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Le parc Monceau

D 9 octobre 2007     A par A.G. - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


« ... si je ne me dépêche pas, il va falloir que je retraverse le Miroir avant d’avoir tout vu ! Allons d’abord au parc ! »

" J’ai été vieux, méticuleusement, il y a vingt ans. Précautionneux. Erudit. Maniaque, économe. J’habitais des chambres confortables dans les beaux quartiers. J’allais manger seul dans un bon restaurant en face de chez moi. Octave m’envoyait de l’argent en douce. Je sens encore le goût d’une côte de veau délicieuse. Je lisais Angelus Silesius, Tchoang-Tseu [1], Maître Eckart, Stendhal. L’après-midi, j’allais au bordel. Rien de ce qui passionnait les jeunes gens de mon âge ne m’intéressait. Je restais des heures dans les parcs. J’aimais les petites rues discrètes qui ne vont nulle part, les façades reflétant l’inutilité du temps, les perspectives sans but. La rue Cassini, par exemple, près de l’Observatoire. Ou la rue Rembrandt, près du parc Monceau [2]. C’est ce temps-là qui va passer, que tu vas regretter et embellir, capte-le, respire-le, à fond, par principe. "

Portrait du Joueur (1984, Gallimard, page 255).

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Rue Rembrandt
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" Pendant ce temps-là, comme on disait dans la préhistoire des films muets, un homme et une jeune femme, apparemment normaux mais bizarres, s’isolent pour faire l’amour à l’envers dans une chambre d’appartement du 17e arrondissement de Paris, près du parc Monceau. Oui, c’est là, inutile de vous décrire. Les siècles viennent mugir dans cet endroit retiré, derrière les rideaux tirés, ils vomissent ici leurs secrets, leurs refoulements, leurs escroqueries en tous genres. "

Une vie divine, 2006, éd. folio, page 62-63.



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La rue Rembrandt
Phot. AG. 09-10-07
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" Je pénètre par la porte sud où, en haut des grilles, deux plaques symétriques portent en lettres capitales cette inscription presque effacée : ALLER AU PAS AU PARC. Au-dessous, au fond d’une niche de bois peinte en vert protégée par un grillage, le règlement est affiché que personne ne lit jamais ; que tout le monde respecte.
" Me voici dans l’allée centrale où sont alignés de part et d’autre les bancs, les chaises, les fauteuils jaunes ; où la perspective de foule et de ciel s’immobilise un moment. Voici le banc où je l’attendais, près des fusains, invisible depuis l’immeuble dont elle s’échappait parfois quelques minutes pour venir me rejoindre, et voici le plan d’eau miroitant, plein de reflets brisés. "

Le parc, 1961 , Coll. Points, page 144.


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" Une fois à l’intérieur, malgré le bruit constant de la circulation alentour, on abandonne peu à peu toute notion de distance, le regard se perd dans les frondaisons des platanes et des marronniers ; des séquoïas ; des magnolias et des cèdres ; change de nature avec eux, de consistance ; est désormais reposé, dirigé, conduit, renouvelé (une image se précise et s’isole : lui, sur une chaise voisine, le visage levé, le regard perdu, au milieu de cette profusion végétale - les yeux semblant refléter le spectacle sans le voir ; voyant, imaginant autre chose)... " (idem, page 145)


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Le parc Monceau
Phot. AG. 09-10-07
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Allée de la comtesse de Ségur
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Allée de la comtesse de Ségur
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" Nous voici maintenant devant le Portique.
Son nom, nous dit M.N., est " L’Instant ".
Derrière les innombrables instants, il y a L’instant. [...]
Bon, il faut s’arrêter. Maintenant commence l’épreuve de l’éternel retour.
Le Portique est là, la route du passé vient de l’infini jusqu’à lui, celle de l’avenir s’étend à l’infini au-delà de lui. Cet instant se répètera éternellement, où que se trouvent le passé, le présent, l’avenir, le voyageur, le Portique. Cette page, par exemple, est un Portique électronique. D’autres viendront. "

Une vie divine, 2006, éd. folio, page 406.


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Colonnades corinthiennes entourant la naumachie
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" Amusant, non, d’être en même temps à Delphes et, au début du 21e siècle, dans un appartement donnant sur un parc ? Avouez que la situation n’est pas si courante. "

Une vie divine, 2006, éd. folio, page 172.



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Avenue Vélasquez
Phot. AG. 09-10-07
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" Septembre, orage violent, le parc Monceau, à deux pas, balayé par le vent, les éclairs... J’ai loué une chambre quelque temps en face du musée Cernuschi avec ses deux dragons chinois jaunes et noirs [3], j’aime ce quartier, c’est le sien. "

 Le lys d’or, 1989, Gallimard, page 23.

Résumons :
" A Paris, à Monceau, on aurait dit que les bois et les fleurs nous avaient suivis, la présence noire des sapins, des fusains, la touffeur de l’air, la glace des prés, tout ça autour de nous, impalpable et caché, en pleine ville, par-delà les bruits et les murs. Le quartier est mystérieux, on le sait. C’est celui des orgies discrètes, des lourds rideaux, des plafonds, des richesses anciennes ou douteuses, le lieu des apparitions, des disparitions. Le musée chinois, avenue Vélasquez (une impasse), avec ses deux dragons à l’entrée, annonce la couleur. Quartier impénétrable, on peut y marcher sans fin, personne la nuit, les grilles du jardin ouvrent sur une végétation sans raison, un masque. On va dîner dans un coin de La Lorraine où, autrefois, l’après-midi, en terrasse, siégeaient les putains convenables en train de prendre un thé avec pâtisserie. Les maisons de rendez-vous occupent les environs. Le petit marché aux fleurs doit être toujours là, sur la place. Les femmes n’étaient pas si chères, propres, parfumées, genre bourgeoises de province faisant un extra. Les marronniers de certains hôtels particuliers aux volets toujours fermés auraient beaucoup à raconter sur cette prostitution de de bon ton, mais non sans passion. Une telle activité quotidienne, presque imperceptible, sauf pour l’oeil de l’amateur éclairé, a-t-elle eu lieu ailleurs qu’à Paris ? J’en doute. "

 Passion fixe, 2000 , Gallimard, page 69.

oOo

Relire bien sûr : Dominique Brouttelande, Des Glycines au Parc (publié dans L’infini n°99).


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Hier
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Aujourd’hui
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A l’intérieur du parc l’allée Vélasquez a été rebaptisée " allée de la Comtesse de Ségur " [4].


[1sic

[2C’est moi qui souligne. AG.

[3Le musée se trouve au 7, rue Vélasquez. Deuxième musée d’art asiatique en France et cinquième musée d’art chinois en Europe. Le site du musée.

[4Je me demandais pourquoi. Dominique Brouttelande me signale que le changement de nom a eu lieu en 1978 et m’écrit avec humour : " La vraie raison ? Evidemment en prévision du roman de Ph.S " Portrait du joueur " dont l’ensemble de lettres qui y sont contenues constitue sans conteste "Les "bonheurs" de Sophie... " Il ajoute : " Et tout cela sans doute l’oeuvre d’ Un bon petit diable... " !
Je ne peux que souscrire [cf. {Lettres de Sophie} (notamment la note 3)].

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