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Eloge d’un fou, d’un contre-fou, d’un illuminé incandescent

Bruno Lalonde, libraire

D 20 février 2014     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Nom : Bruno Lalonde
Bruno Lalonde, dans sa librairie
ZOOM... : Cliquez l’image.

Lieu de vie : Montréal

Métier déclaré :
Libraire, fou de livres, « les beaux, les rares, les usagés exténués, les illustrés, les illustres inconnus numérotés, les exemplaires uniques... » dit-il.
Il aime fréquenter « ceux qui aiment les livres, de l’érudit austère à l’autodidacte ». Toujours en quête de sens entre ses deux pôles d’attractivité antinomiques : « l’immobilité méditative [de la lecture] et le nomadisme ». Le nom de la librairie qu’il a fondée en est la synthèse : « Librairie le Livre voyageur ».

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Encre de Luc Giard

Particularité (parmi d’autres)  :
« J’ai tout, tout lu de Sollers. C’est un fait. Je ne m’en vante pas. Un auteur qu’on fréquente depuis si longtemps devient une partie de soi-même... ».
Ce savoir accumulé allié à une sensibilité qui pourrait être celle d’un médium, sa capacité à décrypter les mots au-delà de leur image sur le papier, à en révéler le sens caché dans leur encre invisible (que l’auteur a de plus en plus de mal à trouver à Venise, où il s’est toujours approvisionné jusque là), tout ceci doit nous inviter à être attentif quand Bruno Lalonde dit que la lecture de ce livre lui donnait, au fur et à mesure de sa découverte, l’impression d’un « livre testament ». « très sombre, très très sombre[...] J’ai le sentiment que Sollers en a assez [...] monde crépusculaire ». J’ai réécouté Bruno Lalonde plusieurs fois. A chaque fois, j’y découvrais quelque chose qui m’avait échappé.

Illuminé incandescent !

Cet homme brûle d’un feu intérieur sous sa croûte de libraire
Comme la terre sous la croûte terrestre.
Ce feu, il affleure à la surface dans ses écrits

Lisez Zig Zag Bleu, un texte que Bruno Lalonde a publié en 2013, dans un livre-revue "C’est ça qui est ça", à son image, où il a demandé aux auteurs et illustrateurs « de bousculer un peu leur tranquillité, de faire sauter les verrous et les mécanismes intériorisés de l’autocensure, de se risquer à écrire des textes qu’ils n’oseraient pas commettre... de là, la devise qui orne ce numéro, « Qui saigne signe » [un mot de son ami Yvon Boucher ]. Le narrateur de son texte a-t-il suivi les directives du « meneur de revue » ? A vous d’en juger !

C’est ça qui est ça (pdf)

(Zig Zag bleu est à la page 94)

Pourquoi ce détour par ce texte, en commentaire de la critique de Bruno Lalonde du livre de Sollers, « Médium », que Sollers désigne comme un manuel de contre-folie ?
Parce que ce texte éclaire la parole du critique, sa personnalité.
Parce que, curieusement - mais pas tant que ça -, au « Qui saigne signe » du thème fédérateur de son livre-revue répond le titre de sa critique « Médium...saignant ».
Parce qu’il y a aussi chez lui, du fou, du contre-fou, du médium à « l’inquiétante clairvoyance », il mérite d’être écouté avec attention.

La fin de l’article Zig Zag bleu :
« ...Exister, cela s’apprend... peut-être. »

*

Bruno Lalonde sur pileface

Médium : d’autres extraits

Médium : d’autres critiques

*

Flash-back (Extrait de « Zig Zag bleu »)

Le crépuscule s’émiette sur la ville, comme la cendre, de la cendre gris-de-perle d’un joint trop vite brûlé. Ma pupille est dilatée comme une vulve prête à imploser. Mon sang est clair, eau rougie, un vrai sang de brique. Un craquement d’allumette et la forêt de synapses est en feu, et tous les arbres fibreux se tordent dans le rush. Les poumons enfumés, enfin je respire. Le Dieu flambeur du haschich pointe sa torche. Les pensées bondissent de partout. Les langues de feu étendent leurs racines. Je vois avec joie mon arbre généalogique partir en fumée... Les amateurs de généalogie me répugnent profondément. Je ne connais rien de pire. Je les déteste. Voilà Narcisse qui s’intéresse au passé, lui qui se fout du futur, c’est suspect. Ils construisent leurs arbres et ils y installent leur ego atrophié. Du Big Bang originel pour en arriver là ! Des millions d’années d’évolution pour ce minable tas de secrets dévoilés ! Au lieu de fouiller dans le passé, ils devraient apprendre à se connaître dans l’implacable lumière du présent. Toutes leurs souffrances résident dans cette méconnaissance. La drogue m’aura appris à ne pas m’illusionner sur moi. Je sais que je suis un buisson de trahisons latentes mais je ne passe pas à l’acte aisément. J’attends que les autres se trahissent eux-mêmes à travers moi, ils vont le faire, c’est certain, c’est leur unique façon d’être fidèles à eux-mêmes, à leur alchimie calamiteuse. Je ne me sers pas des autres pour me détruire moi-même, le monstre ingénu n’agit pas ainsi, il attend dans votre ombre que vous accomplissiez vous-mêmes vos basses oeuvres !

*

Je ne me drogue plus et je cherche moins à être aimé. Le corollaire est stupéfiant. Ce qui ne cesse de m’étonner, je reste un observateur halluciné et maladivement attentif. Je pénètre le sens des actes les plus ambigus de mon entourage avec une inquiétante clairvoyance. Pour cacher cela, j’affecte une mine débonnaire. Ayant poussé assez loin l’hypocrisie, je peux risquer de parler en toute franchise, le regard transparent, etc.

Mais certains, encore plus junkies d’amour ne s’y trompent pas, ils piquent sur moi comme une aiguille sur une veine fuyante. Et eux aussi sont prêts à toutes les bassesses pour avoir leur pitance de tendresse : dont me faire les poches, ou me faire la peau, ou me faire tout simplement.
Charlatan, plagiaire, affabulateur, kleptomane, traficoteur, ça aurait pu être mieux : pyromane. Alors là, vous n’y auriez vu que du feu. C’est à vos vies mêmes que j’aurais pratiqué la politique de la terre brûlée. Il fût un jour où j’étais prêt à incendier la ville en entier ; un jour encore où je me contentai de me brûler par les deux bouts, et un autre encore où je fis semblant de m’assoupir sur les cendres encore rouges de mon imaginaire carbonisé. Encore quelques nuits de ce régime où j’aurais peut-être pu faire cramer mon esprit froid et logique et peut-être qu’enfin le Mal se serait calmement refroidi... mais je ne me suis pas rendu jusque-là. Je ne sais toujours pas aller jusqu’au bout. Tricheur, vous disais-je.

*

Lorsqu’on pratique l’autographie ou l’égologie, je ne parle pas d’autofiction, c’est quoi l’idée d’écrire des textes hybrides : moitié vrai, moitié faux ? Il va de soi que la psyché humaine est tenaillée par les contradictions, qu’elle est saturée par l’ambiguïté ; lestée par la contingence, fragile et évanescente, il s’agit pour l’égolographe d’exprimer son ambivalence dans ce qu’elle a de plus déchirant, écartelant. Rousseau nous dit qu’écrire ses mémoires est directement lié au délire de persécution... Ce délire est l’état naturel du drogué... Peut-être que finalement toutes les oeuvres d’art sont des autobiographies travesties, sublimées. On poussera si loin le paradoxe du menteur qu’on accusera d’incrédulité, voire de mauvaise foi, d’ignorance même, ceux qui ne seront pas dupes de nos stratagèmes !

*

Librairie le Livre voyageur
Prop. Bruno Lalonde
3547 Swail, Montréal, Québec. H3T 1P5 (Métro : Côte-des-Neiges)
Tél. : (514) 736-0999
Courriel : blalonde@aei.ca
Site web :Librairie le Livre voyageur
Philosophie, poésie, domaine amérindien, spiritualité chrétienne et universelle, Canadiana, littérature, art, etc.

Sur Facebook : https://www.facebook.com/bruno.lalonde.7

Autre page Facebook : La Revue de la Compagnie à Numéro

Un lien pour compléter le portrait de Bruno Lalonde

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