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Joyce encore

Revue des Deux Mondes — Archives sonores : Denis Roche, Ph. Sollers.

D 17 juin 2009     A par A.G. - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Dans son numéro du mois de mai, la Revue des Deux Mondes vient de publier cinq lettres inédites, écrites en français, de James Joyce au chroniqueur de littérature étrangère de la revue, Louis Gillet [1].

Laissons la parole à Michel Crépu qui dans l’Éditorial de ce numéro écrit :

« Pour cette livraison de mai, la Revue des Deux Mondes est heureuse et fière de présenter à ses lecteurs un ensemble de lettres totalement inédites de James Joyce échangées avec Louis Gillet, chroniqueur littéraire de la Revue durant l’entre-deux-guerres, période faste pour Joyce puisqu’elle correspond à l’élaboration et à la publication de ses deux oeuvres majeures, Ulysse d’une part, et Finnegans Wake d’autre part. L’échange entre les deux hommes est lié à la parution de ces deux monuments de la littérature du XXe siècle : plus d’un demi-siècle plus tard, pour mince qu’il ait été, cet échange a néanmoins quelque chose de précieux pour l’histoire littéraire de cette période capitale. La personnalité de Louis Gillet [...] le prédisposait à une attention particulière vis-à-vis du caractère profondément novateur du texte joycien. Il fut l’un des tout premiers, sinon le premier, à en prendre la mesure, on le verra à la relecture de ses deux articles que nous reproduisons ici. On comprendra bien sûr qu’il ne s’agit pas ici de s’arroger une première place mais de constater que la grille de lecture traditionnelle « avant-garde » contre « littérature bourgeoise » s’en trouve heureusement brouillée. Gillet a compris cela très vite (plus vite en tout cas que bien des avant-gardistes de l’époque si l’on pense à l’hostilité des surréalistes à l’égard de Joyce !) et son mérite est de l’avoir exprimé dans la Revue des Deux Mondes, que l’on n’attendait pas à ce rendez-vous. Il fallait à Joyce des lecteurs libres, Gillet en était un et la Revue des Deux Mondes, dirigée à l’époque par René Doumic, qui ne goûtait pourtant pas de bon coeur aux nouveautés, fut elle-même assez libre pour entendre la voix de James Joyce. Tout le monde ne peut pas en dire autant.
[..] La Revue des Deux Mondes se réjouit d’être, en 2009, présente à ce rendez-vous, elle remercie particulièrement Stephen James Joyce, petit-fils de l’écrivain, Jérôme Gillet, fils de Louis, d’avoir autorisé la publication de ces lettres et Olivier Cariguel d’en avoir scrupuleusement assuré le suivi éditorial. [...] »

Michel Crépu, La Revue des Deux Mondes.


Ces lettres inédites couvrent la période 1931-1936, de la parution du deuxième article de Gillet sur Joyce — M. Joyce et son nouveau roman — à la réception de Louis Gillet à l’Académie française le 21 novembre 1935 au fauteuil du peintre Albert Besnard.

Louis Gillet avait déjà publié un premier article le 1er août 1925, Du côté de chez Joyce, article "malheureux" comme il le qualifia lui-même. Malgré son incompréhension première d’Ulysse, il sera un des plus clairvoyants lecteurs — à une époque où il n’y avait pas grand monde — de ce Work in progress qui deviendra le monument qu’est Finnegans Wake.

Ce qui lui valut une première lettre de Joyce après la parution de « M. Joyce et son nouveau roman » dans la Revue des Deux Mondes en août 1931 :

« Enfin votre article dans la Revue des Deux Mondes arrive. Quell’ rose ! Le pauvre moine du désert y a brouté à coeur joie. Il en a savouré chaque petite feuille de phrase, il a croqué les baies, il s’est même admiré un peu dans un petit miroir d’eau, pas plus grand que son ricanement, et ensuite, se trouvant fort beau garçon, il s’est allongé, à la vue des deux mondes susdits, la pâquerette de l’innocence entre ses lèvres maladieuses [sic] [2] et s’est mis à dormir le sommeil des joyces. »

Dans son recueil Stèle pour James Joyce [3], Louis Gillet raconte comment, par l’intermédiaire de Sylvia Beach qui tenait une librairie — "Shakespeare and co" — près de l’Odéon, il fit la connaissance de l’écrivain irlandais :

« C’est dans l’hiver 1931 [le 7 janvier 1931] que je commençai d’entrer en relation avec Joyce. [...] Je ne connaissais pas Joyce ; je souhaitais le voir mais je craignais de l’avoir blessé. Miss Beach reconnut mes bonnes dispositions et ménagea une entrevue. Joyce me reçut avec une courtoisie exquise et une dignité un peu cérémonieuse. Il ne fit pas allusion à mon malheureux article ; c’est la politesse anglo-saxonne : un auteur ignore la critique, c’est la règle du jeu. »

Une amitié s’ensuivra et — nous dit Olivier Caraguel dans son texte de présentation — Louis Gillet fera même la préface de l’ABC de Chaucer orné de lettrines dessinées par la fille de Joyce, Lucia Anna, et édité par Jack Kahane à Paris.
Sur cette amitié Gillet livre d’autres témoignages :

« Je crois que Joyce me voulait du bien parce que j’avais des enfants et qu’il pouvait me parler des siens. J’avais des préoccupations, je partageais les siennes. Je n’étais pas indifférent. Ce genre de sujets faisait le fond le plus habituel de ses pensées. »

En témoignent certains passages des lettres de Joyce :

— le 4 septembre 1935 : « Ma fille est actuellement à Londres où elle fait depuis cinq semaines une cure glandulaire. Il est presque impossible dans ce cas de savoir où le physique et le spirituel se divisent mais la première chose qui m’a frappée (mes mains plutôt que mes yeux) quand je l’ai rencontrée en août 1934 (après une séparation de six mois), c’était sa main, c’est-à-dire son toucher, la peau, etc. [...] »

— le 16 juin 1936 : « [...] Merci mon fils [4] semble être maintenant hors de danger et mieux sur la bonne voie. J’ai par contre des nouvelles inquiétantes de ma fille. Mais je laisserai encore quelques jours avant de vous parler de cela. [...] »

Un numéro à lire...

Les autres Lettres de James Joyce ont été publiées chez Gallimard, collection Du monde entier.

oOo


Voix

Nous avons déjà montré l’importance de l’oeuvre de James Joyce — notre série de Tel Quel à L’Infini — importance maintes fois soulignée par Philippe Sollers. Le numéro de La Revue des Deux Mondes nous fournit l’occasion d’y revenir et de vous faire entendre la voix de Joyce et les commentaires que son oeuvre pouvaient inspirer à Denis Roche et Philippe Sollers il y a vingt-cinq ans.

Le 27 août 1984, France Culture consacrait en effet une émission à James Joyce. Entre des extraits de la lecture de Finnegans Wake par James Joyce lui-même, Denis Roche et Philippe Sollers commentaient les deux oeuvres majeures de l’écrivain irlandais : Ulysse et Finnegans Wake.

Denis Roche (12’12)

La ville de Trieste.
La découverte de Joyce :
Ulysse : une confirmation, la synthèse absolue des buts de la littérature.
Joyce et PoundFinnegans Wake et les Cantos — un crépitement invraisemblable et une cascade ininterrompue.
Ulysse : des scènes qui me font penser à des plans de Godard ou à la vidéo.

*


Philippe Sollers (15’19)

Finnegans Wake : la simplicité extrême ; il faut commencer par entendre.
Joyce lisant la conférence sur Moïse dans Ulysse et des extraits de Finnegans Wake.
Il n’y a pas de mystère Joyce, pas d’hermétisme, mais une voix à travers les syllabes, les langues.
Une éternelle présence acoustique.
L’importance de la théologie catholique et de Saint Thomas.
La parole répond de tout, c’est l’acte qui rassemble et dissout tous les phénomènes.

Trois sens en un, trinitairement : « SINSE » : SENSE, SINCE, SIN.
Ce qui veut dire :
« depuis qu’il y a du sens il y a du péché ;
depuis qu’il y a du péché il y a du sens ;
depuis qu’il y a du "depuis" (du temps) il y a du péché et du sens. [5] »

La précocité sexuelle extrême de Joyce.
La scène du bordel dans Ulysse [6].
Les lettres de Joyce à sa femme [7].
Sollers commente un extrait de Finnegans Wake : SANDHYAS ! SANDHYAS ! SANDHYAS ! [8].
L’entrée dans le paradis retrouvé se fait aussi par la parodie.

Crédit audio : archives de Philippe Di Maria [9].
Crédit photos : La Revue des Deux Mondes.

*

[2Mélodieuses.

[3Editions du Sagittaire, 1941.

[4Giorgio.

[5« Since » en anglais veut aussi dire « il y a » ; on peut aussi entendre en français : « depuis qu’il y a du "il y a", il y a du péché et du sens ». Sur le temps et le « il y a », voir Question de Temps. A.G.

[6Voir article.

[8Sur ce passage de Finnegans Wake traduit par Sollers voir article.

[9Philippe Di Maria, que je remercie, a écrit un recueil de nouvelles : La cage d’escalier.

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2 Messages

  • Albert Gauvin | 14 janvier 2016 - 18:17 1

    13 janvier 1941 : Disparition de James Joyce
    Romancier et poète irlandais expatrié, James Joyce est reconnu pour son univers fictionnel ancré à Dublin et décrivant le quotidien de ses habitants. Ses oeuvres les plus célèbres sont "Le portrait de l’artiste en jeune homme" et "Ulysse". Du fait du sujet de son oeuvre et malgré une vie passée majoritairement en dehors de son pays natal, Joyce est considéré comme le plus « local » des écrivains irlandais.
    En 1922, le critique littéraire Louis Gillet consacrait une étude à ce maître du réalisme psychologique. Il tentait notamment de comprendre comment l’écrivain irlandais put devenir « tout à coup célèbre par un de ces livres indigestes qui semblent plutôt faits pour rebuter à tout jamais le public ». Retrouvez l’intégralité de cet article dans les archives de la Revue des deux mondes.


  • A.G. | 16 mai 2012 - 20:35 2

    De l’ancien chroniqueur de littérature étrangère de la Revue des Deux Mondes,

    Louis Gillet, Essais et conférences sur l’art - De Gioxo à Matisse
    _ Édition établie, annotée et présentée par Eryck de Rubercy
    _ Klincksieck, coll. « L’esprit et les formes »

    « "J’entrais avec ravissement dans le monde de la beauté. Mes yeux s’ouvraient... ". Peut-on choisir plus belle exergue à la fabuleuse somme que nous tenons entre les mains ? Ce que déclare Louis Gillet (1876-1943) à propos d’un voyage initiatique entrepris dans la péninsule italienne en 1895 s’applique à l’ensemble du volume. Il suffit d’ouvrir le livre pour que l’enchantement opère et que l’ ?il découvre une autre vibration, un autre rayonnement de la vie à travers des tableaux et des sculptures. [...] »
    _ Aurélie Julia, revuedesdeuxmondes.fr.