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L’Evangile de Nietzsche

Entretiens avec Vincent Roy

D 11 octobre 2006     A par Viktor Kirtov - C 2 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Cet ouvrage est composé de cinq entretiens de Philippe Sollers avec Vincent Roy, menés sur cinq ans.
Les sujets abordés sont aussi divers que Mozart, l’existence du poète, Venise, la poésie et le surgissement du temps et Nietzsche. Le dénominateur commun à ces entretiens est le philosophe Nietzsche, qui apparaît central dans l’oeuvre et la pensée de Sollers.

Aujourd’hui, ces entretiens apparaissent comme le prolongement naturel du dernier roman de Philippe Sollers, Une vie divine (Gallimard), dont le personnage principal est Nietzsche.

Un précédent entretien de Philippe Sollers avec Vincent Roy, du 27 octobre 2003, pour la revue Poésie, figure dans le fonds d’archives de ce site : ici

Ed. Le Cherche-Midi


Exergue

« Je n’aurais quant à moi jamais pu écrire Paradis, Femmes, Portrait du joueur, Le C ?ur absolu, Les Folies françaises, Le Secret, si je n’avais senti en permanence planer près de moi la main dégagée, active, cruelle et indulgente de Nietzsche. Permission de négliger la propagande nihiliste et sa culpabilisation maniaque, de même que la mauvaise humeur déclenchée par celui qui s’obstine à suivre son bon plaisir ...  »
Philippe SOLLERS,
La Guerre du goût, 1994

Citations

Illustrations de la rhétorique sollersienne...

Sollers paradoxal...

« Il n’est ab-so-lu-ment pas logique que Julien Gracq aime ce livre et c’est l’intérêt de sa déclaration.  »

Entretien 4 : Venise, Le Lieu et la Formule
p.61

« Le péché est une invention. Ce qui est plus intéressant que le péché, c’est ce qui effraie tout le monde : c’est l’innocence.  »

Entretien 5 : L’Evangile de Nietzsche
p. 103

Cette citation illustre l’art du paradoxe cultivé par Ph. Sollers. Figure de style efficace et non gratuite. Ici, elle introduit une question de Truffaut à Hitchcok « Est-ce que vos films ne portent pas tout un poids de culpabilité ? il pense à I confess avec Montgomery Clift, qui joue un jésuite.  »

Sollers pédagogue...

« Il s’agit de faire éclater la niaiserie sexuelle qui dure depuis si longtemps. »
Entretien 5 : L’Evangile de Nietzsche
p. 95

Et Sollers, le pédagogue, de nous expliquer : « On ne va pas s’appuyer sur des textes érotiques, comme le font les libertins [...]. Il ne s’agit pas du tout de redoubler, mais de faire jouer la contradiction. La contradiction étant ce qu’elle est, on la franchit en montrant à quel point l’histoire religieuse et philosophique de l’humanité est non seulement collée à cette affaire (dite « sexuelle »). Mais chaque fois tout à fait à côté de la plaque. Il ne faut pas ignorer la plaque, il faut montrer où elle est. Bien entendu, ce que je propose là est très à contre-courant de toute manifestation, ou utilisation, de l’érotisme industrialisé, qui est tombé dans le marécage qu’on connaît.  »

Sollers pamphlétaire...

« Pensez seulement au côté hyper-ringard d’un Robbe-Grillet faisant ses films avec ses petites chaînes, et déclarant dans une interview aux Inrockuptibles qu’Alfred Hitchcock n’est pas un grand auteur parce qu’il tient toujours à expliquer.  »

...la vie est la négation d’une négation ; vous êtes censés être soumis à vos cellules qui sont là pour se suicider.  »


Entretien 5 : L’Evangile de Nietzsche

p. 87

Sollers adepte de la citation et de l’autocitation

« le passé est désenchanté, le présent nul, l’avenir absurde.  »

« Qu’est-ce qu’un nihiliste aujourd’hui ? Un imbécile. »

Citations tirées de Une vie divine . Suis, ...l’explication de texte

Sollers, évangéliste du XVIIIe siècle

« Venise est la civilisation de la non-séparation. Qui est prêt à admettre qu’il n’y a aucune contradiction entre sacré et profane, nature et culture, débauche et extase...? Qui a intérêt au contraire, à maintenir la séparation ?  »


Entretien 4 : Venise, Le Lieu et la Formule
p.65


Sollers, exégète autoproclamé

« Je suis archivé pour avoir offert un livre sur La Divine Comédie au pape Jean Paul II, une photo en témoigne qui d’ailleurs a fait scandale. Mais à qui offrir un livre qui s’appelle La Divine Comédie et qui est une lecture intensive de Dante comme aucun Français ne l’a jamais faîte, aucun, à qui l’offrir sinon au pape puisqu’il est beaucoup question de la papauté dans La Divine Comédie.  »


Entretien 4 : Venise, Le Lieu et la Formule
p.65-66

Sollers, l’être et le temps

« Ce qui « a été » ne passe pas. C’est pour toujours. C’est à l’instant même où on en parle. Ce n’est donc pas dans le passé. Mozart n’est pas un musicien du passé. Le XVIIIe siècle est interrogé dans son c ?ur comme quelque chose qui dure. Il faut bien comprendre cela sans quoi on est dans l’historiographie et pas dans le c ?ur des choses.  »

Entretien 3 : Mozart
p. 42-43

« Quand Nietzsche dit que les poètes mentent trop, j’aurais tendance à dire qu’ils ne pensent pas assez. Et je me demande pourquoi. Une poésie qui ne pense pas, qui n’est pas pensante, n’a pas de temps, de devenir. Il faut que la pensée soit là.  »

Entretien 2 : Surgissement
p. 28-29

Sollers Chinois... à Venise

« Chinois » : d’abord parce qu’il y a maintes occurrences chinoises dans mes aventures à Venise, à commencer par le fait qu’on arrive à l’aéroport Marco-Polo, le premier Occidental à avoir donné vue sur la Chine. Mais aussi parce que je raconte l’irruption en 1969, à l’automne, d’un bateau chinois sur la Giudecca (si j’avais eu une caméra, ça aurait été amusant de le filmer comme un appendice au Cuirassé Potemkine), donc un bateau couvert de drapeaux rouges (on est en pleine Révolution culturelle), vision étrange. Une voix, haut-parleur, tous les marins sur le pont ... Cette voix appelle la population de Venise à l’insurrection immédiate. Contre le capitalisme, cela allait de soi, mais surtout, ce qui était considéré à l’époque comme un blasphème épouvantable, contre le Parti communiste italien dont l’officine se trouvait là, sur les quais. C’est l’époque où les partis communistes occidentaux (français et italiens) sont d’une puissance considérable, ce que tout le monde a tendance à oublier. Il y a ici une question qui a l’air politique mais qui en fait ne l’est que si on se réfère à l’histoire et à son envers, à savoir : quel a été exactement mon rôle dans toutes ces affaires ? « Chinois discret », c’est presque un autoportrait d’époque. C’est-à-dire que personne, à ma connaissance, n’a jamais su ce que je pouvais faire en dehors d’écrire beaucoup à Venise ou en Italie.
 »

Entretien 4 : Venise, Le Lieu et la Formule
p.59-60

L’extrait

Entretien 1 : Poésie

Bureau de Philippe Sollers chez Gallimard
Le 20 octobre 2003

Vincent Roy : Prenons, si vous le voulez bien, les premières lignes de La Fête à Venise, un roman que vous publiez en 1991 : « Comme toujours, ici, vers le dix juin, la cause est entendue, le ciel tourne, l’horizon a sa brume permanente et chaude, on entre dans le vrai théâtre des soirs. II y a des orages mais ils sont retenus, comprimés, cernés par la force. On marche et on dort autrement, les yeux sont d’autres yeux, la respiration s’enfonce, les bruits trouvent leur profondeur nette. Cette petite planète, par plaques, a son intérêt. » Voilà une écriture poétique ! Comment se produit cette écriture ?

Philippe Sollers : Premièrement, il est dit que c’est « ici ». Où ? On ne sait pas ... Et que c’est « comme toujours », c’est-à-dire un temps immémorial. Ensuite, il y a le dix juin. Nous sommes donc dans une saison. Le début de l’été. Il y a une accumulation de temps, une précision de lieu (ici et maintenant). « La cause est entendue » : qu’est-ce que ça vient faire là ? Quand on dit qu’une cause est entendue ... bon ... c’est réglé, évident, bouclé. Mais « entendue » ? Quelque chose passe aussi par l’oreille. Puis il va y avoir une série de propositions où les cinq sens vont être convoqués ... La nature est un temple où de vivants piliers ... Qu’est-ce que la poésie ? C’est, en effet, forcément, un appel à la coalescence des cinq sens. Il y a très peu de choses, dit Lichtenberg, que nous pouvons goûter avec les cinq sens à la fois. Ce qui est une façon insidieuse, sournoise, très efficace, de dessiner l’acte érotique lui-même où les cinq sens jouent. Ou alors ça veut dire qu’on n’a jamais fait l’amour ...

Donc, « Comme toujours, ici, vers le dix juin, la cause est entendue ... » La cause, c’est ce qui fait signe comme étant bouclé. « Le ciel tourne, l’horizon a sa brume permanente et chaude, on entre dans le vrai théâtre des soirs. Il y a des orages mais ils sont retenus, comprimés, cernés par la force. » Ces orages ne débordent pas, ils sont vite réglés, ce qui peut laisser supposer qu’on est à Venise. Qui a vécu à Venise (et j’y ai vécu au printemps et en automne, pendant quarante ans, parfaitement incognito) connaît ces phénomènes. « On marche et on dort autrement, les yeux sont d’autres yeux », changement de vision, « les bruits trouvent leur profondeur nette », oreille. « Cette petite planète ... », qui rime avec « nette » sans en avoir l’air, « par plaques, a son intérêt ». « Par plaques », qu’est-ce que ça signifie ? Que dès ce moment-là, on va être dans une représentation d’intervalles. Il y a deux idées : d’abord que la planète est en cours de mondialisation donc qu’elle est invivable pratiquement partout mais que, malgré cela, par plaques - il s’agit de déterminer les endroits, les sites -, ça va être brusquement vivable, c’est-à-dire susceptible d’avoir une éclosion, un fleurissement ... Vous avez ça dans tous mes livres : on se met dans un lieu, on forme une société plus ou moins discrète et on laisse fleurir la situation. Immédiatement, vous êtes dans un angle philosophique ... « Cette petite planète, par plaques, a son intérêt. » Cela veut dire que va arriver la philosophie du Jardin ... Épicure. Les dieux sont des animaux indestructibles et heureux ... , n’est-ce pas, mais les dieux ne sont plus là. Parce que la poésie sans les dieux, non, ça n’existe pas. Si vous poursuivez mon texte La Fête à Venise, vous voyez apparaître Neptune...
L’Evangile de Nietzsche
Poésie (extrait)
p.13-15

Sollers qui est un excellent critique littéraire ne manque pas dans ses interviews de revenir sur ses textes pour les commenter et pointer ce qui aurait pu échapper, justement, aux critiques. Il estime que la dimension poétique de ses écrits est très sous-estimée. Et s’il met de la poésie dans ses romans, c’est aussi parce que le genre de la poésie est tombé en déshérence. Et qu’il faut la mettre là, où on peut encore la lire, dans le roman qui, selon la conception sollersienne, se doit d’être un espace ouvert, non seulement à la poésie, mais aussi à la philosophie, à la métaphysique, à l’art... Un roman arche-de-Noé pour sauvegarder le meilleur de notre culture.

Critiques

Guide du routard en pays Sollers
Le titre du livre pourrait faire penser à un essai philosophique, pesant, ennuyeux. Rien de cela. Cinq entretiens : le premier intitulé « Poésie » date de 2001 et traite de la dimension poétique du roman de Sollers « La Fête à Venise » qui vient alors de sortir. (Vincent Roy est un animateur de la revue « Poésie »). Convaincant. Après la dimension poétique, exploration de la dimension philosophique du temps et de l’être . Sur pièces concrètes. Là, c’’est le « Mystérieux Mozart » de Sollers qui est convoqué. Puis le voyage se poursuit à Venise, avec « Le Dictionnaire amoureux de Venise », dans le XVIIIe, et se termine avec une plongée dans l’univers de Nietzsche avec « Une vie divine ».
Un « guide du routard » en pays Sollers. Pour ne pas manquer ce qui est à voir ou à lire. Ou pour découvrir ce que vous avez manqué... Style parlé, léger, paradoxal, pamphlétaire, ironique, amusé. Beaucoup de citations de ses livres. Une forme d’introduction au Sollers des cinq dernières années.
Viktor Kirtov
11 oct. 2006

VOIR AUSSI

L’Evangile de Nietzsche en édition Folio.

AUTRE LIEN
Une Vie divine


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2 Messages

  • stael | 15 octobre 2006 - 16:53 1

    Essentiel ! L’Evangile de Philippe Sollers ! Un « intervalle » qui permet de respirer... Les dieux sont là ! (je découvre votre blog, excellent !)

    Voir en ligne : stael


  • A.G. | 12 octobre 2006 - 19:04 2

    Nietzsche toujours intempestif.

    Sur France Culture, le 6-10-2006, on pouvait écouter cette émission des Vendredi de la philosophie. Ph. S. y participait.

    Par François Noudelmann.
    Réalisation : Pierrette Perrono.

    En s’attaquant à la métaphysique, Nietzsche a voulu briser non seulement les idoles de la culture occidentale mais aussi la grammaire qui les a construites. Ses ?uvres sont des armes qui font la guerre aussi bien à Socrate, au Christ, qu’aux antithèses qui hiérarchisent la vérité et les apparences, l’âme et le corps, le bien et le mal. Penseur de la vie, de l’affirmation, il a traqué les ressorts psychologiques des grandes abstractions et le ressentiment qui les anime.

    Sa critique généalogique a durablement jeté le soupçon sur la philosophie et ses concepts.Ignoré de son vivant, Nietzsche est devenu la pierre de touche pour évaluer les discours philosophiques. Il fut la référence majeure des années 60 et 70, et dans les années 90 il regroupa contre son nom des collectifs de philosophes. Nietzsche, inactuel, reste-t-il intempestif ? N’est-il pas menacé à la fois par la vulgate hédoniste et par la vivisection universitaire ?

    Invités :
    Eric Blondel, professeur à l’université de Paris 1,
    Monique Dixsaut, professeur émérite à l’université de Paris 1,
    Mathieu Kessler, maître de conférences à l’IUFM d’Orléans-Tours,
    Philippe Sollers, écrivain.

    On peut télécharger le "podcast" en cliquant sur "installer dans Itunes". C’est en bas de la page.

    Voir en ligne : Nietzsche toujours intempestif