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De l’homme bionique à l’intelligence collective…

Vers Sapiens 2

D 23 septembre 2015     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’homme bionique

Beaucoup d’artistes - et Sollers, dans ses écrits - ont célébré le corps humain pour ses qualités esthétiques et fonctionnelles que les mutations successives de l’évolution ont amené à un niveau de perfection exceptionnel. Faîtes vous expliquer la magie de la physiologie de l’œil, ce que fait Eric-Emmanuel Schmitt dans son dernier livre La Nuit de feu. Il y a de quoi être émerveillé. Et cette enveloppe corporelle véhicule notre moi, ce qui touche à l’intime, un bien infiniment précieux. En quoi est-il encore notre moi lorsque des puces électroniques sont greffées sur ce corps ou que des prothèses bioniques viennent réparer des outrages de naissance ou des accidents de la vie.

« L’homme bionique », n’est plus tout à fait de la science fiction. Le post-humain a commencé !

Visionnez la vidéo ci-dessous montrant le Dr Bertolt Meyer, chercheur en psychologie sociale et né sans bras gauche. Aujourd’hui, il est « équipé » d’une main bionique.
C’est impressionnant !
Qui, s’il était privé de main, ne souhaiterait pas bénéficier de cette prothèse ?, ‘’je vous le demande’’ pourrait dire Sarkozy ou son clone Laurent Gerra, joignant la désarticulation de l’épaule à a parole ? Qui ?

Qu’en était-il de notre corps avant que les hommes ne commencent à le modifier, du corps de l’écrivain Sollers ? Il l’a souvent évoqué. Juste ici quelques notations :

« Qu’est-ce qu’un grand romancier, au fond ? Un magicien qui voyage sans corps dans le temps, autrement dit un médium. Dans certaines circonstances particulières (un lieu et une formule), il est susceptible d’entrer en contact avec les esprits. »
Vincent Roy, à propos de Medium de Philippe Sollers
Transfuge
« À Venise, l’âme est aérienne et le corps, « vaporisé », la mémoire est liquide, l’existence, alerte. Moyennant le secours, bien sûr, de quelques figures féminines, dont Ada, savante masseuse. »
Phlippe Sollers
Medium
« Donc, Venise. Nous y sommes, aux côtés du narrateur, « Il Professore ».Alentour, deux figures de femme : Ada, « mon ardeur », masseuse professionnelle, chamane ou presque, dont les mains expertes savent ressusciter « ce corps qui pèse et qui s’use », et la jeune Loretta. »
Nathalie Crom
Telerama
« Aujourd’hui, vous avez pour la première fois - d’où mon manuel de contre-folie - une folie qui est établie partout, à chaque instant, subjectivement ou objectivement. L’argent fou, le corps... C’est une situation à mon avis tout à fait nouvelle, une mutation qui correspond à celle que l’Histoire peut connaître à certaines époques. Il est vrai que Montaigne en son temps s’inquiétait et se demandait s’il ne devenait pas fou avec ces guerres de religion qui ravageaient son pays comme nous l’évoquions tout à l’heure. Mais, à la différence d’aujourd’hui, il ne consentait pas du tout à être fou ! Les mutations techniques impliquent que le taux de folie est endémique […] »

Phlippe Sollers
Medium

Marc Pautrel, lui, a sélectionné ces phrases dans Medium :

"Ce livre est un manuel de contre-folie avec des preuves et la façon de se comporter", "Il faut se décaler par rapport à un monde qui rend fou", "C’est un roman métaphysique", "Le corps humain est en cours d’expropriation". Deux remèdes à la folie : "massages et prise de substances"…

Intelligence collective

Pour la première fois, les scientifiques ont connecté des cerveaux d’animaux pour créer une sorte de fusion mentale.

Même si la pensée (le cerveau) est à l’œuvre pour actionner cette main, nous sommes dans la continuité de l’invention par l’homme d’outils qui l’aident dans l’exécution de ses tâches usuelles ou moins usuelles à caractère physique.

Mais l’homme s’est aussi doté de par le temps d’outils qui ont fait progresser ses compétences intellectuelles. Parmi les grandes inventions de ce type, à très grands traits, reprenons celles que citaient l’autre soir, Jean d’Ormesson, sur le plateau de La Grande Librairie, dans une émission spéciale que lui consacrait François Busnel : L’invention de l’écriture d’abord, puis l’imprimerie qui a permis de propager les connaissances, l’ordinateur et les systèmes informatiques constituent une révolution du même ordre de grandeur en multipliant les capacités intellectuelles de l’homme – comme il en avait été de ses capacités physiques au début de l’ère industrielle - et en externalisant ses capacités de mémorisation. Avec en prime, le bonus qu’apportent les réseaux informatiques, super destriers modernes s’affranchissant des distances et du temps. Jamais fatigués, ils bondissent au doigt et à l’œil, empruntent des chemins de secours, lorsque la voie est bouchée ou détruite par les guerres. Capacité à s’auto-reconfigurer, comme le cerveau. De quoi inspirer des générations de savants Faust, en herbe ! Est-ce le cas pour Miguel Nicolelis et ses collègues du Duke University Medical Center en Caroline du Nord dont les travaux viennent d’être publiés dans la sérieuse et prestigieuse revue Nature, le 9 juillet 2015, sous l’intitulé quelque peu hermétique de « Computing Arm Movements with a Monkey Brainet ».

« Brainet » …un réseau de cerveaux !
En fait des cerveaux de singe interconnectés via un ordinateur pour créer un super cerveau !
Rien moins que ça !
- Oh… ! …ou Waou ! A chacun son exclamation.
L’équipe a connecté les cerveaux de 3 singes à un ordinateur qui animait un bras robotique. On a placé des électrodes dans les zones du cerveau qui s’occupaient du mouvement. Il était nécessaire que les singes synchronisent « leurs pensées » - au moins leurs actions - pour être capables de bouger le bras et atteindre une cible, et à chaque réussite, l’équipe récompensait les singes avec du jus de fruit…
Un taux de réussite de 60%, après la période d’apprentissage. Bingo !

(Plus ICI...)

Au-delà, d’autres perspectives encore plus vertigineuses ouvrent la boîte de Pandore : les manipulations génétiques et biologiques : des bébés conçus autrement, gestation, naissance, c’est le grand chamboulement, en même temps que nous devenons de moins en moins mortel et que Lolita est de plus en plus sexuellement précoce. Mais en même temps, le mâle spermatozoïde, lui, devient de moins en moins actif et peine à lui faire la cour, son taux de testostérone est aussi en chute libre. Le mâle de moins en moins mâle voit même son amour-proche atteint avec un pénis plus court (on observe aussi des alligators à micro-pénis) ; la perspective de conscience augmentée qui se dessine va-t-elle l’aider à surmonter cela, ou bien le plonger au plus noir de ses tourments, en Enfer, avec ces questions obsédantes, qui à force de tourner et tourner dans sa tête le rend fou : « sommes-nous encore des enfants de Darwin ? », « sommes nous en marche vers le meilleur des mondes ? »

« Mais là où il y a danger, croît aussi
Ce qui sauve.

Quand j’étais enfant, un dieu souvent me
retirait des cris et du fouet des hommes. »

Hölderlin
Il célébra, en prose ou en vers, cet impossible retour dans ce monde perdu.

Spermatozoïdes in vitro

Jeudi 17 septembre 2015, un couple de hercheurs lyonnais associés dans une start-up baptisée Kallistem, annonçait avoir réussi à cultiver in vitro, des spermatozoïdes à partir de cellules souches prélevées dans des testicules humains. Une « première mondiale », une avancée susceptible, à terme, de révolutionner la vie d’hommes infertiles. La communauté scientifique trouve l’annonce un peu précipitée. Il n’y a pas eu passage par la publication préalable dans une grande revue scientifique. Le professeur René Frydman, père du premier bébé éprouvette français nuance aussi le propos, soulignant : « la spermatogénèse est un des processus de prolifération et de différentiation cellulaire les plus longs et les plus complexes ayant lieu dans le corps humain ». Pour les spécialistes, il s’agit surtout pour l’instant d’un coup de com destiné à attirer des investisseurs. « C’est vrai qu’on a besoin d’argent pour avancer » confie Philippe Durand, un des deux chercheurs avec Marie-Hélène Perrard-Durand, associés dans ce projet. Mais déjà, René Frydman, en obstétricien et spécialiste d’éthique, pense à l’après, c’est-à-dire aux éventuels enfants nés de sperme artificiel.et médite sur le désir actuel sociétal de transmettre son génome coûte que coûte. L’entrepreneur lyonnais, de son côté, déclare :« Nous ne sommes pas des apprentis sorciers, nous donnons seulement un coup de pouce à la nature. »

D’après Anne-Laure Barbet
Le Journal du Dimanche, 20 septembre 2015

Le devenir de Y. Entendre le chromosome Y est aussi un sujet de préoccupation de Sollers dans L’Ecole du Mystère. Extrait :

Le chromosome Y vu au microscope de Sollers

[…] Si l’on en croit l’australienne Jenny Graves, le chromosome Y devrait disparaître dans 5 millions d’années. Le chromosome X est, pour elle, « intelligent et sexy ». Écoutons cette généticienne, reconnue, mais controversée :

« Les gènes du X ont joué un rôle important dans l’évolution rapide de l’espèce humaine. De son côté, le y humain est devenu un chromosome pathétiquement petit : il a perdu la plupart de ses gènes, hormis le gène de détermination du sexe mâle. Il se dégrade très vite et pourrait bien avoir entièrement disparu dans les prochains millions d’années, avec des conséquences inconnues pour notre espèce. »

Jenny me fait peur, d’autant plus que je ne suis pas du tout sûr d’être encore là dans quelques millions d’années. Heureusement, le Y a ses défenseurs et même ses défenseuses. La bataille scientifique se poursuit.

Le chromosome Y est voué à disparaître, soit, et le spermatozoïde décline, de moins bonne qualité, et en baisse significative. Donc il vaut plus cher.Des donneurs sourcilleux perturbent le trafic, traitent leurs giclures comme des pierres précieuses et ils n’ont pas tort : sans ces gisementsencore très nombreux, une crise éclaterait enmatière première. Une rumeur, peut-être mal fondée, prétend que des stocks massifs de spermatozoïdes congelés sont entreposés dans des banques. On pourrait les réveiller en cas d’inflation d’ovocytes, ce qui est plausible. Les donneurs doivent, au préalable, renoncer à leurs droits de suite, mais cette précaution d’entassement provient justement de la raréfaction du nombre de donneurs. Ils viennent moins gicler, malgré l’augmentation des prix, et la qualité n’est plus ce qu’elle était. Les étudiants, jadis, étaient très actifs, ils le sont de moins en moins, tout se perd.

En tant que donneur exceptionnel, j’avais demandé que ma substance ne soit utilisée que pour une réceptrice qui pourrait réciter par cœur un paragraphe d’un de mes livres. J’ai fait réviser cette clause, trop difficile. Désormais, deux lignes suffiront.

Exemple : Je me suis retrouvé un jour, en été, très tôt, dans le temple d’Athéna, à Égine, et il y a eu, soudain, un coup de tonnerre dans le ciel bleu :reçu.

La ronde des spermatozoïdes par Cryos

Dans Trésor d’amour (Gallimard, 2011), Philippe Sollers propose une ballade érudite à Venise, en compagnie de Minna, dans le sillage de Stendhal. Si vous pensez que le lieu et la formule (Minna, Stendhal) ne se prêtent guère à dissertation sur la banque de spermes Cryos, vous auriez tort. Lisez plutôt :

J’imagine Stendhal, au début du 21e siècle, ouvrant un journal, et découvrant ainsi, stupéfait, que la plus grande banque de sperme d’Europe, Cryos, se trouve au Danemark et doit répondre à des demandes de plus en plus importantes. Son directeur de 55 ans qui avoue avoir choisi ce métier parce qu’il a rêvé, une nuit, d’un océan de sperme congelé, « a toujours été attiré par les choses non conventionnelles ». La petite ville danoise où il opère compte quarante mille étudiants, tous donneurs de sperme potentiels. Voici ce que dit ce banquier spécial […].

Si vous avez des économies à confier à ce banquier, c’est ICI…

Sapiens 2

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Yuval, Noal Harari

Yuval, Noal Harari est l’auteur d’u livre « Sapiens – une brève histoire de l’humanité ». 38 ans, l’homme est professeur d’histoire à l’Université de Jérusalem. Rien d’un enseignement poussiéreux et barbant qui se contenterait de répéter ce que l’on a toujours dit. Il ‘’met le feu’’ à notre histoire en la revisitant. Son livre, au départ un manuel pour ses étudiants, est désormais traduit dans 40 langues. Extrait de sa conclusion :


C’est un des paradoxes de Sapiens. Il est très doué pour acquérir du pouvoir, mais il ne sait pas comment le transformer en bonheur. Plus les humains réussissent, plus ils en veulent. Plus les conditions de vie s’améliorent, plus les attentes augmentent. La vie d’aujourd’hui est bien meilleure qu’au moyen Âge. Alors pourquoi le monde est-il comme il est ? Personne ne sait à quoi ressemblera le monde demain. Mais je pense que d’ici à un siècle ou deux, Sapiens aura disparu tel que nous le connaissons. Il ne sera pas forcément détruit par une force extérieure ou une grosse catastrophe, mais il utilisera la technologie pour modifier son cœur et son cerveau pour créer de nouveaux types d’êtres, comme les cyborgs, avec une intelligence artificielle, ou des superhumains génétiquement modifiés… Je pense que nous allons créer des êtres encore plus différents encore de nous que nous sommes différents du Néandertal ou des chimpanzés. Ce sera ‘’Sapiens 2’’…

« Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens ». dit l’adage, et si le passé peut guider le futur, alors lisez le livre de Yuval Noal Harari. C’est facile à lire, intéressant, bourré de réflexions et rapprochements inattendus, c’est lumineux et captivant. L’érudition savante et l’art du conteur conjugués. Ou l’aventure humaine racontée avec brio, à la portée de tous.

Prométhée, le voleur du feu pour le donner aux hommes.Prométhée, le voleur du feu pour le donner aux hommes

C’est ainsi que depuis que l’homme a commencé a raconté son histoire, il ne cesse de vouloir s’approprier les pouvoirs anciennement attribués aux dieux. Adam a goûté au fruit de l’arbre de la connaissance et Prométhée a volé le feu à Zeus pour le donner aux hommes. Notons aussi que dans ces mythes cette appropriation s’accompagnait d’une malédiction : dans la perte du Paradis et dans la fameuse boîte que Zeus vengeur remis à la femme Pandore…
Ce qui n’a pas changé, c’est que la femme reste au centre du jeu, et qu’elle attire toujours beaucoup. Avec Sapiens 2, les nouvelles déesses vont-elles supplanter les anciens dieux mâles ? A suivre dans nos vies futures !

Autres échos chez Sollers ?

Ci-après, quelques propos de Philippe Sollers badins ou pas, ironiques ou légers, irrévérencieux parfois, tirés de sa chronique mensuelle dans le Journal du Dimanche, du temps où il y officiait, avant d’être remercié pour son persiflage à l’égard de la Première Dame du moment. Celle qui avait émis un tweet vengeur et ravageur en soutenant l’adversaire politique de « l’ex du président » pour la faire trébucher dans sa conquête de la capitale de son fief de Poitou-Charentes. Trop d’insolence de la part de Sollers ? Il est vrai que sa dernière chronique sur le tweet de Valérie Trierweiler est un sommet de persiflage. Le JDD appartient au groupe Lagardère, par ailleurs, l’employeur d’alors de la première Dame chez Paris Match, une autre de ses publications. Une première Dame vindicative, à ménager… Mais il n’y a plus de censure en France, bien sûr ! « Ne sombrons pas dans la paranoïa en croyant déceler une "main invisible" qui tirerait toutes les ficelles jusqu’à celle qui arrache la plume de la main de Philippe Sollers au JDD. La décision était prise avant cette chronique. "Mais j’ai été prévenu par téléphone après avoir envoyé mon papier", précise Sollers. » rapporte Le Point du 24/06/2012 – jour de sa dernière chronique. Le titre de l’article est non ambigu et sans point d’interrogation : « Philippe Sollers viré du "JDD" ! » (Mais non, bien sûr, simple nécessité de remanier la grille du journal expliquera la direction du journal). Treize ans de chroniques mensuelles de 2000 à 2012, interrompues, du jour au lendemain, sur un simple coup de téléphone. Un sommet d’élégance et de savoir vivre !
Ses chroniques mensuelles contenaient une demi-douzaine de sections, introduites par un mot. En voici, donc, quelques unes en rapport direct ou indirect avec notre sujet du jour :

Clonage

Le professeur Antinori est fascinant : il ressemble à Omar Sharif, il vous vend la course au clonage, rien ne pourra l’arrêter, et quand on formule quelques réserves, il crie aussitôt au Moyen Âge et aux talibans. C’est un homme de progrès, son regard exalté le prouve, il devrait s’appeler Folamour, ça lui irait comme un gant. Où est son laboratoire ? Mystère. Peut-être sur un bateau, dans les eaux internationales. En tout cas, l’expérience aura lieu, les premiers êtres humains reproduits à l’identique seront bientôt parmi nous.

Je veux bien me faire cloner, moi, histoire de voir grandir à côté de moi un petit Sollers pour mes vieux jours. Il sera mignon tout plein, rusé, cachottier, ficelle. Je le connais par cœur, il pourra embêter les autres longtemps. Il ne sera pas écrivain, j’y veillerai, mais généticien, afin de se reproduire lui-même dans les meilleures conditions, et ainsi de suite. Au lieu d’être traité, comme son père de souche, toutes les semaines, d’« écrivain multicarte », de « mondain », d’« ex-maoïste sans talent », il aura accès à tous les secrets du monde et deviendra fabuleusement riche. Antinori sera depuis longtemps dépassé. Il peut, certes, exhiber quelques trophées : une grossesse de femme à soixante-deux ans, l’insémination de la compagne d’un prêtre stérile, une nouvelle ère pour des milliers de parents déficients. Le Vatican a beau s’énerver, la Curie a bonne mine avec son évêque membre de la secte Moon et marié. Antinori, d’ailleurs, ou les raéliens ? J’hésite.

Bien que le clonage soit interdit en Israël, Antinori a avec lui un médecin israélien qui m’inspire confiance, Avi Ben-Abraham. « La foi juive, dit-il, n’exclut pas aussi catégoriquement le clonage que la religion chrétienne. » Les raéliens, eux, y vont carrément : ils ne se cachent pas de rechercher la vie éternelle. Leur laboratoire est en Virginie, c’est charmant. En plus, ils ont des tas de disciples femmes, toutes prêtes pour ce genre d’opération. Mais qu’est-ce qu’on me dit ? Que les éléments ADN de la mère subsistent dans le clone ? Cette copie génétique n’est donc pas parfaite ? Bon, j’attendrai.

26/08/2001

Dix huit mois plus tard, Sollers remettait le thème à la une dans une nouvelle chronique de 2003 :

Clonage (suite [1]

Freud, on s’en souvient peut-être, adjurait Jung (qui trouvait ça exagéré) de s’en tenir strictement à la théorie sexuelle. « Pourquoi ? » lui demandait Jung. Et Freud : « Pour éviter la marée noire de l’occultisme. » Il est curieux que Freud ait employé l’image d’une marée noire. Elle pourrait de plus en plus s’appliquer à l’extérieur comme à l’intérieur et viser, par exemple, l’extravagante prolifération des sectes. La plus experte en publicité s’adonne au clonage reproductif, sans qu’on sache exactement si ses déclarations sont vraies. Qu’importe, la chose est dans l’air, la galette d’immortalité nous attend dans les laboratoires. L’inénarrable Brigitte Boisselier s’exhibe et appelle Raël « Sa Sainteté ». On a le pape qu’on peut, celui-ci règne déjà sur les ovocytes. La nouvelle Ève est-elle vraiment née ? Peut-être. Mais on nous annonce déjà une autre naissance imminente conçue par un couple de lesbiennes des Pays-Bas. Proust avait beau être visionnaire, on se demande s’il aurait pu imaginer un tel destin pour Albertine ou Mlle Vinteuil. Le temps perdu, le temps retrouvé sont là dans un tournant essentiel, et un nouveau chapitre de Sodome et Gomorrhe reste à écrire.

Bien entendu, presque tout le monde proteste et parle de « crime », ce qui n’empêchera pas les affairistes plus ou moins véreux et les voyous génétiques de prospérer. Qui inventera l’œuf à double coque ? Et la plage réversible, transportable d’Arcachon à Paris ? Un ami scientifique m’a déjà dit : « On peut te cloner, tu seras le même, avec les mêmes manies et les mêmes goûts, mais tu ne seras sans doute pas écrivain. » Je réfléchis. Je pèse le pour et le contre. L’écrivain, on ne sait que trop, est une espèce en voie de disparition. La jolie petite fille d’Ophélie, ma libraire, ne veut pas, plus tard, être libraire. Ce mignon petit garçon, moi-même, pourrait peut-être lui plaire un jour. Que fera-t-il dans la vie ? Banquier.

26/01/2003

Cellules

Notre corps nous est inconnu, nous sommes embarqués avec lui dans une drôle de navigation à travers le temps. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le très beau livre de Jean-Claude Ameisen, La Sculpture du vivant : le suicide cellulaire ou la mort créatrice republié en poche récemment. Oui, lecteur, lectrice, chaque jour, plusieurs dizaines de milliards de vos cellules s’autodétruisent, et sont remplacées par des cellules nouvelles. À tout moment vous mourez, à tout moment vous renaissez. « Pour chacune de nos cellules, vivre, c’est avoir réussi à empêcher, pour un temps, le suicide. »

Un peu de vertige, donc, en plein océan : « Plus de 99% des espèces apparues depuis quatre milliards d’années se sont probablement à jamais éteintes. Le monde chatoyant qui nous entoure est un monde de rescapés. » Ce suicide cellulaire, constant, devrait transformer notre vision des choses et de nous-mêmes : naissance, vieillissement, vie, mort, tout ce drame change de sens. Aimez-vous comme un rescapé, et ne détestez pas vos compagnons de naufrage.

28/12/2003

ADN

Caducées et serpent d’Asclepios (Esculape). ...ADN et serpent, toujours une histoire de spirale. On n’en sort pas !


C’est le vrai Dieu de notre époque. Je lis ainsi dans Le Monde : « Cyclone Katrina, crashs d’avions, attentats meurtriers, comme ceux du World Trade Center, de Madrid ou de Londres : à chaque drame, on veut savoir. Les papiers d’identité sont souvent retrouvés loin des corps déchiquetés, les bijoux ont été dispersés, les cicatrices et les tatouages sont devenus illisibles. L’examen des prothèses ou des plombages de la mâchoire inférieure par les dentistes légistes ne suffit pas toujours. On veut être certain. Pour des raisons financières, bien sûr, les certificats de décès et d’authentification sont nécessaires pour les assurances et les héritages. Mais aussi pour d’autres raisons qui tiennent à l’humeur de l’époque. »

L’époque est à la génétique, où le Dieu ADN reconnaît les siens. ADN, c’est le nom du Père. Pendant qu’il est temps, il me semble qu’on doit cloner au moins trois sportifs : Roger Federer, cet extraterrestre du tennis, et les deux Russes, Sharapova et Dementieva. Il était rassurant de les voir jouer sur fond de cyclone. Dementieva, surtout, est charmante : en tapant sur la balle, elle hurle un petit « hihou ».

25/09/2005

Dommage qu’il ne tienne plus son « Journal du mois » dans le JDD, ou ailleurs ! Une façon de filtrer l’actualité de beaucoup de bruit de fond, de la regarder sans la contrainte de l’immédiateté, avec un peu plus de recul et de hauteur. Là où ne restent décelables, au-dessus de la mare dans laquelle nous nous agitons, que les éléments les plus saillants, comme le rameau d’olivier ramené par la colombe à Noé dans son arche.


Et ça continue !

Cet article du 20 septembre 2015 :

L’hypocrisie de la modification génétique des embryons humains

Une nouvelle page dans l’histoire de la modification génétique des embryons humains. Après avoir critiqué des chercheurs chinois pour avoir réalisé la première modification génétique des embryons, des chercheurs anglais sont en passe de faire la même chose.

Une chercheuse à Londres a demandé l’autorisation de modifier des gènes d’embryons humains au Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA). Ces dernières années, on a découvert plusieurs techniques qui permettent d’ajouter, de supprimer ou de modifier les gènes dans les cellules. Le problème est que cela provoque un débat enragé sur la manière dont ces gènes modifiés se transmettent d’une génération à l’autre. L’autorisation du HFEA implique uniquement des embryons destinés au laboratoire et non ceux destinés à la naissance. De nombreux scientifiques estiment que ce type de recherche est crucial pour comprendre les premières phases du développement humain. Cela permettrait d’avoir une solution pour les couples stériles.

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Kathy Niakan en Eve moderne

La scientifique qui a demandé l’autorisation, Kathy Niakan, est une biologiste en développement au Francis Crick Institute à Londres. Elle analyse les gènes qui sont dans les premières phases du développement humain avant qu’ils soient implantés dans l’utérus.

Elle a demandé une autorisation au HFEA qui régule l’utilisation des embryons humains en Angleterre. L’agence a confirmé qu’elle a reçu sa demande et qu’elle va l’examiner selon leurs règlements. Ces expériences pourraient être autorisées par la loi anglaise.
[…]

Des chercheurs chinois brûlés au bûcher des critiques

La modification génétique des embryons humains a pris une tournure politique et nationaliste lorsqu’on a découvert qu’en avril 2015, des chercheurs chinois avaient réalisé une première mondiale en modifiant des gènes d’embryons en utilisant la technique du CRISPR/Cas9. L’expérience a été un échec et l’embryon a subi des centaines de mutations. La communauté scientifique n’a pas mâché ses mots pour critiquer ces scientifiques chinois puisque la Chine est peu regardante sur l’aspect éthique dans ce domaine. La plupart des scientifiques américains et anglais ont condamné cet acte et ils ont même demandé des sanctions sur les chercheurs.

Et maintenant, on a cette chercheuse anglaise qui fait une demande officielle et tout d’un coup, le vent a tourné à 180 degrés puisque désormais, ces mêmes scientifiques anglais et américains murmurent du bout des lèvres que la modification génétique des embryons humains n’est pas une mauvaise idée après tout. Il semble que la neutralité scientifique ait pris un sacré coup dans cette affaire. Car comment expliquer, sinon le nationalisme, que si ce sont des chercheurs chinois qui font cette expérience, alors tout le monde crie au scandale. Mais si ce sont des scientifiques anglais, alors on dit que c’est utile pour la recherche. Et après les critiques, on essaie de trouver un consensus. Le Hinxton Group, un organisme d’éthique, a déclaré qu’on peut modifier les gènes des embryons humains si c’est uniquement pour la recherche, mais on doit l’interdire pour la reproduction. Une manière de dire qu’il ne faut surtout pas que la Chine ou un autre pays fasse des découvertes majeures sur cette technique qui pourrait révolutionner la médecine. Une modification génétique qui est maitrisée et réussie des embryons permet de supprimer des maladies avant même que l’enfant vienne au monde.

Par Jacqueline Charpentier
sur Houssenia Writing / Un peu de toute l’actualité.

Et les chercheurs - ici une chercheuse au centre du jeu, une femme comme Eve -, de continuer à dérouler la spirale de la connaissance, sans fin, infiniment…


[1ajout pileface (V.K.)

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