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La Liberté guidant le peuple, de Delacroix, restauré

L’art et la politique

D 8 juillet 2024     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, 1830. Restauré en 2024.
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« Le 28 juillet 1830, un jeune peintre de trente-deux ans, déjà connu, marche dans Paris soulevée par l’émeute. En août, il écrit : "Nous avons été trois jours au milieu de la mitraille et des coups de fusil, car on se battait partout. Le simple promeneur comme moi avait la chance d’attraper une balle ni plus ni moins que les héros improvisés qui marchaient à l’ennemi avec des morceaux de fer emmanchés dans des manches à balai. " Et en octobre : "Pour le spleen, il s’en va grâce au travail. J’ai entrepris un sujet moderne, "Une barricade"... Cela m’a remis de belle humeur [1]."
La Liberté guidant le peuple, de Delacroix, est cette barricade. C’est probablement, avec le Guernica de Picasso, une des plus grandes réussites de la peinture d’Histoire. Une insurrection ou une destruction dans la réalité trouvent leur correspondance en peinture. Le cas est rare, on devrait se demander davantage pourquoi. Nul doute que Hugo, par exemple, voyait ce tableau lorsqu’il écrivait plus tard Les Misérables. Gavroche, oui, le voici, le pistolet à la main. C’est la faute à Voltaire, c’est la faute à Rousseau. La République descend du Parnasse, les seins nus, comme une fille du peuple. La liberté consiste à savoir vivre et parler en même temps que les événements se déroulent. Une "chose vue" par Hugo sera ainsi beaucoup plus qu’une chose : "On entre plus profondément dans l’âme des peuples et dans l’histoire intérieure des sociétés humaines par la vie littéraire que par la vie politique." Et aussi : "Le plus excellent symbole du peuple, c’est le pavé. On marche dessus jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête." Et encore : "En France, il y a toujours une révolution possible à l’état de calorique latent."
Extraordinaire XIXe siècle, qui s’achève sans doute sous nos yeux dans la commémoration grisâtre de Mai 68. Le tableau de Delacroix, comme par hasard, aura été l’avant-dernier billet français de 100 francs avant le passage à l’euro via l’enterrement colorisé de Cézanne. Nous accumulons les récits réalistes hâtifs, les témoignages bâclés, les photos, les films, et il ne sort de cette mise en scène qu’une pénible impression de noir et blanc, de poussière évacuable sous les pavés publicitaires. En 1830, quelques géants sont là ; ils sont encore là en 1848 ; toujours là après la semaine sanglante de 1871. Grand silence. Et puis le surréalisme, et puis 68. [...] »

Philippe Sollers, L’art et la politique, 15 mai 1998.

LIRE : La liberté guidant le peuple, E. DELACROIX, étude et restauration

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Spectaculairement restaurée, « La Liberté guidant le peuple » de Delacroix révèle des couleurs éclatantes et des détails cachés

Par Joséphine Bindé

Publié le 30 avril 2024


la Liberté guidant le peuple, 1830. Restauré en 2024.
ZOOM : cliquer sur l’image.

La métamorphose est de taille ! Ce jeudi 2 mai, La Liberté guidant le peuple (1830), célèbre toile monumentale du peintre romantique Eugène Delacroix (1798–1863), qui figure parmi les icônes du Louvre depuis 1874, sera de retour au musée, dans l’écrin grenat de la salle Mollien. Six longs mois de restauration lui ont permis de retrouver ses couleurs d’origine. Résultat de cette cure de jouvence : l’œuvre revient éclatante et fraîche, comme à sa sortie de l’atelier du peintre ! Mesurant pas moins de 3,25 mètres de long sur 2,6 de haut, l’œuvre avait quitté le 20 septembre son emplacement historique pour être remplacée temporairement par Les Femmes souliotes d’Ary Scheffer (1827). Préparée en amont par des radiographies et des analyses, sa restauration visait spécifiquement à lui redonner ses couleurs et son éclat d’origine, qui avaient été fortement jaunis et altérés au fil des ans par l’oxydation progressive de huit couches de vernis, désormais retirées à l’aide de solvants.

À lire aussi : "La Liberté guidant le peuple" de Delacroix quitte le Louvre

L’une des images les plus célèbres au monde

Auréolée par la fumée des canons, une femme aux seins nus, coiffée d’un bonnet phrygien – puissante allégorie de la Liberté et de la République – brandit le drapeau français, menant les révolutionnaires de 1830 au sommet d’une barricade, la cathédrale Notre-Dame en arrière-plan. Peinte l’année de la chute du roi Charles X et de l’avènement du roi Louis-Philippe Ier, cette œuvre est l’une des images les plus célèbres au monde et un symbole éloquent pour la France, maintes fois reproduit dans les manuels d’histoire.


Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, avant et après restauration, 1830.
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La restauration des couleurs revêt pour cette œuvre une importance particulière puisque c’est suite à la révolution de Juillet 1830 que le drapeau tricolore bleu-blanc-rouge, dont l’origine remonte à la Révolution de 1789 et qui occupe fièrement le sommet de la composition, a définitivement remplacé l’étendard blanc de la monarchie. Tout un symbole ! « On est la première génération qui va redécouvrir la couleur de Delacroix », s’est réjoui auprès de l’AFP le directeur du département des Peintures du Louvre, Sébastien Allard. «  Jusqu’à présent, on perdait la richesse de l’intensité chromatique, les plans, les blancs, les ombres, tout cela était unifié sous ces couches jaunâtres », ajoute-t-il. Une masse jaune et terne qui avait également emprisonné de la « crasse » et de la « poussière ». Le bleu vibrant du ciel, les subtilités de la fumée des canons volant dans l’air, tout est donc magnifié.

Lire le tableau sous un jour nouveau

Cette restauration permet de lire le tableau sous un jour nouveau. De la pupille bleue d’un personnage au costume d’un garde suisse, le peintre avait « dissimulé partout des petites touches de couleurs bleu-blanc-rouge, parsemées de façon subtile comme en écho au drapeau, et qui n’étaient plus du tout perceptibles », s’est enthousiasmée l’une des restauratrices, Laurence Mugniot. Mieux encore, des éléments cachés ont été révélés par ce nettoyage. Une chaussure, celle d’un cadavre dénudé au pied de la barricade, est ainsi apparue au premier plan à gauche, tout comme du sang sortant de son oreille. Cet événement s’inscrit dans la vaste campagne de restauration des grands formats du XIXe siècle lancée par le Louvre en 2019. Ont ainsi déjà été restaurés, dans les ateliers du C2RMF (Centre de recherche et de restauration des musées de France), trois autres grands tableaux de Delacroix : Scènes des massacres de Scio (1824) en 2019–2020, Femmes d’Alger dans leur appartement (1833) en 2021–2022, et La Mort de Sardanapale (1827) en 2022–2023. Une redécouverte en cascade de l’œuvre de ce grand maître !

BeauxArts

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[1Eugène Delacroix, lettre à son frère, le général Charles-Henry Delacroix, octobre 1830.

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