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L’Evangile de Nietzsche en version Folio

Picasso : Autoportrait à la mèche, et portrait de Gertrude Stein

D 31 octobre 2008     A par Viktor Kirtov - C 3 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’Evangile de Nietzsche : Entretiens avec Vincent Roy

Maintenant disponible en version Folio depuis le 18 octobre 08.

En couverture, un autoportrait de Picasso

Ce tableau figure pleine page dans Picasso, le héros, le livre d’art que Sollers a consacré à Picasso : une sélection de tableaux et des textes de Sollers. Celui-ci s’intitule :

Autoportrait à la mèche, 1907

Huile sur toile, 56x49 cm

Narodni Galerie, Prague.

L’année d’avant, en 1906, Picasso a peint le Portrait de Gertrude Stein. Sollers a rapproché ces deux tableaux dans le livre et associé le texte qui suit. « Ecoutons » le :

VOIR AUSSI

L’Evangile de Nietzsche (édition originale)

A propos du portrait de Gertrude Stein

La scène a lieu à Paris entre 1905 et 1906.
Un peintre inconnu fait le portrait d’un modèle inconnu. Elle a trente et un ans, lui vingt quatre. Elle est américaine, lui est Espagnol. Le tableau qui se trouve aujourd’hui au Metropolitan Museum de New York est célèbre.

Gertrude Stein décrit ainsi Picasso en action : « Picasso, assis sur le rebord de sa chaise, le nez contre sa toile, tenant à la main une très petite palette couverte d’un gris-brun uniforme auquel il ne cessait d’ajouter du gris-brun, se mit au travail. »

Quatre-vingt dix séances de pose.
[...]

Le fond circulaire du grand fauteuil évoque une arène debout, tout est gris-brun, en effet, ou marron tacheté de rouge, comme une robe de jument, une peau de caverne. Gertrude est entièrement enceloppée en elle-même, elle ne sera jamais une femme nue, c’est le moins que l’on puisse dire. Que lit-on dans son expression ? Méfiance, amertume, ténacité, impassibilité, courage. La volonté, la fatalité, l’attention extrême, et en même temps le vide.

Le tableau est un hommage. C’est aussi, on l’a compris, un duel.

Gertrude Stein voulait révolutionner l’écriture et Picasso, la peinture. Elle est en train de découvrir sa vocation, pas seulement littéraire, mais aussi homosexuelle. Picasso la libère en se libérant. On a pu dire que l’attitude de Stein à l’égard de Picasso était celle d’une s ?ur aînée vis-à-vis d’un jeune frère plein d’audace. Alice Toklas pourra même écrire : « S’il fallait croire les rumeurs qui les prétendaient amants, alors l’inceste avait sa part de scandale. »


Quel est le scandale de Picasso ? Sa solitude.
Tout le monde s’est efforcé, et s’efforce encore, de la nier, de la minimiser. Le spectacle fait son travail de dénégation, mais Picasso a su s’en servir. « C’est le succès, dans ma jeunesse, qui est devenu mon mur de protection », dit-il à Brassaï. Brassaï, alors, lui cite Nietzsche : « La meilleure cachette est une gloire précoce. » Et Picasso : « Tout à fait juste. C’est à l’abri de mon succès que j’ai pu faire ce que je voulais. »

Il veut parler, bien entendu, des époques d’autrefois, bleue ou rose, celles qui ont précédé le saut dans l’inconnu dont on ne dira jamais à quel point il était risqué.

Philippe Sollers
Picasso le héros, Cercle d’Art, p.14-16)


...Entendez « comme pour moi ! »
La solitude dans le regard du jeune Picasso, son autoportrait, c’est aussi l’autoportrait du jeune Sollers d’ Une curieuse solitude, le livre qui lui apporte le succès, très jeune, un livre écrit classiquement, à-la-Proust, dont il se libérera très vite, pour se lancer dans sa phase expérimentale, de même que Picasso. C’est aussi la rencontre avec Dominique Rolin, « elle avait quarante-quatre ans, j’en avais vingt et un » Une autre forme d’inceste ? ...En toute plénitude hétérosexuelle assumée.

Cette couverture témoigne, une nouvelle fois, de l’importance que Sollers attache à Picasso, « le plus grand peintre du XXe siècle » dit-il aussi. Il n’est pas seul à le dire, certes, mais il le dit de façon argumentée, avec grande constance à travers l’espace temporel et textuel de son ?uvre. Sans oublier les couvertures de la collection folio, dont une demi-douzaine sont illustrées de tableaux de Picasso.

Probablement - l’actualité Picasso nous y incite -, nous reviendrons sur ces tableaux, en chaussant les lunettes de Sollers.

oOo

Sur amazon : L’Evangile selon Nietzsche.

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3 Messages

  • V.K. | 8 mai 2013 - 19:32 1

    JPEG - 409.8 ko
    Gertrude Stein, circa 1903
    Bachrach Studio/University of California, Berkeley/Contemporary Jewish Museum

    Gertrude Stein, américaine, arrive à Paris en 1904, rejoignant son frère Leo, arrivé en 1903. Ils sont attirés par l’effervescence artistique du quartier du Montparnasse du début du XXe siècle.
    Picasso, lui, est arrivé à Paris en 1905, au Bateau-Lavoir. En automne, il rencontre Gertrude et Leo Stein. Ces deux mécènes lui achètent de nombreuses toiles et apportent au peintre désargenté une plus grande aisance financière et une nouvelle stimulation intellectuelle [« Matisse, Cézanne, Picasso... L’aventure des Stein », exposition au Grand Palais, Paris, 2012] .
    Hiver 1905, Picasso entreprend un portrait de Gertrude Stein, celui que l’on voit dans le corps de l’article et aujourd’hui exposé à New-York, au Metropolitan Museum of Art. Ce portrait est le fruit laborieux de trois mois de séances de pose. Il y en aurait eu quatre-vingt-dix pour permettre à l’artiste de maîtriser la personnalité complexe du modèle. Picasso trouva la solution en s’inspirant des sculptures ibériques archaïques, découvertes au cours d’un voyage à Gosol. D’où cette espèce de masque inexpressif, issu de ses travaux et qui préfigure à la même époque un autre travail majeur, fondateur du futur cubisme : Les Demoiselles d’Avignon(1907). Personne n’aimait ce portrait à l’époque, sauf le peintre et son modèle. À ceux qui s’inquiétaient de la fidélité au modèle de son portrait de Gertrude Stein, Picasso répondait : « Vous verrez, elle finira par lui ressembler ».


    Le studio au 27 rue de Fleurus, avec le portrait de Gertrude Stein peint par Picasso,
    Aussi un portrait de Gertrude Stein par Picabia en haut du mur à l’extrême droite.

    ZOOM... : Cliquez l’image.
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    27, rue de Fleurus, Paris 6e

    ZOOM... : Cliquez l’image.

    L’appartement de Gertrude Stein du 27rue de Fleurus devient un lieu de rencontre pour l’avant-garde.
    C’est cette adresse qui est indiquée sur la carte postale de Picasso du 18 août 1919. Elle témoigne de la poursuite des relations Picasso-Gertrude Stein, treize ans après le célèbre portrait.
    L’été 1919, Picasso séjourne à Biarritz chez Mme Errazuriz puis s’installe avec Olga à Saint-Raphaël - Olga Khokhlova, la danseuse des ballets russes rencontrée en 1917 et épousée en 1918. Et c’est probablement de Saint-Raphaël qu’est adressée la carte postale, - un lieu pour lequel Getrude Stein semble pleine de prévention, proximité de marais (?) : « Mais non Gertrude, il n’y a pas des mouches et je n’ai vu encore qu’un moustique que j’ai tué d’ailleurs [...] »

    Gertrude Stein (1874 - 1946), n’est pas que collectionneuse d’art, elle se veut d’abord poète et écrivain promise à la gloire littéraire et c’est toute l’avant-garde littéraire tout autant qu’artistique qui fréquente le 27 rue de Fleurus. Gertrude tente d’appliquer à l’écriture les principes cubistes créant un style fragmenté, répétitif, abstrait, axé sur le présent et quasi sans ponctuation - illustré dans ’The Making of Americans’ (écrit en 1906, publié en 1925). L’amitié de Gertrude et Pablo trouve aussi sa source dans cette influence. Picasso avait peint son portrait, elle lui consacrera un livre : ‘Picasso’ (1938).

    Gertrude Stein devant son portrait par Picasso,
    photographiée par Man Ray en 1922 :

    Notice du tableau au MET (Metropolitan Museum of Art, New York)

    « Pour moi, c’est moi, et c’est la seule reproduction de moi qui est toujours moi, pour moi. » Ainsi écrivait Gertrude Stein (1874-1946) en 1938.Pour Stein, cette peinture était la preuve de son lien irrévocable avec Picasso, qu’elle viendrait à considérer comme le plus grand artiste de son temps.Elle vit la peinture comme une collaboration entre deux géants émergents : un peintre espagnol de un vingt-quatre ans, et écrivain américain de trente-deux ans, deux expatriés à Paris, chacun encore méconnu mais tous deux promis à une grande destinée.
    Picasso avait toujours été attiré par les poètes. Sur la porte de son studio était inscrit : "Au rendez-vous des poètes", mais le magnétisme de Gertrude a été particulièrement fort. Comme Fernande Olivier l’a écrit, Picasso "a été si attiré par la force de cette présence physique de cette femme qu’il lui a suggéré de peindre son portrait, sans même attendre de mieux la connaître."
    Ils se sont rencontrés après que Stein ait acquis plusieurs de ses toiles.Bien que Picasso travaillait habituellement rapidement, il y a eu beaucoup de séances tout au long de l’hiver 1905-6. Le corps du personnage est demeuré le même, mais la tête a été repeinte au moins trois fois, passant d’un profil total à la vue presque frontale de l’état final.
    Stein et Picasso sont restés de bons amis. Elle et son frère ont énormément contribué à lancer sa carrière, tant par le biais d’achats directs qu’en encourageant d’ autres collectionneurs et marchands, y compris Ambroise Vollard et Alfred Stieglitz, à faire de même. En outre, de nombreux artistes et écrivains ont d’abord rencontré l’œuvre de Picasso dans les fameux dîner du samedi chez les Stein. Gertrude Stein a légué le portrait au Metropolitan en 1946. Ce fut le premier tableau de Picasso à entrer dans la collection du Musée..

    Philippe Sollers dans L’Eclaircie

    Gertrude Stein a bien compris, au début, l’extrême solitude de Picasso :
    « On ne doit jamais oublier que la réalité du 20e siècle n’est pas celle du 19e. Pas du tout. Et Picasso était seul à le sentir en peinture. Absolument le seul. De plus en plus, sa lutte pour l’exprimer s’intensifia. Matisse et tous les autres voyaient le 20e siècle avec leurs yeux, mais ils voyaient la réalité du 19e siècle. Picasso était le seul qui voyait le 20e siècle avec ses yeux et voyait sa réalité, et, en conséquence, sa lutte était terrifiante, terrifiante pour lui-même et pour les autres, parce qu’il n’avait rien pour l’aider, le passé ne l’aidait pas, le présent non plus, et il devait faire tout cela tout seul. »

    Cette citation de Gertrude Stein est tirée de son livre Picasso, de 1938, précision qu’omet de mentionner Philippe Sollers. Mais L’Eclaircie est sous-titré roman, pas essai.


    Gertrude Stein posant pour Jo Davidson, vers 1922.
    ZOOM... : Cliquez l’image.


  • A.G. | 12 novembre 2008 - 16:11 2

    Il n’est pas nécessaire de faire long pour viser juste. Voici ce que disait du livre Jacques Drillon dans Le Nouvel Observateur du 9 novembre 2006 :

    « Il s’en trouve encore pour penser que Philippe Sollers est un type qui dit tout et son contraire pourvu qu’une télé soit à proximité. Qu’ils lisent ces entretiens ! Le mouvement se prouvant en marchant, ils constateront que ce « sinistre individu », comme il le dit lui-même, s’il croit un minimum en celui qui l’interroge et celui qui le lit, est alors capable non seulement de la plus haute intelligence (du plus haut entendement), de la lucidité la plus rare, de l’insolence la plus féconde, mais aussi du rire le plus inquiétant. »


  • A.G. | 7 novembre 2008 - 14:35 3

    « Je n’aurais quant à moi jamais pu écrire Paradis, Femmes, Portrait du joueur, Le Coeur absolu, Les Folies Françaises, Le Secret, si je n’avais senti en permanence planer près de moi la main dégagée, active, cruelle et indulgente de Nietzsche. Permission de négliger la propagande nihiliste et sa culpabilité maniaque, de même que la mauvaise humeur déclenchée par celui qui s’obstine à suivre son bon plaisir... »

    Tel est l’exergue du livre. Il est extrait de La Guerre du Goût. Très précisément de l’article Nietzsche et l’esprit français, page 238 de l’édition blanche. La suite est de Nietzsche :

    « Il n’aime que ce qui lui fait du bien ; son plaisir et son envie cessent dès qu’il dépasse la limite de ce qu’il lui faut. Si quelque chose lui nuit, il devine le remède ; il fait tourner la mauvaise fortune à son profit ; tout ce qui ne le tue pas le rend plus fort. »

    Phrase elle-même extraite d’Ecce homo ( « livre si méconnu » ). « Voici donc l’évangile du jour, écrit Sollers, missel (mais oui), liturgie, musique, s’adressant directement à la respiration et aux nerfs : " Quand on est assez riche pour s’en offrir le luxe, c’est même une chance d’avoir tort.  »

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    Sollers et Pleynet au début des années 60

    La main de Nietzsche plane dans cet extrait de Paradis situé au beau milieu du livre. Il n’est pas inintéressant de noter qu’il fut publié dans le numéro 70 de la revue Tel Quel (été 1977). Sur la page de gauche figurait cette photo de Philippe Sollers et de Marcelin Pleynet avec la légende : Premiers numéros.