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Rallumons les lumières !

Le Nouvel Observateur du 20 avril 2006, repris dans L’Infini 96 (automne 2006).

D 10 décembre 2006     A par A.G. - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Les Lumières sont-elles de retour ? Deux expositions au printemps dernier à la Bibliothèque Nationale de France. Un colloque récent à Tunis. Un nouvel essai de Régis Debray intitulé "Aveuglantes lumières".

Consensus ? Oecuménisme ? AU CONTRAIRE. A travers l’interprétation des Lumières, c’est la guerre du goût qui continue.

A propos de son dernier livre, Régis Debray déclare : " Si Voltaire est admirable en défenseur de Calas ou en libre-penseur, il y a tout de même un confort intellectuel voltairien qui me semble paralysant et à la limite cauteleux, un peu frileux, un peu présomptueux ! Voltaire n’a pensé ni la Nation, ni la Révolution, ni l’esprit de corps, essentiel pour comprendre les sentiments d’appartenance. Ce parvenu se prenait pour un aristocrate ! ".

Voltaire "cauteleux", "frileux" ? Bien sûr, tel n’est pas l’avis de Philippe Sollers dont on lira ci-dessous l’article écrit en avril 2006, prolongement des nombreux textes publiés depuis près de vingt ans. Question d’éclairage et de clarification.


Note : Philippe Sollers et Régis Debray

Rallumons les lumières

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Voltaire

Dans un coin de la morne et scolaire exposition de la Bibliothèque nationale de France consacrée aux Lumières (les auteurs ont ajouté un point d’exclamation désespéré à ce mot), on peut voir une fiche de police datée du 1er janvier 1748. L’écriture est celle d’un fonctionnaire soigneux et zélé. Elle concerne un homme de 54 ans, « grand, sec et l’air d’un satyre ». Appréciation du flic de l’époque : « un Aigle pour l’esprit et un fort mauvais sujet pour les sentiments ». Ce dangereux individu, dont les oeuvres sont déjà célèbres, habite chez une marquise, et il faut le surveiller de près. Vous avez deviné : c’est Voltaire. Sa marquise, passionnée de sciences, et plutôt très libre de moeurs, est d’ailleurs aussi dangereuse que lui : c’est Mme Du Châtelet, laquelle ne craint pas de s’exprimer ainsi : « Nous n’avons rien à faire dans ce monde qu’à nous procurer des sensations et des sentiments agréables.  » La cause est entendue : un couple d’enfer.

Nous faisons semblant d’avoir compris et absorbé l’esprit des Lumières, nous répétons qu’il a conduit à la Révolution, aux droits de l’homme, à la démocratie, à la liberté, mais en réalité nous avons hâte de nier l’évidence : ces individus sont tous des aventuriers, ils ont été sans cesse dans le danger et le risque, c’est leur corps et leur système nerveux qui devraient nous intéresser, leur jeu, leur subtilité, leur style. A la fin de sa vie, Baudelaire pense à une préface pour «  les Liaisons dangereuses » de Laclos, et il note : «  La Révolution a été faite par des voluptueux.  » Ici, l’universitaire de service se cabre, murmure, tamise, filtre, normalise, fuit dans l’abstraction, censure le libertinage, écarte Sade ou Mirabeau, qui n’ont pas le droit d’exister dans la sage et bourgeoise république des professeurs. On accepte de vous montrer, presque en cachette, une « Bacchante endormie » façon Fragonard ? C’est tout de suite pour souligner que cet artiste « quoique audacieux n’aurait pas osé souligner ainsi la nudité ». Sans blague ? Vous reprenez courage en contemplant le manuscrit autographe du « Don Giovanni » de Mozart. Mais vous serez vite rappelé à l’ordre par Kant ou Rousseau : les Lumières doivent être éclairées du bon côté, enseignement collectif, politique, école. A les présenter obstinément de cette façon, on ne doit pas s’étonner du désastre contemporain. D’ailleurs, tous nos malheurs viennent peut-être de ces mauvais sujets en état d’insurrection permanente. N’ont-ils pas entraîné un déluge de catastrophes et organisé en sous-main les phénomènes totalitaires ? Cela se dit, la cabale des dévots est constante. Il faut donc réécouter Nietzsche : « La dernière noblesse politique de l’Europe, celle du XVIIe et du XVIIIe siècle français, s’écroule sous la poussée des instincts populaires du ressentiment. Jamais sur terre on n’avait connu d’allégresse plus grande, d’enthousiasme plus tapageur... Avec une magnificence jusqu’alors inconnue, l’idéal antique lui-même se présenta en chair et en os au regard de l’humanité... ». Un miracle, donc, un coup de théâtre qui va être bientôt interrompu et canalisé par l’éternel esprit de vengeance. Triomphe des Lumières ? Mais où, quand, comment, par qui ? On pense ici à cette lettre de prison de Céline, le 17 juillet 1946 : « Et puis je souffre aussi de l’exil. Beaucoup. Il est consolant de lire les lettres de Voltaire, c’est une perpétuelle fuite devant les gendarmes, seulement de château en château, toute sa vie un chien traqué. » Victoire de Voltaire ? Mais pas du tout. Personne n’est aujourd’hui plus méconnu, oublié, mal lu. D’où l’ennui, la lourdeur, la mélancolie, l’embarras, la brutalité, la maladie romantique, l’obsession sociale. La droite (comme on dit) n’aime pas Voltaire : trop fluide, trop intelligent, trop sarcastique. La gauche (comme on dit aussi) l’aime encore moins : trop libre, pas assez maudit, et, surtout, mort riche.

Quant à sa vie privée, parlons-en. Une marquise virevoltante et traductrice de Newton, et ensuite un inceste avec sa nièce. Mais c’est tout le siècle qui voit surgir la substance féminine dans un jour nouveau, et c’est là, sans doute, que le bât blesse. Mme Du Châtelet ? Voltaire l’appelle, tour à tour, « génie, prodige, Mme Pompon Newton, meilleur ami, tyran, divine Emilie, muse, aimable nymphe, déesse de Cirey ». Cirey, c’est le château où ils se sont retirés ensemble comme « deux philosophes très voluptueux ». Un seul programme : le jeu, l’amour, l’étude, et le théâtre à la maison presque tous les soirs. Lisons Emilie : « Notre âme veut être remuée par l’espérance et la crainte, elle n’est heureuse que par les choses qui lui font sentir son existence. Or le jeu nous met perpétuellement aux prises avec ces deux passions, et tient, par conséquent, notre âme dans une émotion qui est un des grands principes du bonheur qui soit en nous. » Elle joue gros, Emilie, elle n’est pas raisonnable, quoique reçue à l’Académie des Sciences de Bologne en 1746. C’est elle qui a dit aussi, dans une lettre : « La plus grande vengeance que l’on puisse prendre des gens qui nous haïssent, c’est d’être heureux. » Et puis l’étude, sans arrêt, puisque « l’esprit se rouille plus aisément que le fer ». Ce qui n’empêche pas Mme Du Deffand, sa grande ennemie (avec Frédéric de Prusse, qui veut lui ravir Voltaire), de la décrire ainsi très crûment : «  Une femme grande et sèche, sans cul, sans hanches, la poitrine étroite, deux petits tétons arrivant de fort loin, de gros bras, de grosses jambes, des pieds énormes, une très petite tête, le visage aigu, le nez pointu, deux petits yeux vert de mer, le teint noir rouge, échauffé, la bouche plate, les dents clairsemées et extrêmement gâtées... ». Elle joue, ce charmant bas-bleu ? Voltaire éponge les dettes. Elle tombe enceinte du poète Saint-Lambert, qu’elle s’est mise à aimer follement ? Voltaire arrange l’affaire. Mais enfin, elle a 42 ans, elle en meurt. Roman extravagant, tout cela, comme la liaison de Voltaire avec Mme Denis, sa nièce. Les Lumières ? Des joueurs, des stratèges, des fous. Il y a Diderot et son impératrice russe, mais surtout Sophie Volland ; il y a le sublime Rousseau, sa prude « Nouvelle Héloïse », mais aussi ses « Rêveries » enchantées. Il y a Laclos et l’inconcevable Sade. Et les autres, tous les autres, savants, diplomates, architectes, sculpteurs, peintres, musiciens. Et les autres, toutes les autres, dont Casanova écrit, en français, les attraits. Énorme roman des Lumières, rien à voir avec une salle de classe mal éclairée.

Les Français vont mal parce qu’ils n’aiment pas leurs Lumières. Voltaire, aujourd’hui, serait, comme de son temps, attaqué de façon incessante par « les excréments de la littérature ».« J’avais comme de raison pour persécuteurs tous ceux qui se mêlaient de vers ou de prose. » Plus calomnié que lui, difficile à trouver. « Dès que j’eus l’air d’un homme heureux, tous mes confrères les beaux esprits de Paris se déchaînèrent contre moi. ». Il a réuni, dit-il, toute une bibliothèque de brochures publiées contre lui, où il est traité de mauvais poète, d’athée, et même de « fils d’un paysan ».« Je m’étais d’abord donné le plaisir de faire un recueil de ces calomnies, mais elles se multiplièrent au point que j’y renonçai. » La solution ? « Je me suis fait roi chez moi malgré des pertes immenses. » Quelques blasphèmes ? Voici : « J’ai vu tant de gens de lettres pauvres et méprisés, que j’ai conclu dès longtemps que je ne devais pas en augmenter le nombre. » Ou encore : « Je n’ai jamais trop conçu comment on meurt de chagrin. » Et aussi : «  J’ai toujours préféré la liberté à tout le reste. » Conclusion : «  J’entends beaucoup parler de liberté, mais je ne crois pas qu’il y ait eu en Europe un particulier qui s’en soit fait une comme la mienne. Suivra mon exemple qui voudra ou qui pourra. »

Philippe Sollers

Les deux expositions du printemps dernier : « Lumières ! Un héritage pour demain », « Madame Du Châtelet. La femme des Lumières », BnF.

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Philippe Sollers et Régis Debray 

Régis Debray est connu. Son itinéraire aussi : Normale Sup., Che Guevara, la prison bolivienne, Allende, puis... Mitterrand (dont il est conseiller de 1981 à 1984). Puis la déception. Le repli "républicain". De très nombreux essais. En 1995, une sévère critique de Guy Debord. En 1999, un très violent article — « Le cas Sollers » — dans l’hedomadaire Marianne [1]. Puis un voyage au Kosovo dont le compte-rendu dans Le Monde fit grand bruit.

Il vient de publier "Aveuglantes lumières" (sous titré Journal en clair-obscur, Gallimard, nov. 2006). A propos de ce livre, Marc Fumaroli écrit dans le Monde des livres :

Dans la Ve tardive, un choeur unanime de gauche et de droite invoque les Lumières. Sur fond mondial de peurs et de haines, cette unanimité bien-pensante ne dit rien qui vaille au médiologue Debray. Ses amis Tzvetan Todorov et Elisabeth Badinter organisent-ils à la BNF une grande expo à la gloire des Lumières ? Il en fait un reportage dévastateur. En toute révérence pour un récent disparu, il s’en prend à Jean-François Revel, selon lui psychorigide à la façon des philosophes des Lumières. Grand célébrant de Voltaire, de Vivant Denon, de Sade et de l’Année Mozart, Philippe Sollers n’est pas nommé, mais il est dans sa ligne de mire. Ne sont pas épargnés non plus les prêtres et prêtresses laïques du Musée du quai Branly, qui esthétisent, en une Wunderkammer (cabinet des curiosités) typique des Lumières, de somptueux outils magiques ou religieux arrachés, certes, à la destruction, mais aussi à leur fonction native.(...)

Le XVIIIe siècle en soi, Debray le décrit en termes swiftiens : îlot de paix relative, peuplé de Lilliputiens peu nombreux et où une minuscule aristocratie cosmopolite de la naissance et du talent, disposant de la domesticité, des moyens de communication, du loisir et des plaisirs peut se représenter l’avenir de l’humanité s’éclairant à son image. Le Français et l’Autrichien archétypes, Voltaire et Mozart, lui paraissent incarner les deux extrêmes de rouerie et de mélodie qui s’ébrouèrent dans cette courte parenthèse de l’histoire. Au temps de la délocalisation, de la globalisation, de la surpopulation, de la démocratie communicationnelle et des massacres ethniques, les narcisses penchés sur ce miroir pré-1793 sont des autruches, la tête enfoncée dans le sable.

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Régis Debray est aussi l’auteur d’un Contre Venise (1995). Dans le Dictionnaire amoureux de Venise, Sollers écrit : "Il fallait bien que quelqu’un, un jour, se dévoue pour cracher sur Venise. Comment cette merveille du temps ne meurt pas, mais au contraire résiste, persiste, brille ? L’éternel esprit de vengeance ne le supporte pas. Il lui faut investir un possédé, un philosophe aigri, un amoureux dépité, un frustré de la politique et de l’Histoire, un grand blessé du plaisir, de la littérature et de l’art. Un petit français typique fera l’affaire : Régis Debray (...). Ce Contre Venise paraît un an après la mort de Debord. Debray détestait Debord (qui n’a jamais fait carrière, lui, ni dans l’Université ni à l’Elysée) et, au fond, me dédie subliminalement sa malédiction. Venise est pour lui une "drogue", il faut s’en désintoxiquer et en protéger les générations futures. "Non, je ne fais pas une fixation", dit-il. Mais si, justement et, du même mouvement le voici qui vomit d’un coup (entre autres) Véronèse, Beethoven, Baudelaire, ces "sucres lents et lipides". Ca semble lui faire du bien."

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Sollers-Debray : un écrivain et un philosophe que tout oppose.

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Régis Debray

Est-ce anecdotique ? Nous ne pensons pas. Il s’agit d’une guerre de fond. Dans son très bel article consacré à Poker, Alice Granger y consacre une « petite note » :

Je m’y arrête un peu, car Régis Debray, je l’ai vu entrer dans mon paysage, je suis sensible à son souci du médium en comprenant cette médiologie du point de vue de la petite fille d’autrefois pour laquelle l’invention de l’imprimerie était encore une chance inouïe de faire arriver de l’écrit sur les terres reculées paysannes, de même l’invention du train qui permit à cette fille de mettre en acte son désir de partir ailleurs, jusqu’à Paris, de même à l’heure de la vidéosphère Internet donne à cette fille les moyens d’envoyer des articles comme autrefois des bouteilles à la mer. La petite fille d’autrefois rit en imaginant Régis Debray sentant sur lui le mufle de la bête, l’haleine lourde et brûlante de l’animal collectif [ce sont les mots utilisés par Debray dans son article contre Sollers dans Marianne. NDLR], il y en avait, des hommes de ce genre-là, dans son paysage d’alors... Et c’est sûr, ces deux hommes n’ont rien en commun... Ils ne peuvent pas être plus différents... et alors il devient extrêmement intéressant, leur affrontement. Ce sont deux ennemis au sens fort du terme. Pas deux indifférents. Ni l’un ni l’autre. Leurs attaques et leurs répliques ont pour effet que les deux personnages se précisent de plus en plus dans leur incompatibilité, Sollers apparaissant de plus en plus comme le compagnon de guérilla que Debray ne trouvera jamais à ses côtés, suant avec lui, mais ailleurs, invisible même si Debray par des formules qui éclatent comme des attentats ratés tente de le visualiser totalement.

Depuis quelque temps, entre Régis Debray et Philippe Sollers, c’est comme une guérilla. Nul doute que si Debray tire sur Sollers des rafales de mitraillette, ou bien met des bombes, c’est que Sollers ne le laisse pas indifférent, c’est qu’il remarque quelque chose, c’est qu’il le dérange, jamais personne n’attaque pour rien. Régis Debray, c’est quelqu’un qui se sent visé par la révolution, on dirait qu’il a toujours cherché le personnage révolutionnaire, qu’il est toujours sur la brèche de cette recherche-là, qu’il s’agit de ne pas se tromper de cible. Si Debray tire, c’est aussi qu’il se sent visé, c’est qu’une révolution, qu’il sait très très bien découvrir, menace de révolutionner sa vie, alors il tire pour y résister, mais en tirant, il met aussi en lumière le révolutionnaire. Il en a rencontré, des révolutionnaires, mais ceux-ci l’auraient-il laissé sur sa faim de révolution ? C’est souvent par des attaques que quelqu’un, d’une manière qui peut sembler négative, est le plus reconnu, pas par des proches, pas par des amis. Par cette guérilla spéciale entre Debray et Sollers, quelque chose d’intéressant se dit sur une révolution, comme un échange de salves, certes, mais restent des phrases dites, deux personnages se mesurent et se défient. Et dans cette guérilla, la révolution ne se définit-elle pas pour la première fois comme la sortie de la métaphysique ? Sollers s’échappe par une autre dimension, cela n’échappe pas à un Debray passionné de révolution, mais là, il ne sait pas comment il fait, ce n’est pas un copain de révolution. Debray met donc en relief la non familiarité de Sollers, alors même qu’il n’en finit pas de le faire apparaître sur une scène hyperfamilière comme un personnage archiconnu, plus il l’arrête par des phrases meurtrières, plus Sollers s’échappe, ce qui se prouve par la nécessité d’autres salves, et encore d’autres salves, auxquelles Sollers répond par ses salves à lui.

En somme, Sollers se présente comme quelqu’un qui a un destin, permettant, dit-il, un autre rapport avec le temps, alors cette touche destinale lui assure la haine de tous, donc celle de Debray. Cette haine est aussi une bonne lecture de Sollers. Lorsque quelqu’un a un destin, sa vie ne se réduit pas à un chemin entre la naissance et la mort, mais, sur le plan personnel, il a à sa disposition tous les âges de son existence, de la petite enfance à celui qu’il est en train de vivre. Dimension du temps qui échappe aux familles, et donc à la société qui est la famille intégrale. Qu’attend-on dans les familles, demande Sollers ? Que tout le monde meure, et le cordon ombilical parle à la place des écrivains, tandis que se déploie une agression permanente contre celui qui dénoue le noeud du nihilisme. « Qu’il soit l’objet d’une exclusion aussi obsessionnelle montre que l’enjeu est brûlant. Les gens qui font semblant de vous comprendre sont parfois moins avertis que ceux qui vous agressent : il est légitime d’attendre de ses ennemis une compréhension qu’il est rare de trouver parmi ses alliés. Un ostracisme violent est toujours très bon signe. ». Ne serait-ce pas une sorte de remerciement adressé à Debray ? [2]

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