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La Grande Librairie - Spéciale Céline

Emission du 3 mars 2011 : L’Intégale, textes & commentaires

D 9 mars 2011     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Dans "La Grande Librairie", François Busnel proposait une émission spéciale Louis Ferdinand Céline, et reçevait quatre poids lourds de l’univers célinien : Fréderic Vitoux, Philippe Sollers, François Gibault et Fabrice Luchini.

Si vous avez manqué cette émission ou souhaitez la revoir, elle est en cache pileface ci-dessous :

Vidéo

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Le Céline de Sollers

Céline
Philippe Sollers

Ed. Ecriture, 2009

Philippe Sollers très tôt, s’est fait le défenseur de l’écrivain Céline. Dès 1963, à une époque où c’était encore rare. Il est l’auteur d’un « Céline » qui rassemble les textes qu’il a publiés sur Céline, depuis 1963. Nous présentons ci-après des extraits de ce livre :

- L’avant-propos
- Sur les lettres à la NRF
- L’extrait lu par Sollers dans l’émission

L’avant-propos

Mon premier texte sur Céline, qu’il faut relire aujourd’hui comme le texte d’un jeune écrivain, paraît à la demande de Dominique de Roux dans la troisième livraison des Cahiers de L’Herne. Nous sommes en 1963. Ma lecture de Céline aura donc été permanente, avec des hauts et des bas, en fonction de ce vers quoi m’entraînaient ma curiosité et mes passions du moment.

À part Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit, je me rappelle très bien le choc que fut la découverte de D’un château l’autre en 1957, ou de Nord, en 1960, avant même de lire ces ouvrages dans leur intégralité. Dès la publication d’extraits dans la NRF, j’ai senti qu’il se passait quelque chose d’essentiel. Depuis, ma fréquentation de l’ ?uvre de Céline n’a pas cessé et je me suis exprimé à plusieurs reprises, par exemple dans la préface des Lettres à la NRF, sur ce qu’elle m’apportait.

Plus tard, même après mes engagements extrémistes, et malgré la réputation d’homme de droite infréquentable de Céline, alors que son biologisme - c’est ainsi qu’il faudrait définir son racisme - me paraissait en total désaccord avec son génie d’écrivain, j’ai persisté à l’admirer avec constance. On peut dire aussi, et c’est à peine une plaisanterie, que pour le « maoïste » que j’étais il y avait beaucoup de Chine dans Rigodon !

À propos de Céline, on en revient toujours, par manque d’imagination, à deux expressions tirées d’un article des Izveztia et reprises en 1947 par Combat (qui a d’ailleurs publié la réponse de Céline). Il s’agit de « nullité littéraire » et de « criminel fasciste ». La première définition devient de plus en plus difficile à soutenir. Ce qui m’intéresse au plus haut point, c’est la façon dont Céline a voulu reprendre, réinventer, « voltairiser » le français, comme il dit. Et que voit-on arriver sous sa plume ? Un ensemble d’écrivains classiques qui forment le socle, le fondement de sa langue : la marquise de Sévigné, Louise Labé, La Fontaine, Saint-Simon, le cardinal de Retz, beaucoup d’autres ... Je m’en suis souvenu en commençant ce travail sur Paradis, explicité dans Femmes, où j’ai beaucoup pensé à Céline - et je crois que cela s’entend. Il me semblera devoir aller vers Céline en le refondant, en le décalant ; c’est là que son influence, naturellement reformulée, se fait, je crois, sentir dans mes livres. Pour des raisons de forme qui sont en réalité des raisons de fond et surtout d’oreille, cet écrivain est donc essentiel pour moi.

Avant d’évoquer les écrits de Céline, il me paraît nécessaire d’insister sur deux points que l’on n’aborde que rarement à son propos. En premier lieu, son génie du titre, de la formule que l’on peut qualifier d’absolue :

Voyage au bout de la nuit, Mort à crédit, Féerie pour une autre fois, D’un château l’autre, même Bagatelles pour un massacre, ou le terrible L’École des cadavres, cela dit tout avec une extraordinaire économie de moyens.

Et puis, son sens du comique : Céline ne parle pas beaucoup de Molière, mais Entretiens avec le Professeur Y est un dialogue digne du meilleur Molière. De façon générale, qui ne s’amuse pas en lisant Céline, malgré la noirceur ou l’outrance du propos, n’y comprend rien. De celui-là je dirais, et ce n’est pas une plaisanterie, qu’il est sourd. Gide croyait que Bagatelles pour un massacre était une blague. C’est un livre que l’on peut juger abominable, mais auquel on rit malgré soi. Il est nécessaire de comprendre ce mélange intime, indissociable, de lyrisme et de comique, car il fait le caractère unique de Céline.

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Sur les lettres à la NRF

Céline, conscient de son talent et de sa valeur marchande, n’a de cesse de harceler Gallimard pour lui faire ouvrir, plus grand, son portefeuille. Dans le Céline de Sollers on en trouve bien sûr des échos :

...Gaston Gallimard a beau lui répondre chiffres à l’appui, rien à faire, l’éditeur est fautif par définition, et cela nous vaut des échanges à la Molière, petits impromptus à mourir de rire. L’humour de « Gaston » est d’ailleurs à la hauteur de l’enjeu, ce qui n’est pas rien. « Vous n’écoutez pas vos interlocuteurs, dit-il à Céline, votre humeur n’est que de la rhétorique. » Eh, bien sûr ! Les lettres sont vraies, elles n’ont pas besoin d’être vraisemblables. Gaston, dans ce théâtre, sera tour à tour « pharaon des prix littéraires », « vieux chocolatier », « Père Déficit », « coffre-fort », « Gaston d’alibi », « merlan frit lubrique », « désastreux épicier ». C’est pourtant un homme responsable, et pour cause : « Gaston ne se vexe et n’a de chagrin que lorsqu’on lui fait verser du pognon. Le reste, il s’en fout, et il a raison. » On sait comment tous ces thèmes se retrouvent dans les étourdissants Entretiens avec le Professeur Y et dans la trilogie de la fin, D’un château l’autre, Nord, Rigodon (26 127 exemplaires vendus de D’un château l’autre, ce n’est pas si mal).

Le psychodrame ou la scapinade avec les Gallimard galvanise Céline, lui offre l’occasion inespérée de développer cette « écriture en direct » qui est sa grande trouvaille, épopée instantanée de l’Ulysse de Meudon et de sa fidèle Pénélope ramenée d’un voyage d’enfer. Imagine-t-on les rapports de Céline avec un autre éditeur raidi par l’esprit de ses comptes ? Non. TI n’y a qu’à remarquer comment réagissent des personnalités aussi différentes que Malraux ou Paulhan aux algarades céliniennes.

Pour Malraux, Céline est un « pauvre type », mais un « grand écrivain » (argument classique, mais qui évite de poser la seille question intéressante : comment peut-on être réellement un pauvre type si l’on est un grand écrivain ?).

Pour Paulhan, pourtant si longtemps merveilleux avec Céline dans le contexte de l’après-guerre, la coupe sera bientôt pleine, il va se fâcher carrément. Il faut reconnaître que Céline a trouvé en lui - et dans sa revue - une tête de Turc, un « modèle » qui l’anime. « Partez en vacances, vacant ! J’ ?uvre, moi, pendant que vous pérorez ! » « Je vous embrasse, pauvre asservi ! » « Languide Anémone. » « Landru proustreux. » « Formidable limace. » « Vous fréquentez trop l’art abstrait ! » Quant à l’« esprit N.R.F », celui de la « clique Brottin », il est profondément « décourageant », « Ô entortillées algues sur fond de vase ! » « Smala d’abrutis minus ! » « Bande de tricheurs faux fuyeurs frôleurs... Tas de farceurs zéro ! » « Roueries inutiles, subtilités méfiantes, arrogance on ne sait d’où. » « Prêts à tout ! Gibelins alcooliques fédérés fous jaloux ! »

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L’extrait lu par Sollers

Tout le monde s’est fabriqué un Céline, génie ou épouvantail, c’est vague, vérifiez, personne n’a rien lu ou presque. Rumeur... Posons donc le sujet :

[ci après, l’extrait lu par Sollers dans l’émission.]

« Et puis préserver mes brouillons... enfin brouillons. .. mieux ! des rendus... rendus émotifs ! ... déjà en presque formes venues ... des dix vingt mille heures de travail. Que c’est des mises à jour les ?uvres. Ça se débrousse comme le temple d’Angkor. C’est de l’acharnement de terrassier... de terrassier d’ondes... tout petit trait de scalpel près, le temple fripe, effrite, s’efface. Vous attrapez plus rien, rien vient... C’est la magie. La plume est un scalpel de mage... de mage en terrasse... Tout est enfoui dans l’atmosphère... Faut fouiller plan par plan... souffler, oh si doucement que le sable envole... C’est horrible, n’est-ce pas, c’est horrible ... je veux dire de délicatesse d’effleurement... C’est un travail de fée c’est tout, où l’homme périt damné, perd l’âme, la bonne gentillesse, la bite, tout. .. tourne chiffe, lavette à songe, épuisée loque, hagard terrassier, titubeur de mirage à l’autre, brandit sa pauvre ardoise de tête, qu’il a vu des plans, la comète, passée de cent millions d’années... qu’il a dit qu’il a l’étincelle, du météore enfoui devant que la lune naisse. Oh ! c’est du tourment pas dicible ... »

Bon. Je tire cette citation de Maudits Soupirs pour une autre fois, un « brouillon », en effet, mais peut-être dix fois plus « réussi », étourdissant, que le texte définitif de Féerie. « La plume est un scalpel de mage » : cette formule, comme il en est tant chez Céline, indique l’enjeu, la possibilité d’une physiologie de la lecture, étude à écrire, physiologie au sens où Balzac parlait, par exemple, d’une physiologie du mariage.

p.43-44

Le livre sur amazon

Celine Lettres à la NRF


Céline, l’homme en colère par Frédéric Vitoux

Il fait autorité pour ses ouvrages biographiques sur Céline : La vie de Céline, (publié par Grasset et bourse Goncourt de la biographie1988), plus récemment c’est son Céline, L’homme en colère, éditions Ecriture, 2009, sans oublier son intérêt pour les proches de Céline, Bébert, le chat de Louis-Ferdinand Céline, sorti chez Grasset en1976. Et en 1968, déjà, il était l’un des premiers étudiants français à entreprendre une thèse consacrée à l’auteur duVoyage, parue en1973 sous le titreL.-F. Céline, misère et parole, chez Gallimard.


Céline L’homme en colère

Ed. Ecriture, 2009


Extraits :

Les paradoxes céliniens

L’ ?uvre de Céline semble marquée des signes de la démesure et du paradoxe. Impossible avec elle d’échapper aux contradictions - et même aux contradictions les plus furieuses. On comprend dès lors que la critique se soit trouvée souvent déconcertée et que la passion ait suppléé à l’analyse.
Mais il y a plus. À cette ?uvre déraisonnable, violente, tendre, nostalgique, cynique, rigoureuse, brouillonne, délirante, réaliste, grossière, précieuse, provocante, pudique (on multiplierait à l’infini les épithètes inconciliables), il fallait que répondît un auteur emporté lui aussi. Et cet auteur, à son tour, a inspiré les jugements les plus divers...
Pour les uns, Céline ne fut qu’un ennemi de l’homme, un individu incapable d’émettre une idée cohérente - et, par conséquent, la cause était entendue, il n’y avait plus qu’à tirer l’échelle et à refermer ses livres ! Pour d’autres, Céline est resté l’un des témoins les plus lucides et les plus généreux de son temps - pas question de revenir là-dessus !
Comment s’y retrouver ?
Disons-le sans tarder : ce sont les écrits politiques et antisémites de Céline qui ont le plus contribué à alimenter les polémiques contradictoires autour de l’écrivain et de son ?uvre (ils contribuent toujours à le faire). Nul n’ignore en effet la violence de ses écrits publiés pour l’essentiel avant la Seconde Guerre mondiale : Bagatelles pour un massacre en 1937, L’École des cadavres en 1938 et, dans une moindre mesure, Les Beaux Draps en 1941. Ces ouvrages n’ont pas été republiés depuis la guerre, ils sont par conséquent d’un accès difficile et, pourtant, par leur seule réputation, ils hypothèquent encore les jugements portés sur leur auteur.
Une constatation s’impose : ces trois livres « maudits » (au sens littéral du terme) font partie intégrante de l’ ?uvre célinienne. Il ne saurait être question de les escamoter -

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Un écrivain présent et absent

En 1932 paraît chez Denoël Voyage au bout de la nuit. C’est le premier roman d’un inconnu de trente-huit ans, le Dr Louis Destouches, qui se cache sous le pseudonyme de Louis-Ferdinand Céline. Très vite, cet anonymat est percé : le livre est sorti le 25 octobre et, dès le 7 novembre, est publiée la première interview de l’auteur.
Pourtant, tiré d’abord à trois mille exemplaires, noyé sous le flot de la rentrée littéraire, le livre risque de passer inaperçu. Et puis à la veille du Goncourt, voilà qu’il fait figure de lauréat vraisemblable.
Lucien Descaves et surtout Léon Daudet viennent de lui réserver un accueil tonitruant. Le scandale Céline commence, les prises de position se multiplient et la presse s’embrase...
On sait que le Goncourt échappera finalement à Céline, que le prix Renaudot lui sera décerné en compensation, que le succès public du livre sera considérable... Nous aurons l’occasion de reparler de tout cela... Mais ce qui frappe d’emblée, c’est la passion que Céline suscite et libère, et à laquelle il paraît bien vite comme étranger.

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Biographie par François Gibault

Avocat et auteur, François Gibault a été conservateur du Musée du barreau à Paris. Un des spécialistes français de Céline, dont il a écrit une biographie en trois tomes parus chez Mercure de France entre 1977 et 1985. Il en a également publié une partie de la correspondance.


François Gibault

Céline
Tome I : "1894-1932. Le temps des espérances" (sur amazon)
Tome II : "1932-1944. Délires et persécutions" (sur amazon)
Tome III : "1944-1961. Cavalier de l’Apocalypse" (sur amazon)

Ed. Mercure de France, coll. Ivoire, 1977, 1985 et 1981

L’inénarrable Fabrice Luchini

La Fontaine...
Lecture de Fabrice Luchini
Du 5 au 28 mars 2011
Théâtre de l’atelier

Comédien, ardent défenseur de Louis-Ferdinand Céline, a fait salle comble à plusieurs reprises en récitant sur scène des passages de Voyage au bout de la nuit. A partir de mars 2011, il sera sur scène, au théâtre de l’Atelier, avec un spectacle intitulé La Fontaine. Il y dira des textes de La Fontaine - que Céline tenait pour un de ses maîtres -, mais aussi de Céline, Nietzsche et Baudelaire.

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Sélection d’articles sur pileface

Dossier Céline

Lettres à la NRF - Préface de Philippe Sollers

Edition illustrée du Voyage de 1935.

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Crédits :

Editions de l’Ecriture pour les extraits des livres de Philippe Sollers et François Vitoux.

France 5/La Grand Librairie.

Dessins de Jules, le dessinateur attitré de l’émission.

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