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Les Surprises de Fragonard (1)

D 13 septembre 2007     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Au moment où va débuter une exposition sur Fragonard, au musée Jacquemart André à partir du 3 octobre 2007, on peut se souvenir du livre que publiait Philippe Sollers, il y a tout juste vingt ans :

1987, deux ans avant le bicentenaire de la Révolution française, Sollers publiait, en effet, « Les surprises de Fragonard » dans la collection Art et Ecrivain.

4ème de couverture

« A un jeune, blond et charmant barman du Pont-Royal, Francis Bacon a dit une fois, il y a dix ans, à propos de mon petit livre sur Fragonard : « C’est bien, parce qu’il écrit sur Fragonard, comme Fragonard peint »

Philippe Sollers.
Les passions de Francis Bacon
in Eloge de l’Infini
Folio, p. 85.

Fragonard est un des grands peintres du dix-huitième siècle. Plus divers et fort que Watteau ; moins académique que Boucher, il domine son siècle et interroge le nôtre. À notre grande surprise, nous nous sommes aperçus que presque rien n’avait été écrit sur lui. Ce silence est-il dû à un préjugé historique, conséquence de la Révolution ? Cette question mérite d’être posée en fonction de la « commémoration » de 1989. On se propose, ici, de commémorer d’abord Fragonard, de le faire vivre dans son effervescence profonde. Surprises de Fragonard ? À chaque instant. Ce livre est construit comme un petit roman d’aventures, images, détails, récits. Les sujets, en général interprétés superficiellement comme « érotiques et galants », révèlent des arrière-plans inattendus, des audaces inouïes. C’est tout une société qui se dévoile dans ces coulisses : La Fête à Rambouillet, Le Billet doux, L’Étude, Le Début du modèle, La Chemise enlevée, La Résistance inutile, Les Baigneuses, Le Verrou... Disons les choses : on a rarement eu autant de plaisir à concevoir un livre.

Philippe Sollers.

« Passer de Mao Tsé-toung à Fragonard est encore d’Ancien Régime », me reproche un essayste qui vient de faire le constat du désastre de sa vie amoureuse. Eh, mais cher confrère ! Vous y auriez puisé à temps, des enseignements d’ironie ! Un vaccin de charme ! Contrairement à ceux qui croient que la « Grande France » est celle des cathédrales et de la Révolution (discours de Malraux de 1948), le dix-huitième à de nouveau tout à nous dire. Les Droits de l’Homme eux-mêmes viennent directement d’une des expériences les plus libres de l’histoire de l’humanité. Allons, allons, relisez Casanova, Sade, Diderot, Voltaire ![...] »

Philippe Sollers
Le nouveau code amoureux
in Eloge de l’Infini
Folio, p.711.

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Le texte des « Surprises de Fragonard », Sollers en fera aussi le premier chapitre de son essai « La Guerre du Goût », Gallimard, puis en édition Folio en 1996, avec en exergue :

« Tire-toi d’affaire comme tu pourras, m’a dit la nature en me poussant à la vie »
Réponse de Fragonard à un ami

« Oh écoutez, au point, où nous sommes, nous n’avons plus qu’une seule ambition, qu’on nous laisse tranquilles, que nous puissions vérifier l’expérience... Nous avons fermé la porte à double tour. Pour qu’on nous abandonne dehors. Paradoxe ? C’est ainsi. Il faut d’abord verrouiller pour sortir. Voilà, tous les autres sont rentrés, vous les avez mis dedans, la scène vous appartient pour un aparté rapide, on va vous montrer la merveille. Vous n’en parlerez à personne, promis ? »

C’est ainsi que débute le texte de Surprises de Fragonard

« ...fermer la porte à double tour ...verrouiller... » : Mais pourquoi cette fixation de Sollers ? On pourra se reporter à l’article :Liberté du XVIIIème siècle avec Le fameux tableau « Le verrou » analysé par Sollers.
A moins que la réponse ne se trouve dans le portrait de Mlle Guimard.
ou bien dans la Subversion de La Fontaine, illustrée par Fragonard. Une lumière du XVIIIème siècle : Sollers ne pouvait manquer Fragonard, qui ne pouvait manquer, non plus, Diderot ici

Et D. Brouttelande a bien fait de nous rappeler cette prochaine expo Fragonard

le livre sur amazon.fr


...un peu plus sur Fragonard

« [New York] davantage de temps, loin de tout pour regarder la peinture. A la Frick Collection, par exemple, ou tout à coup, un jour de novembre, j’ai vu comme pour la première fois, Fragonard, les panneaux de Louveciennes refusés par Mme du Barry à qui, par leur liberté de mouvement, ils donnaient sans doute le vertige. Craignant de perdre la tête en regardant ces peintures sur ces murs, elle l’a perdue tout à fait, plus tard. Fragonard ou Robespierre : il fallait choisir. « New York sera le centre de l’Occident, le refuge de la culture occidentale », dit à Morand un de ses interlocuteurs. Il y a, en tout cas, beaucoup de de dix-huitième français à New York, dans les collections privées. »

Philippe Sollers
La Guerre du Goût, Folio p. 70.

THE FRICK COLLECTION : Le Salon Fragonard

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THE FRICK COLLECTION : "Le progrè de l’amour"

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Lien vidéo : Cliquez l’image

Et plus loin :

« ...Fragonard, Picasso : deux boussoles pour le civilisé anesthésié par les proclamations futures, futuristes, futurisantes. »
ibid. p. 71.

Puis :

« [Subversion de La Fontaine] Chassé du paradis cruel et lucide de La Fontaine dans les merveilleuses fantaisies de Fragonard pour les Contes »
ibid. p. 375.

Ou encore :

« Oui, oui, Saint Simon, Watteau, Marivaux, Fragonard, Voltaire, Diderot, Laclos, Sade - et tous les autres : rien à faire, l’histoire tragique de l’Europe ne les touche pas. Et ne dites pas que c’est du passé, seuls les programmes de mort passent. C’est le Triomphe de l’amour qu’il fallait aller jouer à Sarajevo et non pas En attendant Godot, comme a cru bon de le faire un écrivain femme américain avec autant de perversité inconsciente que d’indécence. »
ibid p. 548.

—oOo—

« Nous sommes étonnés [...] de lire aujourd’hui ces propos de Daniel Wildenstein, quatre-vingt-deux ans, « empereur et patriarche des marchands d’art » :

« Fragonard, Watteau, Chardin... Quand mon grand père s’est lancé, ces noms ne valaient rien. Ils n’existaient pas. A l’exception des frères Goncourt, ce siècle, ces peintres n’intéressaient personne. En tant que marchand, c’est lui qui les a sortis de l’anonymat, qui les a révélés. C’est lui seul et personne d’autre. Dans le dernier quart du XIXe siècle, l’art officiel vivait sous le joug de l’école de Barbizon. Bouguereau, Cabanel. Carolus-Duran. Que des emmerdeurs. »

Philippe Sollers
L’oeil de Proust
in Eloge de l’Infini
Folio, p. 85.

—oOo—


« La mère absente est à Don Juan ce que la mélancolie est aux fêtes galantes de Watteau : un stéréotype si prégnant qu’il ne souffre aucun examen. Si les fêtes galantes sont nimbées d’une mélancolie diffuse, c’est qu’elles évoquent une société qui va finir, une société condamnée. Ainsi de grands spécialistes du XVIIIe siècle peuvent-ils affirmer doctement que la Fête à Saint Cloud de Fragonard est un tableau d’une immense mélancolie. Or, cette fête est merveilleuse. Il n’y a rien à voir qu’une fête, encore que dans une fête il y ait beaucoup de choses à voir : les arbres, le feuillage, la torsion des balustrades, les mouvements des corps. C’est une diversité chatoyante, une « démocratie de détails », comme le dit admirablement Nabokov en parlant du roman. Mais l’esprit peu démocratique aura tendance, et c’est son rôle, à réunifier la scène et à la placer sous le signe de la mélancolie puisque l’escargot qui se trouve dans le buisson de gauche et qu’on ne voit pas est atteint d’une grave maladie pulmonaire, parce que le moineau qui est caché dans les arbres et que d’ailleurs on ne voit pas non plus est depuis peu neurasthénique. »

Philippe Sollers
Don Juan et Casanova
in Eloge de l’Infini
Folio, p.817.

VOIR AUSSI : « Les surprises de Fragonard (2) : Fragonard n’a pas peint Diderot »

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1 Messages

  • A.G. | 10 octobre 2007 - 00:35 1

    Il faut évidemment voir de toute urgence l’exposition Fragonard au musée Jacquemart-André. Les "surprises", en effet, ne manquent pas !
    Il y a bien sûr le "maître en libertinage" et les merveilleuses illustrations des  Contes de La Fontaine, sans doute réalisées autour de 1760.
    Mais il y a aussi un autre Fragonard, peut-être "chevalier de la table ronde" (selon Théodore Lhuillier, un érudit du XIXe siècle, le peintre aurait fait partie de "l’Ordre de la Table Ronde", société, à la fois galante et littéraire, qui se réunissait autour de Constance de Lowendal, seconde épouse du comte Lancelot Turpin de Crissé). Le Fragonard qui illustre l’ Orlando furioso  (le Roland furieux) de l’Arioste, le  Don Quichotte  (notamment ces dessins fabuleux :  Le curé ordonne la destruction de la bibliothèque de Don Quichotte ,  Don Quichotte cherche en vain l’entrée de sa bibliothèque ).
    Il y a aussi le portraitiste : le  Vieillard lisant  dit  Le Philosophe , le magnifique  Portrait d’homme , dit  L’écrivain  ou  L’inspiration , le génial  Cavalier vêtu à l’espagnole assis près d’une fontaine  dit aussi  Portrait de l’abbé de Saint-Non  (cette élégance ! ce rouge !) ou encore le célèbre  Portrait d’homme  dit  Portrait de Diderot  (habituellement au Louvre) dont on apprend qu’il n’est peut-être pas un portrait de Diderot (qui avait les yeux bruns et non bleus comme dans le tableau de Fragonard).