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Venise, le pôle magnétique de mon existence

D 2 avril 2009     A par D. Brouttelande - A.G. - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Venise est une grande aventure historique. Elle peut être aussi une passion individuelle. C’est le cas ici.

Dans ce titre : Dictionnaire amoureux de Venise, je souligne le mot amoureux. Il ne s’agit évidemment pas d’un « guide » (il y en a d’excellents), mais d’une expérience personnelle liée à ma vie d’écrivain. Je suis arrivé là très jeune, j’ai passé chaque année, printemps et automne, beaucoup de temps à marcher, naviguer, regarder, respirer, dormir et m’émerveiller. Venise, voilà son secret, est un amplificateur. Si vous êtes heureux, vous le serez dix fois plus, malheureux, cent fois davantage. Tout dépend de votre disposition intérieure et de votre rapport à l’amour.

L’amour ? Oui, et dans tous les sens : anges et libertinage, architecture, peinture, musique, roman, poésie, mais aussi air, pierre, eau, étoiles. Nature et culture enfin à égalité.

Venise n’est pas un musée, mais une création constante. Si vous échappez aux clichés, au tourisme, aux bavardages ; si vous avez réussi à être vraiment clandestin ici, alors vous savez ce que le mot paradis veut dire. Le monde se précipite vers le chaos, la violence, la terreur, la pornographie, le calcul aveugle, la marchandisation à tout va ? Mais non, voyez, écoutez, lisez : voici le lieu magique et futur dont tous les artistes et les esprits libres témoignent.

C’est ainsi que Philippe Sollers présente son Dictionnaire amoureux de Venise lorsqu’il le publie chez Plon en 2004.

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Le Coeur Absolu

Venise est présente dans de nombreux romans (Femmes, 1983) ; elle joue un rôle quasi central dans Le Coeur absolu (1987). En février 1988, Sollers en parle longuement sur France Culture (Agora, 16-02-1988, — 28’).

La première fois que j’ai vu Venise, c’était en 1963...
J’ai su que ça serait le pôle magnétique de mon existence.
Il y a deux Venise.
Je dors très bien à Venise.
Le concert de La Fenice en l’honneur de Jean Paul II.
Si vous voulez faire un test, emmenez quelqu’un à Venise !
La ville du XXIe siècle.

Crédit : archives de Dominique Brouttelande.

Voir également : Le Coeur absolu.

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Dictionnaire amoureux de Venise


Philippe Sollers, Editions Plon, 2004

par Alice Granger

Philippe Sollers écrit la plus grande partie de ses livres à Venise, avec l’encre bleue et le papier qu’il achète à chaque séjour, deux fois par an, dès qu’il arrive. Son écriture vient de là. Désormais, ce n’est plus un secret.

Ville de l’amour vrai. Dictionnaire amoureux, mais aussi écriture de cet amour vrai. Venise est aussi une femme d’exception, douée pour la clandestinité, la discrétion, et écrire Venise c’est aussi écrire une femme entre toutes. Venise, c’est aussi elle. Parler de Venise, parler de la ville féminine, parler d’elle. Parce que parler d’elle, c’est aussi parler de la manière dont, exceptionnellement, le malentendu des sexes, sur le terrain miné de la différence sexuelle, dans ce couple arrivant pour la première fois à Venise en août 1963, a pu trouver une issue, joyeusement et légèrement. Le désir immémorial d’un homme, et celui, tout aussi immémorial d’une femme, incompatibles, trouvant miraculeusement à s’exaucer ensemble et aussi séparément. Chacun y trouve intensément son compte, sans jamais que surgisse ni côté femme ni côté homme du sacrificiel, d’où l’absence de ressentiment, d’esprit de vengeance. Ils se donnent l’un à l’autre des choses infiniment belles, vraies, et en même temps ce don n’épuise pas ce qui leur reste, au contraire il leur reste infiniment plus encore que ce qu’ils ont donné à l’autre (sexe). D’où cette expression si forte et si miraculeuse d’amour vrai. Sollers parle lui-même directement de cette ville féminine, mais aussi par des musiciens, des écrivains, des peintres, qui prolongent sa parole, en choisissant si finement les citations, nombreuses.

Depuis quarante ans, deux fois par an, ils viennent à Venise, au printemps, à l’automne, elle est là toujours dans la Venise éternelle qu’il retrouve. Ils étaient ensemble la première fois, en 1963. Dictionnaire amoureux intensément dédié à elle.

Dans ce Dictionnaire, à son nom [1], Sollers la cite parlant dans un entretien de son arrivée à Venise, la première fois, en 1963, avec celui qu’elle appelle Jim, ils viennent de Florence : « Donc, nous arrivons par la route un soir... Et là, ç’a été "la" révélation, comme si tout d’un coup on nous offrait un lieu qui devait nous appartenir de toute éternité... Jim portait deux valises énormes... devant la basilique Saint-Marc, nous avons été pris d’un sentiment quasiment religieux, comme si nous étions transportés dans un univers qui nous cernerait intimement. Il a posé ses valises et nous sommes restés dix minutes sans pouvoir parler... Le lendemain matin, Jim s’est mis, comme chaque jour, au travail. Moi, je voulais apprendre la ville... Il allait tous les matins au Florian pour écrire à une table, toujours la même, loin de la lumière du jour et de la foule. Il a besoin de se fixer comme s’il y avait une sorte de rapport intime entre la circulation de son sang et de son esprit avec ce qui l’entoure. Je partais à l’aventure, seule." "J’aimais me perdre en suivant ces veines quasiment sanguines... la Giudecca... Au moment où j’y suis arrivée pour la première fois, j’ai eu un coup au coeur... en découvrant cette ouverture sur les Zattere et sur la largeur du canal... Je suis entrée dans l’hôtel qui se trouvait là... Et là, elle m’ouvre une fenêtre sur la Giudecca... Quelle stupeur ! J’ai pensé : mais c’est ici qu’il faut vivre ! Tout se passait comme si notre vie nous attendait là depuis toujours. A la fin de cette matinée, je suis allée le rejoindre en lui disant : "Il faut que tu voies ça". Cette chambre "que l’on nous a gardée chaque fois". Pendant quarante ans. » — « Notre marche aussi en direction de la station maritime dont on aperçoit l’escalier défendu, la muraille aveugle, est une invention ferme et souple d’un dehors au seuil duquel on nous a déposés. On peut dire que nous sommes irresponsables, frais ; nous rions sans motif, chacun pour soi au fond de la gorge, dans un silence que nous n’avons jamais connu jusqu’ici. »

Philippe Sollers, à propos de cette même première fois : « Je sais, d’emblée, que je vais passer ma vie à tenter de coïncider avec cet espace ouvert, là, devant moi... C’est un mouvement bref de tout le corps violemment rejeté en arrière, comme s’il venait de mourir sur place et, en vérité, de rentrer chez soi. [...] »

Le texte complet d’Alice Granger


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Venise éternelle

avec Philippe Sollers

Extrait de "L’Italie éternelle" émission de Stéphane Bern (diffusée le 2 août 2007) avec Claudia Cardinale, Cecilia Bartoli, la princesse Alessandra Borghèse, le Cardinal Paul Poupard du Vatican, etc. (9’51)


(durée : 9’51")
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Philippe Sollers parle du Dictionnaire amoureux de Venise

Avec Catherine Deneuve (Campus, 8’51)

Où il est aussi question de Sartre et de Simone de Beauvoir...

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Avec Jean-Pierre Elkabach

Bibliothèque Médicis (10’24).

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Avec Thierry Ardisson

Tout le monde en parle, le 16 novembre 2004 (8’28")


(durée : 21’23")
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Avec Olivier Barrot

Un livre, un jour - le 5 janvier 2005 (2’26")

Depuis le café "Le Rostand" dans le 6ème arrondissement de Paris, Olivier Barrot s’entretient avec Philippe Sollers. Des croquis de la ville de Venise illustrent leurs propos.


(durée : 2’26" — Archives INA
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Pourquoi Venise ? : le regard de Philippe Sollers

Adèle Van Reeth reçoit Philippe Sollers, qui a écrit un Dictionnaire amoureux de Venise, à propos de son regard sur cette ville, dans laquelle il vit une partie du temps, et où nombre de ses romans se déroulent [2]

Extraits musicaux :
- Andrea Campra, Ouverture de l’opéra "Le carnaval de Venise".
- Charles Aznavour, "Que c’est triste Venise".
- Lucien d’Azay dans "Carnet Nomade", le 7 octobre 2005.
- Marcel Markes et Paulette Merval, "Les amants de Venise".
- Vivaldi, "La folia".
- Ricardo Neffi "Le chant des gondoliers"

Lectures :
- Texte de Balzac, tiré du Dictionnaire amoureux de Venise, p. 58, de Philippe Sollers.
- Régis Debray, Contre Venise, p. 59-60.
- Giacomo Girolamo Casanova, Précis de ma vie, cité à la page 155 du Dictionnaire amoureux de Venise de Philippe Sollers.

Réalisation : Mydia Portis-Guérin.
Lecture des textes : Daniel Mesguich.

Les Nouveaux chemins de la connaissance (France Culture ) du 25.01.2012.

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Dictionnaire amoureux de Venise (édition illustrée)

Flammarion/Plon, 2014.

Loin des clichés mièvres ou mortifères qui collent à la peau de la sérénissime, Philippe Sollers nous fait découvrir son Venise, raffiné et clandestin, dans l’ombre de Byron et Casanova ; à la suite de tous ceux qui firent vivre Venise, en tombant amoureux de siècle en siècle.
Loin d’une monographie figée, ce livre est un témoignage, en image, de la création constante que représente la ville : inspiratrice des peintres, des photographes, des musiciens et des écrivains. Le voyage intime d’un homme amoureux des ambiances, des canaux, des places, des palais et des ombres qui font la magie de Venise.

Feuilletez le livre.


[2Il s’agit du deuxième épisode d’une série de quatre 1/4 : Venise : le regard de Paul Morand 3/4 : Venise : le regard de Proust 4/4 : Venise : le regard de Thomas Mann à Visconti.

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