes, autant de nuits et de jours. Tout ce qui veut calculer le corps, le reproduire et le réduire comme unité supposée ; tout ce qui veut l’ensembliser, le collectiviser, le manipuler, est issu de l’angoisse violente qui anime les directeurs autoproclamés de l’humanité, religions comprises. Le singulier pluriel est leur terreur, leur hantise ; un spectre les fait frissonner de temps en temps, ils sont prêts à l’acheter très cher, ou du moins son ombre, dans ce qu’on aura appelé l’art.

Si, comme l’a dit Rimbaud, « je est un autre  », le moi des contrôleurs et des contrôleuses s’affole et se perd. Ce n’est pas pour rien que Rimbaud parle d’un nouvel amour, d’un nouveau corps amoureux, et se définit lui-même comme un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui l’ont précédé, un musicien même qui a trouvé quelque chose comme la clef de l’amour. Autres lignes, autres portées, autre temps, autre espace. Et si Lautréamont, un peu plus tôt, a précisé contre l’hypothèse « dieu » : « Si j’existe, je ne suis pas un autre  », il n’y a là nulle contradiction, simplement une autre façon de dire « je  », voilà tout. C’est bien vous, là, qui dites « je » ? Sans doute, mais pas comme vous croyez, puisque vous me voyez comme un autre. Donc vous ne m’aimez pas. Vous me haïssez, même, comme vous-même. Vous voulez me ramener à une parcelle du Grand Objet Extérieur. C’est plus fort que vous, c’est humain, c’est votre programme. Toute cette comédie tragique s’achève donc, comme c’était prévisible, dans la marchandise. Le corps, désormais, se fabrique, poussez-vous de là, au suivant, le spectacle est une fausse exposition de pseudo-vivants.

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Constantin Brancusi, Le Baiser, 1907-1908
Voir aussi Le Baiser, Une vie divine

À la recherche du corps perdu, telle est l’aventure. Ouvrez les livres, allez au cinéma, écoutez des musiques, essayez donc enfin de vivre les sculptures, les peintures, photographiez-vous tant que vous voulez, il n’est question que de ça. Phrases, poèmes, délires, images, tout vient de ce lit, de ce fleuve, cataractes de crimes, chutes de caresses, bouillie de cadavres, frôlements de peaux, tourbillon de mains, de bouches, de langues, de mots. Camps de la mort, temples d’amours. Donnez-moi une chambre, n’importe laquelle, n’importe où, et un corps accordé au mien, le reste s’ensuit nécessairement, la plus grande liberté ne peut pas ne pas être là, c’est automatique. Aimez, ou suicidez-vous : tel sera le choix. Les sectes, un peu partout, s’occupent de la mise en scène, en vous recommandant, moyennant finance, de quitter cette pénible enveloppe charnelle, comme s’il y avait une lettre dans l’enveloppe et quelque chose dans le corps. Mais non, rien. Votre enveloppe n’est adressée qu’à vous-même. Ne l’ouvrez pas, laissez-la se développer, elle n’a rien d’autre à vous dire que ce que vous pourrez en dire. Ne soyez pas enfantin, ne croyez pas que le petit oiseau va sortir. Défiez-vous de tout ce qui veut mourir et guérir. Le charlatanisme universel s’appelle au-delà, demain, plus tard, une autre fois, on verra, révolution, restauration, progrès ou apocalypse. À peine êtes-vous un corps, que la danse autour de vous s’organise : famille, société, rien ne vous sera épargné pour vous empêcher de jouir, c’est-à-dire d’être plusieurs en ce monde comme si vous y étiez, enfin, magnifiquement seul. Le temps vous sera sans cesse compté, dépensez-le sans mesure. Quelqu’un qui a tout son temps est un scandale permanent. Cachez-vous, détournez-vous, déconnectez-vous. Laissez-leur le virtuel, l’illusion de la communication générale qui est le contraire de l’infini langage charnel. Soyez impossible : demandez le réel.

[...]

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Pâris Bordone, Adam et Eve debout

Ouvrez le Chant VI des Chants de Moldoror  : Lautréamont vous annonce ce que vont devenir désormais, sous sa plume, les trois personnages principaux de son récit : « L’homme, le Créateur et moi-même. » Le sujet qui parle n’est donc ni un homme, ni Dieu, ni « soi-même » ? C’est un quatrième existant qui décline ainsi son identité ? Mais alors, de qui s’agit-il ? Quels personnages vont devenir les trois autres ? Voici : « La vitalité se répandra magnifiquement dans le torrent de leur appareil circulatoire, et vous verrez comme vous serez étonné vous-même de rencontrer, là où d’abord vous n’aviez cru voir que des entités vagues appartenant au domaine de la spéculation pure, d’une part, l’organisme corporel avec ses ramifications de nerfs et ses membranes muqueuses, de l’autre, le principe spirituel qui préside aux fonctions physiologiques de la chair. Ce sont des êtres doués d’une énergique vie qui, les bras croisés et la poitrine en arrêt, poseront prosaïquement (mais je suis certain que l’effet sera très poétique) devant votre visage, placés seulement à quelques pas de vous, de manière que les rayons solaires, frappant d’abord les tuiles des toits et le couvercle des cheminées, viendront ensuite se refléter visiblement sur leurs cheveux terrestres et matériels. »

Les corps réels seraient donc ceux de la fiction devenue plus réelle que le réel, à la condition que quelqu’un ait surmonté ces figures éternellement abstraites (et qui font marcher, massacrante et massacrée, la machine dite humanité) : l’homme, le Créateur, soi-même. Que de discours, de sermons, de proclamations, de manifestations et de contorsions ; que de fumée sans feu, que d’écume sans eau, que d’actes sans traces ! En revanche, ici, tout à coup, la « vitalité  », la vraie, pas celle des jeux Olympiques ou des rassemblements de masse, se répand magnifiquement comme un torrent.

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Auguste Rodin, Avant la création
Rodin, Dessins érotiques

Or, nous le savons, cette création amoureuse est rare, l’Histoire est rare. Éros n’est pas le jumeau ni l’alter ego de Thanatos, la Mort l’emporte de beaucoup sur la jouissance d’être, seul le sexe de l’art, s’il est traité dans sa juste distance, ne débouche pas sur le cimetière des idéalisations déçues. L’enfer est pavé d’échecs du désir à se connaître, le psychisme s’éternise dans sa rumination, le paradis corporel, lui, est un instant qui dure. Pourquoi les corps qui nous intéressent sont-ils présents à telle époque et pas à telle autre ? Les historiens nous répondent mal, l’économie politique n’a pas tort, la sociologie parle à côté du problème, les philosophes, la plupart du temps, se dérobent ; interrogez-les sur l’érotisme, vous verrez bien. On explique mieux la Terreur que la Liberté, beaucoup mieux Hitler que Picasso, et encore mieux Staline que Watteau, Fragonard, Casanova ou Mozart. « L’austère Platon  », comme dit Baudelaire, fronce le sourcil dès qu’il est question de Lesbos (mais Cartier-Bresson flashe). On cache les fleurs du Mal derrière les couronnes artificielles du Bien, les salariés de la bien-pensance abondent, l’artiste de la révélation physique est seul. l’histoire des historiens évite de toucher la chair, et il faut que ce soit ce roman, cette peinture, cette photo, ce film qui, soudain, nous fasse sentir l’inconcevable richesse de l’abîme concret dans lequel nous prenons forme. Des corps de femmes, comme par hasard, viennent ici le mieux préciser les dates. J’ai toujours rêvé de savoir, bien entendu, à quoi pensaient exactement Rodin, ou Picasso, ou Watteau, pendant qu’ils projetaient ces apparitions féminines dans le temps, à travers leurs mains ; par quoi ils étaient guidés dans ce dédale de plis, de tensions, d’allègements massifs. Plaisir sexuel ? Sans doute, mais lequel ? C’est visiblement un plaisir qui n’aura appartenu qu’à eux, à leur possibilité d’avoir eux-mêmes plusieurs corps en un seul. La vraie réponse, comme d’habitude, revient aux poètes et aux romanciers. Ainsi, de nos jours, Philip Roth :

« La jouissance la submergeait depuis l’extérieur, lui tombait dessus de manière inopinée, un véritable orage de grêle qui explosait étrangement au milieu d’une journée d’août. Tout ce qui s’était passé avant l’orgasme ressemblait pour elle à une attaque qu’elle ne faisait rien pour repousser mais, si difficile que cela soit, qu’elle absorbait, sans fin, et elle lui survivait ; pourtant, la frénésie de ses orgasmes, les coups de pied, les gémissements, les grognements sourds, les yeux vitreux qui se révulsaient, les ongles qui lui labouraient le crâne donnaient à penser qu’il s’agissait d’expériences qu’elle avait énormément de mal à supporter et dont elle risquait de ne jamais se remettre. Les orgasmes de Nikki étaient comme des convulsions, le corps cherchait à s’évader de la peau qui le retenait. »

Ou encore (il s’agit de deux femmes ensemble) : « Il eut l’impression, pendant un long moment, qu’elles n’en auraient jamais fini et qu’en conséquence, sur cette colline, derrière cette fenêtre, caché dans cette nuit, il resterait à jamais prisonnier de cette absurdité. On aurait dit qu’elles avaient du mal à trouver ce qu’elles cherchaient. Il leur manquait quelque chose, un fragment de quelque chose, et elles faisaient toutes deux de longs discours dont l’objet était cette chose qui leur manquait dans une langue faite de cris étouffés et de gémissements et de longs soupirs et de petits hurlements, un pot-pourri assez musical de cris aigus et de petites explosions. »

l’Art, l’Histoire et l’Amour sont rares, bien qu’on nous dise le contraire tous les jours.

Je me revois en train d’écrire Femmes à Venise : une fenêtre est ouverte, c’est l’été, la nuit chaude s’enfonce sous les arbres, il y a, là-bas, une bibliothèque allumée, une jeune femme brune lit dans un grand fauteuil. Je me revois en train de me demander si j’oserai, ou pas, publier certaines pages de Portrait du joueur : c’est encore l’été, c’est toujours l’été quand on écrit vraiment ce qu’on doit écrire, même en plein hiver, dans le froid coupant de Paris. Il suffit de le décider : la liberté est là, tout de suite, quels que soient la misère ou la corruption organisées, le déferlement mièvre et pompeux de la propagande spiritualiste ou provinciale, un peu de bouddhisme, un peu de populisme, installation de la courte vue, de la courte vie, bouclage publicitaire de l’ennui. Vous êtesvous déjà ennuyé ? Moi, non. Est-ce bien vrai ? Vous le jurez ? Vous vous feriez cloner pour revenir à votre heure dans une époque plus dévergondée, plus heureuse ? Oui. Je viens d’écrire Le Coeur absolu, je nage. Les Folies françaises, c’est le printemps, les lilas sont là. La Fête à Venise, le bateau file vers le large. Le Secret, le ciel de Rome n’a jamais été plus bleu. Studio, les canards de Hyde Park savent quelque chose. Partout, sur place, en voyage, des femmes poursuivent une autre vie que celle des informations, elles sont dans leurs gestes, leurs arrangements, leurs mensonges. Le temps qu’on nous inflige n’est pas celui que je dis.

Les dates, les dates... Comment, par exemple, peut-on avoir écrit La Défense de l’infini, une des proses les plus libres de tous les temps, et s’être enfermé ensuite dans l’apologie de l’asservissement général ? C’est le mystère d’Aragon. Voyez ceci, daté de 1926 :

« Je ne revois plus le visage ni le corps de celle que je tenais contre moi, dans le NordSud, vers Saint-Lazare. Je sais seulement que dans cette foule compacte où les balancements du train penchaient d’un coup toute la masse oscillante des voyageurs elle se laissait faire comme privée de raison et de sentiments. Comme si nous avions été dans un désert véritable, où même la présence d’un homme eût été pour elle si surprenante et si terrifiante que l’idée ne lui serait pas venue de bouger ou de résister un instant. J’étais donc contre elle, par-derrière collé, et mon haleine faisait remuer légèrement les cheveux de sa nuque. Mes jambes épousaient la courbe des siennes, mes mains du quai, les reflets sur les briques blanches, un remous violent à l’ouverture des portes jeta dehors la femme dont je n’avais pas vu les yeux ; tandis que l’assaut des nouveaux voyageurs étendait un voile entre moi et les yeux que je ne voyais plus. Je restai seul, sans connaître le vrai de cette histoire sans intrigue, où tout est pour moi dramatique comme la fuite inquiétante de l’été. »

Cette scène, n’est-ce pas, devrait faire l’objet d’une exposition spéciale. On peut s’étonner qu’aucun film, jusqu’à maintenant, ne s’en soit inspiré. Il y a des amours heureux : la preuve. Appelons l’une des deux femmes Albertine, l’autre mademoiselle Vinteuil. Grâce à Lautréamont, au surréalisme, un narrateur intrépide vient de faire l’expérience du temps retrouvé dans sa perte. Il va, hélas, s’en punir bientôt en adhérant à la fable meurtrière des lendemains qui chantent. Mais enfin, aujourd’hui, ouvrons les livres : qui écrit ça et comme ça  ? Misère de la poésie, misère du récit, torpeur et peur des corps, les pavés remplacent la plage. Cette étincelle, pourtant, aurait dû mettre le feu à la plaine. À la place, on a eu une guerre et des camps. Et maintenant ?

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Roy Lichtenstein, The Kiss II, 1963
Crayon sur papier, 42,2x46 cm, Collection Sonnabend. Une version rare

Peut-on exclure l’être humain de son corps sensible, vue, toucher, voix, ouïe, odorat, goût, plaisir ? Peut-on le transformer en simple substance reproductive ? Peut-on le pousser à se haïr à tel point qu’il désire sa propre disparition suicidaire ? C est une hypothèse. Elle est sérieuse. Elle s’organise. Elle pèse. Elle est violente, surinformée, policière, bête. Religieuse, surtout. Elle pue la mort en se présentant comme préservative et hygiénique, le cadavre dans sa colorisation cosmétique, la pourriture dans sa morale obsédée d’hypocrisie mafieuse. Elle est gaffeuse, maniérée, vulgaire, rigolarde et morose, puritaine toujours. Elle vous veut coupable, c’est très important. Honteux et coupable. Courbé sous un péché originel qui n’a jamais existé que dans le mauvais sommeil du clergé de la mort rentable. Seulement voilà : « La société se croit seule, dit Artaud, mais il y a quelqu’un. » Non, non, poussez-vous, je ne veux voir qu’une seule absence de tête, et personne. Échec : il y a eu, il y a, et il y aura toujours, forcément, quelqu’un.

Philippe Sollers, avril 1997
Catalogue Exposition Fondation Cartier, Amours, Actes Sud, 1997

Le corps amoureux, version intégrale


Extrait de la Préface du Catalogue

Lamour lorsqu’il se déclare, l’amour comme instant décisif, lorsqu’il s’offre, lorsqu’il affirme, dit oui et se risque : les apparitions de l’amour, les événements d’amour inspirent à l’exposition sa sensibilité et ses choix. Une bouche photographiée par Wols ou Man Ray ; un baiser peint par Pablo Picasso, sculpté par Brancusi, dessiné par Roy Lichtenstein ; une étreinte filmée par Jean-Luc Godard ou Pier Paolo Pasolini, photographiée par Raymond Hains, dessinée par Luca Cambiaso, Antoine Watteau, Johann Heinrich Füssli ; un torse vu par Ingres, Willem de Kooning et César ; un regard saisi par Seydou Keita et Magritte ; un sentiment sculpté par Francesco Laurana, photographié par Francesca Woodman, filmé par Thierry Kuntzel.

Détail d’un corps et d’un visage, représentation d’un couple enlacé, émotions immobiles, mouvements emportés, les ?uvres, joyeuses, retenues, disent l’avènement d’un sentiment d’amour.

Le dessin et la photographie sont au coeur de ce projet. La fulgurance du dessin, sa vitesse et sa délicatesse, son sens de la décision, et la photographie, l’art de ravir les instants, donnent à l’exposition son esthétique. Le cinéma aussi, qui raconte à l’infini des histoires d’amour, y tient une place essentielle, étroitement associé à l’ensemble des ?uvres.

[...]

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Prancesca Woodman, On Being an Angel #1, Providence, printemps 1977

Nos remerciements s’adressent tout particulièrement à Philippe Sollers, dont la générosité a rendu possible l’invention d’Amours et du livre qui l’accompagne ; qu’il trouve ici le témoignage de notre admiration. À André S. Labarthe, qui a accepté d’entraîner avec lui le cinéma dans cette aventure. [...] Que soit tout particulièrement remerciée la famille Woodman à New York, qui nous permet de faire découvrir, pour la première fois en France, l’ ?uvre magnifique de leur fille Francesca. [...]

Hervé Chandès,
Conservateur de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris, 1997

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