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Ma nuit avec Picasso

Par Marc Lambron

D 24 octobre 2014     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


28/10/1014 : Ajout vidéo : « Picasso, l’inventaire d’une vie, un documentaire au contenu d’une richesse exceptionnelle



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L’écrivain a arpenté, de nuit, le musée Picasso, à quelques jours de son ouverture. Récit inspiré d’un rêve éveillé.

« Toutes ces formes vous bombardent le cortex, vous soulèvent hors sol, vous font passer de l’autre côté du Styx. » Marc Lambron

« Plus l’on monte vers les étages - le musée est distribué sur cinq niveaux -, plus l’on entre dans une expérience proche d’un trip psychédélique. Marc Lambron

Crédit : Le Point

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Marc Lambron sur pileface

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Carnet de nuit,
Philippe Sollers
Plon, 1989, Gallimard 2006

Illustration : Picasso, Le jeune peintre (c) Succession Picasso, 2006, Musée Picasso, Paris.
Photo (c) RMN - JC Berizzi.

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Picasso, Le jeune peintre, 1972

Picasso, Le jeune peintre, une de ses dernières toiles, 1972. Pénis bien décalotté pinceau bras doigt ongle. Sexe beaucoup plus grand que jeune cavalier malin sachant se servir de son corps comme pinceau. A rapprocher du visage pré-mort émacié de la même année. Peu importe, message identique : phallus-jeunesse-toujours.
Picasso a toujours dit que ses tableaux était des exorcismes. Aucune raison de ne pas le croire.

Philippe Sollers
Carnet de nuit

Carnet de nuit sur pileface

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PICASSO le héros
Philippe Sollers
Editions Cercle d’Art
Livre d’art, 1996

Picasso le héros sur pileface

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Picasso, l’inventaire d’une vie

Un documentaire Arte de 2013, rediffusé par Arte ce week-end (HD 16/9). Le titre n’est pas emphatique, le contenu de ce documentaire mérite de s’y attarder.

Ce documentaire, coécrit par l’un des petits-fils de Picasso, déroule l’incroyable roman artistique et sentimental que fut la vie du peintre avec une fluidité et une élégance à sa mesure. Il dispose d’une matière première d’une richesse exceptionnelle : de passionnantes archives, souvent inédites, dont nombre de photos et films de famille, des entretiens exclusifs et rares avec ses proches et d’autres témoins privilégiés de la succession (Bernard Ruiz-Picasso, Claude Ruiz-Picasso et sa mère, Françoise Gilot, Maya Widmaier Picasso, Pierre Daix, Roland Dumas...), et l’œuvre inépuisable du maître. Sous l’œil de la caméra, au fil d’un commentaire aussi dense que limpide, chaque trait de pinceau ou de crayon, chaque composition, chaque thématique s’éclaire d’un sens à la fois intime et universel. Le documentaire ouvre ainsi un émouvant chemin vers Picasso à travers sa création.


Le 8 avril 1973, lorsque Pablo Picasso s’éteint à 91 ans, dans sa maison de Mougins, en Provence, il ne laisse aucun testament. Peu après, dans les différentes demeures du peintre, la famille plusieurs fois recomposée qui est la sienne découvre un héritage fabuleux et insoupçonné : des dizaines de milliers d’œuvres de toute nature que le plus grand peintre du XXe siècle a conservées toute sa vie, de ses premières esquisses d’enfant surdoué, à Malaga, jusqu’à ses ultimes toiles. Le commissaire-priseur que les héritiers chargent de l’inventaire, Maurice Rheims, pense avoir plusieurs mois de travail. Il mettra en réalité plus de trois années à répertorier un total de cent vingt mille pièces - croquis, esquisses, lithographies, gravures, sculptures, céramiques et peintures de tous formats, mais aussi correspondances, collections personnelles, etc. Cette succession "inestimable" va donner lieu à une extraordinaire dation à l’État français - aux termes d’une loi conçue sur mesure par le ministre de la Culture André Malraux -, à l’origine du musée Picasso, à Paris.

Crédit : http://www.arte.tv/guide/fr/048396-000/picasso-l-inventaire-d-une-vie?autoplay=1

VIDEO. Le Musée Picasso rouvre ses portes

La réouverture du Musée Picasso a lieu samedi à Paris. Il aura fallu cinq ans de travaux pour rénover l’Hôtel Salé, dans le Marais.
(France 3)

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Lien sur vidéo : CLIQUER L’IMAGE

Un hôtel particulier du 17ème siècle totalement refait à neuf pour accueillir la plus grande collection publique de l’artiste. A l’intérieur, s’expose la plus fabuleuse collection de Picasso au monde. On y trouve les plus belles œuvres du maître catalan, des plus spectaculaires aux plus intimes.

Au sous-sol, sa collection particulière

"Ca va être un grand évènement pour le public et pour les spécialistes. De pouvoir voir plus d’œuvres à la fois. Le double en réalité. Et surtout présentées d’une façon nouvelle", explique Claude Picasso, le fils de l’artiste, face aux caméras de France 3.

Au sous-sol est exposée la collection particulière de Pablo Picasso. Il y a là des Matisse, des Renoir, des Miro, une cinquantaine de tableaux achetés ou échangés. "Il échange des œuvres avec ses amis. On a ici dans cette salle des œuvres échangées avec Matisse, Miro, Modigliani, Derain... Des œuvres importantes qui sont échangées lors de cérémonies amicales", explique Anne Baldassari, commissaire de l’exposition inaugurale.

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1 Messages

  • Viktor Kirtov | 20 mai 2017 - 11:56 1

    Le Musée Picasso présente une exposition inédite centrée sur les années partagées entre Pablo Picasso et sa première épouse, Olga Khokhlova.

    Née en 1891 dans la ville ukrainienne de Nijyn dans ce qui est encore l’Empire Russe, Olga Khokhlova intégre en 1912 la prestigieuse troupe de ballets russes dirigée par Serge Diaghilev. Elle rencontre Picasso en 1917 alors que celui-ci réalise, à l’invitation de Jean Cocteau, les décors et costumes du ballet Parade Ils se marient en 1918 à Paris avec pour témoins Jean Cocteau, Max Jacob et Guillaume Apollinaire.


    Picasso, Olga Koklova et Jean Cocteau à Rome, 1917
    Photo (C) RMN-Grand Palais (musée national Picasso - Paris) / Madeleine Coursaget
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    Olga deviendra alors le modèle préféré de l’artiste. Elle apparaît d’abord, durant la période classique de Pablo Picasso, sous une ligne fine et élégante marquant ainsi un retour à la figuration pour le peintre espagnol. Ces représentations sont souvent teintées de mélancolie faisant écho au contexte difficile que connait la famille d’Olga en Russie alors en pleine révolution.

    La naissance de Paul en 1921 donne à Olga une autre dimension. Elle devient l’inspiration pour la figure maternelle au sein de compositions baignées d’une douceur inédite dans l’œuvre de l’artiste. Les nombreuses scènes familiales et portrait du jeune garçon témoignent d’un bonheur serein et d’une famille épanouie. Bonheur qui sera mis à mal avec la rencontre entre Pablo et la jeune Marie-Thérèse Walter [1]. La figure d’Olga évolue vers des formes plus molles, plus douloureuses. Le couple se sépare en 1935 mais restera marié jusqu’à la mort d’Olga en 1955.


    Olga et Pablo Picasso
    ZOOM... : Cliquez l’image.

    L’exposition présente ainsi plus de 350 œuvres, peintures et dessins permettant de mettre en perspective les liens entre le travail de l’artiste et l’histoire personnelle du couple.

    Lieu : Musée Picasso ; Paris
    Date de début : 21 mars 2017
    Date de fin : 3 septembre 2017

    Crédit : http://www.museepicassoparis.fr/exposition-olga-picasso/

    Olga Picasso au fil de la plume inspirée de Philippe Lançon [2]

    Le musée Picasso présente une exposition autour de la première épouse du peintre. Avant une séparation qui la laissa seule, cette danseuse russe l’inspira largement de 1917 à 1925.

    Une danseuse blessée, c’est comme un aigle en cage : ça bat des ailes rognées, c’est de sale humeur, ça donne des coups de bec et ça crie, mieux vaut ne pas trop s’en approcher, surtout si on la trompe. Mais ça reste si beau, surtout quand c’est Olga sous l’œil de Picasso, que c’est comme un principe de vie et une graine perpétuelle de beauté - avec une pincée de violence, qui évite toutefois les sarcasmes de Picabia. De 1917 à 1925, Picasso aime les lignes de son épouse Olga, qu’il finira par briser à coups d’angles et de mâchoires, comme dans l’arène ou à l’abattoir. […]

    Si l’homme Picasso n’a aimé Olga qu’un temps assez bref, s’il a vécu avec elle bon an mal an de 1917 à 1935, si leur vie devint vite un enfer maniaco-dépressif et s’il n’a jamais voulu divorcer parce qu’ils étaient mariés sous le régime de la communauté de biens, le peintre, lui, l’a aimée pour plusieurs vies, les siennes et les nôtres. Son trait prolonge au repos les mouvements que, sur scène, elle ne peut plus effectuer - depuis sa blessure, en 1918, à 27 ans. Elle a dansé sur scène ? Elle est suspendue dans le cadre. On regarde ses multiples portraits, assise, lisant, cousant, pensant, en Vénus quotidienne sur un divan, avec un châle ou un col de fourrure, les merveilleux et purs dessins qu’il a faits d’elle, ces œuvres où le plus grand naturel côtoie les parages de la divinité. […]

    Douceur minérale

    A-t-elle pensé ou hurlé : « Plutôt danser que de finir clouée sur un mur, même comme ça »  ? On n’en sait rien. On lit dans une vitrine le serment qu’ils s’étaient fait le 4 mars 1918 : « Vivre jusqu’à la mort en paix et amour. Celui qui cassera ce contrat sera condamné à mort. » On connaît la musique, et la fin ressemble à un poème d’Eluard : « On promet amour et voyages/ Mille nuits de rêve mille sortilèges/ Mais c’est à l’oreille des sourds/ Au cœur des mortels. » Les histoires d’amour finissent mal, en général, mais avec Picasso le regard leur survit.

    Plus tard, il dit à sa compagne Françoise Gilot : « Ces femmes ne sont pas tout simplement posées là comme un modèle qui s’ennuie. Elles sont prises au piège de ces fauteuils comme des oiseaux enfermés dans une cage. Je les ai emprisonnées dans cette absence de geste et dans la répétition de ce motif, parce que je cherche à saisir le mouvement de la chair et du sang à travers le temps. »

    A côté d’une photo d’Olga assise dans l’atelier de Montrouge, voici le célèbre Portrait d’Olga dans un fauteuil (printemps 1918) : même pose, mêmes habits, mêmes motifs décoratifs. Tout est semblable, mais tout est différent : sur le tableau, comme dans les Michel-Ange inachevés de la National Gallery, la peinture s’élève dans le vide de la toile, dans une absence, comme un corps flottant dans l’espace sans décor qui le révèle et l’isole. Le manque voulu d’ornementation et de finition unit alors la peinture au dessin. Il emprisonne la danseuse qu’il libère autrement, sans danse, sans parade, sans rien. Olga, dans l’œuvre de Picasso, est comme une très vieille aube toujours renouvelée, d’une douceur minérale, l’un des sommets de la purification réciproque de la peinture et du dessin.


    Portrait d’Olga dans un fauteuil, Montrouge, printemps 1918 .
    Photo RMN. Gand Palais. Mathieu Rabeau

    Comparons ses photos et les œuvres qu’elle lui inspire de 1918 à 1923. Elle a une assez forte mâchoire, c’est une danseuse un peu prognathe, et un cou assez large, c’est une danseuse un peu taurine. Très belle, très classe, mais avec quelque chose de dur que le désespoir et la maladie, dans les dernières années de sa vie, creuseront en tranchée d’amertume. On voit aussitôt en quoi Picasso est un peintre au réalisme imaginaire. Il allonge légèrement le cou et il affine tout aussi légèrement la mâchoire. Picasso retouche Olga, pour la rendre à la perfection, sans jamais cesser de coller au modèle. D’où cet effet, paradoxal, incompréhensible, presque miraculeux : l’idéal d’Olga, c’est Olga.[…]

    Sortie de l’arène

    Le 4 février 1921 naît Paulo. C’est l’époque où la famille mène grand train. C’est aussi celle où l’amour et la sexualité fondent dans un nouveau four esthétique : l’enfance, la maternité. Picasso dessine au fusain une femme aux cheveux lâchés, assise, un enfant dans les bras, et c’est presque du Fragonard. Il peint Paul dessinant, découpe un petit cheval dans du papier brun, le peint en Arlequin et sur un âne, dans un genre naïf et « une lumière d’enluminure » (Pierre Daix), le photographie en Arlequin ou également sur son âne. Les photos et les films servent de base et de post-scriptum aux œuvres qu’ils accompagnent. Le vert paradis qu’on voit recouvre ce qu’on ne voit pas : les scènes violentes, un couple qui s’éloigne. Paulo sera élevé par sa mère. Après la mort de celle-ci, il devient le chauffeur de son père et meurt à 54 ans.

    En 1927, Olga sort de l’œil de Picasso au moment où Marie-Thérèse Walter y entre. Il y a naturellement de très belles œuvres dans la suite de l’exposition, liées au cirque, à la tauromachie, aux crucifixions, à l’amour et à la mort, à tout ce qui permet de voir l’ombre d’Olga là où l’on ne la voit plus. Extrapolations, interprétations : Olga est sortie de l’arène, donc de l’œuvre, de même qu’un petit chien, une cruche cassée ou un cheval éventré.

    Philippe Lançon
    Olga Picasso Musée Picasso, Paris
    Jusqu’au 3 septembre 2017

    *

    Michel Leiris raconte sa rencontre avec Picasso

    "Je remontais la rue La Boétie, quand j’aperçus Picasso, marchant sur le même trottoir que moi et dans le sens opposé, en sorte que nous nous croiserions d’ici peu de secondes. Que devais-je faire ? Saluer (mais dans ce cas, j’aurais eu l’air de me prévaloir de notre précédente et si fugace entrevue , pour imposer mon souvenir au grand peintre). Marcher les yeux fixés droit devant moi et faire comme si je ne le voyais pas (mais j’eusse risqué alors de paraitre étrangement impoli si, par hasard, j’étais reconnu par l’intéressé). Nulle des deux solutions n’était satisfaisante et je ne trouvais donc dans un cruel embarras. J’en étais encore à peser le pour et le contre sans parvenir à un choix, quand je vis à deux pas de moi, un Picasso qui s’avançait la main tendue et me disait, comme s’il m’avait toujours connu : "Bonjour Leiris ! Alors , vous travaillez ?"..."

    Et Leiris ajoute :

    "si je rapporte cette anecdote... parce qu’elle me semble illustrer l’un des aspects les plus admirables du génie de Picasso : son infinie curiosité de ce que font les autres, cette prodigieuse ouverture d’esprit, grâce à laquelle il peut traiter de pair à compagnon avec quiconque, et l’espèce de doute méthodique qui, l’empêchant de se mettre sur un piédestal, lui a permis de garder intacte — travers les années — sa passion de recherche."
    oOo

    [2Libération, 2 avril 2017