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François Villon

D 3 novembre 2014     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



« Rien ne m‘est plus sûr
que la chose incertaine.
 »

C’est à François VILLON que nous avons emprunté cette formule, en légende de l’illustration « pile ou face » du lancer de pièce de monnaie, sur la page d’accueil du site pileface.

C’est François Villon qu’honore Philippe Sollers à l’occasion de la publication en Pléïade de ses Oeuvres complètes

Villon qu’honoraient aussi Brassens et Céline. Brassens a mis en musique et chanté le poème de Villon, "Ballade des Dames du temps jadis", paru dans son album Le Vent en 1953.

Pour Céline, Villon est le Shakespeare français, Villon est un médium . « Il est capital, dit Céline dans un entretien avec Jean Guenoten 1960, c’est notre Shakespeare. Il y a la trouvaille chez lui, la trouvaille profonde. Il y a une mélancolie profonde, un mystère. Il ramène tout à coup des mélancolies qui viennent de loin, qui sont bien au-dessus de la nature humaine... qui n’a pas cette qualité-là. Et les fait venir à la surface. C’est un médium. D’une certaine façon, il est médium. »
Crédit : Le petit Célinien

Céline que Philippe Sollers honore dans son roman Les Folies Françaises

A la paternité biologiquement hasardeuse et somme toute " insignifiante " du narrateur se substituent alors celles, fondatrices, de François Villon et de Molière. Le père dialogue avec France, sa fille, aime France d’un amour incestueux comme le fut celui de Molière pour Armande Béjart en ce dix-septième siècle qui est l’un des héros du roman. Mais il en appelle simultanément à Villon, créateur de langue, dans et par son Testament.

Pivot, lui, avait une dent contre l’Infiniste, l’infantilisant presque, sans respect. Il lui demande : « Vous n’avez pas peur, en citant si souvent Villon, qu’on se dise : " Sollers, c’est moins bien que Villon " ? » L’étonnement muet de Sollers était assez éloquent. Devant la perfidie à la bonne franquette de certaines questions de Pivot, il n’y a qu’une chose à dire : «  ?!!! ... »
[...] Mais le franchouillard s’embourbe bientôt dans sa fange. Désignant un catalogue de De Kooning ! Pivot prononce « Découningue », Sollers le reprend, mais le Lyonnais ne cèdera rien : « On peut dire Découningue ! »...
(Crédit : sur pileface )

Saint Artaud : Ce qu’Artaud appelle « envoûtements » ou « empoisonnements » n’est rien d’autre que la sensation d’être nié dans son corps comme dans son langage. On veut " redresser sa poésie ". [...] Inlassablement observé et freiné (voilà une bonne description des régimes totalitaires), "l’homme, dans son ensemble, est réduit à un ordre de facultés extrêmement restreintes."

Les témoins que cite Artaud à son procès ? Villon, Poe, Baudelaire, Nerval, Rimbaud, Lautréamont, Van Gogh, Nietzsche[...].
Crédit : sur pileface

Le livre sur amazon.fr

PHILIPPE SOLLERS, LES FOLIES FRANÇAISES

Gallimard, 1988

[Extrait]

- On reprend Villon :

« L’an quatre cens cinquante six

Je, Françoys Villon,escollier

Considérant, de sens rassis,

Le frain aux dents, franc au collier... »

- 1456 ? Le Lais ?

- Le Legs, Petit Testament. Il a vingt-cinq ans. Dans une rixe à propos d’une femme, il a tué un prêtre, Philippe Sermoise. Ça s’arrange, mais il cambriole le trésor du Collège de Navarre. Il est de nouveau en fuite. Écoute bien les octosyllabes, Je, Françoys Villon, escollier, un / deux-trois-quatre-cinq / six-sept-huit. Ça roule, ça coule. Borne dans le français, pas de mousse. Le vrai moule. Il traverse les siècles, bonjour. Apprends-le par cœur, l’effet viendra peu à peu. Exemple :

Au mois de mai quatre-vingt-huit,

Je, Philippe Sollers, écrivain,

Bien réveillé, lucide en bite,

Calme, allongé, la plume en main...

- Tu charries.

- Mauvais goût pour démasquer le mauvais goût.

- Qu’est-ce qu’il est devenu après 1463, Villon ?

- On ne sait pas. En Angleterre, peut-être. Ou bien retiré, religieux, à Saint-Maixent en Poitou. Anecdotes incertaines reprises par Rabelais. La phrase qui me fait frémir ? Celle-ci (on est en mars 1462) : « Peu de temps après, toujours caché dans les environs de Paris, il écrit son Débat du cœur et du corps. » Décasyllabes... « Plus ne t’en dis. - Et je m’en passeray »... Dialogue fou, si on y pense.

[...]

Je l’embête, Saul, je ne facilite pas sa carrière. C’est le type de trente ans d’aujourd’hui, pressé, déprimé. J’ai l’impression qu’il s’est mis à boire de plus en plus (« Je peux prendre un autre whisky ? » C’est le cinquième. Il est ivre, il n’écoute rien de ce que je dis... Il s’enferme, il saborde son existence avec détermination, comme je le comprends...).

- Il faudrait reprendre du côté de l’enfance, dit-il dans un bâillement.

- La prochaine fois, dis-je. Encore un verre ?

- Pourquoi insistez-vous tellement sur Villon ? C’est récent ?

- Le rythme. Tout dans l’octo.

- Pardon ? (Il rebâille.)

- Le huit, bordel ! Le grand huit brodé, infini ! Do-ré-mi-fa-sol-la-si-do ! La gamme !

« Mais quoi ? Je fuyoie l’escolle

Comme fait le mauvais enfant

En escripvant ceste parolle

A peu que le cuerne me fent... »

Il consent à gribouiller quelque chose...

- Le huit ou le dix ! Ballade au concours de Blois !

« Je meurs de soif auprès de la fontaine

Chaud comme feu, et tremble dent à dent...

Rien ne m’est sûr que la chose incertaine... »

- C’est une philosophie en soi ? (Il empâte.)

- Oui, oui ! Et retour au huit ! « On doit dire du bien le bien. » Très français, ça, dire du bien le bien. Ou dire du mal le mal. Capital !

- À quel sujet, le bien du bien ?

- Mais Marie d’Orléans, bon sang ! Sa naissance ! 1457 !

« Marie, nomtres gracieulx,

Fons de pitié, source de grâce

La joye, confort de mes yeulx,

Qui notre paix bastist et brasse ! »

Je le laisse avec son sixième whisky, affaissé, opaque... Je sors retrouver France au jardin...

[...]

Et musique !... La Bourrasque, le Rapporté, le Retour... Tombeau Les Regrets... Passacaille, chaconne, gavotte, menuet, courante, ballet tendre... Les Pleurs... « Joye des Elizées »... Rigodon, forlane en rondeau, musette... Le rossignol en amour... Guillemette... Les vergers fleuris... Les calotins et les calotines... Les folies françaises ou les dominos... Quoi encore ? Mais les jongleurs, sauteurs et saltimbanques, avec les ours et les singes... Vielleux, gueux, tambourins, bergeries, commères... Et la favorite, les moissonneurs, les gazouillements... Chaque mot disparu pour nous seuls. Dictionnaire enchanté. Chut ! Attention, sorcière ! Ne va pas te confier ! Ne va pas dire que j’écris cette langue maudite !... Les Dominos !... Sept a huit !... Do-ré-mi-fa-sol-la-si-do !

Ouvre la fenêtre, laisse la nuit se cacher partout... On vient de l’île Saint-Louis, Quai aux Fleurs... Pont-Neuf et puis Grands-Augustins, Conti, Malaquais, Voltaire... Tu as remarqué comme Paris a disparu des récits ? Comme s’il n’y avait plus qu’une banlieue généralisée, anonyme ? Comme le fleuve ne coule plus ? Ni les rives ? Comme les jardins sont muets ? Les avenues ? Les allées ? Comme les arbres sont abandonnés, pas un regard, pas un signe ? Même les morts ont disparu, ils n’aiment pas fréquenter les morts... Quai des Orfèvres, Place Dauphine... La Conciergerie arrachée à sa doublure de cris...

« Où sont les gracieux gallans

Que je sui voye au temps jadis,

Si bien chantans, si bien parlans,

Si plaisans en faiz et en dis ?

Les aucuns sont morts et roidis

D’eulx n’est-il plus riens maintenant :

Repos aient en paradis,

(Do ré mi fa sol la si !) [1]

Et Dieu saulve le remenant ! »

Crédit : http://www.philippesollers.net

*

François Villon, par l’éditeur [2]

Qui fut François Villon (1431-apr. 1463) ? Un vagabond, un étudiant, un voleur, un « mauvais garçon » ? Telle est en tout cas l’image qu’il a laissée, transmise même, puisque tel il se décrit à travers sa poésie. La réalité est peut-être en partie différente. Les documents d’archives qui nous sont parvenus, et qui sont ici reproduits, laissent planer le mystère. Si Villon connaît le langage des « coquillards », son appartenance à cette organisation de malfaiteurs reste incertaine : le (passionnant) rapport d’enquête sur la bande procure une liste de ses membres et décrypte leur argot, sans jamais citer notre homme...
Si l’on met de côté la légende, reste la poésie, faite d’interrogations et d’inquiétudes, de mélancolie et de nostalgie : une danse de vie et de mort. Considéré comme le premier poète moderne, Villon aime jouer avec les langues, et il les connaît toutes : celle des cours, dans lesquelles il fut reçu, celles du peuple et des métiers, l’argot et les proverbes. Il se les approprie, les détourne, en fait surgir la fragilité et la beauté. Encore faut-il pouvoir y accéder. Une traduction en français moderne figure ici en regard du texte original.
Dès le lendemain de sa disparition, Villon fut augmenté, imité, réinterprété, réinventé et célébré par ses lecteurs, et notamment par les écrivains. Un choix de textes (et d’illustrations) propose donc, sous l’intitulé « Lectures de François Villon », les échos de la fortune du poète du XVe au XXe siècle.

Testament de François Villon
présenté par Olivier Barrot, dans son émission « Un livre, un jour »
le 25/01/2014,
Lien : http://culturebox.francetvinfo.fr/emissions/france-3/un-livre-toujours/testament-de-francois-villon-175401

La Ballade des pendus par Léo Ferré

Crédit : http://www.espacefrancais.com/francois-villon/
et http://www.cosmovisions.com/Villon.htm


PHILIPPE SOLLERS

« LES FOLIES FRANÇAISES »

Gallimard, 1988,

Prenant le motif narratif d’un écrivain chargé de faire découvrir et aimer la France à sa fille de dix-huit ans qui arrive des États-Unis et qu’il rencontre pour la première fois, Philippe Sollers se livre à un exercice d’admiration. L’initiation de la jeune fille est pour le narrateur - masque transparent de l’auteur - une « expérience intérieure », celle de la remémoration : « C’est comme si je récapitulais ma vie grâce à elle. » Roman autant qu’essai romancé,Les Folies Françaisesest un hommage à la littérature et à la langue françaises, ainsi qu’à la peinture, à la musique, mais aussi à Paris et à Versailles. Sollers recrée un Panthéon des génies français au rang desquels il place notamment Molière, La Fontaine, Manet, Rameau, Couperin - dont l’une des pièces pour clavecin donne son titre à l’ouvrage.

S’il convoque Villon, c’est qu’il le voit comme la quintessence de l’esprit français. On sent qu’il pense à la proximité phonétique de « François » et « français ». L’aspect autobiographique de l’œuvre de Villon rappelle sa propre démarche (« Je, Philippe Sollers, écrivain »). Mais ce qu’il retient surtout de Villon c’est l’octosyllabe, symbole pour lui de rythme et de musique. La poésie de Villon doit s’apprendre par cœur, il faut la mâcher, l’oraliser pour la comprendre et l’apprécier. Cette simplicité, cette efficacité de l’octosyllabe expriment l’esprit français.


[1Philippe Sollers scande le vers qui précède en sept syllabes, en ne prononçant pas leesourd deaient, mais récupère très joliment une assonance eni.

[2Gallimard, 2014

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