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Un amour américain

New York

D 5 novembre 2008     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


mise à jour : 5 nov. 2008. En contrepoint de l’élection de Barack Obama, 47 ans, 44e Président des Etats Unis !
Publication initiale : 20 mars 2006 :

BHL faisait l’actualité avec son livre American Vertigo, l’Amérique selon BHL, le sujet de son dernier essai. En contrepoint, nous présentions l’Amérique selon Sollers, à travers "Un amour américain, ", une nouvelle publiée en Novembre 1999, aux éditions Mille et Une Nuits. Un court texte de 37 pages. Son Amérique, c’est New York.

l’Amérique selon Sollers, c’est aussi un muméro double de Tel Quel N° 71/73, automne 1977, "Spécial Etats Unis", des prises de vue à New York, dans le film d’André-S labarthe "Sollers, l’isolé absolu", la rencontre avec le peintre De Kooning, le titre d’un livre d’entretiens avec David Hayman : Vision à New York...


Un amour américain

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Couverture de Beniamino Orteski

L’héroïne s’appelle Jill, une américaine rencontrée à Paris. « Elle avait 26 ans, moi 32. ». L’âge de Julia Kristeva en 1967, l’année de son mariage avec Sollers, le 2 août, lui aura 31 ans le 28 novembre.

4e de couverture

Dans cette nouvelle, l’auteur raconte, sur le ton du souvenir autobiographique, son bref et lumineux amour avec Jill, la belle New-Yorkaise. Plus que d’une simple idylle, il s’agit à ses yeux d’un « pari » : « On allait, nous les premiers, lever l’antique malédiction entre homme et femme, tromper le serpent trompeur à l’affût dans son coin obscur, vieille saloperie de serpent, faux dieu déguisé en diable. » Une apologie, donc, du « conformisme transgressif », où le libertinage, plus idéologique que sexuel, consiste à écouter le sax alto de Johnny Hodges - pour lui - et à lire Proust - pour elle. Il s’agit, pour chacun des amants, de dépasser les clichés sur la culture de l’autre, loin à la fois de « la France où il ne se passe rien » et du « continent arrogant et vainqueur ». D’ailleurs, « les mouettes et les phrases sont les mêmes d’un côté ou de l’autre de l’eau », et le bonheur est le même d’un côté et de l’autre du temps : souvenir et réalité présente forment, dans la conscience du narrateur, un univers unique constitué de petits câlins matinaux, de promenades à vélo, de parties de tennis, d’été lumineux. Too french ? Sous l’égide de Nabokov, Sollers s’efforce de devenir « le plus étranger possible à [ses] origines pour mieux les comprendre ».

Le début

« Je suis depuis deux jours dans la maison au bord de l’eau, et c’est comme si j’étais là depuis un mois. A peine arrivé, tout s’efface, Paris, les rues, les voitures, les gens, les bavardages, les soucis, les grimaces, les nouvelles du jour, la télévision, les journaux. Je me mets au silence, et le silence grandit vite vers l’océan. Je suis seul, j’entends le cri espacé des mouettes. La marée est haute, pas de vent.

« Tu te souviens de cet été-là ? m’a dit Jill avant de partir ?

- Le plus heureux ?

- Le plus lumineux. »
Elle veut parler de la meilleure année d’autrefois, celle où le bonheur et la lumière [1] ne sont plus des mots, mais montrent immédiatement ce qu’ils couvrent : des centaines d’images en mouvement, soleil, chaleur, plage, nage, vagues, poissons grillés, nuits, lits »
[...]
C’était un pari, on allait, nous, les premiers, lever l’antique malédiction entre homme et femme, tromper le serpent trompeur, à l’affût dans son coin obscur, vieille saloperie de serpent, faux dieu déguisé endiable. On allait reprendre toute la question à zéro.
Comme si c’était possible. Mais oui, c’est possible. D’ailleurs on sait tout, on connaît tous les pièges, on est les plus forts.
Réussi ? Oui. Manqué ? Aussi. Le diable a la moitié du gâteau qu’il se serve »

D’autres extraits


La première publication dans Elle. Manet, <i>Lola de Valence</i>, 1862.

On peut situer le début du roman dans la maison de l’auteur à Ars-en-Ré, dans l’île de Ré, face à l’océan. Lieu d’enfance, pas la même maison détruite par les allemands. Mais un nouveau corps de bâtiments a été reconstruit après la guerre. Le prénom de l’héroïne commence par un « J » :« Jill « comme celui de Julia Kristova, que Sollers a épousé le 2 août 1967. Un étrangère aussi, mais venue de Bulgarie. « Vous avez-vu cette petite brune aux yeux noirs, pas mal, bon, où est-il allé la chercher ? »

Et le passage sur le «  pari » de ces deux là : «  on est les plus forts », on va «  lever l’antique malédiction homme et femme » alors qu’ils en connaissent bien les méandres, pourrait parfaitement s’appliquer au couple Sollers/Kristeva. Une façon de l’honorer aussi dan ses romans, où elle apparaît souvent. Le bilan qu’il tire de l’expérience est tout à fait dans la liberté lucide de leur contrat d’union.

En exergue du roman à clé de Julia Kristeva : « Les Samouraïs », 1990 : « La mémoire est comme le courage militaire, elle n’admet pas l’hypocrisie ». STENDHAL.
Et dans l’introduction, voici sa descrition du couple Olga Morena / Hervé Sinteuil alias Julia Kristeva / Philippe Sollers : aussi dans l’environnement d’Ars-en-Ré qu’elle a adopté :
« Comment suis-je sûre qu’ils sont là, sous l’acacia, devant l’Atlantique ? [...]
Je vois donc bien la scène. Ils sont ensemble parce qu’ils sont séparés. Ils appellent amour cette adhésion mutuelle à leur indépendance respective. Cela les rajeunit, ils ont l’air adolescents ; infantiles, même ; Qu’est-ce qu’ils veulent ? Etre seuls ensemble. Jouer seuls ensemble et se passer parfois le ballon, histoire de montrer qu’il n’y a pas de chagrin, dans cette solitude-là. »

Le portrait de Jill-Julia s’estompera par la suite pour se fondre dans d’autes femmes, d’autres rencontres

« Jill est mariée, aujourd’hui, rassurons nous, elle a deux beaux enfants, un garçon et une fille.
[...]
Sacré mois d’août. IL fait très chaud à New York. Le goudron colle aux semelles des souliers en traversant les rues[...]. Pas de climatisation à l’époque.

« On partait le vendredi après-midi pour Long Island, Watermill, Bellport, Easthampton, vers les maisons de bois blanches, le gazon, le whisky, les langoustes, les glaces.
[...]A New York, dans ces années là, le soleil se levait directement dans la chambre du trente-troisième étage, un soleil rouge dans le ciel très haut, le store cassé, on baignait tout de suite dans ce coup de gong fixe. Je me levais san s bruit[...]

« Tu viens courir ? » Un peu, vers l’Hudson, là où il y a les radeaux en planches. Retour, douche et travail.
[...]
Son écrivain américain préféré ? Philippe Roth, je devrais le rencontrer, elle a une amie qui le connaît bien, drôle de type un peu fou, mais très intelligent, percutant, acide. On a dîné trois ou quatre fois avec lui, à New York,
[...]
Roth, un peu normalisé avec l’âge, vient de le déclarer la-bas dans une interview :la littérature est désormais comme une radio qui émettrait dans le vide
[...] La peinture ? Ah oui, le hollandais volant, De Kooning, [2] on va aller le voir à Long Island, dans son atelier de la forêt. J’aimerai ses grands gestes en couleur, elle en est sûre. Gagné.
[...]

« Jill, m’a dit quelqu’un une fois, c’est un prénom de fille blonde aux yeux bleus ». Mais non... »

La fin

De son île, où il s’est remémoré cette nouvelle le narrateur termine par ces mots :

« C’est la nuit, maintenant, le vent s’est levé, je vais aller fermer un volet qui claque. Ue tempête se prépare, et ici, les tempêtes, on les reçoit de plein fouet.
A Paris, quand je reverrai Jill, ce sera le moment de nous quitter à nouveau. Elle a sa vie, moi la mienne. Petit geste de sa main depuis le taxi. Comme l’été nous garde, rien ne finit. »


L’Amérique de Sollers, (partie 1)

Octobre 1999, Philippe Sollers est à New York. Il écrit quelques notes dans son "carnet américain"( Philippe Sollers, Vérités et Légendes, Gérard de Cortanze, Ed. du Chêne , 2001)
carnet américain


[1Paradis : « voix fleur lumière écho des lumières ...cascade jetée dans le noir » . "La lumière immatérielle devient concrète, une cascade plongeant dans l’obscurité pour l’illuminer, analyse" Armine Mortimer

[2Sollers a effectivement fréquenté De Kooning à Long Island

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