vous etes ici : Accueil » SUR DES OEUVRES DE TIERS » Maurice Quentin de La Tour, l’auteur qui rit
  • > SUR DES OEUVRES DE TIERS
Maurice Quentin de La Tour, l’auteur qui rit

Le miracle français et le pastel

D 4 janvier 2011     A par A.G. - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


«  Aucun doute : la civilisation a eu lieu. »
Philippe Sollers, Trésor d’amour, Gallimard, 2011.

Marie-Suzanne Roslin, née Giroust (Paris, 1734 - Paris, 1772)
Autoportrait avec le portrait de La Tour à l’index.
92 x 111 cm (collection particulière).

Dans L’invitation au voyage, son essai sur Matisse, repris dans Comme la poésie la peinture, Marcelin Pleynet écrit :

« En 1930, au retour d’un voyage à Tahiti, [Matisse] confie à André Tériade :

"On reprend son chemin avec plus de certitudes quand la préoccupation de la partie antérieure du voyage, n’ayant pas été détruite par la quantité d’impressions reçues du monde nouveau dans lequel on s’est plongé, reprend possession du cerveau."

Mais n’est-ce pas de la même façon qu’en 1954 il évoque ses premières visites, en 1890, au Musée Lécuyer à Saint-Quentin, comme la partie la plus antérieure, la plus initiale de sa carrière ?

"On y voyait, écrit-il, une centaine d’esquisses exécutées par Quentin de La Tour au pastel avant de faire ses grands portraits d’apparat. Touché par ces aimables visages, j’ai constaté ensuite que chacun d’eux était bien personnel. J’étais surpris, en sortant du musée, de la variété de sourire particulier à chacun des masques [...] ils m’impressionnaient au point d’en avoir les muscles du rire fatigués [c’est moi qui souligne]."

C’est ainsi que, l’année même de sa mort, Matisse nous informe que c’est Quentin de La Tour, ce merveilleux peintre du XVIIIe siècle, que nous avons abandonné en effigie sur les billets de 50 francs [1], qui, traversant toute sa carrière, rassemble encore en sa pensée, avec ces aimables visages, l’invitation à l’oeuvre comme proximité, forme d’un élargissement de la sensibilité et de l’intelligence où l’homme s’accorde à lui-même le luxe d’une existence réconciliée. » [2]

*

29 décembre 2010, Saint Quentin, musée Antoine-Lécuyer. Les portraits de Quentin de La Tour sont exposés dans trois petites salles aujourd’hui désertes, faiblement mais bien éclairées (problème redoutable : comment éclairer sans effet miroir des pastels fragiles nécessairement protégés par des vitres). On comprend vite pourquoi La Tour, « l’auteur qui rit » comme il se qualifiait, avait pu impressionner Matisse au point qu’il en eut « les muscles du rire fatigués ». Saint Quentin (ville à laquelle La Tour était attaché [3] ) n’est pas Bordeaux ni Venise, mais, là, c’est Paris et Versailles et la preuve est faite que, comme l’écrit Sollers dans son dernier roman, «  la civilisation a eu lieu. » (Trésor d’amour, Gallimard, 2011, p. 126). Nous sommes dans le coeur battant du « miracle français », au XVIIIe siècle.


Quentin de La Tour. A gauche, Louis XV (salon de 1748). Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.
A droite, Son épouse, Marie Leszcynska (musée du Louvre).

Nietzsche écrit dans La généalogie de la morale (1887, 1ère dissertation, § 16.) :

« la dernière noblesse politique qui subsistait encore en Europe, celle du XVIIème et du XVIIIème siècles français s’effondra sous le coup des instincts populaires du ressentiment — ce fut une allégresse immense, un enthousiasme tapageur comme jamais on n’en avait vu sur la terre ! Il est vrai qu’il se produisit tout à coup, au milieu de ce vacarme, la chose la plus prodigieuse et la plus inattendue : l’idéal antique se dressa en personne et avec une splendeur insolite, devant les yeux et la conscience de l’humanité, — et encore une fois, mais d’une façon plus forte, plus simple, plus pénétrante que jamais, retentit, en face du mot d’ordre mensonger du ressentiment qui affirme la prérogative du plus grand nombre [4], en face de la volonté de l’abaissement, de l’avilissement, du nivellement et de la déchéance, en face du crépuscule des hommes, le terrible et enchanteur mot d’ordre contraire de la prérogative du petit nombre ! » (C’est Nietzsche qui souligne [5]).

« Allégresse immense », « enthousiasme tapageur », « splendeur insolite » : « le privilège du petit nombre » ?

*

Qui est Maurice-Quentin de La Tour ? Louis de Fourcaud, en 1908, le décrit comme « morigéneur » [6] ; Diderot, dans ses Salons de 1763 et 1767, comme « un homme singulier, mais bon homme », « homme franc et vrai ». Il passe pour s’être mêlé de poésie, de politique, de métaphysique et de théologie, et même d’astronomie. Dans une lettre de 1753, Mlle Prévost le dit ardent défenseur de la musique italienne (comme Rousseau). Il aurait appris le latin à cinquante-cinq ans (Diderot, Salon de 1769). Lui-même, dans une lettre de 1770, se dit « toujours occupé de perfections en tout genre, et par conséquent du bonheur du genre humain », prêt à « s’oublier comme un atome dans l’espace de l’univers », mais persuadé que le désir d’immortalité est « au-dedans de nous mêmes (je souligne), uni avec l’amour de la vérité, de la justice, et de la bienfaisance », et croyant à la divine providence [7].

Des esprits de son temps — il fut l’ami des plus grands —, Quentin de La Tour partage la curiosité, le goût de l’indépendance et de la liberté, la gaieté insolente. Quand le Roi Louis XV lui propose de l’anoblir, il refuse :

« Il n’y a qu’une noblesse, celle du talent et je la possède déjà ! »

Nous sommes bien au XVIIIe siècle et La Tour est pleinement un Français de son siècle [8].

Voilà une facette de leur « identité nationale » dont les Français d’aujourd’hui, qui ne savent plus d’où ils viennent, où ils sont, ni qui ils sont, feraient bien de se souvenir !

Portraits de privilégiés.


Au musée Antoine-Lécuyer (durée : 2’19)
*


La Tour par les Goncourt

[...] La Tour peignait ses portraits au pastel. L’irritabilité de ses nerfs, la délicatesse de sa santé, l’avaient forcé d’abandonner la pratique de la peinture à l’huile [9]. En se consacrant à ce genre de peinture aux crayons de couleur, où il devait trouver son génie, il suivait son temps. Il obéissait à cette mode qui semblait ranimer et renouveler, dans la France du XVIIIe siècle, le goût des crayons français du XVIe. Et qui sait s’il n’y eut pas dans sa vocation une influence de ce passage de la Rosalba à Paris, en 1720 et en 1721 ? La Tour avait pu assister à ce triomphe du pastel, à cette fortune des crayons de la Vénitienne, visitée par le Régent, recherchée du plus grand monde, écrasée de commandes et d’argent, sollicitée, suppliée pour un portrait par les Parabère et les de Prie [10], les plus grandes dames de la cour, prises au charme de cet art, donnant à la femme je ne sais quelle légère vie de nuage, un souffle de ressemblance dans une fleur de couleur. Quoi qu’il en soit, La Tour bénéficiait bien vite de cette popularité faite au pastel par la Rosalba. « Il mettait peu de temps à ses portraits, dit Mariette, ne fatiguait point ses modèles, les faisait ressemblants, n’était pas cher. La presse était grande. Il devint le peintre banal. »

Vers ce temps, quelques portraits qu’il avait faits pour la famille de Boullongne, étant tombés sous les yeux de Louis de Boulogne, le premier peintre du Roi, y découvrant, sous le lâché du faire, le don natif qui met la ressemblance au bout d’une main de portraitiste, voulut voir La Tour, l’encouragea, lui promit un avenir s’il voulait travailler. Et ne serait-ce pas la voix de Boulogne qui, au milieu des compliments unanimes donnés à un portrait terminé du jeune peintre, lui jeta ce conseil sévère : « Dessinez, jeune homme, dessinez longtemps [11] ? » Grande parole qui sauva La Tour du métier. Renonçant au gain, aux faciles succès, il resta deux ans sans peindre, enfermé et enfoncé dans l’étude du dessin ; et de ces deux ans passés à se chercher, des années d’efforts qui les suivent, conseillées et guidées par l’amitié de Largillière et de Restout [12], il sort ce grand dessinateur, le plus grand, le plus fort, le plus profond de toute l’école française, le dessinateur physionomiste ; il sort ce pastelliste tout nouveau, s’élevant à la puissance, à la solidité, à toutes les énergies de l’effet, avec ces crayons de tendresse et de caresse, uniquement faits, semble-t-il, pour exprimer le pulpeux du fruit, le velouté de l’épiderme, le « duvet » des habillements du temps ; il sort ce créateur du pastel, qui de cet art de femme s’adressant à la femme, des dessins de la Rosalba, de cette peinture de coquetterie flottante, à demi fixée, volatile, pareille à la poussière de la grâce, tire et fait lever un art mâle, large et sérieux, une peinture d’une telle intensité d’expression, d’un tel relief et d’une telle illusion de vie, que cette peinture arrive à menacer, à inquiéter toute l’autre peinture, et qu’un moment, les portes de l’Académie se ferment par peur, au genre du Maître [13]. [...]

Jules et Edmond Goncourt, La Tour.

L’extrait dans son contexte.

*


La Tour et Rosa Alba Carriera

« associer l’art vénitien à l’art français... »

par Marcelin Pleynet


A gauche, copie par La Tour d’une jeune fille tenant une colombe
d’après un pastel peint par Rosalba Carriera vers 1727 [14]. Musée Lécuyer. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.
A droite, Nymphe de la suite d’Apollon tenant une couronne de lauriers d’après Rosalba Carriera. Musée du Louvre.

Quentin de La Tour est très grand (sans doute influencé par Rosa Alba Carriera) et justement célébré par les Goncourt... non moins efficacement, et plus certainement vu par Matisse...

Enseignant, et faisant un cours sur Matisse, à l’École nationale supérieure de Paris, j’estimais nécessaire d’évoquer Quentin de La Tour... C’est en considérant le visage fermé de mes auditeurs, que je crus devoir m’informer et demander, à ceux qui savaient qui fur Quentin de La Tour, de bien vouloir lever la main... Sur cent vingt élèves, deux mains se sont levées.
J’insiste... maintenant que ceux qui ont un billet de cinquante francs dans la poche le sortent et me disent quelle figure se trouve reproduite sur ce billet... Celle de Quentin de La Tour évidemment... Alors comment enseignerais-je quoi que ce soit sur Matisse, ou sur qui que ce soit d’autre, à un public qui ne sait pas même ce qu’il a dans la poche !

Quant à Rosa Alba Carriera, n’en parlons pas. Le génie, la grâce, l’élégance aristocratique de Rosa Alba Carriera est sans commune mesure... et son effigie ne figure sur aucune monnaie... Féminine comme il n’en existe plus depuis le XVIIIe siècle...

Magnifique portrait de Watteau ! [...]

JPEG - 33.1 ko
Watteau par Rosa Alba Carriera, 1721, Museo Civico Luigi Bailo de Trevise (55 x 43 cm)
*

Nouvelle traversée de l’exposition de Rosa Alba Carriera. Il n’est pas de meilleure, de plus noble, de plus belle compagnie... Littéralement de plus charmante.

L’artiste est présentée comme la « prima pittrice » de l’Europe. Et c’est en effet l’Europe galante qui se trouve, avec elle, associer l’art vénitien à l’art français... pour être accueillie... en Angleterre, par l’intermédiaire du consul Joseph Smith, alors très actif à Venise... Il y soutient également la carrière de Vivaldi.

Mais c’est le séjour en France, de Rosa Alba Carriera, qui est particulièrement riche... Elle y réalise un portrait du prince de Condé, un portrait de la duchesse de Richemond...

Le 26 octobre 1720, elle est reçue à l’Académie des Beaux-Arts... elle y rencontre Largillière, Rigaud, Antoine Coypel... et continue à portraiturer l’aristocratie française (Mme D’Alincourt)...

Le 9 février 1721, elle fait une nouvelle visite à Watteau (il a trente-sept ans, elle en a quarante-six), et, deux jours plus tard, elle commence son portrait.

À la fin du même mois, elle commence le portrait de Mlle de Clermont.
Six jours plus tard, celui de Mlle de Charolais.

Elle regagne Venise, où elle est de nouveau active en avril. Elle y reçoit une lettre de Pierre Crozat qui lui annonce la mort de Watteau.

Un dessin, représentant Rosa Alba Carriera à sa toilette (aujourd’hui au Rijksmuseum d’Amsterdam), est attribué à Watteau.

L’oeuvre de la Carriera n’est de toute évidence pas passée inaperçue, lors de ce séjour parisien.

Bernardina Sani, auteur, autant que je sache, de la seule monographie trouvable sur Rosa Alba Carriera, écrit : « Toute la critique sur Rosa Alba Carriera appartient en grande partie à la culture française. » Et elle cite l’Éloge publié dans Le Mercure de France, en 1722... Moins d’un an après le retour de la « prima pittrice » à Venise.

Marcelin Pleynet, Chronique vénitienne, 2010, p. 100-104.

***


Autoportraits

Matisse, donc, en 1954, écrit : « Touché par ces aimables visages, j’ai constaté ensuite que chacun d’eux était bien personnel. J’étais surpris, en sortant du musée, de la variété de sourire particulier à chacun des masques. » (je souligne)

Comme les personnages que vous verrez plus bas, La Tour se peint volontiers, lui aussi, le sourire aux lèvres — aucun de ses (auto)portraits ne porte la moindre trace de tristesse ou de mélancolie. Le graveur Georg Friedrich Schmidt raconte que l’Autoportrait dit « à l’index » ou « à la croisée », ou encore « en Démocrite » — exposé au Salon en 1737 sous le titre L’auteur qui rit —, fut fait un jour où La Tour s’était amusé de l’expression de son propre visage alors qu’il avait refusé l’entrée de son atelier à son ami l’abbé Huber !

La Tour, Autoportrait à l’index. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.
A gauche, celui de la collection de Marius Paulme. 55x49,5 cm (sans doute une copie ancienne).
A droite, celui de l’ancienne collection Tondu-Lebrun. 65x54 cm.

La Tour, Autoportrait à l’index. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.
Dernière vente à Paris le 25 juin 2003. 57x49 cm.
(sans doute pas autographe)

La Tour, Autoportrait à la toque d’atelier. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.
Pastel sur papier bleu. 39x31 cm. Musée Lécuyer.

Appartient au fonds d’atelier qui fut légué par l’artiste à son demi-frère Jean-François de La Tour.

Demeurée dans l’atelier, l’effigie s’est imposée comme l’autoportrait le plus célèbre du maître, surtout après avoir été popularisé à partir de 1976 en apparaissant sur le billet de banque de 50 francs. D’une présence étonnante, le pastelliste nous interpelle du regard. Par la maîtrise des lumières, le rendu presque tactile de la peau et l’acuité psychologique, il semble vouloir démontrer que le maniement du pastel n’avait désormais pour lui plus aucun secret (Xavier Salmon, op. cité).


Autoportrait âgé. Pastel sur papier brun. 44 x34,3 cm (coll. partic.) Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.
Le dernier autoportrait fait par Maurice-Quentin de La tour.
Présenté pour la première fois en 2004 à Versailles.

*


Portraits de Voltaire


A gauche, la préparation au portrait de Voltaire vendue par Christie’s à Paris le 8 mars 2004
(lot 257, repr., 33,7 x 25,6 cm). Travail de copiste.
A droite, Préparation au Portrait de Voltaire. Pastel sur papier brun ;
composition agrandie en bas d’une feuille de papier gris-bleu, 36 x 28,5 cm (avec agrandissement). Musée Lécuyer.

La Tour n’avait pas encore été agréé par l’Académie royale de peinture et de sculpture, et, par conséquent, ni même exposé une oeuvre au salon, lorsqu’il fut sollicité en 1735 par Voltaire afin de peindre son portrait. Cette commande particulièrement prestigieuse, eu égard à la renommée du modèle, constitua pour lui une extraordinaire occasion de se faire connaître et il la saisit avec virtuosité. Ainsi qu’il le révèle dans sa correspondance, Voltaire posa pour l’artiste à partir du mois d’avril. Il semble que le pastelliste ait alors réalisé au moins deux préparations, celle qui appartint à Émile puis à Jules Strauss (sa vente, galerie Georges Petit, Paris, 3-4 juin 1929, lot 73, repr.)et que conserve aujourd’hui le National museum de Stockholm (Debrie et Salmon, 2000. repr. p. 178, fig. 92), et celle que le musée Antoine-Lécuyer a acquise en 1995. Sur la première, le visage de l’auteur de La Henriade et de Zaïre est figuré de face, esquissant un sourire qui lui fait plisser les lèvres et emplit ses yeux de malice. Sur la seconde, le philosophe paraît légèrement de trois quarts, tourné vers la droite. C’est cette attitude plus dynamique qui fut finalement retenue.

Actuellement perdue, l’oeuvre définitive représentait en effet le modèle à mi-corps, le torse tourné vers la droite, tenant un livre de la main gauche, le visage interpellant l’amateur. Avant même d’avoir reçu ce portrait, Voltaire avait demandé en avril 1736 à son ami l’abbé Moussinot d’en faire faire deux bonnes copies. La première devait être réalisée avec la plus grande habileté afin de servir de prototype à toutes celles que l’on peindrait par la suite. À cet effet, Voltaire avait souhaité qu’elle fût retouchée par La Tour lui-même et qu’elle servît en premier lieu de modèle à une miniature destinée à être montée en bague. Ce sont aujourd’hui ces multiples copies, à l’exemple de celle peinte au pastel conservée au château de Ferney ou de celle, peinte à l’huile, appartenant au musée Antoine-Lécuyer, qui, suivant la tradition, fut offerte par Voltaire à Mme de Champbonin en 1737 (ci-contre, donation Carlier de Fontobbia, inv, 1983.7.33), ou les gravures qui en furent réalisées dès la fin de 1735, qui permettent de connaître la composition originale. Quand le pastel autographe de La Tour arriva à Cirey en novembre 1736, il ne fit pas l’effet escompté auprès de son commanditaire. Le 17 novembre, Voltaire écrivait en effet à l’abbé Moussinot qu’il l’eût préféré « un peu plus empâté et plus vif de couleurs ». Couverte de blanc et peu chargée en rose, la préparation du musée de Saint-Quentin avait été très certainement scrupuleusement reproduite sur l’oeuvre définitive au point même de décevoir un peu le premier client célèbre de l’artiste.

Xavier Salmon, Le voleur d’âmes, Maurice Quentin La Tour, éd. Artlys, Versailles, 2004.

*


Galerie de portraits [15]

1. Autoportrait — 2. L’artiste par lui-même (Amiens) — 3. Maréchal de Belle-Isle (Salon de 1748) — 4. Mlle de Chastagner de Lagrange — 5. D’Alembert — 6. François Dachery — 7. Le Peintre Claude Dupouch (Salon de 1739) — 8. M. Duval de l’Épinoy (Salon de 1740) — 9. Inconnue (Mlle Dangeville ?) — 10. Mlle Fel, artiste lyrique — 11. L’Abbé Jean-Jacques Huber — 12. Marguerite Lecomte (Salon de 1753) — 13. Mlle Dangeville — 14. Marie Justine Benoîte Duronceray (Mme Favart) [16] — 15. Marie-Madeleine Mazade, épouse d’Antoine Gaspard Grimod de La Reynière (Salon de 1751) — 16. Mme de Mondonville — 17. Mme de Pompadour (L’Encyclopédie est sur la table) — 18. Marquise de Courcy — 19. L’abbé Pommyer — 20. Mme de Pompadour en bergère — 21. Le Peintre Jean Restout (Salon de 1769) — 22. Nicole Ricard enfant, plus tard Mme Goujon. — 23. Jean-Jacques Rousseau (Salon de 1757) — 24. Maréchal de Saxe [17].

1 2 3
4 5 6
7 8 9
10 11 12
13 14 15
16 17 18
19 20 21
22 23 24
*

Et maintenant, Champagne ?

La Tour, Le jeune buveur espagnol, pastel sur papier brun, 32 x 40 cm. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.
Dit d’après Bartholomé Esteban Murillo (1618-1682).
Fonds d’atelier. Musée Antoine-Lécuyer.

Que veut dire cette annotation, en bas, à droite ? Cru (?) ap(res ?) d’au(tr ?) ?

Ce pastel de La Tour pourrait très bien figurer sur la couverture de Portrait du Joueur de Sollers (dans la collection folio), tant il fait penser au Portrait du jeune homme, attribué à Corrège, choisi par l’écrivain.

***

Crédits :
Maurice Quentin de La Tour. Site officiel
Maurice Quentin de La Tour : Le voleur d’âmes par Xavier Salmon (l’un des livres récents le plus précis avec une très riche iconographie, éd. artlys)
Dictionary of pastellists before 1800
Artcyclopédia.


[1

Le 50 francs Quentin de La Tour est un billet de banque français émis de 1976 à 1992 par la Banque de France. Il a remplacé le 50 francs Racine et a été remplacé par le 50 francs Saint-Exupéry.
Il est démonétisé le 30 novembre 2005. Ces billets ne sont ainsi plus échangés contre des euros depuis cette date, sauf à les vendre comme monnaie de collection.
Il a été dessiné par Taurelle, d’après une oeuvre de Lucien Fontanarosa d’après un Autoportrait de Maurice Quentin de La Tour.
Le bâtiment qui figure sur ce billet est le château de Versailles (Yvelines), d’un côté, la mairie de Saint-Quentin, de l’autre.
En filigrane dans la cartouche un autre Autoportrait de l’artiste. (source : wikipedia)

Il y eut aussi un timbre, édité en 1957, reprenant le même portrait.

[3Un jour, le Roi lui reproche de n’être pas assez patriote : « N’êtes-vous pas Français, Monsieur de la Tour ? » Réponse : « Majesté, je suis Picard et de Saint-Quentin ! ».

[4Vorrecht : prérogative, privilège. A.G.

[5Mercure de France, 1964, p. 59. Traduction Henri Albert (1900). On cite rarement la fin du texte. Je le fais :

« Comme une dernière indication de l’autre voie apparut Napoléon, homme unique et tardif si jamais il en fut, et par lui le problème incarné de l’idéal noble par excellence — qu’on réfléchisse bien au problème que cela est : Napoléon, cette synthèse de l’inhumain et du surhumain !... »

Nietzsche n’est pas le seul à avoir été fasciné par la figure de Napoléon. Stendhal, qui, souvent, lui, aussi, s’adressait au petit nombre (« to the happy few »), le fut également. On n’est pas obligé de les suivre entièrement sur ce point (qui, d’ailleurs, nous éloigne du XVIIIe).

[6Le pastel et les pastellistes français au XVIIIe siècle.

[7Cf. Xavier Salmon, Maurice-Quentin de La Tour : Le voleur d’âmes, éd. artlys, 2004.

[8Siècle qu’il a traversé en entier : né à Saint-Quentin le 5 septembre 1704, il y meurt le 17 février 1788. Le 15 mai 1791, on célèbre une messe à la Basilique de Saint-Quentin, en pleine révolution. En 1793, ses cendres seront jetées au vent.

[9Les amateurs doivent renoncer, croyons-nous, à voir ou à acheter de la peinture à l’huile de La Tour. Il n’en existe pas un échantillon authentique qui puisse servir de morceau de comparaison. Les têtes à l’huile exposées au musée de Saint-Quentin n’ont rien qui puisse justifier une attribution à La Tour. Une légende du pays voudrait lui donner une peinture possédée par M. Rigault : un portrait de femme, en mantelet de dentelle noire sur une robe rouge, des mitaines de satin aux mains. Trois petites touches sur le petit doigt, en manière de coups de pastel, ne suffisent guère à baptiser La Tour, ce portrait qui n’a pour lui ni signature du faire, ni la recommandation d’une tradition bien authentique : portrait d’ailleurs fort ordinaire, et dans le genre de ceux que nous voyons journellement attribuer dans les ventes à Chardin ou à Tocqué.

[10Diario degli anni MDCCXX et MDCCXXI scritto di propria mano in Parigi da Rosalba Carriera, dipintrice famosa. In Venezia, MDCCXC1lI.

[11Notice de Du Plaquet.

[12« ... Il m’avoua qu’il devait infiniment aux conseils de Restout, le seul homme de talent qui lui ait paru vraiment communicatif ; que c’était le peintre qui lui avait appris à faire tourner une tête et à faire circuler l’air entre la figure et le fond, en reflétant le côté éclairé sur le fond et le fond sur le côté ombré ; que, soit la faute de Restout, soit la sienne, il avait eu toutes les peines du monde à saisir ce principe, malgré sa simplicité ; que lorsque le reflet est trop fort ou trop faible, en général vous ne rendez pas la nature ; que vous êtes faible ou dur, et que vous n’êtes plus ni vrai ni harmonieux. » Le Salon de 1769, par Diderot, publié par M. Walferdin, Revue de Paris, septembre 1847.

[13L’Académie résout de ne plus recevoir de peintres en pastel. Lettre sur la peinture, la sculpture et l’architecture, 1749. — Sur cette résolution, un peintre en pastel, du nom de Loir, quitte le pastel pour la sculpture. C’est ce Loir, et non La Tour, qui avait déjà modelé un portrait de Vanloo et une figure du satyre Marsyas. Réflexions nouvelles d’un amateur des beaux-arts. — A mesure que les succès de La Tour grandissent, ce mouvement d’hostilité, de jalousie contre le pastel s’accuse plus nettement. Le Jugement d’un amateur sur l’exposition des tableaux dit en 1753 : « M. La Tour a poussé le pastel au point de faire craindre qu’il ne dégoûte de la peinture. » La même année, le Salon se plaint de ce « qu’on préfère le pastel pour les portraits » ; et le critique attaque le pastel, sa crudité, sa poussière farineuse, sa touche « dure et désagréable, que l’art et le talent ne peuvent sauver. Il est vrai que la glace lui donne un vernis brillant, mais elle déguise les défauts sans les détruire. Elle n’empêche pas que le grain du crayon ne se détache par la suite, et que la fleur de la peinture ne disparaisse peu à peu. L’esprit qui anime les pastels de M. de La Tour en a imposé. »

[15Musée de Saint-Quentin ou collections.

[16Marie Justine Benoîte Duronceray, par son mariage Madame Favart.

Que sait-on aujourd’hui encore de Favart ?

Je me dois de citer ici ce que Marcelin Pleynet écrit dans Rimbaud en son temps, de l’intérêt de Rimbaud pour Favart :

En 1873, le XVIIIe siècle ne manque pas de faire question. Lisant entre autres Favart, Rimbaud (il ne s’en est certainement pas tenu là), sans aucun doute, a trouvé une musique, une légèreté qui faisait cruellement défaut « aux célébrités de la poésie moderne », symbolistes et autres, et sans oublier Verlaine.

Pleynet ajoute en notes :

1. Verlaine se souviendra, en écrivant Les Poètes maudits, qu’à la bibliothèque de Charleville, Rimbaud lisait « force Contes orientaux et libretti de Favart ». Rimbaud devait en lire bien d’autres même si c’est à l’occasion de cette lecture de Favart — qu’il croit devoir signaler à Verlaine — que l’on découvre que l’enquête de Rimbaud, notamment sa connaissance du XVIIIe siècle français, était infiniment mieux informée que celle de Verlaine : « Parle-moi de Favart. »
2. Que sait-on aujourd’hui encore de Favart ? Se souvient-on qu’un des principaux théâtres parisiens, l’Opéra-Comique (que Rimbaud évoque à plusieurs reprises dans les Illuminations), est toujours appelé « salle Favart » vraisemblablement aussi en l’honneur de Justine Du Ronceray (courtisane fort disputée si l’on en croit les Mémoires de Casanova) qui excella dans le répertoire de l’Opéra-Comique, à la Comédie-Italienne, notamment, et qui fut un moment l’épouse de l’auteur dramatique, librettiste et musicien, Charles Simon Favart, directeur de ce même Opéra-Comique, jusqu’en 1769. (p.41-42)

Il écrit plus loin :

Rimbaud choisit-il de reprendre Favart comme antidote aux Fêtes galantes - « paradis de la tristesse » où le convie Verlaine ? Mais choisir de dévoiler ce qu’il en est, de ces Fêtes galantes, au siècle de « la raison, la nation, et la science », n’est-ce pas aussi fixer ce qui, dans le climat « culturel » parisien de cette fin du XIXe siècle, se trouve le plus profondément recouvert ?
Entre 1866 et 1878, ce ne sont plus les comédies de Favart qui occupent la scène, mais Offenbach, ses librettistes, Meilhac et Ludovic Halévy, et l’opérette. Offenbach que Rossini appelait « Le petit Mozart des Champs-Élysées ».
Comme on voit, nous sommes loin du compte, et du Mozart qui s’inspire d’un livret de Favart. Favart, Les amours de Bastien Bastienne : une parodie burlesque du Devin de village de Jean-Jacques Rousseau. (p. 43)

[17Voir aussi : En secret, la guerre.

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
  • Ajouter un document


1 Messages