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Philippe Sollers : « Il manque, Voltaire, là ! »

Subversion de Voltaire

D 10 avril 2015     A par A.G. - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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Philippe Sollers. © Jean BER/PRISMAPIX


Depuis les attentats parisiens du 7 au 9 janvier, il s’est vendu 100 000 exemplaires du Traité sur la tolérance, de Voltaire. Grand lecteur du philosophe des Lumières (1694-1778), l’écrivain Philippe Sollers lui a consacré plusieurs articles dans sa revue L’Infini. Nous lui avons demandé de nous aider à comprendre pourquoi cette œuvre connaît un tel regain d’intérêt. — Frédéric Joignot, Le Monde.


Subversion de Voltaire

FREDERIC JOIGNOT : Le «  Traité sur la tolérance  », de ­Voltaire, est un des livres les plus ­vendus depuis le début de l’année. Ce serait un effet du drame survenu à « Charlie Hebdo ». Qu’en dites-vous ?

PHILIPPE SOLLERS : Il faut se demander pourquoi les Français ont l’air de se réveiller aujourd’hui. On dirait qu’ils découvrent Voltaire. Qu’ils l’aiment tout à coup. Mais les Français n’aiment pas Voltaire, vous savez… Ce sont les Anglais qui l’apprécient le plus. Voyez la Voltaire Foundation de l’université d’Oxford, qui a édité ses œuvres complètes commentées ainsi que son énorme correspondance, treize volumes en Pléiade. Les Anglais l’apprécient pour son ironie.

En France, c’est différent. Voltaire est trop moqueur, trop irrévérencieux, trop remonté contre l’Eglise pour les gens de droite. Et la gauche lui reproche d’être déiste, rusé, d’avoir fréquenté les puissants et d’être mort riche. On l’encense aujourd’hui parce qu’il attaque avec virulence le fanatisme et défend la tolérance. Mais si on le loue pour son Traité, on s’arrête là. Tous oublient l’ironie de ­Voltaire, ses sarcasmes, ses combats. Cette manière de faire semblant d’adhérer à la bêtise, pour mieux la ridiculiser. L’ironie ! Elle est plus aiguisée que le blasphème…

Vous voulez dire qu’on oublie le ­Voltaire en lutte, plume à la main, contre les dévots et l’arbitraire ?


Buste de Voltaire d’aprés un modèle de Houdon.
Plâtre exposé au Petit Palais. Photo A.G., 08-04-15.
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

On oublie que Voltaire s’est battu toute sa vie, qu’il devait vivre à Ferney, près de la frontière suisse, pour éviter d’être arrêté, s’élevait contre l’Eglise et le pouvoir royal, dénonçait des décisions de justice injustes. On nous présente un ­Voltaire tolérant, allégé, décaféiné, mettant tout le monde d’accord, alors que c’est un combattant perpétuel, plein de mordant. Roland Barthes le dit bien, dans sa préface [1964] aux Romans et Contes : «  Nul mieux que lui n’a donné au combat de la Raison l’allure d’une fête. Tout était spectacle dans ses batailles : le nom de l’adversaire, toujours ridicule, la doctrine combattue, réduite à une proposition (l’ironie voltairienne est toujours la mise en évidence d’une disproportion) ; la multiplication des coups, fusant dans toutes les directions, au point d’en paraître un jeu, ce qui dispense de tout respect et de toute pitié.  » Il faut le rappeler, Voltaire a mené un combat politique, intellectuel, jusqu’à la fin. Il était extraordinairement intolérant envers la bêtise et la tyrannie. Pas de tolérance pour les ennemis de la tolérance, voilà Voltaire !

Voltaire ne pourfend pas seulement l’intolérance, c’est cela ?

La tolérance vendue à l’heure actuelle, c’est la fadeur. C’est l’adhésion à une sorte de neutralité philosophique, sans mener le combat intellectuel contre le fanatisme, sans s’attaquer aux textes religieux eux-mêmes, à la Bible, au Coran, à leurs interprétations. Cela devient un concept bourgeois. Cela confine à la soumission. Voltaire est un insoumis. Il est en fureur contre l’intolérance. Il pourfend les dévots, il les raille, les tourne en dérision. Imaginez ce qu’il aurait écrit sur le Coran aujourd’hui, lui qui a écrit De l’horrible danger de la lecture (1765), prétendument rédigé par un «  mouphti du Saint-Empire ottoman  » décidé à interdire les livres et l’imprimerie.

Voltaire étudie l’adversaire, c’est toute sa force. Il se renseigne. Sa documentation est extraordinaire. Il se serait renseigné sur toute l’histoire de la religion musulmane, j’en suis sûr. Qui sont les sunnites ? Les chiites ? Les alaouites ? Quels sont les points saillants et absurdes des doctrines ? Et qui est cet Ali, le gendre du prophète ? Pourquoi s’entretuent-ils ? Pourquoi tout cela est-il devenu ingérable ? Et je l’imagine bien commentant les vidéos qui vous présentent le soir vos égorgements préférés. Il manque Voltaire, là !

Mais sur l’islam, n’a-t-il pas écrit quelques textes fameux ?

Souvenez-vous : dans Candide [1759], Pangloss arrive à Constantinople et entre dans une mosquée [1]. Là, il croise «  un vieil imam  » et «  une jeune dévote, très jolie, qui disait ses patenôtres  ». La jeune femme laisse tomber son bouquet, Pangloss le lui rend «  avec un empressement respectueux  » quand l’imam s’aperçoit qu’il est chrétien. Il est aussitôt condamné «  à cent coups de latte sur la plante des pieds  » et «  envoyé aux galères  ». N’est-ce pas merveilleux ? Très incisif. En quelques lignes tout est dit. ­Voltaire a un sens aigu de la formule assassine. N’oublions pas non plus sa pièce Le Fanatisme ou Mahomet [1741], où il n’hésite pas à mettre en scène le prophète qui déclare : «  Il faut un nouveau culte, il faut de nouveaux fers ; il faut un nouveau dieu pour l’aveugle univers.  » Dans ce texte, il s’en prend aussi en sous-main à la religion catholique. Car il se méfie de toutes les religions. Dans son Traité sur la tolérance, il écrit à leur propos : «  Elles ont toutes le même bandeau sur les yeux quand il faut incendier les villes et les bourgs de leurs adversaires.  »

Il analyse aussi très bien le fanatisme…

Il en parle comme d’une maladie de l’esprit, «  qui se gagne comme la petite vérole  », et ajoute : «  Lorsqu’une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable.   » Il décrit les crises de folie causées par la foi : «  Je les ai vus ces convulsionnaires, je les ai vus tordre leurs membres et écumer. Ils criaient : Il faut du sang !   » Il est à ce point désarmé par eux qu’il se demande : «  Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?  » Remarquez combien «  égorger  » pour plaire à Dieu prend aujourd’hui une connotation réaliste. Il ajoute encore, ce qui montre combien il voit juste, que ce sont « les fripons » qui conduisent les fanatiques. Nous le voyons bien aujourd’hui, avec l’Etat islamique qui rançonne, pille, fait du trafic de drogue et d’antiquités…

Il n’est pas tendre non plus avec les chrétiens et les « dévots ».

Ici encore, il attaque en connaissance de cause. Il étudie avec passion ne serait-ce que la Bible, qui est sa cible constante. Personne n’a lu autant la Bible que Voltaire [2]. Il dégage de ses lectures une critique de fond, il en explique les principes implicites, comme celui d’affirmer : «  Monstre, tu n’as pas ma religion, tu n’as donc point de religion.   » Il développe aussi une réflexion qui annonce la laïcité : «  Ces gens-là sont persuadés que l’Esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois.  » Il rappelle les égarements des chrétiens pendant les croisades, «  qui dépeuplèrent l’Europe   », et les massacres de la Saint-Barthélemy : «  Quand les bourgeois de Paris coururent assassiner, égorger, jeter par les fenêtres, mettre en pièces leurs concitoyens qui n’allaient pas à la messe.  » Pourrait-on revivre cela un jour en France ? On peut se le demander. Il a encore cette formule admirable qu’on devrait distribuer partout, et pas seulement chez les croyants : «  Ils se sont faits dévots de peur de n’être rien.  » Savez-vous que toute sa vie, pour manifester sa fureur contre «  l’infâme   », Voltaire s’est mis au lit à chaque anniversaire de la Saint-Barthélemy ?


Buste de Voltaire d’aprés un modèle de Houdon.
Plâtre exposé au Petit Palais. Photo A.G., 08-04-15.
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Parlez-nous du Voltaire qui combat l’injustice…

Il signe sous des faux noms, il rétablit la vérité des faits, il envoie des lettres officielles ou clandestines, il prend des risques, parfois il demande à ses amis de brûler ses lettres de crainte qu’elles servent de prétexte «  pour l’envoyer au bûcher  ». Voyez comme il s’engage, en 1766, pour défendre ce malheureux chevalier de La Barre. Agé de 20 ans, le jeune homme a été torturé, a eu la langue tranchée, puis a été décapité et brûlé parce qu’il n’avait pas enlevé son chapeau devant une procession, chantait des chansons «  impies   » et lisait… le Dictionnaire philosophique de Voltaire. Courageusement, Voltaire écrit un récit de l’affaire pour rétablir les faits, il dénonce la disproportion entre le délit et la condamnation, il s’en prend aux juges, au parti des dévots [3]. Pour montrer toute l’horreur et l’absurdité de cette exécution, Voltaire écrit dans l’article «  Torture  » du Dictionnaire philosophique cette phrase terrible : «  Ils l’appliquèrent encore à la torture pour savoir combien de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait vues passer, le chapeau sur la tête.  »

Voltaire est déiste, pourtant — la gauche le lui a assez reproché —, n’est-ce pas contradictoire ?

Certes, il s’en prend plus aux fanatiques et aux dévots qu’à Dieu. A la fin du Traité sur la tolérance, il adresse une prière à Dieu : «  Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr et des mains pour nous égorger.   » Il nous dit encore, avec son ironie singulière : «  Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer.  » C’est une hypothèse osée pour l’époque, qui ne se prononce pas sur l’existence de Dieu. C’est l’idée de la «  religion naturelle  » défendue par certains encyclopédistes, où la raison est considérée comme la «  lumière naturelle   ». En même temps, Voltaire répète que la raison a, et aura toujours, très peu de partisans, qu’ils seront toujours persécutés. Il est très pessimiste. Et toujours moqueur. A Ferney, il fait détruire la chapelle jouxtant le château afin de l’agrandir. Devant les protestations, il la fait reconstruire, et fait graver une plaque à l’entrée : «  Deo erexit Voltaire  », «  Voltaire érigea pour Dieu  ». Ici encore, quelle ironie… Voltaire joue à Dieu pour Dieu. Et puis cet erexit, si drôle. Imaginez la formule écrite sur un billet, comme ils font sur les dollars, aux Etats-Unis…

Que dire du Voltaire figure des ­Lumières françaises ?

Aujourd’hui, on avance que tous les Français voulaient, espéraient les Lumières, l’esprit rationnel, la critique du pouvoir royal exorbitant, des abus religieux, de la superstition. Mais ce fut l’activité d’un petit groupe très actif, un «  petit troupeau  », comme disait Voltaire, séparé «  des fripons, des fanatiques et des imbéciles  ». Ce sont les encyclopédistes, les athées, Diderot, d’Alembert, d’Holbach, Helvétius et quelques autres. Il suffirait d’être douze (quelqu’un en effet a déjà fait quelque chose avec treize moins un…). Ce sont des aventuriers intellectuels, poursuivis par le pouvoir, dont les œuvres sont condamnées à être brûlées par le Parlement, qui sont obligés de s’exiler. Un grand philosophe a fait un éloge dithyrambique des Lumières françaises. C’est Hegel. Il entre en 1788 au séminaire de Tübingen, partage sa chambre avec Hölderlin et Schelling, tous trois se passionnent pour la Révolution française, lisent Voltaire et les encyclopédistes, et rejoignent les cercles révolutionnaires. Hegel est conquis par l’énergie considérable des Français, qui sont capables à la fois de théoriser les Lumières et d’agir en conséquence. En même temps, pour lui, les révolutionnaires français n’arrivent pas à penser leur révolution. Ils ne comprennent pas qu’à ce moment la raison s’incarne dans l’Histoire, que l’Etat de droit s’installe, comme Hegel le montrera plus tard dans la Phénoménologie de l’esprit [1807]. Bon, la Terreur l’inquiète quand même… Un autre grand philosophe allemand admire Voltaire, en qui il voit «  un grand seigneur de l’intelligence  » et «  un des plus grands libérateurs de l’esprit   », c’est Nietzsche, qui lui dédie Humain, trop humain [1878].

Qui pourrait être dit «  voltairien  » aujourd’hui ? «  Charlie Hebdo  » ?

Quatre millions de personnes dans les rues contre le fanatisme, pour protester contre l’assassinat de caricaturistes, de gens ouverts et gentils comme Cabu, cela rassure. Mais j’ai envie de dire : Voltaire n’est jamais caricatural. L’ironie n’est pas caricaturale. L’ironie ne blasphème pas. C’est un poison lent, efficace, qui s’occupe des centres nerveux de la maladie qu’est le fanatisme. Comment être «  voltairien   » ? Il faudrait être à la hauteur de l’ironie et du style de Voltaire. Charlie Hebdo perpétue l’anarchisme français. C’est la tradition anticléricale des anarchistes et socialistes utopistes, des Proudhon et des saint-simoniens, un courant très profond en France. Charlie est de ce côté-là. Il faut relire la critique du jeune Marx, Misère de la philosophie [1847], sur Proudhon. Il se moque de son côté petit-bourgeois et de sa faiblesse théorique. Nous en sommes un peu là aujourd’hui. On fait de la caricature, mais on ne fait plus de grande philosophie. [Montrez-moi les penseurs français qui décryptent ce temps. On voit beaucoup de philosophes apeurés, des philosophes pour croisière, mais quels sont ceux qui pensent l’époque ?

On s’étonne que le Front national et le fanatisme progresse. Mais que leur oppose-t-on ? Des caricatures. Est-ce que le fascisme français, le pétainisme, le nationalisme français ont été analysés à fond ? Non. Est-ce que le politiquement correct et l’anti-politiquement correct ont été analysés à fond ? Non.

Et que dire de cette culpabilité française, de ce déclinisme ?


Buste de Voltaire d’aprés un modèle de Houdon.
Plâtre exposé au Petit Palais. Photo A.G., 08-04-15.
Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

Voltaire en rirait ! Ce sont les Français qui ressentent ça. Ce ne sont pas les Allemands qui se portent bien, les Italiens, qui s’en foutent, ni même les Espagnols. La mondialisation les frappe et les Français ont peur. Ils craignent de n’être plus une grande nation, le pays de la grande révolution... et de Voltaire. Ils se disent que Voltaire et les Lumières, l’esprit français, la République ont échoué, si le fanatisme revient, les religions progressent. Prenez ces jeunes attirés par le fondamentalisme. Le social, la pauvreté, l’ostracisme n’expliquent pas toutes ces vocations. Beaucoup de ces jeunes exaltés ont fait des études, ils sont séduits par les textes, ils veulent croire. Les Français montrent beaucoup de désinvolture sur ces questions, ils croyaient avoir dépassé tout ça, en avoir fini avec l’intolérance. Depuis les attentats, ils comprennent que non. Cela les traumatise. Quatre millions de personnes ne descendent pas dans les rues par hasard. Et s’ils se mettent à relire Voltaire, tant mieux, mais je crois que c’est plus grave...

Plus grave ?

Qui prend encore le temps de lire ? Comment résister autrement à la mondialisation et aux idées dévotes et fanatiques ? Comment conserver notre force intérieure, tous les combats menés par Voltaire, les Lumières, tant d’autres, sans lire ?] [4] Pourquoi les Français ont-ils si peur et se replient sur eux-mêmes ? Ils n’entraînent plus le muscle de l’esprit… J’ai des amis qui me disent : «  Je vais en Chine, j’emporte ma tablette, je vais lire Voltaire dans l’avion.   » Mais dans l’avion, ils ont regardé le film et relu leurs mails. Etonnez-vous après qu’il y ait du fanatisme dans l’air. L’ignorance croissante, l’éradication de l’histoire à l’école, l’illettrisme galopant, la misère de la philosophie, il faut remédier à tout cela. Aujourd’hui, on parle du service civique, de réapprendre à lire, il serait temps ! Même les gens qui lisent un peu, ou qui ont lu, ou qui savaient lire, oublient qu’ils ont lu. Et la plupart de ceux qui lisent encore ne lisent que des yeux. Alors que Voltaire, vous savez, il faudrait lire chaque matin un extrait de sa correspondance, et il faudrait le lire le crayon à la main  [5] !

Propos recueillis par Frédéric Joignot, Le Monde du 9 avril 2015.
Le Monde / Hors-série, Voltaire l’irrespectueux, p. 61-65.

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Sollers parle de Voltaire

Les Nuits de France Culture ont rediffusé le 25 avril une longue émission (5h) du 28 août 1994 consacrée à « Voltaire combattant : Justice et tolérance : Les années Ferney (1760-1778) ». Sollers y intervenait à deux reprises. Extraits.

1. « Écrasez l’infâme » (3’03)

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2. « L’affaire Rushdie » — « Contre l’horrible danger de la lecture » (6’41)

Au cours de l’émission ponctuée de lectures de nombreux extraits de Voltaire, intervenaient René Pomeau, Jean Dagen, Jean Desnée, André Magnan, Didier Masseau, Christiane Mervaux, Roland Mortier, Pascal Ory, Elisabeth Badinter, Robert Badinter (alors président du Conseil Constitutionnel), Françoise Chandernagor, etc...

France Culture

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L’église de Ferney-Voltaire.

A Ferney, sur la façade de l’église qu’il a fait reconstruire, Voltaire a fait installer une grande plaque sur laquelle est gravée, en latin, « Deo erexit Voltaire ». Le nom de Voltaire est écrit en gros caractères, plus gros que celui de Dieu. La date figure en dessous : MDCCLXI, soit 1761. On comprend mieux en lisant la correspondance de Voltaire. Le 21 juin 1761, Voltaire écrit à M. le comte d’Argental une lettre assez révélatrice de sa philosophie pratique (« laïque » avant l’heure) et de son irrépressible liberté d’esprit (on notera le ton furieux, ironique, allègre et peu révérencieux) :

Mes divins anges, lisez mes remontrances avec attention et bénignité.

Considérez d’abord que le plan d’un cerveau n’a pas six pouces de large, et que j’ai pour cent toises au moins de tribulations et de travaux. Le loisir fut certainement le père des Muses ; les affaires en sont les ennemies, et l’embarras les tue. On peut bien à la vérité faire une tragédie, une comédie, ou deux ou trois chants d’un poème, dans une semaine d’hiver ; mais vous m’avouerez que cela est impossible dans le temps de la fenaison et des moissons, des défrichements et des dessèchements ; et quand à ces travaux de campagne il se joint des procès, le tripot de Thémis l’emporte sur celui de Melpomène. Je vous ai caché une partie de mes douleurs ; mais enfin il faut que vous sachiez que j’ai la guerre contre le clergé. Je bâtis une église assez jolie, dont le frontispice d’une pierre aussi chère que le marbre ; je fonde une école ; et, pour prix de mes bienfaits, un curé d’un village voisin, qui se dit promoteur, et un autre curé qui se dit official, m’ont intenté un procès criminel pour un pied et demi de cimetière, et pour deux côtelettes de mouton qu’on a prises pour des os de mort déterrés.
On m’a voulu excommunier pour avoir voulu déranger une croix de bois, et pour avoir abattu insolemment une partie d’une grange qu’on appelait paroisse.
Comme j’aime passionnément à être le maître, j’ai jeté par terre toute l’église, pour répondre aux plaintes d’en avoir abattu la moitié. J’ai pris les cloches, l’autel, les confessionnaux, les fonts baptismaux ; j’ai envoyé mes paroissiens entendre la messe à une lieue.
Le lieutenant criminel, le procureur du roi, sont venus instrumenter ; j’ai envoyé promener tout le monde ; je leur ai signifié qu’ils étaient des ânes, comme de fait ils le sont. J’avais pris des mesures de façon que M. le procureur-général du parlement de Dijon leur a confirmé cette vérité. Je suis à présent sur le point d’avoir l’honneur d’appeler comme d’abus, et ce ne sera pas maître Le Dain qui sera mon avocat. Je crois que je ferai mourir de douleur mon évêque, s’il ne meurt pas auparavant de gras fondu.
Vous noterez, s’il vous plaît, qu’en même temps je m’adresse au pape en droiture. Ma destinée est de bafouer Rome, et de me faire servir à mes petites volontés. L’aventure de Mahomet [6] m’encourage. Je fais donc une belle requête au saint père ; je demande des reliques pour mon église, un domaine absolu sur mon cimetière, une indulgence in articulo mortis, et, pendant ma vie, une belle bulle pour moi tout seul, portant permission de cultiver la terre les jours de fête, sans être damné. Mon évêque est un sot qui n’a pas voulu donner au malheureux petit pays de Gex la permission que je demande ; et cette abominable coutume de s’enivrer en l’honneur des saints, au lieu de labourer, subsiste encore dans bien des diocèses. Le roi devrait, je ne dis pas permettre les travaux champêtres ces jours-là, mais les ordonner. C’est un reste de notre ancienne barbarie de laisser cette grande partie de l’économie de l’Etat entre les mains des prêtres.
M. de Courteilles vient de faire une belle action en faisant rendre un arrêt du Conseil pour les desséchements des marais. Il devrait bien en rendre un qui ordonnât aux sujets du roi de faire croître du blé le jour de Saint-Simon et de Saint-Jude, tout comme un autre jour. Nous sommes la fable et la risée des nations étrangères, sur terre et sur mer ; les paysans du canton de Berne, mes voisins, se moquent de moi, qui ne puis labourer mon champ que trois fois, tandis qu’ils labourent quatre fois le leur. Je rougis de m’adresser à un évêque de Rome, et non pas à un ministre de France, pour faire le bien de l’Etat.
Si ma supplique au pape et ma lettre au cardinal Passionei sont prêtes au départ de la poste, je les mettrai sous les ailes de mes anges, qui auraient la bonté de faire passer mon paquet à M. le duc de Choiseul ; car je veux qu’il en rie et qu’il m’appuie. Cette négociation sera plus aisée à terminer honorablement que celle de la paix. [...] (je souligne)

*

L’affaire Calas

1761 marque le début de « l’affaire Calas », Jean Calas étant accusé du meurtre de son fils cadet Marc-Antoine. Voltaire doute, s’indigne. Il écrit au cardinal de Bernis le 25 mars 1762 :

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« J’en suis tout hors de moi : je m’y intéresse comme homme, un peu même comme philosophe. Je veux savoir de quel côté est l’horreur du fanatisme.
Oserais-je supplier votre Éminence de vouloir bien me dire ce que je dois penser de l’aventure affreuse de ce Calas, roué à Toulouse pour avoir pendu son fils ? Cette aventure me tient au cœur ; elle m’attriste dans mes plaisirs, elle les corrompt. »

puis, après avoir longuement enquêté (Voltaire est le premier journaliste d’investigation), dans le Traité sur la tolérance [1963] :

Il paraissait impossible que Jean Calas, vieillard de soixante-huit ans, qui avait depuis longtemps les jambes enflées et faibles, eût seul étranglé et pendu son fils âgé de vingt-huit ans, qui était d’une force au-dessus de l’ordinaire. Il fallait absolument qu’il eût été assisté dans cette exécution par sa femme, par son fils Pierre Calas, par Lavaisse et par la servante. Ils ne s’étaient pas quittés un seul moment le soir de cette fatale aventure. Mais cette supposition était encore aussi absurde que l’autre : car comment une servante zélée catholique aurait-elle pu souffrir que des huguenots assassinassent un jeune homme, élevé par elle, pour le punir d’aimer la religion de cette servante ? Comment Lavaisse serait-il venu exprès de Bordeaux pour étrangler son ami dont il ignorait la conversion prétendue ? Comment une mère tendre aurait-elle mis les mains sur son fils ? Comment tous ensemble auraient-ils pu étrangler un jeune homme aussi robuste qu’eux tous, sans un combat long et violent, sans des cris affreux qui auraient appelé tout le voisinage, sans des coups réitérés, sans des meurtrissures, sans des habits déchirés ? Il était évident que, si le parricide avait pu être commis, tous les accusés étaient également coupables, parce qu’ils ne s’étaient pas quittés d’un moment ; il était évident qu’ils ne l’étaient pas ; il était évident que le père seul ne pouvait l’être ; et cependant l’arrêt condamna ce père seul à expirer sur la roue. Le motif de l’arrêt était aussi inconcevable que tout le reste. Les juges qui étaient décidés pour le supplice de Jean Calas persuadèrent aux autres que ce vieillard faible ne pourrait résister aux tourments ; et qu’il avouerait, sous les coups des bourreaux, son crime et celui de ses complices. Ils furent confondus, quand ce vieillard en mourant sur la roue, prit Dieu à témoin de son innocence, et le conjura de pardonner à ses juges. Ils furent obligés de rendre un second arrêt contradictoire avec le premier, d’élargir la mère, son fils Pierre, le jeune Lavaisse et la servante ; mais un des conseillers leur fait sentir que cet arrêt démentait l’autre, qu’ils se condamnaient eux-mêmes, que tous les accusés ayant toujours été ensemble dans le temps qu’on supposait le parricide, l’élargissement de tous les survivants prouvait invinciblement l’innocence du père de famille exécuté, ils prirent alors le parti de bannir Pierre Calas son fils. Ce bannissement semblait aussi inconséquent, aussi absurde que tout le reste : car Pierre Calas était coupable ou innocent du parricide ; s’il était coupable, il fallait le rouer comme son père ; s’il était innocent, il ne fallait pas le bannir. Mais les juges, effrayés du supplice du père et de la piété attendrissante avec laquelle il était mort, imaginèrent de sauver leur honneur en laissant croire qu’ils faisaient grâce au fils, comme si ce n’eût pas été une prévarication nouvelle de faire grâce ; et ils crurent que le bannissement de ce jeune homme pauvre et sans appui, étant sans conséquence, n’était pas une grande injustice, après celle qu’ils avaient eu le malheur de commettre [7].

Jean Calas et sa famille seront finalement réhabilités le 9 mars 1765.

Le fameux « Écrasez l’infâme » par quoi Voltaire achève les lettres qu’il envoie à ses amis — il écrit « Écr. l’inf... » — date de cette période. On sait que Nietzsche reprendra la formule, en français, à la fin de Ecce homo.

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Prière à Dieu

Dans l’extrait ci-dessous du film L’Affaire Voltaire (Jacques Meny, 1994) Charles-Antoine Decroix dit la « Prière à Dieu ».


Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible. Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

Traité sur la tolérance, chapitre XXIII, 1763.

*


Quentin de la Tour, Portraits de Voltaire

Les détracteurs de Voltaire se sont complus à le décrire avec « cette bouche », « ce rictus épouvantable, courant d’une oreille à l’autre, et ces lèvres pincées par la cruelle malice comme un ressort prêt à se détendre pour lancer le blasphème ou le sarcasme » (Joseph de Maistre, Les soirées de Saint-Pétersbourg) ou avec un « hideux sourire » sur des « os décharnés » (Alfred de Musset, Rolla [8]). Ce sont là propos haineux de caricaturistes (c’est de Maistre qui parle de « haine »). À l’opposé, Victor Hugo, dans son discours du 30 mai 1878 pour Le centenaire de Voltaire, voit dans ce « sourire » « des clartés d’aurore » :

Il a vaincu la violence par le sourire, le despotisme par le sarcasme, l’infaillibilité par l’ironie, l’opiniâtreté par la persévérance, l’ignorance par la vérité.
Je viens de prononcer ce mot, le sourire. Je m’y arrête. Le sourire, c’est Voltaire. [...]
Ce sourire, c’est la sagesse. Ce sourire, c’est Voltaire. Ce sourire va parfois jusqu’au rire, mais la tristesse philosophique le tempère. Du côté des forts, il est moqueur ; du côté des faibles, il est caressant. Il inquiète l’oppresseur et rassure l’opprimé. Contre les grands, la raillerie ; pour les petits, la pitié. Ah ! soyons émus de ce sourire. Il a eu des clartés d’aurore. Il a illuminé le vrai, le juste, le bon, et ce qu’il y a d’honnête dans l’utile ; il a éclairé l’intérieur des superstitions ; ces laideurs sont bonnes à voir ; il les a montrées. Étant lumineux, il a été fécond [9].

J’aime à considérer que les portraits les plus fidèles de Voltaire ont été réalisés par son vrai contemporain, le pastelliste Quentin de la Tour, que l’écrivain, âgé de quarante ans, avait d’ailleurs, sûr de son goût, sollicité : le sourire, malicieux, y est lisible jusque dans les yeux (où je ne perçois nulle cruauté) [10].

A gauche, la préparation au portrait de Voltaire vendue par Christie’s à Paris le 8 mars 2004.
(lot 257, repr., 33,7 x 25,6 cm). Travail de copiste.
A droite, Préparation au Portrait de Voltaire. Pastel sur papier brun ;
composition agrandie en bas d’une feuille de papier gris-bleu, 36 x 28,5 cm (avec agrandissement). Musée Lécuyer.

A gauche, Portrait de Voltaire (1735). Pastel sur papier, 60 × 50 cm, Château de Ferney, Ferney-Voltaire.
A droite, Voltaire, portrait préparatoire (détail). Pastel sur papier, 33,7 × 25,6 cm, Musée National de Suède [11]

La Tour n’avait pas encore été agréé par l’Académie royale de peinture et de sculpture, et, par conséquent, ni même exposé une oeuvre au salon, lorsqu’il fut sollicité en 1735 par Voltaire afin de peindre son portrait. Cette commande particulièrement prestigieuse, eu égard à la renommée du modèle, constitua pour lui une extraordinaire occasion de se faire connaître et il la saisit avec virtuosité. Ainsi qu’il le révèle dans sa correspondance, Voltaire posa pour l’artiste à partir du mois d’avril. Il semble que le pastelliste ait alors réalisé au moins deux préparations, celle qui appartint à Émile puis à Jules Strauss (sa vente, galerie Georges Petit, Paris, 3-4 juin 1929, lot 73, repr.) et que conserve aujourd’hui le National museum de Stockholm (Debrie et Salmon, 2000. repr. p. 178, fig. 92), et celle que le musée Antoine-Lécuyer a acquise en 1995. Sur la première, le visage de l’auteur de La Henriade et de Zaïre est figuré de face, esquissant un sourire qui lui fait plisser les lèvres et emplit ses yeux de malice. Sur la seconde, le philosophe paraît légèrement de trois quarts, tourné vers la droite. C’est cette attitude plus dynamique qui fut finalement retenue.

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Portrait de Voltaire (copie).
Dans la main gauche du philosophe :
un exemplaire de La Henriade.

Actuellement perdue, l’oeuvre définitive représentait en effet le modèle à mi-corps, le torse tourné vers la droite, tenant un livre de la main gauche, le visage interpellant l’amateur. Avant même d’avoir reçu ce portrait, Voltaire avait demandé en avril 1736 à son ami l’abbé Moussinot d’en faire faire deux bonnes copies. La première devait être réalisée avec la plus grande habileté afin de servir de prototype à toutes celles que l’on peindrait par la suite. À cet effet, Voltaire avait souhaité qu’elle fût retouchée par La Tour lui-même et qu’elle servît en premier lieu de modèle à une miniature destinée à être montée en bague. Ce sont aujourd’hui ces multiples copies, à l’exemple de celle peinte au pastel conservée au château de Ferney ou de celle, peinte à l’huile, appartenant au musée Antoine-Lécuyer, qui, suivant la tradition, fut offerte par Voltaire à Mme de Champbonin en 1737 [...], ou les gravures qui en furent réalisées dès la fin de 1735, qui permettent de connaître la composition originale. Quand le pastel autographe de La Tour arriva à Cirey en novembre 1736, il ne fit pas l’effet escompté auprès de son commanditaire. Le 17 novembre, Voltaire écrivait en effet à l’abbé Moussinot qu’il l’eût préféré « un peu plus empâté et plus vif de couleurs ». Couverte de blanc et peu chargée en rose, la préparation du musée de Saint-Quentin avait été très certainement scrupuleusement reproduite sur l’oeuvre définitive au point même de décevoir un peu le premier client célèbre de l’artiste.

Xavier Salmon, Le voleur d’âmes, Maurice Quentin La Tour, éd. Artlys, Versailles, 2004.
Cf. Maurice Quentin de La Tour, l’auteur qui rit.

*


Voltaire l’irrespectueux

Depuis les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes, Voltaire est en tête des ventes de livres en France. Son Traité sur la tolérance, publié en 1763, occupe les premières places des best-sellers... Mais un tel homme de lettres ne doit pas être perçu que comme un apôtre de la laïcité et un défenseur de la liberté d’expression. Voltaire a toujours prôné l’irrévérence et l’irrespect dans son oeuvre. Les extraits issus de ses essais, de ses contes, de sa correspondance, de son théâtre ou de ses poèmes, que l’universitaire Michel Delon a sélectionnés pour Le Monde, montrent bien que l’insolence et l’esprit critique sont les moteurs de sa pensée. Comme le souligne Philippe Sollers dans l’entretien qu’il nous a accordé, en ces heures où le fanatisme religieux occupe le devant de la scène, il ne faut surtout pas oublier « l’ironie, les sarcasmes et les combats » de Voltaire.

A lire : « Voltaire. L’irrespectueux », hors-série Le Monde « Une vie, une œuvre » (112 p., 7,90 €). En kiosque le 10 avril.

Au sommaire :
Portrait : Le modèle des modernes, par Frédéric Lenormand
Chronologie
Textes choisis par Michel Delon.
Entretien : Philippe Sollers contre les tenants d’un Voltaire "décaféiné" [voir l’entretien ci-dessus].
Portfolio : Aux pays de Candide. Dessins de Jean-Marc Rochette.
Débats : Barbey d’Aurevilly, Baudelaire, Xavier Martin, P.-A. Taguieff, les Goncourt, Gautier, Sainte-Beuve, Flaubert, De Maistre, Musset...
Hommages : Condorcet, Pierre Larousse, Victor Hugo, Paul Valéry, Jacques Le Goff, André Glucksmann...
Lexique
Références


[4Le passage entre crochets [...] ne figure pas dans l’entretien du Monde. Il est dans le Hors-série.

[5Sur la correspondance de Voltaire, cf. Mystérieux Voltaire.

[6La tragédie fut dédiée au pape Benoît XIV qui enverra à Voltaire une lettre de remerciement.

[8Rimbaud, dans la célèbre Lettre du Voyant à Paul Demeny (15 mai 1971) parle ainsi de Musset et de Rolla (avec, au passage, une pique contre... Voltaire) :

« Musset est quatorze fois exécrable pour nous, générations douloureuses et prises de visions, — que sa paresse d’ange a insultées ! Ô ! les contes et les proverbes fadasses ! ô les nuits ! ô Rolla, ô Namouna, ô la Coupe ! Tout est français, c’est-à-dire haïssable au suprême degré ; français, pas parisien ! Encore une œuvre de cet odieux génie qui a inspiré Rabelais, Voltaire, Jean lafontaine [sic], ! commenté par M. Taine ! Printanier, l’esprit de Musset ! Charmant, son amour ! En voilà, de la peinture à l’émail, de la poésie solide ! On savourera longtemps la poésie française, mais en France. Tout garçon épicier est en mesure de débobiner une apostrophe Rollaque, tout séminariste en porte les cinq cents rimes dans le secret d’un carnet. A quinze ans, ces élans de passion mettent les jeunes en rut ; à seize ans, ils se contentent déjà de les réciter avec cœur ; à dix-huit ans, à dix-sept même, tout collégien qui a le moyen, fait le Rolla, écrit un Rolla ! Quelques-uns en meurent peut-être encore. Musset n’a rien su faire : il y avait des visions derrière la gaze des rideaux : il a fermé les yeux. Français, panadif, traîné de l’estaminet au pupitre de collège, le beau mort est mort, et, désormais, ne nous donnons même plus la peine de le réveiller par nos abominations ! »

[9Cité dans le hors-série du Monde, Voltaire l’irrespectueux (voir plus bas).

[10Matisse, à la vue des portraits de Quentin de La Tour, se disait surpris par « la variété de sourire particulier à chacun des masques ».

[11Note du 03-07-15 (A.G.) : Je précise suite au courriel de Cécile Gombaud qui m’écrit : « Concernant le dernier portrait au pastel que vous reproduisez dans l’article, il appartient au Musée National de Suède (et non à une collection particulière), Nationalmuseum, il est conservé sous le numéro d’inventaire NMB 1946 et je viens d’en terminer la restauration. Il est magnifique bien qu’à l’état d’esquisse !
Bien cordialement,
Cécile GOMBAUD
Diplômée de l’Institut National du Patrimoine
Conservation-Restauration d’oeuvres sur papier. »

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