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Lectures et méditations pour un Président (II)

relatives à l’organisation de sa vie privée

D 21 janvier 2014     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


En prélude à la visite du pape nous avions, avec humilité, suggéré une première liste de lectures et méditations pour François Hollande, voici une deuxième liste relative à l’organisation de sa vie privée.

Là encore, la lecture de Sollers s’impose.
Une partie de son œuvre est bien une Ode à la liberté, l’amour secret qui va de pair avec la clandestinité. Ses livres Passion fixe, Trésor d’amour, Portraits de femmes, La Fête à Venise en témoignent. La presse étrangère, quant à elle, parle des Folies françaises... so french ces escapades sans les services de sécurité aux fesses ! C’est vrai qu’aux Etats Unis le Président recevait dans son bureau - même sous son bureau, pendant que feu Arafat, attendait d’être reçu... Pas chez nous que ce scénario de série B risquerait de se produire. Pour la vie privée, un appartement privé s’impose et côté immobilier, Sollers a aussi une réponse avec son livre Studio.

Le spectre de sa conférence de presse du 14 janvier, qu’il pouvait craindre, à juste raison, est maintenant derrière lui. Il a su trouver les mots pour évacuer le sujet de sa vie privée afin qu’il ne pollue pas le sujet économique, le grand chambardement qu’il avait esquissé dans ses vœux aux Français. La presse anglo-saxonne s’en est bien trouvée quelque peu frustrée, et l’a dit à sa façon, avec plus ou moins de bonheur, incapable de comprendre ces Frenchies si moroses en même temps que si attachés aux petits moments de bonheur des amours clandestines, brandissant le drapeau de la liberté pour défendre cette valeur française, cette vertu.

22/01/2014 : Ajout section "Entretien avec un clandestin" / "Clandestin et libertin"
28/01/2014 : Epilogue

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La conférence de presse du 14 janvier
vue par Peter Brookes dans The Times (d’après Delacroix, La liberté guidant le peuple)

Le résumé des épisodes précédents

par Anne Roumanoff

Imaginez-vous, ma chère, l’histoire la plus incroyable que l’on puisse imaginer. Le roi Normal Ier a été surpris alors qu’il rendait une galante visite sur son noir destrier à une belle actrice Julie de la Gayette. Le souverain avait gardé son armure pour ne pas être reconnu mais une gazette sans scrupule a rapporté la bonne fortune du roi avec force détails.

C’est un scandale qui secoue la royauté d’une manière inouïe. On ne parle que de cela dans le royaume depuis huit jours. Les rumeurs les plus folles circulent. Tout le monde parle sans savoir et ceux qui savent ne parlent pas. Le peuple de France qui, comme vous le savez, est indulgent pour ce genre de grivoiseries, a d’abord commencé par en rire. "Quelle importance ! Chez les rois, l’infidélité est preuve de bonne santé." Puis certains se sont agacés : "Comment le roi, vu la lourdeur de sa tâche, trouve-t-il du temps à consacrer à la gaudriole ?" D’autres ont ironisé : "Qui eût pu deviner que derrière cet air mal assuré se cachait un Casanova"

Tout cela aurait pu être juste une farce conjugale si la duchesse de Trierweiler n’avait si mal pris la chose. À l’annonce de sa mauvaise fortune, la duchesse a crié, pleuré, tempêté, puis s’est trouvée tellement faible que l’on a dû faire venir en urgence le médecin de la cour pour lui faire respirer des sels et administrer une potion calmante. Le roi Normal Ier, qui, comme vous le savez, a horreur des effusions s’est trouvé fort embarrassé. "Quelle indignité !, ne cessait-il de répéter. On doit respecter la vie privée des rois." [...]

Anne Roumanoff - Le Journal du Dimanche (Extrait de son billet hebdomadaire du 19 janvier 2014)

Méditation #1 : Le Repas d’Esther et d’Assuérus

Par Eric Bietry-Rivierre
Le Figaro, 20/01/2014


Lors de la conférence de presse du 14 janvier dernier, à l’arrière-plan, une tapisserie des Gobelins rappelait poétiquement les démêlés amoureux du président.
Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/JC MARMARA/LE FIGARO
ZOOM... : Cliquez l’image.

Il s’agit d’une grande tapisserie de Jean-François de Troy. Le président l’avait à sa droite pendant sa conférence de presse du 14 janvier. Une composition qui présente le coup de foudre entre la nouvelle favorite et le roi de Perse.

Tout le monde l’a vue, personne ne l’a remarquée. François Hollande allait-il trébucher face aux questions. La tension était palpable. Ses affaires de cœur électrisaient la planète depuis quelques jours. Qu’allait-il dire sur la première favorite ? Sur la nouvelle favorite ? Eh bien, comme dans la nouvelle d’Edgar Poe La Lettre volée, la réponse était là, sous les yeux de tous !

Durant plus de deux heures et demie, François Hollande a parlé dans la salle des fêtes de l’Élysée avec, à sa droite, une tapisserie du XVIIIe siècle. Que dit cette image, souvent accrochée par les caméras, sous laquelle le gouvernement au grand complet était assis ? Que dit cette scène dont la composition est due à Jean-François de Troy et l’histoire relatée dans l’Ancien Testament ? Il s’agit du Repas d’Esther et d’Assuérus [1].

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Vashti, l’épouse répudiée d’Assuérus, par Edwin Long.

Un piquant télescopage de l’Histoire
[Quel piquant télescopage], ce conte en guise de scoop politico-esthétique ! Il était une fois donc, un roi de Perse ; un certain Assuérus en qui certains exégètes reconnaissent Xerxès, fils de Darius Ier. Dans la troisième année de son règne (Hollande n’est que dans la deuxième année de son quinquennat), il avait répudié son épouse Vashti parce que, pour faire court, celle-ci s’était montrée arrogante.

Toujours soucieux de plaire, les courtisans avaient entrepris de faire tour à tour venir au palais de Suse, la capitale, les plus jolies vierges du pays afin qu’Assuérus en retienne une. La tapisserie montre le moment où il tombe sous le charme d’Esther, une orpheline d’une grande beauté. Il la couronnera bien qu’elle soit juive puis, apprenant cet état, la graciera avec l’ensemble de ses coreligionnaires qui risquaient pourtant un génocide.

Racine a fait d’Esther le personnage principal d’une de ses tragédies. Dans le cycle de tapisseries conçu par Jean-François de Troy, au contraire, tout finit bien. L’avenir dira qui de [Racine ou de Jean-François de Troy] peut être considéré comme le plus visionnaire pour cette deuxième décennie du XXIe siècle français.

Accessoirement on ne s’empêchera pas de penser que, décidément, on trouve toute l’histoire de l’humanité dans la Bible. La petite comme la grande...

Méditation #2 : tous des Tartuffe

Qu’en retiendra t-on ? Les premiers sondages indiquent que l’épisode et la conférence de presse n’ont pas modifié la cote du Président dans ses bas fonds. Ni en bien, ni en mal : 22% de satisfaits, avant et 22% de satisfaits, après.

Mais le sismographe des sondages a-t-il la sensibilité des rats qui détectent avant les hommes et leurs appareils, les bruissements du mouvement des plaques tectoniques au cœur de la terre, comme au cœur des hommes ?

Tous des Tartuffe ! disait Nicolas Beytout, Directeur de la rédaction L’Opinion, le lundi 13 janvier :

Après s’être précipités pour lire Closer ou voir « les » photos, après en avoir parlé tout le week-end, soit pour s’en affliger soit pour tourner en dérision les frasques du président casqué, les Français ont donc pour les trois-quarts d’entre eux estimé par sondage que les escapades du chef de l’Etat vers une garçonnière de la rue du Cirque (sic ?!) étaient une affaire privée qui ne concernait que François Hollande ? : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir. » Tous des Tartuffe.

Après avoir dévoré l’objet du scandale et tourné sept fois la langue dans la bouche ou le pouce sur leur téléphone portable, les hommes politiques français ont, pour la plupart d’entre eux, affirmé respecter la vie privée du président de la République et garanti qu’ils s’abstiendraient de tout jugement ? : « Je lui pardonne tout, de rien je ne le blâme », semblent-ils dire, ou, pour les plus téméraires ? : « Ce n’est pas pêcher que pêcher en silence. » Tous des Tartuffe.

Comment croire en effet que la vie de l’Elysée n’est pas tourneboulée par ce vaudeville moderne ? Que la relation entre François, dans la partie centrale du « Château », et Valérie, l’occupante de l’aile Est dite « Aile Madame », n’en est pas perturbée au point d’affecter la fragile et stressante horlogerie du pouvoir ? Que le chef de l’Etat peut sérieusement soutenir, comme le sinistre héros de Molière ? : « Je ne songe à rien, qu’à faire mon devoir » ? Tous des Tartuffe.

[A la veille de] l’une des conférences de presse les plus importantes du quinquennat, celle dans laquelle on doit enfin savoir quelle politique, quel tournant, quel Pacte le chef de l’Etat nous propose réellement, l’Elysée devrait prendre garde que les Français ne disent pas de leur Président, comme Dorine, la servante pleine de bon sens le disait de Tartuffe ? : « Tout son fait, croyez-moi, n’est rien qu’hypocrisie. »

Nicolas Beytout

Crédit : http://www.lopinion.fr/

Méditation #3 : des lieux de clandestinité - la leçon de François Mitterrand

Pour son escapade de réveillon de fin d’année, notre président avait choisi un appartement proche de l’Elysée prêté par une amie de son amie dont l’ex-mari évoluait dans un milieu peu recommandable selon les critères de la police, et le dernier compagnon, victime d’un obscur règlement de compte, il n’y a pas si longtemps. L’adresse : « rue du Cirque » ! Les jeux du cirque...!

Mais comment diantre, François Hollande a-t-il pu courir le risque de se mettre dans un tel guépier ? Pourquoi diable n’a-t-il pas utilisé le carnet d’adresses de François Mitterrand qui organisait ses escapades de fin d’année avec la dignité, le faste, la morgue d’un monarque républicain.
...En Egypte, quand il ne séjournait pas dans une villa du président égyptien Hosni Moubarak (pas alors banni), c’est le directeur de l’hôtel Old Cataract à Assouan qui le reçevait avec tous les égards dûs à son rang. A Venise, c’est au palais Balbi-Valier, au bord du Grand Canal, chez ses amis vénitiens Ida Barbarigo, femme du peintre Zoran Music, qu’il résidait avec sa deuxième famille...
« A Venise, le président était un homme libre, se souvient Ida Barbarigo. Il ne venait pas se reposer, il venait vivre. [...] »
http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article1022#mitterrand

Méditation #4 : des moyens de transport

Avec le scooter, quel délicat hommage au 7ème art pratiqué par Julie ! Le scooter de Vacances romaines d’Audrey Hepburn et Garry Cooper s’imposait.
Quel romantisme chez notre Casanova masqué !

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Vacances romaines (1953), Audrey Hepburn et Gregory Peck
Ce rôle vaudra à Audrey Hepburn l’Oscar de la meilleure actrie.

Mais il aurait pu aussi opter pour la moto de Roland Dumas enfourchée avec panache du temps de sa flamboyance.

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Roland DUMAS au guidon de sa moto avec sa compagne Christine DEVIERS-JONCOUR lors de vacances autour du bassin d’ARCACHON
PARIS MATCH N°2645 DU 3 FÉVRIER 2000

Les temps ont changé : les monarques et les flamboyants ne sont plus. Notre président se revendique président normal. Dommage !

"La Révolution a été faite par des voluptueux."
nous dit Sollers, empruntant cette citation à Baudelaire, à la fin de sa vie, préparant une préface pour Les Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos.

http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article1034#section1

François Hollande est-il un révolutionnaire ?

Méditation #5 : de l’image et "Sortez couvert !"

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Dessin de Martyn Turner paru dans The Irish Times

Quelle défense aurait pu adopter François Hollande pour faire oublier ce casque ?

Conseiller en communication n°1 : Dire que c’était un clip sur le thème "Sortez couvert" en faveur de la lutte contre le SIDA, (un clip pour la société de production de Julie qui n’est pas qu’actrice)

Conseiller en communication n°2 : Dire que c’était un masque vénitien inspiré des Daft Punk.

Conseiller en communication n°3 : Dire la vérité, que c’était ridicule d’autant plus qu’il ne s’était pas caché pour aller encourager Julie sur le lieu de tournage de son dernier film.

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par Joannsfar

La seule question posée concernant l’impact sur l’image de la fonction présidentielle l’a été, non par un journaliste français, mais par un journaliste étranger d’Associated Press et seulement à 18H55 soit deux heures 25 après le début de la conférence. Le président était libéré de la tension du début de conférence. Il avait opposé le "no comment", "ni le lieu, ni le moment...". Malgré les relances il était resté sur sa ligne. Qu’allait-il répondre à cette ultime tentative, ciblée sur cette question de l’image que personne n’avait osée aborder :

"[...]Vous voyagez bientôt au Vatican, aux Pays-Bas, en Turquie avant la visite d’état aux Etats Unis, le mois prochain  : en quoi l’image du Chef d’Etat français compte dans l’exercice de vos fonctions, ou n’est-ce pas important du tout ?"

Le président répondit à côté, se réfugiant derrière le principe de "respect de la vie privée", mais comme il ne se sentait plus en danger, le coq gaulois avait repris de l’aplomb et se fit un peu plus disert pour célébrer nos "valeurs" et nos "principes". Une heure de plus de conférence et le coq gaulois se serait même fait arrogant, ce que l’on nous reproche tant, à l’étranger.

Ecouutez la question et la réponse (extrait de l’émission "Comme on nous parle" animée par Pascale Clark (France Inter), quelques jours après la conférence :

La messe était dite - en français !
Selon le rituel français.
Avec des questions des journalistes français, surtout, ces journalistes français que la presse étrangère a tendance à considérer comme "trop sages et pas assez incisifs"
Le tweet, post conférence, d’Alain Barluet, journaliste au Figaro et président de l’association de la presse présidentielle, qui ouvrit la conférence avec cette question pourtant incisive (suivant un prélude plein de tact) : "Valérie Trierweiler est-elle toujours aujourd’hui la Première dame de France ?", ...le tweet qu’il publia à la sortie de la conférence, en dit long, sur la violence qu’il avait dû s’appliquer pour oser poser cette question, au nom de ses collègues :

"Albert Londres, pardonne-moi !" a-t-il écrit

suivi du tweet de félicitations d’un autre journaliste : Guillaume Tabard (que nous avons sélectionné parmi d’autres)

...Le président allait bientôt pouvoir se retirer
Il avait contourné tous les écueils
Il ne s’était pas brisé sur les récifs
Il n’était donc pas un capitaine de pédalo
Il était un vrai capitaine
Il avait donné un vibrant coup de barre - à tribord diront certains
Il allait tenir le cap
En accélérant
Il était un vrai capitaine sans peur et sans reproche
Il savait qu’il avait été à son meilleur niveau dans la bourrasque
Il était satisfait de sa prestation
Vidé, mais son oeil pétillait
Au dessus de sa tête, il y avait du ciel bleu
Il savait qu’il avait gagné une bataille
D’abord contre lui-même
Mais que la guerre
Contre tous les autres
Restait à gagner.

Méditation #6 : LE DÉSIR DE TRANSPARENCE EST UN DÉSIR PLÉBÉIEN

C’est ce que disait déjà Philippe Sollers dans la revue Le diable probablement N°2 (2006), repris dans L’Infini N° 99 (Eté 2007) (pdf).

*

Le diable probablement AMOUREUX

Le président peut aussi lire le dernier numéro de la revue « Le diable probablement » d’octobre 2013
dont Anaëlle Lebovits-Quenehen conclut son éditorial par ces mots :

« De quoi en apprendre de belles sur le nerf de l’amour qui mène la danse de la comédie humaine... »
http://www.lediableprobablement.com/


Entretien avec un clandestin

Rencontre avec Philippe Sollers, à l’occasion de la parution de Passion fixe (2000)

Passion fixe... Deux mots qui peuvent sembler antinomiques...

Philippe Sollers - Passion fixe veut dire qu’un individu poursuivrait dans le temps, à travers des aventures multiples, le même désir fondamental. Passion fixe va toujours dans la même direction sans jamais s’arrêter, c’est une navigation où certains thèmes servent de boussole : la pensée chinoise, la musique, les livres anciens... Le roman commence dans ce que le narrateur appelle « les années sombres » et que d’autres appellent « les années de plomb », c’est-à-dire la normalisation qui a suivi l’explosion de Mai 68. L’un des personnages principaux, François, a alors décidé de mener une vie clandestine, qui consiste en une autre façon de vivre, surgie à travers une expérience de la liberté maximale. On peut d’ailleurs apercevoir en lui certains traits de l’existence de Guy Debord.

Qu’entendez-vous par « clandestinité » ?

Philippe Sollers - C’est la possibilité de vivre comme on l’entend, le plus librement possible donc, en évitant de se faire « coincer ».Trop dedans, c’est raté, trop dehors aussi. Il faut donc inventer un « dedans-dehors » permanent, qui n’a rien à voir avec la marginalité. C’est un certain art de vivre, qui consiste à préserver à tout prix sa liberté dans une société qui est devenue ce que nous avons sous les yeux, une société réduite aux calculs financiers et où tout le monde, comme le dit ironiquement le livre, pourrait s’appeler « Monsieur et Madame Leymarché-Financier »...

Serait-ce un roman politique ?

Philippe Sollers - D’une certaine manière.Passion fixeest à la fois un roman sur les trente dernières années et une critique extrêmement ironique de la société planétaire contemporaine, négative et déprimée. C’est contre cette grande misère que le livre se construit, d’une façon qui implique un certain rire.

Comment ces différents thèmes sont-ils abordés ?

Philippe Sollers - Le livre démarre sur la tentation du suicide, puis sur une expérience existentielle qui provoque chez le narrateur un autre rapport au réel. Mais ce n’est pas une expérience de l’absurde négatif, comme dans La Nausée, plutôt de l’absurde libérateur. Il rencontre ensuite une avocate, Dora, et là commence une histoire d’amour. Veuve d’un collectionneur de manuscrits, Dora possède une grande bibliothèque qui va littéralement passionner le narrateur. Il se saisit au hasard d’un ouvrage de Cyrano de Bergerac, Les États de l’empire de la lune et du soleil, et il a l’impression, dans la situation étrange où il se trouve, que ce livre s’adresse directement à lui. Il entame alors un voyage fantastique à travers ces livres anciens, en particulier des traités d’alchimie et surtout ce très vieil ouvrage chinois qu’est le Yi King.

Et la musique ?

Philippe Sollers - Le narrateur rencontre ensuite Clara, pianiste de renommée internationale. Avec elle, et à travers la figure d’un autre grand musicien, Glenn Gould, le roman aborde le problème de l’interprétation musicale, et surtout de son sens physique profond. Tout cela reste lié au thème de la clandestinité : qu’il s’agisse du métier d’avocate ou de celui d’interprète, entre la vie intérieure et la représentation, on reste dans le même « dedans-dehors ».

Et donc d’un certain art de vivre...

Philippe Sollers - De vivre poétiquement, oui. L’amour, la liberté et la poésie sont une seule et même chose.

©www.gallimard.fr, 2004

Clandestin et Libertin

« La plus belle définition du mot libertin se trouve dans Littré (1872) : « En termes de fauconnerie, il se dit de l’oiseau de proie qui s’écarte et ne revient pas. » La notion d’écart est ici centrale : elle suppose une règle et une contradiction à cette règle, aussi bien chez l’écolier par rapport à son maître, à la fille par rapport à sa mère, au fils par rapport à son père, à la femme par rapport à son mari, au moine par rapport à son couvent, etc.

« Cela se dit d’une personne qui hait la gêne et la contrainte, qui suit son inclination et vit à sa mode. » Au fond, il y a des dévots à travers les siècles (ils changent de costume et ils sont légion), et puis des individus de l’écart, des aventuriers du dérèglement. Les dévots ? Molière a tout dit : « Ils veulent que chacun soit aveugle comme eux. C’est être libertin que d’avoir de bons yeux. » Mais Sévigné n’est pas mal non plus : « Je suis tellement libertine quand j’écris que le premier tour que je prends règne tout au long de ma lettre. » On est déjà libertin quand on va vite, qu’on préfère le galop au trot, qu’on refuse de s’ennuyer, qu’on prend des chemins de traverse, qu’on improvise, qu’on saisit l’occasion, qu’on aime le moment, l’instant. »

Philippe Sollers, « Le sexe des Lumières », L’Infini N° 96.

*

Epilogue

Samedi 25 janvier, peu avant 19h

Le citoyen François Hollande appelle l’AFP, précise qu’il s’exprime à titre personnel et non en tant que chef de l’Etat, car il s’agit de "(sa) vie privée".

"Je fais savoir que j’ai mis fin à la vie commune que je partageais avec Valérie Trierweiler".

Ce bref communiqué est intervenu à la veille du départ de Valérie Trierweiler pour un déplacement humanitaire en Inde. Ainsi, c’est à titre privé et non en tant que Première Dame que s’effectuera ce voyage.
Certains jugent « sans élégance » ce communiqué de rupture très froid. Avec même ce tacle de Jean-Luc Mélanchon : « Hollande est un mufle »[[ Source : http://www.ladepeche.fr]


Les attitudes inélégantes de François Hollande ne sont pas une première pour celui qui avait déclaré que Valérie Trierweiler était "la femme de sa vie" après avoir passé 28 ans avec Ségolène Royal, la mère de ses quatre enfants.
Ce nouvel épisode d’inélégance pour certains, pourrait lui ôter l’appui d’une partie de l’électorat féminin !

Mais Proust l’avait justement noté :

« Il est vraiment rare qu’on se quitte bien, car si on était bien, on ne se quitterait pas. » (Marcel Proust, Albertine disparue, 1925)
*

Mardi 28 janvier 2014

C’est avec Plantu, dans Le Monde du 28 janvier 2014 que nous fermons cette page du vaudeville politico-sentimental de ce début d’année.


[1Le carton est au Louvre, produit par l’artiste entre 1737 et 1740 à Paris et à Rome. Une autre exécution, datée de 1764, assortie de bordures larges, très ornementée, signée par Cozette, le chef d’atelier aux Gobelins, est conservée à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. Une troisième tapisserie du Repas d’Esther et d’Assuérus existe, partie d’une tenture commandée par la duchesse d’Enville pour décorer le grand salon du château de La Roche-Guyon (Val-d’Oise), où elle est retournée depuis 2000 (vente Christie’s/Karl Lagerfeld).

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